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LE CHANT DE LA SITTELLE DE DJOHER AMHIS-OUKSEL Pour une symphonie humaine

19 août 2013

Kaddour M'HAMSADJI

Mercredi 23 Janvier 2013

Par Kaddour M’HAMSADJI

Pour une symphonie humaine

La poésie donne à la femme la fortune d’être elle-même, assez fragile pour être généreuse, assez digne pour être glorieuse, assez maternelle pour être la maîtresse de ses enfants et, sous les talons de cette mère-là, se trouve le Paradis…

Dans sa sobre et vertueuse «autobiographie» que nous propose Mme Djoher Amhis-Ouksel, sous l’intitulé Le Chant de la Sittelle, je vois, ainsi qu’elle l’indique elle-même, un authentique «Prélude à une chronique d’hier et d’aujourd’hui». Son préfacier Téric Boucebci, psychologue, poète et créateur, avec Abderrahmane Djelfaoui, en 2003, de la revue Poésie 12×2 laquelle est rattachée dans son principe à la Fondation Mahfoud Boucebci, a mis particulièrement l’accent sur ce qui est caractéristiquement mémoriel et donc vital de l’être dans le présent ouvrage de Djoher Amhis-Ouksel, écrivant: «L’appel à la mémoire, à la source de soi, du soi, entre liberté et conscience est un chemin où peu d’entre nous prennent le risque d’exister.» Je partage évidemment cette appréciation, et d’autant qu’elle révèle, dirais-je, l’infaillibilité de la mémoire lorsqu’elle est libre, lorsqu’elle prend la liberté de transmettre l’essentiel – et si possible plus – l’héritage en parfaits récits au passé.

Le chant du passé lointain
En effet, cette chronique littéraire brève mais dense de Djoher Amhis-Ouksel, composition poétique et retentissement d’une existence saisie par la poésie de l’extrême humain, oeuvre grave et truculente parfois, instructive et éducative, est une suite incessante d’évocations très riches en subjectivité saine et totalement portée, non à la polémique, mais à produire des images qui excitent notre conscience d’«homme-femme». Elle le fait savoir sans ambages, en femme entière, droit dans les yeux de ceux qui cultivent le mépris de leur autre semblable: «Ils m’ont dit des mots-prisons / pour me fermer les yeux / pour me fermer la bouche / pour m’enfermer.» Sa réplique – en est-elle une, vraiment? – part fort du coeur, sans blesser: «Lui s’adressait à une image de femme / Moi je m’adressais à une image d’homme.» Après cet amer constat, elle formalise son existence: «Moi, je suis là avec mes mots-liberté, / mes mots-vérité, / mes mots à moi / mes mots-moi.».
Et c’est cela l’«autobiographie» qui aide à rêver à l’impossible. Chaque évocation que l’auteur développe ici, et la plus simple, appelle une image poétique dont l’éclat ranime en elle, ranime en nous, le passé lointain qui résonne en échos multiples, justes et vrais. Avec Mme Amhis la pédagogue impeccable, l’auteur de manuels scolaires et d’études pour inciter à la lecture de nos écrivains, la femme intellectuelle passionnée de son pays, face aux maux quotidiens, face à une société complexe et complexée, il convient de penser les mots qui ne doivent pas être vains: «Je veux, proclame-t-elle inlassablement, ne plus subir l’aliénation des mots. Je prends conscience subitement qu’il faut briser les carcans et les tabous. Il est temps.»
Voici donc venu le temps de se raconter pour Mme Djoher Amhis-Ouksel, celle que ses proches nomment Titem par affection et qui a choisi de signer Le Chant de la Sittelle par ce diminutif de Fatima, – prénom inspiré du mot arabe signifiant la «jeune chamelle sevrée» ou formé par allusion à «celle qui se tient à l’écart du péché», c’est-à-dire Fatima Zahra, la Resplendissante, le symbole des symboles des femmes dans la haute tradition islamique.
Aussi, la femme auteur aime-t-elle Titem et le réserve-t-elle pour ses grands élans de révolte. Titem sait ce qu’elle veut, rien ne la décourage pour être et évoluer. Née sur une Terre Maternelle, élevée dans le respect de la personne humaine et fière de son histoire, de sa culture, de son identité, elle a construit dignement sa personnalité. Douée de volonté et de discernement, elle sent qu’elle est parfaitement égale à l’homme. On disait: «Une fille: Qu’est-ce que c’est? Le mal, le péché, le diable.» C’est la femme ressuscitée, telle la sittelle (du grec sitté, pic, pivert), l’oiseau endémique, soudain disparu du Mont Babor, massif de la Petite Kabylie, soudain réapparu en 1973 et enregistré en ornithologie par le Belge Jean-Paul Ledant, en 1975.
L’idée du retour de cet oiseau dans son pays naturel est reprise par Mme Djoher Amhis-Ouksel dans le titre de son présent ouvrage et explique «Pourquoi ce titre?»… Voici le temps du poète de dire et de se dire: La Sittelle-symbole et la femme-poète ont le même chant de la nature et de la vie: «Je ne suis pas morte / Je ne suis pas la dernière sittelle / Mon chant se fera entendre. / Mon chant est vie / Mon chant appelle / Mon chant rallie / Mon chant réconcilie. / Mon chant brise / le silence, / la résignation, / la soumission / la fatalité. / C’est le chant des ancêtres / de la Terre, / de nos frères.»

