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Egypte : une peur bleue d’un retour de manivelle par Reghis Rabah *

30 août 2013

Contributions

L’homme était une sommité presque inaccessible à tous, sauf aux célèbres prévenus et clients patentés des prétoires. Il faisait de la dérision, une stratégie de défense. Nous l’avions pourtant approché il y a quelques années…en avril 2010 

Selon des indiscrétions recueillies par des amis (balancées sur Twitter) de certains responsables de rang de chercheurs qui ont accepté de participer au gouvernement da transition en Egypte, le trio Al-Sissi, Ahmed Ibrahim et Hazem El Beblawi respectivement Ministre de la défense, ministre de l’intérieur et chef de gouvernement craignent énormément le retour de la légitimité. C’est la raison pour laquelle la gestion des membres du gouvernement se fait à la manière d’une omerta. A part ce trio, aucun des membres n’a le droit de s’adresser à toute personne étrangère à l’alliance qui a pris la décision encore une fois collégiale de disperser les deux maydeens de Rabiâa El Adaouia et El Nahdha. Tout membre qui d’une manière ou d’une autre se désolidarise de cette entreprise sera poursuivi pour haute trahison. C’est le cas d’El Baradei qui au lendemain de ces événements sanglants devait démissionner en évoquant des raisons de principes liées à son statut de prix Nobel de la paix. Comment se demandait-il dans sa lettre mon titre me permettrait-il d’être solidaire à une action de violence contre ce que je considère, des non violents ? Il est actuellement en fuite en Autriche mais reste en Egypte poursuivi pour haute trahison. Rappelons que l’évacuation des deux campements sus -cités, le mercredi 14 août a selon le ministère de la santé égyptien et non le ministre qu’on ne voit jamais, fait plus 638 mort, le vendredi d’après soit 16 août, ce chiffre est remonté à 811 pour boucler 1022 le vendredi 23 août considéré par la classe politique comme le moins sanglant. Selon ce même ministère, ce chiffre doit s’ajouter aux 846 morts du 25 janvier au 26 février 2011. Ce que certainement devait expliquer le ministre de la défense et vice-président égyptien le dimanche dernier à son homologue américain, Chuck Hagel pour justifier le recours à la résidence surveillée de Hosni Moubarak que le 30 août prochain se transforme en un 25 janvier 2011 ce qui n’arrange pas les affaires de l’alliance qui a pris la décision de destituer le président légitime Mohamed Morsi. Rappelons aussi que ce vendredi 30 août prochain, la confrérie ou du moins ce qui en reste a appelé à un vaste rassemblement contre ce qu’elle appelle un coup d’Etat militaire. En même temps d’autres organisations comme les jeunes du 6 avril, Tamarrod et d’autres ont appelé le même jour à un rassemblement, place Tahrir mais ils l’ont annulé sous prétexte d’éviter une confrontation avec l’autre pôle mais en réalité les uns et les autres qui ne sont pas encore sûrs, tentent de tester la force de mobilisation des frères musulmans. Cette alliance traîne dans sa démarche une crainte qui l’empêche d’avancer dans la feuille de route tracée et donne ainsi l’occasion aux différents membres de revoir leur position et demandent un débat pour lequel le terrain politique n’est pas encore prêt à le supporter. Par exemple, certains parties exigent carrément des élections présidentielles avant celle parlementaires pour raccourcir la période de transition d’autres voient une élection des deux instances le même jour. Aveuglée par cette peur d’être un jour sur les bancs d’accusé pour avoir pris la décision d’évacuer et de donner l’ordre á l’armée et la police de tirer sur des citoyens, les animateurs se noient dans un débat stérile qui ne leur permet pas d’avancer d’un iota. Pourtant les faits que voit le monde sont là :

