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1963. Mon premier voyage en Kabylie.

5 avril 2015

Omar benbrahim

Omar Benbrahim
Au lendemain de l’indépendance, rentré de son exil forcé en République Fédérale d’Allemagne, père décida de nous emmener visiter le pays de ses ancêtres,  » Thamourth èn lèqvaïls « -pays des Kabyles-. Nous prîmes la route, lui, son oncle maternel, mon frère aîné, un cousin de son âge, mon ami de toujours et moi même, tôt le matin, par une belle journée d’été. Nous déjeunâmes à Alger, et sitôt le repas terminé, nous reprîmes le voyage. 
A hauteur de Menerville -actuel- Thenia, il nous annonça qu’on était pratiquement à destination. Aussitôt j’écarquillais les yeux, regardant de ci de là, cherchant ce quelque chose de particulier, que selon grand’mère, nous devrions ressentir dès la terre ancestrale atteinte. Je respirais même différemment, à fond les poumons pour voir s’il n’était pas question de la qualité de l’air. Déçu, je ne remarquais rien de particulier à la région sinon qu’il y avait là plus de ruines et de destructions que les autres contrées traversées en chemin. Ces stigmates allaient perdurer pendant plusieurs lustres. En traversant Tizi Ouzou, je dirais que j’ai été encore plus déçu, si possible, la ville ne montrant aucune différence avec celles que nous venions de traverser.
Mais à quelques encablures de la ville, en bifurquant pour remonter vers nôtre village, la magie commence à opérer. La haute montagne tant vantée s’offre à nos yeux, grandiose, couverte de forêts verdoyantes avec en contrebas la rivière qui déroulait ses flots majestueux.
Les montagnes de mes chers Hauts Plateaux faisaient pâle figure à côté de ces géantes. A part de petits vergers disséminés ça et là, les rares arbres rencontrés chez moi servaient à ombrager des routes ou à délimiter des terrains agricoles entre propriétés voisines. On n’y voyait, à perte de vue que des champs de blé, d’orge, d’avoine ou de vigne.
Sous la futaie, évoluaient, j’imagine, tous les animaux sauvages qui hantaient nos contes des longues nuits d’hiver, tels le lion ou le loup ainsi que la légendaire hydre à sept têtes  » lafa em sva iqara. » Paradoxalement, je n’éprouvais aucune crainte mais une sorte de tranquillité de l’âme, un repos grisant, une confiance totale, dus probablement à la force émanant des lieux. Un magnétisme que certaines personnes possèdent aussi, à l’instar de grand’père grand qu’il me suffisait de côtoyer dans mes moments de désarrois pour retrouver ma confiance en moi. Il nous reste quelques kilomètres à parcourir avant d’arriver au village -thadèrth , » nous les ferons ensemble, demain, si vous le voudrez bien. Merci.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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9 Réponses à “1963. Mon premier voyage en Kabylie.”

  1. Artisan de l'ombre Dit :

    1963.Mon premier voyage en Kabylie. 2ème partie.
    Secrètement, j’espérais apercevoir ou du moins entrevoir un de ces monstres mythiques, en l’occurrence  » Ouaghzène « - ogre- mangeur d’enfants turbulents, décrit comme un géant difforme par certains, un gnome par d’autres, toujours puant et l’haleine putride, avec un appétit vorace, capable d’enfourner dans sa gueule un garnement d’une seule bouchée. L’ogresse ou  » tèryèl ‘, sa dame, se signalait par la présence du feu qui suivait tous ses déplacements, probablement pour rôtir ses victimes, alors autant éviter les feux de camp si tu ne voulais pas te faire avaler. Il y avait aussi  » Vourourou « , entité maléfique indéfinie et jamais décrite. Si tu insistais pour savoir à quoi elle ressemblait, on te suggérait d’aller voir par toi même en te précisant que tu n’auras aucune chance de le raconter en cas de rencontre. Brrr !! Ces deux là, je ne les craignais pas en présence de mon père et de son oncle, capables à mon avis de s’en débarrasser par leur courage physique ou n’importe quel artifice, tel un bon verset coranique, comme ceux psalmodié par nos marabouts. Le plus dangereux est bien défini celui là. Il est comme toi et moi, palpable et réel, il a une image et un nom, c’est un homme, et s’il vient avec les siens, rien ni personne ne le retiendra. Nous savions tous, par tradition orale séculaire, d’où cette peur atavique, que l’heure de la sieste, après midi, était le moment choisi par les barbares pour nous envahir.  » A ki dèm ou bèrbare ou zèl. » !!! Tu vas te faire ravir par le barbare de la mi-journée si tu sors à l’heure de la sieste. Aujourd’hui encore, je jubile, puisque je me rends compte, que nos mères et les leurs avant elles; ne connaissant pas un traître mot d’arabe classique ou de français, traitaient de barbares ceux qui nous traitent de barbares. Intéressant, non ? N’est ce pas là, abèrbare, un mot d’origine amazighe, signifiant sauvage ( hypothèse tout à fait gratuite mais ô combien gratifiante ) et qui nous a été retourné, la raison du plus fort étant toujours la meilleure ? Laissons les historiens faire leur travail, contentons nous de rêver et cela, personne ne pourra nous,en empêcher. Une évidence toutefois, nous sommes un peuple de sauvages chéris par toutes les grandes nations méditerranéennes, au point qu’elles se sont toutes installées chez nous, une à une, pour nous apporter les  » bienfaits  » de leurs civilisations, tout en nous traitant de barbares. Sauvages et rebelles nous fûmes, sommes et resterons jusqu’à l’instauration d’une nation Algérienne forte et moderne. Je sors de ma rêverie, le voyage continue, plus que quelques kilomètres et nous serons à destination. Nous rejoindrons  » thadèrth « , demain, à la grâce de Dieu

