Il ne s’en remettra pas de si tôt. Il faut avoir la vie longue et la mémoire courte pour oublier. Il faut avoir le coeur au vestiaire avant de regarder. Il faut oublier que l’on sait écrire et, par conséquent, oublier avoir lu «Les Misérables». Il faut aussi marcher vite et oublier que l’on circule à Oran. En Algérie. Dans son propre sang qui circule sous la peau de l’autre. Il faut aussi baisser la tête et se dire que ce n’est pas la faute du Guellil. Il faut changer de nationalité et d’espèce pour pouvoir passer à côté, en touriste. En colon. En observateur insensible. Dans cette avenue, il faut s’occuper du brillant de ses chaussures et de la peinture des immeubles coloniaux pour ne pas troubler la chemise propre de sa propre conscience. Car, c’est dans cette rue que cela se passe. A Oran. A la rue d’Arzew. A la rue Larbi Ben M’hidi.
La rue était presque vide et donc la scène plus criarde. Accrochées aux barreaudages qui protégeaient la large vitrine de ce large magasin de vêtements, deux fillettes, mal habillées, mal nourries, absorbées, regardaient avec des yeux avides les articles derrière la vitrine. Derrière les barreaudages. Derrière la vie possible. Et puis elles commentaient et rêvaient à voix haute. Et montraient du doigt. Et riaient parfois de ces richesses de l’au-delà.
Et derrière elles, plus rien n’existait, car elles avaient tout oublié, sauf qu’El-Guellil n’a pu se résoudre à déchirer la page et à passer son chemin. Il le pouvait de moins en moins heureusement. Mais c’était quand même rien. Il faut beaucoup d’efforts pour oublier. Et ce n’est pas du misérabilisme. C’est seulement l’habitude qui mena El-Guellil à passer à côté de l’Algérie. Celle du moment qui est accrochée aux résultats de l’équipe de foot. Celle qui attend vendredi pour prier collectivement pour que notre onze batte le onze mécréant. Je ne sais pas si yadjouz ou yadjouz pas au deuxième tour, le farik el-watani.

































17 juin 2010
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