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LE PRIX DE LA LIBERTE ‘’ SCENARIO ET DIALOGUES : Djillali HADJEBI

16 janvier 2016

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fichier doc LE PRIX DE LA LIBERTE (2)‘’ LE PRIX DE LA LIBERTE ‘’
- S C E N A R I O -

SCENARIO ET DIALOGUES : Djillali HADJEBI

O.N.D.A. – N° d’enregistrement : 033/2014

Tous droits d’exploitation, d’adaptation ou de reproduction, même partielle ou à titre pédagogique, réservés.
Hadjebi Djillali
Mail : d.hadjil@yahoo.fr – Mob : 213 (0) 771.21.67.44

I – NOTE D’INTENTION

Au-delà du film documentaire, ‘’ LE PRIX DE LA LIBERTE ‘’ se présente comme un projet de fresque cinématographique à la gloire de nos valeureux chouhadas et se veut à la hauteur de l’évènement : Le Cinquante Cinquième Anniversaire des Manifestations de Décembre 1960.
A ce titre, il se propose de porter à l’écran les évènements majeurs ayant marqué la guerre d’Algérie de Décembre 1960 à Juillet 1962, jour de la proclamation de l’Indépendance.
Basé sur des faits essentiellement historiques, la fiction n’intervenant que rarement et/ou à titre purement scénique, ce Scénario apporte des éclairages nouveaux sur des faits que beaucoup ont déjà traité et met notamment en exergue :
- L’ampleur et le caractère éminemment politique des glorieuses manifestations de Décembre 1960 et celles de Juillet et Novembre 1961 ; les raisons et les enjeux qui les entourent de même que les différentes parties qui s’affrontent.
- L’humiliation et les affres subies par les algériens face aux ratonnades et la chasse au faciès exercées quotidiennement par des pieds-noirs racistes, haineux.
- Le putsch d’avril 1961, le phénomène O.A.S et certains des crimes les plus odieux et les plus sanglants commis par les commandos de cette organisation criminelle.
- La résistance des algériens et certains hauts faits d’armes de nos valeureux moudjahidines et autres moussebelines.
- Les pourparlers Algéro-Français, les accords d’Evian et le cessez-le-feu.
- L’Indépendance et la fuite des pieds-noirs, des colons et autres racistes de tous bords.

Les archives cinématographiques seront sans aucun doute d’un apport certain dans le montage technique de ce film, notamment en ce qui concerne les glorieuses manifestations de Décembre 1960, de Juillet et Novembre 1961, de même que celles de Juillet 1962. Cependant, les éclairages nouveaux apportés par ce scénario nécessitent le tournage de nouvelles et d’importantes séquences.
Par ailleurs, compte-tenu du caractère documentaire de cette œuvre cinématographique, il n’y aura pas dans la distribution de ‘premier’ ou de ‘second’ rôle ; tant tous les personnages de ce film, des simples manifestants brandissant bien haut l’emblème national et affrontant à mains nues la soldatesque coloniale, ou de ces malheureuses femmes de ménage se faisant froidement assassiner d’une balle dans la nuque par des tueurs de l’O.A.S, jusqu’à KRIM Belkacem conduisant la délégation du G.P. R.A aux négociations d’Evian, demeurent tous aussi importants les uns que les autres.
Aussi sera-t-il fait appel à toute une pléiade d’actrices et d’acteurs, talentueux et enthousiastes, pour camper l’espace de quelques séquences ou de quelques plans, des rôles éphémères mais qui resteront gravés pour la postérité et ô combien importants pour l’Histoire de la Révolution Algérienne…
Enfin, en contribuant à faire découvrir à toute une génération de jeunes algériens des pans entiers de leur histoire, pour mieux comprendre leur présent, ‘’ LE PRIX DE LA LIBERTE ’’ aura sans nul doute atteint son principal objectif…

Djillali Hadjebi

II – S Y N O P S I S

Ce scénario est basé essentiellement sur des faits historiques, la fiction n’intervenant que rarement et à titre purement scénique pour permettre le développement et la compréhension de certaines séquences ; comme il n’y a pas dans ce projet de film de premier ou de second rôle, tant tous les personnages demeurent aussi importants les uns que les autres.
5 JUILLET 1962 – En ce 50° anniversaire de l’Indépendance, au Makam-Echahid et dans toutes les villes du pays des officiels se recueillent à la mémoire des valeureux martyrs tombés au champ d’honneur. Un vieil homme ne peut empêcher ses larmes de couler. Il se souvient…
SAMEDI 10 DECEMBRE 1960 – Rue d’Isly –16 H – Revenant d’une manifestation où ils viennent d’exprimer leur colère contre la politique du Général De Gaulle, en tournée en Algérie, des pieds-noirs s’en prennent à de paisibles algériens de passage, c’est les ratonnades habituelles, la chasse à l’Arabe, au faciès. Deux algériens sont tués, littéralement lynchés par des pieds-noirs racistes, haineux… La nouvelle fait rapidement le tour du tout Alger.
Belcourt – 17 H 30 – Les pieds-noirs font régner la terreur et obligent les algériens, révolver à la main, à fermer cafés et boutiques pour les soutenir et font usage de violence contre les récalcitrants.
Lassés par une telle situation et décidés à ne pas se laisser faire, les algériens des quartiers populaires descendent des hauteurs et manifestent en pleine centre de Belcourt pour exprimer leur colère contre les pieds-noirs et les partisans de l’Algérie française. A partir des balcons, des pieds-noirs tirent sur des algériens. Plusieurs manifestants, parmi lesquels des femmes et des enfants, tombent, mortellement blessés. C’est l’embrasement général. De Diar-Es-Saâda à Diar-El-Mahçoul et du Vieux Kouba aux Halles Centrales, les algériens se soulèvent et affrontent à mains nues des pieds-noirs armés et appuyés par d’importantes forces de sécurité qui n’hésitent pas à tirer sur la foule, faisant de nombreux morts et des centaines de blessés. Les affrontements dureront jusque tard dans la nuit…
DIMANCHE 11 DECEMBRE 1960 – Belcourt –6 H 30 – De jeunes pieds-noirs, des extrémistes du groupuscule d’extrême-droite ‘Jeune Nation’ sont en embuscade aux pieds des immeubles et assassinent froidement deux ouvriers algériens se rendant à leur travail.
8 H 30 – Dans les quartiers populaires la colère gronde.
10 H – Un journaliste métropolitain fait une virée en taxi sur les hauteurs de Belcourt où il découvre les bidonvilles et la misère sociale des algériens. Au retour il est pris dans une manifestation monstre. Des militants du F.L.N se proposent de lui faire visiter le vrai Belcourt. Il accepte. Dans un café maure, un responsable politique du FLN lui explique les raisons et les enjeux de toutes ces manifestations, alors que du dehors leurs parviennent des bruits d’explosions et des tirs de rafales d’armes automatiques…
11 H – Des manifestations de grandes ampleurs ont lieu de nouveau au centre de Belcourt avant de gagner La Petite Casbah, la Place du Gouvernement et Bab-El-Oued. Partout, les heurts entre algériens d’un côté et les pieds-noirs appuyés par les forces de sécurité de l’autre, sont violents. A la Place du Gouvernement et à Bab-El-Oued, l’armée mitraille les manifestants. Il y’a des dizaines et des dizaines de morts et des centaines de blessés. Les algériens isolés sont lynchés par des pieds-noirs haineux, hystériques…
16 H 30 – A la Place des Trois Horloges, des cadavres d’algériens abandonnés sur les trottoirs gisent dans des mares de sang, dans l’indifférence générale. Un reporter photo et un caméraman qui couvrent les évènements de Bab-El-Oued sont pris à partie par des pieds-noirs qui rendent inutilisables leurs films.
Mardi 13 Décembre 1960 – Sous un imposant dispositif de sécurité composé d’unités spéciales de cavalerie et de parachutistes qui encerclent tout le cimetière d’El-Kettar, la Casbah enterre ses nombreux chouhadas sous des youyous de désespoir et de révolte à la fois…
Lundi 10 Avril 1961 – L’O.A.S, (Organisation de l’Armée Secrète) revendique une série d’attentas, de fortes explosions qui secouent tout Alger dans la nuit de dimanche à Lundi.
Dimanche 23 Avril 1961 – Tout ce que compte Alger et la Mitidja comme pieds-noirs, supplétifs et autres partisans de l’Algérie française, est sur l’esplanade du Palais du Gouvernement, ‘’ Le Forum’’, pour applaudir les auteurs du putsch : les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller.
Le soir même, en s’adressant à la nation, le général De Gaulle impressionne fortement les officiers encore hésitants et les bidasses qui refusent d’obéir aux putschistes. Le coup de force des anciens de la ‘coloniale, qui semblait bien parti pourtant, échoue lamentablement.
Mardi 25 Avril 1961 – Accompagné de ses fidèles lieutenants et de ses nombreux partisans, Le Général Salan se réunit au Palais du Gouvernement avec Suzini et les autres dirigeants de l’O.A.S. Compte-tenu de la situation, ils décident de passer dans la clandestinité.
Dans la nuit même, l’armée quitte ses positions dans Alger et regagne les casernes à l’insu des pieds-noirs. Les gardes-mobiles assurent la sécurité aux points stratégiques.
Dans les jours qui suivent, une réunion secrète est tenue dans une grande villa de la Mitidja entre de gros colons partisans de l’Algérie française, des politiciens hostiles à la politique du général De gaulle, des intellectuels de droite, et plusieurs officiers déserteurs. En présence de Salan, désigné Chef de l’O.A.S, et de Jouhaud, Suzini lit une déclaration dans laquelle il énumère toutes les actions futures de l’Organisation et promet un terrible bain de sang, l’enfer à tous ceux qui ne se rangeraient pas de leur côté.
Alors que l’O.A. S sème la terreur à Alger et attise la haine entre les deux communautés, sur le terrain les combats continuent. Les moudjahidines harcèlent sans relâche les troupes coloniales. Sur les hauteurs de l’Arbaâ, des moudjahidines tendent une embuscade à une patrouille militaire, déciment tous les soldats et s’emparent de leurs armes avant de disparaître dans la nuit.
20 MAI 1961 – EVIAN-LES-BAINS – Ouverture des premières Négociations d’Evian entre le G.P.R.A et le gouvernement français. La délégation algérienne est conduite par KRIM Belkacem et la délégation française par Louis JOXE.
La réaction de l’O.A.S ne se fait pas attendre : des séries d’explosions se font entendre dans tout Alger, alors que son sinistre commando ‘Delta’ entre en action et assassine deux hauts fonctionnaires de la Délégation Générale.
13 JUIN 1961 – EVIAN – Les pourparlers franco-algériens butent sur la question du Sahara. Les négociations entre les deux délégations sont ajournées.
30 JUIN 1961 – TUNIS – Le G.P.R.A proclame la journée du 5 Juillet ‘’ Journée nationale contre la partition’’.
5 JUILLET 1961 – A Alger et dans toute sa banlieue, quadrillée par un impressionnant dispositif de sécurité, la grève est générale. Les militaires obligent les algériens à ouvrir leur commerce, défoncent des rideaux. A partir de 10 H 30 les manifestations commencent. A Bouzaréah, la troupe tire sur la foule. Il y’a plusieurs morts. Les mêmes scènes, manifestations et répression féroces des forces de sécurité, avec à chaque fois des dizaines de morts et des centaines de blessés, se déroulent à Blida, dans toute la Mitidja, et dans les petits villages sur le littoral à l’ouest d’Alger.
20 JUILLET 1961 – Reprise des pourparlers entre le gouvernement français et le G.P.R.A au château de LUGRIN en Haute-Savoie.
12/13 SEPTEMBRE 1961 – Des groupes de pieds-noirs encadrés par des activistes de l’O.A.S sèment la terreur à Bab-El-Oued. Des dizaines d’algériens sont sauvagement tués et leurs biens saccagés.
31 OCTOBRE 1961 – Le G.P.R.A proclame le Mercredi 1er Novembre 1961 : ’ Journée nationale pour la réalisation d l’Indépendance…’
Alors que de jeunes militants du F.L.N distribuent des tracts et donnent les recommandations nécessaires relatives aux grèves et aux manifestations, dans les quartiers populaires tout le monde s’y prépare activement.
1er NOVEMBRE 1961 – Alger et toute sa banlieue, paralysés par une grève générale, sont pratiquement en état de siège et quadrillés par un immense dispositif de sécurité. A partir de 8 H, de tous les quartiers populaires s’élancent des cortèges de manifestants avec aux premiers rangs des femmes et des enfants brandissant l’emblème national. Malgré le caractère pacifique des marches, l’armée charge violemment les manifestants, n’hésitant pas à ouvrir le feu, provoquant à chaque fois des dizaines de morts et des centaines de blessés. Toutes les villes du pays vivent les mêmes évènements, avec leurs lots de morts et de blessés.
7 MARS 1962 – EVIAN-LES-BAINS – Reprise des pourparlers franco-algériens avec comme objectif pour cette ultime étape de négociations : établir les conditions de l’arrêt de l’effusion de sang en Algérie.
18 MARS 1962 – EVIAN – Après de difficiles négociations les deux délégations aboutissent à la conclusion suivante : ‘’ Un cessez-le-feu est conclu. Il sera mis fin aux opérations miliaires et à la lutte armée sur l’ensemble du territoire algérien le Lundi 19 Mars 1962 à partir de 12 Heures.’’
23 MARS 1962 – Violentes manifestations des pieds-noirs et des activistes de l’O.A.S qui n’hésitent pas à ouvrir le feu sur l’armée.
26 Mars 1962 – Fusillade meurtrière à la rue d’Isly entre manifestants pieds-noirs et des Tirailleurs algériens.
02 Mai 1962 – Attentat à la voiture piégée au port d’Alger contre des dockers, l’un des plus sanglants, une véritable boucherie, commis par le sinistre commando ‘Delta’ de l’O.A.S.
10 Mai 1962 – Alger – Plus de 45 jours après la proclamation du cessez-le-feu, sept malheureuses ‘femmes de ménage’ se rendant chez leurs employeurs européens, seront abattues froidement d’une balle dans la nuque par des tueurs de l’O.A.S.
JUIN 1962 – Tous les pieds-noirs, les colons et les racistes de tous bords, fuient le pays dans un sauve-qui-peut et une panique incroyable.
03 JUILLET 1962 – Dans tout le pays, toutes les villes et tous les quartiers, des foules en liesses descendent dans les rues, occupent tous les espaces et laissent éclater leur immense joie, leur incommensurable bonheur… L’Algérie recouvre son Indépendance et le peuple sa ‘LIBERTE’…

‘’ L E P R I X D E L A L I B E R T E ‘’

III – S C E N A R I O

5 JUILLET 1962
SEQUENCE 1 : MAKAM ECHAHID/ALGER – EXT. – JOUR -
-Deux éléments de la Garde Républicaine, suivis par le Président de la République Abdelaziz Bouteflika, avancent lentement et déposent une grande couronne de fleur au ‘Makam Echahid’. Le Chef de l’Etat se redresse. Le moment est solennel. La sonnerie aux morts s’effectue dans un silence religieux, puis le Président joint les deux mains pour réciter la ‘Fatiha’. Derrière lui, alignés en ligne, une douzaine d’officiels, civils et miliaires, font de même.
-La même scène se répète dans plusieurs villes du pays où des officiels, le visage grave, ému, souvent entourés d’une foule nombreuse, se recueillent devant des stèles élevées à la mémoire des valeureux martyrs tombés au champ d’honneur…
Un homme, le visage ridé par le poids des ans, ne peut empêcher ses larmes de couler. Il se souvient…

SAMEDI 10 DECEMBRE 1960

SEQUENCE 2 : ALGER CENTRE/RUE D’ISLY – EXT. – JOUR – 16 heures

Tous les commerces sont fermés, les rideaux baissés. Aucune voiture ni trolleybus ne circule. Revenant d’une manifestation, de jeunes pieds-noirs font du chahut à hauteur du ‘’Beau Marché’’ en brandissant des drapeaux tricolores et des banderoles où on peut lire : ‘’ – A BAS DE GAULLE – ; – ALGERIE FRANCAISE – ‘’ De passage, un homme, un Algérien, est interpellé par la bande de pieds- noirs surexcités puis prit à partie sous le regard indifférent des policiers présents et des encouragements des habitants du quartier. L’homme essaye de se défendre mais il est vite submergé par le nombre et roué de coups jusqu’à ce qu’il tombe, le visage en sang. Aussitôt plusieurs pieds-noirs l’entourent et lui balance des coups de pieds sur tout le corps…

UNE FEMME A PARTIR D’UN BALCON (avec un fort accent pied- noir) :
- En v’la un autre !… En v’la un autre !… fit-elle en désignant un homme marchant paisiblement sur le trottoir.
En voyant la scène, l’homme, la quarantaine, hésite quelques instants sur la conduite à tenir, ce qui lui sera fatal. Il est vite entouré par une vingtaine de pieds- noirs survoltés qui ne lui laissent aucune chance. C’est pratiquement un lynchage en règle.
La chasse à l’Arabe, au faciès, est lancée. Elle va durer des heures et s’étendra jusqu’à la périphérie de la grande poste d’un côté et aux abords de l’opéra de l’autre.

