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Incorrigible Houellebecq

20 août 2013

Ahmed Ben Alam

Incorrigible Houellebecq dans Ahmed Ben Alam michel-houellebecq-biographie-241x300

Samedi 20 Août 2005

Par Ahmed BEN ALAM

On ne connaissait de ce côté de la Méditerranée de Michel Houellebecq que son inacceptable boutade de 2001: «L´islam est la religion la plus conne !», provoquant à juste titre la colère des musulmans du monde entier, et pour laquelle un procès lui fut intenté.
Il est pourtant un écrivain à succès qu´un éditeur (Fayard, filiale d´Hachette) vient de racheter comme on le fait pour un joueur de football. A prix fort. Son dernier roman, qui sera mis sur le marché vers la fin août, et dont certains journalistes de l´Hexagone ont pu obtenir une copie, a été tiré à 200.000 exemplaires; quittant déjà le politiquement incorrect de Sartre, auquel il fut comparé, pour le commercialement correct d´Harry Potter. Ne fut-il pas fièrement exhibé par le patron d´Hachette, Jean Luc Lagardère, devant les médias et le Tout-Paris.
D´abord qui est Michel Houellebecq? Sa biographie officielle (car il y en a une d´officieuse) dit qu´il né le 26 février 1958 à la Réunion. Son père, guide de haute montagne, et sa mère, médecin anesthésiste, se désintéressent très vite de son existence.
Ce qui fait qu´il sera élevé par sa grand-mère, communiste, dont il adoptera le nom. Constatant ses capacités de réflexion et sa puissance d´analyse, nous dit toujours sa biographie, ses camarades, vers seize ans, le surnomment Einstein, l´âge où il décou-vre Lovecraft, auteur de science fiction, et où il lance sa première boutade: «Je ne participe jamais à ce qui m´entoure, je ne suis nulle part à ma place». Voilà, le décor est planté.
Et maintenant, quel est le sujet de ce roman de science-fiction qui défraie déjà la chronique avant même sa parution, et auquel les spécialistes prédisent le prix Goncourt 2005?
Houellebecq aborde à sa manière le problème du clonage humain. Le roman est le récit de Daniel 1, découvert et lu, deux mille ans plus tard, par Daniel 24, puis Daniel 25, ses lointains clones, qui le commentent, alors qu´une catastrophe nucléaire a depuis longtemps détruit la planète terre. Il y a donc dans ce livre une odeur de soufre et d´apocalypse. Une telle trame permet à l´auteur d´aborder de front et pèle-mêle tous les sujets qui fâchent: sexualité, sectes, immigration … On raconte même qu´il aurait fréquenté pendant quelque temps le gourou de la secte Raëlienne (son personnage Daniel est lui membre de la «secte des Elohimite.»
En fait, la polémique a déjà commencé entre ceux qui pensent que Houellebecq est le Balzac de sa génération, et les autres qui ne voient en lui qu´un provocateur, doué d´un très bon sens des affaires, en partant de l´idée que la provoc ça paie toujours et que ça fabrique des best-sellers. Du reste, le roman est lancé en « Eurovision » puisqu´il sera tiré en même temps dans plusieurs pays d´Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie et Pays-Bas) ayant déjà été traduit dans quinze langues. Même les éditeurs américains s´intéressent à ce Harry Potter français, le seul depuis l´amant de Marguerite Duras.
Bien avant sa parution, les grands titres que sont le Nouvel Observateur, Le Monde ou France 2 s´apprêtent à distiller des bonnes feuilles du livre et des interviews du maître, un plan média digne de la gauche caviar.
Elevé par une grand-mère communiste, qui n ´arrêtait pas d´affirmer ses opinions tiers- mondistes, Houellebecq naffirme pour sa part que des opinions frisant parfois le racisme, comme sa sortie sur l´Islam en 2001.

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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3 Réponses à “Incorrigible Houellebecq”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Houellebecq : «Mon chien a partagé ma vie»

    Juré du Prix littéraire 30 millions d’amis, l’auteur de La Carte et le territoire, prix Goncourt 2010, parle de son chien disparu et explique pourquoi il aime les animaux.

