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Une histoire de foot

28 août 2014

Farid Talbi

 

Paix à l’âme d’Embossé, ce footballeur parvenu en Algérie pour pouvoir nourrir sa famille,  demeurée au Cameroun.
 
L’Algérie est profondément touchée par le malheur, d’autant que le drame frappe un hôte, à peine sorti de l’enfance  africaine, que l’on sait en grande souffrance sociale, profondément  malmenée, fragile, douloureuse.
 
Les compétitions nationales reprennent néanmoins du collier,  sans états d’âme. Bien qu’elles aient été affligées en réalité d’un bilan annuel antérieur,  local, unanimement reconnu comme désastreux et, plus avant, se trouvent engagées sur la voie de difficiles perspectives de figurations, en lesquelles le sport populaire est bien mal préparé .
 
Or comme à l’accoutumée, ni les institutions et leurs organisations à l’évidence défaillantes, ni les hommes de terrain impliqués dans l’enlisement, n’assumeront la responsabilité de leur l’échec collectif patent. Mais encore, il se trouvera des personnes pour louer les bilans pitoyables qui se sont succédés jusque là,  et les mérites personnels des hommes  qui  auraient portant  lamentablement contribué au naufrage, par incompétence aveuglante   .
 
Voilà où nous en sommes. 
 
Ici, cinquante ans après l’indépendance nationale et legs du potentiel exceptionnel de joueurs disponibles marquant l‘époque puis, sur la lancée, l’émergence d’une pléthore de talents formés dans la même mouture, quinze ans durant après 1962 . Douloureux constat, trente sept ans après une certaine ‘’réforme du mouvement sportif ‘’, prétendue « révolutionnaire » et « scientifique, socialiste ». En fait dévastatrice, concoctée par la collusion de plumitifs médiocres, ignorants,  relégués dans les placards des médias officiels d‘alors, associés à des fonctionnaires marginaux du MJS piteusement à la traîne de la reconstruction nationale et,  à la recherche de réhabilitation politicarde par le raccourci du job de révolutionnaire de pacotille de la vingt cinquième heure . Les uns et les autres ont su faire la paire et preuve de collusion, d’opportunisme et surenchère politique à tout va, pour réussir magistralement l’entourloupette du siècle   : s’octroyant au passage des situations professionnelles fulgurantes de hauts privilégiés,  de propagandistes,  à moindre frais mais gros profits . Avec succès et brio, dans la durée ! Le football est devenu depuis, une affaire éminemment sous tutelle occulte du blabla , soutenue par de gros budgets, des emplois attractifs de privilèges sociaux, hautement rémunérés, au service de la tenue , coûte que coûte de compétitions hebdomadaires mobilisatrices d‘une jeunesse, faute de quoi, dépourvue de toute autre activité culturelle de masse. Cette exploitation malencontreuse du foot, centrée sur le défoulement populaire programmé,  a été propice à la résurgence de toutes les espèces de dérapages : violence , régionalisme, propagande, régression du spectacle sportif entre les mains de régisseurs de foules , chauffeurs de salles et non plus de dirigeants de grandes associations sportives .Voilà où nous en sommes également , plus de trente ans près une première participation au mondial qui aurait certainement gagné à être également, très sévèrement critiquée pour prétendre à réédification de l’édifice national , en réalité bien ébranlé par l’expérience ruineuse ,rapiécée de rustines inappropriées qui a fait illusion de réussite extraordinaire .
 
Aujourd’hui nous nous plaisons donc, comme à la reprise de chaque fin année sportive, à nous accommoder des bévues qui ont enfoncé la discipline dans les dérives les plus pernicieuses d’une société il est vrai, elle-même soumise à des bouleversements incontrôlés et déviants, que l’on prétend mondiaux, imparables. Forcément, la saison écoulée n’a pas manqué d’égrener son lot d’expériences inopérantes usées jusqu‘à la corde, de subterfuges grossiers et inutiles, de tours de passe-passe ridicules bricolés à l‘emporte-pièce. Tout l’arsenal de la diversion y est passé, alimentant le principal fonds de commerce de médias parasites vivant aux dépens du sport, n‘ayant rien d‘autre à régurgiter pour prétendre à existence. De même, des pseudos -changements structurels et de fonctionnement, ont touché les activités, les hommes impliqués, sous toutes les formes bricolées prétendument salvatrices, avec moult mises en œuvre et mises en scène grotesques. Mais sans effet, le moindre du monde, sur l’inefficacité flagrante de la machinerie en panne du football national, sur l’impéritie des maîtres d’œuvre agrippés bec et ongles à des rôles bien en vue, ou sur des sièges convoités susceptibles de projections nationales ou internationales inespérées.
 
