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Pourquoi Bouteflika tient-il tant à rester au Pouvoir ? par Kamel Daoud

11 septembre 2013

Kamel Daoud

L’actualité étant alitée, occupons-nous d’une question qui a fini par devenir fascinante : Pourquoi Bouteflika tient-il tant à rester Président malgré son âge, ses chemises, sa maladie et les scandales de ses hommes proches ? Le roman du pouvoir étant toujours le mieux vendu dans le pays, l’interrogation a le même poids que  celle que se pose la Nasa ou la philosophie, genre «d’où venons-nous ?». 

Les réponses ? Diverses mais toujours insuffisantes, désormais presque épuisées, toujours à mi-chemin entre la spéculation, l’écume des jours et le café mauresque.

Selon les uns, si Bouteflika tient tellement au pouvoir qu’il dort avec, c’est à cause de 1978. A cette époque, Boumediene est mort mais c’est Bouteflika qui avait été enterré. De retour au pays qui le suppliait de rentrer durant les années 90, il s’est fixé comme but de mourir au pouvoir pour ne pas avoir à revivre l’humiliation d’il y a longtemps. Quand on quitte le Pouvoir selon le traumatisme de sa famille, c’est le déni des siens, les moqueries, les hommes qui se détournent de vous, la perte des avions et des prestiges, la cour des comptes et la meute des chiens. Autant y rester jusqu’à la mort. Le quatrième mandat, le septième, le mandat à vie et à mort est une question de vie et de mort, de survie familiale, d’immunité. La seconde piste est bien sur celle de la vengeance. Vingt ans de traversée de désert, ne peuvent être compensés et réparés que par vingt ans de pouvoir, au moins. Donc l’histoire ne peut être close sur un départ volontaire mais seulement sur un rappel par le Ciel. Bouteflika veut mourir comme Boumedienne et être enterré comme lui, selon cette thèse.

D’autres pistes ? Celle d’une conception féodale du nationalisme : sans moi c’est le déluge, cette terre sera recolonisée si ma génération disparaît, ce peuple «revendra» ce pays aux colons si on ne le surveille pas. Bien sûr il s’agit d’une autofiction commune à cette génération qui va en France, s’y soigne, méprise ce pays comme le faisait les colons et nourrit une théorie semblable à celle de «avant nous, cette terre était des marécages», remplacée par «sans nous, cette terre redeviendra dans les marécages». Cette génération que Bouteflika incarne se ment mais avec bonne foi parfois. Elle joue au «martyr» mais en restant vivante et vigilante sur ses pensions et ses médailles. Une autre piste est celle dite du «vide» : Bouteflika reste au pouvoir parce qu’il n’existe qu’un seul Bouteflika (même si c’est son frère).

Comprendre : si ce n’est pas lui, c’est qui ? Cette théorie est le fruit du vide que le régime a créé autour de lui. Bouteflika n’a pas d’enfants et donc nous et ce pays ne peuvent pas en avoir aussi selon cette piste. Bouteflika est au pouvoir par défaut, par «amour», par sacrifice en sous le statut d’intérimaire en attendant l’homme parfait. Rions là aussi.

Une autre explication est dite celle de la stabilité : si cet homme cède le pouvoir, il précipitera le pays dans le chaos. Cette théorie est celle dite du «consensus non encore dégagé». Bouteflika restera au pouvoir tant qu’on n’a pas dégagé un autre consensus autour d’une autre personne. Valable comme construction mais un peu insuffisante comme piste. L’homme a su «travailler» cette peur de soi qu’ont les gens qui décident et s’est imposé comme solution qui dure. Et, bien sûr, il reste la théorie de l’alimentation générale : Bouteflika est au Pouvoir parce que son portrait cache une vaste industrie de viande hachée, de prédation, de corruption. Beaucoup ont intérêt à ce qu’il dépasse l’âge des deux siècles si c’est possible car jamais on a aussi bien mangé et mâché depuis les pénuries des ronds à béton des années 80. C’est le hallali des quémandeurs du 4ème mandat. Là, le prénom est un système et le portrait de cet homme sert à donner une image à une bête diffuse.

Et en dernier du dernier, il y a la théorie internationale : vaut mieux un Bouteflika assis qu’un Moubarak allongé ou qu’un Kadhafi lynché. Surtout après le cas égyptien. Bouteflika est le général d’une armée morte mais il est le garant de stabilité régionale dans un endroit où il y a Allah, le pétrole, les fous, le sable et pas de but noble. C’est la théorie de la pakistanisation.

Et nous ? On ne s’appelle ni Saïd, ni Bouteflika et donc cela ne nous concerne pas. Ni le choix du Président, ni même le choix de ses curieuses chemises de convalescent. Dans sa bulle narcissique, l’homme est sûrement convaincu de son double statut de sauveur et de martyr. Dangereux mélange qui fait toujours prétendre à l’éternité.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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