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BD : les nouveaux modèles par Belkacem Ahcene-Djaballah

8 novembre 2013

Belkacem AHCENE DJABALLAH

Le Festival international de la Bande dessinée d’Algérie 2013 a fermé ses portes et il a connu un grand succès, cette année peut-être bien plus qu’auparavant. Mais, surtout auprès des jeunes … et des jeunes d’esprit. Car, ne dit-on pas que la bande dessinée est généralement destinée aux jeunes de 7 à 77 ans. En réalité, pas du tout ou plus du tout, l’ère Mickey étant bel et bien révolue ( ????) en Algérie. 

Trois remarques rapidement :

1/ Le marché de la bande dessinée algérienne (produite, importée ou/et traduite) reste encore largement francophone. Comme si l’image reste encore «interdite» (ou mal acceptée) dans une société arabo-musulmane… «bloquée» comme la nôtre, depuis quelque temps.

2/ Le marché est dominé par une nouvelle vague de jeunes qui penche beaucoup vers le manga (japonais, extrême oriental) et encore un peu vers la caricature (école franco-belge)…. Le style est plus accrocheur, assez irrespectueux des règles classiques du trait, du verbe, plus en phase avec les (dures) réalités socio-culturelles du pays, plus mondialisé, avec un côté nationaliste «naif» (les effets d’une certaine école !).

3/ Si le Fidba est un succès, la production algérienne reste limitée à 5 à 6 (encore petites) maisons d’édition nationales spécialisées et à 10 à 15 titres publiés annuellement (dont un magazine à succès), la plupart en français, l’arabe étant pratiqué surtout par l’Enag dans la foulée des re-éditions des productions de la défunte Sned.

La bande dessinée a-t-elle un avenir en Algérie ? Non, si l’on s’en tient au lectorat, peu nombreux, en dehors de la masse, qui se rétrécit de plus en plus vite, de francophones. Oui, si l’on s’en tient au développement quantitatif des nouvelles masses de consommateurs, les jeunes de 15-25 ans, arabophones d’abord, mais qui, à l’inverse de bien de leurs aînés, sont très, très «ouverts» sur la modernité et très critiques. La caricature de presse a ré-ouvert la voie. La bande dessinée va naturellement suivre … au fil des Fidba… à condition que le «plagiat», la «triche» et «le copiage» (à l’exemple du «premier prix» de l’affiche de la 6è édition) ne fasse pas ses ravages… comme ailleurs (Les effets d’un certain «bac» !)

L’AGE DE SE FAIRE TUER. La guerre d’Algérie à Paris.Récit historique en bandes dessinées de Désirée et Alain Frappier. Préface deBenjamin Stora. Editions Dalimen, Alger 2012. 136 pages, 500 dinars.

A travers une histoire (vraie) tragique par ses effets immédiats (la mort, au total, de 10 personnes dont 8 le 8 février 1962… les deux autres ayant souffert longtemps avant de décéder) et douloureuse par ses retombées psychologiques sur toute la frange progressiste de la population française métropolitaine de l’époque, surtout des jeunes, des étudiants et de lycéens et des travailleurs. Ils n’avaient pas accepté, avec, bien souvent leurs parents, les dérives des «socialistes» français qui avaient voté les «pouvoirs spéciaux» en Algérie et les massacres et les noyades, à Paris, d’Algériens manifestant pacifiquement le 17 octobre 1961. Ils ne voulaient pas servir sous l’uniforme, refusant de mener une guerre estimée totalement injuste contre le peuple algérien… L’histoire est vraie en ce sens qu’elle reprend ce qu’a vécue une rescapée du massacre de la bouche de métro Charonne : Maryse Douek, 17 ans, lycéenne, proche d’un «cercle antifasciste » créé par les élèves de son lycée (Sèvres), juive d’origine égyptienne, «apatride» car n’ayant pas encore la nationalité tout comme ses parents, des enseignants à qui d ‘ailleurs on avait refusé la nationalité … suite à la dénonciation d’un concierge les accusant de «communistes»… La manif’ de «défense républicaine» doit dénoncer «le danger fasciste» et les crimes de l’OAS qui se multipliaient

En face, Maurice Papon (toujours) aux commandes et des «forces de l’ordre» : des compagnies de district de la police parisienne qui savaient «y faire», habituées, dit-on, à la chasse aux «bougnoules», aux juifs et aux résistants anti-nazis, encadrés par des anciens collabos (que pouvait-on attendre d’un Papon ?), tous armés de «bidule» (un long gourdin de bois bien dur, sorte de manche de pioche, long de 1m et de 5 cm de diamètre, permettant de donner des coups mortels).

Six cadavres plus un blessé qui décèdera le lendemain. Deux autres manifestants tués à l’extérieur de la bouche de métro. Mardi 13 février : des funérailles silencieuses et garndioses suivies par 500 000 personnes. Grève générale. Quelques semaines après, c’est la conclusion des accords d’Evian. Le 5 juillet, l’Indépendance de l’Algérie.

