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Le vent de l’été Par : Yasmine HANANE

6 août 2013

Yasmina Hanane

La nouvelle de Yasmina Hanane Samedi, 01 Juin 2013

Le vent de l’été 1er partie

Par : Yasmine HANANELe vent de l’été  Par : Yasmine HANANE dans Yasmina Hanane 200_200_150

Nacéra  ferma les yeux un moment devant sa glace puis les rouvrit. Elle avait remarqué que d’autres rides étaient apparues sur son visage….Oh ! Elles n’étaient pas encore très visibles, mais elle savait que ces plis qui surprenaient chaque être humain étaient sournois. D’abord, ils sont presque invisibles au début, ensuite ils s’enhardissent à se creuser au fur et à mesure que le temps passe.
Nacéra se passe une main sur le visage comme pour gommer ses petites ridules autours de ses lèvres et de ses yeux. Des pattes d’oie avaient tissé une sorte de couronne disgracieuse  sous ses paupières inférieures, et son front arborait des traces de soucis et de tracas, reflet de son mal-être continuel.
Elle pousse un long soupir et se laisse tomber sur un canapé. La vie avait était dure avec elle, et le sort ne l’avait pas gâtée.
Elle avait raté le coche, et son avenir ne se dessinait pas sous de bons auspices.  Pourtant elle avait cru au bonheur. Elle avait espéré que son tour viendrait, qu’elle allait rencontrer l’homme de ses rêves et mettre fin à sa solitude.
Elle s’était surprise à imaginer ses toilettes de présentation et sa robe de mariée. Elle se voyait alors d’un œil merveilleux. Elle allait être belle pour ses noces. Sa coiffeuse allait faire d’elle en un tour de main, une princesse des Mille et Une Nuits.
Et comme toute nouvelle mariée qui s’apprêtait à entamer une nouvelle vie, elle allait briller durant quelques heures devant une assistance féminine curieuse et critique à souhait. Oui cela devrait être ainsi. Ses robes plus belles les unes que les autres, rehausseraient son charme, et mettraient sa taille fine en valeur. Elle dansera sans se lasser et tournoiera dans les bras de son bien-aimé jusqu’à l’aube. Commencerait alors une existence des plus enviables.
La sonnerie de son portable met fin à ses illusions. Elle redescend alors sur terre, et se retrouve sur le canapé de sa chambre alors qu’on donnait des coups à la porte.
Elle court ouvrir à sa jeune sœur, avant de prendre sa communication :
-Allo, Hind, oh ! quelle surprise !
-Bonjour Nacéra, je pensais te rencontrer à l’exposition des tenues traditionnelles. Je viens d’en revenir…
-C’était prévu que je m’y rende…Un empêchement de dernière minute…Dis-moi plutôt si ton déplacement en valait la peine.
- J’ai beaucoup apprécié. Les couturières s’étaient surpassées pour présenter leurs collections, des  merveilles. Tu aurais dû y participer.
- Ce n’est pas l’envie qui manquait mais je ne pouvais honorer mes engagements, tout en préparant cette manifestation.
- Tu  n’as pas encore terminé avec les trousseaux de mariées ?
- Pas encore, ces derniers temps c’est vraiment la ruée. On dirait que toutes les filles de la ville s’étaient donné le mot pour ce marier cette année.
- Sauf certaines.
- Heu, oui, sauf moi.
- Voyons Nacéra, je suis désolée si ma remarque te touche. Mais je ne parlais pas de toi. Je parlais de nous toutes, je ne suis pas non plus mariée moi-même, et même pas sur le point de l’être.
- Tu es bien plus jeune que moi Hind…Tous les espoirs sont encore permis pour toi …Par contre pour moi…
- Ne dis pas cela…Tu n’es pas aussi vieille que ça non plus…Et puis tu as ton métier et tu aimes ce que tu fais…Tu ne dépends de personne pour gérer ton budget, et si on peut dire, tu gagnes bien ta vie.
- Grace à Dieu, de ce côté-là tout va bien. Hélas ! Il  n’ya pas que l’argent dans la vie…
- Certes, mais disons qu’il vaudrait mieux avoir sa petite bourse personnelle, que tendre la main.
- C’est certain…Enfin….Je ne vais pas trop m’étaler là-dessus…A chacun son destin dans cette vie.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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71 Réponses à “Le vent de l’été Par : Yasmine HANANE”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 2e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle pousse un soupir avant de demander :
    - Que fais-tu demain Hind ?
    - Rien de particulier… Tu veux qu’on sorte ensemble ? On pourra faire les magasins et jeter un coup d’œil sur les derniers modèles de l’année…
    - Je suis d’accord pour la sortie, mais pas pour faire les magasins et regarder la dernière mode. J’en ai ras-le-bol de tous ces chiffons qu’on voit tous les jours. Je suis moi-même couturière modéliste et je peux créer mes propres vêtements et en exclusivité.
    - Tu peux le dire… Tu as des doigts de fée. J’ai toujours été fascinée par tes idées innovatrices dans ce domaine. Heu… eh bien, si tu veux qu’on aille déjeuner quelque part, je ne dirais pas non.
    - Bonne idée… Cela me changera de ma monotonie quotidienne. Parfois, je suis tellement absorbée dans mon travail que j’oublie même de manger de la journée.
    - Alors retrouvons-nous demain à la mi-journée à notre endroit habituel.
    - Tu veux dire face au square de la grande avenue ?
    - C’est ça… Et… heu… je te suggère de porter quelque chose d’élégant… J’aimerais qu’on aille dans un endroit chic. Je connais un restaurant qui n’est pas fréquenté par le premier venu, et la clientèle est des plus huppées.
    - Je sens qu’on va faire des folies…
    - Tu penses à la dépense ?
    - Oui… Nous ne sommes pas obligées de débourser une fortune pour un simple déjeuner !
    - Je t’en prie, Nacéra… Ce n’est pas tous les jours qu’on se permet de manger dans un endroit huppé. Disons que c’est juste pour faire un peu comme tous ces gens de la haute société. Et puis, qu’ont-ils d’ailleurs de mieux que nous ?
    - Ils ont les moyens et le savoir-vivre.
    - Eh bien, nous aussi avons les moyens de nous permettre de temps à autre une virée dans ces restaurants chics, et nous avons aussi notre savoir-vivre… Nous sommes des modélistes et savons venir à bout des plus réticentes de nos clientes et…
    Nacéra l’interrompt :
    - Oh ! ça va… Arrête avec ton exposé sur le grand monde. Je serais à l’heure demain à notre rendez-vous.
    Elle met fin à la communication et se rappelle enfin sa jeune sœur. Cette dernière était pourtant en face d’elle depuis un quart d’heure et avait suivi sa conversation sans broncher.
    - Tu es là, Maïssa ?
    - Oui. En chair en os et en vêtements.
    Elle sourit :
    - Je ne devrais pas parler de vêtements. Tu fais une pause après plusieurs heures de travail sur tes confections… Tu devrais penser à arrêter pour aujourd’hui, il est déjà 16 heures et tu n’as rien avalé de la journée.
    - Je n’ai pas faim. Souvent, je préfère travailler pour meubler mon temps.
    Elle s’étire :
    - Je sens des courbatures le long de mon dos, mais je dois terminer la robe de cette jeune fiancée qui va sûrement passer la récupérer demain. Au fait, je dois sortir avec Hind…
    Maïssa lui coupe la parole :
    - Oui… je sais, vous allez déjeuner ensemble dans un grand restaurant.
    - Ce n’est pas un secret…
    Maïssa fait la moue :
    - Tu n’aimerais pas que je t’accompagne ?
    - Non, je veux oublier la maison et ses occupants pour quelques heures. Je veux fuir ma monotonie.
    - Ce n’est pas gentil de ta part. Moi je t’aurais volontiers invitée.
    - Oui… quand tu en auras l’âge et les moyens.
    - Tu veux dire qu’à vingt ans, je n’ai pas l’âge de sortir ?
    - Non pas encore. Tu devrais plutôt penser à tes études et à ton avenir.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 3e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Maïssa fait la moue :
    - Toujours la même rengaine…On dirait que la terre ne tourne que pour les études et l’avenir.
    Elle pousse un soupir et regarde sa sœur d’un air désolé :
    - On dirait que tu n’as jamais eu vingt ans…
    - Si, et j’aurais aimé les avoir encore.
    - Qu’aurais-tu donc fait ?
    - Autre chose, que ce que je suis en train de faire aujourd’hui.
    - Par exemple ?
    - Eh bien, j’aurais opté pour des études supérieures, j’aurais choisi une branche dans la communication ou le marketing, et j’aurais obtenu des diplômes qui m’auraient ouvert d’autres horizons.
    - Tu aurais pu faire tout ça. Qui t’en avait empêchée ?
    Nacéra se laisse tomber sur une chaise avant de répondre d’un air triste :
    - Notre père, que Dieu ait son âme.
    Maïssa écarquille les yeux :
    - Notre père ? Mais on n’a cessé de me ressasser que c’était quelqu’un de très ouvert d’esprit, qui vénérait les études et encourageait ses enfants dans leur processus scolaire.
    - C’est la vérité. Seulement avec moi, c’était différent.
    - Je ne te suis pas. On m’a toujours dit que tu avais fréquenté l’école, et que tu avais été une élève très assidue jusqu’en terminale.
    - Exact, mais ce qu’on ne t’a pas raconté, c’est qu’au moment où je devais passer mon bac, on m’a retirée du lycée.
    - Non !
    - Mais si, ma chérie.
    - Pourquoi donc ?
    Nacéra pousse un soupir :
    - C’est une longue histoire…
    Elle se passe une main sur le front :
    - Je vais t’embêter avec tout ça.
    - Mais pas du tout, je n’ai rien à faire. Mère est chez la voisine, et je viens de confectionner une tarte au citron. Attends, je vais chercher des jus et nous allons prendre notre goûter ensemble. Je suis curieuse de connaître la suite de ton histoire.
    - Petite curieuse… Pourtant tu sais bien que je ne t’ai pas caché grand-chose de ma vie.
    - Oui, sauf ce point-là justement, le plus important. Je reviens.
    Maïssa sort et revient avec un plateau. Nacéra repousse ses patrons, et dégage un espace sur sa table de travail :
    - Là… Nous serons plus à l’aise pour déguster ta tarte.
    Maïssa dépose son plateau et verse deux verres de jus d’orange, avant de déposer un morceau de tarte devant sa sœur aînée :
    - Allez, goûte mon gâteau et donne-moi ton avis… Je sais qu’en dehors de tes bobines de fil, tes tissus et ta machine à coudre, tu es aussi une cuisinière hors pair.
    - Tu exagères, répondit Nacéra tout en goutant à son morceau de tarte. Je suis comme toutes les femmes de ma génération. Hum, c’est succulent. Tu as réussi ton goûter Maïssa.
    - Ce n’était pas sorcier. Je me suis contentée de lire la recette.
    - C’est très bon.
    Elle boit une gorgée de jus et se lèche les doigts avant de poursuivre :
    - Tu vas finir par nous surpasser si tu continues ainsi. La semaine dernière, j’ai apprécié tes macarons…
    - Bof, je suis encore une novice dans le domaine. Je ne serais jamais comme toi.
    - Détrompe-toi, tout s’apprend dans la vie.
    Maïssa regarde sa sœur un moment avant de demander :
    - Alors que s’est-il donc passé pour que tu interrompes tes études, juste au moment où tu devais décrocher ton bac ?

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 4e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra demeure silencieuse un moment avant de lancer d’une petite voix :
    -Il était écrit quelque part que je devais m’arrêter là, et prendre un autre chemin. C’était mon destin.
    -C’est notre père qui t’y avais obligée ?
    Nacéra hoche la tête :
    -Hélas ! Oui.
    -Pourquoi donc ?
    -Pour des raisons familiales.
    -Je ne comprends pas. Il n’y a aucune raison au monde qui pousse un père à retirer son enfant de l’école.
    C’est un crime.
    -Pourtant, dans notre société, ce n’en est pas un. C’est tous les jours que des filles sont malmenées et retirées de l’école par leurs parents. Ce sont des choses courantes. Lorsqu’on est l’aînée de la famille, souvent on est obligée de passer sous le joug pour porter le fardeau des responsabilités.
    -C’est incroyable. Je n’arrive pas à admettre ce que tu racontes.
    -Je ne t’ai encore rien dit.
    Nacéra se tut et Maissa respecte son silence.
    Il y a des moments dans la vie où l’être humain est confronté à des situations qui le contraignent à faire un choix et à changer les données de son existence. Cela semblait être le cas de sa sœur. Nacéra replonge dans les souvenirs avant de lancer :
    -Il y a un peu plus de vingt ans maintenant. C’était avant ta naissance. Notre mère venait de faire deux fausses couches consécutives, et la grossesse qui avait suivi n’était pas de tout repos pour elle. Elle était enceinte de toi, et son médecin lui avait prescrit le repos absolu au lit.
    Omar et Fayçal avaient respectivement 15 et 10 ans. Tu vois, aujourd’hui, ils sont partis chacun de son côté. Ils ont fondé leur foyer et sont responsables de famille. Par contre moi (elle soupire encore), je me retrouve à plus de 40 ans, seule et désorientée.
    Maissa presse les mains de sa sœur :
    -Tu n’es pas seule Nacéra. Je suis là. Nous sommes tous avec toi.
    -C’est gentil petite sœur. Mais toi aussi, tu finiras un jour par quitter la maison. Ainsi va la vie. C’est d’ailleurs tout à fait légitime.
    Ne sachant quoi répondre à sa sœur, Maissa garde le silence, et Nacéra poursuit :
    -Je disais alors que maman s’est alitée pour de longs mois. Père n’avait alors trouvé aucune autre solution que de me faire quitter l’école pour m’occuper de mes deux jeunes frères et de la maison.
    -Mais c’est injuste.
    -Oui. Mais il m’avait promis de me réinscrire pour l’année suivante. Je devais reprendre mes cours dès que maman serait totalement rétablie.
    -Et ça n’a pas été le cas ?
    -Eh bien non. Je ne devais pas reprendre l’école. Ni l’année d’après, ni par la suite. C’était fini. J’avais définitivement mis fin à ma scolarité. Il y avait eu un événement entre-temps qui m’avait empêchée de repenser à mes études.
    -Tu avais pris goût aux travaux ménagers, lance Maissa avec un sourire amusé.
    -Ce n’était pas du tout ça, ma chère sœur. Non. C’était bien plus sérieux. Un matin, alors que je revenais du marché, je retrouvais père au salon. Il était en pleine discussion avec un homme. Un vieil homme.
    A ma vue, il baisse la voix et referma doucement la porte du salon. J’étais dans le couloir, mais j’ai pu saisir quelques bribes de sa conversation. L’homme en question venait demander ma main.
    Il avait travaillé de longues années à l’étranger et avait fondé une famille. Il était père de quatre grands garçons qui gagnaient bien leur vie. Appréhendant le fait que ses enfants pourraient se lier avec des étrangères, il avait décidé de rentrer au bled pour les marier. De ce fait, il voulait dénicher lui-même ses futures brus. Ainsi, une voisine lui aurait parlé de moi.
    J’étais toute désignée pour m’occuper d’un foyer et élever des enfants. La preuve, c’est moi qui avais pris en charge ma famille depuis que ma mère était alitée. Cela suffisait donc pour que cet homme se présente chez nous. Mon père verra tout de suite un bon parti pour moi. Bien sûr, il demandera tout d’abord l’avis de notre mère qui s’empressera de m’en parler. Je fus sidérée ! Moi qui voulais reprendre mes études, me voici confrontée à une situation inattendue.
    Le mariage était à cette époque la dernière chose à laquelle je pensais. J’étais très jeune, et je voyais l’avenir d’un œil nouveau. J’avais des projets plein la tête. Des ambitions. Hélas ! Comme toutes les femmes de sa génération, mère ne voyait pour mon avenir que le mariage.
    L’homme qui venait demander ma main pour son fils était aisé, vivait à l’étranger, et même si on ne connaissait pas encore mon futur prétendant, on ne cessait de me répéter que je ne pouvais tomber sur un meilleur parti.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 5e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle poursuit :
    - Je sentais alors la révolte gronder en moi. Non ! C’en était trop ! D’abord on m’avait retirée de l’école pour faire la boniche, ensuite on voulait me “vendre” au premier venu sans même savoir à qui on avait affaire.
    Père finira par battre en retraite devant mon entêtement. Mais maman refusera d’entendre raison. Pour elle, je venais de rater le coche. Qu’y a-t-il donc de mieux pour une fille que son foyer, son mari et ses enfants ?, ne cessait-elle de me répéter.
    Des jours durant, je m’enfermais dans ma chambre. Je ne voulais ni sortir ni manger, encore moins parler de mariage. Des camarades de classe vinrent m’annoncer que mes enseignants me demandaient de reprendre les cours. J’en fus heureuse. C’était la solution la plus logique pour moi. Mes études. Je voulais tant retrouver ma classe, mes livres et préparer mon bac dans les règles de l’art.
    Mais voyant là un moyen de démontrer son autorité, ma mère s’y opposa. C’était fini. Je devrais à tout jamais oublier l’école et mes professeurs. Ma place désormais était à la maison auprès d’elle. Sinon auprès de mon futur mari.
    J’avais beau supplier.
    Il n’y avait rien à faire. Mon père repartit en France pour reprendre son travail, et je me retrouvais avec maman qui ne cessait de me reprocher mon refus de me marier.
    Je devins alors le bouc émissaire de ses colères et de ses mauvais moments. Toi tu étais encore dans tes couches. Alors pour oublier un peu mon triste destin, je décidais de m’occupais de ton éducation. Et bien sûr, personne ne trouvera à redire, d’autant plus que cela arrangeait maman qui se plaignait de sa santé à tout bout de champ.
    Les années passent. Une fois qu’on t’avait scolarisée, je pus respirer un peu. En dehors des travaux ménagers, je m’inscrivis à des cours de couture. De formation en apprentissage, et de stages pratiques aux perfectionnements, je devins une modéliste et une couturière recherchée.
    Je veillais des nuits entières pour dessiner des modèles et innover dans la confection. Mes clientes se comptaient par dizaines. Dans le premier atelier où j’ai commencé à travailler à mes débuts, j’étais le bel exemple qu’on exhibait. Jamais de retard, jamais d’absence, je donnais libre cours à mon imagination pour faire dans l’exclusivité, ce qui enchantait mes abonnées.
    Cette réussite était le seul point lumineux qui brillait dans l’obscurité profonde de ma triste nuit. Puis vint le jour où j’en eus marre de travailler pour les autres.
    Père m’achète les premières machines, des mannequins et une table pour la coupe des tissus. Il avait senti le poids de son erreur dans le passé, et tentait de racheter ma compréhension et mon estime en m’aidant à lancer un petit atelier à la maison.
    Je ne chômais pas d’ailleurs. Bien vite, je pus lancer ma propre affaire. Je louais un grand hangar que je transformais en atelier de couture et m’achetais d’autres machines. Je me mis aussi à former d’autres couturières.
    La plupart d’entre elles acceptèrent de travailler avec moi à la fin de leur formation. Ce qui m’arrangeait, car je n’arrivais plus à faire face à mes clientes qui, à la longue, devenaient de plus en plus nombreuses.
    Des commerçants allèrent jusqu’à me proposer de travailler pour eux, mais je refusais. Je ne pouvais troquer ma passion contre de l’argent. Je voulais me prouver aussi à moi-même que je pouvais réussir avec peu de moyens. Ma notoriété grandissait de jour en jour. J’avais désormais une clientèle huppée et exigeante. Mais je savais répondre à l’exigence de toutes ces femmes qui devinrent vite fidèles à mon atelier.
    Les années passèrent l’une après l’autre. Pour moi, il n’y eut aucun changement. J’eus d’autres demandes en mariage, mais aucun prétendant ne réussira à accrocher mon intérêt.
    J’étais confinée entre mon travail et la maison. Des amies me conseillèrent de sortir, de voyager et de rencontrer d’autres gens. Ce n’est que de cette manière que je pourrais tomber sur un bon parti, ne cessèrent-elles de me ressasser. Hélas ! Malgré ma bonne volonté, je ne pouvais me soustraire à l’autorité familiale.
    Maman, qui ne m’avait jamais pardonné d’avoir refusé mon premier prétendant, ne voyait pas d’un bon œil ces escapades dont je lui parlais. Je voulais changer de vie. Prendre un bon départ et tracer mon avenir. à cette époque, plutôt demander la lune.
    Je ne pouvais sortir ne serait-ce qu’en ville, sans une autorisation, alors de là à penser à voyager et à faire connaissance avec des inconnus, c’était inadmissible, voire inconcevable.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 6e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra se verse encore un peu de jus avant de continuer :
    - Sentant le temps passer et la routine s’installer, je me renfermais de plus en plus sur moi-même. Les affaires marchaient à merveille. J’avais des couturières professionnelles sur qui je pouvais compter, et des commandes qui augmentaient sans cesse.
    Je n’avais plus besoin de conseiller mes assistantes. Elles avaient compris que pour atteindre le succès, il faut montrer ce qu’on savait faire. C’était là le sésame de la réussite. Je pouvais enfin souffler. Je n’avais plus besoin de me rendre tous les jours à l’atelier, mais ramenais à la maison tous les travaux urgents.
    Des trousseaux de mariées, des robes de soirées, des tailleurs, et toute la liste du prêt-à-porter de certaines de mes anciennes clientes qui ne voulaient pas changer de main. Ma chambre est devenue ce chantier que tu ne connais que trop bien, et me voici, la quarantaine bien sonnée, encore là à compter les murs et à attendre qu’un prince charmant descende de ses étoiles… Oh ! bien sûr, je ne vais pas me nourrir d’illusions, car avec l’âge, mes chances de fonder un foyer deviennent de plus en plus minces.
    Maïssa presse la main de sa sœur :
    - Ne dis-pas ça. Tu n’es pas aussi vieille que tu le penses… Tu es même encore très belle, et surtout très élégante.
    - C’est gentil à toi, Maïssa, de tenter de me rassurer. Mais vois-tu, ma chérie, je connais mon âge, et surtout notre société. Chez nous, une fois la vingtaine bien amorcée, on est déjà traitée de vieille fille. Alors à la quarantaine, n’en parlons pas.
    - Mais tu reçois tous les jours des mariées d’un âge avancé. Rappelle-toi cette brune qui venait de l’intérieur du pays pour confectionner son trousseau… Elle ne doit pas être bien plus jeune que toi.
    - Peut-être… Mais ce n’est pas tous les jours que les femmes de mon âge peuvent tomber sur des partis intéressants. Plus on avance dans l’âge, plus nos chances de fonder un foyer s’amenuisent. Et même lorsque le destin daigne nous sourire, ce n’est pas toujours le prétendant idéal qui se présentera… C’est le plus souvent un veuf ou un divorcé qui veulent une boniche chez eux, ou une nourrisse pour leurs enfants.
    Maïssa garde le silence un moment avant de lancer :
    - Je ne savais pas que père avait lui-même détruit ton avenir. Il était tellement gentil, tellement ouvert avec moi…
    Nacéra lève une main protestante :
    - Que Dieu lui pardonne ! Il pensait bien faire. Et puis, lorsque tu es née, je devais reprendre mes études. C’est plutôt cet homme de malheur qui était venu demander ma main pour son fils qui avait tout remis en cause. Jusque-là, personne ne m’avait demandé d’arrêter définitivement mes études.
    - Mais tu as réussi dans la vie, Nacéra. C’est ce qui compte le plus. Tu ne dépends de personne, et tu es une couturière renommée. J’appellerais bien çà un succès, tu ne trouves pas ?
    Nacéra hausse les épaules :
    - Si l’on veut. Mais j’avais d’autres rêves… D’autres ambitions… La couture n’était au début qu’une roue de secours… Mais ne voilà-t-il pas que j’en ai fais un métier et une carrière.
    Maïssa sourit :
    - Une grande consolation pour toi… Heu… je ne veux pas te bercer d’illusions, mais je sens que quelqu’un de bien finira pas s’intéresser à toi.
    - Oh ! Je n’y pense même plus. Maintenant, j’aimerais faire autre chose. Peut-être finirais-je par trouver un appartement et m’installer chez moi comme je l’ai toujours voulu. Tiens, pourquoi pas aussi réaménager mon atelier… Je devais me déplacer à l’étranger pour acheter des machines à coudre professionnelles et du matériel de couture, mais avec tout ce travail que j’ai sur les bras ces derniers temps, je ferais mieux de reporter ces projets à plus tard.
    Maïssa allait dire quelque chose puis se ravisa. Nacéra la contemple un moment avant de demander :
    - Qu’as-tu Maïssa ? Tu ne te sens pas bien ?
    Maïssa secoue sa tête :
    - Non ça va… Je vais bien… Je voulais juste aborder un sujet avec toi.
    - Bien sûr… je t’écoute.
    - Heu… je… je ne sais pas par où commencer.