SEQUENCE 3 : BELCOURT –EXT. – JOUR – 17 Heures 30
Une pluie fine commence à tomber. De jeunes pieds- noirs armés de gourdins et de chaînes de vélos forment des groupes menaçants aux pieds des immeubles. La peur se lit sur le visage des passants musulmans qui pressent le pas. L’atmosphère est électrique. Des quartiers populaires situés sur les hauteurs proviennent des youyous et des grondements sourds. Les quelques gendarmes mobiles et les policiers sur les lieux sont aux aguets.
UN GENDARME MOBILE (la bouche collée à son émetteur -radio) :
-Adjudant Fernandez à Centrale !… Fernandez à Centrale !… Le quartier est en ébullition… Besoin de renforts !… Je répète : besoin de renforts immédiats…
Soudain, une marée humaine d’hommes, de femmes et d’enfants, plusieurs drapeaux aux couleurs nationales hauts levés, remonte la rue de Lyon pour gagner le centre de Belcourt. A hauteur du Jardin d’Essai la foule est rejointe par d’autres groupes de manifestants dévalant la colline surplombant le quartier.
Accompagnés par les youyous stridents des femmes, les manifestants scandent :
-Algérie algérienne ; Tahia El-Djazaïr ;
- Abbas Président ; Libérer Ben Bella ;

UN MANIFESTANT REPONDANT A UN JOURNALISTE (tout en continuant de marcher) :
- Nous ne sommes pas là pour nous attaquer aux forces de l’ordre mais nous manifestons contre les pieds -noirs et tous les partisans de l’Algérie française qui font régner la terreur parmi notre communauté. Malgré les sacrifices le peuple algérien est décidé à montrer au monde entier sa détermination pour une Algérie libre et indépendante.
De jeunes manifestants s’attaquent aux voitures en stationnement et à la plupart des magasins faisant s’effondrer les vitrines dans de grands éclats de verres brisés. Quelques voitures brûlent. Soudain, des étages des pieds- noirs tirent à coup de révolver sur la foule. Des manifestants parmi lesquelles des femmes et des enfants, mortellement atteints, tombent. La panique est générale. On court dans tous les sens. L’instant d’après d’immenses flammes s’échappent du monoprix tout proche dont le dépôt central vient d’être incendié.
Dès leur arrivée, les renforts de gendarmes mobiles attaquent les manifestants à coup de grenades lacrymogènes et de grenades offensives, touchant et blessant plusieurs hommes et femmes, alors que d‘autres sont tabassés puis embarqués sans ménagements. Encouragés par la venue des renforts, des pieds- noirs armés de gourdins et de révolvers sortent et s’attaquent eux aussi aux manifestants. A l’angle de la rue de Lyon et de la rue Bigoni, un manifestant isolé est lynché.

SEQUENCE 4 : RUISSEAU – EXT. – JOUR – 18 Heures 30
Accompagnés de youyous ininterrompus, plusieurs manifestants composés d’hommes, de femmes et d’enfants, descendent du Vieux- Kouba. Ils sont bloqués et cernés par les gendarmes mobiles au niveau du carrefour du Ruisseau.
LES MANIFESTANTS SCANDENT :
Tahia El-Djazaïr ; Algérie Algérienne !…
Vive le F.L.N ; Vive l’A.L.N !…
Les gendarmes mobiles interviennent pour disperser la foule, des coups de feu sont tirés, plusieurs manifestant sont grièvement blessés, d’autres tabassés puis embarqués.

SEQUENCE 5 : RAVIN DE LA FEMME SAUVAGE – EXT. – NUIT – 20 heures
De longues colonnes de G.M.C chargés de gendarmes mobiles, des blindés et des automitrailleuses, descendent à toute vitesse la rue dans des vrombissements de moteurs, des grincements de chenilles et des chuintements de pneumatiques sur l’asphalte mouillée, soulevant des trombes d’eau.

SEQUENCE 6 : BELCOURT – EXT. – NUIT – 21 heures
La foule de manifestants, de plus en plus nombreux et drapeaux vert et blanc en tête, avance décidée vers les gendarmes sous les youyous des femmes et aux cris de :
- Tahia El-Djazaïr !… Algérie Algérienne !…
- Algérie musulmane !… Vive le F.L.N !…
Les gendarmes mobiles tentent de contenir les manifestants qui continuent d’avancer les obligeant à céder du terrain.

UN JEUNE MANIFESTANT (haletant ) :
- N’ayez pas peur ! … Nous ne somme pas seuls… Tous nos frères et toutes nos sœurs, de Diar Es-Saâda à Diar-El-Mahçoul et de Kouba aux Halles centrales, se sont soulevés aujourd’hui… Ils affrontent en ce moment, à mains nues, les forces d’oppression…
Les nouvelles rapportées par le jeune manifestant galvanisent la foule qui redouble d’ardeur et tente de forcer le barrage de gendarmes sous les youyous des femmes. Des voitures continuent de brûler. Malgré l’intervention des pompiers, une épaisse fumée noire se dégage encore du monoprix.
Appuyés par de nouveaux renforts les gendarmes mobiles bouclent le quartier et arment leurs fusils. Le face-à-face va durer plus d’une heure, algériens d’un côté et gendarmes et pieds- noirs de l’autre. Aux invectives lancées par les pieds- noirs, les algériens répondent par des :
- Algérie Algérienne !… Tahia El-Djazaïr !…
- Abbas Président !… Libérer Ben Bella !…
-
Vers 22h les gendarmes mobiles lancent un chapelet de grenades lacrymogènes sur la foule de manifestants avant de donner l’assaut à coups de crosses de fusils et de matraques. Les heurts sont violents. Il y’a plusieurs manifestants grièvement blessés, de nombreuses arrestations musclées et des embarquements d’hommes et de femmes…
Vers 23 heures, le gros de la foule se retire…

DIMANCHE 11 DECEMBRE 1960

SEQUENCE 7 – CENTRE DE BELCOURT – EXT. – JOUR – 6H 30 –
Une pluie fine tombe sur le quartier désert. Des carcasses de voitures encore fumantes et des débris de toute sorte sur la chaussée témoignent de la violence des évènements de la veille. Un groupe de jeunes pieds- noirs, la vingtaine à peine mais décidés, certains portant l’insigne ‘’ Jeune Nation’’, un groupuscule d’extrême droite néo-fasciste, est en embuscade à l’entrée d’un immeuble à la rue de Lyon au centre de Belcourt. Ils fument et discutent à voix basse.

UN JEUNE PIED-NOIR (en chuchotant presque) :
- Quand je pense qu’ils étaient venus hier soir jusqu’ici avec le drapeau des felouses en plus !… C’est vraiment une honte. Et l’armée qui n’a rien fait !… On était en plein manif à la rue Michelet et on ne s’attendait vraiment pas à ça. Heureusement que les nôtres ont tiré à partir des balcons et des fenêtres. Les ratons se sont sauvés comme des lapins. Ils ont eu plusieurs morts…
Des bruits de pas se rapprochent… Un pied-noir tend le cou et jette un rapide coup d’œil au dehors puis fait signe à ses amis de se préparer. Un homme, un ouvrier portant vielles bottes en caoutchouc et musette en bandoulière arpente à grands pas le trottoir, pressé sans doute de rejoindre son usine ou son chantier. Arrivé à hauteur de l’entrée de l’immeuble, l’ouvrier est cerné par le groupe de pieds-noirs. Un coup de feu, une balle tirée à bout portant en plein cœur et l’homme s’écroule. Il est traîné par les pieds et abandonné une cinquantaine de mètres plus loin…
8 heures – Armés de gourdins, de barres de fers et arborant des drapeaux verts et blancs, des centaines de jeunes manifestants commencent à se rassembler sur les hauteurs surplombant Belcourt, en scandant :
- Lagaillarde au poteau !… Abbas au pouvoir !…
- Algérie algérienne !… Algérie musulmane !…

SEQUENCE 7 : PETITE CASBAH – EXT. – JOUR – 9 Heures 45
Une marée humaine composée de milliers d’algériens, hommes, femmes et enfants, et arborant des dizaines de drapeaux et des banderoles sur lesquelles on peut lire : – Abbas au pouvoir ; Algérie algérienne ; Vive le F.L.N – descend les rues de la Petite Casbah sous les cris des manifestants et les youyous stridents des femmes.
LES MANIFESANTS SCANDENT :
Algérie Algérienne !… Tahia El-Djazair !…
Libérer Ben Bella !… Vive le F.L.N !…
Malgré les puissants cordons de C.R. S qui bloquent toutes les rues, les manifestants sont difficilement contenus. Un détachement de parachutistes, des bérets rouges, arrive en renfort dans des G.M.C. Les paras sautent des camions et prennent vite position l’arme au pied face aux ruelles bondées, ce qui ne manque pas d’excéder les manifestants. L’officier commandant les C.R.S fait signe d’approcher à celui des parachutistes. Les deux hommes discutent.
LE COMMANDANT DES C.R.S (d’un ton ferme) :
- Je suis responsable de la sécurité ici !… Je vous donne l’ordre de vous retirer avec vos paras. La situation est assez tendue comme cela !…
REPRISE SEQUENCE 7: EXT. JOUR – 10 heures
Le groupe de jeunes pieds- noirs est toujours au pied de l’immeuble et commente ses exploits aux autres habitants du quartier. Sur le trottoir des flaques de sang frais.
UN JEUNE PIED-NOIR (expliquant à un homme de passage) :
- Celui-là, on l’a eu tout à l’heure. On l’a poussé dans l’encoignure de la porte, le fumier, et il a eu son compte.
Un peu plus loin sur le même trottoir, une centaine de pieds-noirs discutent autour du cadavre de l’ouvrier assassiné aux premières heures de la matinée, une large tache de sang sur la poitrine et la tête recouverte avec sa veste. Un pied-noir, la soixantaine, cheveux blancs, le visage rouge et le regard haineux, montre la pointe en acier de son parapluie taché de sang.
LE PIED-NOIR :
- Je l’ai enfoncé dans la tête des deux ‘melons’, fit-il avec fierté.

SEQUENCE 9 : HAUTEURS DE BELCOURT – EXT. – JOUR – 10 heures30
Un taxi avec à son bord un journaliste gravit péniblement la rue Auguste- Comte menant aux quartiers populaires situés sur les hauteurs de Belcourt. Dès les premiers baraquements faits de tôles, de planches de bois et de plaques de zinc pour les toitures, et des dizaines d’enfants à demi-nus sous la pluie , debout au seuil de leur maison, le journaliste baisse un carreau et prend plusieurs clichés à l’aide de son appareil photo. La trentaine, une belle prestance, il a l’air d’un vrai professionnel avec sa veste de tweed et son appareil en bandoulière.

LE CHAUFFEUR DE TAXI (comme dans une confidence) :
- Des pieds-noirs, de jeunes voyous des cités européennes, sont venus jusqu’ici pour lancer des pierres aux habitants de ce quartier. C’est la raison pour laquelle il y’a eu tant de bruit hier soir ici…

A la nuée de petits enfants qui couraient en criant comme dans un jeu derrière le taxi se substituent rapidement des adultes, des hommes et des femmes, armés de bâtons et de barres de fer. Le taxi est vite cerné. Il s’arrête. Le chauffeur baisse sa vitre.
UN HOMME (l’air menaçant – en arabe-):
- Qui est avec toi ? Où est-ce que vous allez ?
LE CHAUFFEUR DE TAXI (l’air conciliant) :
- C’est un journaliste étranger qui fait un reportage sur ce qui se passe ici. Il ne faut surtout pas le toucher. C’est grâce aux journalises que le monde entier découvre la ‘’Révolution Algérienne’’.
Une jeune femme, les cheveux au vent et portant au cou un foulard vert, blanc et rouge, s’approche à son tour du taxi.
LA JEUNE FEMME (à l’adresse des autres) :
- Ils sont avec nous ?
Le chauffeur de taxi fait un sourire en entendant la jeune femme, puis donne quelques séries de brefs six coups de klaxons, signifiant à chaque fois : AL-GE-RIE…AL-GE-RIENNE ; AL-GE-RIE…AL-GE -RIENNE… Les hommes libèrent alors le passage et le taxi redémarre.

LE CHAUFFUR DE TAXI (à l’adresse du journaliste) :
- Vous voyez ?… Voilà, nos combattants ! Ils n’ont pas d’armes, mais rien ne les arrêtera. C’est notre Révolution en marche…
Le taxi se faufile lentement parmi des centaines de jeunes gens affluent de toutes parts et convergeant dans la même direction. A une cinquantaine de mètres de là, la rue Albin-Rozet, une ruelle qui descend en pente sur presque 800 mètres avant de déboucher sur la rue de Lyon, est noire de monde. Le taxi s’arrête, puis se gare dans une ruelle adjacente. Les deux hommes descendent et essayent de se frayer un passage à travers la foule. 5 à 7.000 personnes, une véritable marée humaine prête à tout emporter, sont entassées ici …
Aux premiers rangs des manifestants avec des drapeaux algériens hauts levés et des pancartes portées à bouts de bras : « Algérie libre et indépendante – Libérer Ben Bella – Référendum sous contrôle de l’O.N.U – » Malgré un important cordon de sécurité pour empêcher la foule de déborder sur la rue de Lyon, les C.R.S n’arrivent que difficilement à contenir les manifestants qui scandent sous de stridents youyous de femmes en haïk blanc :
- Algérie Algérienne !… Abbas Président !…
- Lagaillarde au poteau !… Libérer Ben Bella !…
Arrivés aux premiers rangs avec le taxieur, le journaliste traverse le cordon de sécurité après avoir exhibé son macaron écarlate, délivré à la presse internationale pour suivre le voyage du général De Gaulle en Algérie. Il se retourne et prend une série de clichés des manifestants alors que des policiers les exhortent par haut-parleurs à terminer la manifestation et à se disperser. Un homme, la trentaine, à l’allure distinguée et portant un blouson de cuir noir, l’interpelle de derrière une barrière pavoisée de vert, de blanc et de rouge.

L’HOMME (en français) :
- Vous êtes journaliste ? Si vous voulez venir, nous vous ferons visiter Belcourt et vous ferons savoir pourquoi nous sommes ici, pourquoi nous manifestons.
Sans hésiter le journaliste enjambe la barricade. Il est aussitôt cerné par plusieurs jeunes algériens … Ils l’invitent à les suivre.

L’HOMME (en marchant) :
- C’est l’injustice, l’inégalité entre musulmans et pieds-noirs, l’oppression des autorités française qui poussent les algériens à se révolter contre ce système colonial tyrannique…

UN AUTRE HOMME (exhibant une fiche de paye) :
- Regarder combien je gagne par jour !… A peine 1.100 francs alors que je suis ouvrier spécialisé et travaille de 8 heures à 19 heures tandis que le contremaître ‘’pied-noir’’ travaille quatre heures seulement par jour et gagne plus de 100.000 francs par mois.
La foule s’épaissit autour du journaliste et de ses accompagnateurs qui forment un cordon de sécurité autour de lui.
UN ACCOMPAGNATEUR :
- Vous n’avez rien à craindre. Vous êtes sous notre protection.
LE JOURNALISTE ( s’adressant aux hommes qui l’accompagnent ) :
- Pour vous, qu’est-ce donc que l’Algérie Algérienne ?
LE PREMIER HOMME :
- C’est d’abord une Algérie où tous les enfants de ce pays pourront vivre en paix, libres. Un pays où personne ne vous demandera vos papiers et ne vous jettera en prison juste parce que vous vous appelez Mohamed… Un pays comme revendiqué par Ferhat Abbas…
Tout en continuant de discuter le journaliste est entraîné au cœur de Belcourt ; un long escalier de pierres très raide puis une ruelle étroite à la pente abrupte. Des femmes en haïk blanc pressées, des enfants jouant aux pas des portes de leur maison. De tous les côtés à la fois, des cris de manifestants, des sirènes de voitures de police ou d’ambulances et des coups de feu lointains, continuent de leur parvenir.

SEQUENCE 10 : CAFE MAURE – INT. – JOUR –
A l’intérieur beaucoup de gens, des hommes d’un certain âge, sont attablés et discutent calmement en sirotant leur thé ou café. Un plateau à la main, un serveur sert un client. Le journaliste et un de ses accompagnateurs entre dans le café. Le silence se fait, les clients lèvent la tête sur les nouveaux venus. Un homme debout près du comptoir vérifie les papiers du journaliste puis l’invite à le suivre dans l’arrière salle.
Sur une large banderole étalée à même le sol, des jeunes sont en train d’écrire des slogans à la peinture rouge. On peut lire : ‘’ LIBERER BEN BELLA ! ALGERIE AL… ‘’
Un homme, un Responsable politique du quartier, la quarantaine, petite moustache bien taillée, très affable, s’approche du journaliste, l’invite à s’asseoir dans un coin. Autour d‘un verre de thé il lui donne la version des incidents qui ont fini par embraser maintenant tout Alger.
LE RESPONSABLE POLITIQUE :
- Depuis la venue du Général De Gaulle en Algérie, tous les pieds-noirs, menés par des colons et des ultras algérois, ont manifesté violemment pour exprimer leur rejet de la politique prônée par le Général. Nous, on est resté tranquilles chez nous. Ce sont eux les pieds- noirs, qui sont venus nous chercher. En plus de la ‘chasse aux musulmans’, des ratonnades comme ils disent…, qui n’est qu’une forme d’expression d’un racisme primaire chez ces ultras de l’Algérie française, ils ont envahi les quartiers populaires et obligé les musulmans, révolver à la main, à fermer leur café et leur commerce pour les soutenir dans leur grève. On a voulu résister. Ils ont usé alors de violence. Pour la seule journée d’hier, nous avons enregistré plus d’une cinquantaine de morts, sans tenir compte des assassinats de personnes isolées. Lors des manifestations des centaines de personnes on été grièvement blessées, d’autres arrêtées par les forces de l’ordre.