Premier fait

Immédiatement après l’évacuation des deux Maydeens, le ministre de l’intérieur, Ahmed Ibrahim a réduit dans sa conférence de presse ce que l’opinion publique a pris pour une artillerie lourde que disposerait la confrérie à l’intérieur de ces deux sites à quelques armes blanches, fusils de chasse et surtout des bâtons. Ceci a ramené un journaliste du quotidien français le Monde de reposer la question au porte parole de la présidence égyptienne, Mustapha Hijazi de la présence d’armement signalé pourtant par le gouvernement de transition mais que la presse internationale n’a pas vu après l’évacuation le mercredi 14 août 2013. Le conférencier devait éviter consciemment ou inconsciemment cette question d’ordre capital promettant la remise d’un CD que personne n’a obtenu à ce jour. Le lendemain, le chef du gouvernement devait publiquement reconnaître que la décision d’évacuer Rabiâa El Adaouia et Al Nahdha était difficile mais qu’on est  » sorti de bon compte « . Pour lui plus de 700 égyptiens morts et des milliers de blessés dont de nombreux enfants de moins de 20 ans n’était rien par rapport à ce qu’il appelle une menace pour la sécurité nationale qu’aucun observateur n’a remarqué après cette offensive sanguinaire.

Deuxième fait

Une semaine après le « vendredi de la colère » qui a fait plus de 80 morts et 1 000 arrestations en Egypte, les Frères musulmans n’ont que peu mobilisé, en ce jour de prière hebdomadaire, contre le pouvoir militaire intérimaire, par crainte d’une nouvelle répression sanglante contre les partisans de la confrérie islamiste. Alors qu’ils avaient appelé à des manifestations de « millions » de personnes, seuls quelques milliers de manifestants ont répondu à l’appel. Les forces de l’ordre ont mis en place un dispositif de sécurité relativement discret en prévision des grands défilés annoncés dans 28 mosquées du Caire. Toutefois, certains partisans du président déchu Mohamed Morsi, destitué au début de juillet, se sont essayés à brandir son portrait dans la capitale, en scandant « non au coup d’Etat », mais la peur d’une riposte sanglante a empêché les rassemblements de grande ampleur pour cette « journée des martyrs ». Dans un quartier du vieux Caire, seules quelques dizaines d’islamistes, dont beaucoup de femmes, ont défilé. Donc tout le monde observe que la confrérie est à terre alors de quoi le pouvoir en place aura-t-il peur?

Troisième fait

Comment se demandent les observateurs politiques du monde entier y compris ceux américains plus particulièrement, le ministère égyptien de l’intérieur a pu dans ce climat explosif amené l’ex président Hosni Moubarak et ses fils jusqu’au tribunal pour un pourvoi en cassation alors qu’il se déclare dans un communiqué impuissant de le faire pour les leaders de la confrérie qu’un des chefs du Font National du Salut considère dorés et déjà comme une histoire ancienne. Si tel était le cas pourquoi reporter le procès Moubarak pour moins d’un mois c’est à dire au 15 septembre et celui de Mohamed Badie et ses lieutenants pour plus de deux mois soit le 29 octobre 2013 ? Au même temps le secret d’instruction n’a pu être gardé puisque le procès verbal de l’instruction du leader de la confrérie a pu être subtilisé et rendu publique par de nombreuse chaînes et radios internationaux malgré, d’abord l’état d’urgence et la forte présence en force de l’armée et de la police. On y apprend que le chef de la confrérie a été violenté lors de son arrestation jusqu`à perdre ses dents. Des rumeurs sortent de la prison où sont détenu plus d’un millier de frères musulmans dont les principaux leaders et font état de torture et d’enterrement collectif. Ils sont allés jusqu’à dire que les raisons de sécurité invoquées par le ministère de l’intérieur pour emmener Badie et ses lieutenants au tribunal sont fallacieuses. Après une torture, ils n’étaient pas dans un état présentable devant un juge et en public. N’est-ce pas un signe de d’effritement de l’alliance qui a donne le feu vert à l’armée pour commettre un acte peut être irréfléchi puisqu’il n’a pas convaincu la communauté internationale ?