    Le Figaro – Vous avez la réputation d ‘être quelqu’un de farouche. Pourquoi avez-vous accepté de rejoindre ce jury littéraire?
    Michel Houellebecq – (Il réfléchit) Parce que j’aime vraiment les animaux. Et puis ça m’intéressait de lire des livres animaliers. Ça ne me serait jamais venu à l’idée avant.

    Qu’avez-vous pensé du livre d’Erwann Créac’h qui a reçu le prix?
    C’est une série de nouvelles avec un personnage récurrent, un vétérinaire urgentiste qui intervient chez les gens. Il découvre l’animal et en même temps son contexte familial. C’est une traversée de la société vue par le filtre de l’animal. Chaque personnage a une relation particulière avec son animal. Mais leur réaction face à la maladie est identique. La maladie et la mort nous égalisent.
    Vous-même, vous avez perdu votre chien Clément au printemps…
    Clément a partagé ma vie. C’était un animal assez timide. Parfois, il restait enfermé derrière une porte pendant des heures sans appeler. Un humain ne ferait jamais ça, il crierait. Je trouve ça très émouvant, cette façon d’attendre, cette confiance. Le chien dépose sa vie entre vos mains. Il vous rend totalement responsable de sa survie. L’enfant aussi. Mais l’enfant n’a pas le choix. Le chien se donne librement. Il a une confiance totale. Les humains ne font pas ça. Mais on a aussi des points communs avec les animaux, sexuellement par exemple. Nous sommes des animaux.
    Est-ce que vous pourriez adopter un autre chien?
    Le temps de deuil peut-être plus ou moins long. Pour le moment, c’est hors de question. Mais je changerai dans quelques années sans doute, comme tout le monde. Il n’y a pas de raison que je fasse exception.
    Avez-vous déjà pensé écrire un roman dont le narrateur serait un animal?
    Quand je vois les chiens attachés à l’entrée des supermarchés et qui attendent leur maître, je me demande comment ils voient les passants qui entrent et sortent. C’est difficile à faire mais c’est intéressant de s’entraîner à avoir leur regard, à éprouver ce qu’ils ressentent en voyant les humains s’agiter. Il y a beaucoup de choses que les animaux ne comprennent pas. Pour écrire, il faut être comme ça, dans un état de semi compréhension. C’est un état d’esprit poétique. En étant séparé, on voit les choses de façon un peu étrange. Dans le meilleur des cas, je me sens comme ça, loin de l’humanité.
    Quels sont vos animaux préférés?
    J’aime beaucoup d’animaux. Mais il n’y en a pas beaucoup qui peuvent être des animaux domestiques. Par exemple, j’aime beaucoup les cochons mais ce serait trop compliqué d’adopter un cochon. Pourtant, ce sont des animaux qui gagnent à être connus.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Les animaux ont aussi leur Goncourt

    Dit Goncourt des animaux, le Prix littéraire 30 millions d’amis a été remis mercredi au restaurant Drouant à Erwann Creac’h, en présence de Michel Houellebecq, membre du jury.