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 7e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra regarde curieusement sa sœur, qui semblait réellement gênée.
    - Maïssa ! Vas-tu enfin lâcher le morceau ? Tu m’inquiètes avec cet air sérieux qui n’augure rien de bon.
    - Je vais te faire une confidence… Juste une petite confidence… Heu… Oh ! je ne sais plus…
    J’ai tellement honte de t’en parler maintenant que je connais tout ce passé que tu viens d’étaler devant moi.
    - Mais de quoi veux-tu donc m’entretenir enfin ?
    Maïssa inspire une goulée d’air, avant de lancer :
    - Je vais me marier.
    - Quoi ?
    Nacéra se lève et contourne la table avant de s’arrêter devant sa sœur :
    - Tu vas quoi… ?
    Maïssa baisse les yeux et répondit d’une voix chevrotante :
    - Me marier… Quelqu’un viendra demander ma main le week-end prochain. Je voulais que tu sois la première à être informée.
    Nacéra prend sa sœur par les épaules :
    - Tu parles sérieusement ?
    - Bien sûr. Il n’y a pas de quoi plaisanter là-dessus.
    - Mais Maïssa, tu n’as que vingt ans, et il y a tes études à terminer, un job à décrocher, avant de penser au mariage.
    - Oui ma sœur…
    Mais il y a aussi le temps qui passe, et l’âge qui avance.
    Tu viens de démontrer par toi-même que la vie ne fait pas de cadeau, et qu’il faut partir à point si on ne veut pas rater le coche.
    - Certes. Mais dans ton cas c’est différent. Tu termineras d’abord tes études, et tu pourras te marier ensuite. Disons dans deux ou trois années…
    - Je ne pourrais pas attendre jusque-là.
    - Pourquoi donc ?
    - Heu… Lyès… je veux dire mon futur, Lyès est pressé. Il veut qu’on se marie tout de suite. Il veut venir demander ma main et fixer rapidement la date du mariage.
    - Qui est ce Lyès ?
    - Un ami… Un jeune que j’ai rencontré à l’université. Il est professeur de mathématiques.
    - Tu le connais depuis quand ?
    - Depuis… depuis une année environ. Il vient tous les mardis et jeudis donner son cours, et nous nous sommes tout de suite plus.
    Nacéra regarde sa sœur. Maïssa transpirait et semblait mal à l’aise. Evidemment, quelque chose ne tournait pas rond chez elle.
    - Je comprends ton entêtement à te marier. Tu ne veux pas finir vieille fille comme moi…
    Mais crois-moi, les études doivent passer avant tout.
    - Oui… Les études… les études je vais les terminer bien sûr. Mais je dois aussi faire ma vie.
    Je compte sur toi pour mettre notre mère au courant.
    Les parents de Lyès vont se pointer chez nous dans quelques jours, et je n’aimerais pas essuyer un refus.
    - Un refus légitime Maïssa.
    Maman aimerait te voir réussir d’abord dans tes études puis dans une carrière professionnelle.
    Le mariage viendra après. Ton époque est différente de la mienne.
    Tu pourras rencontrer un autre homme que ce Lyès qui ne m’inspire pas du tout confiance, bien que je ne le connaisse pas encore.
    Maïssa hésite puis lance :
    - Lyès est quelqu’un de bien.
    Dans le cas contraire, il m’aurait plutôt abandonnée.
    Nacéra fronce les sourcils :
    - Eh bien il n’aura qu’à chercher ailleurs. Il doit être plus âgé que toi puisqu’il est déjà enseignant.
    Pourquoi n’attendra-t-il pas la fin de tes études pour se marier ?
    - C’est un cas de force majeure.
    - Il n’y a aucune force majeure qui t’empêchera de terminer tes études. Contrairement à moi, on ne t’a jamais empêchée de sortir, de rencontrer tes amies, d’aller au cinéma, et bien entendu de rejoindre l’université après ton bac. Je voulais que tu aies ce que moi je n’ai pas eu. Que tu décroches des diplômes et que tu atteignes le summum de la réussite.
    Maïssa hoche la tête d’un air grave :
    - Je vois… Tu veux projeter tes ambitions sur moi.
    Tu veux que je réalise tes propres rêves et que j’accède à tes objectifs.
    - Pas mes ambitions, mais plutôt les tiennes. Si tu as fait des études supérieures, ce n’est pas pour rester cloîtrée à la maison.
    - Je ne trouve pas inconvenant pour une femme de vouloir rester chez elle et de s’occuper de son foyer et de ses enfants.
    - Chaque femme a ses propres rêves. Toi, tu vas forcément te trouver un job à la fin de tes études.
    - Je ne pense pas… Je ne suis pas très attirée par un travail ni par une carrière professionnelle.
    Nacéra, je veux juste me marier avec Lyès et faire ma vie. Je ne veux pas rater le coche comme toi.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 8e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Sidérée par la réponse de sa jeune sœur, Nacéra demeure un moment sans voix. Elle pensait que les filles de la nouvelle génération avaient plus de chance. Elles avaient accès aux études et au monde du travail, et c’était déjà un grand progrès pour elles dans une société dominée par les tabous. Seulement, Maïssa, sur laquelle elle fondait tant d’espoirs, l’avait surprise en lui déclarant qu’elle voulait plutôt être femme au foyer.
    -Je n’en reviens pas, murmure-t-elle. Je n’en crois pas mes oreilles. Maïssa, il y a quelques mois, tu me parlais autrement. Tu faisais de grands projets pour ton avenir, et tu ne cessais de me répéter qu’à la fin de tes études, tu prévoyais de voyager pour découvrir le monde et approfondir tes connaissances. J’étais si fière de t’entendre parler ainsi.
    Maïssa semblait gênée par les propos de sa sœur aînée. Mais elle se reprend pour répondre :
    -C’était il y a longtemps. J’ai juste changé d’avis.
    -Il y a à peine trois mois Maïssa !, s’écrie Nacéra hors d’elle. On ne change pas d’avis sur un coup de tête. Non Maïssa, ce n’est pas parce qu’un bel inconnu t’a séduite que tu vas tout abandonner, je ne te le permettrai pas.
    -Que tu le permettes ou pas, je ne vais pas revenir là-dessus. Je vais me marier, et très bientôt. Sinon Lyès risque de changer nos plans.
    Offusquée, Nacéra fronce les sourcils. Il est bien audacieux cet inconnu qui fait chanter sa sœur. Qu’il aille donc au diable et qu’il les laisse en paix. Maïssa est trop jeune pour voir la réalité des choses, et elle-même n’arrive pas encore à comprendre ce revirement de la situation.
    -Maïssa, te rends-tu compte de ce que tu viens de dire ? Ce jeune homme fera ce qu’il voudra. Je ne vais pas le laisser détruire ton avenir. Tu lui dira simplement que la famille s’oppose à votre union et…
    -Non ! Non, Nacéra. Il faut qu’il m’épouse. Il le faut. J’ai déjà eu assez de mal ainsi pour le décider à venir demander ma main.
    -Tu as eu du mal à le décider ?!
    Nacéra secoue la tête :
    -Je n’arrive pas à te suivre.
    Maïssa se met à pleurer. Elle lève les yeux vers sa sœur, puis les rabaisse, avant de se remettre à pleurer de plus belle. Nacéra s’approche d’elle et la prend par les épaules :
    -Cesse donc de pleurer. Le ciel ne t’est pas tombé sur la tête. Un de perdu, dix de retrouvé. Je ne sais pas si tu es consciente de ce que tu avances, mais crois-moi, aucun homme ne mérite tes larmes et ton sacrifice.
    -Dans mon cas, si.
    Nacéra secoue encore sa sœur :
    -Que s’est-il donc passé entre toi et cet homme, pour que tu deviennes aussi vulnérable et aussi inconsciente ? Allez, dis-moi… Je sens que tu me caches quelque chose Maïssa. Tu vas tout de suite me dire de quoi il s’agit.
    Maïssa s’essuie les yeux et renifle. Elle regarde sa sœur et semble sur le point de dire quelque chose. Mais elle se ravisa et se remet à pleurer. Nacéra, qui la tenait toujours par les épaules, la trouve bien pâle. Elle avait des cernes sous les yeux, et son visage était boursouflé. Est-ce une impression ou…?
    Elle sursaute et se remet à la secouer :
    -Maïssa. Tu es enceinte ! Dis-moi que ce n’est pas vrai !
    Elle se laisse tomber sur une chaise. La main sur sa poitrine, elle sentit les battements de son cœur tripler de rythme, et une sueur inonder son corps. Elle tente de se relever, mais ne le put pas. Ses mains tremblaient et elle n’arrivait pas à ordonner ses idées.
    Quelque chose s’était bloquée dans sa gorge et au lieu de pousser un cri, c’est une sorte de grognement qu’elle réussira à émettre après un long effort.
    Maïssa redoubla ses pleurs. Elle se laisse tomber sur une banquette et met une main sur sa bouche, pour qu’on n’entende pas ses sanglots.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 9e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Soudain, elle se lève et court se soulager dans la salle de bains. Anéantie, Nacéra la suit des yeux.
    Sa sœur s’est fait avoir. Elle va attirer la malédiction sur elle et sur toute la famille, si elle ne l’aide pas.
    Elle reprend ses esprits et fait un effort pour paraître plus calme. Maïssa revient et la regarde dans les yeux avant de lancer :
    -Je suis désolée Nacéra. Je ne voulais pas en arriver là.
    Nacéra lève la main :
    -Cela ne sert plus à rien de revenir là-dessus. Le scandale pourra éclater à tout bout de champ. Tu risques d’attirer la honte sur notre famille, si on n’agit pas rapidement.
    Elle pousse un soupir avant de poursuivre :
    -Je te croyais plus sensée. Une universitaire, une intellectuelle… Tu as tout juste vingt ans et tu tombes dans les bras du premier venu. Bien sûr, je comprends mieux maintenant ses réticences à venir demander ta main. Il a déjà eu ce qu’il voulait de toi. Rien d’autre ne pourra plus l’intéresser. Tu as dû le supplier et lui promettre le paradis pour qu’il se décide enfin à réparer sa faute.
    Et encore, rien n’est sûr.
    Maïssa déglutit et baisse les yeux avant de demander :
    -Tu ne vas pas le crier sur tous les toits ?
    Nacéra sentit la moutarde lui monter au nez :
    -Tu es inconsciente. Une moins que rien. Une fille sans scrupule. Et tu oses me demander…
    Elle secoue la tête :
    -On aura tout vu dans ce monde. Vraiment Maïssa, tu me déçois. Tu me déçois énormément.
    -J’aimerais que tu m’aides, lance Maïssa dans un sanglot.
    -Oh arrête ! Je ne veux plus t’entendre te lamenter, ni pleurer. Tu ne pourras plus reculer. Pourquoi ne me m’avais-tu pas mise au courant plus tôt. J’aurais peut-être pu intervenir à temps.
    -Je ne savais pas que j’étais enceinte. Je n’avais rien compris. Je ne connaissais pas les symptômes d’une grossesse. Ce n’est que lorsque je me sentais de plus en plus fatiguée, que j’ai été voir un médecin, et c’est là où j’ai découvert…
    Elle réprime un sanglot :
    -C’était terrible. Je n’en croyais pas mes oreilles. Lorsqu’on avait confirmé ma grossesse, j’étais déjà au troisième mois, et le médecin a refusé de me faire avorter.
    Nacéra lève les bras au ciel :
    -Tu es passée par toutes les étapes. Bravo. D’abord une grossesse, puis un avortement. Et ensuite? Ensuite qu’as-tu fais ? Tu t’es mise à genoux devant cet homme pour le supplier de t’épouser. Quelle humiliation ! Il te brandira toujours ça au visage. Ta vie durant, tu vivras accrochée à sa bonne volonté. Cet homme, s’il t’épouse, fera de toi son souffre-douleur.
    Et il te trompera à la première occasion, tiens-le-toi pour dit. Mais ce qui sera encore bien pire pour toi, c’est qu’il ne te fera plus jamais confiance. Jamais. Son expérience avec toi plaidera toujours pour lui.
    Maïssa ne répondit pas. Elle avait arrêté ses pleurs, et subissait en silence les remontrances de sa sœur aînée.
    Nacéra eut soudain pitié d’elle.
    Elle se reprend et lance d’une voix moins forte :
    -Tu as dis qu’il se présentera le week-end prochain ?
    Maïssa hoche la tête :
    -Oui. C’est ce qu’il m’a dit.
    - Eh bien, attendons jusque-là pour voir s’il dit la vérité.
    Maïssa sursaute :
    -Tu doutes ?

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 11e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra se pince pour se prouver qu’elle ne rêve pas. Hélas ! C’était la triste réalité. Pourvu que les choses s’arrangent rapidement… Sinon…
    Elle ferme les yeux et laisse l’eau couler sur son corps. Ah ! Si on pouvait effacer tous les malaises humains par un simple jet d’eau !
    Elle se sèche et s’habille rapidement, avant de descendre au salon de coiffure du quartier, où elle se fera faire une mise en pli.
    Puis elle remonte pour choisir une tenue plus appropriée pour cette journée un peu spéciale. D’ailleurs, elle avait demandé à sa coiffeuse de la maquiller légèrement, afin d’effacer les traces de fatigue, et de camoufler son teint terne.
    Devant sa glace, elle se contemple un moment, avant d’ajuster son tailleur rose de bois, coupé sur mesure, et de mettre un collier en perles de culture autour de son cou.
    Elle choisira, pour finir, une jolie paire d’escarpins à hauts talons et un sac assorti. Quelques gouttes de parfum sous ses oreilles et sur ses poignets, elle jette un dernier coup d’œil à sa silhouette, avant de se décider à partir.
    Sa mère qui préparait le déjeuner dans la cuisine fronce les sourcils à sa vue :
    -Te voilà parée pour te rendre à une fête…
    Tu m’avais pourtant dis que tu allais juste déjeuner avec Hind.
    -Exact. Mais pour une fois, nous avons décidé de faire des folies et de nous rendre dans un restaurant chic.
    -Quelle idée ! Pourquoi donc ?
    -Eh bien, pour changer un peu… Disons pour faire comme les gens d’un certain standing.
    Sa mère secoue sa tête :
    -Tu ne sors pas souvent, et parfois juste pour acheter tes accessoires de couture, mais aujourd’hui tu veux réellement toucher le plafond. On te prendrait facilement pour une nouvelle mariée ma chère fille, alors que tu as dépassé l’âge d’être une mariée… D’ailleurs… (Elle hausse les épaules), tu t’entêtes à refuser encore ces rares prétendants qui se présentent une fois par hasard.
    Nacéra, qui connaissait par cœur le répertoire de sa maternelle à son égard, se contenta d’essuyer ses remontrances sans broncher… Un jour elle saura pour Maïssa, et… ce jour-là, on entendra sûrement un autre son de cloche. Pour éviter la litanie habituelle, elle se contente de tourner les talons et de quitter les lieux.
    Un soleil radieux égayait la ville, et elle se met à marcher à petits pas, tout en humant les senteurs coutumières. Par là, c’est le jardin et ses fleurs qui embaument, quelques pas plus loin, c’est le marchand de beignets dont les relents de fritures vous prennent à la gorge, plus loin, c’est le restaurant du quartier, qui n’est pas encore ouvert à cette heure matinale, alors que des cuisines qui se trouvent de ce côté-là du trottoir se dégagent de fortes odeurs d’épices et d’oignons.
    Et puis, il y a le vendeur de cacahuètes avec son étalage de produits tout chauds et croustillants, et enfin le coiffeur pour hommes qui, fenêtres grandes ouvertes, vous en met pleines les oreilles des rythmes endiablés du raï, tandis que des effluves de shampooing et de lotions après-rasage agressent vos narines.
    Nacéra traverse tout le quartier, avant d’atterrir à la grande place de la rue principale. De là, elle pourra prendre un taxi qui la déposera au square du centre-ville.
    Elle jette un coup d’œil furtif à sa montre-bracelet, et constate qu’elle avait assez de temps pour faire quelques magasins de tissu, avant l’heure de son rendez-vous.
    Cette ballade l’occupera pour une heure ou deux, et elle pourra souffler devant les nouveaux arrivages des tissus et oublier ses préoccupations. D’ailleurs, elle avait prévu pour la prochaine saison un grand défilé de mode… Mais… pourrait-elle tenir ses engagements ? Son esprit encombré n’était pas au beau fixe en ce moment pour lui permettre d’ordonner ses idées et donner libre cours à sa créativité.
    Elle hèle un taxi qui la déposera une demi-heure plus tard au centre-ville, et remarque tout de suite la grande foule qui se bousculait devant l’entrée d’un grand magasin de prêt-à-porter.
    Les femmes tentent de trouver chacune à sa manière une échappatoire à leurs soucis… Là-dessus, elle en connaissait un bout, car elle recevait tous les jours ces passionnées de la mode qui, en fait, veulent juste paraître à leur avantage, pour camoufler les aléas du temps, ou oublier devant la glace leurs multiples soucis quotidiens.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 12e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Ah ! Les femmes ! Parfois, il suffisait d’acheter une nouvelle tenue ou un petit bijou pour qu’elles se sentent heureuses… Une évasion dans le monde de qui sera la mieux habillée, la plus admirée ou, encore mieux, celle qui se targuera d’avoir une armoire bien garnie devant une assistante féminine, loin d’être indulgente.
    Nacéra soupire. Toutes ces mascarades ne sont qu’illusion. Un baume sur une plaie profonde, qui se ravivera sans cesse et qui pourra s’infecter sans crier gare.
    Pourtant, malgré tout, ces femmes continuent leur bonhomme de chemin en brandissant, tel un bouclier, leur beauté et leur savoir-vivre.
    Elles sont toutes pareilles d’ailleurs et veulent toujours paraître à leur avantage afin de ne pas courber l’échine et se sentir à l’écart du monde.
    Le magasin de prêt-à-porter qui venait de recevoir les derniers modèles de la saison regorgeait d’une foule cosmopolite.
    Il y avait de tous les niveaux, et des vêtements pour tous les goûts. Les femmes passaient et repassaient entre les échantillons vestimentaires exposés çà et là. Elles tâtaient le tissu, critiquaient le modèle, faisaient appel aux vendeuses ou à des connaisseuses en la matière pour avoir leur avis, avant d’aller essayer le vêtement de leur choix.
    Nacéra n’était pas là pour acheter. Pour elle, c’était une autre paire de manches. Elle était plutôt là pour avoir une idée sur les derniers échos de la mode sous toutes ses formes.
    Loin de s’offusquer devant les jugements hâtifs des unes et les exclamations des autres, elle passait d’une rangée à une autre pour s’imprégner de cette odeur propre aux vêtements neufs, qu’elle connaissait si bien, et qu’elle aimait tant.
    Des robes, des pantalons, des chemisiers, des jupes, des corsages, des gilets… Rien n’avait été oublié.
    Elle palpe les tissus, étudie les modèles, regarde les finitions, avant de jeter un coup d’œil sur les prix.
    Ces derniers n’étaient, bien entendu, pas à la portée de toutes les bourses. Ici, c’était le luxe qui prévalait, et le luxe se payait… Il y avait aussi des modèles exclusifs qui coûtaient les yeux de la tête.
    Nacéra caresse de sa main savante le tissu d’une jolie blouse en soie naturelle. Le tissu était doux, et la coupe était impeccable.
    Elle jette un coup d’œil au prix et constate qu’il était exorbitant… Ce modèle, elle pouvait le reproduire facilement, mais comme cela lui arrivait des fois, elle aimait de temps à autres s’offrir quelque chose d’original, fabriqué en dehors de ses ateliers.
    Sans plus attendre, elle court essayer la blouse et constate qu’elle la moulait bien et rehaussait son buste à ravir. Le plaisir d’un contact neuf sur sa peau la décidera à l’acheter.
    Quelques minutes plus tard, elle ressortait du magasin, son vêtement soigneusement plié et déposé dans un beau sac en papier.
    Elle se sentait moins stressée en se dirigeant vers le square du centre, où l’attendait déjà Hind
    Cette dernière sourit à sa vue et vint vers elle.
    -Alors on a été dépenser son argent dans les magasins ?, lui dit-elle en l’embrassant et en désignant le sac.
    Nacéra hausse les épaules :
    -Une folie. De temps à autre on oublie la raison… Vois-tu… ?
    -Qu’à cela ne tienne, le plaisir n’a pas de prix. Je connais tes goûts Nacéra. Je suis certaine que tu as choisi quelque chose de très beau.
    -Juste une petite blouse en soie, que je pouvais facilement me confectionner.
    Hind lui prend le sac des mains et se met à farfouiller dedans avant de ressortir à moitié le fameux vêtement.
    -Oh ! Mais c’est très joli… Je ne trouve pas du tout que tu aies fait une folie Nacéra. Cette blouse est vraiment très belle, et en sus elle est de grande marque.
    -Oui… Mais les marques ne sont pas toujours authentiques. Et même dans le cas où elles le seraient, il y a fort à parier que nos couturières peuvent parfaitement reproduire ces modèles et les proposer à des prix bien plus abordables. N’empêche que nous sommes toutes pareilles, nous les femmes. N’importe quel chiffon suscite notre convoitise.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 13e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hind rit :
    - Ne sois donc pas aussi radine. La pièce en vaut la dépense cette fois-ci. Tu n’as pas raté le coche.
    Nacéra hausse les épaules :
    - Si tu le dis… Où allons-nous maintenant ?
    - Déjeuner dans un endroit romantique et très agréable. Suis-moi, tu ne le regretteras pas.
    Elles prirent un taxi et se retrouvèrent bientôt devant un restaurant très chic. L’endroit semblait sortir tout droit d’une revue touristique. Surprise, Nacéra suivra son amie à l’intérieur avant de s’exclamer :
    - Tu ne t’es pas trompée Hind… Je ne suis jamais venue dans un tel lieu… C’est tout simplement fabuleux.
    - Attends donc de goûter aux plats qu’on y prépare. Tu m’en diras des
    nouvelles.
    Un maître d’hôtel vint à leur rencontre, et les précède dans la grande salle, qui regorgeait déjà de monde.
    Elles s’attablèrent près d’une grande fenêtre qui donnait sur un jardin verdoyant, et dont le jet d’eau, au centre, ajoutait une note rafraîchissante.
    - Où étais-je donc enterrée… ? Je ne savais que de tels restaurants existaient chez nous.
    Hind donne une tape sur le bras de son amie :
    - Tu le reconnais enfin… Tu t’es bel et bien enterrée. Tu ne sors plus, tu ne reçois presque personne d’autre que tes clientes, et tu partages ton temps entre ton atelier, tes commandes et tes tissus… Quand consentiras-tu donc à te laisser vivre et à goûter au bonheur que la vie nous offre de temps à autre ?
    Nacéra pousse un soupir :
    - Tu as raison Hind… Mais tu connais mes réticences… Je ne suis plus de la prime jeunesse, et les meilleures années sont derrière moi.
    Hind ouvrit de grands yeux :
    - Que dis-tu donc petite idiote ? Les meilleures années seraient plutôt devant toi… Il n’y a pas d’âge pour vivre et s’amuser… Nous sommes de simples passagers sur terre, et à chacun sa part de bonheur dans ce bas monde… Ne sois pas si pessimiste, et pour ne jamais oublier que tu existes, regarde de temps à autre autour de toi… Tiens, regarde un peu par là… Ne vois-tu pas qu’il y a des femmes et des hommes bien plus âgés que nous, mais qui continuent à sortir, à faire des rencontres et à profiter pleinement de
    la vie ?
    Nacéra suit le regard de son amie et constate effectivement que des gens de tout âge étaient installés devant leurs plats, et discutaient à bâtons rompus ou riaient sans complexe. Un autre monde que le mien, se dit-elle.
    Un serveur vint leur remettre le menu, et revint quelques minutes plus tard pour prendre la commande.
    En attendant d’être servies, elles demandèrent des boissons fraîches et se mirent à boire à petites gorgées tout en admirant le beau décor qui les entourait. Enfin, on sert le déjeuner, et elles s’attaquent aux plats commandés avec délice.
    Nacéra se détendit. Loin de chez elle, elle se sentait moins stressée… Elle repense à Maïssa… Une vague de tristesse la submerge… Mais elle se reprend en se disant que son but aujourd’hui était de reposer ses méninges et de profiter de sa journée.
    Elle pousse un soupir et se remet à manger. Hind lui sourit :
    - Alors, tu es heureuse ?
    - Heureuse ? Disons que je me sens un peu mieux dans ma peau… Cette sortie me permet de souffler un moment et d’oublier mon stress.
    - On pourrait sortir plus souvent… Je ne demande pas mieux moi, si de temps à autre tu consentais à écouter mes conseils.
    - Tu oublies que je suis submergée de travail… J’ai des commandes très urgentes, et des clientes très difficiles à satisfaire… La journée d’aujourd’hui me coûtera un double travail demain, si je veux être aux rendez-vous des essayages prévus et des commandes programmées.

