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20 ans, ce sera aussi demain ! par Salim Metref

27 décembre 2014

Salim Metref

Ecrire pour célébrer un événement surtout en ces temps d’incertitudes et de doute est un exercice difficile. Ecrire sur un sujet préalablement circonscrit l’est sans doute encore plus. Car il y a souvent et comme pour beaucoup d’autres choses une part non seulement de spontanéité mais surtout de mystère dans l’acte d’écrire, dans celui de libérer sainement une émotion et un ressenti dont nous ne sommes pratiquement jamais les maitres. 

Ainsi, lorsqu’on m’informa que 20 ans étaient déjà passés dans la vie du journal que vous avec entre les mains, je ressenti cela comme un rappel des troupes, un retour au bercail. Oui, j’ai souvent été séduit par la liberté de ton de ce quotidien qui ne publie bien entendu pas tout ce qu’il reçoit mais qui a incontestablement réussi par un choix intelligent, qui s’avérera payant à l’avenir, à placer la sincérité du propos au dessus de la rigidité de l’académisme de l’écriture et du dogmatisme de l’orientation éditoriale surtout qu’une partie de la presse de notre pays a eu hélas pour principal trophée d’avoir appelé et/ou soutenu l’interruption du processus électoral de 1992. Difficile dans ces conditions de se remettre en cause même si depuis certains ont fait leur mea-culpa. Et que d’autres journalistes de métier soient venus avec une autre vision de l’avenir en bandoulière. Le Quotidien d’Oran continue d’ouvrir ses colonnes à toutes les sensibilités politiques et semble réussir le pari de les faire coexister dans un vivre ensemble qui aujourd’hui encore et plus que jamais a besoin d’être bâti en Algérie. D’autres journaux commencent aussi à le faire.

20 ans déjà. Mais 20 ans c’est une séquence récurrente puisque les générations se succèdent et se suivent. Ce journal devrait s’intituler le Quotidien d’Algérie tant son audience n’est plus circonscrite dans un espace géographique délimité. Mais ce nom de journal existe déjà et appartient à la presse dite dissidente. Que nos lecteurs se rassurent cependant, le nom de Quotidien d’Oran nous convient parfaitement et cette ville peut légitimement rivaliser dans le pourtour méditerranéen avec Barcelone, Naples ou Marseille.

20 ans passés, c’est déjà le début de l’âge adulte et le Quotidien d’Oran aura besoin maintenant de capitaliser le fruit d’une véritable expérience acquise et d’une incontestable compétence développée. La qualité du propos et de l’écriture devra sans doute être de plus en plus mise en exergue non pas au détriment de la spontanéité et de la vérité mais au profit d’une vision désormais adulte d’un monde qui change et se transforme et d’un pays, le nôtre, qui doit lui aussi accomplir non seulement sa mutation mais faire véritablement sa mue politique, institutionnelle, économique et sociale. Ce sera l’enjeu des prochaines décennies et sans doute le meilleur investissement au profit des générations futures qui devront se battre à armes égales avec un environnement international devenu impitoyable, qui ne respecte et ne craint que les forts et qui écrase les faibles

Mais comment dire le début d’une histoire, le commencement du souvenir. Il y a certes ce buraliste enclavé entre un marchand de légumes et un atelier de mécanique générale situé dans cette petite ville de la banlieue Est d’Alger qui disait à chacune de nos rencontres, si c’est pour le Quotidien, il ne m’en reste plus en vente surtout pour l’édition du jeudi. Mais la suite comment la dire et comment l’écrire.

Exercice difficile surtout qu’il y a chez chacun d’entre nous, adeptes du journalisme citoyen et bénévole et qui avons d’autres activités professionnelles, un acte fondateur, ce quelque chose de magique qui se produit et qui crée ce lien indéfectible qui vous fait faire à chaque fois non pas acte de repentance mais plutôt de fidélité et qui vous fait revenir là où tout a commencé. Mon premier souvenir est cet écrit intitulé L’Algérie, l’inéluctable émergence qui a été publié par le Quotidien d’Oran que je connaissais juste de nom et dont je venais de découvrir l’édition du jeudi, cette tribune libre octroyée à toutes celles et tous ceux qui voulaient réagir, dire quelque chose où pourquoi pas s’indigner. Il y avait dans ce numéro beaucoup de plumes célèbres. L’une d’entre elles quittera ce monde quelques semaines plus tard. C’était le regretté Abdou Benziane, célèbre critique de cinéma et de télévision et auteur prolifique connu de tous.

Depuis l’inéluctable émergence a connu hélas bien des ratés et a plié l’échine devant La République dévoyée, cet article qui m’a valu menaces et intimidations. Et au moment ou l’on se retrouve seul face à cette menace qui vient, brandie non pas par une quelconque officine étrangère comme le Mossad par exemple mais bel et bien par vos propres «compatriotes », le Quotidien d’Oran et Alter Info (un journal en ligne français) ainsi que 2 blogs algériens libres** publient en guise de solidarité et à chaud le texte et vous tendent cette bouée qui vous évite de sombrer. D’autres journaux le publieront mais bien plus tard. Tous ces souvenirs donnent de la crédibilité et du respect à un journal qui devient alors votre ami, celui sur qui après Dieu on peut toujours compter.

Mais enfin, les lanceurs d’alerte que nous avions la prétention d’être ou de devenir, sans chapelle, sans laisse et sans aucune autre casquette que celle de défendre jalousement les intérêts de ce pays et de ce peuple ont eu à bien des égards raison et sur bien des zones d’ombre que nous souhaitions juste et dans la mesure du possible éclairer. Et ces zones d’ombre se sont depuis considérablement assombries. Et au moment ou notre pays s’apprête à affronter les premiers défis vitaux pour son existence depuis son indépendance, défis induits non seulement par la gouvernance médiocre qui a été la notre, l’immense gâchis infligé à notre pays, l’énorme gaspillage et dilapidation de notre propre richesse nationale, la gestion autoritaire et musclée, largement inspirée des méthodes utilisées par le colonialisme français, des turbulences légitimes de notre société et de notre peuple mais aussi et surtout ceux que nous imposent aujourd’hui parfois par la force un contexte international explosif, impitoyable et ces nouveaux barbares qui ont décidé de nous engloutir nous, nos pays, nos richesses naturelles et nos dirigeants avec, de nombreux chantiers doivent au plus vite être mis en œuvre. Et ce qu’il faut souhaiter désormais et de tout cœur est que se produise enfin ce déclic salutaire qui nous permettra de bâtir enfin ce pays comme l’ont fait d’autres ailleurs comme en Amérique Latine, avec pour socle fondateur la liberté et la justice et leur accomplissement dans une prospérité partagée et encore toujours possible. Les défis sont énormes et plus que jamais le consensus le plus large possible est à construire. Il s’agit d’une étape historique qu’il faut oser entreprendre car la pérennité de notre nation en dépend. Avant qu’il ne soit trop tard et tant que l’initiative est encore toujours de notre coté car un retournement de conjoncture notamment économique peut venir à bout de notre fragile souveraineté et nous livrer pieds et poings liés à ceux qui continuent ici mais aussi ailleurs au-delà des mers et des océans de nous maudire et de nous épier du haut de leur mirador !.

** L’Echo de Jijel et NadorCulture

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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