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Elections présidentielles de 2014 : les jeux et enjeux du changement par Amar Ingrachen *

15 août 2013

Contributions

« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge. » Winston Churchil

Il n’est pas rare, notamment depuis qu’un vent de révolte souffle sur le monde arabe, d’entendre des voix, s’élevant quelques fois de l’intérieur même du sérail, s’indigner devant la situation de rupture existant entre l’Etat et le citoyen. C’est même devenu une mode dans le cirque politique national. Mais, sagesse oblige, force est de dire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. En effet, que le président Bouteflika décide enfin, après cinquante ans de mauvaise foi, de mensonges et de tripatouillages, de mettre à mort l’une des dictatures les plus perverses et vicieuse de la planète, cela ne peut être que réjouissant. Car le mal est trop grand. L’usure de la société algérienne est telle qu’aucun mouvement social organisé et plus ou moins porteur de visions n’est à attendre. Le scepticisme règne en maitre parmi toutes les couches de la société, y compris celles accrochées aux jupons du régime. Et si la majorité rejette, dans le fond et dans la forme, l’ordre établi, ceux qui savent pourquoi et comment, ceux qui portent une alternative viable, aussi bien parmi les élites indépendantes que parmi les partis politiques, se comptent sur le bout des doigts et ne semblent pas, dans le meilleur des cas, en mesure de construire un rapport de force en faveur du bon sens. L’opportunisme, l’amateurisme et l’angélisme des uns et des autres en sont d’ailleurs la parfaite illustration. Dans un tel climat, les réformes enclenchées par Bouteflika, soutenues par-ci et réfutées par-là, ont-elles une chance d’aboutir ? Leurs promoteurs, officiels et officieux, ont-ils conscience de la situation ? Autrement dit, y-a-t-il une vraie volonté d’aller vers un changement effectif ?

Le changement commence par des signaux forts

L’exigence du changement, portée dans le sang par des milliers de militants des décennies durant, par une société annihilée par le poids du sous-développement mais toujours résistante et rêveuse, est clamée par tout un chacun ces derniers temps. De prime abord, on peut s’en réjouir en concevant ceci comme étant un élargissement du cercle des partisans du changement. Sans vouloir trop faire dans les procès d’intention, nous sommes portés par un pessimisme criant. En effet, durant les cinquante années qu’a vécues l’Algérie depuis son indépendance, les démocrates, les vrais, n’ont jamais déserté le terrain des luttes pour un Etat de droit. Certains ont payé leur engagement de leur vie, d’autres ont sacrifié des carrières, leurs familles, leurs biens, etc. Entre temps, bien assis dans le confort de l’autre coté de la barricade, les faux démocrates ont contribué activement à la construction de ce que, ironie de l’histoire, ils appellent aujourd’hui « une dictature ». Leur contribution, malheureusement, ne se limite pas au rôle actif qu’ils ont joué dans la neutralisation de toutes les forces qui militaient pour le changement, mais concernent aussi leur mutisme lorsque celles-ci, dans le silence des nuits « postcoloniales », ont été persécutées. Cette culture émeutière, cette déliquescence de l’Etat, cette disqualification du politique, toute cette « dialectique du sous-développement » qui, aujourd’hui, semble faire peur à ces militants de la vingt-cinquième heure, ne doit pourtant son existence qu’à l’hypocrisie intellectuelle qui a marqué leur démarche politique un cinquantenaire durant. De « harkis du système » par le passé, ils veulent porter l’étendard du combat démocratique aujourd’hui. Le virage est trop grand et il aurait pu couter leur vie, politiquement, à ces derniers. Mais l’imposture, se nourrissant aussi bien de la crédulité d’une partie de la société que de l’indifférence totale et affichée de l’autre, est cette fois-ci poussée trop loin. Pourquoi, en effet, existe-t-il deux types de politiciens, ceux évoluant dans des partis et ceux qui évoluent seuls, en Algérie ? Qui est derrière l’un et l’autre ? D’où puisent-ils leur légitimité ? Quelle relation entretiennent-ils avec les cercles du pouvoir ? Décidément, il parait qu’en Algérie, on crée le maximum de partis pour, en l’absence d’un débat sérieux et permanant sur toutes les questions, dépouiller le discours politique de toute sa pertinence. Cette stratégie vise, naturellement, à disqualifier l’action politique, pour laisser le terrain vide devant des individus auxquels on fabrique, l’espace d’une élection, une aura de « personnalité nationale ». Ce sont ceux-là qui font partie du deuxième type de politiciens. C’était, hier, le cas de Zeroual, de Bouteflika, d’Ouyahia… de bien d’autre ministres et autres cadres de « la nation ». Ce sera, aujourd’hui et demain, d’autres encore dont on n’aura entendu parler qu’en fin de saison. Ceci se fait souvent avec la complicité des médias et de certains partis politiques. Une telle démarche peut-elle aboutir au changement espéré par la société ? Une initiative fusant de nulle part et, qui plus est, est conduite par un « harki du système » qui, forcément, ne s’est jamais frotté aux souffrances quotidiennes des Algériens peut-elle susciter une quelconque adhésion de la société ?