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 14e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hind soupire :
    - A t’entendre parler ainsi, on dirait que le monde tourne sur ton dos. Je ne cesse de te répéter que le surmenage te guette, et tu risques de frôler une dépression si tu t’entêtes à travailler sans relâche.
    Nacéra ouvrit ses mains dans un geste d’impuissance :
    - Que veux-tu que je fasse ? La seule chose que je sais faire c’est bien confectionner des vêtements. Et puis, tu vois, je n’aime pas trop manquer à mes promesses… C’est ça le secret de ma réussite.
    Hind hausse les épaules :
    - A ta guise, ma chère amie. Mais ne viens pas te plaindre au cas où tu n’arriverais plus à te concentrer sur ton travail ou à ordonner tes idées. Le repos et la distraction sont indispensables à l’être humain…
    Personne au monde ne devrait travailler sans relâche ou sans s’accorder quelques jours de vacances. Tu n’es pas obligée de travailler non plus chez toi. Tes couturières à l’atelier peuvent te remplacer amplement (Elle hausse encore les épaules)
    Tu es incorrigible… Tu te prends toujours pour quelqu’un d’indispensable qui ne doit jamais être absent à l’appel.
    Nacéra l’écoute jusqu’au bout, mais ne répondit pas.
    Son regard venait d’être attiré par un homme assis juste en face d’eux.
    Depuis le temps qu’elle s’interdisait de regarder les hommes, c’est-à-dire depuis de longues années, elle est surprise par l’intérêt que cet inconnu suscitait en elle.
    L’homme devait avoir une quarantaine d’années… Peut-être même son âge. Il était habillé élégamment, et ses cheveux coupés court et bien coiffés lui donnaient l’air d’un gentleman.
    Il venait de terminer son déjeuner, et avait commandé un café qu’il s’était mis à siroter, avant d’allumer une cigarette. Ses doigts étaient longs et fins. Des mains d’intellectuels, se dit-elle. Il tire un journal d’une serviette déposée sur une chaise à côté de lui, et se met à lire les titres avant de relever les yeux vers elle. Il avait sûrement senti son regard. Nacéra se sentit rougir et baisse hâtivement les yeux.
    - Tu es sur un nuage…
    La voix de Hind la ramène sur terre. Elle sursaute et revint vers elle :
    - Non… Je suis dans… dans ce restaurant avec toi.
    Hind qui avait suivi son regard la taquine :
    - Le prince charmant est là ?
    - Hein ? Le prince quoi ? De quoi veux-tu parler Hind ?
    Son amie lui tapote la main :
    - Il n’y a qu’un bel homme qui peut distraire une femme comme toi qui est aussi froide que les pierres d’une rivière.
    - Bien dit. Je suis aussi froide que les pierres.
    Hind lui pince le bras
    - Pourtant la rougeur de tes joues dénote du contraire…
    Nacéra porte une main à sa joue :
    - Cela se voit autant que ça ?
    - Puisque je te le dis.
    Nacéra repousse son assiette d’un geste las :
    - Je n’ai plus faim… Commandons un dessert ou un café, et allons-nous-en.
    Hind jette un coup d’œil à sa montre :
    - Il est encore trop tôt pour rentrer à la maison…
    - Si tu veux, allons flâner quelque part, mais je ne veux pas trop tarder dans ce restaurant.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  13. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 15e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hind sourit :
    -Il est aussi beau que ça… ?
    -Hein… Le restaurant ? Oui… L’endroit est paradisiaque… Je…
    -Tu as bien compris Nacéra… Ne me prends pas pour une idiote… Je parlais de l’homme bien sûr.
    -Quel homme ? Tu as une imagination extraordinaire Hind… Tu me connais pourtant.
    -Justement… C’est ça le hic… Je crois que ton cœur se réveille enfin. Le sang afflue dans tes veines… Un miracle vient de se produire… Si au seul regard tu viens de flancher, c’est le coup de foudre ma chérie… Cela n’arrive pas tous les jours et surtout pas à quelqu’un comme toi.
    Nacéra qui avait repris de son assurance relève la tête et constate que l’homme était plongé dans la lecture de son journal.
    Comme par hasard, il relève encore les yeux vers elle, et leurs regards se croisèrent. Il dépose alors son journal et demande un autre café… Une manière de lui dire qu’il n’était pas pressé de partir.
    Confuse, Nacéra se détache de son regard et propose à Hind un café :
    -Hein ? Un café… ? Je ne prends jamais de café à midi et… toi non plus que je sache… Je préfère un dessert… Tu veux faire comme lui… ?
    Nacéra s’emporte :
    -Arrête donc avec tes sous-entendus Hind… J’ai envie de prendre un café, voilà tout.
    Hind demande le dessert et du café pour son amie. Nacéra, dans l’intervalle, avait remarqué que l’homme la regardait d’une manière plus insistante. Il venait de mettre deux morceaux de sucre dans sa tasse et elle en fait de même… A sa grande surprise, il avait remarqué son geste. Amusé, il ébauche un sourire.
    Nacéra se sentit défaillir. Que lui arrive-t-il donc ? Hind la tire par la main :
    -N’attire pas trop son attention, sinon il te prendrait pour une femme facile.
    Nacéra ouvrit de grands yeux avant de s’exclamer :
    -Mais je ne suis pas du tout…
    -Je sais… je sais… Je te connais assez pour cela… Heureux encore que tu consentes enfin à regarder un homme… Mais lui ne te connaît pas… C’est comme ça… Les hommes analysent et jugent au premier regard… Souvent ils se trompent bien sûr… Seulement, ce n’est pas tous les jours que tu vas rencontrer un homme qui te plaît, qui te séduit…
    -Arrête… Arrête Hind. Je ne suis ni attirée ni séduite… Cet homme est juste un client dans ce restaurant… Il se trouve qu’il est assis en face de moi, et que nos regards s’étaient croisés… Voilà tout. Rien d’anormal, n’est-ce pas ?
    -Mais pardi… Il n’y a rien d’anormal ! Je trouverais plutôt rassurant pour toi de consentir enfin à sortir de ta coquille…
    Nacéra l’interrompt :
    -Merci madame la psychologue… Mais il se trouve que je suis assez grande, voire assez vieille pour demander conseil à quiconque.
    -Grande oui… Mais vieille non… Je ne veux pas te contrarier là-dessus, mais il se trouve que tu es très belle dans ton tailleur, et que tes joues rouges d’émotion te rendent très attirante… Ce mec ne va pas te lâcher. Crois-moi.
    -Hind s’il te plaît !
    Je ne veux rien d’autre aujourd’hui que me déstresser un peu. Tu es trop romantique ma chère amie… Cet homme, une fois sorti de ce restaurant, m’oubliera à jamais… D’ailleurs où aura-t-il l’occasion de me rencontrer encore ?
    Hind sourit :
    -Quand on veut, on peut… Il ne faut pas taquiner le destin Nacéra… Je suis plutôt curieuse de jeter un coup d’œil sur ce Roméo… Il est juste derrière moi n’est-ce pas… ?
    Nacéra lui lance un regard désapprobateur :
    -Tu veux attirer la foudre ou quoi… ? Même s’il était à l’autre bout de la salle, je ne te permettrai pas de te retourner pour le regarder… Il devinera facilement que nous étions en train de parler de lui…

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 16e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hind se met à rire :
    -Ta discrétion me plaît… Tu es taillée dans une ancienne étoffe… Les femmes de la nouvelle génération ne se feraient pas prier pour aller de l’avant….
    Nacéra prit encore une gorgée de café, puis repousse sa tasse :
    -Je crois qu’il est temps pour nous de quitter les lieux….
    Hind hèle un serveur et demande l’addition :
    -Si tu ne veux pas rentrer tout de suite chez toi, allons faire quelques courses dans les magasins de la grande avenue… J’aimerais choisir un parfum et acheter quelques cosmétiques….
    -Je t’accompagnerai volontiers… Je ne sais plus tenir en place dans ce restaurant.
    Hind paye l’addition, et elles se levèrent. Nacéra ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil discret à la table d’en face, et constata que l’homme la regardait encore.
    Elle pousse alors Hind devant elle, et elles se dirigèrent vers la sortie.
    L’air embaumait le jasmin et les fleurs odorantes. Le grand jardin qui entourait le restaurant était bien entretenu, et Nacéra aspire une bonne goulée d’air.
    -Ah ! Cela fait grand bien de sentir ces odeurs naturelles…
    Hind allait répondre, lorsqu’une voix derrière elles les fera sursauter :
    -Mesdames vous avez oublié quelque chose.
    Elles se retournèrent en même temps. L’homme ébauche un sourire, et s’adresse à Nacéra :
    -Vous avez oublié ce paquet madame.
    Surprise, Nacéra, qui avait reconnu l’homme du restaurant, demeure muette de stupéfaction. Elle reconnut le sac en papier frappé des initiales du magasin où elle avait acheté la blouse en soie.
    Reprenant ses esprits à temps, elle tendit la main et récupéra son paquet avant de balbutier :
    -Merci… Merci monsieur…
    -Djamel… Djamel N.
    Il tire une carte de visite de la poche de son veston et la lui tendit :
    -Vous avez toutes mes coordonnées là-dessus mesdames…
    Nacéra porte une main à sa bouche :
    -J’ai oublié mes cartes de visite… Je m’appelle Nacéra H. Je vous remercie pour ça… (elle montre son paquet du menton)… Je crois que j’ai des trous de mémoire ces derniers temps.
    -Mais qui n’en a donc pas ?!
    L’homme semblait calme et sûr
    de lui… Il souriait d’un air amusé,
    dévoilant une dentition d’acteur de
    cinéma.
    -Je vous souhaite un agréable après-midi mesdames.
    Sans plus attendre, il tourne les talons et s’engouffre dans un véhicule garé non loin de là.
    Hind tire Nacéra par le bras :
    -Aller viens. Si tu restes là, il finira par se demander si tu ne vas pas le suivre…
    Nacéra baisse ses yeux et lance :
    -C’est l’homme du restaurant…
    -Oui… ça, je l’ai bien compris. Tu n’as pas fais par hasard exprès de laisser ton paquet là ?
    Nacéra la foudroie du regard :
    -Le prix de cette blouse n’est pas donné Hind… De là à penser à faire semblant de l’oublier, au risque de la perdre, l’idée ne m’aurait même pas
    effleurée.
    -Je plaisante bien sûr… Je crois que cet homme s’intéresse à toi… Sinon pourquoi nous aurait-il suivies et t’aurait remis sa carte de visite.
    Nacéra hausse les épaules :
    -Tu te fais des idées, c’est une simple coïncidence.
    Hind secoue la tête :
    - Dans ce cas-là, j’aimerais avoir de telles coïncidences tous les jours…

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 17e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra regarde son paquet avant de le tendre à son amie :
    -Tiens. Mets-le dans ton sac, le mien est trop petit… Je n’aimerais pas encore l’oublier quelque part.
    -Et moi donc… ?
    -Toi, tu ne risque pas d’oublier un grand sac à main comme le tien… (elle rit), et si tu l’oublies, tant pis ! Peut-être que quelqu’un d’autre le retrouvera et courras cette fois-ci après toi, pas après moi.
    -Cette blouse sera alors un porte-bonheur pour nous deux… Cela existe finalement.
    Pas convaincue pour un sou, Nacéra hausse les épaules et précède son amie vers la grande avenue.
    Elle flânèrent et firent plusieurs magasins, et c’est les bras chargés qu’elles consentirent enfin à prendre un taxi pour rentrer chacune chez elle.
    Sur le chemin du retour, Nacéra repense à Maïssa. Sa sœur vit une situation dramatique…
    Elle tente de chasser les idées noires qui commençaient à submerger son esprit. Elle soupire.
    Dire qu’elle venait de passer une agréable journée et qu’elle avait même vécu un moment romantique.
    Elle ébauche un sourire en repensant à ce bel homme qui l’avait suivie pour lui remettre son paquet. Il avait très belle allure, se dit-elle… Un véritable Don Juan…
    -Il est bien beau.
    Comme si elle lisait en elle, Hind la surprend encore une fois :
    -Je le trouve très mignon et très élégant dans son complet noir… C’est un homme qui a de la classe et qui ne semble pas dans le besoin. Tu as vu son véhicule ?
    Nacéra hausse les épaules :
    -Oui et alors… ? Tu sais bien que je pourrais me permettre un véhicule bien plus élégant si je le voulais.
    -Je te parle de l’homme… Il n’a pas l’air non plus d’être dans le besoin… Ce qui ne gâche rien… Là au moins, au cas où votre idylle prendrait une autre tournure, tu sauras qu’il ne s’intéresse pas à ton argent.
    -Tu vas trop vite en besogne Hind… Cet homme a été juste galant… Je ne vois pas pourquoi tu parles d’idylle.
    -C’est mon petit doigt qui l’a suggéré. Et mon petit doigt ne se trompe jamais.
    Nacéra était arrivée dans son quartier. Hind, qui devait descendre plus loin, la retint par le bras, au moment où elle allait quitter le taxi :
    -Tu devrais appeler ce Djamel… C’est bien son prénom n’est-ce pas… ?
    Nacéra se dégage et ouvrit la portière du véhicule avant de répondre :
    -Hind, je te remercie pour cette excellente journée que nous venons de passer ensemble. J’ai vraiment apprécié le déjeuner, les courses, et chaque minute m’a été très agréable. Pour le reste, je crois que je ne suis pas celle qui n’attend qu’un signe d’un homme pour se jeter dans ses bras… Je sais que tu veux me montrer comment font les femmes pour s’accrocher aux hommes. Hélas ! Je crois que j’ai dépassé l’âge de jouer aux amourettes, et celui de rêver devant un feuilleton à l’eau de rose en pleurant sur les déboires amoureux d’une femme en manque de séduction. Sur ce, je te souhaite bien le bonsoir.
    Nacéra claque la portière et se dirige tout droit vers l’immeuble où elle réside. Hind se met à la héler, puis demande au taxieur de l’attendre, avant de courir derrière son amie :
    -Nacéra… Nacéra…
    Nacéra se retourne :
    -Quoi donc… ? Tu as oublié un autre précieux conseil pour me pousser dans un gouffre de rencontres galantes et de sentiments qui n’existent que dans ta tête ?
    Essoufflée, Hind brandit un paquet :
    -Non… Ce n’est pas moi qui ai oublié quelque chose, c’est plutôt toi.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 18e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra reconnut le sac en papier qui contenait sa blouse et se retint de rire. Encore une fois, elle s’était laissée distraire. Elle prend son paquet et sourit :
    -Merci Hind… Je crois qu’aujourd’hui la mémoire me fait défaut.
    Hind lui pince la joue :
    -Alors raison de plus, pour que je te rappelle à d’autres réalités.
    Elles se quittèrent, et Nacéra monte les marches d’escalier une à une avant de se retrouver au troisième étage. Une odeur de poulet et de chorba vint titiller son nez. Sa mère était sûrement en train de préparer le dîner.
    Elle sonna, et une seconde plus tard, comme si elle l’attendait, Maïssa vint lui ouvrir. Elle avait le regard abattu et la mine de quelqu’un qui revenait d’un enterrement.
    Nacéra sentit une sueur désagréable inonder son corps. Elle court déposer ses paquets dans sa chambre et revient vers sa sœur, qui l’avait tout bonnement suivie.
    -Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu ne te sens pas bien Maïssa… ?
    Pour toute réponse, Maïssa alla s’asseoir sur le lit et se mit à entortiller nerveusement une mèche de ses cheveux.
    -Parle… Qu’est-ce qui se passe ? Tu as revu ce salopard ?
    Maïssa lève les yeux vers sa sœur et répondit d’une voix étranglée :
    -Oui… On s’est vu cet après-midi. Il est venu m’attendre à la sortie du cours.
    -Et alors… ?
    -Alors… Il m’a dit qu’il ne pouvait pas envoyer ses parents ce week-end… Pas avant… qu’il ait eu la preuve formelle de ma grossesse, et surtout celle de sa paternité.
    Nacéra sentit son sang se glacer dans ses veines. Non seulement cet énergumène a mis sa sœur dans le pétrin, mais il doute aussi de la paternité de l’enfant qu’elle porte…
    Elle s’approche de sa sœur et la regarde dans les yeux :
    -Que lui as-tu répondu… ?
    -Je lui ai juré qu’il était le seul homme que j’ai connu, et avec qui je suis sortie… Que je n’ai jamais plus rencontré d’hommes après lui…
    -Petite idiote… C’est comme si ces seuls mots suffisaient à le faire décider pour venir demander ta main… J’étais certaine qu’il allait te faire chanter, et ce n’est que le début… Crois-moi… Il ne va pas se manifester de sitôt…
    Maïssa se met à pleurer :
    -Que vais-je faire maintenant… Mon ventre commence à s’arrondir… J’ai peur qu’on devine mon état, et alors que vais-je devenir… ?
    -Cette question, tu aurais dû te la
    poser avant de te laisser séduire par cet être sans scrupules… et sans
    conscience…
    -Je reconnais que je suis la première fautive dans ce qui m’arrive. Mais il est trop tard pour me lamenter. Je crois que je vais mettre fin à mes jours.
    Nacéra étouffe un cri :
    -Petite malheureuse ! Est-ce la seule issue que tu as trouvée : mettre fin à tes jours et attirer le déshonneur sur la famille… ? Tu sais bien qu’on n’ira pas par quatre chemins pour deviner les raisons de ton suicide.
    -Alors… que vais-je faire ? Dis-moi…

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 19e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra se met à réfléchir, puis lance :
    -Pour commencer, appelle-le et propose-lui un test ADN le plus tôt possible.
    -Je… J’y avais pensé, figure-toi… Je voulais avoir juste ton approbation là-dessus.
    -Pourquoi n’as-tu donc pas pensé à avoir mon approbation avant de…
    Maïssa se remet à pleurer :
    -Je sais que je suis la seule à blâmer… Je voulais juste m’amuser… Je ne savais pas que les choses aller se gâter… que cela irait si loin.
    -Voilà ce que j’appellerais de l’inconscience Maïssa… Et cette inconscience, tu la payeras bien cher, je le crains
    Maïssa, le visage inondé de larmes, lève les yeux vers sa sœur :
    -Je suis prête à en payer le prix… Prête à mourir pour sauver l’honneur de la famille.
    -Il n’y a pas que l’honneur de la famille en jeu… Il y a aussi cet enfant qui va naître… Une victime… Tu en fais une victime qui portera toute sa vie le poids de ton erreur…
    Elle secoue la tête :
    - Je n’aurais jamais cru que ma sœur, celle que j’ai élevée moi-même, et celle qui me rendait si fière par ses réussites scolaires et pour laquelle j’entrevoyais un avenir meilleur que le mien allait me décevoir de la manière la plus ignoble. Ne pouvant plus se retenir, Maïssa se jette dans les bras de sa sœur et se met à sangloter. Nacéra la serre contre elle et sentit les larmes mouiller ses joues. Elle aussi pleurait. Elle avait pitié de sa jeune sœur et craignait le pire pour elle. Le mieux serait de trouver une solution efficace et rapide. Maïssa était déjà à la fin du troisième mois, et selon elle, les médecins refuseraient de procéder sans raison à un avortement. Si Lyès consente à subir un test ADN et régularise la situation, elle pourra souffler. Du moins pour sauver la façade. Car au fond, elle avait compris que sa sœur ne sera jamais heureuse avec un tel homme, qui d’ores et déjà montrait ses griffes.
    Mais au cas où il refuserait… ?
    Nacéra serre davantage sa sœur contre elle. Au cas où il refuserait, elle va devoir passer à l’action et penser à dénicher une matrone… Une sorte d’accoucheuse traditionnelle qui consentira à procéder à un avortement clandestin avec tous les risques que cela supposait. Elle ferme les yeux un moment. Maïssa avait cessé ses sanglots, sans pour autant desserrer son étreinte. Nacéra la repousse doucement et essuie de sa main les yeux rougis de sa jeune sœur :
    -Nous finirons par trouver une solution et nous en sortir… Calme-toi et va te laver le visage, et surtout ne rentre pas dans la cuisine avec tes yeux boursouflés. Maman risque de soupçonner quelque chose et ne nous laissera plus en paix.
    Maïssa hoche la tête :
    -Oui… Je sais… Je vais me laver le visage et passer un peu de glace sur mes yeux…
    Nacéra se change et se démaquille, puis attend que Maïssa revienne dans la chambre pour lui demander :
    -Tu veux bien appeler ce Lyès de malheur et me le passer… ?
    Maïssa lève un regard interrogateur vers sa sœur qui poursuit :
    -Je dois d’abord avoir une idée sur lui, avant de passer à l’action… Dans ce monde, il faut se conduire en voyou avec un voyou, en ami avec un ami, et en ennemi avec un ennemi… Dans ton cas, je crois que je ne pourrais confirmer l’idée que j’ai sur cet homme que lorsque j’aurais discuté avec lui.
    -Que vas-tu lui dire Nacéra ?, demande Maïssa sur un ton inquiet.
    -Que j’aimerais le rencontrer et discuter de ton état.
    -Et s’il refusait… S’il refusait sous prétexte que ce problème ne concerne que nous deux ?
    -Ah non ma chère ! Ce problème ne concerne pas que vous deux… Du moins pas tant que vous n’êtes pas mari et femme… Ce problème concerne l’honneur de toute une famille… On ne badine pas avec l’honneur lorsqu’on est fils de bonne famille.
    Maïssa garde le silence… Elle semblait hésitante, et son air affligé déplut à sa sœur :
    -Alors… Qu’attends-tu… ? Je veux discuter avec cet homme et tirer les choses au clair avec lui.

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 20e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Maïssa hésite encore quelque secondes, puis comprenant qu’elle n’avait plus le choix, prend son portable et se met à composer un numéro.
    Elle attendit un moment, puis refait encore le numéro…
    La sonnerie résonne, puis la disquette l’informe que son correspondant ne répondait pas.
    Nacéra lui prend l’appareil des mains et recompose le numéro… En vain. Elle décide alors de rappeler sur son propre portable. Lyes ne connaissait pas son numéro…
    S’il lui répondait, il confirmerait de lui-même qu’il ne voulait pas discuter avec Maïssa. Une manière de la fuir et de lui faire comprendre qu’elle n’existait plus pour lui.
    A la première sonnerie, Nacéra entendit clairement la voix rauque d’un homme :
    - Allo… Allo… Bonsoir.
    - Bonsoir… Je m’adresse bien à Lyes ?
    - Tout à fait… Et vous êtes… ?
    - Une femme qui aimerait discuter avec vous.
    - Pourrais-je savoir à qui ai-je l’honneur ?
    - Je suis la sœur aînée de Maïssa.
    Un silence. Puis Nacéra entendit un souffle. On dirait que l’homme hésitait à lui répondre ou à lui raccrocher au nez.
    Elle attendit plusieurs minutes avant que Lyes ne daigne enfin répondre :
    - Je crois deviner le but de votre appel.
    - Parfait ! Et que comptez-vous faire jeune homme, maintenant que les dés sont jetés ?
    - Je crois que je l’ai déjà expliqué à votre sœur.
    - Ma sœur est une idiote qui ne connaît encore rien à la vie… Sinon pourquoi se serait-elle mise dans un tel pétrin ?
    - Elle est adulte et responsable de ses actes. Je ne suis pour rien dans tout ce qui s’est passé.
    - Je crois que vous vous trompez là-dessus monsieur.
    Certes, elle est adulte et majeure, c’est ce que vous voulez insinuer je présume.
    Mais il se trouve qu’elle est enceinte de vous… Ce bébé, elle ne l’a pas fabriqué toute seule… Vous avez été tous les deux inconscients.
    - Je ne vois pas où vous voulez en venir…
    - Je vais vous le dire : c’est très simple… Ou vous régularisez sa situation, ou…
    - Ou quoi… ? Vous me menacez… ?
    - Prenez-le comme vous voulez. Si vous vous entêtez à refuser, je vais devoir passer aux grands actes… Et croyez-moi, vous n’en sortirez pas indemne. Je devine déjà la réaction de votre famille si jamais on…
    - Laissez ma famille loin de ça. Elle n’a rien à voir là-dedans…
    - Ah ! Votre famille ne devrait pas être mise au courant de vos erreurs… Par contre la nôtre devrait subir l’humiliation et la honte sans broncher. Monsieur, vous êtes un inconscient et un irresponsable.
    Ayez au moins le courage de regarder en face vos propres erreurs et de les corriger.
    - Je n’ai rien fait… Votre sœur… C’est votre sœur qui m’a poussé à aller aussi loin… Elle voulait m’accrocher par tous les moyens. Et ne croyez pas que je suis celui qu’on mène par le bout du nez.
    - Et elle… ? Croyez-vous que c’est une fille à faire chanter ? Elle a été naïve et avait cru en vous. Elle a toujours été romantique. Elle vous a aimé au point de vous offrir ce qu’elle possédait de plus précieux : son honneur. Et quelle a été votre réaction ? Vous l’avez repoussée, dénigrée et malmenée. Son état sera très bientôt apparent.
    Alors… à vous de jouer maintenant : ou vous vous conduisez en homme ou je serais obligée de passer par d’autres moyens pour vous convaincre.
    Nacéra avait débité cette dernière phrase en tremblant. Elle n’était pas du tout certaine de ce qu’elle avançait et craignait une réaction inverse de son interlocuteur. Lyes pouvait lui rire au nez, l’envoyer au diable ou tout simplement raccrocher sans donner de suite.
    Elle sera donc surprise de l’entendre lui répondre :
    - Je suis désolé de vous causer autant d’ennuis… Je… je vais tenter d’arranger ça. Maïssa est une chic fille. Je… je ne pouvais avouer ma faute à mes parents. Alors j’ai préféré temporiser.
    - Vous temporisez ? Jusqu’à quand donc ?
    - Je ne saurais vous le dire… Laissez-moi le temps de préparer ma famille. On verra ensuite.
    - Le temps presse justement. Une grossesse évolue de jour en jour.
    - Je comprends… mais…
    - Il n’y a pas de mais qui tienne. Vous avez été jusqu’à douter de votre paternité et demandé à Maïssa un test ADN…
    - C’était juste pour gagner du temps.