Le chant de l’existence
Voici le temps où commence l’histoire de Titem, une «autobiographie» en fragments de confession de la femme-poète Djoher (littéral. «la Somptueuse», ses «tantes affectueusement disaient: Djouhou») et dont les poèmes sont chargés de symboles brillants et efficaces, contrairement à ce que Goethe a pu écrire dans Le Second Faust, V, «Tout ce qui passe n’est que symbole.» Et qu’ils sont beaux ses poèmes, respectueux des règles de la prosodie, simples, alertes, en mouvement constant, créateurs d’harmonie en poésie, sans sombrer dans l’abus de licences que permet, croit-on, le vers libre moderne et dont tant de poètes chez nous et ailleurs s’enivrent, ignorant la valeur suggestive et pittoresque des rythmes, des coupes et des sons! La poésie est l’engagement d’un rêveur de lumière pour ses semblables.
Aussi, de même que «La sittelle existe et elle chante en solo», Mme Djoher Amhis-Ouksel fait-elle «le rapprochement avec le chant profond de notre terre, le chant d’existence. Chant de la montagne, chant du pays tout entier qui retrouve sa vibration première…»
Son ouvrage est alors conçu en deux parties complémentaires où sont développés les éléments phares éclairant sa «mémoire» sur tous les fronts de sa vie, des flashes éblouissants: son enfance, ses parents, ses études, sa formation, l’École normale, sa première paye, ses rencontres, ses prédilections, la société à l’époque coloniale, la place de la femme dans l’espérance d’une humanité libre et indépendante,… enfin la parole de la femme reconnue et respectée!…
Partie I: un hymne global, «Il est des chants qui bercent. / Il est des chants qui luttent. / Des chants profonds / Pour une symphonie humaine.». Ses parents: «Pauvre femme et si courageuse! Sa vie a été silence et révolte en dedans. Que pouvait-elle faire? Rien. Elle n’avait que sa dignité. «Je m’appelle Aziza Ath M. Mon père et ma mère n’ont jamais baissé la tête…» / Blessée, meurtrie mais jamais vaincue.» Le père, «instituteur indigène»: «Baisse la tête quand tu marches, me disait mon père. Rentre ta poitrine, rentre tes fesses.» Ferme les yeux, ferme la bouche.»
L’apprentissage de la dignité et de la pédagogie: «Il ne pouvait supporter toute atteinte à sa dignité.» Instituteur indigène!» avec tout ce que l’indigénat de l’époque charriait de connotations péjoratives. Il luttait à sa manière et nous étions fiers de lui. [...] J’ai trouvé deux cahiers de pédagogie ayant appartenu à mon père – 1912.»
Partie II: «Le «je» est un autre, a dit le poète.» Djoher Amhis-Ouksel élargit le champ de vision de sa mémoire et de ses convictions: «Mes mots vont entrer en guerre.», prévient-elle avec assurance. L’acte poétique propulse l’image qui devient reflet et même brûlure entretenue par une imagination en quelque sorte soumise aux influences du coeur, de l’âme et d’elle-même Djoher, saisie dans sa condition d’«être» absolu de son «autobiographie». «Je porte en moi, se confie-t-elle, une double révolte, celle de ma mère, victime du système patriarcal, celle de mon père, victime du système colonial. C’était pour le passé. Et pour le présent, encore de la révolte contre l’injustice, la tyrannie et la confiscation des valeurs de Novembre. [...] Des hommes, des femmes, des enfants sont chaque jour victimes [...] C’est à eux que je pense» Elle évoque «L’amour», «Les mots-prisons», «Femmes», «Violence», «Prise de conscience», «Histoire», «Révolte», «Idéologie», «Liberté», «La bête immonde», «L’espoir: Non! Ne pleurez plus! / Écoutez! / Écoutez! / Entendez-vous l’eau enfouie dans les profondeurs?»
Je me dois – hélas! – de signaler le peu de soin apporté à la saisie et à la fabrication de ce livre. Mais, pourrait-on me dire, que de livres sont souvent ainsi faits!… Dommage!…

Le Chant de la Sittelle de Djoher Amhis-Ouksel, Collection «Biographies [1]», Espace Libre, Alger, 2012, 144 pages.

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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