La foire à l’empoigne !
 
Rien n’indique, aujourd’hui encore, que l’on veuille véritablement reconstruire les fondements qui ont longtemps permis au football algérien d’assurer jusqu’à la fin des années 1970, une production permanente et de grande qualité de dirigeants émérites, entraîneurs qualifiés et joueurs hautement compétitifs.
 
Un repositionnement des fondamentaux de société, privilégiant l’éducation précoce, la démocratie populaire participative bénévole.
 
Apparemment, impossible d’opérer une remise en question salutaire et pour de cause.
 
Le principal handicap réside dans le choix inapproprié des hommes chargés, depuis des décades, d’étudier la situation sinistrée et proposer des solutions, inévitablement radicales, de redressement. Les « experts » ou « consultants » pressentis ou imposés demeurent, en général eux-mêmes des hommes compromis dans système naufragé. Ils constituent en fait le produit remarquable de tous les errements passés. Souvent pour les plus âgés, ils ont été associés depuis trente ans à la conception du sabordage officiel de la discipline. Et depuis soutenant à bras le corps l’édifice branlant de toutes parts, ces exécutants zélés ne sauraient scier la branche providentielle sur laquelle reposent de brillantes situations acquises ,  dénuées de mérite. Mais encore, pour les plus jeunes formés exclusivement à l’épreuve de la médiocrité et l‘échec ambiant, c’est fut  le seul système par lequel ils avaient pu exister, évoluer et se reconnaître indispensables.
 
Tout problème est également là : ce qui se rapporte en effet à la grande épopée sur football algérien jusqu’en 1980, à son édification humaine profonde et laborieuse, s’oppose à l’organisation et fonctionnement de l’institution sportive en vigueur et aux carrières et carriérisme surcotés qui en ont découlé après le mondial de 1982 . Notamment en ce qui concerne la pratique qualifiée abusivement de « performante professionnelle  »,assurée d’ impunité trop facilement dispensée à l’incompétence sévissant malheureusement en continu , depuis trop longtemps. Il paraîtrait intéressant de demander des explications à ceux-là qui, en postes  depuis lors,  s’appropriant les responsabilités et postes de mise en œuvre, devaient édifier une « révolution sportive  » génératrice de succès pérennes. Par la grâce d’un diplôme officiel, de déclarations gratuites de probité et autres fadaises, la mise en avant de qualifications théoriques passe-partout…et un bagout irrésistible. En quelque sorte, appliquer le dicton « demain on rase gratis». De la gesticulation de troisième mi temps et débats de ventriloques ……
 
Du bidon !
 
Après avoir exploité mal à propos le potentiel laborieusement constitué avant le mondial 1982, puis par la suite épuisé de façon irresponsable toutes ses réserves de talents  et détruit l’édifice associatif populaire spécifique formateur, les pyromanes se sont métamorphosés en pompiers. Une reconversion extrêmement chère payée par les clubs employeurs, fatalement mis en péril permanent par les premiers arroseurs d’eau , cédant leur poste aux seconds manipulateurs de briquets et vice versa, la belle affaire ! Cette nouvelle double qualification, pompier- pyromane – et – réciproquement a fait flores, alimentée par une stupidité accréditant l’existence de techniciens maudits frappés par la disgrâce ou au contraire, bénis le doigt pointé vers l’étoile du berger . En réalité des manipulateurs du verbe, exploitant ignorance et crédulité d’autrui, prodigues en critiques…d’après matches , maniant la dialectique bon marché, la mauvaise foi et l’exégèse de camelot toujours à leur avantage , bref en casting constant .
 