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 21e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra s’emporte :
    -On n’a pas idée de gagner du temps dans une situation qui urge… Avez-vous pensé à Maïssa… ? Elle n’hésitera pas une seconde à se suicider pour épargner le scandale à sa famille… Et comment réagirez-vous alors Monsieur Roméo ?
    Lyès garde le silence quelques minutes, qui parurent une éternité pour Nacéra. Puis il lance :
    -Bien… Je crois que je n’aimerais pas avoir un suicide sur la conscience…
    -Vous n’en aurez pas un, mais deux… Vous oubliez le bébé qu’elle porte… Votre enfant.
    Elle entendit une respiration saccadée. Lyès était troublé. C’est d’une voix nouée qu’il lui répondit :
    -Je vais discuter avec mes parents… C’est promis.
    Vous avez ma parole… Je vous contacterai ensuite pour confirmer notre venue chez vous…
    Ne vous inquiétez pas… Je ne suis pas un lâche… Mais tous ces événements qui me tombent comme ça sur la tête… Vous comprenez…
    -Parfaitement… Mais comprenez vous aussi que ma sœur est très déçue par votre comportement, et elle est aussi très malheureuse… Je crains qu’elle ne pique une dépression…
    -Je ne vais pas la faire languir davantage… J’aimerais que notre enfant arrive au monde dans les meilleures conditions qui soient…
    -Je n’ai plus rien à ajouter là-dessus… Je suis sûre que vous êtes un homme mûr…
    -Comptez sur moi. Cela va s’arranger pour tout le monde… Comment va Maïssa… ?
    Nacéra lance un coup d’œil à sa sœur qui suivait la conversation en mordant dans un mouchoir.
    -Très mal… Elle n’a pas cessé de vomir de la journée… En dehors de ses malaises physiques, elle est à bout de nerfs, comme vous pouvez l’imaginer…
    -Oui… J’ai… été un peu cruel avec elle… Il est vrai… Je suis désolé… Rassurez-la… Tout ira pour le mieux. Merci d’avoir appelé madame… Je ne connais pas votre prénom
    - Nacéra…
    -Merci Nacéra… Votre intervention a suscité en moi beaucoup d’émotion… Je crois que vous m’avez aidé à voir plus clair dans une situation que je croyais sans issue.
    -Tant mieux pour vous… J’espère qu’on se rencontrera bientôt et que vous serez le beau-frère exemplaire dont j’ai toujours rêvé.
    -Je l’espère moi aussi.
    Nacéra raccroche et se retourne vers Maïssa qui la dévorait des yeux avant de retirer son mouchoir de sa bouche et de demander :
    -Il ramènera bientôt sa famille… ?
    -C’est ce qu’il a dit… Mais il y a quelque chose qui cloche…
    -Hein ? Quoi donc… ?
    -Cet homme aurait pu me raccrocher au nez et éteindre son portable… Mais ce n’est pas ce qu’il a fait…
    Il m’a même écoutée jusqu’au bout, et a supporté mes remontrances sans broncher…
    A la fin, il a promis de régulariser la situation…
    Elle secoue la tête :
    -Je n’arrive pas à croire que j’ai réussi aussi facilement à le décider… Cela me paraît un peu bizarre…
    Maïssa l’interrompt :
    -Pourquoi donc… ? Au fond, il n’est pas aussi mauvais… C’est juste qu’il avait peur de la réaction de ses parents.
    -Et non des tiens bien sûr.
    -Heu… Je crois que nous avons agi sans réfléchir…
    -Une raison supplémentaire pour lui de repousser mes suggestions… Tu n’es pas mineure Maïssa…
    Tu es aussi responsable que lui de ce qui s’est passé.
    Maïssa baisse les yeux, et Nacéra la sentit au bord d’une nouvelle crise de larmes. Elle s’approche et met le bras autour de ses épaules :
    -Je sais ce que tu ressens… Les erreurs se payent Maïssa…
    Tu ne seras sauvée que si Lyès tient à sa promesse… Nous verrons dans quelques jours s’il va se conduire en homme sensé ou pas.
    Aller, sèche tes larmes et allons dîner… Mère doit se demander ce qui nous retient ainsi toutes les deux dans ma chambre.
    Durant le dîner, Maïssa sera prise d’un autre malaise. Sa mère lui jette un coup d’œil curieux avant de lui demander :
    -Tu ne te sens pas bien Maïssa… ?
    -Heu… Tout va bien maman… Il se trouve que j’ai un peu mal à l’estomac… L’odeur de friture me donne des nausées…
    -Hein ! ? Depuis quand la friture te provoque-t-elle des nausées… ?

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 22e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra qui était assise à côté de sa sœur la pince fortement avant de la devancer pour répondre :
    -Tu connais Maïssa maman… N’importe quel subterfuge est bon pour elle, lorsqu’elle n’a pas envie de manger, ou lorsque le dîner n’est pas à son goût… Ta fille est une admirable
    comédienne.
    -Mais elle est toute pâle… Depuis son retour de l’université, elle n’a pas quitté son lit, jusqu’à ce que tu rentres.
    Elle secoue la tête :
    -J’avoue que je ne comprends plus rien à vos manigances à vous deux ces derniers temps… Que mijotez-vous donc ensemble ?
    -Mais rien maman… Maïssa voulait juste m’entretenir sur un sujet… Une de ses amies se mariera bientôt et elle voulait que je lui confectionne une robe un peu spéciale, afin qu’elle soit la plus belle de la soirée.
    -Oui… Mais cela n’explique pas sa pâleur et ses…
    -C’est juste une fatigue passagère, l’interrompt Nacéra.
    Tu sais bien que si elle était malade, Maïssa n’ira pas par quatre chemins pour nous le faire savoir.
    Sa mère pousse un soupir :
    -C’est moi qui suis fatiguée… Je me fais vieille, et j’aimerais vous voir toutes les deux bien casées chez vous, avant de rendre mon dernier soupir.
    Maïssa pousse un petit cri, et Nacéra s’empresse de lancer :
    -Que Dieu t’accorde une longue vie maman… Nous ne pouvons choisir notre destin dans ce monde…
    -Oui… C’est ce qu’on dit toujours, lorsqu’on ne trouve pas de réponse à des questions embarrassantes. Surtout toi Nacéra… Tu as raté des occasions en or…
    Nacéra se tut. Maïssa qui avait encore une nausée s’était précipitée hors de la cuisine. Nacéra se retourne alors vers sa mère :
    -Elle doit être dans sa période…
    Sa mère hausse les épaules d’un air impuissant :
    -Eh bien, prépare-lui une tisane. Cela lui fera du bien et l’aidera à dormir.
    Après avoir fait la vaisselle et mis de l’ordre dans la cuisine, Nacéra vérifie que sa mère s’était endormie, avant de frapper à la chambre de Maïssa. Cette dernière lui ouvrit, et Nacéra remarque tout de suite que sa sœur était mal en point :
    -Que se passe-t-il ? Tu as vomis la soirée durant, maman finira par découvrir la vérité si cela continue.
    -Je n’y peux rien… Je ne me sens pas bien… Je crois que j’ai vomis tout ce que j’avais dans mon estomac et je…
    Maïssa se tut et porte une main à sa tête avant de s’affaler sur le sol glacial de sa chambre.
    Nacéra retiendra de justesse un cri qui mourut dans sa gorge. Elle se penche vers sa sœur et tente de la réanimer en lui donnant des tapes sur les joues. Maïssa entrouvrira les yeux. Nacéra lui soulève la tête :
    -Je crois que je vais appeler un médecin.
    Maïssa lève la main et secoue la tête.
    -Mais tu ne pourras pas passer toute la nuit dans cet état, Maïssa.
    La jeune fille referme les yeux quelques secondes avant de les ouvrir. Elle tente de se relever. Nacéra l’aide à rejoindre son lit, et l’aborde :
    -Tu es sûre que ça va ?
    Maïssa hoche la tête tout en gardant les yeux fermés. Elle paraissait harassée. Nacéra alla chercher un grand verre d’eau dans la cuisine et mouilla une serviette qu’elle déposa sur le front de sa sœur :
    -Bois quelques gorgées d’eau Maïssa… Cela ne te fera pas de mal.
    Maïssa acquiesce et accepte le verre d’eau fraîche que lui tendait sa sœur. Elle en but quelques gorgées, puis se laissa retomber sur son oreiller.
    -Dès demain, je t’emmènerai voir un médecin… Tu ne pourras pas continuer ainsi… Aujourd’hui, maman a pris mes paroles pour argent comptant, mais une autre fois, je ne te garantirai rien… Et puis, il y a aussi un autre risque à l’université, ou dans la rue… Imagine que tu perdes connaissance loin de de la maison…
    Elle secoue la tête :
    -Mon Dieu ! On t’aurait conduite à l’hôpital, et les médecins auraient vite fait de mettre la famille au courant.

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 23e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Maïssa garde le silence. Elle était trop épuisée pour répondre à sa sœur, mais son regard renseignait amplement sur ses frayeurs.
    Nacéra passe une main protectrice sur ses cheveux :
    -Je vais te préparer une tisane… Ensuite tu essayeras de dormir. Je vais laisser la porte de ma chambre ouverte. Sait-on jamais…
    Nacéra traverse le couloir, puis alla coller son oreille à la porte du salon, où sa maman dormait.
    N’entendant rien, elle en conclut que cette dernière ne s’était pas réveillée, donc ne savait rien de ce qui s’était passé. Elle pousse un soupir et se rendit dans la cuisine pour préparer une tisane à sa sœur, avant de rejoindre son lit, sur lequel elle s’affale telle une masse inerte.
    Elle se sentait si lasse, si déçue, qu’elle doutait fort de passer une bonne nuit.
    Elle tire la couverture sur elle et se met à repenser aux derniers événements. En deux jours, elle avait vécu telle une forcenée. Elle se sentait plus que jamais inquiète pour sa sœur… Lyès avait fait des promesses…
    Va-t-il les tenir ? Etait-il un homme de scrupule ?
    Soudain une image passe devant elle : L’homme du restaurant… Le bel homme au regard si profond…
    Elle revoit son visage au charme indéniable et ses mains si fines… Comme il avait de l’allure !
    Soudain, elle se redresse et court prendre son sac. Elle farfouille dedans un moment, avant de tomber sur la carte qu’il lui avait remise.
    Elle se rallonge alors et se met à lire : Djamel N. Architecte – Entrepreneur.
    Elle lit l’adresse inscrite et constate qu’il devait occuper des locaux ou un appartement dans un beau quartier du centre-ville.
    Elle dépose la carte sur une table à côté de son lit, et tente de faire le vide en elle. Sa journée a été bien longue. Elle avait apprécié sa sortie avec Hind, mais il avait fallut revenir à une amère réalité : Maïssa.
    Sans le problème de sa sœur, elle aurait été vraiment plus sereine. Peut-être aurait-elle appelé cet homme et discuté avec lui… Juste comme ça… Juste pour voir si elle pouvait encore plaire.
    Elle pousse un soupir : à son âge, il est interdit de rêver…
    Elle sentit une larme rouler sur sa joue… Pourquoi pleure t-elle donc ? Elle s’était défendue de verser des larmes ou de se lamenter sur son sort… Voilà des années qu’elle tentait d’affronter son destin avec courage et abnégation.
    Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va flancher.
    Elle ferme les yeux et tente de repousser les idées noires qui la taraudaient… Il va falloir tout d’abord trouver rapidement une issue salvatrice pour sa sœur… Maïssa doit sortir de l’impasse et reprendre une vie normale… Elle était encore trop jeune pour faire face à des problèmes qui la dépassent…
    Ce Lyès aura affaire à elle si jamais il manque à sa promesse !
    Nacéra finira par s’endormir.
    Elle était épuisée et son cerveau avait fini par sombrer dans un sommeil profond.
    Au petit matin, elle est réveillée par Maïssa. Cette dernière avait encore des nausées et son teint blafard ne plut pas du tout à sa sœur.
    Elle se leva et alla lui préparer encore une tisane et déposa quelques compresses mouillées sur son front.
    -Allez, bois cette infusion puis prépare toi. Nous allons partir consulter un médecin… Tu ne pourras pas continuer ainsi.
    -Je ne me sens pas bien…
    -Nous prendrons un taxi.
    Quelques heures plus tard, elles ressortirent d’un cabinet médical.
    Le toubib avait prescrit quelques médicaments et ordonné un repos au lit pendant quelques jours.
    Au préalable, il avait demandé à Maïssa si son mari ne l’avait pas accompagnée… Une question qui l’avait contrainte à lui mentir, en lui disant qu’il était en mission, et qu’elle s’était fait accompagner par sa sœur aînée.
    Nacéra s’empresse de faire servir l’ordonnance, et elles rentrèrent toutes les deux à la maison.
    Maïssa s’alita. Ce qui alarma sa maman. Mais Nacéra la rassura, en lui certifiant que le médecin avait diagnostiqué juste une fatigue.
    Néanmoins, elle demeura aux aguets, car elle ne voulait pas que sa mère, qui n’était pas née de la dernière pluie, ne découvre certains symptômes susceptibles de la renseigner sur l’état réel de sa fille.
    Mais la journée se passe sans encombre. Maïssa avait pris son traitement, et s’était endormie tel un ange jusqu’au milieu de l’après-midi.

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 24e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle se réveilla et demanda tout de suite quelque chose à manger. Ce qui signifiait qu’elle allait beaucoup mieux.
    Deux jours passent. A la veille du week-end, Maïssa reprend le chemin de l’université. Nacéra qui attendait un coup de fil de Lyès la met en garde :
    -Ne vas surtout pas courir après lui au cas où il se montre sous un mauvais jour… Tu sais bien qu’il a promis de ramener ses parents. Inutile donc de rabâcher là-dessus.
    -Je suis d’accord avec toi. Mais si jamais… Si jamais il veut me parler.
    -De quoi… ? De votre future union… ? Eh bien, tu répondras simplement que tu ne pourras le prendre au mot que lorsqu’il passera à l’action. Pour le reste, tu pourras lui assurer que tes malaises te rendent la vie infernale, et que tu as raté tes cours, parce que tu as dû garder le lit.
    Maïssa hausse les épaules :
    -Il pensera que je voudrais le faire
    marcher.
    -Il pourra penser ce qu’il voudra… La réalité est là, et il doit l’assumer… Pas trop de chichis petite sœur, sinon nous allons rater le coche.
    Lorsqu’elle revint en fin de journée, Maïssa semblait plus calme, et son air serein n’échappa pas à sa sœur :
    -Tu as l’air heureuse Maïssa… Lyès t’a-t-il parlé ?
    -Oui… Demain… Demain, il se présentera avec sa famille… Finis les ennuis Nacéra.
    Elle saute au cou de sa sœur :
    -Grâce à toi, je vais me marier et mettre de l’ordre dans ma vie.
    Nacéra la repousse gentiment :
    - Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué…
    -Mais je t’assure que…
    -Oui… J’ai compris… Lyès est venu te voir pour t’annoncer qu’il se marierait avec toi et que sa famille va se présenter… Tout ça est bien beau… Mais vois-tu ma chère, rien n’est encore fait.
    -Pourquoi es-tu si pessimiste Nacéra ? Tu me sape le moral avec tes
    incertitudes.
    Nacéra pousse un soupir :
    -On n’est jamais sûr dans la vie… Je n’aimerais pas te décevoir… Mais c’est ainsi… Je sens que Lyès ne t’a pas menti cette fois-ci… Attendons donc demain pour nous en assurer.
    Dans la soirée, Hind prend contact avec son amie. Elle voulait savoir si Nacéra avait appelé l’homme du restaurant, et sera bien déçue d’apprendre que cette dernière n’avait absolument rien fait.
    -Tu es une éternelle incorrigible Nacéra… Un tel homme, on ne le rencontre pas deux fois dans la vie.
    -C’est pour cette raison justement que je ne voulais pas l’appeler.
    -Je ne comprends pas…
    -Parce que tu sais bien que je suis une vieille fille, et qu’un homme tel que lui ne va pas s’embarrasser d’une vieille gourde comme moi… Il ne faut pas sortir de la Sorbonne pour comprendre que ce “prince” ne s’intéressera jamais à moi. Alors comme tu l’as si bien précisé, je ne pourrai pas le rencontrer une deuxième fois dans ma vie. Cela saute aux yeux pardi !
    Offusquée par la réponse de son amie, Hind s’insurge :
    -Pardi ! Donne-toi au moins pour une fois une chance… On dit que c’est le destin qui trace l’avenir de chacun de nous… Qu’en sais-tu donc ?
    -J’en connais assez sur la question pour ne pas tenter le diable.
    -Un tel homme Nacéra…
    -Je connais la suite, inutile de te fatiguer. Tu vas encore faire ses éloges et me dire qu’il est beau comme un saint, qu’il a de l’allure et qu’il doit occuper un poste intéressant… Heu… Pour ce dernier point, je pourrais tout de suite te renseigner : il est architecte et entrepreneur et occupe des locaux dans un beau quartier.
    -Tu ne vas pas me dire qu’il ne t’intéresse pas alors.
    -Même si c’était le cas…
    Elle ferme les yeux… Même si c’était le cas… Elle… n’était plus de la prime jeunesse pour l’intéresser…
    Nacéra sentit son cœur se serrer. Hind reprend :
    -Pourquoi n’as-tu pas terminé ta phrase ?
    -Hein… ? Si je vais la terminer… Je disais que même si c’était le cas… Je veux dire même s’il pouvait m’intéresser, il aura vite fait de se détourner de moi… Ne viens pas me dire ensuite que l’amour n’a pas d’âge et que les cœurs s’unissent au gré du hasard.

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 25e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hind pousse un soupir :
    - Moi qui voulais que cette rencontre ne soit pas aussi brève….
    - Tu aimes les histoires d’amour, tu es trop romantique Hind… Tu imagines autre chose que la triste réalité de la vie.
    - J’adore les histoires d’amour, car l’amour existe.
    Il a toujours existé et existera tant qu’il y aura des romantiques comme moi.
    - Tu veux dire des rêveurs.
    - Je ne suis pas une rêveuse. Tu as bien reçu des femmes qui avaient fait des mariages d’amour.
    - Certes, mais les destins ne se ressemblent pas.
    Hind se tut. Elle n’avait plus rien à ajouter pour pousser son amie à tenter sa chance, et à connaître le bonheur.
    Pour ne pas la froisser,
    Nacéra reprend d’une voix plus
    douce :
    - Tu es une très gentille fille Hind, et ma meilleure amie. Je sais que tu ne veux que mon bonheur. Je t’en remercie du fond du cœur.
    Mais vois-tu, je ne suis plus celle qui pourrait jouer aux amourettes.
    J’aimerais tant que tu rencontres toi-même l’homme qui te mérite et te rendra heureuse.
    Elle l’entend encore soupirer avant de lancer :
    - Personne ne s’intéresse à moi. Toi au moins tu es belle, charmante, et tu as beaucoup d’allure… Moi je ne suis qu’une guenille à tes côtés.
    - Oh ! Mademoiselle prend la liberté de se juger et de juger les autres sans aucun égard ni pour elle ni pour la nature. Voyons Hind, je n’ai pas encore rencontré une fille aussi douce et aussi sincère que toi.
    Tu as des qualités qui feraient de toi une princesse auprès de ceux qui savent les apprécier. Et puis tu n’es pas laide non plus…
    Ton physique n’a rien de désagréable, et plus d’une fois, j’ai vu des hommes se retourner sur ton passage.
    - Tu ne sais pas mentir Nacéra.
    - Non, je ne sais pas mentir… Tu doutes donc de ce que je viens de dire ?
    - Je ne doute de rien… Tu veux juste me flatter.
    - Je n’aime pas les flatteries mal placées… Tu le sais bien.
    - Mais tu sais trouver les mots réconfortants lorsque cela s’avère
    nécessaire.
    - Pas avec toi. Tu n’a aucunement besoin de réconfort. Tu es toi-même avec tout ce que la nature a bien voulu t’offrir.
    Hind se met à rire :
    - Moi qui voulait te pousser à appeler ce bel homme… Ah… ah… ! Me voici prise dans un autre piège…
    Bon, je ne vais pas m’étaler là-dessus. Je ne sais pas si tu as quelque chose à faire demain.
    Sinon, nous pourrons programmer une autre sortie et aller nous balader quelque part.
    - Merci pour ta sollicitude… Demain, je n’aurais vraiment pas le temps d’aller me balader.
    Je reçois des clientes, et je dois même terminer quelques robes pour une nouvelle mariée. Je n’aurai pas une minute à moi, comme tu pourrais l’imaginer.
    - Bien ! Alors tant pis ! Nous pourrons peut-être faire d’autres projets pour un autre jour.
    - C’est ça Hind. En tous les cas, j’aimerais avoir ton avis sur des tissus que je viens de recevoir dans mon atelier. Tu me donneras des idées sur les modèles que je vais créer pour mon prochain défilé de mode.
    - Oh ! super ! Mais tu es meilleure modéliste que moi qui ne suis qu’une couturière de quartier.
    - Dans ce domaine il n’y a pas de meilleure qui tienne…
    Tu es douée pour la confection, et plusieurs avis en valent mieux qu’un.
    - Je ferais de mon mieux.
    - Merci ma chère amie ; restons en contact et surtout pense un peu à toi.
    Elles raccrochèrent et Nacéra pousse un long soupir.
    Hind ne pouvait comprendre l’intensité de son désarroi et, de ce fait, imagine, à chaque fois, une nouvelle esquisse dans sa vie sentimentale.