Un carnet à la main, le journaliste prend des notes au fur et à mesure. Des bruits lointains de tirs soutenus d’armes automatiques, de longues rafales, lui font relever la tête, l’air interrogateur…

LE RESPONSABLE POLITIQUE :
- Cela provient des hauteurs… Les habitants des quartiers populaires, qu’ils soient du Clos Salembier, de Diar E-Saada, Diar El-Mahçoul, du Ruisseau ou de Kouba, et même ceux des bidonvilles longeant le Ravin de la Femme Sauvage, sont dehors depuis les premières heures de la journée et affrontent en ce moment-même, à mains nues, les pieds-noirs des cités européennes armés de révolvers, de grenades offensives et même d’armes de guerre pour certains. La violence de ces derniers ne peut qu’engendrer une violence encore plus grande : la colère légitime de la population musulmane. Les forces de sécurité, police, C.R.S, gendarmes mobiles et même parachutistes, sont sur place bien sûr et quadrillent depuis hier soirs tous les quartiers. Mais comme souvent ils laissent faire quand ils ne soutiennent pas les pieds-noirs, cela nous amène à douter fortement de leur neutralité…

LE RESPONSABLE POLITIQUE (après un moment de silence) :
- Nous sommes tous pour le F.L.N, nous n’avons jamais voulu bouger, mais maintenant la population est lassée par ce qui se passe en Algérie… Nous ne sommes pas pour le Général de Gaulle, car dans l’état actuel des choses, il n’y a plus que deux solutions : ou une Algérie fasciste, avec tout ce que cela suppose comme totalitarisme et comme mépris des musulmans, ou une Algérie indépendante, un pays où tous les algériens seront égaux et pourront vivre en paix…
-
REPRISE SEQUENCE 3 : EXT. JOUR – - 11 Heures –
Une foule immense descendue des hauteurs de Belcourt et brandissant des dizaines de drapeaux algériens envahit la rue de Lyon en scandant : ‘’ – Vive le F.L.N !… Vive Ferhat Abbas !… Vive l’Algérie Algérienne – ‘’ Des applaudissements, des youyous, des cris, des coups de sifflet, accompagnent la marche des manifestants. La masse de manifestants ne cesse de grossir. Soudain, à partir des balcons des pieds-noirs tirent sur la foule et jettent sur les manifestants des grenades offensives. Plusieurs hommes et femmes tombent, certains mortellement touchés…
Un homme, grièvement atteint, dessine avec son sang un croissant et une étoile sur un drapeau avant de succomber. Les hommes et les femmes blessés sont évacués vers l’arrière alors que la foule continue d’avancer vers le centre malgré les tirs des pieds -noirs et les grenades lacrymogènes lancées de loin par les C.R.S pour essayer de les disperser. Deux jeunes filles, habillées de vert et blanc et portant calot aux couleurs nationales, pleurent tout en chantant ‘’ Min Djibalina ‘’, ce qui galvanise la foule de manifestants. Quelques voitures en stationnement, encore intactes, sont renversées, d’autres incendiées. L‘emblème ensanglanté haut levé, un manifestant s’adresse à la presse qui suit la manifestation en prenant plusieurs clichés :
LE MANIFESTANT :
- Messieurs les journalistes, il y’a beaucoup de sang sur notre drapeau. Un million d’Algériens morts pour l’indépendance…
-
Arrivés dans plusieurs G.M.C, des centaines de parachutistes prennent position en renforcement des cordons de sécurité déjà établis par les C.R.S. La tension est extrême… Le face-à-face, manifestants d’un côté et forces de sécurité et pieds-noirs de l’autre, est inévitable… Arrivés à proximité immédiate du premier cordon de sécurité la foule maintient la pression en scandant sous des youyous ininterrompus :
- Algérie Indépendante !… Algérie Indépendante !…
- Vive le G.P.R.A !… Vive le F.L.N !… Abbas Président !…
-
De derrière le cordon de sécurité des pieds-noirs jettent sur la foule des grenades offensives blessant plusieurs hommes et femmes… les manifestants ripostent par des jets de pierres avant que les forces de l’ordre ne donnent l’assaut… La panique est générale… Le tumulte fait de cris, de youyous, de coups de feu sporadiques, du bruit sourd des explosions des grenades lacrymogènes et du hululement des sirènes des voitures de police ou d’ambulances, est extraordinaire… Armés de barres de fer, de couteaux, de bâtons et de parapluies, les manifestants sont au corps à corps avec les forces de l’ordre et les pieds-noirs…

REPRISE SEQUENCE 8: 11 heures 30
Sous la poussée de la foule, une véritable marée humaine, les manifestants finissent par rompre le cordon de sécurité des C.R.S, renforcés depuis la matinée par des parachutistes. Malgré les tirs de sommations, de grenades lacrymogènes et les coups de matraques, les manifestants avancent décidés en scandant sous des youyous continus – ‘’ Algérie Algérienne !… . Tahia El-Djazaïr !…’’ – Soudain une fusillade éclate… Les paras tirent à balles réelles… Plusieurs hommes et femmes sont mortellement atteints… La panique est générale. On court dans tous les sens. Certains manifestants remontent vers la Casbah, d’autres continuent d’avancer… Un hélicoptère survole à basse altitude la petite Casbah, puis ouvre le feu à la mitrailleuse pour empêcher d’autres manifestants de sortir. Au carrefour de la Rampe Vallée et de la rue Mizon, des heurts violents opposent les manifestants à des pieds-noirs armés de révolvers et de grenades offensives. Plusieurs manifestants grièvement blessés, tombent. Des groupes de manifestants armés de barres de fer, de marteaux et de matraques, s’introduisent dans les quartiers européens en criant leur colère… Des affrontements entre manifestants et pieds-noirs ont lieu au bas des immeubles faisant plusieurs blessés des deux bords. Des voitures en stationnement sont renversées puis incendiées…

REPRISE SEQUENCE 5 : EXT. – JOUR – 12 heures
Une voiture Simca-Aronde hérissée de drapeaux algériens et remplie de jeunes arborant le ‘’ V’’ de la victoire descend à toute vitesse le Ravin de la Femme Sauvage, traverse un barrage tenu par des manifestants et se dirige vers le Ruisseau. Sur le bas côté de la route deux voitures sont en train de brûler…
Une Peugeot ‘203’ arrive à son tour… A la vue du barrage, le chauffeur, seul dans la voiture, ralentit. La voiture est aussitôt cernée par des hommes à l’air menaçant et armés de barres de fer.

UN MANIFESTANT :
- Où est-ce que vous allez ? Descendez de voiture !…
LE CHAUFFEUR (en montrant un caducée collé sur le pare-brise) :
- Je suis médecin …, j’ai une urgence et je dois absolument me rendre au Ruisseau.
-
LE MANIFESTANT :
-Montrez-moi vos papiers !
Le chauffeur s’exécute. L’homme examine les papiers puis fait signe à ses amis de libérer le passage. La voiture reprend sa route alors qu’un camion chargé de manifestants remonte lentement en direction de Diar Es Saâda aux cris de :
‘’ – Vive le F.L.N ; Tahia El-Djazaïr ; Abbas Président – ‘’.
Puis de nouveau une voiture, une Citroën ‘Traction-Avant’, arrive à grande vitesse puis freine à un centaine de mètres du barrage dans un mugissement des pneumatiques avant que le chauffeur ne tente de faire demi-tour… Le véhicule est aussitôt rattrapé puis immobilisé par des dizaines de manifestants en colère.
UN MANIFESTANT :
- Je le reconnais ! C’est un policier, un inspecteur…
UN AUTRE :
- – Le salaud !… Il va enfin payer pour tout ce qu’il a fait subir à nos frères…
L’homme est alors sorti du véhicule, désarmé, roué de coups puis emmené par un groupe de manifestants tandis que son véhicule est aussitôt dirigé sur le bas côté de la route et incendié.

SEQUENCE 11 : CENTRE DE BAB-EL-OUED – EXT. – JOUR – 13 heures
Une jeep et deux G.M.C bourrés de soldats, des parachutistes, s’arrêtent brusquement à la Place des Trois-Horloges. Les paras sautent des camions et prennent rapidement position en vue de boucler tout le quartier. A quelques mètres de là les cadavres de deux musulmans. Le premier git près d’un caniveau, le dos au sol, les yeux encore ouverts, abattu d’une balle en pleine tête. Le second est recroquevillé sur lui-même au milieu de la chaussée à côté d’une flaque de sang encore fraîche.
Venant d’Alger une camionnette apparait et s’approche lentement. Assis sur la banquette avant un homme et deux femmes voilées. Le chauffeur est très inquiet. A une centaine de mètres de la Place, la voiture est interceptée par un groupe d’une dizaine de pieds-noirs armés de révolver et de chaînes, sous le regard indifférent des parachutistes.
UN PIED-NOIR (en hurlant avec force) :
- Sortez de là !… Sortez de là !…
L’homme et les deux femmes ont très peur. Ils hésitent… Les pieds-noirs les font descendre avec brutalité. Un jeune pied-noir s’empare des pièces d’identité de l’homme, les examine puis les déchire avec rage.
LE JEUNE PIED-NOIR (à un autre armé de révolver) :
- Tire !… Tire !… Liquidons-les !…
L’homme et les deux femmes sont finalement entraînés de force vers une rue adjacente. Vite libérées, les deux femmes se sauvent en pleurant alors que deux coups de feu, secs, retentissent derrière elles…

SEQUENCE 12: -HOPITAL MAILLOT – EXT. – JOUR – 13 heures 30
A l’entrée d’un pavillon un panneau annonce : ‘URGENCES’. Il y règne une grande agitation. Beaucoup de monde à l’entrée. Des policiers, des pieds-noirs inquiets venus aux nouvelles et des infirmiers débordés qui accueillent les blessés que des ambulances ramènent dans des hululements continus de sirènes. Un couple de pieds-noirs d’un certain âge sort des ‘Urgences’. La femme soutenue par l’homme est en pleurs…

LA FEMME :
- – Mais ce n’est pas possible !… Ce n’est pas possible !… Il ne peut pas mourir comme ça… Il vient juste de fêter ses 20 ans…
Une camionnette transportant plusieurs manifestants blessés s’arrête dans un crissement de freins devant les ’Urgences’. Elle est aussitôt entourée par des policiers, quelques pieds- noirs curieux et des infirmiers. Après quelques palabres, les blessés, des manifestants grièvement atteints, perdant beaucoup de sang et se tordant de douleur, sont admis aux ‘Urgences’. Le chauffeur quant à lui, un algérien, est arrêté puis menotté. Des pieds-noirs en colère, haineux, lui balancent des coups de poings et des coups de pieds avant qu’il ne soit embarqué à l’intérieur d’un fourgon de police.

SEQUENCE 13: ALGER/PLACE DU GOUVERNEMENT – EXT. – JOUR – 13 Heures 30
De l’intérieur de la Casbah proviennent des grondements sourds, des cris et des youyous. La Cité est complètement fermée par des réseaux de barbelées et des chevaux de frise et est encerclée par des zouaves et des parachutistes. Tous les débouchés sont fermés pour empêcher les dizaines de milliers de manifestants en colère d’en sortir. Les fouilles au corps et les contrôles des pièces d’identité des personnes voulant entrer à la Casbah sont effectués avec nervosité. Volant à basse altitude deux hélicoptères survolent en permanence la vieille cité…

A la Place du Gouvernement des centaines d’Algériens, parmi lesquels des femmes et des enfants, sont rassemblés et tenus en respect par des zouaves leur interdisant tout mouvement. Les personnes voulant quitter l’endroit sont rabrouées avec brutalité. La tension est extrême… Une femme, puis deux, puis trois, se mettent alors à lancer des youyous. Les hommes à leur tour scandent : ‘’ – Tahia El-Djazaïr !… Algérie Musulmane !… Vive le F.L.N !… – ‘’

Soudain, un zouave, puis un autre, puis plusieurs, ouvrent le feu… Mortellement atteintes, plus d’une quinzaine de personnes tombent à terre alors que plus d’une trentaine sont blessées… La panique est générale. On crie et on court dans tous les sens… Plusieurs personnes réussissent à franchir le barrage et tentent de gagner le centre d’Alger alors que les soldats continuent de leur tirer dessus…
A la Casbah les manifestants qui essaient, à plusieurs reprises, de forcer le bouclage pour descendre en ville sont repoussés à coups de baïonnettes, voire tués à certains débouchés par des rafales d’armes automatiques…

SEQUENCE 14 : BAB-EL-OUED – EXT. – JOUR –14 Heures 30
Plusieurs milliers de manifestants massés sur les hauteurs surplombant le boulevard de Champagne, dévalent subitement la colline sous les youyous des femmes et aux cris de : « – Vive le F.L.N !… ; Algérie Indépendante!… ; Abbas au pouvoir !…- » Armés de barres de fer et de gourdins, plusieurs drapeaux algériens haut levés, la foule de manifestants composée d’hommes, de femmes et d’enfants, marche à grands pas en direction du centre de la ville en chantant des couplets de ‘Min Djibalina’ et de ‘Kassamen’ . Arrivés à hauteur du Groupe Taine, une cité européenne à forte densité de petits employés et d’ouvriers pieds-noirs, les manifestants sont stoppés par un important dispositif de sécurité composé de gendarmes mobiles, de bérets rouges et de zouaves qui bouclent tout le secteur…
Les forces de sécurité procèdent immédiatement à plusieurs arrestations musclées. Les meneurs, les porte-drapeaux et les hommes brandissant des armes blanches, sont arrêtés et embarqués avec brutalité dans des fourgons de police et des camions militaires qui démarrent aussitôt remplis.
Du centre ville, situé à quelques centaines de mètres plus bas, proviennent des bruits sourds de détonations, de rafales d’armes automatiques et de cris de manifestants venus d’autres quartiers populaires….
Un porte-voix à la main, un gradé des gardes-mobiles s’adresse à la foule :
L’OFFICIER GARDE-MOBILE :
- La manifestation est terminée !… Dispersez-vous ! … Rentrez chez vous !… Les hommes du F.L.N ont tous été arrêtés !…
Pour toute réponse, les manifestants serrent les rangs et scandent sous les youyous spontanés des femmes :
- Vive le F.L.N ! … Algérie Musulmane !… Libérer Ben Bella !
- Lagaillarde au poteau !…
-
Soudain, alors que les gardes-mobiles lancent un chapelet de grenades lacrymogènes sur la foule pour la disperser, les bérets rouges et les zouaves ouvrent le feu… Plusieurs manifestants, parmi lesquels des femmes et des enfants, sont mortellement atteints et tombent à terre, les uns après les autres, comme des pantins subitement désarticulés… C’est un véritable carnage… Les blessés, à terre eux aussi, se comptent par dizaines et se tordent de douleur… Très vite la débandade est générale… On court dans toutes les directions… Alors que des hommes affrontent à mains nues les forces de l’ordre, des pieds-noirs se mettent eux aussi à tirer à partir des balcons et des fenêtres sur les manifestants… Les personnes isolées qui s’étaient enfuies dès les premiers coups de feu sont poursuivies par des groupes de pieds-noirs armés de révolver et de gourdins. Une fois rattrapées, elles sont tabassées à mort avant d’être achevées d’une balle dans la tête ou en pleine poitrine tirée à bout portant. Plusieurs autres manifestants sont lynchés par des pieds-noirs haineux, hystériques…

REPRISE SEQUENCE 11 : EXT. JOUR – 16 Heures 30

Grande animation à la Place des Trois-Horloges où plusieurs groupes de pieds-noirs, des activistes armés de révolvers, de fusils et de grenades offensives, se sont joints aux parachutistes et palabrent avec forts gestes. La Place est jonchée de débris de toutes sortes, tous les rideaux des magasins sont baissés, quelques voitures calcinées fument encore. Ici et là, abandonnés sur les trottoirs, des cadavres de manifestants gisent dans des mares de sang dans l’indifférence générale. Des balcons, des hommes, des femmes et des enfants, tous des pieds-noirs, regardent la place, discutent de la situation…
Un reporter photographe et un caméraman qui couvrent les évènements de Bab-El-Oued, prennent des clichés, filment la place, les hommes en armes, les cadavres sur les trottoirs… Soudain, ils sont appréhendés par des pieds-noirs en armes qui leur arrachent appareils photos et caméra, et les ouvre aussitôt pour rendre inutilisables les pellicules…

LUNDI 12 DECEMBRE 1960

SEQUENCE 15 : GRANDE POSTE – INT. JOUR – 17 Heures
Beaucoup de monde dans le hall de la grande poste improvisé à l’occasion en ‘Centre de Presse’. On s’apostrophe et on échange les dernières informations dans toutes les langues. Leur papier à la main, plusieurs journalistes attendent leur tour devant les cabines téléphoniques. A l’intérieur, pendu au téléphone, les journalistes s’égosillent pour se faire bien entendre par leur rédaction…
UN JOURNALISTE :
- La tension a baissé de plusieurs crans…Malgré encore quelques morts ce matin, une dizaine en tout, entre 8 et 10 heures, suite à des manifestations à la casbah et dans le faubourg de Maison Carrée…
UN AUTRE JOURNALISTE :
- Oui, je confirme !… Selon des sources militaires une dizaine de musulmans connus pour leurs sentiments pro-français ont été découvert ce matin égorgés dans le quartier de Belcourt…
UN TROISEME JOURNALISTE :
- Le calme semble revenir peu à peu à Alger et sa banlieue mais la tension reste vive entre les deux communautés… A Bab- el- Oued, à chaque coin de rue il y’a un guetteur, révolver dans la poche. Ailleurs les pieds-noirs ont fait des équipes armées de 5 à 6 hommes qui patrouillent dans la cité et assurent à tour de rôle des gardes de nuit…