Pauvre football  réduit à une minable entreprise de mauvaise téléréalité !
 
Ceci étant, un autre élément redoutable, longtemps négligé s’oppose au redressement du football algérien: l’incompréhension de la problématique sociologique singulière, exclusive à l’origine de la réussite éclatante antérieure du football algérien.
 
Un simple exemple édifiant, le désordre, le gâchis et la démagogie qui président à l‘utilisation des stades réglementaires d’entraînements, dans les viviers traditionnels des grandes villes. Parce que c’est de là que l’essentiel émerge. Pour peu que les ignares comprennent par « viviers traditionnels»,  de quel phénomène il a pu s’agir. En effet le développement considérable de la population et, avec celui des prétendants à la pratique populaire du football, n’a pas été suivi de celui des infrastructures et pas seulement. Mais encore, tous les clubs de tout acabit, de toutes divisions, domiciliés dans les circonscriptions données, ont revendiqué et obtenu le plein droit d’utiliser les infrastructures existantes, gestion communale et électoraliste exige. Une sur occupation s’en est suivie, anarchique et inopérante dans les zones urbaines peuplées de haute tradition footballistique (hé oui ! une singularité algérienne déterminante de plus)  . Là où l’ordre sportif imposait jadis un ou deux clubs au maximum, utilisateurs prioritaires des terrains élémentaires  en toutes catégories. Là où il était d’usage simultanément, d’entreprendre et conduire naturellement à terme et avec succès, une politique intégrée, de formation incontournable, pratique, permanente précoce ; de manière systématique et à demeure, faut-il le souligner, au profit des jeunes localement concernés. S‘entraîner sur aire officielle de jeu, côtoyer les aînés modèles, vivre le concept sublimé d‘équipe, encore une autre particularité algérienne qui a contribué grandement à construire les plus grands clubs du pays, avant et après l’indépendance. Jusqu’au moment où la démagogie et confusion de genres se sont imposées à la discipline. Peut-on aujourd’hui réhabiliter cette règle essentielle de priorité ? Demander à tous les clubs et pratiquants absolument non concernés par le football de haute compétition, et surtout par la formation intégrée de la relève talentueuse juvénile, de libérer le peu de stades qui se prêtent à la spécialisation algérienne urbaine qui nous préoccupe et qui leur échappe ? Les associations sportives inaptes à la réalisation de ce travail ardu et d’exclusivité, limitées à la pratique de loisir ou découverte du foot, sauront sûrement se domicilier ailleurs sans grandes exigences, à la mesure de leurs autres missions culturelles et sportives. Si la sagacité des hauts responsables devait en convenir un jour, l’occasion serait sans doute propice à la mise en place de plans de développement de sports autres que le football. Et autrement qu‘aujourd’hui, afin de mettre un terme définitif à l’occupation préjudiciable des rares terrains servant par destination et nature, le haut niveau de pratique. Là où existent encore des aires préférentielles qu’il convient de réserver, à nouveau, exclusivement à l’usage des opérateurs productifs de talents précoces, précisément concernés.
 
S’opposent également au redressement du football algérien, les occupants ou squatters attitrés du système nourricier qui refusent farouchement toute refonte du mode actuel des compétitions. Sans doute parce que le bouleversement radical, qui impose pour un temps la remise à zéro des compteurs, ne manquera pas de porter atteinte aux situations professionnelles indues, acquises à la faveur particulière de la mécanique des championnats nationaux actuels,  dominés par la sur rémunération de la médiocrité, ou des confrontations continentales ruineuses collectionnant à la source, ratages héroïques  sur ratages glorifiés. Paradoxalement cette situation de régression constante, d’instabilité, de crise, a engendré une augmentation considérable de guérisseurs et d’effectifs pléthoriques débordants, des budgets faramineux de fonctionnement des associations et de leurs institutions. La raison ? L’absence de talents de relève faisant défaut, on s’organise avec pratiquement la même population de joueurs encore disponibles, vendant de plus en plus cher , leurs services même déclinants et des rêves débiles. C’est exactement le même phénomène qui distingue l’emploi des entraîneurs. La ferveur est donc manifeste à l’égard de la mécanique en place des championnats qui aboutit, chaque année, à la relégation des unes ou accession des autres associations, avec au bout du compte  le gain d’une manne financière considérable…dans tous les cas de figures . Personne, strictement personne, aujourd’hui embarqué dans ce manège de dupes ne consentirait à marquer une halte salutaire affectant le pognon.
 