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 26e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra se passe la main dans les cheveux. Elle se sentait de plus en plus lasse et se disait que les meilleures années de sa vie étaient derrière elle. Puis revenant à la réalité, elle retrouve son bon sens, et repense à Maïssa. Si la famille de Lyès se présente le lendemain, sa mère va les sermonner toutes les deux pour ne pas l’avoir mise au courant.
    Elle hausse les épaules. Et puis tant pis. Pourvu que Lyès ne manque pas à sa promesse. Tant que rien n’est encore confirmé, elle ne pourrait prendre les devants et informer sa mère. Elle pourra d’ailleurs aussi faire semblant de n’être au courant de rien.
    Maïssa avait pris un léger goûter et s’était retirée dans sa chambre. Nacéra met la télé, et se lève pour mettre un peu d’ordre dans sa chambre. Des robes non finies traînaient çà et là… Des ciseaux, du fil, des patrons, des tissus étaient posés un peu partout sur les banquettes et à côté des deux machines à coudre. Des revues et des photos étaient jetées sur la petite table de repassage… Un monde propre à elle… Un monde qu’elle a toujours connu.
    Elle s’était rendue plusieurs fois à l’atelier pour s’enquérir du travail de ses ouvrières. Elle avait déposé quelques ouvrages qui nécessitaient des finitions appliquées, et récupéré des tissus pour procéder à des coupes sur des modèles assez complexes.
    Les filles travaillaient bien, et chacune connaissait sa tâche. Aucun retard dans les essayages ou les livraisons n’était permis. Elles étaient toutes ponctuelles, et la réputation de la maison ne s’en trouvait que renforcée.
    Nacéra passe une main caressante sur un morceau de tissu puis sur sa machine. Elle était destinée à passer sa vie entre l’aiguille et le fil, pourquoi devrait-elle rêver d’un homme tel que celui qu’elle avait rencontré dans ce restaurant ? Hind n’avait pas tout à fait tort. Quelque chose en elle avait vibré cette fois-ci…
    Quelque chose avait réveillé des sensations inconnues jusque-là. Mais en était-il de même pour lui…
    Savait-il au moins qu’elle avait dépassé les quarante ans, et que toute sa vie, elle avait attendu un petit sourire du destin… Elle avait espéré un peu de bonheur, un peu d’intérêt…
    Elle avait imaginé un homme qui l’aimera comme dans les feuilletons à l’eau de rose, et qui bravera tous les dangers pour l’enlever à son univers monotone et l’emmener avec lui vers les cimes du bonheur.
    Une larme effleure sa joue. Elle l’essuie d’un geste nerveux, avant de se laisser tomber sur une chaise devant sa machine à coudre.
    Et puis quoi… ? Pourquoi n’essaye-t-elle pas de provoquer le destin… ? Ce bel homme du restaurant ne semblait pas indifférent à son regard. Il a même été jusqu’à lui remettre sa carte de visite. Un geste qui n’était pas anodin. Même le destin s’était visiblement mis de la partie, puisqu’elle avait elle-même oublié son paquet. Une raison valable et justifiée pour cet inconnu afin de courir après elle.
    Et si c’était juste un geste fortuit ? L’oubli pouvait passer pour un message et le reste a tout simplement suivi.
    Elle soupire. Elle ne sera jamais la femme accomplie qui pourrait passer à l’action sans hésitation et sans calcul. Tout chez elle avait pris des proportions telles, que tout ce qu’elle faisait ou prévoyait devrait être pesé, toisé, calculé, additionné…
    Elle se redresse puis se lève et se dirige vers une commode sur laquelle elle avait déposé la carte de visite de l’inconnu.
    Un inconnu ? Il ne le sera pas pour longtemps, si elle daigne l’appeler. Peut-être n’attend-il qu’un petit signe d’elle ? Et puis, tout compte fait, il faut aussi le reconnaître, il n’avait aucun moyen de la contacter… Elle ne lui avait donné aucune chance.
    Elle prend son portable et hésite encore quelques secondes, avant de composer les chiffres alignés sur la carte.
    Un moment passe, et la musique d’attente lui rappellera une ancienne chanson de sa jeunesse. Elle se laisse bercer par la mélodie avant qu’une voix ne l’interrompt :
    -Allo… Oui… Allo…
    Elle sursaute et revint sur terre, pour se rendre compte que “l’inconnu” venait de décrocher.

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 27e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Prise au piège, elle perdit les pédales et tente de dire quelque chose.
    Mais sa langue refuse de parler et ses lèvres demeurèrent closes. L’homme continuait :
    -Allô… Qui est là… ?
    Nacéra sentit l’appareil brûler dans sa main… Des bouffées de chaleur submergèrent tout son corps. Elle laisse tomber son téléphone, et courut vers la porte de sa chambre comme pour échapper à un danger invisible mais perceptible.
    Puis honteuse de son comportement immature, elle revient sur ses pas et ramasse son portable qui s’était éteint. Elle avait coupé court à la communication, sans pour autant dire un mot. Cet homme va la prendre pour une imbécile ou, pis encore, une demeurée.
    Mais comment saura-t-il de qui il s’agit.
    Les gens reçoivent tous les jours des communications par erreur…
    Il n’était pas interdit de composer un faux numéro et de tomber sur des personnes inconnues.
    Elle regarde son appareil comme pour chercher une réponse à ses nombreuses questions.
    Elle s’était démenée pour tenter de trouver une issue pour Maïssa, et maintenant, elle ne pouvait se décider à passer un coup de fil à un homme qui pouvait faire tomber les cœurs les plus insensibles.
    Soudain, la sonnerie du portable la rappelle à l’ordre. Elle regarde le numéro. L’homme la rappelait.
    Les mains tremblantes, elle hésite avant de décrocher :
    -A… Al… Allô…
    -Allô… Bonsoir… Je… Vous venez de m’appeler madame…
    Elle prend une longue inspiration avant de répondre :
    -Oui… Mon portable est tombé… Je suis désolée… Je…
    -Vous êtes la jolie dame du restaurant, n’est-ce pas ?
    Telle une adolescente lors d’un premier rendez-vous, Nacéra sentit son cœur s’emballer.
    Elle s’empresse de répondre :
    -Oui… Je suis…
    -Vous êtes Nacéra… Je me rappellerai toujours votre prénom.
    -Merci.
    -Pourquoi avez-vous donc
    raccroché… ?
    -Je vous disais que mon portable m’avait échappé des mains.
    Elle l’imagina en train de sourire d’un air amusé. Il laisse passer une seconde puis lance :
    -Je crois plutôt que vous avez hésité à me contacter, puis une fois que vous vous êtes décidée, vous avez manqué de confiance en vous, et vous avez préféré couper.
    Indignée par cette vérité, Nacéra tente de répondre d’une voix plus ferme :
    -Mon numéro s’était bien affiché chez vous. J’aurais bien pu utiliser un appel masqué rien que pour vous tester.
    -Et pourquoi donc ?
    -Eh bien, puisque vous dites que je manquais de confiance en moi.
    -Tout à fait…
    Vous n’êtes pas le genre de femme qui saute sur la première occasion pour appeler un inconnu comme moi…
    Je n’aime pas trop ce dernier mot… Voyons, nous nous sommes déjà rencontrés une première fois…
    -Oui… Mais c’était juste une rencontre par hasard dans un restaurant.
    -Et le hasard fait toujours bien les choses.
    Elle se mordit les lèvres. Que pourra-t-elle lui raconter maintenant qu’elle l’a au bout du fil.. ? Il la devance alors pour poursuivre :
    -Vous aviez envie de parler, n’est-ce pas… ? Vous aviez envie de vous “vider”… Que pourrais-je donc faire pour vous aider… ?
    -Rien… Je… suis tombée sur votre carte de visite, et je me suis dit que je pourrais peut-être vous contacter juste pour un petit bonjour.
    -Je vois… Mais vous avez bien fait… Je suis retourné deux fois dans ce restaurant afin de vous rencontrer encore… Hélas !
    J’ai compris que vous n’êtes pas une habituée des lieux.
    -Pas du tout… Je voulais juste faire plaisir à mon amie qui voulait qu’on aille déjeuner dans un endroit qui sort de l’ordinaire.
    -C’était agréable, n’est-ce pas… ?
    -Quoi ? L’endroit ? Oui, bien sûr… J’ai beaucoup apprécié.
    -Moi aussi, j’ai apprécié votre présence Nacéra…
    Vous étiez juste en face de moi, et je voulais tant vous parler… Mais j’avais peur de vous froisser… Et puis vous n’étiez pas seule.
    -Heu… Oui… J’étais avec Hind… Mon amie… Mais vous avez pu me parler tout de même.
    -Juste un mot… C’était le hasard… (il rit). Il fait vraiment bien les choses, n’est-ce pas… Il a fallu que vous oubliiez ce paquet sur votre chaise…
    -Je l’ai vraiment oublié, croyez-moi.
    -Je n’en doute pas… Vous aviez le feu en vous… Vos joues étaient toutes rouges, et vous sembliez sur le point de décoller, tant vous étiez pressée de quitter les lieux.

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 28e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra est stupéfaite. Cet homme avait tout vu, tout deviné, tout compris. Pourtant il ne la connaissait pas. Il doit avoir eu un tas de conquêtes. Aussi bien fait qu’il était de sa personne, cela ne l’étonnerait pas.
    -Ai-je-dit quelque chose de faux ou de déplacé?
    Elle s’empresse de répondre :
    -Mais non…c’était juste que nous étions pressées moi et mon amie, nous avions un tas de courses à faire.
    -Je comprends…
    Pourtant je ne voulais pas moi-même quitter les lieux tant que vous étiez là. Je voulais vous approcher et vous parler. Vos yeux disaient que je ne vous étais pas indifférent.
    Alors comme on le dit si bien, l’homme propose et la femme dispose.
    Nacéra sentit quelque chose se former dans sa gorge.
    Elle déglutit avant de répondre :
    -Je vous assure que vous vous trompez.
    -Pas du tout ma chère amie. Je ne suis pas né de la dernière pluie et je suis aussi un fin séducteur.
    Nacéra sentit la colère la gagner :
    -Vous vous prenez pour un Don Juan ou un Roméo ?
    -Les deux. Pourquoi pas ?
    -Vous vous moquez de moi ?
    -Je n’en ai vraiment pas l’intention….Je préfère être plus franc, c’est tout.
    Elle se tût et il en profite pour poursuivre :
    -Vous n’êtes pas la femme qui passe inaperçue. Je suis certain que vous suscitez beaucoup d’intérêt chez les hommes.
    Seulement il y a quelque chose chez vous qui m’échappe là-dessus. On dirait que vous fuyez le monde.
    Comment pouvait-il le deviner ?
    -Je suis une femme qui n’aime pas trop la foule. Vous comprenez donc…
    -Parfaitement, c’est un peu mon cas, je n’aime pas m’adresser au premier venu.
    -Pourtant…pourtant vous vous adressez à une inconnue.
    -Pas vraiment.
    Dans ce restaurant, javais la bizarre impression de vous avoir toujours connue. Je ne sais comment l’expliquer…C’est comme dans un rêve lorsqu’on voit des personnes qu’on n’a jamais vu et qui établissent un contact avec vous…..C’est un peu comme un sixième sens.
    L’homme parlait bien.
    Il semblait cultivé, sûr de lui, et savait tenir une conversation. Nacéra se dit qu’elle pourrait l’écouter des heures sans se lasser :
    -Vous parlez bien.
    -Vous aussi.
    Elle rit :
    -Pas aussi bien que vous.
    -Vous pourrez apprendre facilement ce qui vous manque pour être comme moi.
    Elle rit encore :
    -Et vous serez mon enseignant bien sûr.
    -Parfaitement…Je serais même un excellent enseignant….
    Il s’arrête de parler quelques secondes avant de demander :
    -Vous vouliez me parler, et c’est moi qui suis devenu un moulin ce soir. Excusez-moi…
    -Mais non, vous n’avez pas à vous excuser, je voulais vous contacter pour quelque chose.
    Elle se met à fouiner dans sa tête pour trouver une raison tout indiquée et se rappelle son prochain défilé de mode :
    -Voila, j’ai remarqué sur votre carte que vous êtes entrepreneur…
    -Oui..Je suis entrepreneur et architecte de formation. A votre service…
    -Eh bien, je suis à la recherche de quelqu’un qui pourra procéder à la décoration d’une grande salle pour un défilé de mode…
    Heu… Je suis couturière-modéliste, et je prépare un défilé de mode pour la prochaine saison…
    Alors comme je ne fais pas toujours confiance au premier venu, je me disais que vous connaissiez peut-être quelqu’un qui pourra réaliser un décor original. Quelque chose qui sorte de l’ordinaire, d’autant plus que mes tenues seront exclusives.
    Un silence s’établit. L’homme l’avait-il crue? Ou bien réfléchissait-il … ?
    Au bout d’une minute, il répondit :
    -Vous avez trouvé le bon fil.
    Quel fil ?
    Voulait-il insinuer la bonne excuse ? Nacéra est de plus en plus intriguée. Mais il poursuit d’une voix plus sûre :
    -Bien sûr que je pourrais vous aider. Où avez-vous l’intention de vous
    produire ?
    -Dans une grande salle de mon quartier.
    -Et c’est où votre quartier ?
    -Heu….c’est un ancien quartier, le quartier du Bois sacré. Vous connaissez…
    -Mais bien sûr…C’est là que vous habitez ?
    -Oui…Et c’est là aussi que je dirige un atelier…
    -Vous pourrez trouver mieux.
    Quelque chose de plus près du centre ville par exemple…
    Dans les petits quartiers, on n’est pas toujours bien servi.
    -Je ne m’en plains pas trop. J’ai des clientes dans tous les quartiers de la ville. C’est surtout le travail qui les attire, l’endroit leur importe peu.
    -Oui…Je comprends. Mais pour un public plus vaste je préfère vous orienter vers une salle mieux située que je pourrais moi-même décorer et vous serez stupéfaite du résultat.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  27. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 30e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Maïssa enlace sa sœur :
    -Que serais-je devenue sans toi…
    Nacéra sourit tendrement :
    -Dieu a créé les sœurs pour qu’elles soient toujours à l’écoute l’une de l’autre.
    -Mais toi, tu es unique… Je ne pense pas qu’il y ait des sœurs comme toi sur terre.
    -Il y a bien plus que ça…
    Il y a des femmes qui avaient sacrifié leur vie pour le bonheur de leur famille…
    Les exemples ne manquent pas.
    Maïssa se serre contre elle :
    -Je ne sais pas si un jour je pourrais t’exprimer ma gratitude…
    Nacéra lui caresse les cheveux :
    -Sois heureuse, c’est tout ce que je te demande Maïssa…
    Elle la regarde et remarque qu’elle n’avait plus cet air fatigué ni les cernes sous les yeux :
    -Cela a l’air d’aller mieux pour toi… Tu n’as plus ces nausées et ce teint terne…
    -Je me sens beaucoup mieux depuis que je prends les médicaments prescrits par ce médecin chez qui tu m’avais
    emmenée…
    D’après lui, une fois le quatrième mois entamé, je n’aurais plus à souffrir de ces maux devenus ma dose quotidienne.
    Nacéra soupire :
    -Espérons que d’ici là tout rentrera dans l’ordre… Lyès pourra faire un effort pour convaincre ses parents et célébrer le mariage le plus tôt possible… J’espère qu’il a compris la gravité de la situation.
    Maïssa baisse les yeux, puis les relève vers sa sœur :
    -Demain, nous serons fixées… Je pense qu’il a déjà fait un premier pas positif en acceptant de t’écouter et de se présenter.
    -Je serai plus tranquille lorsque toute cette affaire sera classée.
    Elles continuèrent à discuter un moment, puis allèrent dîner, avant de se retirer dans leurs chambres respectives.
    Le lendemain matin, un soleil radieux illuminait la ville.
    Maïssa, sur les conseils de sa sœur, alla se faire coiffer, et Nacéra s’activa à préparer quelques gâteaux traditionnels.
    Elle avait tout bonnement annoncé à sa maternelle qu’un jeune homme s’intéressait à Maïssa, et que sa famille allait se présenter pour un premier contact.
    Tout d’abord surprise par cette révélation de dernière minute, sa mère finira par acquiescer…
    Qu’y a-t-il de mieux pour une fille que fonder son foyer et avoir des enfants… ? Nacéra la connaissait assez sur ce point pour en tirer les conclusions les plus justes.
    Au milieu de l’après-midi, Lyès et sa famille se présentèrent.
    Nacéra s’empressa de les accueillir et les introduit au salon, avant d’aller chercher sa maman. Maïssa ne devait les rejoindre qu’un moment plus tard, pour servir des rafraîchissements.
    La mère de Lyès et ses deux sœurs ne jugèrent pas opportun de tourner en rond pour faire leur demande… Lyès a dû les préparer, et il sourit d’un air entendu à Nacéra qui le trouva assez charmant et très élégant.
    Ce jeune homme aurait pu facilement passer pour un mannequin, si elle se référait à son allure sportive et à ses manières… Maïssa a dû être séduite au premier regard…
    Elle rendit son sourire à Lyès, et alla prévenir sa sœur.
    Maïssa se montre enfin. Elle avait enfilé une robe d’intérieur assez ample pour cacher la petite rondeur de son ventre naissant, et s’était légèrement maquillée.
    Nacéra se dit que sa sœur aussi n’était pas mal du tout dans cette tenue. Elle et Lyès formeraient à coup sûr un très beau couple.
    Maïssa salua sa future belle-famille et se met à verser le jus dans des verres avant de déposer les assiettes de gâteaux sur la table basse du salon.
    Nacéra jette un regard furtif à Lyès et constate que ce dernier dévorait sa future femme des yeux.
    Elle lance alors d’une voix calme :
    -Nous serions heureux d’accorder la main de Maïssa à votre fils Lyès…
    Je crois qu’ils se connaissent déjà, nous n’aurions donc pas à les supplier… (elle rit). N’est-ce pas Lyès… ?
    Le jeune homme rougit et baisse les yeux avant de répondre :
    -Maïssa étudie à l’université…
    Et j’y enseigne les mathématiques…
    J’ai toujours rêvé d’épouser une femme comme elle. Non seulement elle est douce et bien élevée, mais aussi très intelligente. Ma famille ne sera sûrement pas contre notre union…
    Je vous laisse donc le loisir de nous donner votre réponse dans les meilleurs délais qui soient.
    La mère de Maïssa qui avait gardé le silence jusque-là proteste :
    -Ma fille est encore trop jeune pour se marier aussi rapidement…
    Elle doit d’abord terminer ses études… Je vous suggérerais plutôt de vous fiancer et d’attendre deux ou trois années avant le mariage…

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 31e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Maïssa jette un regard implorant à sa sœur aînée. Nacéra toussote et demande :
    - Pour quand prévoyez-vous le mariage… ?
    Lyès lance un regard interrogateur à sa mère et cette dernière lance :
    -Notre fils semble pressé de se marier… Il veut être indépendant de sa famille… C’est le lot de la nouvelle génération, qui n’aime plus partager le toit parental… Excusez-moi, mais Maïssa semble avoir totalement mis le grappin sur Lyès… Il ne cesse de parler d’elle ces derniers temps, et nous a même demandé d’accélérer la procédure… Je crois qu’il ne pourra pas attendre jusqu’à ce que Maïssa termine ses études… Lyès veut se marier tout de suite…
    -C’est-à-dire… ?, demande la mère de Maïssa de voix vive.
    -Lyès veut se marier rapidement… C’est-à-dire dans un mois tout au plus.
    La vieille femme lève les bras et les laisse retomber :
    -Mon Dieu… Dans un mois ! Je n’aurais même pas le temps de confectionner un trousseau ou de prévoir quoi que ce soit.
    Nacéra juge opportun d’interrompre sa mère, et c’est d’un air calme qu’elle tente de se faire entendre :
    -Voyons maman… Tu n’as jamais cessé de répéter qu’une fille est prédestinée avant tout à se marier… Les études… Les études, elle pourra les faire bien sûr… Son mari ne s’y opposera pas… N’est-ce pas Lyès… ?
    Le jeune homme hausse les épaules :
    -Pas du tout… Maïssa pourra faire ses études, et même travailler si cela l’enchante.
    -Alors… Je crois que ma sœur est bien chanceuse… Nous allons sûrement vous donner une réponse dans les prochains jours… Je vais devoir discuter tout d’abord avec mes deux frères et le reste de la famille… Mais rassurez-vous, notre réponse ne se fera pas attendre.
    Le sujet était clos. Lyès et sa famille prirent congé, et Nacéra les accompagne jusqu’au seuil de la porte. Lyès qui était resté en retrait, lui lance un regard grave avant de demander :
    -Est-ce que… Est-ce que la grossesse de Maïssa ne se verra pas d’ici quelques jours ?
    Nacéra hoche la tête :
    -Si jeune homme… Mais nous allons faire en sorte de préparer votre union avant que cela ne soit très apparent…
    -Je suis désolé… Mais… Mais il va falloir que je mette ma famille au courant… Sinon…
    Nacéra lui pince le bras :
    -Surtout pas un mot là-dessus… Pas avant le mariage… Vous risquez d’entraver les décisions… Et puis qu’en sait-on… Votre famille pourra s’opposer à cette union en prétextant que Maïssa n’est pas la femme qu’il te faut, qu’elle est une fille légère, alors qu’elle n’a fait que suivre son cœur et…
    Lyès l’interrompt :
    -J’aime Maïssa, et personne ne pourra s’opposer à notre union…
    Nacéra lève les yeux au ciel :
    -Tu me rassures là-dessus mon frère… Mais tant qu’il n’y a rien d’officiel, je ne pourrai pas dormir l’âme en paix… Je crains surtout que mes frères ou ma famille n’apprennent que…
    -Personne n’en saura rien… Je vais activer les choses… C’est promis.
    Nacéra referme la porte et revint au salon où sa mère et Maïssa l’attendaient. Elle se verse un verre de jus, et se met à boire à petite gorgées avant de demander :
    -Alors maman… Que penses-tu du prétendant et de sa famille ?
    Sa mère hausse les épaules :
    -Ce prétendant et Maïssa se connaissent déjà…
    -Oui… L’époque des mariages arrangés est révolue maman.
    -C’est ce qu’on dit… Seulement de nos jours, il n’y a plus rien de sérieux… Les jeunes se rencontrent, font connaissance et se marient… Mais pour combien de temps… ?
    -Maman ! Pourquoi avoir de telles pensées ?
    -Je n’ai jamais cru à ces mariages d’amour auxquels vous faites tous référence… Je préférerais un mariage de raison… Les sentiments finissent toujours par se tisser dans un couple.
    -Je te comprends… Tu es issue d’une génération qui tient énormément à ses principes… Hélas ! Les temps changent et les mœurs aussi.
    -Maïssa est encore jeune pour se lancer dans l’aventure d’un mariage… Je n’aime pas trop sa future belle-mère… Elle est arrogante…
    -Maman ! Les vieilles femmes sont toujours ainsi… Elles deviennent possessives dès qu’il s’agit de marier leur fils… C’est ainsi. Jeunes, elles subissent, et vieilles elles font subir… Une loi indéniable… Par contre, moi, je trouve Lyès très charmant, très cultivé, et Maïssa ne pourrait pas tomber sur un meilleur parti. Ou bien préfères-tu la voir condamnée à vivre vieille fille comme moi ?