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  2. Artisan de l'ombre Dit :

    1963. Mon premier voyage en Kabylie. 3ème partie.
    Ami lecteur, sache que les routes que nous pratiquions dans le temps, tels des cyclistes abordant des cols abrupts, n’ont rien à voir avec celles que tu empruntes aujourd’hui. Figure toi une bande de macadam, fissurée et crevassée de partout, à longueur de kilomètres, saturée de nids de poules et si étroite qu’il fallait donner, en montagne, de l’avertisseur, afin d’éviter une collision avec un éventuel usager venant en sens inverse. La visibilité quasiment nulle, l’à pic vertigineux d’un côté de la route et le formidable mur de pierre de l’autre, n’offraient aucune échappatoire en cas de nez à nez. De fréquents éboulements ajoutaient à sa dangerosité mais le nombre d’accidents était proportionnellement bas par rapport à celui de nos jours. La prudence et le savoir faire, indéniables et indiscutables des conducteurs d’hier, ont contribué, à l’inverse des chauffards actuels qui  » achètent  » leurs permis de conduire pour une poignée de dinars, à limiter le nombres de morts et d’estropiés. Sache enfin que les chemins vicinaux, en montagne ou en plaine, étaient en terre battue damée par le passage des véhicules jusqu’à en faire une piste carrossable. Dans ces contrées là, il n’était pas question de plaisir de conduire. A la sortie d’un croisement qui menait vers d’autres bourgades, ayant dévalé le versant sud de la montagne, nous nous retrouvâmes en bord de rivière. Encore quelques lacets et virages en épingle et nous débouchâmes dans une sorte de clairière, quasiment au niveau de l’eau et où le lit donnait l’impression d’être plus large que vu de haut. Au détour d’un méandre, s’offrît à nous, à portée de fusil, la vue du village qui porte le nom de nôtre tribu. Enfin ! Nos aînés, cousin et frère étaient les plus contents de la fin du voyage.
    J’oubliais de dire qu’ils étaient sujets au mal de « mer  » et qu’ils ont rendu tripes et bile, les pôvres, au cours du périple. Ils n’attendaient que l’arrivée pour nous faire rendre gorge à Yeux Verts et moi, pour le prix de nos infâmes sarcasmes. Mais juste à l’orée de la ville, nous bifurquâmes et prîmes une effroyable piste qui devait nous amener à thadèrth. Là tu ne pouvais éviter ni ornières, ni nids de poules, ni crevasses, ni caillasses, ni pierres, ni sillons.La voiture trépignait, on aurait dit un taureau sous les coups du matador. A l’arrière, j’étais ballotté à l’instar du cow boy qui fait un rodéo ! Gémissements et cris de joie s’éteignirent comme par magie sous le revers de main envoyé par père excédé. Le calvaire cesse au pied de ce que je croyais être une butte. L’automobile serrée à toucher le mur de pierre, nous descendîmes tous du même côté et ne vîmes autour de nous qu’arbres et montagnes. Nous entendions aussi le roulement permanent des flots de la rivière  » açif  » loin en contrebas. Nous comprîmes enfin en entamant l’escalade du terrain par un sentier escarpé que nous étions rendus. Demain nous irons, de concert, visiter les lieux.

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  3. Artisan de l'ombre Dit :