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    Il y a un an, Michel Houellebecq avait reçu le prix Goncourt pour La Carte et le territoire. Une horde de caméras et de photographes l’avait assailli dans le salon où siège le jury, au premier étage du restaurant chez Drouant. Mercredi, on a retrouvé l’écrivain dans le même salon mais dans une atmosphère plus intime et chaleureuse. Il siégeait cette fois comme juré pour le Prix littéraire 30 millions d’amis, dit le Goncourt des animaux. Lui si farouche d’habitude a accepté d’être membre de ce jury en même temps que Jean Loup Dabadie, de l’Académie française.
    Ils ont rejoint une assemblée prestigieuse, qui compte deux académiciens Goncourt, Didier Decoin et Robert Sabatier, un académicien français, Frédéric Vitoux et d’autres célébrités, Didier Van Cauwelaert, Annie Duperey, Irène Frain, entre autres. Cette année, ces écrivains toqués des bêtes ont récompensé Erwann Creac’h pour son recueil de nouvelles, intitulé Carnivores domestiques, dont le personnage récurrent est un vétérinaire urgentiste qui intervient au domicile de ses patients et les opère sur place. Un livre qui en dit autant sur les animaux que sur leurs maîtres.
    À 15 heures, les délibérations se terminent enfin, avec plus d’une heure de retard. Que s’est-il passé? Y avait-il un grave désaccord entre les jurés? Le très distingué Frédéric Vitoux nous détrompe: «Pas du tout. On a chanté pendant la moitié du déjeuner des chansons du répertoire de Dabadie et d’autres encore !» Il y eut néanmoins, rapporte Irène Frain, un grand moment d’émotion lorsqu’il fut question d’un des livres en lice, Sur la mort d’un chien de Jean Grenier, un classique de la littérature réédité récemment dans la collection Imaginaire de Gallimard. En effet, au printemps dernier, Michel Houellebecq a perdu son chien, Clément, bien connu de ses lecteurs. Irène Frain remarque: «En plus, c’est la saint Clément aujourd’hui.»
    Didier Decoin et Didier Van Cauwelaert sont lancés dans une grande conversation sur leur chat respectif. Ils rivalisent d’anecdotes drôles ou attendrissantes. On dirait des mères de famille dans un square, qui échangent les bons mots et les frasques de leurs enfants. «J’ai eu un chat pendant très longtemps. Il m’avait choisi, il était arrivé chez moi, tout maigre, tout pelé. C’était le chat de ma vie. Il restait à côté de moi pendant que j’écrivais, allongé sur le tas de feuilles de papier», raconte Decoin. Celui de Van Cauwelaert est un chat squatteur, qui a élu domicile chez lui et se trempe les pattes dans la boue pour gratter à la vitre quand le romancier tarde à lui ouvrir la fenêtre. Decoin cite l’écrivain fétiche de Michel Houellebecq, H.P. Lovecraft: toute personne qui fait un geste amical à un chat est protégée contre les cauchemars.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    ENTRETIEN
    Michel Houellebecq
    Par Didier Sénécal (Lire) (Lire), publié le 01/09/2001

    Son nouveau roman va encore faire grincer des dents… Cinglant à contre-courant des modes et du politiquement correct, ce navigateur en eaux troubles, admirateur de Baudelaire, Balzac, Dostoïevski, adore provoquer les foules.

    En septembre 1998, un écrivain jusqu’alors assez confidentiel posait en couverture de Lire: Michel Houellebecq. On connaît la suite… Les particules élémentaires ont fait couler beaucoup d’encre, en France comme dans les vingt-cinq pays où elles ont été traduites. Leur auteur a été qualifié de nouveau Céline, mais aussi de provocateur ou de pitoyable obsédé sexuel. Barbotant dans les polémiques comme un poisson dans l’eau, Houellebecq ne s’est pas endormi sur ses lauriers. Il a beaucoup voyagé, publié plusieurs ouvrages et confectionné un nouveau cocktail incendiaire, ironiquement intitulé Plateforme.

    Ce roman ultracontemporain a pour fil directeur les amours d’un comptable du ministère de la Culture et d’une cadre supérieure dans un grand groupe hôtelier. Hélas! au lieu de roucouler entre les boîtes S/M et les clubs échangistes, les deux tourtereaux ont la funeste idée de développer une chaîne internationale de villages de vacances sexuelles… On n’ose dresser la liste des ennemis que Houellebecq va réussir à s’attirer en 370 pages: adversaires de la prostitution, féministes, associations caritatives, droits-de-l’hommistes, musulmans, sans compter une brochette d’organes de presse et d’éditorialistes nommément désignés…

