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Le bauf’ du village

27 décembre 2014

Farid Talbi

Le bauf’ du village 
 
Le beauf’  celui là du village pentu ,  aurait une chaise bancale déglinguée invendable  à vendre quand même, s’entête. Le siège à l’origine empaillé s’est troué avec un pied  scié, raccourci de vingt centimètres par rapport aux trois autres. Pourquoi ce handicap ? Dieu seul le sait!
Donc  vendable  malgré tout la chaise déglinguée au  cas où, un  vieux copain au beauf’,   accepterait de l’accompagner au souk du village . Lequel compagnon commentateur occasionnel de matchs de foot à la télé, te soutiendrait à force d‘arguments insensés,  tordus,    que la rencontre a été gagnée par la nôtre d’équipe,   malgré un score de quatre buts  à zéro en sa défaveur .
Avalanche de mots emphatiques  vides de sens, raisonnements  par l’absurde, un truc pour te faire rire, un autre pour titiller ton nationalisme, quelque chose pour  provoquer ton chauvinisme et réveiller ton   amour propre pointilleux, un dernier mot pour te brancher sur un truc de religion, t‘obliger d’approuver et seulement à la fermer,  pour éviter la damnation horrible  !
Après quoi le cinéma  , deux gestes  de maniement de balle fictive de cirque, une mise en évidence de la bague  de fer blanc  à pierre noire sur auriculaire d’honneur ……
Ou,  comment la chaise  inutile, a été refourguée à un jeune sportif bachelier  BBZ  myope , deux fois son prix neuf, comme accessoire de gym’  : le postérieur enfoncé  dans le trou du siège percé  et , la main gauche  tendue la main au sol pour assurer l’équilibre en remplacement du pied brisé.
Ça muscle même les cordes vocales, lorsque le buste coincé jusqu’a la glotte, tu appelles désespérément « au secours !! », en  parler algérien  oublié, en arabe littéraire sirupeux, en français  de taxiphone en panne, en verlan  kabyle chaoui, mozabite, targui, damoussien,…  . Alors que par là , tu t’égosillerais en vain  à rameuter des voisins assoupis, qui ne comprendraient que le langage rifo-tunisois mielleux  branché , sauce   financière .
Le beauf ’  fonctionne ainsi, à l’ancienne : il te vendra un million de dinars  un truc de deux sous, te proposera trois centimes ta Mercedes cabriolet   en  rodage. Encore et toujours le syndrome du « benvacan » ( bien vacant) qui afflige le pays .Et, plus moderne encore de trempette  dans la farine : l’absolution de la tromperie flagrante  en vertu  de la fameuse théorie «  tidjara h’lal » .Fallait y songer.
En attendant pire .
Le beauf’ du bled vit pas mal sa notoriété bricolée, grâce à des  racontars  qu’il a su rentabiliser,  dans un monde il est vrai  épris de khortis et rêves. Faute de mieux.
Un monde conscient de l’absurdité de sa triste situation et qui s’en accommode de plus en plus, comme d’une seconde nature. Le père du beauf’  modeste paysan fellah émigré, vendeur de tapis , a été transformé en proprio rupin  d’hôtel restaurant à Paris . Le long abandon de famille du pater en cause,   a été transformé en fuite patriotique historique  pour organiser la révolution familiale , à la Gandhi. Pas moins. Le village du bled, un trou  devenu fort Alamo durant la guerre et,  depuis l’indépendance  New-York ;  les deux chèvres le troupeau le bétail, l’oncle maternel débile Socrate…..et que des vertus  mythiques pour tous la lignée,  jusqu’au cousin parano grave  .
Bien entretenus, mensonges et légendes ont conféré au beauf’,  la reconnaissance d’un statut social local respectable. Et de l’un à l’autre, tout le quartier a travaillé le filon de l’éloge indû, de même, en un élan de solidarité  profitable à tous les menteurs effrontés  du canton. La foule au portillon .
La seul chose dont il n’a jamais pu se départir, le beauf’ ,  un comportement misérable à l’usage du moindre  dinar à grappiller,  même symbolique. Le signe particulier indélébile, familial ,du crevard  .
Et bien sûr, un mot nouveau dans le jargon pour expliquer le bienfondé  de l’arnaque qui ne dira jamais son nom : «y bougi »  !
Moh,  mon poissonnier du marché T’nach à Belcourt,  en rigole en ajoutant : «  mais saura-t-il un jour ton beauf’,  et  pour autant, comment nous débarrasser  du gros poisson, qui pourrit d’abord de la tête  ? »
Farid Talbi 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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