    1963. Mon premier voyage en Kabylie. 4ème partie.
    Je suis natif d’un coquet village des hauts plateaux, au charme désuet, planté en plein champs de vignes et au sein duquel vivaient en totale harmonie et sans discrimination notoire, différentes communautés. Les Terres sur lesquelles il a été implanté appartenaient à la tribu des Ouleds Aâziz avant que la France coloniale ne les spolient. Ces terres, relativement fertiles, s’étendant sur d’immenses territoires, ont attiré une multitude de colons, qui, une fois installés ont eu besoin d’une foire pour
    acheter ou écouler leurs produits agricoles et autres bêtes d’élevage. Ce qui a donné naissance à ce qui allait devenir le plus important marché d’Afrique du Nord, loin devant celui d’El Harrach, pourtant chargé des besoins de la capitale et ses environs. En attendant, l’édification du village attire la main d’oeuvre, maçons, plâtriers et carreleurs, peintres et plombiers , charpentiers et couvreurs et tous les autres corps du bâtiment. Des commerçants ambulants, des forains, des nomades, des gens de Timimoun, spécialistes en jardinage, une foule d’artisans tels les boulangers, les teinturiers, les bourreliers, les savetiers, les tisserands, les tailleurs, les bijoutiers, les cordonniers, les horlogers etc..etc…Tous ces hommes dont une ville a besoin pour surgir du néant, le maréchal ferrant n’étant pas des moindres. En l’an mil huit cents quatre et vingt (1880 ), vingt (20 ) îlots d’habitations de soixante ( 60 ) mètres sur soixante de côté, séparés par des trottoirs de quatre mères et des rues de douze, l’actuel centre ville, le tout rassemblé autour d’une église à modeste clocher, la première génération de colons étant encore imprégnée de ses origines de basses extraction, formaient l’essentiel du village. Vingt ans plus tard, djèdi amokrane – mon grand’père grand- à l’âge ou toi, encore potache préparant son bac, à l’abri de bons murs en pierre, collé à un radiateur en fonte qui diffusait une chaleur réconfortante, tu te plaignais de ne point être aussi bien servi au réfectoire que chez toi ( quel misère !! ), descendit à pied, du village où nous allons entrer tout à l’heure, vers Tizi Ouzou où il prit le dur vers Relizane via Alger. De wagon à bestiaux en wagon de marchandises, tantôt payant tantôt brûlant, il arriva enfin à la dernière gare. Les cents derniers kilomètres qui le séparaient encore de sa destination furent franchis pour le plus grand nombre à pied. Enfin rendu, il se plaça comme commis chez un  » pays « en attendant des jours meilleurs qui, Dieu merci, n’allaient pas tarder à venir. Si je vous raconte cette histoire, encore inachevée, c’est parce que la maison que nous allons visiter prochainement était la sienne, et qu’il l’avait totalement rasée pour la reconstruire à neuf dans les années quarante. Ne vous étonnez donc pas si ses matériaux et sa structure interne, que je vais vous décrire, ne correspondent pas à ceux des maisons voisines.

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  4. Artisan de l'ombre Dit :

    1963. Mon premier voyage en Kabylie. 5ème partie.
    Ce matin, jour de marché hebdomadaire et belle journée printanière qui s’annonce, je suis réveillé par une symphonie particulièrement chère à mon coeur, le bêlement d’une cinquantaine de moutons, embarqués dans un camion à deux niveaux, que son propriétaire a eu l’heureuse idée de garer sous ma fenêtre. Pour un citadin, les sons émis ne peuvent que relever de la cacophonie, mais le rural que je suis écoute avec délectation cette musique. Mon oreille entend et décèle toutes les variations, de l’aigu du mâle irrité par l’attente au trémolo de l’agnelet écrasé par la masse de ses aînés, en passant par toutes les nuances, exprimant les diverses sensations éprouvées par les animaux. Cette douceur me ramène derechef à l’époque où se termine mon récit d’hier et dans mon village, à savoir Sougueur au début du siècle dernier et que l’on dénommait Souggueur ( avec deux g ) d’après un plan établi en 1880 par un bureau d’architectes de Mascara et que j’ai eu l’occasion de consulter. Débaptisé au profit d’un général tortionnaire de l’état major de l’infâme Bugeaud, j’ai nommé Trézel; il a retrouvé son appellation d’origine, mais avec un seul g cette fois ci.
    Les vingt îlots déjà cités étaient la propriété exclusive des Européens. En carré de soixante et six mètres de côté, chaque îlot était divisé en quatre terrains de mille mètres carrés, soit trente et trois mètres de côté, donc quatre colons pour quatre mille mètres carrés. Les rues couraient le long des quatre façades et quadrillaient ainsi l’agglomération d’une façon symétrique. Les façades donnant sur la grand’rue étaient percées, sur sa quasi longueur, par les ouvertures des locaux de commerce, les deux cafés européens occupant des angles; les cafés maures se trouvant situés en transversale.
    En sortant de la ville, vers l’est, légèrement est sud, se trouvait le cimetière chrétien, qui existe encore de nos jours, intact et jamais profané. Cap plein est, après avoir dépassé deux arbres servant de frontière entre deux domaines et dénommés  » toumyettes  » ou les jumelles; était et est toujours, à deux ou trois kilomètres à vol d’oiseau, le cimetière des Mozabits. Ce dernier jouxtait un lieu dit  » Souiguèr « , une  » Merja  » ou sorte de pàturage où affleure l’eau, et qui abritait un abreuvoir où venaient étancher leur soif les bêtes des alentours, Souighèr voulant dire en langue kabyle : bois à la source. Le terrain délimite actuellement deux familles, une des Ouleds Bouaâmer et l’autre des Ouled Aâyèd, les deux, interrogées ignorent totalement le sens du nom du lieu dit.
    Au nord, en enjambant un petit pont qui passait l’oued Boughrara, était et est toujours, le cimetière des musulmans aux alentours duquel s’est crée un quartier dit El Hèmri. Je signale que ce dernier appartenait à une grande dame qui l’a généreusement et gracieusement offert à la communauté musulmane afin qu’elle puisse enterrer ses morts dans la dignité, sans avoir à se soucier de savoir où pouvoir le faire. Le Mozabite, tout aussi musulman que n’importe lequel d’entre nous, étant d’un rite différent , préfère avoir ses propres mosquée et cimetière pour accomplir ses rites sans déranger ni l’être.
    Nous avions nous aussi nôtre mosquée ainsi que les chrétiens avaient leur église. Les Juifs quant à eux habitaient  » Dèrb lihoud « , dans une partie d’un des îlot du village, mais ils n’avaient ni synagogue pour prier ni cimetière pour enterrer leurs morts, pour cela, ils leur fallait se déplacer à Tiaret. Ce déni n’était pas du fait de nos ancêtres dont ils étaient les protégés durant des siècles et avec lesquels ils se retrouvaient dans la même mélasse. Il leur aura fallu attendre la promulgation du decret Crémieux pour qu’ils puissent bénéficier de quelques droits sur papier, mais toujours pas celui d’exercer librement leur culte.
    Voilà cher lecteur, nous avons fait un tour d’horizon des différentes communautés qui peuplaient à l’époque nôtre village. Dans mon prochain récit je te raconterai comment elles vivaient. Je m’excuse de cette fâcheuse mais nécessaire digression dans mon texte, car il m’est nécessaire de te mettre dans l’ambiance afin que tu puisses me suivre aisément dans mon périple. Merci de ta compréhension.