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  29. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 32e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Offusquée, la vieille dame s’insurge :
    -Je ne voulais pas que tu restes vieille fille… D’ailleurs tu ne l’es pas encore… Et puis, si je peux te faire rappeler certains faits, c’est toi-même qui avais refusé toutes ces demandes en mariage que tu avais reçues dès ton adolescence… Alors, ne t’en prends qu’à toi-même. Elle pousse un soupir avant de poursuivre :
    -Je ne vais pas mettre les bâtons dans les roues. Si Maïssa veut se marier, qu’elle le fasse… Du moins cette fois-ci, personne ne viendra m’en faire le reproche.
    Nacéra sourit et regarde sa sœur, qui avait suivi la conversation sans broncher :
    -Tu vois Maïssa… Tu es bien plus chanceuse que moi… Mère est d’accord… Le reste n’est qu’une question de jours… Tu es heureuse ma petite sœur ?
    Maïssa rougit et passe une main sur son ventre, ce qui suscita un froncement de sourcils chez Nacéra.
    Mais leur mère semblait assez courroucée pour faire attention à ce geste qu’elle aurait en somme jugé anodin. Mais la prudence étant de mise.
    Deux jours passent. Les frères et la famille de Nacéra, mis au courant de la demande en mariage de Maïssa, ne trouvèrent aucun inconvénient à ce qu’elle convole en justes noces dans les délais fixés par son futur mari, d’autant plus que cette dernière ne semblait pas contre.
    Lyès revint discuter de toutes les formalités et donne une date. Nacéra poussera un long soupir de soulagement en sachant que la cérémonie religieuse aura lieu le vendredi qui suivait. Elle craignait tant que Lyès ne se désiste à la dernière minute. Pourtant, le soir même il l’appellera pour lui demander de l’aider à acquérir un logement, sinon tout sera remis en ordre.
    Nacéra suffoque. Elle s’attendait à tout, sauf à une telle demande.
    -Tu habites bien avec ta famille Lyès… Ma sœur ne voit aucun inconvénient à partager sa vie avec toi là où tu seras, pourvu qu’elle soit heureuse, et que vous corrigiez tous les deux votre erreur.
    -Je suis d’accord là-dessus… Seulement ma mère et mes sœurs ne sont pas du même avis… Elles trouvent inconvenant pour elles de devoir cohabiter avec Maïssa qui est toujours une étrangère à leurs yeux… Je vais bien entendu me mettre à chercher tout de suite un appartement… Mais mes moyens ne me permettent pas d’acquérir quoi que ce soit de convenable en un laps de temps aussi court… Alors si tu peux m’aider, je t’en saurais gré… Je n’aimerais pas reporter ce mariage et…
    Nacéra s’écrie :
    -Il n’en est pas question… Ce mariage doit avoir lieu comme prévu… Je ne savais pas que tu allais encore trouver un subterfuge et nous faire languir, alors que tu sais que l’état de Maïssa risque d’attirer l’attention à tout moment…
    -Oui… Rappelle-toi que je voulais justement en parler à ma mère…
    -Tu n’en feras rien Lyès… Je vais tenter de trouver un appartement à louer rapidement… Cela va coûter les yeux de la tête…
    -Tu es couturière… Tu gagnes bien ta vie… Je sais que tu ne refuseras pas d’aider ta sœur… De nous aider…
    Nacéra s’emporte :
    -Moi qui pensais que tu étais un homme de parole… Tu as bien quelques économies pour faire face à cette situation.
    -Certes… Mais vu que le mariage doit être célébré dans les plus brefs délais, je ne saurais faire face à toutes les situations, en particulier à la location d’un appartement.
    Nacéra lance d’une voix autoritaire :
    -Je vois que tu veux le beurre et l’argent du beurre… Et ce n’est que le début…
    -Eh bien tant pis. Restons-en là… Je vais reporter ce mariage jusqu’à nouvel ordre.
    -Tu n’en feras rien… Le mariage aura bel et bien lieu dans les délais prévus… Ma famille n’est pas près de subir ton chantage et à répondre à tes caprices… Je vais me débrouiller… Il a fallu que ma maudite sœur te rencontre pour que tous ces problèmes surgissent…
    Lyès garde le silence, et Nacéra poursuit :
    -Dès demain, je me mettrai à la recherche d’un appartement.
    A ce moment précis, une pensée traverse son esprit… Elle repense à Djamel qui devait la rappeler.
    - Je te rappellerai demain dans la
    soirée.
    Lyès raccroche sans lui laisser le temps de répondre. Elle demeure un instant interdite, avant de former le numéro de Djamel.
    Il répondit à la première sonnerie, comme s’il n’attendait que son coup de fil.
    -Ah ! Nacéra ! Enfin tu te décides à me rappeler… Comment cela va-t-il… ?
    -Heu… Bien… Et pour toi ?
    -Maintenant que tu m’appelles, cela va beaucoup mieux.
    Il soupire :
    -Je ne voulais pas t’importuner… Je t’avais promis de te rappeler dans deux jours et je devais le faire ce soir même. Mais tu m’as devancé…
    - Je me disais que je devrais t’appeler pour…
    Nacéra se tut. Va-t-elle lui balancer ses préoccupations et lui demander de l’aider à dénicher un appartement alors qu’elle le connaissait à peine, pour ne pas dire pas du tout, et lui avait déjà proposé lors de leur dernière conversation de l’aider à organiser son défilé de mode…
    -Allô…
    Elle sursaute et s’empresse de continuer :
    -Je… devais t’appeler pour… parler de ce projet… de mon défilé.
    -Très bien Nacéra. Mais ce choses-là ne se discutent pas au téléphone… Que dirais-tu de déjeuner avec moi demain ?
    -Oui… Je… J’aimerais qu’on déjeune ensemble.
    -Alors, retrouvons-nous vers la mi-journée dans ce restaurant où nous nous sommes rencontrés.
    -C’est parfait… A demain donc…
    -Attends un peu… Ta voix me semble un peu triste, et tes réponses évasives ne sont pas rassurantes… Tu es sûre que tout va bien ?
    -Oui ça va… Je vais bien… Je…

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  30. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 33e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Les mots restèrent en travers de sa gorge alors qu’elle repensait à la conversation qu’elle venait d’avoir avec Lyès. Elle ferme les yeux… Pourquoi ces problèmes surgissent-ils tous en même temps… L’état de sa sœur l’inquiète, et elle ne sait pas si vraiment cet homme qu’elle va épouser allait la rendre heureuse et relever le défi de corriger sa faute et de célébrer son mariage dans les délais prévus. Ne va-t-il pas trouver un autre subterfuge pour retarder l’événement avec tous les risques que cela suppose ?
    -Allô… Tu es là Nacéra… ?
    -Oui… Je m’excuse, je suis un peu distraite ce soir…
    -Que se passe-t-il donc ?
    -Heu… Rien… Nous nous verrons demain Djamel… C’est promis, je serai au rendez-vous.
    Elle raccroche sans plus attendre, et se dit que l’homme n’était pas né de la dernière pluie, et qu’il pouvait élaborer les scénarios les plus fous à son égard.
    En fait, si elle l’avait appelé, c’est qu’elle comptait aussi sur son aide pour dénicher rapidement un appartement et mettre fin aux hésitations de Lyès. Djamel est un entrepreneur. Il connaît des promoteurs et pourra l’aider… Va-t-elle encore le tarabuster, alors qu’il y a deux jours à peine, elle lui demandait de l’aider à organiser son défilé de mode ? Tous ses projets lui paraissent dérisoires face à la gravité de la situation qu’elle vivait.
    Elle soupire. Tant pis… Si elle doit se sacrifier pour aider sa sœur, elle le fera. Adviendra que pourra. Djamel pourra l’aider, et elle sentit qu’il le fera. Comment va-t-elle lui présenter les choses ?
    Elle secoue la tête. Elle n’ira sûrement pas lui relater que sa sœur est enceinte, et qu’elle est en train de supplier le père de l’enfant de l’épouser dans les meilleurs délais pour éviter un scandale.
    Elle saura lui présenter le problème sous un angle plus simple et plus convaincant.
    Elle tourne en rond un moment dans sa chambre, avant de se rendre dans la cuisine où Maïssa et sa maman discutaient.
    Va-t-elle rapporter sa conversation avec Lyès à sa sœur… ?
    A quoi cela servira-t-il… ? Maïssa a été assez secouée ces derniers temps. Bien qu’elle soit la première fautive dans l’affaire, Nacéra préféra garder le silence.
    Le lendemain matin, elle se prépara à son rendez-vous. Elle choisit une jolie robe printanière avec des manches longues, des escarpins à hauts talons, et se maquille discrètement. Comme elle n’avait pas eu le temps d’aller se donner un coup de peigne chez sa coiffeuse, elle relève ses cheveux et les retint en queue de cheval. Ce qui mettra en valeur l’ovale de son visage et ses traits réguliers.
    Un coup d’œil à sa montre, et elle remarque qu’elle pourrait arriver en retard à son rendez-vous si elle ne se dépêchait pas.
    Maïssa était sortie… S’était-elle rendue à la fac ?
    C’était peu probable, car cette dernière avait annoncé qu’elle suspendait ses études jusqu’à nouvel ordre… C’est-à-dire après son mariage ou peut-être même après son accouchement.
    Nacéra hèle un taxi et lui indique l’adresse du restaurant. On était presque à la mi-journée, et la circulation était intense. Le chauffeur tente d’engager la conversation avec elle, mais devant son air qui n’incitait pas aux confidences, il bat en retraite et se contente de se concentrer sur la
    route.
    Enfin, après un long périple, ils arrivèrent au lieu indiqué. Nacéra s’empresse de descendre du taxi et de payer la course, avant de pénétrer dans le restaurant.
    Tout comme la première fois, elle est tout de suite subjuguée par le décor extérieur, puis par l’intérieur vaste et frais à cette heure de la journée, où la température externe n’était pas clémente.
    Elle se dirige vers la grande salle à manger où, comme la dernière fois, des clients déjeunaient tout en discutant.
    Elle parcourt la salle des yeux, et un maître d’hôtel s’approche d’elle :
    -Madame aimerait-elle s’installer ?
    Nacéra continua d’inspecter les lieux avant de répondre :
    -J’ai rendez-vous avec quelqu’un dans ce restaurant…
    -A quelle table ?
    -Je n’en sais rien… Ce client est un habitué des lieux et…
    Elle ne termine pas sa phrase, car au fond de la salle elle reconnut Djamel qui venait de se lever et lui faisait des signes.
    Elle s’empresse alors de remercier le maître d’hôtel et de se diriger vers lui. Il semblait heureux de la revoir, et l’embrasse sur les deux joues, avant de tirer une chaise et de l’inviter à s’asseoir.
    Nacéra est encore une fois subjuguée par le physique de l’homme. Elle se dit qu’évidemment la providence se jouait de ses goûts, car il y a à peine deux jours, elle trouvait que Lyès aussi était élégant et très beau… Avant de rencontrer ce dernier, elle avait apprécié Djamel dans ce même restaurant, et voilà qu’elle revenait pour déjeuner avec lui, tels de vieux amis, alors qu’ils se connaissaient à peine.
    -Comme je suis heureux de te revoir Nacéra !
    Elle sourit et relève les yeux vers lui :
    -Je suis désolée pour le retard. La circulation…

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  31. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 34e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il l’interrompt avec un sourire charmeur :
    -Tu n’as pas à le faire… Tu es là et c’est ce qui compte.
    Elle sourit et se sentit heureuse et détendue. Pourtant, cet homme, elle le connaissait à peine.
    -Je n’ai pas encore commandé… Tu aimerais déjeuner tout de suite, ou prendre une boisson fraîche en attendant qu’on nous serve.
    -Comme tu veux… Je n’aimerais en rien changer à tes habitudes.
    -Alors je vais demander des boissons et le menu… J’aime ce restaurant, parce qu’on y prépare de plats très originaux…
    -Je te laisse le soin de passer la commande…
    -Bien ma chère. J’espère que tu ne seras pas déçue.
    Il demande des boissons et donne des instructions au maître d’hôtel avant de revenir vers elle et de la détailler. Gênée, elle baisse les yeux, puis rougit comme une jeune première.
    -Tu rougis… J’aime ce rose sur tes joues… Il te rend encore plus belle et plus attirante.
    Elle relève les yeux vers lui et sourit :
    -Voyons… Je ne suis plus de la prime jeunesse…
    -Quoi… ? Mais ma chère, tu as l’âge d’une fleur mûre et odorante… Tu es très belle Nacéra… Cette coiffure rechausse tes traits et met en évidence tes beaux yeux.
    -Allons… Assez d’éloges… J’aimerais te connaître mieux Djamel. Parle-moi de toi.
    Il rit :
    -Que veux-tu donc savoir ?
    -Tout… Ta jeunesse, ta carrière, ta vie, tes ambitions…
    -Ah… Attends… Prenons les choses par ordre chronologique… Ma jeunesse… Je ne suis plus jeune… Tout comme tu le disais, je ne suis plus de la prime jeunesse…
    -Mais tu es si élégant, si… si beau…
    -C’est vrai ?
    -Mais bien sûr…
    -Alors tout va bien de ce côté-là… Je craignais tant de ne pas te plaire.
    Nacéra ouvrit tout grands ses yeux :
    -Mais tu ressembles à un… un acteur… !
    Il rit :
    -Non… Je ne suis qu’un architecte… Par ailleurs, j’aime ce que je fais, ce qui me procure du plaisir. Je gagne bien ma vie… Grâce à Dieu, je n’ai pas à me plaindre là-dessus.
    -C’est déjà beaucoup… Je présume que tes ambitions ne s’arrêtent pas là…
    -Non. Bien sûr que non. Je suis un homme très occupé qui ne compte jamais s’arrêter à un seul projet… C’est un peu comme un artiste qui ne peut vivre loin de son art… J’ai le don de voir venir les choses et de les affronter… C’est un peu tout ça qui m’a permis de réaliser mes ambitions.
    Il pousse un soupir :
    -Il y a une seule chose que je n’ai pas pu réaliser dans ma vie…
    -Laquelle ?
    -Rencontrer la femme de mes rêves…
    Il sourit en la détaillant :
    -Enfin… jusqu’à la semaine dernière…

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  32. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 35e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra se met à jouer nerveusement avec le bout d’une serviette. Va-t-elle lui avouer qu’elle aussi, elle n’était pas indifférente à sa présence ? Ou bien va-t-elle avant tout lui demander de l’aider à dénicher un appartement pour que sa sœur puisse se marier rapidement ?
    Djamel lui prend la serviette des mains :
    - Pourquoi es-tu si nerveuse ? Tu ne te sens pas à l’aise ?
    Elle relève la tête promptement :
    - Heu… je suis très l’aise ;.Ne t’inquiète pas. Seulement, il y a un petit problème qui me préoccupe ces derniers temps.
    Il ouvrit les mains :
    - Pourrais-je faire quelque chose ?
    Elle le regarde dans les yeux :
    - M’aider à trouver un appartement le plus vite possible.
    Il fronce les sourcils :
    - C’est très urgent ?
    - Oui… ma sœur doit se marier, et… et son mari ne veut absolument pas vivre avec sa famille. Un conflit de génération. Tu comprends…
    Il hoche la tête :
    - Parfaitement. Nous vivons dans une société tiraillée entre les traditions et le modernisme…
    Il lui prend la main :
    - Tu peux compter sur moi… Dès demain je pourrais te trouver quelque chose. Tu veux un appartement spacieux, au centre-ville, en banlieue ou…
    Elle l’interrompt :
    - Peu importe le lieu et l’espace. Je veux juste un appartement à louer. Un deux-pièces suffirait je présume.
    - Bien… Tu peux considérer que le problème est réglé.
    Il lui relève le menton :
    - Je ne veux plus voir cette tristesse sur ton visage.
    Nacéra sentit son cœur s’emballer :
    - Heu… je ne sais comment te remercier…
    - En gardant ton beau sourire.
    Elle sourit, et sentit en même temps ses yeux s’emplir de larmes. Djamel lui serre la main :
    - Je sens que tu vis de graves problèmes… Tu peux te confier à moi si cela peut te soulager.
    Nacéra prend un mouchoir et s’essuie les yeux avant de lancer d’une voix émue :
    - Je ne pensais pas que la gentillesse existait encore dans notre société… Tu… tu es quelqu’un d’exceptionnel Djamel.
    - Mais non, je ne suis qu’un homme comme les autres…
    Il rit :
    - Un homme qui te fait la cour tout en espérant te conquérir un jour.
    Elle affiche une moue :
    - Me conquérir… C’est trop avancé…
    - Pourquoi ?
    - Je ne suis pas jeune Djamel. Ce n’est pas la peine de me bercer d’illusions.
    - Moi non plus je ne suis pas jeune ma chère. Je crois que nous sommes de la même génération. Et puis, dans une relation sentimentale l’âge ne compte pas tellement.
    Elle soupire :
    - C’est pour cela que les hommes d’âge mûr épousent des minettes deux fois plus jeunes qu’eux ?
    Il rit :
    - A chacun sa vie. Les goûts et les couleurs…
    Elle lève la main et l’interrompt :
    - Je suis une femme qui a déjà souffert énormément dans son existence… Je… je n’attends absolument rien de la vie… J’aimerais que Dieu m’accorde seulement une bonne santé.
    - Je l’espère pour nous deux… Mais je crois que tu penses plus aux autres qu’à ta petite personne… Voilà la raison qui explique un peu ton désarroi.
    Elle hausse les épaules :
    - Je n’ai que ma famille… A qui d’autre pourrais-je penser ?
    - A toi. A ton avenir… Tu devrais sortir un peu plus fréquemment, t’amuser, faire d’autres connaissances. Si tu t’obstines à te terrer dans ta coquille, personne ne pourra rien faire pour toi. Il faut te secouer un peu Nacéra… La vie est belle pour ceux qui savent l’apprécier à sa juste valeur.

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 36e partie
    Par : Yasmine HANANE

    On vient les servir, et Nacéra remarque que Djamel avait commandé une soupe de poisson, des hors-d’œuvre variés et un lapin rôti accompagné de légumes.
    - Tu es un fin gourmet. Je découvre une autre facette de toi…
    - Tu ne connais encore rien. Je vais devoir déployer des trésors de patience avec toi pour t’inciter à aimer la vie. En dehors de mes goûts pour la bonne nourriture, j’ai un côté artistique qui ne trompe pas… J’aime tout ce qui est beau et attirant.
    Elle rougit, et il se met à rire :
    - Je tombe aussi sur des femmes très intelligentes, là aussi mon flair me trompe rarement.
    Nacéra relève les yeux et demande :
    - Tu dois connaître beaucoup de femmes…
    - Assez ! J’ai un agenda assez étoffé…
    Il rit :
    - Entre mes sœurs et mes cousines, il y a mes collègues, les amies, les voisines, etc.
    Elle lui donne une tape sur la main :
    - Tu te moques de moi Djamel ?
    - Je n’en ai vraiment pas l’intention.
    Il la contemple un moment avant de poursuivre :
    - Tu devrais manger… Cette soupe est délicieuse et la suite n’est pas en reste.
    Nacéra prend sa cuillère et se met à manger. Un silence s’établit entre eux, puis Djamel le rompt :
    - Tu devrais goûter à ce hors-d’œuvre au saumon… C’est léger et succulent.
    Il prend sa fourchette et pique dans un morceau de saumon, puis le tend à
    Nacéra :
    - Allez, ouvre la bouche.
    Elle s’exécute et, telle un enfant, se met à mâcher tout doucement. Le saumon emplit ses papilles.
    Le goût relevé par une sauce savamment préparée à base d’herbes, d’huile d’olive et de citron n’était pas pour lui déplaire.
    Elle regarde Djamel qui lui souriait gentiment et lance :
    - A aucun moment de ma vie je ne me suis sentie aussi sereine, surtout près d’un homme que je viens à peine de connaître.
    - Un étranger…
    - Heu… Tu ne l’es plus maintenant… Disons que nous sommes déjà amis.
    - Voilà qui est bien dit.
    - Quand aurais-je une réponse sur l’appartement à louer ?
    Il se met à réfléchir avant de dire :
    - Dès ce soir je pourrai prendre contact avec un ami promoteur. Je ne vais pas te faire attendre trop longtemps. Si tout va bien, d’ici demain tu auras une
    réponse.
    - Je compte sur toi alors Djamel,
    sinon…Elle repense à Maïssa et au scandale qui risquait d’éclater.
    - …sinon, je pourrais toujours aller me renseigner auprès des agences immobilières.
    - Tu n’en auras pas besoin… Et puis ces agences te feront payer les yeux de la tête. Heu… si je peux me permettre une petite remarque, je pense que ton futur beau-frère est le premier concerné dans cette affaire.
    C’est lui qui devrait régler ce problème, pas toi…
    - Heu… Oui… C’est ce que je lui ai répondu. Mais comme le temps presse, j’ai pris les devants.
    - Hum… N’y penses plus… Allez, mange et détends-toi. Tu es avec Djamel… Tente d’apprécier ces quelques heures qu’on passe ensemble.
    Nacéra ferme les yeux. Rêvait-elle ? Va-t-elle se réveiller sur le cauchemar de sa vie réelle, et tomber du ciel sur un champ d’épines ?
    Ce qu’elle était en train de vivre lui paraissait fictif. Elle était assise à une table, dans un beau restaurant, avec un homme qu’elle n’imaginait même pas dans ses fantasmes les plus fous.
    - Hé… Tu es là ?
    Elle rouvrit les yeux :
    - Oui… Je… je suis là. Je me suis laissé emporter par mes idées… Je prépare le mariage de Maïssa, et puis, juste après, j’ai ce défilé de mode qui va occuper tout mon temps.
    - Qu’à cela ne tienne, nous allons nous y mettre tous les deux.

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 37e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Tous les deux ! L’expression lui paraissait si lourde de sens… Tous les deux ! Cela voulait dire qu’elle n’était plus seule… Qu’il y avait dans sa vie un homme… Un bel homme, gentil, intelligent et attirant, qui allait l’épauler. C’était trop beau pour être vrai, se dit-elle.
    -Tu veux bien que je t’aide, n’est-ce pas ?
    -Heu… Oui, bien sûr…
    -Alors pourquoi prends-tu cet air distant ?
    -Je me disais que la providence avait mis sur mon chemin un homme tel que toi, qui va m’aider et m’épauler.
    -Cela te paraît bien sûr incroyable.
    -Oui… Je n’attendais plus rien de la vie…
    -Quel pessimisme ! J’espère que ce n’est pas contagieux.
    Elle rit :
    -Je pense que tu es immunisé contre tout ce qui pourrait te porter préjudice dans ce monde.
    -Oh ! Il ne faut pas trop le croire. Nous sommes de simples mortels, exposés à tous les aléas de la vie…
    Elle prend un air grave avant de lancer :
    -Mais je ne connais encore rien de toi… A peine avais-tu commencé à parler de ta carrière…
    -Oui… Je vais continuer… En dehors de mes occupations professionnelles et de mes voyages, je suis un fanatique de la lecture. Je passe beaucoup de temps à lire, et aussi à écrire.
    -Qu’écris-tu donc ?
    -Des poèmes… Des nouvelles… Enfin… Des choses qui me passent comme ça par la tête…
    -C’est très beau…
    -Comme pour toi… Tu es une créatrice de mode. Tu innoves… Il faut avoir de l’imagination… Et c’est très beau aussi.
    -Oh ! C’était un concours de circonstances…
    -Tout n’est pas fortuit dans la vie… On finit toujours par accepter son destin et par se forger.
    Elle se met à jouer avec sa fourchette avant de demander d’une petite voix :
    -Ne me dis pas qu’un homme comme toi n’est pas encore marié.
    II garde le silence quelques secondes avant de répondre :
    -C’est une question un peu hasardeuse…
    Elle rougit encore et il s’empresse de poursuivre :
    -Je n’ai pas jugé opportun de te poser la question à toi-même, car j’ai compris que tu as préféré le célibat à un mariage sans amour…
    -C’est exact… Mais comment l’as-tu deviné ?
    Il pousse un soupir :
    -Lorsque nos regards s’étaient croisés la dernière fois dans ce même restaurant, j’ai senti tout de suite ta profonde solitude, et surtout ta tristesse… Seules des femmes romantiques comme toi peuvent dégager cette impression… J’ai compris alors que malgré tes réticences, tu cherchais encore cet amour qui te fuyait…
    Nacéra est stupéfaite :
    -Je ne sais pas comment tu fais, mais on dirait que tu lis dans mes yeux et dans les tréfonds de mon âme.
    -Exact… Je suis un être tellement sensible, tout comme toi, et je sais que la vie ne fait de cadeau qu’aux êtres qui sont purs et qui croient aux sentiments… C’est pour cela que, tôt ou tard, ils trouvent le bonheur et la joie de vivre.
    Ils en étaient au dessert. Le maître d’hôtel avait déposé une corbeille de fruits exotiques et deux coupes de crème au chocolat.
    La jeune femme qui avait fait honneur au déjeuner se contenta de goûter à un fruit, avant de repousser son assiette.
    -Tu prendras bien sûr un café.
    Elle hoche la tête :
    -Bien sûr, sinon je risque de m’endormir après un tel festin.
    Il sourit :
    -Qu’à cela ne tienne…

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 38e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il hèle un serveur et demande deux cafés… Nacéra jette un coup d’œil à sa montre bracelet, et constate que c’était déjà le milieu de l’après-midi.
    -Tu as des rendez-vous dans ton atelier… ? demande Djamel en remarquant son geste.
    -Non. Pas pour aujourd’hui. Mais je dois rentrer… J’ai des commandes… Des trousseaux de mariées et d’autres bricoles.
    -Ne t’inquiète donc pas… Tu seras bientôt chez toi. Je t’y déposerais. Si bien sûr tu n’y vois pas d’inconvénient.
    Elle allait protester, puis se reprend :
    -Je n’aimerais pas te déranger… Tu dois avoir du travail qui t’attend toi aussi.
    Il lève la main :
    -Même si c’était le cas, je ne laisserais pas mon travail me dicter ma conduite… Ne soyons donc pas les esclaves de nous-mêmes… Il la regarde :
    -Je te déposerai à l’orée de ton quartier, si tu crains les regards indiscrets… Je comprendrais…
    Elle ébauche un sourire :
    -D’accord… Je ne vois pas comment refuser après tant de sollicitude.
    -A la bonne heure.
    Ils quittent le restaurant, et Nacéra se retrouve assise à côté de Djamel dans son luxueux véhicule. Il met le contact et se met à manœuvrer pour quitter le parking. Elle le regarde faire avant de lancer :
    -J’ai passé mon permis voici une dizaine d’années… A chaque fois que je fais des économies pour l’acquisition d’un véhicule, je me vois contrainte de contribuer financièrement aux projets de ma famille… Un jour, j’étais même sur le point de verser une avance sur une voiture. Hélas ! On dirait que les bonnes choses me fuient… C’est à ce moment précis que mon défunt père était tombé malade et a dû être hospitalisé dans une clinique privée durant de longues semaines. J’ai dû puiser dans ma tirelire bien sûr pour payer la facture et ensuite les frais de son transfert à la maison et de son enterrement.
    -Mais… Et tes frères ?
    -Mes frères, quand ils daignent se montrer, c’est toujours pour réclamer quelque chose. Ils sont mariés, et chacun est parti de son côté… On les voit juste lors de certaines circonstances…
    Nacéra se mordit les lèvres. Pourquoi mettait-elle sa vie à nu devant cet étranger ? Elle ne connaissait Djamel que depuis quelques jours, et c’est la première fois qu’ils sortaient ensemble.
    Comme s’il avait lu dans ses pensées, il pose sa main sur la sienne avant de dire :
    -Tu peux parler aussi longtemps que tu en as envie… Si cela pourrait te soulager, je serais toujours une oreille attentive.
    -Merci… Je dois t’embêter avec mes histoires de famille.
    -Pas du tout… Je suis heureux que tu te confies à moi en toute liberté… C’est un peu comme si on était des amis de longue date.
    -C’est justement ce que je ressens… J’ai l’impression de te connaître depuis toujours.
    -Alors faisons comme si cela l’était réellement.
    Le portable de Nacéra se met à vibrer et elle reconnut tout de suite l’appel de Maïssa.
    -Oui Allô… Tout va bien Maïssa ?
    Elle entendit un sanglot, puis la voix étouffée de sa sœur :
    -Lyes m’a appelé pour m’apprendre que son père voulait reporter le mariage à une date ultérieure, car il n’avait pas encore trouvé un appartement à louer… C’est insensé… Je ne sais pas quoi faire. Le temps presse et…
    -Calme-toi Maïssa… J’ai déjà discuté avec Lyes…
    Je vais l’appeler pour lui dire que j’ai pris ce problème en charge.
    -Ah ! C’est vrai… ?
    Nacéra se retourne vers Djamel qui conduisait d’une main sûre et ce dernier lui presse la main en hochant la tête.
    -Oui… Bien sûr que c’est vrai… Dès demain je serai fixée sur l’appartement en question… Patiente encore quelques heures. Maïssa… Maman ne doit se douter de rien. Compris… ? Si tu continues à te conduire comme une idiote et à t’alarmer au moindre aléa, les choses vont se gâter.