    Autant de sujets abordés avec lui dans son hôtel du quartier des Halles, à Paris (il y a ses habitudes parce que les salles de bains sont équipées de jets de vapeur…), puis dans un restaurant voisin. Fumant comme un sapeur, buvant comme un trou, il tient paisiblement des propos scandaleux. Il parle aussi volontiers de Schopenhauer et de Kant, ses maîtres à penser, que des émissions de télévision les plus ineptes. Et il décrit notre monde moderne, glacé, inhumain, tel qu’il l’observe depuis l’île irlandaise où il s’est reconstitué un univers avec sa femme et son chien. Sa vision des choses n’appartient qu’à lui, il revient de manière obsessionnelle sur un certain nombre de thèmes, et il est incapable d’aborder le sujet le plus banal sans y mettre un brin d’originalité et une incroyable franchise. C’est pourquoi, en écoutant ses réponses bredouillées, entrecoupées de « bof », de « euh » et de « oui, oui », l’interviewer a l’impression de sortir du journalisme littéraire habituel pour s’immiscer sur la pointe des pieds dans l’histoire littéraire.
    Le succès monstrueux des Particules élémentaires ne vous a pas écrasé? Vous n’avez pas eu de mal à vous remettre au travail?
    Michel Houellebecq. Euh… Euh… Normalement ça aurait dû… Mais non, ça ne m’a pas paralysé. Je me suis remis à écrire quand je l’ai décidé. C’était au tout début 2000, à l’occasion d’un séjour en Thaïlande. En fait, je ne me déplace pas spécialement pour écrire… j’écris sur des endroits où je suis déjà allé avant. Je ne sais même pas à quoi ça me sert d’y retourner, puisque je ne visite rien. Je ne sors pas de ma chambre. Mais le fait d’être sur place m’aide… Il y a un dépaysement fort, une relativisation certaine des enjeux.
    Aujourd’hui, avec votre notoriété, vous ne pouvez plus vous inscrire dans un voyage organisé comme celui que vous décrivez dans Plateforme.
    M.H. Si, je vais retourner dans un club Eldorador la semaine prochaine… mais je pense que ce sera la dernière fois. Effectivement, il arrive que des touristes me reconnaissent à l’étranger. Ça me surprend toujours… Je ne dois pas avoir une mémoire visuelle extrêmement forte. Ma femme reconnaît souvent des acteurs dans la rue. Moi, jamais. La seule personne que je reconnaisse, c’est Patrick Poivre d’Arvor. Mais je m’aperçois que la plupart des gens sont plus doués que moi. Enfin… ça va… ça reste à un niveau raisonnable.
    Quoi qu’il en soit, vous allez désormais avoir du mal à observer les gens autour de vous, à noter leurs conversations. Vous n’êtes plus protégé par l’anonymat.
    M.H. Oui… C’est peut-être pour ça que je suis obligé d’écrire des livres qui se passent à l’étranger. C’est une raison mesquine, mais réelle.
    Plateforme, donc, est situé en partie à l’étranger et traite à la fois du tourisme sexuel et de l’Islam. Vous cherchez franchement les sujets qui fâchent?
    M.H. Je ne les cherche pas, je tombe dessus. A l’intersection de ces deux sujets, il y a quelque chose qui m’a beaucoup frappé: c’est de voir des touristes arabes à Bangkok. Je ne m’y attendais pas du tout… Je m’imaginais bêtement que les musulmans étaient tous de bons musulmans. Quand on parle de l’Islam, on pense toujours au sort des femmes. Et tout à coup je me suis aperçu qu’il y avait aussi beaucoup d’hommes qui se faisaient horriblement chier dans les pays arabes. Contrairement à l’image qu’on en a, beaucoup d’entre eux n’ont pas la foi et vivent dans la plus totale hypocrisie. Quand ils viennent en Thaïlande, ils sont encore beaucoup plus frénétiques que les Occidentaux dans leur quête du plaisir. Ça a été le point générateur du livre.
    Et puis je me faisais une idée tout à fait fausse du tourisme sexuel. Je croyais que c’était surtout de gros Allemands âgés, et j’ai découvert qu’il y avait beaucoup d’Anglo-Saxons jeunes. J’ai eu une espèce d’intuition… à savoir que pour les Anglo-Saxons, la sexualité est une activité réservée aux vacances. Le reste de l’année ils travaillent beaucoup… ils n’ont pas le temps… et puis c’est trop difficile avec les Anglo-Saxonnes. Elles sont tellement chiantes, tellement compliquées. Si ces gens n’arrivent plus à faire l’amour, c’est parce qu’ils sont trop prisonniers de leur individualité. Un élément de méfiance s’est installé, et avec lui une espèce d’impossibilité.