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  5. Artisan de l'ombre Dit :

    Omar Benbrahim
    5 avril, 19:51 ·
    1963. Mon premier voyage en Kabylie. 6ème partie.
     » Ya hasrahh aâla rkoub el karoussa
    Trouh rakèb ou taoussal aâyène  » !
    Quelle époque que celle des carrosses,
    Tu voyageais assis et débarquai fourbu !
    Comme nous l’avons déjà vu, les rues du centre ville étaient bordées de divers commerces tenus par des gérants qui payaient un loyer aux propriétaires, les colons d’origine française, Une manne tombée du ciel, concrétisée par des terrains acquis au franc symbolique auprès d’une administration qui encourageait la colonie de peuplement. La carrière municipale fournissait gracieusement la pierre, l’argile et la terre nécessaires à la construction, la manutention étant assurée par une main d’oeuvre plus que bon marché, des quasi esclaves, nos ancêtres. Les mules de service, assurant le transport étaient mieux loties qu’eux et à peine moins que les maçons chargés d’ériger les murs. Originaires pour la majorité du Portugal et d’Espagne, « Sbègnoules « , d’Italie, voire de Malte, ces  » Roumis « , ou Romains ( par extension chrétiens ), anciens forçats et repris de justice pour le plus grand nombre ou pauvres hères attirés par la propagande colonialiste, finirent par obtenir, tous, la nationalité Française et les terrains agricoles qui vont avec. Arrachés de force ou payés une misère aux tribus Arabes qui vivaient aux alentours depuis des siècles, ces terrains furent réoccupés par ces Roumis qui allaient devenir ceux que l’on appellera les petits colons. Les nantis, débarqués de France après la  » pacification « , entendez par là l’anéantissement total de tout foyer de rébellion, les massacres et enfumades à la mode  » Bugeaud  » ayant grandement contribué à la baisse des populations autochtones, se mirent, par la grâce de leurs entrées dans le gouvernement Français, à Paris, à rafler la mise en acquérant terrain sur terrain, un millier d’hectares suivant l’autre, toujours plus, sans vergogne. Ces derniers, ou gros colons, refuseront de quitter l’Algérie et créeront l’ O.A.S. ( Organisation Armée Secrète ), pour saborder toutes les tentatives de rapprochements entre Musulmans et Chrétiens, ce qui a provoqué le départ en masse des populations Européennes, fuyant les représailles déclenchées après les exactions, les attentats et autres meurtres commis par la dite organisation. Ceux là mêmes dont les fermes servirent pendant la guerre d’indépendance de lieux de détention illégale et de torture et qui se retrouvèrent plus tard, de l’autre côté de la méditerranée, aussi nantis qu’auparavant sinon mieux, ont le culot aujourd’hui encore d’exiger des indemnisations. Le fils de l’un d’entre eux, le plus honni de tous, un sanguinaire pour qui la vie d’un Arabe ne pouvait avoir aucune valeur et dont les caves se rappellent encore des cris des pauvres Algériens qui ont eu le malheur de lui déplaire, morts pour la plupart, assassinés sans scrupules, l’impunité étant assurée, ce fils là donc, un homme de ma génération, pistonné comme il se doit, a eu son heure de gloire à la télévision française mais cela n’a duré qu’un temps, le talent n’y étant pas.
    Les commerçants avaient ceci en commun qu’ils n’étaient pas natifs de la ville et venaient de tous les horizons, autant géographiques qu’ethniques. Ils tenaient des boutiques de cinq mètres sur cinq, donnant sur l’arrière magasin de cinq sur quatre, le tout recouvert d’une soupente en bois et servant de logement logement. Au fond était une courette de cinq sur trois qui abritait aussi les toilettes. Les plus généreux d’entre les propriétaires y ont percé des ouvertures permettant d’accéder à une cour immense qui servait de lieu de convivialité aux femmes des locataires. Ces espaces étaient généralement aménagés en logements que louaient les propriétaires terriens comme résidences secondaires pour l’hiver, assurant ainsi le gîte à leurs enfants en période scolaire.
    Cela nous ramène cher lecteur à nôtre sujet initial, mais je te promets de revenir à Sougueur bientôt pour finir de t’initier à ce qui en était le quotidien.
    Mon grand’oncle ou djedi amokrane, exploitant un de ces commerces, a pu ramener sa famille, en l’occurrence son épouse et son jeune frère, mon grand’père, pour les installer dans son nouveau chez lui. Ce dernier a fait ses études primaires dans la première école érigée au profit des indigènes. Par peur de voir son frère, un garçonnet encore, oublier la langue et les us et coutumes de ses ancêtres, en ne parlant que français à l’école et l’arabe au dehors, à l’instar de ses aînés installés avant lui dans la région, il instaura une règle d’or qui ne fût jamais transgressée, à savoir, parler exclusivement kabyle à la maison. Ce qui explique que plus d’un siècle plus tard leurs enfants et petits enfants continuent de parler kabyle, même pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds en Kabylie.
    Demain je vais reprendre avec toi, ami lecteur, le récit, arrêté au pied de la dèchra lors d’un précédent voyage inachevé. Merci de ta patience.