Mardi 13 Décembre 1960

SEQUENCE 16 : CIMETIERE D’EL-KETTAR – EXT. – JOUR – 13 Heures 30
Des unités spéciales de cavalerie et de parachutistes casqués et armés encerclent tout le cimetière. Une clameur immense mêlée de youyous et de cris : ‘’ Allah ou Akbar – Allah ou Akbar ‘’ accompagne une marée humaine d’hommes, de femmes et d’enfants portant à bouts de bras plusieurs dizaines de brancards recouverts de draps et de couvertures avant de les déposer devant des tombes fraîchement creusées. Le chagrin, la colère et la rage se lisent sur les visages. Même les hommes n’arrivent pas à retenir leurs larmes. Entre un sanglot et un autre, les femmes continuent de lancer de longs youyous pleins de désespoir et de révolte à la fois…Des hommes alignent les brancards puis retirent les draps et les couvertures découvrant les dépouilles dans leur linceul… Un Imam appelle la foule à se préparer pour la ’ prière des morts’…

A l’entrée du cimetière des jeunes gens interpellent un journaliste quelque peu hésitant.
UN JEUNE HOMME ( en français) :
- Vous êtes journaliste ? Venez avec nous !… Vous n’avez rien à craindre. Aujourd’hui la Casbah enterre ses martyrs…, enfin ceux dont on a bien voulu nous rendre les corps… Nous avons aussi des choses à vous dire…Vous direz dans votre article ce que vous aurez vu et entendu…
-
Le journaliste, la trentaine, imperméable beige et appareil photo en bandoulière, l’air aussi rusé que subtil, impressionné sans doute par la foule, hésite toujours…
LE JEUNE HOMME :
- Vous avez peur ? Pourquoi ?
LE JOURNALISTE :
- Oui, j’ai peur ! Je l’avoue… On va enterrer des hommes tués pendants les manifestations et la colère peut s’emparer à tout instant de cette immense foule…
LE JEUNE HOMME :
- Nous vous donnons notre parole. Nous vous escorterons et on ne vous fera rien. Personne ne vous touchera.
Le journaliste accepte finalement de suivre les jeunes gens. Au moment de partir, un officier parachutiste l’interpelle.
L’OFFICIER PARA :
- Vous y allez ? Vous êtes fou ? Enfin, si vous avez besoin d’aide, appelez-nous !
-
Les jeunes gens encadrent le journaliste et l’invitent à les suivre. Tout en marchant le journaliste prend quelques clichés du cimetière. La foule ne cesse de grossir. Une marée humaine semble déferler sur le cimetière d’El-Kettar où une pluie fine commence à tomber. Les jeunes gens sont obligés de jouer des coudes pour avancer. Ici et là, des hommes creusent de nouvelles tombes. Dans leur linceul, les chouhadas, près d’une cinquantaine environ, sont ensevelis l’un après l’autre sous des youyous ininterrompus et aux cris de : ‘’ – Allah ou Akbar !… Tahia El-Djazaïr !… Algérie Musulmane !… -‘’ alors qu’un drapeau algérien est haut levé. Lorsqu’il s’agit de femmes, un grand drap est déployé au dessus de la tombe au moment où elles sont mises en terre. Le journaliste prend de nouveau quelques clichés puis demande à partir.

LE JEUNE HOMME (en le prenant par le bras) :
Ne craignez rien. Nous sommes là !
LE JOURNALISTE :
-Il faut que je parte. Je dois téléphoner !

- LE JEUNE HOMME (en le raccompagnant avec ses amis) :
- Les journaux et la radio disent que les manifestants étaient tous armés. C e n’est pas vrai !… Comme vous le voyez, aucun de nous ne porte d’armes sur lui.
LE JOURNALISTE :
- C’est ce que je constate…
LE JEUNE HOMME :
- Savez-vous aussi que certains des corps qui nous ont été rendu ont été mutilés, soit disant autopsiés, alors que nous savons bien, par nos sources, qu’ils avaient été remis à des étudiants en médecine… De même que la plupart des blessés qui étaient hospitalisés dans des dispensaires et des cliniques avaient été retirés par l’armée puis achevés et jetés dans la nature ou près des quartiers musulmans, quand ils n’étaient pas liquidés sur leur lit même d’hôpital par des activistes pieds-noirs…
LE JOURNALISTE :
- Je vous promets que je rapporterai tous vos propos et tout ce que je viens de voir… Mais dites-moi ? Pourquoi avez-vous crié en premier ‘ Algérie algérienne ‘ puis maintenant ‘ Algérie musulmane… ‘ ?
LE JEUNE HOMME :
- N’oubliez pas que le premier à avoir prononcé cette formule c’est bien le Général De Gaulle !… Et nous avons tous cru pendant quelques temps à cette ‘’ Algérie Algérienne…’’ Aujourd’hui, avec tout ce qui vient de se passer, tout ce déferlement de haine et de violence de la part des partisans de l’Algérie française, les algériens ont tout simplement laissé parler leur cœur et nous avons alors tous crié : ‘’ Algérie Musulmane !…‘’ pour exprimer notre foi et souligner notre identité…

A une dizaine de mètres de la sortie le journaliste s’arrête, se retourne, laisse errer pendant un moment son regard sur le cimetière, la multitude de tombes blanches toutes alignées en direction de la ‘Qibla’, la foule de gens en contrebas qui continuent d’enterrer ses morts. Puis il salue ses accompagnateurs et les quitte en pressant le pas…

VOIX OFF. ‘’ COMMENTAIRES ‘’
‘’ Sans nul doute que l’on ne saura jamais avec exactitude le nombre de chouhadas tombés au cours des glorieuses manifestations de Décembre 1960 qui ébranlèrent toute l’Algérie ; tant les personnes tuées, enlevées et autres disparitions forcées, se comptent par plusieurs dizaines, voire par centaines dans certaines grandes villes du pays. ‘’
‘’ Au-delà du visage hideux de la colonisation française, dans toutes ses composantes, le monde entier a pu découvrir lors de ces manifestations qui constituent un tournant décisif dans la guerre d’Algérie, toute l’unité, le choix, et la grande détermination du peuple algérien pour le recouvrement de son indépendance…’’

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LUNDI 10 AVRIL 1961

SEQUENCE 17 : ALGER – EXT. – NUIT –

Du haut du promontoire de ‘Notre Dame d’Afrique’ la vue d’Alger et de sa célèbre baie, où mouillent quelques bateaux marchands, est imprenable…, même de nuit. Le calme règne sur la ville éclairée par une multitude de points lumineux. A peine si l’on entend de temps à autre des vrombissements de moteurs de voitures filant à toute allure… Soudain, le silence de la nuit est déchiré par une série de fortes explosions, parfois sourdes, lointaines, parfois proches, assourdissantes… Ici et là, des lueurs brèves comme des éclairs s’élèvent dans le ciel… Aux étages des immeubles des lumières s’allument… Des gens sortent aux balcons, s’interpellent…

DIMANCHE 23 AVRIL 1961

SEQUENCE 18 : ESPLANADE G.G. – EXT. – JOUR –

L’esplanade faisant face au Palais du Gouvernement, ou le ‘Forum’ comme on l’appelle ici, le monument aux morts et tous les espaces limitrophes jusqu’au bas de la Grande Poste, sont noirs de monde. Une foule immense de pieds-noirs venus même des petits villages de la Mitidja, ainsi que des supplétifs musulmans avec leur incontournable burnous et leurs décorations, arborant drapeaux tricolore et aux cris de : ‘’ – Algérie française !… ; – Algérie française !… ; – A bas le Général De Gaulle !… – ‘’, a répondu massivement à l’appel et est venue exprimer son soutien aux miliaires et écouter les auteurs du putsch. Lorsque les putschistes, les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller, apparaissent sur l’un des balcons du Gouvernement Général, la foule, en délire, applaudit et les acclame longuement…

SEQUENCE 19 : MESS DES OFFICIERS – INT. – NUIT –
L’unique télévision en noir et blanc du mess diffuse des variétés. Assis autour d’une table basse, une cigarette et une bière ou un café à la main, une dizaine d’officiers du contingent ont les yeux rivés sur un poste-radio posé sur la petite table. Ils écoutent dans un silence religieux le discours du Général de Gaulle retransmis en direct. D’autres militaires debout près du comptoir, des sous-officiers et même de simples soldats, ont l’oreille collée à leur transistor portable. Transportée par les ondes-radio, la voix du Général, forte, vibrante, au timbre inégalable, remplit vite toute la grande salle et impressionne fortement les bidasses…
VOIX DU GENERAL DE GAULLE :
- Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un ‘’ pronunciamento ‘’ militaire…
-
- …Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers, partisans, ambitieux et fanatiques…
- …
- …Voici l’Etat bafoué, la nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique compromis. Et par qui ? Hélas ! hélas ! hélas ! par des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison d’être, de servir et d’obéir…
- …
- Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer partout la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire…
- …
- J’interdis à tout Français, et d’abord, à tout soldat, d’exécuter aucun de leurs ordres…
- …
- Françaises, Français, aidez moi !…

MARDI 25 AVRIL 1961

SEQUENCE 20: HOTEL ALETTI – INT. – JOUR – 12 Heures
Dans sa suite un militaire enfile lentement sa veste tout en s’approchant d’une porte-fenêtre. Il l’ouvre en grand puis s’arrête, pensif… Son regard erre un moment sur le port de plaisance et les rangées de petites embarcations alignées côte à côte et balançant comme des jouets sur un plan d’eau, l’amirauté et ses fortifications, la jetée au bout de laquelle un gros paquebot ‘’ El-Mansour ‘’ manœuvre pour quitter le port dans un long rugissement de sirènes… Le militaire se retourne enfin et finit par boutonner sa veste. Sa poitrine est couverte de décorations. C’est un général. D’un certain âge, il a l’air très imposant. Il récupère sur un guéridon sa casquette, ses gants et ses lunettes de soleil, puis quitte la grande chambre …

SEQUENCE 21 : GOUVERNEMENT GENERAL – INT. HALL – JOUR –
Une quinzaine d’officiers en tenue de combat, par groupe de deux à trois hommes, occupent le grand hall du palais et discutent à voix étouffées. Tous les officiers portent leur P.A réglementaire. Coiffés de béret rouge, vert, noir ou de la casquette léopard, ils représentent l’essentiel des forces spéciales que compte l’Armée de terre. Le visage hâlé par le soleil et les épaulettes galonnées, ils semblent tous disposer d’une grande expérience du terrain. Deux officiers, deux colonels, bien à l’écart des autres, l’un, un grand blond en treillis et béret noir, tirant nerveusement sur sa cigarette, l’autre, brun, fort, fine moustache, en tenue léopard avec béret vert et tête de mort, font les cents pas…

LE BERET NOIR (l’air soucieux) :
- Lancés comme nous l’avons été, ce serait vraiment con de tout lâcher maintenant…

LE COLONEL PARACHUTISTE :
- Si Salan prend l’affaire en main, moi je fonce…, qu’elles qu’en seraient les conséquences. Les gus du 1° R.E.P ne se sont encore jamais dégonflés… et ce n’est pas maintenant qu’on va le faire…
LE BERET NOIR :
- Je sais que c’est un homme de parole… Un officier qui n’a jamais laissé tomber ses hommes et qu’on peut toujours compter sur lui en cas de coup dur…

SEQUENCE 22 : G.G. – SALLE DE REUNION – INT. – JOUR –
Une demi-douzaine d’hommes, des civils, la petite quarantaine pour certains, costume et cravate, l’air grave, impatients, soucieux même, sont assis autour d’une grande table de réunion et discutent à voix basse. Dans un coin de la salle, sur un tableau à chevalet un grand plan de la ville d’Alger dont plusieurs parties représentant les quartiers dits Arabes, sont hachurées de rouge. L’un des hommes, petit, maigre, le visage tout en os, portant lunettes de vue, se lève et s’approche du tableau, une cigarette dans une main et feutre dans l’autre. Il se met à hachurer une nouvelle zone sur les hauteurs de Bab-El-Oued…
SEQUENCE 23: HOTEL ALETTI – EXT. – COUR – JOUR –
Une jeep avec quatre parachutistes en arme et une D.S. noire sont à l’arrêt devant le perron de l’hôtel. Le général paraît, s’arrête, regarde en direction de la voiture, met ses lunettes puis descend les marches du perron d’un pas alerte. Un officier salut puis ouvre la portière arrière droite. Le général monte, s’installe. Les deux voitures démarrent…

SEQUENCE 24: ALGER CENTRE– EXT. – JOUR -
A la suite de la jeep qui ouvre la route, la D.S. passe à son tour le portail de l’hôtel gardé par deux soldats casqués et armés et amorce un tournant à gauche en direction de la grande poste. Le général jette un rapide coup d’œil à droite. Un half-track, entouré de plusieurs militaires et de civils armés, bloque le carrefour. Les civils lèvent leurs armes en l’air aux cris de : ‘’ Algérie française !… Vive l’Armée !… Vive le Général Salan !…‘’ Une grande animation règne sur tout le trajet où l’armée semble avoir pactisé avec une bonne partie de la population pieds-noirs. Les deux voitures filent vite. Sur les trottoirs les passants s’arrêtent, saluent le petit cortège, applaudissent ou font le ‘V’ de la victoire. Les deux voitures prennent l’une après l’autre le tournant de la grande poste pour remonter vers le Palais du Gouvernement. Aux principaux carrefours, des blindés, des automitrailleuses et des militaires en armes…

SEQUENCE 25 : ESPLANADE ET COUR DU G.G – EXT. – JOUR –
Plusieurs militaires en arme chargés d’assurer la sécurité du G.G. sont éparpillés un peu partout sur l’esplanade et le petit bois mitoyen. Un half-track à l’arrêt surplombe le ‘monument aux morts’ et fait face à la mer. Le petit cortège arrive. La jeep se range aussitôt à coté du half-track alors que la D.S. vire à gauche et franchit la grande grille du palais. Dès que la voiture stoppe les deux colonels accourent. L’officier parachutiste tend la main et ouvre la portière. Tandis que le général sort de la voiture les deux officiers claquent des talons dans un garde-à-vous rigide et saluent énergiquement en portant leur main droite à leur béret. Le général jette un rapide coup d’œil vers les étages du palais, puis salut à son tour les deux colonels.
LE GENERAL SALAN ( à voix basse ) :
- Ils sont tous là ?
LE COLONEL PARACHUTISTE :
- Depuis deux bonnes heures déjà, mon Général.
LE GENERAL SALAN :
- Alors, allons-y !
Le général et les deux colonels, un peu en retrait, gravissent les marches du palais…

REPRISE SEQUENCE 22 : G.G. – SALLE DE REUNION – INT. – JOUR –
La porte de la grande salle de réunion s’ouvre brusquement laissant apparaître le Général Salan accompagné par les deux colonels. Tous les hommes se lèvent. Une main tendue le Général avance et les salue un à un …
GENERAL SALAN :
- Je vous en prie, Messieurs, restez assis… Comment va Suzini ? Mon cher Ortiz !… Lagaillarde !…
Puis le Général prend place tout au bout de la grande table alors que les deux colonels restent debout et l’encadrent. A leur tour, tous les officiers qui attendaient dans le hall pénètrent et prennent place. Le Général dépose sa casquette sur la table.

GENERAL SALAN ( le ton est sec, les mots bien articulés) :
- Messieurs, je serai bref !…Je ne vous apporte pas de bonnes nouvelles… La rapidité des évènements de ces trois derniers jours, les brusques changements de situations et les revirements inattendus de certains de mes collègues m’ont poussé à provoquer cette petite réunion. Il est grand temps que nous fassions le point et de nous entendre sur nos actions futures…
- De l’autre côté de la mer on n’a pas encore fini de brader, d’hypothéquer l’avenir de ce pays… Des amis sûrs m’ont confirmé ce matin qu’après les premiers contacts en Suisse avec des dirigeants du F.L.N, des négociations officielles vont bientôt avoir lieu entre la France et le G.P.R. A …
- Ici…, on ne fait pas mieux !… Après avoir braqué sur vous les feux de l’actualité mondiale, les hommes sur lesquels vous comptiez le plus, vous lâchent… A l’heure qu’il est, la décision de regagner les casernes à sûrement déjà été prise…
SUZINI ( A demi levé, rouge de colère ) :
- Mais, ce n’est pas possible !… Ils ne peuvent pas nous faire ça !…

ORTIZ (A demi levé lui aussi ) :
- Les salauds !… Je savais que cela finirait comme cela !…
LES AUTRES CIVILS ( parlant entre eux, souvent ensemble ) :
- On ne se laissera pas faire !…
- Les froussards !…
- Avec eux, ça a toujours été pareil ! Au dernier moment…
- Négocier avec les fellaghas !… Et puis quoi encore ?…
GENERAL SALAN (les bras à demi tendus) :
- Du calme, Messieurs, je vous en prie !… Je comprends parfaitement votre colère !… Mais comme vous le voyez, vous n’êtes pas…, vous n’avez jamais été…, et vous ne serez jamais seuls…
-
Un à un, rassurés par les paroles du général, les civils reprennent leur place.