    Il y a trois ans, lors de la sortie des Particules élémentaires, vous aviez pourtant déclaré à Lire que vous en aviez fini avec le sexe.
    M.H. Ah oui? Eh bien je m’étais trompé… C’est un peu dommage, parce que je comptais vous dire la même chose cette fois-ci!
    Le sexe, en somme, est votre marque de fabrique? Et vous, vous réussissez à faire scandale, bien que les notations d’une extrême crudité soient devenues monnaie courante dans les romans français? Comment faites-vous?
    M.H. J’ai une hypothèse immodeste: je suis meilleur que les autres dans les scènes de sexe. Les miennes paraissent plus vraies. A mon avis, c’est lié au fait que je décris les sensations et les émotions, alors que les autres se contentent de nommer différents actes. Chez mes collègues, c’est plus fantasmatique. Chez moi, on a une impression de réalité retranscrite.
    En général, ce sont les femmes que vous choquez le plus. Est-ce dû à votre approche masculine de la sexualité?
    M.H. Euh… Je crois que les femmes sont plus faciles à choquer, de toute façon.
    Au fond, vous êtes un provocateur?
    M.H. Je ne sais pas si c’est une bonne chose de choquer… En tout cas, c’est une source d’emmerdements. Mais je me suis plutôt calmé…
    Vous trouvez! Plateforme est tout de même une apologie de la prostitution!
    M.H. Ah oui! Mais ça, j’assume à fond parce que je sais que j’ai raison. La prostitution, je trouve ça très bien. Ce n’est pas si mal payé, comme métier… En Thaïlande, c’est une profession honorable. Elles sont gentilles, elles donnent du plaisir à leurs clients, elles s’occupent bien de leurs parents. En France, je sais bien qu’il y a des oppositions, mais je suis pour une organisation rationnelle de la chose, un peu comme en Allemagne et surtout en Hollande. A mon avis, la France a une attitude stupide.
    Vous êtes tout de même partisan de certaines barrières? Contre la pédophilie, par exemple?
    M.H. Oui, oui, bien sûr. Je n’ai jamais été pour. Mais j’ai pourtant bien cherché en Thaïlande, et je n’ai rien trouvé. Je crois d’ailleurs que le pays n’est pas conseillé aux pédophiles, ou qu’il ne l’est plus.
    Les massages thaïlandais sont un moyen d’analyser ce que vous appelez la « névrose occidentale ». Michel, votre personnage principal, parle à un moment de son « immense mépris pour l’Occident ».
    M.H. C’est ce que je ressens depuis deux ans… Ça m’a pris d’un seul coup. En observant le tourisme sexuel en Thaïlande, compte tenu de l’opprobre qui entoure cette activité en Europe, on se dit que les Occidentaux sont vraiment des cons!
    Pour l’Islam, ce n’est plus du mépris que vous exprimez, mais de la haine?
    M.H. Oui, oui, on peut parler de haine.
    Est-ce lié au fait que votre mère s’est convertie à l’islam?
    M.H. Pas tant que ça, parce que je ne l’ai jamais prise au sérieux. C’était le dernier moyen qu’elle avait trouvé pour emmerder le monde après une série d’expériences tout aussi ridicules. Non, j’ai eu une espèce de révélation négative dans le Sinaï, là où Moïse a reçu les Dix Commandements… subitement j’ai éprouvé un rejet total pour les monothéismes. Dans ce paysage très minéral, très inspirant, je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d’un crétin, je ne trouvais pas d’autre mot. Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré! La Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire… ce qui peut excuser beaucoup de choses. Du coup, j’ai une sympathie résiduelle pour le catholicisme, à cause de son aspect polythéiste. Et puis il y a toutes ces églises, ces vitraux, ces peintures, ces sculptures…
    Votre personnage principal en arrive à prononcer cette phrase: « Chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme… »
    M.H. La vengeance est un sentiment que je n’ai jamais eu l’occasion d’éprouver. Mais dans la situation où il se trouve, il est normal que Michel ait envie qu’on tue le plus de musulmans possible… Oui… oui, ça existe, la vengeance. L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. A long terme, la vérité triomphe. D’autre part, l’Islam est miné de l’intérieur par le capitalisme. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam.