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  6. Artisan de l'ombre Dit :

    1963.Mon premier voyage en Kabylie. 7ème partie.
    Dans un texte précédent j’ai indiqué, je crois, que nous avions pris un escalier pour grimper vers le village mais ce dernier se trouvait en contrebas et le desservait directement. Je te prie de pardonner cette erreur car en réalité il s’agissait plutôt de ce que l’on pourrait à peine qualifier de sentier. En effet, une fois passés par une ouverture pratiquée dans une haie de figues de barbarie, nous prîmes une étroite bande de terre battue qui menait directement à la maison. Nous étions dans nôtre thamazirth – cour extérieure – et cette dernière était à l’à plomb du Avridh ou Roumi ou route du Roumi, appellation tenant du souvenir collectif de l’ancienne présence Romaine en Afrique du Nord, symbolisée par la  » Via Romana. » Ceci dit, les Romains n’ont jamais, ni les Turcs d’ailleurs, percé de routes en haute Kabylie.
    A peine quelques mètres franchis, la vue d’une bâtisse au delà de quelques arbres fruitiers, s’offrit à nos yeux. Si on ne l’avait pas encore aperçue de la route, c’est que nous n’avions pas encore atteint la taille adulte. Des murs hauts pouvant abriter deux niveaux, une façade latérale, crépie de ciment, aveugle, excepté une lucarne en haut sur sa gauche, voilà tout ce que nous entrevîmes de ce lieu tant désiré. Une maison beaucoup plus basse, celle de l’oncle qui nous accompagnait, couverte de tuiles traditionnelles et faite de pierres apparentes, empilées les unes sur les autres, lui faisait vis à vis. Toutes les deux donnaient sur la même thamazirth, mais des haies les délimitaient, chacune de son côté, laissant ainsi un passage que, bien que propriété privée, pouvaient emprunter les voisins pour descendre vers la route, coupant au plus court. En passant une des dites haies, on retrouve donc ce passage qui, une fois remonté, nous menait directement devant la porte d’entrée des deux maisons. La nôtre, bizarrement, était tournée vers l’Est, ce qui était contraire à toutes les règles d’architecture jusque là appliquées par grand’père petit. Je comprendrai une fois à l’intérieur.
    Un portail à deux vantaux en bois, soixante et dix centimètres chacun, donnait de plain pied dans une cour, ce jour là ensoleillée. En passant le pas, on se rend compte que la cour a deux niveaux. Le portail est accolé, sur sa droite, au mur mitoyen avec le voisin, le long duquel court une banquette en béton qui se poursuit jusqu’au fond et bifurque en L sur le mur d’en face. Elle est croisée une nouvelle fois en perpendiculaire par une balustrade en fer forgé, d’une hauteur d’environ quatre vingt et dix centimètres qui devait probablement servir de garde fous et plongeait à mi-parcours vers la deuxième cour, protégeant ainsi l’escalier. Sur la gauche de l’entrée Est un mur à l’angle duquel, tournant sur la gauche, un balcon en L, accolé au dit escalier, et qui dessert quatre chambres. Les deux premières ouvrent avec portes et fenêtres sur l’Est, la troisième ouvre sur le Sud et jouxte une mini chambre, dite  » tharichth « , dont la lucarne est visible de l’extérieur, le tout dominant la cour intérieure.
    Si on descend les escaliers on a tout de suite sur la gauche la pièce qui sert de cuisine remise, au fond à droite les sanitaires, branchés sur une fosse septique dont on voit l’anneau qui sert pour l’ouverture au milieu de la cour, et en face la porte qui donne sur  » èdèynine  » ou la pièce réservée aux animaux.En y pénétrant, on remarque tout de suite sa taille impressionnante puisqu’elle court tout le long du mur de façade précité. Une porte à deux vantaux s’ouvrait dans son mur Est, et qui était censé être la maison voisine. J’appris plus tard que cette maison nous appartenait aussi et que les animaux passaient par là, l’accès vers l’extérieur étant plus aisé. De part sa grande vétusté, nous n’eûmes jamais l’autorisation de la visiter.
    Voilà globalement le souvenir que j’ai gardé de la topographie des lieux, j’essaierais demain, si ma mémoire ne me joue pas un mauvais tour, de partager avec vous nos premières impressions.