GENERAL SALAN :
- Je peux vous affirmer, Messieurs, que moi vivant, il n’y aura jamais de deuxième ‘’ Diên Biên Phu ‘’ !…
- Si là-bas, nous aurions pu gagner la guerre, ici, nous ne nous laisserons jamais faire…
Comme un seul homme, toute l’assistance se lève et se met à applaudir très fort le général…

SEQUENCE 26 : RUES D’ALGER – EXT. – NUIT –
Une jeep descend à toute allure l’Avenue de Lattre. A côté du chauffeur un officier en tenue de combat, casqué, et la bouche collée à son émetteur-récepteur donne des ordres brefs…
L’OFFICIER :
- Attention !…A tous les Tigres !… Ici, Tigre 1… Ici, Tigre 1… Décrochage à 21 heures 45 confirmé… Laissez place aux Guépards… Je répète… Décrochage à 21 heures 45 confirmé…laissez place aux Guépards… A vous ! …
A l’écoute…, des commandants de chars, des radios, des pilotes, à l’intérieur de leurs engins ou le buste hors de la tourelle, répondent à l’appel…
- Blindé : Ici Tigre 3 ! Bien reçu…
- Half-track : Ici Tigre 7 ! Message bien reçu…
- Automitrailleuse : Ici Tigre 9 ! Bien reçu…

SEQUENCE 27 : BAR – INT. – NUIT –
Le bar est rempli de militaires et de pieds-noirs attablés, des hommes et des femmes, jeunes et vieux, certains armés. Ils boivent, fument, discutent, rient. Accoudé au comptoir un légionnaire un peu éméché, un verre à la main et une cigarette aux coins des lèvres, raconte son histoire à des consommateurs, dont des femmes avides de sensations fortes…
LE LEGIONNAIRE :
- … alors une grenade dans une main et un couteau dans l’autre, je saute à la gorge de leur chef et le fait sortir calmement avec moi, à reculons, hors de la baraque… Aucun d’eux n’a osé bouger… et dire qu’ils étaient au moins dix fels, et tous armés…
UNE FEMME :
Tu leur as balancé ta grenade ?…
LE LEGIONNAIRE :
Et comment ?…

SEQUENCE 28 : CHAMP DE MANŒUVRE – EXT. – NUIT –
Un jeune couple sous un porche…, une main appuyée contre le mur, l’homme, un militaire, est très proche de la fille. Ils flirtent… Le militaire dit des choses à la fille qui lui arrachent un rire espiègle… Une voix les surprend… La fille se sauve…
UNE VOIX DE FEMME ( dans une cage d’escalier ) :
- Marie !… Marie !… Tu rentres, il se fait tard…
Sur la grande place du Champ de Manœuvre plusieurs véhicules militaires et engins sont stationnés. Ils font tourner leur moteur. Le canon en l’air et son chef hors de la tourelle, un char se met en route dans un grincement de chenilles. Il est aussitôt suivi par un half-track. Deux par deux, des militaires arrivent et s’engouffrent à l’arrière d’un camion militaire. Le camion démarre à son tour…
Sous un lampadaire, un groupe de pieds-noirs armés observent la scène.
UN HOMME :
- C’est louche tout ça, vous ne trouvez pas ? J’ai l’impression qu’ils sont en train de regagner les casernes…

UN AUTRE :
- J’ai reçu tout à l’heure un coup de fil d’un cousin et c’est la même chose dans leur quartier…Les gendarmes les ont remplacé…
-
SEQUENCE 29 : FERME – EXT. – NUIT –
Plusieurs voitures sont en stationnement dans une cour alors que d’autres finissent de se ranger. Une torche à la main, des civils en armes accueillent les nouveaux venus. En arrière plan une grande villa coloniale aux fenêtres allumées, se détache dans le noir.
UN GARDE :
- Alors ?… C’est calme ce soir ?…
-
UN HOMME :
- Formidable !… De Rouiba jusqu’ici, nous n’avons rencontré aucun uniforme…
Tous feux éteints une voiture roule lentement sur le chemin menant à la ferme puis s’arrête. Elle fait cinq appels de phare, trois courts puis deux longs, à deux reprises. Aussitôt une lampe torche répond au signal et clignote cinq fois… La voiture allume ses feux de position puis se remet en route. Dès qu’elle entre dans la cour un garde la guide avec sa torche. Sitôt le véhicule arrêté deux hommes en descendent en faisant claquer légèrement les portières. Ils se dirigent vers la villa en faisant crisser le gravier sous leurs chaussures.
UN HOMME (tout en marchant) :
- Est-ce que Suzini est là ?
LE GARDE :
- Oui !… Il est là depuis une heure environ…
L’HOMME :
- Et le Général Salan ?
LE GARDE :
- J’peux pas vous le dire moi…, Monsieur Suzini est arrivé avec tout un groupe… Ils ont déjà commencé la réunion…

SEQUENCE 30 : VILLA COLONIALE – INT. – NUIT –
Une cinquantaine d’hommes sont réunis dans un grand salon aux murs garnis de drapeaux tricolore, de fanions du groupuscule ‘Jeune Nation’ et de banderoles où on peut lire : ‘’ – VIVE SALAN – ; – ALGERIE FRANCAISE – ; L’O.A.S VAINCRA – ‘’ A la table d’honneur les généraux Salan et Jouhaud, en civil. En bras de chemise, holster pendant sous l’aisselle gauche et laissant paraître la crosse d’un révolver de gros calibre, Suzini lit avec passion un papier en scandant chaque mot. La déclaration soulève à chaque fois des cris de soutien et des tonnerres d’applaudissements de l’assistance : de gros colons de la Mitidja, des politiciens, des intellectuels, et des officiers déserteurs… ( de nombreux colonels qu’on reconnait pour les avoirs déjà vu en tenue avec Salan lors de la réunion tenue au G.G).
SUZINI ( le visage en sueur et le poing fermé ) :
- J’ai nommé Salan !… L’homme que le destin a choisi et mis à la tête de notre Organisation !… Aujourd’hui plus que jamais, la lutte continue…Le combat sera long…, mais décisif le moment venu, j’en suis convaincu… Des milliers d’hommes, de toutes les couches de notre communauté ont déjà répondu à l’appel… Des milliers d’autres…, à Oran…, à Bône…, à Constantine…, et ici même à Alger…, sachant où est leur vrai devoir…, n’attendent que notre signal pour agir…
- Le moment venu, notre Organisation frappera durement…, châtiera d’une manière exemplaire et définitive tous les vendus et tous les traîtres à la cause de l’Algérie française… Nous avons les hommes et les moyens pour cela… Nous serons sans pitié…
- En aucun cas nous ne laisserons les politicards de Paris décider de notre devenir…, brader ce pays qui nous a vu naître et pour lequel nos parents ont tant donné…
- Nous aussi nous savons nous faire entendre…, devrions-nous pour cela jeter 10 fois plus de bombes que le F.L.N…, tuer en un jour autant de gens qu’il n’en tuera en un an…
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MAI 1961

SEQUENCE 31 : ALGER – EXT. – NUIT –
-Le silence de la nuit est régulièrement déchiré par des vrombissements de camions et de voitures roulant à toute allure, de coups de feu épars, de déflagrations lointaines, de hululements de sirènes et du tintamarre fait par les pieds-noirs aux fenêtres et aux balcons avec leurs casseroles qui s’entrechoquent et leurs ‘’Algérie-Française’’ , auxquels répondent spontanément les youyous des femmes et les ‘’ Tahia El-Djazaïr provenant de la Casbah, de Belcourt et des autres quartiers musulmans.
SEQUENCE 32 : MAQUIS – EXT. – NUIT -
-Un groupe de moudjahidines bien camouflés est en embuscade sur un talus surplombant une route sinueuse qui monte en serpentant suivant les ondulations d‘une ravine. Le doigt sur la gâchette, ils attendent en silence … Une lumière accompagnée d’un vrombissement de moteur puis des soldats en patrouille, précédés par une automitrailleuse, apparaissent. Installé sur le véhicule, un puissant projecteur balaie la route et les bas côtés… Les moudjahidines baissent davantage la tête… En dispositif de combat, les militaires se rapprochent lentement. Une dizaine de mètres plus loin, le véhicule saute sur une mine et prend feu avant de se renverser sur le ravin. Les moudjahidines déclenchent aussitôt un feu nourri…, plusieurs soldats tombent en criant…, quelques uns se jettent à terre et ripostent mais ils sont éliminés à leur tour dans le violent accrochage qui s’ensuit… Les moudjahidines investissent rapidement la route et se saisissent de toutes les armes des soldats morts avant de disparaitre dans le noir…

SEQUENCE 33 : – PONT POLIGNAC – EXT. – NUIT –
Remontant lentement la rue Sidi Carnot une voiture, une Simca Aronde, s’engage sur le pont, fait le rond point puis se dirige vers la route Moutonnière. Ses cinq occupants sont silencieux. Roulant à vitesse réduite, à l’embranchement la voiture hésite quelque peu sur la direction à prendre avant de faire demi-tour. Elle s’arrête finalement sur le pont et éteint ses phares… Le chauffeur sort de la voiture, regarde à droite, à gauche, sous le pont, puis fait signe à ses camarades de sortir avant de s’approcher de l’arrière et d’ouvrir la mâle…
LE CHAUFFEUR :
- Allez-y les gars, la voie est libre !… Mais fissaâ, nous avons beaucoup de travail cette nuit…
Comme des ombres, les quatre hommes récupèrent des bidons de peintures et des pinceaux puis se précipitent des deux côtés du pont avant de se pencher sur les parapets puis de commencer à tracer de grandes lettres blanches : ‘’ ALGERIE FRANCAISE ; O A S VAINCRA ; VIVE SALAN…’’
Au loin, Alger est secoué par une série d’explosions …

SEQUENCE 34 : GENEVE-COINTRIN – EXT. – JOUR – 19 MAI 1961
De nombreux ambassadeurs et représentants de pays amis sont là avec les autorités suisses pour accueillir la délégation algérienne à sa descente d’avion et lui souhaiter la bienvenue… Le Président Krim Belkacem, suivi des autres membres de la délégation, les salue un à un, puis se dirige vers les journalistes et les nombreux observateurs venus du monde entier pour couvrir l’évènement…

UN JOURNALISTE (avec un fort accent) :
- Monsieur le Président, qu’attendez-vous de ces négociations ?
KRIM BELKACEM (entouré des autres membres) :
- En tant que représentants du G.P.R.A, nous tenons d’abord à adresser nos remerciements sincères à tous ceux qui nous aident dans notre combat libérateur, à tous les peuples frères et amis, à tous les démocrates du monde, à qui nous demandons de continuer encore à nous appuyer car les négociations seront une grande bataille qui requiert le soutien constant de tous nos alliés.
- Ces négociations doivent assurer le retour à la paix et permettre au peuple algérien de réaliser son indépendance dans le cadre d’une vie internationale sans contrainte et de relations constructives et fructueuses avec tous les peuples frères et amis.
- Notre cause est juste, nos buts sont clairs. Si le gouvernement français est décidé à mettre un terme à la guerre, aucun obstacle sérieux ne s’opposera à un accord entre nous. Sans rien sacrifier des intérêts de notre peuple et des objectifs fondamentaux de notre Révolution, nous sommes décidés quant à nous, à faire preuve d’esprit constructif.
- Nous exprimons l’espoir que le négociateur français voudra bien considérer que l’ère coloniale est définitivement révolue.
- Nous tenons enfin à remercier les autorités suisses et à souligner le rôle historique que joue la Suisse dans le rapprochement des peuples et la consolidation de la paix dans le monde.
- Je vous remercie…
Dès la fin de la déclaration faite par Krim Belkacem, des applaudissements éclatent… La délégation algérienne s’engouffre dans les voitures officielles mises à sa disposition puis quitte l’aéroport…

SEQUENCE 35 : GRANDE VILLA – EXT. – JOUR –
Arrivée sous bonne escorte du cortège de la délégation algérienne au Bois d’Avault où une grande résidence a été mise à sa disposition. Une villa hautement sécurisée, avec barbelés, projecteurs et nids de mitrailleuses. Les voitures s’arrêtent. Des portières s’ouvrent. Les membres de la délégation descendent des voitures, récupèrent leurs bagages, puis prennent possession de la résidence.

SAMEDI 20 MAI 1961

Première rencontre franco-algérienne : Costume, cravate et cartable ou serviette à la main, la délégation algérienne pose devant les reporters et les caméramans qui essayent de fixer au mieux, pour la postérité, ce moment historique. En arrière-plan une dizaine d’accompagnateurs entre délégués, conseillers, experts, secrétaires et autres chiffreurs, debout sur le perron de la résidence. Soudain, l’hymne national, ‘Kassamen’, retentit. La délégation algérienne au complet se fige au garde-à-vous face à l’emblème national. A 9heures 30, elle embarque à bord des voitures officielles. Le cortège démarre …

SEQUENCE 36 : EVIAN – EXT. – JOUR –
A l’entrée de la célèbre station thermale et climatique, une plaque de localisation : ‘’ EVIAN-LES-BAINS ’’. Précédée par un motard et une voiture de police, le cortège de la délégation algérienne arrive et entre dans la grande cour du prestigieux hôtel où doivent se rencontrer les deux délégations. Des policiers et des gendarmes quadrillent tout le secteur. Dès que les membres de la délégation algérienne mettent pied à terre, les journalistes accourent, les flashes crépitent… Conduite par M. Louis Joxe, Ministre d’Etat, la délégation française arrive au même moment…Les deux chefs de délégations se saluent avec une parfaite correction…

SEQUENCE 37: IMPRIMERIE/JOURNAL – INT. – JOUR –
Les rotatives sont en action, les journaux du soir sortent des machines, des ouvriers empilent de grosses liasses de journaux qu’ils emportent…
Etalé sur une table, un journal annonce en gros caractères à sa Une : ‘’ OUVERTURE CE MATIN DES NEGOCIATIONS D’EVIAN ENTRE LA FRANCE ET LE F.L.N. ‘’
Des manchettes d’autres journaux annoncent la même nouvelle et viennent s’étaler les unes sur les autres…
SEQUENCE 38 : ALGER/QUARTIER POPULEUX – EXT. – NUIT –
Sortant d’une ruelle, tous feux éteints, une voiture s’éloigne en trombe… Posée devant la devanture d’un magasin une bombe camouflée dans un gros paquet fait entendre le tic-tac de sa minuterie allant en s’amplifiant… Soudain la bombe explose… La déflagration est si forte que le rideau du magasin laisse maintenant place à une ouverture béante qu’on découvre à travers un épais nuage de fumée, et de poussière … Le feu prend rapidement dans le magasin… Des gravats de toutes sortes couvrent le sol et les toits des quelques voitures en stationnement… Aux étages, des lumières s’allument, des fenêtres s’ouvrent. Tout le quartier s’est réveillé. Terrorisée, une femme crie…. Les hommes s‘interpellent… D’abord lointains, des hululements de sirènes se font entendre alors que des vrombissements de moteurs et des phares de voitures se rapprochent vite… Deux jeeps stoppent dans des crissements de freins… casqués et armes à la main des soldats sautent de la jeep…

SEQUENCE 39 : ALGER/QUARTIER EUROPEEN – EXT. – AUBE
Premières lueurs du jour. Les rues sont désertes. Le quartier est plongé dans le silence. La voix lointaine d’un muezzin appelle à la prière… La porte d’un immeuble s’ouvre lentement laissant paraître un homme, un algérien d’une cinquantaine d’année. L’homme scrute avec précaution les deux côtés de la rue, fait quelques pas en avant, lève la tête sur les étages. Rassuré, il regagne l’immeuble avant d’en ressortir aussitôt, deux valises à la main et accompagné d’une femme voilée et de deux enfants…
Le père en tête, la petite famille descend une ruelle en pressant le pas et en rasant les murs avant de se mettre à courir presque pour quitter au plus vite le quartier…

SEQUENCE 40: INT. IMMEUBLE – NUIT –
Une porte vitrée à deux battants d’un immeuble. Surgissant du noir un homme portant chapeau et manteau pousse un battant de la porte et entre en titubant dans le hall éclairé de l’immeuble. Le regard tourné vers la porte, il s’appuie contre le mur en se tenant la poitrine, il est blessé. La cinquantaine, chemise blanche et cravate, la bouche de l’homme se crispe de douleur, il perd beaucoup de sang. Lorsqu’il entend le mugissement des pneus d’une voiture qui s’arrête, l’homme est terrorisé. Courbé en deux, il quitte le mur et avance en titubant vers les escaliers. Une main sur la rampe il gravit péniblement quelques marches avant que la porte de l’immeuble ne s’ouvre en grand. Deux hommes, chapeau et complet noir, révolver muni de silencieux à la main, font brusquement irruption dans le hall de l’immeuble…
UN POURSUIVANT :
- Il est là, le salaud ! Cette fois, il n’en réchappera pas !…
L’HOMME (faiblement) :
- Au secours !… Au secours !…
Les deux poursuivants montent très vite les marches qui les séparent de l’homme blessé puis l’achèvent de deux balles ( plou ; plou ) tirées à bout portant en pleine poitrine. L’homme s’écroule, son chapeau dégringole…
UN TUEUR :
- Il a son compte…, filons !
Les tueurs s’enfuient alors qu’une grosse flaque de sang commence à se former sous le corps de l’homme gisant en travers des escaliers. L’instant d’après, le vrombissement du moteur d’une voiture qui démarre…
SEQUENCE 41 : QUARTIER RESIDENTIEL – EXT. – JOUR –
Roulant lentement une Peugeot ‘’203’’ passe lentement devant une grande villa blanche. Elle dépasse la villa d’une bonne dizaine de mètres puis s’arrête. A l’intérieur de la voiture trois hommes, chapeau et complet noir, discutent. On reconnait les deux tueurs de l’O.A.S.
UN TUEUR ( à son acolyte) :
- Tu as une idée de la gueule qu’il peut avoir, ce… Perret ?
L’AUTRE :
- Aucune !… Je ne l’ai même pas vu en photo… On verra sur place…
Les deux tueurs descendent de la voiture en refermant doucement les portières puis mains dans les poches ils se dirigent vers la villa. Après avoir jeté un rapide coup d’œil à la maison, le jardin sur le côté et la petite allée couverte de gravillons menant vers un garage, l’un des hommes appuie sur une sonnette déclenchant aussitôt un carillon. De l’intérieur une voix de femme et des pas parviennent.
LA VOIX ( d’une femme ) :
- Voilà !… Voilà !… J’arrive…
Aussitôt la porte de la maison s’entrebâille laissant apparaître le visage souriant d’une bonne femme, la cinquantaine, les yeux levés sur les deux hommes.
LA FEMME :
- Oui ? …
UN TUEUR (le chapeau à la main et l’air faussement embarrassé) :
Madame Perret ?
LA FEMME :
Oui.
L’HOMME ( penché un peu en avant et sur le ton de la confidence ) :
On s’excuse Madame de vous déranger un week-end ! Voilà, on arrive du Palais et on doit absolument voir Monsieur Perret… On doit lui remettre un message urgent de Monsieur le Délégué Général…
MADAME PERRET (ouvrant la porte en grand et tenant par le haut son déshabillé) :
- Entrez je vous prie !… Mon mari est dans son bureau à l’étage, il va vous recevoir…
SEQUENCE 42 : VILLA – INT. – JOUR –
L’un après l’autre les deux hommes pénètrent à l’intérieur de la maison. Mise en confiance la bonne femme referme la porte derrière elle, puis leur demande d’attendre dans le salon avant de gravir l’escalier menant à l’étage. Leur chapeau de nouveau sur la tête et les mains dans les poches, les deux hommes la suivent des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse. L’instant d’après, un homme, la soixantaine, un peu bedonnant, nue tête et robe de chambre descend l’escalier, puis s’arrête méfiant, à la vue des deux hommes.
MR. PERRET :
- Mais, qui êtes-vous ?… Que voulez-vous ?…
Pour toute réponse, les deux tueurs se lèvent et sortent leurs gros révolvers munis de silencieux et tirent sur l’homme qui bascule en arrière en se tenant la poitrine et la bouche ouverte dans un cri qui ne vient pas… Un des tueurs se rapproche de lui et l’achève d’une balle en pleine tête, avant que les deux hommes ne sortent de la maison.