    Vous n’avez donc aucune aspiration spirituelle?
    M.H. Honnêtement, le désir de transcendance ne doit pas être très violent chez moi. J’ai été fortement marqué par ma formation scientifique. Je crois à l’importance de la preuve.
    L’explication scientifique des mystères de la vie vous suffit?
    M.H. Elle est désagréable, mais elle est tellement convaincante. D’ailleurs, mes romans ont en commun avec la méthode scientifique leur côté expérimental. Mes personnages sont un peu des expériences que je fais avec mon cerveau, il y en a qui marchent, qui se développent bien, et d’autres qui ne marchent pas. Là, dans ce roman, je trouve que Valérie est plus intéressante que les autres. Je l’aime… j’ai eu beaucoup de mal à la quitter…
    Valérie et tous vos personnages sont des gens ordinaires, des salariés comme il y en a des millions en France.
    M.H. Les gens que j’ai fréquentés depuis que je suis devenu connu m’ont moins intéressé que les gens moyens. De toute façon, même si j’avais eu envie d’écrire sur le monde fashion, Bret Easton Ellis m’en aurait détourné. Il a fait ça très bien, ce n’est pas la peine que je répète la même chose. De même, je ne me suis jamais passionné pour les marginaux. A mon avis, c’est une insuffisance de ma part: un écrivain idéal, comme Balzac, va partout. Mais… mais… à un moment donné, il m’a paru spécialement opportun de m’intéresser aux classes moyennes. Age moyen, situation sociale moyenne… Une opinion majoritaire me paraît toujours intéressante, quelle qu’elle soit. Dès que je vois un sondage avec des pourcentages, je saute dessus! C’est presque une maladie, quoi…
    On a du mal à vous croire quand vous écrivez: « Les questions politiques [...] ne sont pas mon fait. » Non seulement vous prenez systématiquement le contrepied des idées dominantes, mais vous attaquez nommément certains journalistes.
    M.H. Cela va dans le sens de l’effet de réel, que j’ai énormément travaillé dans ce bouquin. J’adore quand Dostoïevski mentionne tel ou tel publiciste complètement oublié dans ses romans. J’aime beaucoup lire les notes en fin de chapitre, j’ai l’impression de plonger dans un univers que je ne connaîtrai jamais: la Russie en 1864.
    Et puis, c’est vrai, j’aime bien me foutre de la gueule de certains journaux… Au nom de quoi les journalistes de gauche peuvent-ils parler de politique, eux qui n’ont jamais rien produit? Ils ne savent rien faire, ils sont incapables de fabriquer une table. Leurs positions politiques sont non seulement ridicules mais agaçantes.
    On peut donc vous classer à droite?
    M.H. Oh non… Je ne me sens pas non plus de droite, parce que les gens de droite que j’ai rencontrés ne m’ont pas convaincu du bien-fondé de leur supériorité naturelle. Enfin… je suis peut-être de droite au fond. Mais je la trouve trop insolente avec les producteurs. Je n’ai jamais vraiment dépassé cette constatation qu’il y a des gens qui travaillent et d’autres qui ne font rien.
    Tout de même, vous tapez davantage sur les idées de gauche que sur les idées de droite.
    M.H. Mais il n’y a pas d’idées de droite!
    Vous écrivez aussi: « L’humanitaire me dégoûte. »
    M.H. Bien sûr qu’il y a des victimes dans les conflits du tiers monde, mais ce sont elles qui les provoquent. Si ça les amuse de s’étriper, ces pauvres cons, qu’on les laisse s’étriper. Les nationalistes sont des primates. Si les gens sont suffisamment cons pour rêver à une Grande Serbie, qu’ils meurent, c’est ce qu’ils ont de mieux à faire. Et les coupables ne sont pas les dictateurs, ce sont les individus de base qui ne pensent qu’à se battre. Ils aiment avoir un fusil entre les mains, ils aiment tuer, ils sont mauvais. Quelqu’un qui prend une arme pour défendre une cause, quelle qu’elle soit, me paraît essentiellement méprisable. J’ai une grande admiration pour les Thaïs qui ont évité de se mêler de toutes les guerres qui les entouraient.
    Parfois, il faut bien se défendre?
    M.H. Moi, je dirais non. Enfin, oui… oui… il faut bien se défendre. Mais aucun belligérant n’aura jamais ma sympathie. Il y a chez eux un tel plaisir de tuer. Ils sont essentiellement grotesques.