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  7. Artisan de l'ombre Dit :

    1963. Mon premier voyage en Kabylie. 8ème partie.
     » Adighdhal Appi thassaw ma tchightss. » !!
     » Tombe mon foie si j’en consomme. » !!
    A l’état des lieux établi hier, j’ajouterai le fait que la maison n’était branchée ni à l’électricité ni à l’eau, les réseaux n’existant pas, ni aucun autre service public d’ailleurs dans les villages Kabyles. La corvée d’approvisionnement en eau était du fait exclusif de la gente féminine et les hommes désertaient les lieux, par pudeur, lui laissant ainsi toute latidude d’agir à son aise. Au lecteur qui se serait étonné de me voir situer tharichth au même niveau que les autres chambres, je rappellerai que la maison a été rasée et reconstruite à neuf mais pas à l’identique. Cette chambrette originellement surélevée, était la seule à posséder auparavant ( comme toutes ses consoeurs ) une ouverture sur l’extérieur. De ces ouvertures on jouissait d’une vue panoramique à plus de cent quatre et vingt degrés, malheureusement pas pour profiter du paysage grandiose, mais pour pouvoir faire le guet en cas de conflit. Une dernière précision, la porte d’entrée fait face à l’Ouest et non à l’Est comme décrit hier.
    Une fois donc à l’intérieur, nous fûmes accueillis par ses occupants, une famille qui y était retourné vivre à l’indépendance après être venue se réfugier chez nous, à Sougueur, en 58 I 59, fuyant les affres de la guerre. Il y avait la grand’mère, la mère, sa fille et son fils, ce dernier est de mon âge et a été inscrit à l’école maternelle le même jour que cousin  » Yeux de Chats  » et moi même. Quelle ne fût nôtre surprise qu’en place et lieu des congratulations d’usage, on vît les femmes, y compris l’adolescente, baiser la main des vieux. Pas encore revenu de ma surprise, mon tour venu, je fus embrassé comme je ne le serai jamais plus. Elles passèrent l’intérieur des doigts de leur main droite sur mon visage, mouvement furtif suivi d’un léger passage sur leur propre lèvres. Renversé. Tant de pudeur et de retenue ! L es  » vieux « , à la rigueur, mais nous. Après avoir psalmodié je ne sais quels incantations, la vieille, relent de paganisme ou je ne sais quelle croyance ancestrale, s’est jeté par terre, invoquant Gaïa ou toute autre divinité,  » adh soudhnègh thaqatss « , j’embrasse le sol qui a permis le retour du fils d’Une Telle en terre natale. Je précise que la femme Kabyle utilise la filiation de la mère et qu’elle n’a pour notion religieuse que de vagues rumeurs, des propos prêtés au marabout de service qui s’intéresse plus à sa poule ou à l’oeuf qu’elle peut pondre, qu’au repos de l’âme d’une pauvre mortelle. Ajoute à cela son apparence physique, et tu comprendras pourquoi j’ai fini par croire que j’avais devant moi l’incarnation de Carabosse.! J’y reviendrai. Père présenta enfin les paniers de victuailles à la vieille qui s’en délecta à l’avance, connaissant la prodigalité de son protégé. Le premier couffin contenait de la viande, des légumes et des fruits qu’elle inspecta un à un. Ouf ! Un sourire édenté mais lumineux ! Satisfaite. Deuxième contrôle, des conserves, c’est bon ça pour les jours sans. Des confiseries, des gâteaux secs, du chocolat en veux tu en voilà, un rêve, seulement un hic au fond du couffin. Qu’est ce que ces tripes ? mon garçon interpelle t elle mon père, désignant deux boudins, l’un de cachire l’autre de pâté de volaille. Taquin, il répondit que c’était des saucissons de porc, ramenés d’Allemagne spécialement pour elle. Elle laisse choir le tout par terre et s’exclame :  » Adèghli thassaw ma tchightss. » Vive comme un elfe, elle disparût de ma vue. Nous ne la revîmes pas de sitôt !
    Nous essaierons demain d’être attentifs aux propos des gens de cette communauté et tu comprendras peut être, ce que l’humilité confère à la grandeur d’âme !