Comme l’écrit le préfacier, Benjamin Stora, «durant de nombreuses années, la confusion était grande entre les massacres d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 et Charonne»… le second évènement ayant, peut-être, caché ou fait oublier l’autre… «Aujourd’hui, les deux dates sont liées entre l’immigration ouvrière algérienne et les militants en France qui ont refusé la guerre livrée en Algérie»

Avis : Des bulles, des dessins et du texte explicatif. Rien de tel pour expliquer l’Histoire aux grands… et aux plus jeunes. A largement sa place à l’école en classe de langues étrangères (français)

Extraits : «Par le combat inlassable mené par les enfants de l’immigration algérienne, la date du 17 octobre 61 a enfin une grande visibilité. Il faut maintenant que ces deux dates, 17 octobre 61 et 8 février 62, soient définitivement liées comme signe de fraternité entre l’immigration ouvrière algérienne et les militants en France qui ont refusé la guerre livrée en Algérie» (p 4, préface), «Je sens l’odeur du sang qui coule, la longueur du temps qui s’arrête… Mes bras qui sont ailleurs et mes jambes autre pat….» (p85)

A L’AUBE D’UN JOUR DE NOVEMBRE. Récit historique en bandes dessinées de Noureddine Hahemzizou. Enag Editions, Alger 2002 (publié par la Sned en 1981). 67 pages, 570 dinars

L’auteur, Hiahemzizou est un véritable dinosaure de la BD algérienne. Après avoir réalisé des affiches pour des films algériens, parmi les plus fameux, après avoir été assistant-décorateur dans le film Z…il commence sa véritable carrière de bédéiste en 1968 en publiant sa première œuvre dans Algérie Actualités… suivie d’un album, «Commando en mission». Un titre qui en dit long sur le futur itinéraire de l’artiste

Cela ne lui suffisait pas, puisqu’il fut aussi illustrateur, maquettiste de presse et secrétaire de rédaction dans plusieurs journaux. Il a même conçu des formules de quotidiens et d’hebdomadaires de la presse nationale. La suite est un long et riche fleuve tranquille de bédéiste-créatif. Mais, lui, c’est un classique. De la vieille école. Il se limite ou se suffit de sujets presque sérieux. Assez moralisateur. Le style des anciennes écoles. Mais, toujours un public et des succès.

Comme l’ouvrage présenté. Premier Novembre. Un grand défilé de l’ANP. Les souvenirs remontent chez un ancien de l’ALN qui raconte à son fils le courage et le sacrifice d’un héroïque combattant. Bien sûr, on peut trouver le sujet, le vocabulaire et le trait largement dépassés et presque incompréhensibles… par les très jeunes lecteurs. Rigoureux, précis, clair, concis. Une oeuvre qui correspondait parfaitement à l’ambiance de l’année de sa première édition : 1981.

Avis : Le premier âge de la BD ! N’empêche, le sujet comme le livre sont des classiques du genre et ils ont leurs places, toujours, chez les vieux comme chez les jeunes. Une leçon d’Histoire, ça se protège ! Bravo, l’Enag

Extraits : Aucun. De l’action, rien que de l’action ! Les héros étaient (alors, «jnanhoum» encore vert) jeunes.

LAABSTORE. Revue bimestrielle algérienne sur la bande dessinée. Z-Link Editions, Alger n°44/Juin-Juillet 2013. 46 pages, 200 dinars

Pour une belle revue, c’est une belle revue (base d’une maison d’édition spécialisée qui commence à avoir pignon sur rue) ! D’abord le titre… qui a su conjuguer, sans que le lecteur (adulte) ne s’en rende compte, le «jeu» (Laâb, en arabe) et la «boutique» (Store, en anglais). Il fallait le faire. Il fallait oser. Il fallait y penser. Mais ça, de nos jours, seuls les «gamins» ont des idées aussi innovantes.

Il est vrai que les gamins ont grandi. Ils en sont à leur 44 è n°, celui de juin/Juillet 2013 et à des dizaines d’albums écoulés sur le marché. Des tirages encore limités, mais assez prometteur dans un «souk» qui se cherche…et, on l’a dit plus haut, limité.

Contenant : des Unes en couleurs qui «accrochent», de la couleur et, surtout un dessin (style manga…. japonais, une école qui fait fureur, ayant largement débordé sur les ailes, et au centre, les écoles française et belge de la BD ) au trait «éclaté», dynamique, futuriste… trait permettant d’oser toutes les idées, de celles qui font frémir, à celles qui font rêver en passant par celles (et elles sont nombreuses) qui font fantasmer (belles jeunes filles et beaux gosses, tous amateurs d’arts martiaux et tous courageux face aux démons… ces derniers toujours moches et méchants).

Contenu : Des infos sur les nouvelles technologies (avec la liste des magasins de jeux vidéo en Algérie), des infos sur les événements d’actualité dans le domaine…. et des bandes dessinées contant des aventures (dont une de Matougui Fella avec des extraits d’une bande sur la Révolution). Lecture facile garantie, avec ses coups qui pleuvent et ses Zwop, Dasm, Arrrggh, Cnap, Oué Ha Ha Ha, Tshak, Vroo, Grr, Bam et autres Rrrr… accompagnant les bagarres. A couper le souffle… des quadras et autres quinquas et plus qui ne s’y retrouveront pas facilement… habitués qu’ils sont à Tintin, Spirou, Pif, Blek le Roc, Tarzan Zembla et autres Mickey. Cadeau de la maison : un poster 40X60.

Avis : Destinée aux 15-25 ans… et aux parents … en cachette. Pas de pub’… seulement une page (sponsorisée) – la 4 de couverture – de communication sociale sur la Journée internationale de l’enfance… et, en prime, un poster pour la chambre du petit.

Extraits : Aucun. De l’action, rien que de l’action ! Les héros sont jeunes.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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