REPRISE SEQUENCE 41 : QUARTIER RESIDENTIEL – EXT. JOUR
Les deux hommes referment la porte de la villa et se dirigent vers la voiture en pressant le pas. En montant dans la voiture, ils entendent les cris pleins de terreur de Madame Perret et ses appels au secours… La voiture démarre lentement et s’éloigne…

SEQUENCE 43 : CENTRE DE PRESSE – INT. – JOUR –
Crépitement des téléscripteurs en marche… Télégrammes en mains des journalistes lisent les dernières dépêches, d’autres, penchés sur les téléscripteurs prennent des notes, quand l’information à laquelle peu d’observateurs s’attendaient, tombe :
« EVIAN – 13 JUIN 1961 – LOUIS JOXE CHEF DE LA DELEGATION FRANCAISE AUX NEGOCIATIONS D’EVIAN AVEC LE G.P.R.A ANNONCE DANS UNE CONFERENCE DE PRESSE L’AJOURNEMENT DES NEGOCIATIONS. UN DELAIS DE 10 A 15 JOURS EST FIXE POUR LEURS EVENTUELLES REPRISES. KRIM BELCACEM CHEF DE LA DELEGATION ALGERIENNE ANNONCE DE SON COTE QUE CETTE DECISION EST LE FAIT UNILATERAL DE LA FRANCE…»

SEQUENCE 44: FERME/MITIDJA EXT. – NUIT – 24 JUIN 1961

Armés de fusils de chasse, deux hommes en kachabia tiennent en respect des gardiens dans une baraque alors qu’un troisième les ligote l’un après l’autre… D’autres, des ombres dans la nuit, s’activent en silence dans la cour d’une ferme autour de différents engins agricoles, de hangars, d’une soute à mazout, un grand tas de bottes de foin empilées en pyramides… Des briquets s’allument, des allumettes craquent, déclenchant aussitôt un formidable incendie… Les hommes se replient aussi vite qu’ils étaient venus… Un peu loin ils s’arrêtent, se retournent et regardent la ferme… Des moissonneuses batteuses aux tracteurs, des hangars aux silos et aux caves, toute la ferme s’embrase dans un véritable feu de Bengale…

REPRISE SEQUENCE 43: CENTRE DE PRESSE – INT. JOUR -
Crépitement des téléscripteurs en marche. On prend connaissance de l’information au fur et à mesure que les mots se forment….
‘’ « TUNIS – 30 JUIN 1961 – ‘’ APPEL DU G.P.R.A. ‘’ – Les plus hautes autorités françaises font état, avec insistance depuis quelques jours, de leur intention de procéder à la partition de l’Algérie. Ces prises de position sont graves. Elles interviennent à un moment où le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne exprime clairement sa volonté de voir les pourparlers franco-algériens reprendre le plus tôt possible et s’engager dans une voie constructive. La menace de partition, brandie par les dirigeants français, constitue un danger réel pour l’Algérie, le Maghreb et toute l’Afrique. Elle vise à créer dans notre pays des zones de souveraineté française, sous prétexte de protéger et de garantir les intérêts des européens d’Algérie. La partition de l’Algérie, qui est la négation de l’autodétermination et de la décolonisation, signifie l’aggravation du conflit et la prolongation indéfinie de la guerre. Loin d’assurer une quelconque garantie aux européens d’Algérie, elle aboutirait à compromettre définitivement leur avenir. Le G.P.R.A réaffirme non seulement le droit sacré du peuple algérien à l’intégrité de son territoire national, mais aussi sa volonté de s’opposer à sa partition par tous les moyens. Le peuple algérien, son Armée de Libération Nationale, avec l’appui des peuples frères et amis, mobiliseront toutes leurs énergies pour faire échec à la menace de partition. Le peuple algérien saura faire reculer ceux qui veulent, par la partition, saboter l’indépendance de l’Algérie au moment même où, après sept années de lutte, il est sur le point de reconquérir sa souveraineté. Le G.P.R.A proclame la journée du 5 Juillet 1961, Journée nationale contre la partition. Il adresse un appel aux peuples et aux gouvernements des pays frères et amis pour manifester concrètement, ce jour-là, leur soutien au peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance et l’intégrité territoriale. Par leur action, le peuple algérien et les peuples frères et amis mettront en échec la politique de partition et contribueront à provoquer la reprise rapide des pourparlers franco-algériens pour une véritable négociation. »

5 JUILLET 1961

SEQUENCE 45: ALGER ET SA BANLIEUE – EXT. – JOUR –
7 H 30 – La plupart des magasins sont fermés et les rideaux baissés. La grève est générale, les transports paralysés. Les rares autobus de la R.S.T.A qui circulent sont conduits par des européens. Des rassemblements se forment spontanément dans les quartiers populaires. Des hommes discutent entre eux, s’informent des derniers évènements…
Au centre d’Alger, la ville quadrillée par un important dispositif de sécurité qui ne cesse de se renforcer donne l’aspect d’un véritable état de siège. Des G.M.C bourrés de soldats et des cars de C.R.S arrivent de partout avant de stopper dans des crissements de pneus. Armes à la main, les militaires, les gendarmes mobiles et les C.R.S sautent des camions et dressent aussitôt des barrages ou renforcent ceux déjà existants…
Les contrôles d’identité, les fouilles et les embarquements des algériens s’effectuent sans ménagements. Mains sur la tête, plusieurs hommes sont embarqués à bord des camions.
Accompagnés de policiers, des soldats obligent des propriétaires de magasins à ouvrir leur commerce. A Belcourt, les parachutistes défoncent les rideaux à l’aide de grosses barres de fer ou de pinces. A Alger, au boulevard Bru, un rideau, happé par une chaîne accrochée à l’arrière d’un half-track, est arraché. Quelques mètres plus loin, le rideau d’une boucherie est défoncé par une automitrailleuse…
10 H 30 – Tout Alger et sa banlieue manifestent… Alors que la Casbah complètement bouclée est en effervescence, youyous de femmes et cris se font entendre, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, forment des cortèges dans les quartiers de Belcourt, de Climat-de-France, de Notre-Dame-d’Afrique, de Maison Carrée, de Maison Blanche, d‘El-Biar, de Bouzaréah, et organisent des marches pacifiques, avec emblèmes national et banderoles en tête, pour dire ‘NON’ à la partition de l’Algérie. A Bouzaréah, la troupe tire sur les manifestants. Il y’a plusieurs victimes…

SEQUENCE 46: BLIDA – EXT. – JOUR –
Tous les magasins sont fermés. Les rues désertes. La ville semble être vidée de ses habitants. Sur les murs et la chaussée plusieurs inscriptions en grosses lettres blanches : ‘’ – VIVE LE G.P.R.A – ; VIVE LE F.L.N – ; – NON AU PARTAGE DE L’ALGERIE – ‘’ Un impressionnant dispositif de sécurité composé de légionnaires en tenue camouflée, de tirailleurs en treillis, de policiers avec casque à la ceinture, boucle tous les quartiers musulmans. Les militaires effectuent des fouilles systématiques de toutes les maisons. A basse altitude, un avion d’observation surveille les terrasses des maisons. Il y’a plusieurs arrestations. Plusieurs hommes sont sortis de chez eux mains sur la tête et embarqués avec brutalités dans des camions.

SEQUENCE 47 – CASTIGLIONE – EXT. – JOUR –
9 Heures 30 – Une foule nombreuse composée d’hommes, de femmes et d’enfants, manifeste en arpentant la rue principale et arborant des dizaines de drapeaux algériens. Les femmes lancent des youyous et la foule scande : « – TAHIA EL-DJAZAIR !… – ; VIVE LE F.L.N !… – ; – NON AU PARTAGE DE L’ALGERIE !…-‘’
A l’entrée de la ville, des gendarmes-mobiles bloquent le cortège …, tentent de retirer aux manifestants les drapeaux… Aux échauffourées entre manifestants et gendarmes se succèdent très vite des tirs de sommations, avant que les gendarmes n’ouvrent un feu meurtrier sur la foule… Plusieurs manifestants tombent…On dénombre plus d’une dizaine de morts, dont des femmes et des enfants, et une soixantaine de blessés dont certains grièvement atteints finiront par être évacués dans des voitures particulières par d’autres algériens …
A 11 Heures, des blindés et des soldats bouclent toute la ville. Au carrefour, juste avant l’entrée de Castiglione, un P.C. opérationnel est installé tandis que des chasseurs et un avion d’observation survolent la ville. A quelques mètres de là, dans un fossé, le corps de deux femmes recouverts de leur haïk blanc…

REPRISE SEQUENCE 15 : GRANDE POSTE – INT. – JOUR – 17 Heures
Comme à son habitude le hall est rempli d’envoyés spéciaux, de correspondants, de reporters. On parle dans toutes les langues. Les journalistes échangent les informations en leur possession, complètent leurs notes, font des recoupements, en attendant de pouvoir téléphoner à leur journal…
UN JOURNALISTE (dans une cabine) :
- … Réponse massive de la population à l’appel à la grève…, suivie à 90 % dans l’algérois… A Blida et dans toute la Mitidja, tous les magasins appartenant aux algériens étaient fermés … Plusieurs dizaine de morts et des centaines de blessés…
UN DEUXIEME JOURNALISTE (avec un fort accent) :
- Des scènes sanglantes…, avec à chaque fois des dizaines de morts et de blessés… se sont déroulées sur le littoral à l’ouest d’Alger…, à Castiglione…, Guyotville…, Berrard et Zéralda et aussi à Miliana, une ville située sur le mont du Zaccar…
UN TROISIEME JOURNALISTE :
- A Fouka, des pieds-noirs barricadés chez eux ont tiré sur le cortège de manifestants faisant plusieurs morts… Des heurts violents… L’aviation a du intervenir et donner l’alerte…
-

REPRISE SEQUENCE 43 – CENTRE DE PRESSE – INT. – JOUR –
Crépitement des téléscripteurs en marche…
20 JUILLET 1961 – REPRISE DES POURPARLERS ENTRE LA FRANCE ET LE G.P.R.A. LES DEUX DELEGATIONS SE RETROUVENT AU CHATEAU DE LUGRIN EN HAUTE- SAVOIE/FRANCE.

SEQUENCE 48 : BAB-EL-OUED – EXT. – JOUR –
12-13 SEPTEMBRE 1961- Plusieurs voitures sont en feu, des corps d’algériens gisent sur les trottoirs dans des marres de sang. Plusieurs groupes de pieds-noirs encadrés par des activistes de l’O.A.S occupent le terrain. Ils arrêtent et contrôlent les voitures. Celles des algériens sont systématiquement renversées puis incendiées et leurs occupants massacrés. Les ‘Arabes’ voyageant par autobus, hommes, femmes ou enfants, sont descendus puis lynchés avant d’être achevés à coup de barres de fer et de gourdins. Une atmosphère de terreur règne dans toute la ville. A la place des Trois-Horloges, des groupes de forcenés arrêtent des algériens et les massacrent en leur fracassant le crâne à l’aide de grosses pierres. D’autres sont aspergés d’essence et transformés en torches vivantes. Ceux qui tentent de fuir sont assassinés par balles après des courses folles. Les magasins tenus par des algériens sont dévastés, leurs rideaux arrachés et les marchandises répandues sur la chaussée…

SEQUENCE 49 : RUES D’ALGER – EXT. – JOUR
49/1- Grande animation à la place des Trois –Horloges où plusieurs personnes forment des groupes aux bas des immeubles et discutent des derniers évènements, des dernières ratonnades… Plusieurs inscriptions à la peinture sur les murs : ‘’ – L’O.A.S VAINCRA – ; VIVE SALAN – ; L’O.A.S FRAPPE OU ELLE VEUT, QUAND ELLE VEUT – ‘’ Un jeune algérien, la vingtaine, tête baissée et mains dans les poches passe devant un bar… Des pieds-noirs le regardent, puis l’un d’eux s’exclame…
LE PIED-NOIR (une main tendue) :
- Hé !… Mais je le connais !… C’est un arabe !…
-
49/2- Les trottoirs sous les arcades de la rue de La Lyre sont bondés d’une foule de gens allant et venant dans les deux sens. Casque à la ceinture, des garde-mobiles surveillent les débouchés de la Casbah. Au milieu de la foule une jeune femme voilée avance lentement. Avec ses grands yeux noirs elle scrute les gens venant dans sa direction. Son regard s’illumine subitement lorsqu’il rencontre celui d’un jeune homme marchant en sens inverse. Les deux jeunes gens se croisent, leur corps se frôlent l’espace d’un instant avant que chacun ne poursuive son chemin…
49/3- Une voiture bourrée de jeunes gens agitant des drapeaux tricolore tourne en rond sur la grande avenue face au Collège Technique du Ruisseau. Assis sur le capot de la voiture un jeune pied-noir joue une ‘marche militaire’ avec une trompette. Sur les trottoirs et à partir des balcons, des hommes et des femmes l’applaudissent…
49/1- A la place des Trois-Horloges, le jeune algérien est rattrapé par le pied-noir qui l’avait reconnu. Le jeune homme se dégage et essaye de changer de trottoir… Le pied-noir le relance sur la chaussée…, l’attrape par l’épaule. Le jeune homme a très peur, il est maintenant entouré par toute une bande. Soudain, une lame brille dans une de ses mains. Il frappe fort… Le premier pied-noir s’écroule en hurlant et en se tenant le ventre…
49/2- A la rue de La Lyre, le jeune homme se rapproche de l’entrée d’un bar rempli de consommateurs. Sans hésiter il lance une grenade à l’intérieur. Aussitôt une grande explosion se produit. On court dans toutes les directions, les trottoirs se vident. Plusieurs blessés se tenant la tête, le ventre, couverts de poussière, émergent de l’épaisse fumée se dégageant du bar et tombent sur le trottoir. Le fidaï dans une direction et la femme voilée dans une autre, ils se fondent rapidement parmi la foule de gens fuyant les lieux…
49/1- Malgré son couteau, le jeune algérien à la place des Trois-Horloges ne peut se frayer un passage. Il est cerné maintenant par plus d’une vingtaine de pieds-noirs hystériques, haineux, revanchards. Il est attaqué par derrière, maitrisé et vite désarmé. Les coups de poings et de pieds pleuvent aussitôt sur lui de tous les côtés. Le visage en sang le jeune homme glisse lentement contre un mur avant de s’affaler inanimé. L’instant d’après un pied-noir se penche sur lui et l’achève d’une balle tirée à bout portant, en pleine tête…
49/3- Au Ruisseau le spectacle continue à la grande joie des riverains du Collège Technique. La voiture continue de tourner en rond… Quelques gens sur les trottoirs accompagnent le trompettiste en frappant des mains et en chantant en chœur : ‘’ En passant par la Lorraine… avec mes sabots !… ‘’

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SEQUENCE 50 : GRANDE MAISON – INT. – JOUR -
31 octobre 1961 – Dans une pièce pauvrement meublée, une femme derrière sa machine à coudre met la dernière touche à un emblème national. De l’extérieur proviennent des voix jeunes chantant ‘’Kassamen’’. Habillée de vert et de blanc une fillette se regarde dans la glace d’une grande armoire en ajustant sur sa tête un petit calot rouge. Elle se retourne vers la femme.
LA FILLETTE ( toute fière ) :
- Yemma !… Dis-moi comment tu me trouves ?
LA MERE ( le sourire aux lèvres ):
- Une vraie Moudjahida, ma chérie !… Demain je te fixerai le calot avec des pinces pour qu’il ne bouge pas.
Toute joyeuse la fillette quitte la pièce. La femme, pensive, coupe un fil avec ses dents, plie le drapeau en quatre et le dépose dans une corbeille au dessus de plusieurs autres puis prend deux morceaux d’étoffe, un vert et un blanc, et se met à confectionner un nouveau drapeau.