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  8. Artisan de l'ombre Dit :

    1963. Mon premier voyage en Kabylie.
    Une fois qu’on nous ouvrit une chambre, nous y déposâmes nos bagages et installâmes deux châlits à une place, en fer, chacun accolé à un mur et sur lesquels nous jetâmes des paillasses dans lesquels nous dormirons la nuit venue, à deux, tête bêche. Les vieux, habitués à un minimum de confort, s’en retournèrent en ville nous recommandant de ne pas dépasser les limites de la maison et d’obéir en toutes choses aux bonnes femmes. La belle affaire ! Carabosse toujours absente, sa fille n’avait rien qui puisse nous impressionner, un visage rond et lisse, des yeux emprunts de douceur, et quand sa bouche n’était pas occupée à sourire elle l’était à chanter ! je ne me souviens pas l’avoir entendu élever la voix, ni ce jour là, ni auparavant, ni aussi loin que puissent remonter mes souvenirs. Toujours tout en finesse et tu te sentais salaud si tu lui faisais une crasse. Pas elle. Mais ce sentiment vînt plus tard, quand nous finîmes par connaître tout un chacun.
    On décide de jouer à  » aux gendarmes et aux voleurs « , à l’aveugle, sans reconnaissance des lieux mais avec les mêmes règles qu’à la maison. Promis, juré. Nous étions deux équipes adverses, toujours les mêmes, les bons d’un côté, nos aînés, et les méchants de l’autre, cousin et moi. Nous étions donc les voleurs et à ce titre nous décidâmes de transgresser les règles, à savoir, grimper sur les toits. Dans nôtre candeur juvénile, nous ignorions que le gendarme aussi ne respecte pas la loi. Résultat,
    une mêlée sur le toit, que seule l’apparition à nos côtés de Carabosse, tenant à la main un bâton pas plus épais qu’une règle de maître, venue là comme par enchantement, fît cesser instantanément. Cela tenait du prodige ! Vêtue d’une robe kabyle aux couleurs chatoyantes, brodée de rubans multicolores ou  » thijègoua, »un foulard noir brodé d’un point nommé  » thithbhirines  » ( à peu près colombes ), duquel dépassait une chevelure grisonnante tressée, ce qui était permis vu son âge, la jeune femme Kabyle n’ayant pas le droit de faire étalage de la sienne. Autour de la taille, des cordons noués sur plusieurs tours, appelés « thisfifines  » sur lesquels s’ajoutait une fouta, descendant au niveau des chevilles, obligatoire en cas de sortie, celle ci équivalant au voile. Ses pieds nus dont la plante était faite de peau mortes accumulées les unes sur les autres  » thiffèkhssa  » sur une épaisseur de trois ou quatre centimètres à première vue, donnaient l’impression d’être chaussés de sabots. J’hallucinai ! Penauds et terrorisés, nous redescendîmes dare- dare du toit, à toute vitesse, nous demandons comment elle avait pu grimper si haut, à son âge, nous qui eûmes tant de difficultés à le faire. Réfugiés dans la cour du bas, l’endroit le plus éloigné des toits, nous la vîmes sortir de l’étable, flanquée de ses deux chèvres qui bêlaient plus fort qu’elle ne criait. Cousin du bled était hilare et à sa vue je compris le vertige qui l’a empêché de participer au jeu. Il savait que sa grand’mère avait les supers pouvoirs de  » Space man « , le Japonais qui, dans sa combinaison volante blanche ( peut être, la télé n’existait pas encore dans nos patelins, et les films qu’on en a vu était tous en noir et blanc ! ) Il se jetât entre sa grand’mère et nous, la suppliant d’épargner les pauvres citadins égarés, ignorants et gros bêtas que nous étions, se portant garant de nôtre future bonne conduite. Le sagouin nous a bien roulé puisque c’est lui qui nous a suggéré, en aparté, chacun son tour, la cachette garantie inviolable du toit. Le message est clair, c’est son territoire et si nous voulons éviter d’autres déboires, autant l’associer pleinement à nos jeux, ce qui n’enchantera pas les aînés. Emerveillée de découvrir tant de magnanimité et de générosité chez le seul héritier mâle de sa descendance, la vieille nous invitât à déguster un plein plat géant de  » thihbhoulines « ( beignets ) assaisonnées d’huile d’olive.Nous en prîmes tant et tant qu’il n’était plus question de bouger d’avant longtemps, mais auparavant nous avons dégusté tout autre chose, un sermon ahurissant, à savoir qu’à la prochaine incartade, elle allait nous mettre dehors pour voir si nous étions des hommes ou de  » simples  » fillettes apeurées à l’idée de vourourou. Elle nous fit un petit topo de ce qui nous attendait comme dangers, de la piqure de scorpion remonté chercher un peu de fraîcheur à la morsure de vipère, en passant par le saut à la gorge du chacal ou la charge d’un sanglier. Son petit fils nous fit signe de nous taire, ce que nous fîmes, n’ayant rien à répliquer de toutes les manières et l’incident fût clos. Je te dirai, dans un prochain récit, ce qu’on gagne à demander son chemin et comment Carabosse grimpe aux toits.