Reste la mise en place de championnats à blanc, d’autorité, sur une durée minimum trois ans afin d’expurger tout le système de fond en comble, qui  nous parait constituer l‘unique solution de remise à pied d’‘œuvre des associations sportives qui n’existent plus en fait,  hors nouveaux propriétaires marchands de fans en foules . Avec le souci de se reconstruire fondamentalement, dans un climat de sérénité dépourvu des pressions insoutenables que constituent, depuis des décades, les sanctions couperets à très court terme des compétitions  (titres, relégation, accession, les tentations mercantiles, la gloriole, influences locales,  et les pires de leurs avatars).
 
Il y a aurait aussi matière à commentaire au sujet de l’immobilisme entretenu par les intrus qui utiliseraient, en l’état de déliquescence, le football comme tremplin visant des carrières de sinécure dans le giron des instances lointaines , et structures affiliées ou apparentées tous secteurs confondus, voire à échelle nationale extra sportive. Des intrus apparemment rôdés ailleurs dans l’art de l’intrigue dévastatrice, et qui auraient pu occuper, comme çà, des postes de décision et de pouvoir dans le football, bien que n’ayant jamais été en rapport direct actif avec les réalités concrètes de la construction du football algérien , à l’authentique. Et peu ou pas du tout en capacité de dominer en profondeur le moindre sujet concernant le redressement « sociologique »  qui s‘impose. Et que dire des faiseurs d’opinions attitrés, laudateurs et fouille-merde, qui portent la lourde responsabilité d’avoir au mieux confiné le football à une source de faits divers inintéressants, faisant abondamment dans le scoop de manière laxative. Pour le bonheur et le soulagement du sphincter d’un lectorat d’époque …..
 
Le football algérien peut-il aujourd’hui, in extremis s’engager dans la voie d’une reconstruction réelle et positive, fondée sur les spécificités algériennes, celles là  incontestablement à l’origine de la production extraordinaire de talents de valeur mondiale (années 1940/1980) ?  . In -extremis car que reste-t-il de l’exceptionnel patrimoine humain pouvant encore appréhender la question profonde de société et s’en préoccuper avec à-propos ?
 
In-extremis, car que peut-on encore récupérer pour s’en resservir utilement, de l’organisation structurelle qui a conditionné l’authenticité du football algérien, et sa productivité de très haute qualité. Qu’en reste-t-il aujourd’hui,  des années après la mise en place d’un processus de destruction  aveugle et irresponsable ?
 
Processus qui a laminé la production de talents avérés label « crus algériens »,  mais paradoxalement développé, autour de la pratique de terrain, des emplois à la pelle, qui ont évolué vers un corporatisme dangereux, coriace de voracité et de privilèges.
 
Agissant comme un poison ces corporatismes, dans un corps social  culturellement coupé de sa source d’existence, comme  la jeunesse bouillonnante  privée  d’espace de vie.
 
Des jeunes souvent  réduits à vociférer des refrains crétins  de gradins, de plus en plus crétins,  ou à revendiquer une identité de clubs en vue  ,qui n’existent  plus que dans l’imaginaire débridé des arracheurs de dents  plastronnant en tribune officielle , comme pour affirmer encore par là, une propriété inouïe  sur un bien social inestimable  ,
 
Or des gosses qui  ne jouent plus  à rien,  grandissent très mal, se réfugient   dans l’inconscience, le sale jeu de mains, la violence. 
 
Comme quoi le foot ce n’est pas une petite affaire de simple manipulation à tout prix,   n’importe comment ,  d’une humanité,  pauvre d’elle ,devenue  foultitude.
 
 
 
F/T

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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