    Quand vous décrivez la violence des banlieues, et en particulier la ville nouvelle d’Evry, cernée par des hordes de barbares, vous tenez un discours « sécuritaire ».
    M.H. Oh ça, ce n’est pas nouveau… c’est mon côté chevénementiste! Evidemment que la police doit agir quand des gens ont un comportement qui n’est pas conforme à la morale. Le maintien de l’ordre est une chose normale. Il n’y a pas de raison d’être menacé dans la vie quotidienne. Dans le roman il y a cet aphorisme que j’aime bien: « La gendarmerie est un humanisme. » Cela dit, je ne suis pas très répressif, comme garçon. L’abolition de la peine de mort, c’est plutôt bien… mais je n’en fais pas une question de principe.
    Partagez-vous l’admiration des Français pour le général de Gaulle?
    M.H. Euh… quand j’étais jeune, il m’énervait beaucoup. Non… finalement… j’ai plus de sympathie pour Pétain! Je trouve ça facile d’aller faire le malin à Londres sans affronter les difficultés réelles du pays. Je n’aurais certainement pas été collaborateur, mais pas du tout pour des raisons idéologiques. La moitié de mes amis sont juifs, et je pense qu’il en aurait été de même à l’époque, parce que les juifs sont plus intelligents et plus intéressants que la moyenne. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais c’est comme ça. Non, au fond, je crois que j’aurais été un collaborateur essayant de sauver des juifs, mais je n’aurais pas été à l’aise… Je ne suis pas plus courageux que les autres… même plutôt moins.
    On croise beaucoup d’Allemands dans Plateforme, comme dans Lanzarote, le récit que vous avez publié l’an dernier. On dirait que c’est le peuple qui vous est le plus sympathique?
    M.H. Oui… oui… nettement. Ils sont vraiment intéressants. Ce sont les plus tristes, ce qui doit sans doute dater du nazisme. Je vais employer un cliché, mais après tout les clichés sont souvent vrais: il y a chez les Allemands une réelle inquiétude métaphysique à laquelle je suis sensible, jointe, ce qui est moins connu, à un réel goût pour la vie. Ils sont très sexuels, mais pas égrillards. C’est quelque chose qui m’a toujours exaspéré chez les Français: cette passion pour les conversations sexuelles. Les Allemands agissent plus.
    Ah bon?
    M.H. Si, si, croyez-moi! Et puis ils aiment beaucoup rire. Ils n’ont pas d’humour du tout, mais ils ont une tradition burlesque. En discutant avec eux, j’ai des bribes d’allemand qui me reviennent. C’était ma première langue au lycée, mais j’ai arrêté pour les mêmes raisons que tout le monde: il faut bien dire que ça ne sert à rien. Enfin… oui, j’ai un goût pour l’Allemagne… et ils me le rendent bien, d’ailleurs.
    Vous les préférez aux Français?
    M.H. Bof… oui… Les Français m’énervent un peu avec leur volonté d’être à la mode. En fait, je trouve qu’ils sont encore plus soumis aux Américains que les autres pays d’Europe. Par exemple, j’ai été frappé de voir que les élections américaines… Bush-Gore… étaient beaucoup plus couvertes en France qu’en Irlande, alors que les Irlandais ont tous de la famille là-bas. Les Français se comportent vraiment comme les valets d’une portion de l’Empire. Une autre initiative m’a plongé dans la stupéfaction: ces pétitions faites en France contre la peine de mort aux Etats-Unis. C’est hallucinant! Les Français sont si vaniteux qu’ils ne veulent pas être en dehors de ce qui se passe, et aujourd’hui tout se passe aux Etats-Unis.
    Vous n’avez pas l’air d’apprécier ce pays! Pourtant, on vous imagine assez bien leur consacrer un roman.
    M.H. Oui, je m’imagine bien aussi. Si j’étais courageux, effectivement, j’irais vivre aux Etats-Unis puisque c’est le pays qui me déplaît le plus. C’est très désagréable… je m’y sens mal tout le temps. Mais vous avez raison. Après l’Irlande, j’irai peut-être m’installer à Los Angeles. Il faudrait que j’en parle à ma femme…
    Depuis Extension du domaine de la lutte, vous jouez sur la ressemblance entre l’auteur et le personnage principal. Pourquoi tous ces Michel, tous ces alter ego?