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  9. Artisan de l'ombre Dit :

    1963. premier voyage en Kabylie. 10ème partie.
    Après nous être empiffrés de beignets baignés de bonne huile d’olive tirée d’une jarre plusieurs fois centenaire, repus, nous nous assoupîmes sur place, savourant un repos bien mérité. Détendus, nous décidons une première inspection des lieux nous commençons par le verger auquel on accède par la porte du fond de l’écurie, qui donne sur les jardins des deux maisons, réunis en un seul. J’ignore jusqu’à nos jours l’emplacement du second accès. Gavés, nous respectâmes l’interdit qui nous était fait de toucher aux arbres fruitiers et nous nous contentâmes de les admirer en les dénombrant, histoire de comparer avec le verger de Sougueur. Ils étaient majestueux, on sentait l’amour des mains qui s’en occupaient et lorsque on sût plus tard que c’étaient celles de carabosse, nous eûmes honte de l’avoir surnommée ainsi et décidâmes de l’appeler « bonne fée  » . Mais ça c’est pour plus tard, en attendant… D’où nous étions la vue était imprenable féerique, en contrebas la rivière grondait mais le son nous parvenait amorti par la multitude d’arbres plantés à flanc de montagne, des oliviers pour la majorité. Nous étions assez haut perchés pour dominer des yeux les pics environnants, seuls deux ou trois ( environ ) kilomètres de route cahoteuse nous séparait du sommet, au pied duquel était juché le plus haut village des environs. En face, au delà de la rivière, étaient des sommets aux neiges éternelles d’une beauté à couper le souffle, et cousin du bled nous désigna dans les brumes du soir, la direction où se trouvait la célèbre tribu des bijoutiers, les Ath Yanni. Le crépuscule s’annonçait. Nous dénichâmes une sorte de banquette en ciment, environ deux mètres de long sur soixante et dix centimètres de large, une hauteur d’une trentaine de centimètre sur un côté et à ras du sol sur l’autre pour compenser le dénivelé, adossée à un immense olivier séculaire aux branches tentaculaires, et nous nous assîmes pour jouir du tableau. Cousin s’éclipsa pour je ne sais quelle corvée et nous restâmes là, à deviser tranquillement, partageant nos différentes impressions, admirant sans retenue les couleurs de feu du soleil couchant, si proche nous semblait il sur ces cimes. Il fait doux, il fait bon vivre, la guerre est finie, il n’y a plus qu’ à se laisser aller à cette douce félicité ineffable de ne pas avoir peur du lendemain. Ah ! La vie est belle ! Surgie de nulle part, soudain, Carabosse est là. Pour la première fois j’ose la dévisager et je lis dans ses yeux une lueur malicieuse qui me mit mal à l’aise. Des yeux marrons, des sourcils gris et proéminents, un nez aquilin, une bouche fine, un menton fuyant avec deux trois poils gris sur le bas, et le plus extraordinaire , la peau du visage si ridée; et les rides si denses et si drues, on avait l’impression qu’elles s’enroulaient les unes sur les autres, un vrai cep de vigne vrillant sur lui même. Courbée, le thorax formant un angle à quarante et cinq degrés d’avec les pieds, aussi fluette d’apparence que son maigre bâton, à se demander qui portait l’autre, elle semblait si fragile, si gracile, que l’on se demanderait comment elle faisait pour tenir debout si on ne l’avait déjà senti passée ! Et de nous houspiller ! Morveux, chenapans, mauvais garnements, dégénérés, et ce ainsi que l’on vous apprend à honorer vos ancêtres dans vos écoles et medersas ? Oser poser vos derrières de mal élevés sur la tombe de votre arrière arrière grand’père ? Quelle impudence ! planqué derrière un arbre, nôtre gentil cousin du bled jubilait, il avait réussi sa bonne farce. Pour nous c’était la débandade, le sauve qui peut. Terrorisé doublement, par les propos de la vieille, bien que ses yeux expriment le contraire, et la peur de la vengeance de l’aïeul outragé, je prends mes jambes à mon cou, suivi de près par l’équipe, direction la maison. Ce n’est que tard dans la soirée, après un copieux dîner servi dans la cour supérieure, à la belle étoile, qu’elle nous expliqua que par manque de terrains, les Kabyles de haute Kabylie enterraient leurs morts chacun chez soi. Je dois dire que je n’admis cela comme vrai, habitué à l’idée que chacun avait droit d’office à une tombe, ainsi que c’était le cas dans mon village, pour tout le monde, sans exclusif, que quelques années plus tard, lorsque je revins sur les lieux assister à l’enterrement d’un proche, qui bien qu’habitant Alger, a demandé à être enterré au pied d’un de ses oliviers, chez lui en Kabylie.

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