Ne voilons-nous pas la face et arrêtons notre culte de la mauvaise foi. Tous les Algériens, qu’ils soient dans l’opposition ou qu’ils aient rodé dans les méandres du système, ont le droit de participer à la gestion des affaires du pays. Condition : qu’ils se soumettent au verdict des urnes et qu’ils aient un minimum de considération pour la volonté populaire. La société algérienne, elle, attend un signal fort de la part aussi bien des autorités que des « personnalités nationales » qui prétendent incarner l’idée du changement, notamment en prévision des élections présidentielles de 2014. Les Benbitour, les Yala, les Hamrouche, les Benflis, les Mokri, les Ait Ahmed, les Hanoune, les Belabès, les Oussaid, les Sellal, etc. sont, en la matière, interpellés au plus au niveau. Un signal fort ne consiste pas à étaler sur les pages d’un journal, comme on le fait jusque-là, des réflexions empreintes d’angélisme, ni non plus à haranguer les foule et attendre que le bonheur tombe du ciel. Les premiers acteurs à être associés, dans le cadre d’un dialogue politique à moult variantes, doivent êtres les partis politiques, la société civile et les élites intellectuelles. L’Algérie vit une crise politique dans l’élément le plus fondamental est l’absence du politique. Le combat pour le changement consiste donc, avant tout, à réhabiliter le politique, et aller ensuite vers des stratégies de développement à long terme. Les Algériens en ont marre des scénarios à la Neagelen et des bricolages instantanés.

Entretenir le rêve, c’est bien, le réaliser, c’est vital

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de faire une révolution. Il convient juste de réussir une réforme. Or, comme dirait Jacques CHABAN-DELMAS, « nous ne parvenons à faire des réformes qu’en faisant semblant de faire la révolution. » Dans ce sens, une réforme réussie, une réforme aux relents révolutionnaires, c’est une réforme qui suscite l’adhésion morale de la majorité des citoyens. Or, quand on voit le scepticisme dans lequel baigne la société, lequel scepticisme se traduit essentiellement par une indifférence générale devant ce qui se fait, ainsi que l’abstention massive qui marque les différents scrutins, on est en droit de dire que l’échec des réformes en cours, prévisible dans les conditions actuelles, n’est pas à exclure. Faut-il pour autant céder au fatalisme ?

La fermeture des champs politique et médiatique plus d’une décennie durant a crée un vide idéologico-politique effarant. L’Algérie est, conséquence directe de cette situation, sujette à une crise multidimensionnelle dont les gestionnaires sont les pouvoirs publics, les partis politiques et la société civile dans ses différentes instances. Cette crise, manifestement, se traduit par la précarité de notre économie, le pourrissement de l’environnement des affaires, le chômage, la précarité du salariat, l’amenuisement de la classe moyenne, la disqualification quasi-totale de l’action politique, le déclassement de la vraie élite par la fausse, la laideur et la saleté extravagantes de toutes les villes du pays, le naufrage du système éducatif, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, la folkorisation-stérilisation des cultures nationales, la fragilité et la médiocrité du système de santé, la faillite du sport, la paresse sociale, la faillite morale, les suicides collectifs, la propagation de la violence, les émeutes, les maladies chroniques et psychosomatiques, les dépressions nerveuses… Mais pas seulement. Cinquante et un ans après l’indépendance, vingt quatre ans après l’accès au multipartisme, le problème de légitimité reste posé d’une façon accrue. Sortir de cette crise est, pour ainsi dire, un devoir national que tout Algérien doit, avec responsabilité, accomplir. Pour certains, fatalistes, il n’y aurait aucune solution de sortie de cette crise et que, par conséquent, l’idéal serait de laisser se faire les choses d’elles-mêmes, c’est-à-dire, s’abstenir de toute activité en relation avec la gestion politique de la cité. D’autres, plus soucieux de l’élégance de leur position que de sa pertinence politique, s’évertuent à faire en permanence des constats sans prise aucune avec la réalité. D’autres encore, essentiellement des prédateurs sans foi ni loi, se cachant derrière des sigles déterrés ou inventées pour des circonstances électorales, ne voient dans l’histoire de l’Algérie ni sang ni sueur, ni crise ni solution ; tout ce qu’ils y voient sont les chances d’enrichissement illicite qu’ils ont ratées et celles à venir. Par ailleurs, certains partis, des intellectuels, des associations, des syndicats, etc., œuvrent autant que faire se peut pour faire sortir l’Algérie de la spirale du sous-développement dans laquelle elle se trouve. Le rêve est entretenu mais est-ce suffisant? Décidément, cette réflexion de Ségolène Royal est pertinente dans ce sens : « ce qui déprime un pays, c’est la peur de l’avenir. » On ne doit pas tomber dans le piège du fatalisme. Et pour éviter cette chute, on doit réaliser le rêve d’une république authentiquement algérienne, réellement démocratique et profondément populaire.