Quatrième fait

Le gouvernement El Beblawi tente vainement de repousser le couvre feu d’une heure ou deux sans pour autant toucher la journée du vendredi. Pourquoi a-t-on peur de cette journée de prière si toutes les grandes mosquées sont fermées et les routes qui mènent vers les principales places de rassemblement sont barricadées ? S’agit-il de mesure pour calmer les grognes des commerçants qui trouvent que cet état d’urgence est extrêmement contre productif pour l’économie nationale. Des experts financiers égyptiens estiment un manque à gagner de 50 millions de livres égyptiennes par nuit. L’Etat pour y faire face aux conséquences économiques de cette mesure sécuritaire est obligé de s’endetter auprès des principales banques de près de 15 milliards de livre égyptiennes qui s’ajouteront aux 40 milliards de dollars dont le remboursement périodique s’accumule de jour en jour. Si ce que déclarent ces experts se confirme, cela signifie que les 15 milliards débloqués par les pays du Golf se sont déjà volatilisés pour l’entretien de ce climat fortement sécuritaire et que le chaos économique est pour cette fin du mois. Christine Lagarde vient d’évoquer le prêt de 4,8 milliards de dollars que le FMI doit consentir à l’Égypte mais juge les conditions non encore favorables pour sa concrétisation. Bien au contraire, tous les ingrédients sont réunis pour rapprocher l’Egypte tout près de la porte d’une guerre civile.

Cinquième fait

Les parties de l’alliance auront-ils oublié les 80 ans d’histoire de lutte entre Islamistes et armée?

Persuadés que l’Egypte pourra se débarrasser du colonialisme occidental si la société égyptienne se recentre sur ses valeurs musulmanes, les frères musulmans entendent islamiser le pays dans une optique de progrès et de renaissance arabe. Mais l’assassinat, en 1949, du guide suprême Hassan Al-Banna, grand-père du théologien Tariq Ramadan, marque un tournant. Désormais, les Frères optent pour la violence politique, et créent une branche armée secrète et clandestine. En ligne de mire, la puissance coloniale britannique et, bientôt, l’armée, qui réprime sévèrement le mouvement. Conséquence, l’organisation est interdite en 1948, puis dissoute en 1954. Sous Nasser, qui fut pourtant proche de la confrérie, la répression des Frères est meurtrière : les années 1960 sont sanglantes et marquées par une chasse aux sorcières .De ces années noires, ils tireront leur identité victimaire. La confrérie, qui entretient le mythe de la persécution, se fixe l’objectif politique de déloger les militaires, et de rétablir le pouvoir civil. Reconnue comme organisation religieuse en 1984 par Hosni Moubarak, elle présentera à chaque élection des candidats indépendants. Lors des élections législatives de 2005, les Frères musulmans deviennent la deuxième force politique, derrière le Parti national démocrate (PND) de Moubarak. Mais les élections de 2010, entachées de forts soupçons de fraude, voient le parti de Moubarak remporter 95 % des suffrages. Les Frères musulmans, qui boycotteront le 2e tour, perdent l’intégralité de leurs sièges lors de ces élections. Si la confrérie se montre discrète lors de la révolution qui fait tomber le régime d’Hosni Moubarak, elle parvient à s’imposer comme un acteur politique incontournable. Son émanation politique, le Parti de la justice et de la liberté, dirigé par Mohamed Morsi, est légalisée en 2011. Maintenant sur le plan purement juridique doit-on parler des frères musulmans ou d’un parti constitutionnellement fondé ? Combien même par autoritarisme on déclare ce parti  » terroriste « , on l’interdit mais on ne peut effacer les idées qu’il prône.

Sixième fait

La communauté internationale a bien analysé le conflit : seule une réconciliation nationale reste la clé d’une sortie de crise.