    M.H. On peut s’en servir pour des choses opposées. C’est amusant… Par exemple ce passage à la première page de Plateforme: « C’est ce qui m’a toujours retenu d’acheter un animal domestique. Je ne me suis pas marié, non plus. » En fait, j’ai écrit ça peu après avoir acheté un chien, alors que j’étais déjà marié. Ça permet de donner une image négative de soi: ce qu’on pourrait être et qu’on n’est pas. Ça marche aussi très bien pour décrire des choses qui ne vous sont pas arrivées mais dont vous auriez bien aimé qu’elles vous arrivent.
    Les indignations de Michel sont aussi les vôtres? Comme ce fameux « travail de deuil », le nouveau poncif freudien à la mode?
    M.H. Les gens fortement psychanalysés que j’ai rencontrés étaient une catastrophe. Pour un esprit scientifique, ce n’est vraiment pas sérieux. Non seulement je suis impitoyable avec toutes ces conneries, mais ça me choque. Je ne vois pas pourquoi on ferait un travail de deuil, pourquoi on essaierait de se consoler. Non… on ne se console pas de la mort de quelqu’un qu’on aime.
    Et le Guide du routard, que vous assassinez à longueur de pages?
    M.H. C’est une lecture exaspérante! Et là, cette sensation d’exaspération est très autobiographique. Je ne peux pas supporter les gens qui adoptent une attitude jeune et rebelle alors qu’ils sont la norme. Le Figaro Magazine est plus sympathique du fait de son honnêteté: il ne se cache pas d’être ce qu’il est.
    Vous citez beaucoup d’écrivains dans ce roman, un peu comme si vous vouliez vous inscrire dans une lignée littéraire. On croise Chateaubriand, Conan Doyle, Georges Perec…
    M.H. Ah oui! c’est très bien, Georges Perec… Je crois que c’est pratiquement mon écrivain français préféré du XXe siècle. Pour ce qui est de ma lignée littéraire, j’ai souvent cité Baudelaire, Dostoïevski et Thomas Mann, qui ont été des lectures très marquantes. Depuis la dernière fois que j’ai parlé à Lire, j’ai davantage lu Balzac, que je connaissais moins bien.
    Le seul auteur auquel vous ayez consacré un essai, c’est Lovecraft, avec qui vous n’avez guère de point commun.
    M.H. Lovecraft, c’est plutôt une passion de jeunesse. Je me suis beaucoup écarté de lui. Un jour, il a décidé héroïquement de ne pas du tout parler du sexe et de l’argent. Le plus bizarre, c’est qu’il n’était même pas impuissant! Simplement, il ne s’est pas intéressé au sexe jusqu’à son mariage, ensuite il a eu une vie sexuelle normale avec sa femme, et puis il a arrêté après leur séparation.
    Il existe des gens pour qui ça ne compte pas tellement. C’est peut-être vous qui y attachez une importance exagérée?
    M.H. Non, je suis plutôt plus proche de la moyenne que Lovecraft! Et puis c’est intéressant à écrire, les scènes de sexe… Par exemple, quand j’ai retravaillé sur les épreuves de ce roman, j’étais assez en forme et j’ai changé pas mal de choses. Mais bon… je ne vis pas pour écrire. Honnêtement. Jusqu’à présent les sujets s’imposent à moi. La question que je me pose, c’est de savoir si je serais capable de décrire l’harmonie et le bonheur de manière convaincante. Peut-être, en fait… C’est un sujet plus difficile, mais pas forcément inaccessible à la littérature. Un livre nageant dans le bonheur du début jusqu’à la fin est peut-être possible. Je fabule, je théorise! Ce n’est pas le sujet de Plateforme, mais j’ai quand même essayé de retranscrire cette sensation du bonheur que j’avais quand j’étais enfant. Je pouvais chercher des trèfles à quatre feuilles pendant des heures sans jamais m’ennuyer. Et ça, je l’ai complètement perdu. On sait également que les enfants aiment qu’on leur raconte éternellement la même histoire. Sur cette question du bonheur de la répétition, j’ai aussi l’exemple de mon jeune chien. C’est un Welsh corgi, un chien très populaire dans les pays anglo-saxons. Un peu comme un renard… mais roux et blanc. Il peut aller rechercher la balle que je lui lance pendant trois heures avec une joie intacte. Pourquoi est-ce que moi, je m’amuse moins? Ce n’est pas seulement la taille du cerveau… Il y a aussi cette idée qu’il faut absolument que des choses nouvelles et merveilleuses vous arrivent. Ça donne à penser…

    En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/michel-houellebecq_804761.html#hchvpp2sxkBDyP2x.99

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