Aussi gaie que souriante la fillette traverse en sautillant une cour, chichement ombragée par les restes d’une treille, où s’activent une douzaine de jeunes gens, des filles et des garçons, à la confection de plusieurs banderoles. Sur certaines, on peut lire, tracés en gros caractères à la peinture rouge : ‘’ – VIVE LE 1er NOVEMBRE 1954 – ; VIVE LE F.L.N – ; VIVE LE G.P.R.A – NEGOCIATIONS… -‘’

Dans une grande pièce des adolescents sont assis à même le sol, dos au mur, certains en tenues scoutes, et répètent des refrains de ‘’ Kassamen’’ sous la conduite d’un adulte. La fillette entre. Son petit calot à la main, elle prend place à côté d’autres filles de son âge et se met aussitôt à chanter elle aussi…

SEQUENCE 51 : QUARTIER POPULAIRE – EXT. – JOUR –

Alors que certains font le guet, de jeunes militants du F.L.N. font la tournée du quartier pour remettre discrètement à la population des tracts. Dans les cafés maures et dans des coins retirés, des attroupements se forment autour d’eux. Un tract à la main, un jeune militant le lit à haute voix.

Le G.P.R.A proclame le mercredi 1er Novembre 1961 :
‘’ Journée Nationale pour la réalisation de l’Indépendance de l’Algérie dans le cadre de l’unité du peuple et de l’intégrité du territoire par la négociation immédiate entre le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne et le gouvernement français. ’’

S’ensuivent alors les explications et toutes les instructions relatives à la grève, les lieux de regroupements, les cortèges des marcheurs et leur encadrement, la discipline des manifestants, les itinéraires, les mots d’ordres, et enfin les recommandations sur la conduite à tenir en cas de provocations de la part de l’armée ou des pieds-noirs…

MERCREDI 1er NOVEMBRE 1961

SEQUENCE 52 : ALGER – EXT. – JOUR –
6 Heures –La ville est déserte, silencieuse. A peine si l’on entend le bruit de moteur de quelques jeeps ou de camions militaires roulant à vive allure. Alger et sa périphérie sont quasiment en état de siège. Un immense dispositif de sécurité est déjà en place. Blindés, automitrailleuses, barbelés, chevaux de frises, policiers, légionnaires en tenue camouflée et C.R.S avec casque à la ceinture, occupent tous les points stratégiques alors que les débouchés de la Casbah sont étroitement surveillés. Leurs armes à la main les soldats sont nerveux, tendus à l’extrême, prêts à tirer sur tout ce qui bouge…
7 Heures –En patrouille dans les rues vides d’Alger, un officier légionnaire assis à l’avant d’une jeep et la bouche collée à son émetteur-récepteur, rend compte de la situation…
L’OFFICIER LEGIONNAIRE :
- – Il n’y a aucun doute…, les mots d’ordres du F.L.N. sont suivis par toute la population. La grève semble générale… Aucun ‘’Arabe’’, même pas une ‘Fatma’, ne s’est rendu ce matin à son travail… De plus tous les commerces tenus par les algériens sont fermés…
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SEQUENCE 53 : CASBAH –EXT. – JOUR -
8 Heures – Comme le calme qui précède la tempête l’impressionnant silence est soudainement rompu par des youyous provenant de toutes les directions à la fois. C’est le signal du déclenchement des manifestations…
Les premiers à sortir, les enfants déploient les drapeaux en chantant l’hymne national. Ils sont aussitôt suivis par des hommes et des femmes en haïk blanc, brandissant drapeaux et banderoles. Ils remplissent les petites ruelles et convergent tous vers les lieux de rassemblements prévus : la rue de La Lyre et la rue Porte-Neuve. Ils sont des centaines, puis des milliers, puis une véritable marée humaine que rien ne peut arrêter ni impressionner. Les jeunes militants du F.L.N chargés du service d’ordre font preuve d’une grande activité pour canaliser les manifestants, éviter les heurts avec les militaires, neutraliser les provocateurs. Malgré le caractère pacifique des marches, les soldats attaquent à coups de crosse et de matraque, de grenades lacrymogènes et de grenades offensives pour essayer de disperser la foule. Plusieurs personnes blessées, dont des femmes et des enfants, tombent. Elles sont rapidement évacuées par des militants. Dès qu’un porte-drapeau est touché, blessé par un éclat de grenade ou un coup de crosse à la tête, il est aussitôt remplacé par un autre manifestant. Femmes et enfants en tête des cortèges, emportés par les youyous et les chants patriotiques, les manifestants continuent d’avancer en rangs serrés, dignement, malgré toutes les violences et la brutalité des militaires présents maintenant en force sur les itinéraires…

SEQUENCE 54 : CLOS-SALEMBIER – EXT. – JOUR –
De jeunes militants sont installés sur les toits les plus élevés du quartier et brandissent haut dans le ciel l’emblème national. Toutes les fenêtres et tous les balcons sont pavoisés de vert et blanc. Les murs du quartier sont recouverts d’inscriptions à la peinture : ‘’ – VIVE LE F.L.N – ; VIVE LE G.P.R.A – ; – VIVE LE 1er NOVEMBRE 1954 – NEGOCIATIONS -‘’

8 Heures – Un rassemblement d’hommes, de femmes et d’enfants, se forme peu à peu au centre du Clos-Salembier. Les gens affluent de tous les côtés. Très vite l’endroit est noir de monde. Encadré par des militants du F.L.N l’immense cortège finit par s’ébranler, avec aux premiers rangs des manifestants, des femmes en haïk et des enfants brandissant l’emblème national et de grandes banderoles avec des slogans patriotiques. Encouragés par les youyous des femmes, les enfants chantent ‘’ Kassamen’’ puis ‘‘Min Djibalina’’ accompagnés en chœur par les manifestants…

A peine le cortège sorti du quartier, les soldats chargent violemment les manifestants désarmés à coups de grenades lacrymogènes, de coups de crosse et de matraque, avant de balancer sur la foule des grenades offensives pour essayer, vainement, de la disperser. Plusieurs hommes, femmes et enfants, grièvement blessés, tombent en criant. Régulièrement ils sont évacués par des militants. Mais malgré toutes les violences et toutes les provocations des militaires, la foule de manifestants, galvanisée par les youyous des femmes et les chants patriotiques, continue d’avancer dans le calme, dignement, en rangs serrés, et les drapeaux passant de mains en mains…

REPRISE SEQUENCE 15 : GRANDE POSTE – INT. – JOUR – 17 HEURES
Ambiance des grands jours dans le hall de la Grande Poste. Certains envoyés spéciaux transmettent déjà leur papier à leur journal, d’autres cherchent à confirmer auprès de leurs collègues les informations en leur possession, alors que d’autres enfin attendent un hypothétique communiqué de l’armée sur le nombre exact de morts et de blessés.

UN JOURNALISTE (dans une cabine) :
- Exceptionnel ce Mercredi 1er Novembre 1961, déclaré par le F.L N : ‘ Journée Nationale pour la Réalisation de l’Indépendance de l’Algérie’…
- Alger ville morte… Grève générale…
- D’imposants cortèges de manifestants dans tout Alger et sa banlieue…
-
UN AUTRE JOURNALISTE :
- Oui !… Dans tous les quartiers musulmans… et principalement à la Casbah, à Belcourt, au Clos Salembier, à Diar-El-Mahçoul, au Vieux-Kouba et à Baraki, des marches réunissant des milliers de manifestants… organisées avec des drapeaux algériens et des banderoles favorables au F.L.N malgré les interdictions des autorités…
- Oui ! … Les forces de l’ordre ont chargé violemment les manifestants… On déplore des morts et des centaines de blessés…
-
UN TROISIEME JOURNALISTE :
- Je confirme… des dizaines d’algériens tués à Médéa, à Bouira, à Marengo, à Attatba, à Tipasa, à Diar-El-Kef, ainsi qu’à Blida dans les quartiers de Bou Arfa et de Montpensier de même qu’à Ouled Soltane…
- … débordés par l’ampleur des manifestations, les soldats n’ont pas hésité un seul instant à mitrailler la foule, tuant de nombreuses personnes, dont des femmes et des enfants…

UN QUATRIEME JOURNALISTE :
Toutes les grandes villes, y compris celles du Sud du pays, ont connu les mêmes évènements que ceux d’Alger, grèves et manifestations, avec leurs lots de blessés et de morts…

VOIX OFF. : COMMENTAIRES

‘’ Une fois de plus, le peuple algérien vient de sceller solennellement sa foi dans la Révolution. En moins d’un an, le peuple algérien, après sept années de guerre et de répression, est descendu dans la rue, trois fois, manifester sa volonté inébranlable d’arracher son indépendance. Par trois fois, les masses algériennes, qu’une armée d’occupation colossale tente en vain d’écraser par une guerre d’extermination systématique, se sont dressées, indomptables, pour faire éclater l’étau de l’oppression coloniale. Les glorieuses journées de Décembre, celles de Juillet et la Journée nationale du 1er Novembre, ont contribué à grandir cette tradition de résistance et de sacrifice, immortalisée dans les djebels et les maquis. Elles ont réaffirmé la puissance de leur combativité pour une cause juste et noble. Le peuple algérien tout entier s‘incline devant la mémoire de ses valeureux fils tombés sous les balles colonialistes. Ces nouveaux martyrs ont inscrit de leur sang une nouvelle page à la gloire de la lutte héroïque d’un peuple qui ne recule devant aucun sacrifice pour recouvrer sa Liberté…’’

SEQUENCE 55 : RUISSEAU/CAFE MAURE – INT. JOUR
14 Janvier 1962 – Le café est plein de monde. Des ouvriers et de petits employés endimanchés, tous des algériens du quartier, venus boire un café ou siroter un thé à la menthe tout en faisant une partie de cartes ou de dominos avec les copains. Le serveur est dépassé et doit faire des prouesses pour satisfaire tous les clients…
Personne ne fait attention à la voiture qui passe et repasse lentement, une Peugeot 403 qui finira par s’arrêter juste en face du café. Quatre hommes, des européens, chapeau et long manteau, descendent du véhicule. A peine si le patron du café en levant la tête a pressenti le danger à la vue des hommes à l’entrée. Mais c’est trop tard, car ces derniers balancent dès leur arrivée des grenades à l’intérieur de l’établissement avant de passer les clients au pistolet-mitrailleur, provoquant un véritable carnage. Toute l’opération ne dépasse pas quatre minutes avant que les tueurs de l’O.A.S ne repartent tranquillement dans leur voiture…
CARTON : UNE FOIS ARRIVES, LES SECOURS DENOMBRERONT HUIT MORTS ET 24 BLESSES…

REPRISE SEQUENC 43 : CENTRE DE PRESSE – INT. JOUR –
Crépitement des téléscripteurs en marche… les dernières dépêches tombent :
‘’ EVIAN – 7 MARS 1962 – REPRISE CE MATIN DES POURPARLERS ENTRE UNE DELEGATION DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS ET CELLE DU G.P.R.A. SELON DES SOURCES AUTORISEES CETTE ULTIME ETAPE DE NEGOCIATIONS OFFICIELLES ENTRE LES DEUX DELEGATIONS – APRES CELLE TENUE AUX ROUSSES DANS LE JURA DU 11 AU 19 FEVRIER 1962 –AURA POUR BUT D’ETABLIR LES CONDITIONS DE L’ARRET DE L’EFFUSION DE SANG EN ALGERIE. ‘’

SEQUENCE 56 –EVIAN-LES-BAINS/SIGNAL DE BOUGY – INT. – JOUR –
18 MARS 1962 – 18 Heures – Déclaration exclusive de Monsieur KRIM Belkacem, à sa sortie de l’ultime réunion des pourparlers entre la délégation du G.P.R.A et le gouvernement français, au correspondant de l’A.P.S. :

‘’ En vertu d’un mandat du Conseil National de la Révolution Algérienne et au nom du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, nous avons signé ce jour, à 17 H 30, un accord général avec les représentants du gouvernement français. En conséquence de cet accord général, un cessez-le-feu a été conclu. Ce cessez-le-feu entrera en vigueur sur tout le territoire le lundi 19 Mars 1962, à 12 heures précises.
En cette heure historique, nos pensées vont à tous ceux qui, depuis le 1er Nombre 1954, ont fait le sacrifice de leur vie pour que vive l’Algérie libre et Indépendante, et qui sont digne de la reconnaissance de notre vaillant peuple. Notre pensée va également à nos glorieux moudjahidines et à tous les militants de la cause nationale.

19 MARS 1962

REPRISE SEQUENCE 37 : IMPRIMERIE/JOURNAL – INT. – NUIT -
Les rotatives sont en action. Les journaux sortent à grande cadence. Des ouvriers les empilent, font des tas. D’autres ouvriers les emportent. Les ‘Une’ de plusieurs titres, étalés sur une table, donnent la même information écrite en gros caractères sur deux lignes :
‘ CESSEZ-LE-FEU SUR TOUT LE TERRITOIRE ALGERIEN A PARTIR DE CE JOUR LUNDI 19 MARS 1962 A 12 H ‘

REPRISE SEQUENCE 43 : CENTRE DE PRESSE – INT. – JOUR –
Des carnets en mains, des journalistes prennent des notes. D’autres, penchés sur les téléscripteurs, lisent les dernières dépêches relatives aux ‘ Accords d’Evian ‘ conclus entre le G.P.R.A et le gouvernement français, au fur et à mesure que l’information tombe.
PARIS – 19 MARS 1962 – ‘’ … Les pourparlers qui ont eu lieu à Evian du 7 au 18 Mars 1962 entre le gouvernement de la République et le F.L.N ont abouti à la conclusion suivante :
Un cessez-le-feu est conclu. Il sera mis fin aux opérations militaires et à la lutte armée sur l’ensemble du territoire algérien le 19 mars.
Les garanties relatives à la mise en œuvre de l’autodétermination et l’organisation des pouvoirs publics en Algérie pendant la période transitoire ont été définies d’un commun accord… ‘’

TUNIS – 19 MARS 1962 – ‘’ … un accord général vient d’être conclu à la Conférence d’Evian entre la Délégation Algérienne et la Délégation Française. C’est là une grande victoire du Peuple algérien dont le droit à l’indépendance vient enfin d’être garanti.
En conséquence, au nom du G.P.R.A, mandaté par le C.N.R.A, je proclame le cessez-le-feu sur tout le territoire algérien à partir du Lundi 19 Mars 1962, à 12 heures… (Président BENKHEDDA). ‘’

SEQUENCE 57: BAB-EL-OUED – EXT. – NUIT -
23 Mars 1962 – Tous les étages sont éclairés. Pour raison de couvre-feu les rues sont à peu près désertes, à l’exception de quelques jeunes excités chahutant encore aux pieds des immeubles et commentant les violents affrontements de la matinée entre l’O.A.S et l’armée. Aux balcons et aux fenêtres drapés de linge et de drapeaux tricolores, des pieds-noirs en nombre, des hommes et des femmes, crient toujours leur colère : ‘’ – ALGERIE !… FRANCAISE… – ALGERIE !… FRANCAISE… – ‘’ qu’accompagnent des bruits de casseroles et de poêles qui s’entrechoquent avec force. Au loin, des hululements de sirènes, des youyous, des bruits d’explosions et de rafales de mitraillettes…
En patrouille, une jeep et un camion militaire, descendent lentement la Rampe Vallée avant de s’engager sur la grande avenue de Bab-El-Oued. Les soldats, des zouaves, casqués et le doigt sur la gâchette, regardent avec inquiétude les pieds-noirs aux balcons…
Soudain des activistes de l’O.A.S embusqués aux fenêtres et aux balcons ouvrent le feu, touchant mortellement plusieurs soldats sans que les militaires ne puissent riposter. Le deux véhicules accélèrent et quittent à toute vitesse le quartier…

Un Sous-Officier (l’émetteur-récepteur collé à la bouche) :
- On nous tire dessus !… On nous tire dessus ! …

SEQUENCE 58 : RUE D’ISLY – EXT. JOUR –
26 Mars 1962 – 13 H – Tous les magasins sont fermés, la grève est générale. Une foule nombreuse de pieds-noirs brandissant des drapeaux tricolores et encadrée par des activistes de l’O.A.S, commence à se rassembler sur le plateau de Glières et au square Laferrière en scandant :
- ALGERIE FRANCAISE !… VIVE L’O.A.S !…
- TOUS A BAB-EL-OUED !… BRISONS LE BLOCUS !…
-
En face de la foule, l’entrée de la rue d’Isly est tenue par des hommes du 4eme R.T.A (Régiment de Tirailleurs Algériens) qui y ont dressé une barricade. Les tirailleurs sont commandés par un jeune sous-lieutenant d’origine algérienne.
14 H 30 – La foule est maintenant immense, audacieuse. Aux premiers rangs des activistes poussent à l’affrontement. Des injures finissent par fuser en direction des tirailleurs : ‘’ Espèces de fellaghas !… Sales Arabes !… Bons à rien !…’’ Les visages fermés, les tirailleurs évitent de répondre aux provocations…

14 H 45 – Soudain des coups de feu, puis une rafale de mitraillette provenant d’un balcon de la rue d’Isly, sont tirés en direction des militaires. Certains sont blessés. Affolé, le jeune officier tirailleur appelle sa hiérarchie.
LE SOUS-LIEUTENANT ( dans son émetteur-récepteur) :
- On me tire dessus !… On me tire dessus !… Dois-je riposter ?
Ayant reçu le feu vert, les tirailleurs ripostent immédiatement et mitraillent les premiers rangs de la foule. La panique est générale, on court dans toutes les directions. Plusieurs pieds-noirs sont touchés et tombent en criant. Les tirs ne durent que quelques minutes mais font un véritable carnage.
CARTON : UNE FOIS SUR PLACE LES SECOURS DENOMBRERONT 46 MORTS ET 200 BLESSES DONT UNE VINGTAINE GRIEVEMENTS ATTEINTS.