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 39e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Maïssa étouffe un sanglot et renifle, et Nacéra poursuit :
    - Je serai à la maison bientôt, et nous pourrions discuter toutes les deux… ça va ?
    - D’accord, mais ne tarde pas… Je ne sais pas si je pourrais tenir.
    - Tu tiendras… Il le faudra d’ailleurs.
    Nacéra raccroche et se retourne vers Djamel qui lui sourit :
    - Tu es comme une fée qui ne pense qu’au bonheur des autres et qui s’oublie.
    - Que veux-tu que je fasse ? Je vis avec ma mère et ma sœur. Elles n’ont personne d’autre pour s’occuper d’elles. Moi je suis assez grande pour me débrouiller et…
    - Oui… Tu es tout juste assez grande pour affronter les aléas des autres. Par contre, pour toi, tu ne fais absolument rien.
    - Si, je m’offre ce que je veux, j’aime mon travail, j’ai mon atelier, et aujourd’hui j’ai déjeuné avec toi.
    - Pour la première fois depuis très longtemps, tu réponds à l’invitation d’un homme. Et tu n’es pas à l’aise non plus, car ton esprit vagabonde ailleurs.
    Elle hausse les épaules :
    - Si tu le dis…
    - Je le dis et je le pense, et tu sais bien que c’est la réalité. Laissons passer l’orage. Je n’aimerais pas te bousculer alors que tu es responsable de Maïssa… Mais une fois son mariage célébré, je reviendrai à la charge.
    Nacéra sourit :
    - Je ne sais pas si tu vas tenir jusque-là, car je suis une grande embêtante.
    - Essaye donc de m’en empêcher ou de me chasser… Je serai aussi collant que ton ombre. Gare à toi si tu te montres impatiente ou…
    Nacéra se met à rire :
    - Pour une fois dans ma vie, j’aimerais croire à ma bonne étoile… Je ne sais pas comment j’aurais fais sans toi Djamel… Tu me soulages déjà d’un grand fardeau en prenant en charge le problème de l’appartement.
    - Je sais que tu y tiens, alors laisse-moi faire et tais-toi.
    Dès le lendemain, Nacéra sera fixée. Djamel avait non seulement pu dénicher un bel appartement meublé, non loin du centre-ville, mais avait aussi obtenu un bon prix de location.
    Désormais, Lyès ne trouvera aucune excuse au mariage. De ce fait, la jeune femme avait payé la location pour six mois. Elle contacte son futur beau-frère et lui lance telle une forcenée :
    - J’espère que tu n’essayeras plus de te dérober en trouvant un autre subterfuge.
    - Quel subterfuge ? Je ne pouvais pas cohabiter avec mes parents et…
    - Je ne veux plus rien savoir. Si ma sœur avait été plus avisée, je ne serais pas là à te supplier (elle pousse un soupir). J’ai payé le loyer pour six mois…
    - Je te rembourserai dès que j’aurai assez d’argent.
    - Tu me rembourseras ? Attends de connaître le montant du loyer. Je sais que tu vas sauter au ciel. Tente plutôt de mettre un peu d’argent de côté pour payer les six mois restants de l’année.
    - Heu… Oui… Bien sûr… Je vais faire des économies… Enfin, si cela me sera possible… J’aurais bientôt une femme et un enfant sur les bras…
    - Tu assumeras tes responsabilités Lyès…
    - Oui, bien sûr… C’est la faute à Maïssa tout de même… Elle aurait pu prendre ses précautions ou avorter.
    - Assez médit de ma sœur. Ce bébé, elle ne l’a pas fabriqué seule. Gare à toi si tu oses te montrer désagréable avec elle. Elle a assez souffert ces derniers temps.
    Un silence s’établit, et Nacéra fronce les sourcils avant de demander :
    - Tu es là Lyès ?
    - Oui… je suis là…
    - Pourquoi ne réponds-tu pas ?
    - Je n’ai rien à dire de plus. Nous allons célébrer ce mariage puisque tu y tiens.
    - Et toi, tu n’y tiens pas ?
    Elle entendit un soupir :
    - Disons que ce n’était pas de cette manière que j’envisageais les choses.
    - Moi non plus… Et Maïssa n’est pas en reste. Assez parlé pour ce soir. Je ne vais pas remuer le couteau dans la plaie. Fais en sorte de tenir tes promesses et ne provoque pas ma sœur… Elle a déjà les nerfs assez fragilisés.

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 40e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle raccroche sans laisser à Lyès le temps de riposter… Cet homme avait élaboré une stratégie en venant demander la main de Maïssa… C’était un petit futé qui tentait de profiter de la situation.Elle dépose son portable sur la commode et se met à réfléchir. Dès que Maïssa sera chez elle et à l’abri de tout aléa, elle saura quoi dire à ce chenapan qui tente de les faire chanter.
    Djamel la contacte pour prendre de ses nouvelles, et elle fut soulagée de discuter un moment avec lui. Cet homme avait le don de lui remonter le moral. On dirait que la providence se montrait, pour une fois, clémente avec elle.
    La semaine passe, et le mariage est célébré. Maïssa, quoique un peu triste, quitte les siens pour s’installer avec son mari dans l’appartement loué par sa sœur.
    Nacéra lui recommande la prudence. Il ne faut jamais faire confiance à un homme qui s’est joué d’elle. Jusqu’à son accouchement, elle devrait se montrer sur ses gardes.
    Maïssa avait versé de longues larmes la veille en serrant sa sœur dans ses bras. Qu’aurait-elle donc fait sans elle… ?
    Lyès paraissait plutôt indifférent à tout le tapage autour de lui. Il avait pris place au salon avec le reste de la famille, et s’était mis à siroter son café comme un inconnu.
    Nacéra avait serré les poings. Elle l’aurait volontiers étranglé.
    Quelques jours passent. Djamel avait appelé plusieurs fois pour lui demander si tout allait bien. Nacéra avait passé des heures à discuter avec lui de tout et de rien. Elle ne lui révéla pourtant pas ses inquiétudes. Ce qu’elle vivait était trop intime pour le partager avec un homme qu’elle considérait malgré tout comme un étranger. Pourtant, c’est grâce à son aide que sa sœur s’était enfin mariée. Un jour, peut-être, elle lui racontera la triste réalité sur ce mariage qui l’avait épuisée. Un matin, alors qu’elle était occupée à tracer un patron, Djamel la contacte. Il voulait prendre de ses nouvelles et l’inviter à prendre un bol d’air pour déstresser.
    Nacéra hésite. Elle avait des commandes urgentes, et des clientes risquaient de passer à la maison pour des essayages. Mais Djamel insiste. Il voulait la voir. Il voulait lui parler de son prochain défilé de mode, car il avait trouvé quelque chose qui répondait à ses goûts et voulait avoir son avis.
    Nacéra cède enfin. D’accord… Une sortie avec lui en plein air ne lui fera pas de mal… Et puis, elle aura tout le loisir de discuter de son projet et de mettre les choses au point. Elle tenait tant à ce défilé de mode.
    Ils se fixent rendez-vous en début d’après-midi, et elle s’empresse de finir quelques menus travaux afin de se sentir plus libre.
    Prétextant des achats, elle laisse quelques consignes à sa mère et lui demande de remettre les tenues terminées à quelques-unes de ses abonnées.
    Elle s’habille hâtivement, puis se brosse les cheveux. Cette fois-ci, elle préféra les laisser flotter sur ses épaules.
    Djamel l’attendait au lieu prévu. C’est-à-dire non loin de son quartier.
    Il semblait être là depuis un bon bout de temps, car il était en train de lire un journal et ne l’avait pas entendu arriver.Elle donne un coup à la vitre, et l’homme relève promptement la tête avant de jeter son journal et de descendre :
    -Salut… Je ne t’ai pas entendu venir.
    -Tu es là depuis longtemps ?
    -Une vingtaine de minutes. (Il sourit) : j’avais tellement hâte de te revoir que je me suis pointé un peu plus tôt.
    -Je vois… Mais je crois qu’on fera mieux de s’éloigner rapidement de mon quartier…
    -Bien sûr.
    Elle monte à ses côtés et il démarre. Ils quittent bientôt la ville. Djamel prend la route du littoral.
    - Ça te dit d’aller prendre un peu d’air marin ?
    - Ne t’éloigne pas trop. Je n’aimerais pas rentrer trop tard à la maison.
    - A tes ordres, mademoiselle. J’aimerais juste te faire découvrir un coin très beau et très calme en cette saison… J’aimerais te voir plus détendue après tous ces événements.
    Il se tourne vers elle et lui sourit :
    -Alors, tout se passe bien pour Maïssa… ?
    Elle hausse les épaules :
    -ça va… Elle est moins stressée maintenant qu’elle est chez elle.
    -Grâce à toi… Elle a de la chance d’avoir une sœur aînée telle que toi…
    Nacéra lève la main :
    -Je t’en prie Djamel… Je n’ai fait que mon devoir… J’ai élevé Maïssa, je l’ai vu grandir… J’ai suivi sa scolarité, comme je l’ai assistée dans ses études supérieures qu’elle n’a pas encore terminées d’ailleurs… Alors comment veux-tu que je me dérobe pour son mariage ?

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 41e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il hoche la tête :
    - J’ai deviné tout ce que tu viens de raconter…Tu n’es pas celle qui baisse les bras devant les aléas de la vie… Tu as toujours été ainsi…Mais…
    - Mais… ?
    - Je trouve et je te répète, que tu en fais trop pour les autres. Beaucoup trop… La preuve, tu n’as jamais pensé à toi ni à ton avenir.
    Elle hausse encore les épaules :
    - Je crois qu’on a déjà discuté de ça Djamel…Je suis faite ainsi… Que veux-tu que je fasse devant les coups du destin.
    Il sourit :
    - Tâche d’oublier un peu ce sacré destin pour les quelques heures qu’on va passer ensemble. Ah ! J’allais oublier… J’ai trouvé une très belle salle qui pourra servir pour l’organisation de ton défilé de mode. Le patron est un ami, et il ne trouve aucun inconvénient à ce que je m’occupe de la décoration. Tu penses programmer cet évènement pour quand ?
    - Je ne sais pas encore… Nous sommes déjà au printemps… Je crois que c’est le moment propice pour lancer la gamme printemps/été…
    - Et tu seras prête dans combien de temps ?
    Elle se met à réfléchir. Il y avait déjà une vingtaine de modèles qui étaient fin prêts. Elle avait travaillé d’arrache-pied sur les premières tenues du prêt-à-porter. Mais la collection devait comporter une cinquantaine de modèles, entre tenues de soirée, de sortie, robes d’hôtesse, robe de plage et, bien sûr, des tenues traditionnelles.
    Avec le mariage de Maissa, elle n’avait pu mener à bien sa tâche, et avait dû charger quelques ouvrières de son atelier pour terminer le travail. Elle savait qu’elles allaient redoubler d’effort pour que tout soit prêt au jour voulu.
    Elle relève la tête et s’adresse à Djamel :
    - Dans quelques semaines, les tenues seront toutes terminées. J’ai prévu une belle collection pour la fin du mois. Alors, avec un petit effort, je pense que je pourrai penser à organiser ce défiler dans un mois tout au plus.
    - Tu as des mannequins ?
    - Oui… j’en ai une dizaine que je convoque chaque fois que cela est nécessaire. Elles sont habituées à travailler avec moi. Elles connaissent mes goûts et je connais leurs penchants. A chacune alors le modèle qui lui sied. Il suffirait qu’elle répète avec moi deux ou trois fois pour retrouver les pas requis et marcher avec allégresse sur la musique choisie.
    - C’est parfait… Nous allons revoir tout ça ensemble.
    Ils étaient arrivés au bord de la mer. Une agréable petite brise fouette les cheveux de Nacéra qui venait de descendre du véhicule pour admirer la grande bleue.
    Djamel la rejoint :
    - C’est beau n’est ce pas ?
    - Très beau ! Seule la nature sait donner autant de relief et de couleur à un site. Je crois que je ne me lasserai jamais d’admirer ce panorama…C’est vraiment paradisiaque.
    Djamel sourit :
    - Il y a de petits salons de thé tout au long de la plage… Allons nous installer quelque part.
    Ils prirent place à la terrasse d’un bel établissement, qui affichait déjà les couleurs de l’été. Djamel commande des boissons fraîches, un thé et quelques douceurs.
    Il revint vers Nacéra qui regardait sans se lasser le panorama pittoresque qui s’étalait devant ses yeux. Le soleil printanier semblait s’amuser à caresser les rochers et les espaces verts.
    - Heureuse ?
    - Hein… ?
    Elle sourit, et revint vers lui :
    - Oui… Tu peux le dire… Cela fait un bout de temps que je n’arrivais plus à me détendre.
    - Dois-je conclure que tu es détendue aujourd’hui ?
    - Oui… Je ne le nie pas… Cet endroit est fabuleux.
    - J’en connais d’autres qui le sont encore plus.
    - Eh bien, fais-les moi découvrir rapidement.
    - Avec plaisir.

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 43e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra garde le silence un moment. Elle prend une gorgée de thé et goûte à un gâteau aux amandes qu’elle trouva succulent. Djamel sirotait sa limonade. Elle trouve soudain bizarre qu’un homme tel que lui s’engage à l’aider sans demander son reste.
    Va-t-il lui faire payer ses prestations, ou faisait-il tous ces projets pour elle juste à titre amical ?
    Elle n’en était pas certaine.
    Certes, l’homme était cordial, galant, sympa…mais cela ne justifiait pas son intervention dans sa vie, ses invitations, son aide… Il avait déjà beaucoup fait en dénichant rapidement cet appartement pour Maïssa, avec un tarif de location défiant toute concurrence. Et maintenant, il discutait avec elle de ce défilé de mode qu’elle devait organiser. En somme, il avait pris les devants, et déjà pensé à tous les détails… Chose qu’elle n’aurait pas pu mener seule, ou même imaginé sans son aide. Elle repense à ses précédentes soirées… Souvent, elle s’était retrouvée dans des situations si désespérantes qu’elle avait pleuré… Les retards des mannequins, le laisser-aller des maquilleuses et des coiffeuses, l’éclairage défectueux de la salle, les cartes d’invitation non distribuées à temps, les tenues non repassées… Et tout le stress des dernières minutes, alors que la salle se remplissait.
    Elle sentit une main sur la sienne et sursaute. Djamel lui sourit gentiment :
    -A quoi pensais-tu ? J’ai l’impression que tu as totalement quitté la planète.
    Elle esquisse une moue :
    -Je semblais aussi distraite que ça… ?
    -Oui… Et même absente.
    -Je… me disais que tu étais très gentil pour m’aider à organiser ce défilé… Seulement… j’aimerais qu’on soit clairs dans tout ce que nous allons entreprendre ensemble.
    -Ce qui veut dire… ?
    -Que tu ne vas pas perdre ainsi ton temps avec moi sans rien prendre en retour… Je n’aimerais pas te décevoir Djamel… Tout effort mérite salaire et tu dois fixer le montant de tes honoraires avant d’entreprendre quoi que ce soit.
    Elle le vit se rembrunir et sentit sa main resserrer la sienne. Il garde le silence quelques secondes, avant de pousser un soupir :
    -C’était donc à ça que tu pensais ?
    Elle hoche la tête :
    -Certes… Je… suis une grande couturière. Je gagne bien ma vie… Mais tu dois comprendre aussi que j’ai mis une bonne partie de mes économies dans le mariage de Maïssa et dans la location de son appartement. En plus… il y a toutes ces dépenses à faire pour l’organisation de ce défilé, le paiement des techniciens, des mannequins, de la salle….
    Djamel lève la main en lançant d’une voix ferme :
    -Assez.
    -Hein ?
    -Oui, tu en as assez dit ainsi…
    Il pousse un autre soupir :
    -Je pensais qu’on était amis Nacéra…
    Elle hoche la tête un peu honteuse :
    -Oui… Mais cela n’exclut pas que je devrais penser à compenser tes efforts… Tu m’as déjà tant aidée et…
    Il lève encore la main :
    -Tu me déçois Nacéra…
    Elle rougit et il continue :
    -Je voulais juste t’aider à mener à bien tes projets… Tu étais tellement belle dans ce restaurant lors de notre première rencontre que je voulais tout d’abord devenir ton ami, tout en pensant que la chose m’était impossible. Maintenant que nous sommes ensemble, tu me pousses à penser que je ne compte pas pour toi… Ne suis-je donc qu’une esquisse dans ta vie Nacéra… ? C’est ce que tu veux insinuer ?
    Prise au dépourvu, la jeune femme rougit davantage. Elle tente de retirer sa main, mais Djamel la maintint fermement dans la sienne :
    -Réponds-moi je t’en supplie.
    -Je… Je… Non… Tu es un ami… Un bon ami…Le meilleur de tous ceux que j’ai connus jusque-là.
    -Alors pourquoi refuses-tu mon aide ?
    -Je ne la refuse pas… Seulement j’estime que…
    Il resserre encore sa main :
    -Ne me pousse pas à être désagréable avec toi… Si tu me déçois encore, je serais capable de tout laisser tomber et de quitter la ville pour ne plus te revoir.
    Elle écarquille les yeux et il continue en hochant la tête :
    -Ne crois surtout pas que je plaisante. Je pourrais disparaître de la ville et de ta vie si c’est ce que tu veux.
    -Non !
    Nacéra avait parlé en haussant la voix. Elle porte une main à sa bouche, et reprend d’une petite voix :
    -Je ne veux pas que tu quittes la ville à cause de moi… Je n’ai fait que te demander…
    Il l’interrompt alors d’une voix plus douce :
    -Que suis-je donc pour toi Nacéra ?

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 44e partie
    Par : Yasmine HANANE

    La question l’avait surprise. Une question à laquelle elle ne s’attendait pas certes, mais qui était tombée à point nommé pour la pousser à réviser son attitude, et à se mettre devant le fait accompli : elle était très attachée à Djamel !
    La révélation la laisse pantoise. L’aimait-elle… ? Ou est-ce juste une amitié… ?
    Elle relève les yeux vers lui :
    -Tu comptes beaucoup pour moi Djamel…Sans ta présence à mes côtés ces derniers temps, je ne sais pas ce que je serais devenue.
    -Je compte pour toi….Je m’attendais à une autre réponse de ta part.
    Ne pouvant plus soutenir son regard, elle baisse les yeux et demande :
    -Laquelle.. ?
    -Que tu me dévoiles tes sentiments….Je suis certain que tu m’aimes.
    -Hein.. ?
    -Oui Nacéra…Tu es amoureuse de moi…Je le devine dans ton regard….N’essaye donc pas de fuir une vérité qui saute aux yeux et qui me réjouit aussi, car tu me rends fou Nacéra…Jamais encore une femme n’a autant compté pour moi.
    Elle demeure bouche bée. En sortant avec Djamel cet après midi, elle ne savait pas qu’elle allait entendre de telles confidences de sa part. Il était amoureux d’elle… !
    Quelle autre femme à sa place serait-elle restée de marbre devant un homme aussi beau que Djamel ?
    Son regard de velours se pose sur le sien. Il se met à lui caresser la main du bout de ses doigts, et elle sentit une chaleur envahir tout son corps. Elle réussit à retirer sa main, et lance :
    -Tu me surprends.
    Il sourit taquin :
    -Tu t’attendais à quoi donc… ?
    -Euh…A juste une amitié.
    -Ne tente pas de résister à un sentiment qui pourra s’avérer plus fort que la raison. L’amour est un sentiment noble…Une belle sensation…Une belle phase dans la vie des humains….C’est quelque chose de sublime que le créateur à mis en chacun de nous. Alors pourquoi le repousser lorsqu’il tape à la porte de ton âme ?
    -Heu…Tu parles comme un philosophe.
    -Je parle comme un amoureux.
    -Je ne connais rien de l’amour…Mais je ne sais pas si tu ne te trompes pas…
    -Arrête. Ne sois pas têtue Nacéra….Si tu me dis que tu ne m’aimes pas, et que tu ne veux plus me revoir, je disparaîtrais à jamais de ton existence…Ma parole d’honneur.
    Horrifiée, elle relève brutalement la tête :
    -Non..Ne fais surtout pas çà…Je sens que je ne pourrais jamais y survivre.
    Il sourit alors d’un air si doux, qu’elle eut brusquement envie de se jeter dans ses bras, et de pleurer sur son épaule. Toute sa vie durant, elle avait repoussé des prétendants. Que cherchait-elle donc ? Maintenant elle avait compris. Elle attendait cet instant, dont elle avait toujours rêvé sans trop le savoir ou tout simplement sans prendre en considération ses fantasmes.
    Mais aujourd’hui, elle n’avait plus vingt ans. Cette pensée la replonge dans la tristesse. Djamel pourra connaître d’autres femmes plus jeunes et plus belles. Pourquoi donc s’intéressait-il à elle.. ?
    -Tu ne veux pas me voir disparaître de ta vie n’est ce pas ?
    Elle déglutit et secoue sa tête :
    -Non…Je souhaiterais plutôt que tu passes la tienne avec moi…Hélas ! je ne suis plus de la prime jeunesse….Tu pourras rencontrer d’autres femmes plus jeunes et plus belles.
    -Tout à fait. Mais c’est toi qui m’intéresse Nacéra…Aucune femme ne pourra plus compter pour moi. Quant à ton âge que tu t’amuses à brandir tel un mauvais augure, je te rappelle que nous sommes de la même génération…Nous avons le même âge…Je ne vois donc pas en quoi cela pourrait te déranger..Et puis, il y’a bien eu des femmes bien plus âgées que toi, qui s’étaient mariées à des hommes bien plus jeunes qu’elles.
    Mariées…Le mot semblait danser devant ses yeux. Djamel voulait donc se marier…Se marier avec elle…Un type comme lui… !
    Elle ferme les yeux, et se pince le bras. Non. Elle n’était pas en train de rêver.
    -Tu parles de mariage.. ?
    -Oui…Tu n’aimerais pas qu’on passe le reste de nos jours à nous parler au téléphone ou à nous rencontrer tels des fugitifs dans des restaurants ou des salons de thé.