Il est temps que l’Algérie écoute sa conscience

Le sous-développement en Algérie, la dialectique qui permet sa reproduction, sont dus, qu’on le veuille ou non, au manque de débat, de dialogue, à l’autisme aussi bien du pouvoir, des partis de l’administration que des partis dits de l’opposition. Cinquante ans après son indépendance, l’Algérie a du mal à prendre son destin en main parce qu’elle refuse d’écouter sa conscience, de se parler, de laisser s’exprimer en toute liberté les divergences qui traversent la société. L’Algérie refuse d’apprendre à grandir, de laisser les Algériens dialoguer, se connaitre pour éviter les chocs. L’autisme est malheureusement devenu une constante de l’identité politique du régime. En Algérie, on n’apprend pas de ses erreurs. En 1990 déjà, au lieu d’ouvrir d’abord le débat et de permettre l’émergence saine des différents courants politiques qui traversent la société dans le cadre d’une compétition intellectuelle politiquement désintéressée et de passer ensuite à l’ouverture de la scène politique, la procédure a été inversée et le débat d’idées a vite laissé la place au bruit des kalachnikovs et à la fureur des bourreaux. Plus de vingt ans plus tard, le même scénario semble se reproduire même si, dans la forme, un tour-tour esthétique cache en partie les vices et l’instinct de survie du régime. En effet, alors que l’Algérie souffre d’un manque horrible de débat, de liberté de création et d’expression, alors que toutes les institutions en charge de socialiser les idées et de former des citoyens, à commencer par l’école et l’université, sont en état de faillite endémique, on ouvre la scène politique et on agrée des dizaines de partis. Dans l’apparence, la démarche est positive dans la mesure où elle est susceptible de donner naissance à un foisonnement d’idées. Cependant, en l’absence d’un débat sérieux et permanent, aucune différence entre ces plusieurs dizaines de partis n’est discernable, ce qui conduit à dire que le résultat obtenu, à court terme, est exactement le contraire de celui proclamé. A long terme, le résultat devrait être encore plus catastrophique compte tenu de l’armada de partis qui ne se réveillent que lors des rendez-vous électoraux pour servir de béquilles aux militants-charlatans et d’instruments de parasitage pour quelques clans du régime et leur clientèle. Par conséquent, si volonté de changement il y a, elle doit se manifester d’abord, ensuite et enfin, dans l’ouverture d’un débat permanent auquel vont participer l’ensemble des partis politiques existant, des intellectuels et des acteurs de la société civile. Ces débats doivent, naturellement, être institutionnalisés. Beaucoup de zones d’ombres suscitant désaffections et remous au sein de la société doivent être officiellement éclairées : la question des disparus, les scandales de corruption, les budgets de fonctionnement de l’Etat, les emplois fictifs au sein des hautes institutions de l’Etat, la dictature des hydrocarbures, les assassinats politiques, etc. Cette démarche, celle du débat contradictoire au sein des institutions de l’Etat et au sein de la société, est seule à même de remobiliser les forces vives de la nation autour de l’objectif proclamé de tous les Algériens : construire l’Algérie de demain sur des bases solides. Les élections locales, législatives ou présidentielles, doivent être un rude examen politique pour l’Etat et les partis, mais aussi pour la nation. Présentées à chaque fois comme un rendez-vous important, elles le sont effectivement. Mais, l’idée du changement, complexe, n’obéissant à aucun agenda électoral, aussi important soit-il, ne se concrétisera que par la naissance d’un nouvel humus algerianus, d’une nouvelle république, d’une nouvelle Algérie. Et pour ce, il faut des signes forts, très forts, car, comme l’a écrit Kateb Yacine, « il faut comprendre que le peuple algérien marche aujourd’hui avec un poignard dans le dos, qu’il a été trahi par ses dirigeants. » Le « aujourd’hui » de Kateb Yacine est malheureusement atemporel. Prononcé il y a des années, il garde toujours sa résonnance. Il est temps que l’Algérie écoute sa conscience.

* Journaliste indépendant

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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