SEQUENCE 59 : PORT D’ALGER – EXT. JOUR –
02 MAI 1962 – 5 H 30 – Comme tous les jours, le couvre-feu à peine levé des centaines d’hommes convergent vers le port d’Alger en pressant le pas pour être parmi les premiers à l’ouverture des guichets du bureau d’embauche des dockers algériens, dans l’espoir d’être recrutés pour une journée de dur labeur. On y trouve toute une mosaïque de petites gens que seule la misère réunie ; des dockers professionnels mais aussi des occasionnels, des hommes de passage, des femmes et même des enfants, prêts à accepter n’importe quel travail pour une bouchée de pain. Plus le temps passe et plus le nombre de demandeurs d’emploi grossi. Tous occupés à maintenir leur place ou à jouer des coudes pour se rapprocher un peu plus des guichets, personne ne fait attention au fourgon stationné à proximité…

6 H – 00 – Ils sont maintenant presque un millier de personnes, dont des femmes et des enfants, agglutinés devant le bureau d’embauche, lorsque la voiture explose dans une formidable déflagration … Des dizaines et des dizaines de corps sont aussitôt soufflés par l’explosion, projetés en l’air, d’autres fauchés comme du blé, n’ayant plus de jambes pour les soutenir ou désarticulés comme des pantins ayant subitement perdus leurs ressorts. En un instant, la voiture bourrée de plastic, de boulons, de clous et d’autres bouts de ferrailles tranchants, a provoqué une véritable boucherie, un horrible carnage, transformé l’endroit en un véritable champ de ruines. Des lambeaux de chairs et des membres gisant dans des flaques de sang sont éparpillés partout. Il ne reste du fourgon qu’une partie du moteur, encore fumant, projeté à des dizaines de mètres du lieu de l’attentat. Alors que des dizaines et de dizaines de corps inanimés, désarticulés, jonchent le sol, que des blessés à quatre pattes, couverts de sang, appellent à l’aide, des rescapés encore hébétés tournent en rond à la recherche de leurs proches…

Entendue à des kilomètres à la ronde, la forte explosion provoque une grande agitation, une peur-panique dans tout Alger… Se portant au devant des blessés, le Cardinal Duval organise avec les algériens les premiers secours puis fera appelle aux Sœurs de la Charité pour prêter main forte dans les cliniques clandestines de la Casbah…

CARTON : ON DENOMBRERA LORS DE CET ATTENTAT A LA VOITURE PIEGEE, L’UN DES PREMIERS DU GENRE ET DES PLUS SANGLANTS COMMIS PAR LE SINISTRE COMMANDO DELTA DE L’O.A.S, 63 MORTS ET 110 BLESSES DONT CERTAINS GRIEVEMENT ATTEINTS NE SURVIVRONT PAS A LEURS BLESSURES.

SEQUENCE 60 : CHAMBRES – INT. – JOUR – 10 MAI 1962 -
60/1 – Une chambre à coucher pauvrement meublé qu’une lumière du jour blafarde éclaire à travers les fentes des persiennes. Une femme encore jeune, moins de la trentaine, aux longs cheveux noirs et à la peau laiteuse, se retourne dans son lit, puis ouvre les yeux…Son regard fixe quelques instants un réveil sur la table de nuit qui indique 5 H30 au moment où la voix lointaine d‘un muezzin appelle à la prière… La jeune femme referme aussitôt les yeux et se recouvre la tête… Une autre femme, âgée, entrebâille la porte de la petite chambre et l’interpelle :
LA MERE :
- Allez ma fille, il est l’heure… Réveilles-toi !…
-
60/2 –Dans un coin d’une grande pièce, une femme et son mari sont assis autour d’une petite table basse et ronde. Ils prennent en silence leur café. Dans un autre coin, trois enfants dorment à même le sol. La femme se lève puis prépare une musette dans laquelle elle met du pain, puis une gamelle pleine de frites et enfin deux oeufs durs. Son mari la regarde, l’air soucieux…
LE MARI (à voix basse) :
- J’ai de mauvais pressentiments… Tu devrais arrêter de travailler chez ces gens-là !… Leur quartier est vraiment dangereux…
LA FEMME (en chuchotant) :
- Et avec quoi on nourrira les enfants ?… Avec ce que tu gagnes ?… Aujourd’hui tous les quartiers d’Alger sont dangereux…
A court d’arguments l’homme baisse la tête, regarde sa montre, prend une dernière gorgée de café noir avant de se lever et de mettre sa vieille veste en ‘bleu de chine’. Sa femme lui sourit en lui tendant la musette.
LA FEMME (rassurante):
- Ne t’inquiète pas ! … Ils n’oseront quand même pas s’en prendre à une femme comme moi ? Leur irremplaçable ‘FATMA’, comme ils disent…
60/3 –Dans une pièce une femme d’un certain âge fait sa prière… elle salue puis se lève en prenant appui sur un lit, range dans un coin son tapis de prière, allume un petit réchaud et se prépare du café…
60/1 – La jeune femme termine de boutonner sa robe chasuble mauve à gros boutons blancs qui lui couvre à peine les genoux. Une robe qui n’est pas de toute première fraîcheur, mais qui lui va bien et met en valeur sa belle silhouette. « J’aimerai bien que Mohamed me voit comme ça !… se dit-elle en pensant à son fiancé. Depuis le temps qu’on attend pour nous marier…» Elle se regarde une dernière fois dans la glace d’une petite armoire de chambre, met avec coquetterie sa voilette en dentelle aux pourtours finement brodés qui souligne davantage ses grands yeux noirs, puis son haïk blanc avant de prendre son sac à main et de quitter la chambre.
60/2 –Déjà voilée de son haïk et une main sur la poignée de la porte, la femme donne quelques recommandations à l’aîné des enfants qui prend à son tour son café.
LA FEMME (à voix basse) :
- Tu réveilles ta soeur et ton frère à sept heures. Pour votre repas de midi il reste du ragoût de pomme de terre de la veille. Achète du pain en sortant de l’école, l’argent est sur la commode…
-
SEQUENCE 61 – RUES D’ALGER – EXT. – JOUR –
61/1- 6 H 00 – Malgré les évènements et l’heure matinale les rues sont déjà animées, des hommes sont accoudés sur les tables et les comptoirs des cafés maures. Après les kiosques à tabacs et journaux, les premiers magasins, les boutiques et les échoppes lèvent leurs rideaux dans de grands bruits métalliques. Parmi tous les ouvriers et les employés sur les trottoirs et les stations d’autobus, pressés de rejoindre leur travail, des femmes voilées…, de blanches colombes sans qui Alger ne serait pas vraiment Alger…

61/1/2 – Où que porte le regard on est certain de voir l’une de ces mères-courage, des ‘bonnes à tout faire’, des ‘femmes de ménage’, des ‘FATMA’ comme les appellent les pieds-noirs, travaillant pour la plupart chez des familles européennes où elles font toutes sortes de tâches ingrates pour une bouchée de pain…
61/1/3 – A l‘intérieur des bus bondés, au milieu des autres, de la foule, dans les transports, elles se sentent en famille, en sécurité parmi d’autres algériens, d’autres ‘frères et sœurs’.
61/1/4 – Seules, frêles silhouettes obligées de traverser de part en part un quartier européen, la peur se lit sur le regard des plus courageuses, car elles savent qu’elles sont en danger, que la mort peut survenir à chaque instant, à chaque coin de rue…

61/2 – 6 H 30 – Un bus à demi vide s’arrête et ses portes automatiques s’ouvrent dans un chuintement de pneumatique. La jeune femme descend, ajuste son haïk, puis s’engage sous une arcade déserte. Les talons de ses chaussures résonnent sur les dalles de sol. Elle presse le pas car elle sait qu’elle a encore une bonne trotte à faire avant d’arriver chez ses employeurs, une famille d’européens qui tient beaucoup à elle. Il lui semble entendre des pas derrière elle, mais elle ne fait pas trop attention…, jusqu’au moment où des mains de fer la saisissent par les épaules et l’arrêtent… Aussitôt un coup de feu claque… elle s’écroule tête en avant lentement, sans un cri, sans bruit, juste une grosse tâche rouge sur son haïk au niveau de la nuque…

- 61/3 – A la vue des deux hommes qui l’approchent de chaque côté avant de l’encadrer étroitement, la femme comprit et sentit ses jambes se dérober sous elle. Elle n’a plus la force d’avancer ni de tenter de résister et se laisse entraîner sous le porche d’un immeuble. En une fraction de seconde elle se rappela les paroles de son mari, puis eut le temps de prononcer la ‘chahada ‘ avant d’entendre un petit ‘plou’ et de ressentir aussitôt une grosse chaleur derrière la tête…
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- 61/4 – La bonne femme trouve les longs escaliers qui mènent chez son employeur de plus en plus fatigants. Elle n’a plus la force ni l’énergie de ses vingt ans et doit s’aider de la rampe pour tirer vers l’avant son corps malade. Epuisée par ses rhumatismes elle s’offrit une petite halte pour reprendre son souffle. Deux jeunes gens, deux pieds-noirs, sortent de l’immeuble où elle travaille et descendent allègrement l’escalier. La bonne femme les regarde avec envie… puis lorsque ces derniers, une fois à sa hauteur sortent leur gros révolver, elle comprit que c’est des tueurs de l’O.A.S qui l’attendaient…
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CARTON : Les mêmes scènes, dans une ruelle déserte, sous un porche, dans un hall ou un escalier d’immeuble, de malheureuses femmes de ménages se rendant chez leurs employeurs européens sont abattues froidement d’une balle dans la nuque par des tueurs de l’O.A.S, le sinistre commando ‘Delta’, se répéteront encore quatre fois aux premières heures de la journée de ce 10 MAI 1962, soit plus d’un mois et demi après la proclamation du cessez-le-feu…

SEQUENCE 62 : ROUTE MOUTONNIERE – EXT. – NUIT –

15 Mai 1962 –19 H 30 – La nuit tombe. Venant d’Alger, une voiture, une Simca Aronde roule lentement sur le côté droit de la route Moutonnière laissant peu à peu loin derrière elle le tumulte de la grande ville. Dans moins d’une heure le couvre-feu. La route est presque déserte. Les carreaux des portières baissées, les occupants de la voiture, quatre hommes en bras de chemise, grillent en silence leur cigarette tout en appréciant la douce fraicheur du soir qu’apportent de petites brises de la mer toute proche. A hauteur du Jardin d’Essai la voiture croise sur sa droite un train à grande vitesse qui annonce son arrivée dans un long et strident sifflement. La voiture ralentit puis s’arrête près d’un lampadaire et éteint ses lumières. Deux hommes en descendent, ouvrent la mâle, récupèrent chacun un bidon de peinture et un pinceau puis s’éloignent l’un de l’autre le long du muret séparant la Route Moutonnière de la voie de chemin de fer…
Lorsque la voiture redémarre un moment après, le petit mur déjà rempli des ‘- ALGERIE FRANCAISE – ; – VIVE SALAN – ‘ ou ‘O.A.S. VAINCRA’, porte un tout nouveau slogan ; deux nouvelles inscriptions en gros caractères à la peinture rouge, dégoulinant comme du sang frais :

‘’ LA VALISE… OU LE CERCUEIL… ‘’

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JUIN 1962

SEQUENCE 63 : PORT D’ALGER – EXT. – JOUR -
Les colons, les pieds-noirs et les racistes de tous bords, fuient le pays dans un sauve-qui-peut et une panique incroyables. Tous les boulevards, les avenues et les rues menant vers le port d’Alger, sont pris d’assaut par des milliers d’automobiles créant des embouteillages monstres et un tintamarre indescriptible fait de bruits de moteurs, de coups de klaxons, de pleurs, de cris de désespoir et d’interpellations souvent violentes.

Les toits chargés de valises, de gros ballots de linge, de couvertures, et même d’objets les plus invraisemblables, les voitures avancent sur la route Moutonnière et le boulevard du front de mer à pas de tortue, pare-chocs contre pare- chocs, ce qui ne fait qu’exacerber l‘impatience des automobilistes et de leurs familles. A l’approche de la gare de l’Agha d’un côté, ou de l’Amirauté de l’autre, certains préfèrent abandonner leurs véhicules en les garant sur le côté et faire le reste du chemin à pieds en n’emportant que le strict nécessaire…

Sur les quais du port d’Alger règne un véritable chaos. Des bagages abandonnés, des familles livrées à elles-mêmes, des enfants en pleurs, des adultes en colère. Des files de plusieurs centaines de mètres, contenues par des policiers blasés, et de longues attentes en plein soleil avant de pouvoir procéder aux enregistrements et autres formalités de départ puis d’accéder au hall d’embarquement où des milliers de personnes, réunies en famille, attendent déjà depuis un ou deux jours. Au milieu des pieds-noirs, des européens d’Algérie, plusieurs familles de harkis reconnaissables aux tenues traditionnelles des femmes et des enfants…
3 JUILLET 1962

SEQUENCE 64 : RUES D’ALGER – EXT. – JOUR –
Dans tous les quartiers une foule en liesse, brandissant bien haut l’emblème national, descend dans les rues, occupe tous les espaces et laisse éclater son immense joie, son incommensurable bonheur. Un intense soulagement intérieur se lit sur les visages. De partout, des youyous et des chants patriotiques fusent sans discontinuer, parfois accompagnés de coups de feu sporadiques ou de petites rafales de mitraillettes. Dans l’allégresse générale des femmes se découvrent en enlevant leur haïk blanc, qu’elles piétinent en dansant sous les applaudissements d’une masse de gens heureux…
Des voitures bondées et des camions chargés de personnes grouillantes brandissant l’emblème national, sillonnent les grandes artères de la ville dans tous les sens, leurs phares allumés et leurs klaxons hurlants de concert avec les sirènes des remorqueurs et autres petits bateaux amarrés au port. Debout à l’arrière ou accrochées sur les marches-pieds, des grappes d’hommes et de femmes crient à tue-tête en arborant le ’ V’ de la victoire…
Les katibats de la wilaya IV, les héros du jour, sont accueillis à bras ouverts par une marée humaine enthousiaste, massée tout au long du Boulevard du Front de mer, venue voir les artisans de la victoire et assister à la première parade des moudjahidines…
CARTON : – EN SURIMPRESSION –
‘’ LE PRIX DE LA LIBERTE ‘’
‘’ APRES PLUS DE SEPT ANNEES ET DEMIE D’UNE GUERRE HEROIQUE CONTRE L’UNE DES PLUS FORTES ARMEES DU MOMENT, COLONIALE ET ATLANTISTE, LE PEUPLE ALGERIEN RECOUVRE SON INDEPENDANCE AUX PRIX D’ENORMES SACRIFICES, UN LOURD TRIBUT DE LARMES, DE SANG ET DE MORTS…
- PLUS DE 1.500.OOO VICTIMES DIRECTES DE LA GUERRE IMPOSEE AU PEUPLE ALGERIEN.
- PLUS DE 500.000 CIVILS ENTRE HOMMES, FEMMES ET ENFANTS, TUES OU DISPARUS.
- PRES DE 1.000.000 DE PERSONNES BLESSEES, HANDICAPEES A VIE ET AUTRES INVALIDES RESCAPEES DES CAMPS D’INTERNEMENT ET DES CENTRES DE REGROUPEMENT.
- PRES DE 2.500.000 PERSONNES DEPLACEES DONT 2.200.000 PAYSANS FORCES D’ABANDONNER LEURS TERRES ET 300.000 REFUGIEES ENTRE LA TUNISIE ET LE MAROC.
- DES DIZAINES DE MILLIERS D’ALGERIENS SONT PASSES PAR LES GEOLES COLONIALES, EN ALGERIE ET EN FRANCE, DONT PRES DE 100.OOO COMBATTANTS DE L’A.L.N FAITS PRISONNIERS ET ASTREINTS A DES TRAVAUX FORCES EN DEPIT DE LA CONVENTION DE GENEVE SUR LES PRISONNIERS DE GUERRE…‘’

F I N

Alger, Février 2015

IV – A N N E X E S

BIBLIOGRAPHIE

-EL-MOUDJAHID – Du Numéro 73 du 24 Novembre 1960 au Numéro 91 du 19 Mars 1962.

-Y. COURRIERES, La Guerre d’Algérie (4 Vol. 1968-1971) – Fayard/Paris.

-P. EVENO et J. PLANCHAIS, La Guerre d’Algérie – 1990 – Laphomic/Alger.

-H. ALLEG, La Guerre d’Algérie, (3 Vol. 1981) Temps Actuels/Paris.

DU MEME AUTEUR

-‘Le bombardement de Sakiet Sidi-Youssef’- 1997 – Scénario – Dahlab/Alger.

-‘Chronique des déracinés de la Mitidja’ – 1998 – Roman – Les Presses d’Alger.

-‘Djamila ou le temps des sarments…’ 2010 – Roman – Edilivre/Paris.

-ʽAfin que nul n’oublie…ʼ Recueil de Nouvelles – 2013 – Dahlab/Alger.

- ‘Oranges amères’ : (A paraître…)

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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