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  41. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 45e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle voulut lui répondre, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Alors il poursuit :
    -Oui. Je le conçois… Tu es surprise, et tu vas me dire qu’on ne se connaît pas assez pour un tel projet… Tu viens tout de même de dire une vérité : nous ne sommes pas de la prime jeunesse… Le temps file entre nos doigts… Pourquoi rallonger l’attente ?
    -Tu veux… Tu veux te marier tout de suite ?
    -Si tu n’y vois pas d’inconvénient… Mais je suppose que tu aimerais d’abord organiser ce défilé de mode. Cela te laissera un temps pour réfléchir et prendre une décision. Je n’aimerais pas du tout te bousculer.
    Nacéra se dit que cette journée marquera à jamais son esprit. Elle avait accepté cette sortie avec Djamel, afin de prendre un bol d’air et de se détendre. Parler de ses projets ne l’avait pas dérangé, mais se voir demander en mariage au moment où elle n’attendait plus un tel événement dans sa vie…
    Elle relève les yeux et comprit que Djamel attendait sa réponse :
    -Je… vais réfléchir à ta proposition… Ce défilé de mode va occuper tout mon temps, et les prochains jours ne seront pas de tout repos… Je pense qu’il serait plus sage pour nous deux d’attendre la fin de cet événement.
    -Bien… Alors… Disons qu’à compter de cette semaine, nous devrions nous atteler sans relâche aux préparatifs et aux menus détails de ce défilé… Tu devrais donner des instructions à tes ouvrières afin que tout soit prêt le jour J. Je sens que cela sera un succès.
    Nacéra ferme encore les yeux. Cet homme avait le don de mettre tous ses sens en alerte. Elle ne connaissait encore pas grand-chose de lui, et lui non plus d’elle. Et pourtant, elle le sentait si proche et si amoureux, qu’elle n’aurait pas hésité à le suivre au bout du monde.
    Ils revinrent en ville, et Nacéra eut l’impression qu’elle venait de vivre en quelques heures ce qu’elle n’a pu vivre durant toute sa vie.
    Elle demande à Djamel de la déposer devant son atelier, qui ne se trouvait pas trop loin de la maison.
    Il lui demande s’il pouvait entrer pour visiter. Mais elle refuse gentiment, arguant qu’il était un peu tard, et qu’elle n’était passée que pour récupérer des tissus et quelques tenues qu’elle devait terminer rapidement.
    Il n’insista pas. Mais au moment où elle allait descendre du véhicule, il lui retint le bras :
    -Tu réfléchiras à ma proposition, n’est-ce pas ?
    Elle tente de se dégager mais il ne voulut pas lâcher prise.
    -Voyons Djamel, quelqu’un pourrait nous voir, tu oublies que nous sommes dans mon quartier.
    Il hausse les épaules :
    -Je veux avoir une réponse à ma question.
    Elle hoche la tête :
    -Bien sûr que je vais y réfléchir. Je crois que nous avons déjà assez discuté sur le sujet.
    Il relâche son bras et sourit :
    -Je voulais juste être sûr que je ne rêvais pas.
    Elle descend du véhicule et referme la porte avant de se pencher pour lancer par la vitre :
    -Tu ne rêves pas et moi non plus. Et si c’est le cas, faisons en sorte que le rêve continue.
    Il sourit, et elle lui fait un signe de la main avant de le quitter en courant.
    Elle pénètre dans son atelier et remarque tout de suite que quelques ouvrières se trouvaient encore là malgré l’heure tardive. Des retouches de dernière minute, des essayages à faire ou des tenues à remettre aux clientes qui ne peuvent se présenter qu’en fin de journée les retiennent.
    Nacéra avance d’un pas ferme à travers les machines alignées sur sa gauche et les tables de coupe qui se trouvaient sur sa droite.
    Elle huma d’un air coutumier l’odeur si familière des tissus et des vêtements fraîchement repassés.
    Ici, c’était son monde à elle. Un univers qu’elle avait édifié avec courage, volonté et abnégation. Que de nuits blanches passées à faire la coupe ou à travailler sur sa machine à coudre, avant de pouvoir enfin s’offrir cet atelier ! Son père certes l’avait aidée en lui fournissant le premier matériel de base. Mais cela n’avait pas suffi, vu que les commandes allaient crescendo. Elle avait alors pensé à contracter des prêts bancaires pour des investissements sûrs et à long terme. Les années sont passées. Sa jeunesse aussi. Mais ses projets professionnels avaient rapidement et considérablement progressé. Aujourd’hui, elle se retrouve à la tête d’une affaire qui lui rapportait assez pour vivre sinon à l’aise, du moins à l’abri du besoin.
    Elle vit une des ouvrières s’avancer vers elle et sourit en reconnaissant une des plus anciennes de ses modélistes.
    -Salut Nabila… Désolée si je viens un peu tard, mais je passais dans le coin et j’ai voulu jeter un coup d’œil… Question de voir si tout allait bien.
    -Tout va bien… Nous sommes encore là pour remettre quelques tenues et terminer des commandes urgentes…

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 47e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Chaque mannequin s’entraîna ensuite sur l’estrade, sur une musique de base, et une harmonie s’installa tout de suite entre leurs pas et les différents rythmes.
    Djamel demande à Nacéra de revoir quelques “itinéraires”, tout en chronométrant chaque mannequin afin de ne pas tomber dans le piège du timing.
    Il ne faut surtout pas lasser le public ou le laisser sur sa faim. Pour cela, un autre training sera de mise avant le grand jour.
    À une semaine de l’événement, Nacéra, qui avait préparé les invitations, demande à Hind de l’aider à les distribuer.
    Elles se concertèrent avec Djamel encore pour convier différents organes de presse, des maisons de couture de renommée, des commerçants de prêt-à-porter et de tenues de soirées, et enfin des clientes et des amis.
    - Il y aura sûrement du monde, dit Hind en se remettant à compter les quelques cartes qu’elle avait en sa possession.
    - Tant mieux, dit Djamel, nous n’aurions qu’une meilleure publicité.
    Hind relève les yeux vers lui, et il affiche un sourire à damner un saint. Elle rabaisse rapidement ses paupières en se disant que cet homme était non seulement beau, mais surtout un véritable séducteur.
    La semaine tire à sa fin, et la fièvre du grand jour s’empare de tous les organisateurs. Nacéra ne dormait plus. Elle avait maigri de quelques kilos, et son visage émacié renseignait sur ses inquiétudes.
    Comme à chaque fois, elle se demandait si tout allait bien se dérouler. Ses tenues, bien qu’appréciées au plus haut point par ses couturières et son entourage, ne pouvaient plaire à tout le monde. Et surtout pas à un public connaisseur et exigeant. La presse ne sera pas clémente avec elle, et la publicité qu’elle pourrait susciter dépendait en grande partie du succès ou de l’échec de ce défilé qu’elle avait préparé depuis des mois avec patience, persévérance et abnégation.
    Malgré les aléas familiaux et l’intervalle de Maïssa, elle ne put que reconnaître qu’elle avait tout de même mené à bon port son projet. Grace à Djamel, elle n’avait reculé devant rien.
    La salle commençait à se remplir. Les grandes corbeilles de fleurs, dressées sur des supports, exhalaient des parfums printaniers, qui embaumèrent agréablement la salle.
    Les hôtesses d’accueil recevaient les invités et les accompagnaient chacun à son siège. Les tables dressées en bataille en milieu de la salle étaient savamment décorées. Des boissons fraîches et des gâteaux sont servis, et l’orchestre avait entamé quelques morceaux destinés à faire patienter l’assistance.
    Nacéra ne tenait plus en place. Elle s’était accrochée au bras de Djamel qui tenta à maintes reprises de calmer son agitation, en lui assurant que tout se passera bien.
    Plus de dix fois déjà, elle s’était glissée dans les loges des mannequins pour voir si tout allait bien. Les coiffeuses, qui avaient presque fini de coiffer les présentatrices, cédèrent leur place aux maquilleuses, et une véritable cacophonie avait remplacé le son des séchoirs. On s’interpellait, on proposait des couleurs de fard à paupières plus chaudes, et des rouges à lèvres plus brillants, des paillettes sur les décolletés ou dans les cheveux, des tatouages sur les bras ou les jambes…
    Nacéra ressort des loges, et Djamel s’avance vers elle :
    -Tu as l’air d’une femme qui vient de s’évader de prison…
    -Tu peux le dire. Je ne sais plus où donner de la tête.
    -Moi je vais te le dire : tu devrais tout simplement aller t’habiller, te coiffer et te maquiller, en attendant que tout soit prêt.
    Il jette un coup d’œil à sa montre :
    -Nous avons encore trois quarts d’heures devant nous. Tu as donc largement le temps de te détendre.
    Elle passe la main dans ses cheveux puis sur son front qui lui sembla brûlant :
    -Tu crois que je peux relâcher la garde un moment ?
    -Et moi qu’est-ce que je fais là ?
    Elle le regarde dans les yeux, et y lut de la compassion :
    -Je ne sais pas ce que…
    -… tu aurais fais sans moi… (il sourit). Tu vois comme je connais la suite.
    Elle baisse les yeux :
    -Je… suis désolée, j’ai trop abusé de ta gentillesse ces derniers temps.
    -Ce n’est rien… Tout le plaisir est pour moi, Nacéra… Nous aurons le temps de discuter de nous plus tard… Pour le moment, va t’occuper un peu de ta petite personne.

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 47e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle sourit et lui demande :
    -Heu…Tu… tu n’as pas invité quelqu’un ?
    -Qui ?
    -Ta famille, tes amis…
    -C’est ton défilé à toi… c’est toi qui connaît ton public… moi je ne suis là que pour te seconder. Ma famille ou mes amis ne sont pas du tout du domaine. Allez, va t’habiller, le temps presse et tu n’es pas encore tout à fait prête.
    Nacéra s’esquive et Djamel tire une chaise pour s’asseoir. Il prend une cigarette et l’allume avant de jeter un coup d’œil circulaire à la salle qui ne cessait de se remplir.
    Hind passe devant lui et il lui fait un signe de main :
    -Hind… est-ce que tout se passe bien dans les coulisses ?
    -Parfaitement bien. Je suis juste sortie pour accueillir la famille de Hind… Heu… je veux dire sa mère et sa sœur…
    -Où sont-elles donc ?
    -Là-bas au fond de la salle. Elles viennent d’arriver… Heu… excusez-moi.
    Hind s’esquive, et Djamel se lève et contourne la scène. Il vérifie les éclairages et donne des instructions aux techniciens. Quelques journalistes se bousculaient à l’entrée de la scène, et il sut les calmer et les faire patienter. Nacéra allait arriver d’un moment à l’autre, et le défilé ne va pas tarder à commencer. Il demande aux hôtesses de servir du café à tout le monde et remet aux journalistes quelques prospectus qu’il avait lui-même fait confectionner juste après avoir pris quelques photos des répétitions précédentes.
    Les panneaux publicitaires dressés à l’entrée de la salle et tout autour, renseignaient sur le style de couture de la maison organisatrice, et les commentaires qui les accompagnaient ne tarissaient pas d’éloges.
    Nacéra était enfin prête. Elle revint vers Djamel qui l’accueille avec un sourire admiratif :
    -Tu es sublime !
    -Tu exagères.
    -Pas du tout… tu devrais monter sur scène et faire quelque pas pour mettre davantage en valeur ce tailleur qui te sied à merveille.
    -Une de mes créations.
    -Raison de plus pour y penser.
    -Allons donc, mes mannequins vont bientôt m’éclipser.
    Profitant d’un moment où ils se trouvaient derrière la scène et loin des lumières, Djamel l’attire vers lui et l’embrasse.
    Nacéra se dégage de lui avec une petite moue coquine :
    -Tu vas abimer mon maquillage et ma coiffure.
    -Ce ne sera que partie remise.
    Elle rougit et il se met à rire :
    -Toujours aussi pudique que lors de notre premier rendez-vous.
    Un bruit les fait se retourner en même temps. C’était Hind :
    -Heu… excusez-moi… Je viens juste vous annoncer que tout est prêt…
    Djamel regarde sa montre :
    -Nous sommes ponctuels. Prépare les modèles, Hind. Je vais demander qu’on éclaire la scène afin que l’orchestre puisse entamer les premiers morceaux qui doivent accompagner les mannequins.
    Il jette un coup d’œil dans la salle archi comble maintenant, et constate que tous les invités avaient pris place. Le moment propice pour lancer les premières notes.
    Nacéra se croise les doigts. Une sueur glaciale avait inondé son corps. Elle prend un mouchoir et le passe sur son front. Elle se reconnaît dans son geste… C’était le trac, comme à chaque début de ses défilés.
    Elle vit comme dans un brouillard le premier mannequin s’avancer, les premières lumières, et entendit la musique et les applaudissements qui suivirent.
    La fille virevolte sur elle-même un moment puis se tint quelques secondes au milieu de la scène, avant de s’avancer vers le public dans le prolongement central de l’estrade sous une lumière plus accrue.
    Nacéra entendit des cris d’admiration et des youyous. La tenue de ville que portait le mannequin avait suscité de grandes ovations.
    La jeune femme scrute la salle à la recherche de quelques connaissances. Elle reconnaît quelques clientes, des représentantes de maisons de couture, quelques journalistes, et des amies. Au fond, dans un coin plus sombre, elle vit sa mère et Maïssa. Cette dernière parlait en gesticulant. Nacéra se dit que ses belles-sœurs, comme à leur habitude, n’avaient pas jugé opportun d’assister à son “show”. Elle hausse les épaules.
    Un autre regard lui fait comprendre que sa mère était agitée. Elle n’avait cessé de s’éventer, alors que la température était clémente dans la salle. La jeune femme se mordit les doigts. La grossesse de Maya commençait à se voir. Nul doute que sa mère avait tout deviné.
    -Quelque chose ne va pas, Nacéra ?
    La voix de Djamel la fera sursauter. Il met les mains sur ses épaules :
    -Tout se déroule bien… Ne te mets pas donc dans tous tes états.
    -Je suis un peu nerveuse, cela me passera…Heu… où est Hind ?
    -Dans les coulisses, avec les habilleuses… Elle est en train de se surpasser pour ce défilé.
    -C’est ma meilleure amie Djamel.
    -Et moi donc ?

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 48e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra sourit et se retourne vers lui :
    -Un ange que la providence vient de m’envoyer.
    Il la serre contre lui :
    -J’espère que j’aurais ta réponse cette semaine.
    Elle baisse les yeux, et il lui relève le menton :
    -N’essaye surtout pas de te dérober. Je suis aussi tenace qu’une sangsue.
    Des ovations et des bravos interrompent leur conversation. La tenue que portait le mannequin était originale. C’était un ensemble de fête qui alliait le moderne au traditionnel… La couleur ocre rehaussait la broderie dorée, et les perles en soulignaient le pourtour.
    -Un chef-d’œuvre…, murmure Djamel, qui avait suivi le regard de Nacéra.
    -Cette tenue m’a coûté des nuits de travail et beaucoup de concentration… Je voulais quelque chose d’exclusif.
    -C’est réussi.
    Elle sourit :
    -Je me sens beaucoup mieux maintenant que le défilé est entamé… C’est toujours comme ça pour moi au début de chaque soirée.
    -Eh bien, comme nous ne sommes plus à nos débuts ensemble, je crois que tu seras plus à l’aise ce soir pour m’appeler et m’annoncer que tu acceptes de m’épouser.
    -Je ne sais pas si je pourrais encore tenir sur mes pieds d’ici là.
    -Tu es obligée de garder les pieds sur terre, car je sens que les propositions ne vont pas tarder à affluer… Heu… La mienne entre autres.
    Hind vint les retrouver pour leur annoncer :
    -Il y a des journalistes dans les coulisses… Nacéra, tout le monde veut te parler.
    Nacéra regarde son amie avec hésitation, mais Djamel la pousse devant lui :
    -Vas-y… Il ne faut jamais rater de telles occasions… Demain, tous les journaux parleront de toi.
    Nacéra s’exécute. Elle connaissait l’impact des médias et leurs critiques. Rien de tel pour rehausser la renommée d’une personne.
    Elle lève les yeux vers Djamel, et ce dernier l’encourage d’un clin d’œil.
    Durant une vingtaine de minutes, elle se soumet aux questions des reporters et aux flashs des photographes.
    Pendant ce temps, ses mannequins n’avaient pas cessé de présenter ses tenues, suscitant de plus en plus l’admiration du public.
    à la fin des interviews, elle revint à son poste de garde derrière la scène. Djamel était là, et suivait minutieusement le spectacle.
    -Ah ! Te voici enfin… ça a été… ?
    -Oui… J’espère que j’ai été assez claire dans mes réponses. Les journalistes sont toujours très curieux.
    - Tout à fait…
    Elle tend le cou et jette un coup d’œil au fond de la salle. Sa mère et Maïssa étaient toujours là, mais ne semblaient pas très intéressées par ce qui se passait autour d’elles. Elle ferme les yeux un moment. Dès son retour à la maison ce soir, elle aura droit à un long questionnaire et aux remontrances de sa maternelle. Elle le savait d’ailleurs. Mais il fallait bien passer par là, car Maïssa ne pourra pas se cacher indéfiniment.
    Elle se retourne vers Djamel et lance d’une petite voix :
    -Ce soir, ou au plus tard demain dans la matinée, je te donnerai ma réponse.
    Il sourit d’un air satisfait :
    -Enfin, une phrase qui me réjouit.
    Le défilé se déroulait dans une ambiance des plus propices. Le nombreux public n’avait cessé de saluer les mannequins et le travail raffiné de Nacéra.
    La salle retentissait des acclamations qui n’arrêtaient pas, et les commentaires allèrent bon train.
    Les mannequins fatigués, mais très satisfaits, terminèrent par une longue ronde pour une dernière prestation et revinrent dans les coulisses, épuisés.
    Nacéra se présente alors pour saluer son public. Elle sera reçue par un tonnerre d’applaudissements, et des youyous de toute part.
    Elle reçut des fleurs, des compliments, des encouragements, et plusieurs cartes de visite pour des contacts et des commandes dans les jours à venir.

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 49e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra sourit et se retourne vers lui :
    -Un ange que la providence vient de m’envoyer.
    Il la serre contre lui :
    -J’espère que j’aurais ta réponse cette semaine.
    Elle baisse les yeux, et il lui relève le menton :
    -N’essaye surtout pas de te dérober. Je suis aussi tenace qu’une sangsue.
    Des ovations et des bravos interrompent leur conversation. La tenue que portait le mannequin était originale. C’était un ensemble de fête qui alliait le moderne au traditionnel… La couleur ocre rehaussait la broderie dorée, et les perles en soulignaient le pourtour.
    -Un chef-d’œuvre…, murmure Djamel, qui avait suivi le regard de Nacéra.
    -Cette tenue m’a coûté des nuits de travail et beaucoup de concentration… Je voulais quelque chose d’exclusif.
    -C’est réussi.
    Elle sourit :
    -Je me sens beaucoup mieux maintenant que le défilé est entamé… C’est toujours comme ça pour moi au début de chaque soirée.
    -Eh bien, comme nous ne sommes plus à nos débuts ensemble, je crois que tu seras plus à l’aise ce soir pour m’appeler et m’annoncer que tu acceptes de m’épouser.
    -Je ne sais pas si je pourrais encore tenir sur mes pieds d’ici là.
    -Tu es obligée de garder les pieds sur terre, car je sens que les propositions ne vont pas tarder à affluer… Heu… La mienne entre autres.
    Hind vint les retrouver pour leur annoncer :
    -Il y a des journalistes dans les coulisses… Nacéra, tout le monde veut te parler.
    Nacéra regarde son amie avec hésitation, mais Djamel la pousse devant lui :
    -Vas-y… Il ne faut jamais rater de telles occasions… Demain, tous les journaux parleront de toi.
    Nacéra s’exécute. Elle connaissait l’impact des médias et leurs critiques. Rien de tel pour rehausser la renommée d’une personne.
    Elle lève les yeux vers Djamel, et ce dernier l’encourage d’un clin d’œil.
    Durant une vingtaine de minutes, elle se soumet aux questions des reporters et aux flashs des photographes.
    Pendant ce temps, ses mannequins n’avaient pas cessé de présenter ses tenues, suscitant de plus en plus l’admiration du public.
    à la fin des interviews, elle revint à son poste de garde derrière la scène. Djamel était là, et suivait minutieusement le spectacle.
    -Ah ! Te voici enfin… ça a été… ?
    -Oui… J’espère que j’ai été assez claire dans mes réponses. Les journalistes sont toujours très curieux.
    - Tout à fait…
    Elle tend le cou et jette un coup d’œil au fond de la salle. Sa mère et Maïssa étaient toujours là, mais ne semblaient pas très intéressées par ce qui se passait autour d’elles. Elle ferme les yeux un moment. Dès son retour à la maison ce soir, elle aura droit à un long questionnaire et aux remontrances de sa maternelle. Elle le savait d’ailleurs. Mais il fallait bien passer par là, car Maïssa ne pourra pas se cacher indéfiniment.
    Elle se retourne vers Djamel et lance d’une petite voix :
    -Ce soir, ou au plus tard demain dans la matinée, je te donnerai ma réponse.
    Il sourit d’un air satisfait :
    -Enfin, une phrase qui me réjouit.
    Le défilé se déroulait dans une ambiance des plus propices. Le nombreux public n’avait cessé de saluer les mannequins et le travail raffiné de Nacéra.
    La salle retentissait des acclamations qui n’arrêtaient pas, et les commentaires allèrent bon train.
    Les mannequins fatigués, mais très satisfaits, terminèrent par une longue ronde pour une dernière prestation et revinrent dans les coulisses, épuisés.
    Nacéra se présente alors pour saluer son public. Elle sera reçue par un tonnerre d’applaudissements, et des youyous de toute part.
    Elle reçut des fleurs, des compliments, des encouragements, et plusieurs cartes de visite pour des contacts et des commandes dans les jours à venir.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  46. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 50e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle relève la tête et constate que Maïssa et sa mère étaient parties.
    La nuit était bien avancée lorsque Djamel la dépose chez elle. La sachant très fatiguée, il ne tente pas de la retenir et se contente de l’embrasser sur les deux joues avant de lui recommander de se reposer.
    Elle peut enfin se détendre et enlever ses chaussures à hauts talons qui l’avaient torturée de longues heures durant.
    Dans sa chambre, elle se jette toute habillée sur son lit et se laisse aller un moment.
    Elle repense à son défilé de mode qui avait eu un grand succès, et aux représentants de la presse, qui dès le lendemain publieraient de longs articles sur l’événement.
    Elle se passe la main dans ses cheveux et se relève. Le maquillage de ses yeux avait coulé, et son rouge à lèvres n’avait pas résisté, tant elle avait été obligée d’embrasser toutes ces femmes qui voulaient la connaître et la féliciter.
    Heureusement que Hind et ses ouvrières étaient là pour tout empaqueter et remettre de l’ordre dans les loges.
    Elle était sur le point de prendre une douche avant de penser à dormir quelques heures, lorsque sa mère vint la rejoindre.
    -Ah ! Tu es enfin là…
    -Oui maman… je crois que tu es rentrée tôt…
    -Moi… Mais bien sûr… Après ce que je viens de découvrir, comment veux-tu que j’aie le cœur à rester sagement assise sur une chaise pour suivre ton défilé ?
    -Pourquoi ? demande Nacéra, qui connaissait déjà la réponse de sa mère.
    Cette dernière s’approche d’elle et la regarde dans les yeux avant de lancer d’une voix où résonnait la colère :
    -Ta sœur est enceinte !
    -Et alors ? Elle est mariée, non ?
    -Oui… Mariée depuis quelques semaines… Mais sa grossesse est bien visible, ce qui sous-entend…
    Elle ne termine pas sa phrase et devint toute rouge avant de se laisser tomber sur le lit de Nacéra.
    Cette dernière court ramener un verre d’eau et revint vers elle :
    -Tiens… Bois un peu d’eau maman… Je t’expliquerais ensuite…
    La vieille femme encore sous le choc prend quelques gorgées d’eau avant de demander d’une voix tremblante :
    -Tu le savais ?
    Nacéra pousse un soupir et hoche la tête :
    -Oui… C’est d’ailleurs pour cela que j’ai hâté le mariage…
    -Et tu m’en a rien dit… Tout le monde s’est conduit comme si je n’existais pas.
    -Pas tout le monde, mère… Il n’y avait que moi et Maïssa qui étions au courant… Fort heureusement d’ailleurs…
    -Oui… Tu peux le dire… Fort heureusement…
    Elle hoche la tête et se frappe les mains :
    -Maïssa… Maïssa… Je pensais qu’en lui accordant une certaine liberté, elle allait en comprendre le sens… Je voulais qu’elle réussisse dans ses études, qu’elle prouve que je ne suis pas indigne d’être sa mère…
    -Arrête de te torturer maman… Le mal est fait, et heureusement que j’ai pu arrêter les dégâts à temps.
    -Oui… Je comprends maintenant ta hâte de la voir casée au détriment de ses études et de son avenir… Mais je ne te pardonnerai jamais de m’avoir caché une telle chose.
    -Qu’aurais-tu donc fait maman ? Tu aurais peut-être piqué une crise de nerfs à te rendre malade tout en attirant les mauvais regards sur nous… Et puis, la famille aurait découvert la faille et nous aurions été obligées de tout dévoiler, au risque de provoquer un scandale.
    -Et maintenant Nacéra… ? Qu’allons-nous faire ?
    -Mais rien… Maïssa est mariée, son mari a reconnu sa paternité… Tout est donc rentré dans l’ordre. Le moment venu, nous pourrions toujours parler d’un bébé prématuré.
    -Oui… Il faut être dupe pour le croire.
    Nacéra entoure de ses bras les épaules de sa mère :
    -Maman… Ne sois pas aussi sévère… Personne ne saura la réalité si on ne s’amuse pas à trop la brandir. Et puis tant pis. Même si cela se sait, Maïssa est la légitime épouse du père de son enfant.
    Sa mère pousse un long soupir :
    -Qu’ai-je fait de mal dans ce monde pour mériter un tel châtiment de ma propre fille !
    Voulant apaiser sa mère, Nacéra tente de changer de sujet en parlant de son défilé :
    -Ne dis pas cela maman. Parlons plutôt de moi… Mes tenues ont eu un franc succès… Ta fille va devenir une célèbre couturière.
    -Tu l’es déjà… Ce que j’aurais voulu, c’est de te savoir chez toi et bien casée.
    Nacéra ébauche un sourire et repense à Djamel. Sa mère oubliera sûrement l’erreur de Maïssa si elle lui apprenait qu’elle allait elle-même se marier :
    -Eh bien maman, je voulais justement t’en parler.
    Sa mère lève les yeux vers elle :
    -De quoi donc ?
    -De mon mariage !

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