Ce n’est certainement pas en arrêtant un ou deux Syriens, un Afghan et même le frère du chef actuel d’El Qaida qu’on peut entraîner la communauté internationale dans le processus  » Egypt fighting terrorism « . Croire ou faire croire cela c’est se leurrer. L’Egypte est historiquement un acteur clé dans la crise au Moyen Orient. Les services de renseignement du monde occidental connaissent au moindre détail ce qui se passe réellement en Egypte et surtout les tenants et les aboutissants de ces événements. La question de qui a servi de couveuse au terrorisme est-ce le wahhabisme ou les frères musulmans est un vieux débat d’école qui ne convainc personne y compris les égyptiens eux même. Donc le terrorisme international existe avec ou sans l’Egypte. Ils connaissent parfaitement la position de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis, du Koweit et de la Jordanie vis -à vis du printemps arabe. Leur soutien au coup d’Etat militaire ne les étonne pas et surtout ne les trompe pas. C’est pour cette raison qu’elle recommande à l’unanimité des pays qui la compose la réconciliation nationale`au travers un dialogue inclusif et non exclusif. Pourquoi ? Et qui inclure ? D’abord le principal protagoniste : la confrérie des frères musulmans, c’est pour cela qu’il faudrait libérer ses leaders pour entamer ce dialogue. Ensuite la branche armée des Djihadistes, peut être que de cette discussion on comprendrait mieux leur motivation pour prendre les armes et leur poids réel dans la société égyptienne. Il se pourrait aussi que ceci n’a rien d’idéologique mais simplement lié à la marginalisation économique de la région du Sinaï de part sa position géographique névralgique au conflit Israélo -Palestinien. Il est clair que les médias obéissent à ceux qui les commanditent et El Djazira ne fait pas exception donc elle ment comme mentent les chaînes nationales égyptiennes. Mais les citoyens égyptiens ne sont pas dupes comme le pensent ou le laissent croire certains. Un professeur d’université aujourd’hui, retraité et âgé de 75 ans confiait à un journal français que pour lui la bonne information, il la détient des chaînes nationales en utilisant un coefficient multiplicateur variant de 0 à -1 mais jamais au dessus de zéro et il corrige ce qu’il entend ou voit. Il cite comme exemple la guerre de six jours, il a fallu attendre le sixième jour lorsqu’il ne reste plus rien à cacher pour que les égyptiens apprennent leur défaite par les juifs. Plus le temps passe, plus l’alliance dite de la légitimité populaire s’isole et s’engouffre dans ses propres contradictions et croie uniquement à son propre discours basé sur l’unique principe  » celui qui ne partage pas mes idée est mon ennemi « . Ce discours exclusif l’effrite progressivement. D’abord les frères musulmans, puis des figures de son propre rang comme El Baradei, Khaled Daoud, une grande partie des oulémas de la prestigieuses El Azhar, les journalistes, une partie de l’institution judiciaire et voilà maintenant des personnalités charismatiques. Est-il politiquement productif de s’attaquer à toute personnalité qui exprime une idée différente dans d’autres tribunes que celles égyptiennes et de l’accuser de complicité de déstabilisation avec le pays qui lui ouvre cette tribune contre l’Égypte. (El Qaradaoui, Khaled Daoud, Hatem Azam, Djouad et 17 autres.)

Septième fait

L’échec des frères musulmans n’est pas généralisable. Il n’y a rien à dire en une année de gestion, les frères musulmans ont économiquement échoué parce que le président élu par les urnes n’a pas pu s’affranchir de ses convictions idéologiques. Il n’a pas été pragmatique et n’a laissé aucune marge au sens de responsabilité. Ils doivent aussi comprendre qu’ils viennent de rater une chance historique de mettre en œuvre les jalons d’une vraie démocratie dans un monde arabe. Les frères musulmans ont fait une lecture erronée des messages populaires de la révolution du 25 janvier 2011 parce qu’ils se sont confinés dans leurs propres convictions parfois instinctives. Leur façon d’exercer le pouvoir ne diffère guerre de celle de l’armée ce qui les a éloigné de toutes les forces politiques présentes en Egypte notamment les coptes et les jeunes laïcs qui ont pourtant fait confiance à Morsi. Les frères musulmans ont réussi une seule chose, celle de mettre tout le monde contre eux. Cependant, contrairement à l’idée Salafiste des années 90 en Algérie durant laquelle, le discours considérait la démocratie comme un péché mortel, justifie le recours aux armes contre les impies et exige l’application de la chari’a. Les frères musulmans que ce soit en Egypte ou en Tunisie encouragent les urnes ce qui est un pas énorme vers la démocratie. C’est cet actif important chez la confrérie qu’il faudrait fructifier dans le monde arabe en jouant le jeu démocratique en toute transparence. L’échec des frères musulmans en Egypte reste spécifique à leur environnement propre à la fois, économique, politique, social, sociologique et sociétal. Rien ne permet au raccourci pour le généraliser dans d’autres pays du moins pour le moment. Il y a le modèle turc qui malgré quelques perturbations réussi bien. Il ne faut pas oublier l’Indonésie, la Tunisie et d’autres suivront certainement.

* Consultant et Economiste Pétrolier

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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