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Le vent de l’été Par : Yasmine HANANE

6 août 2013

Yasmina Hanane

La nouvelle de Yasmina Hanane Samedi, 01 Juin 2013

Le vent de l’été 1er partie

Par : Yasmine HANANELe vent de l’été  Par : Yasmine HANANE dans Yasmina Hanane 200_200_150

Nacéra  ferma les yeux un moment devant sa glace puis les rouvrit. Elle avait remarqué que d’autres rides étaient apparues sur son visage….Oh ! Elles n’étaient pas encore très visibles, mais elle savait que ces plis qui surprenaient chaque être humain étaient sournois. D’abord, ils sont presque invisibles au début, ensuite ils s’enhardissent à se creuser au fur et à mesure que le temps passe.
Nacéra se passe une main sur le visage comme pour gommer ses petites ridules autours de ses lèvres et de ses yeux. Des pattes d’oie avaient tissé une sorte de couronne disgracieuse  sous ses paupières inférieures, et son front arborait des traces de soucis et de tracas, reflet de son mal-être continuel.
Elle pousse un long soupir et se laisse tomber sur un canapé. La vie avait était dure avec elle, et le sort ne l’avait pas gâtée.
Elle avait raté le coche, et son avenir ne se dessinait pas sous de bons auspices.  Pourtant elle avait cru au bonheur. Elle avait espéré que son tour viendrait, qu’elle allait rencontrer l’homme de ses rêves et mettre fin à sa solitude.
Elle s’était surprise à imaginer ses toilettes de présentation et sa robe de mariée. Elle se voyait alors d’un œil merveilleux. Elle allait être belle pour ses noces. Sa coiffeuse allait faire d’elle en un tour de main, une princesse des Mille et Une Nuits.
Et comme toute nouvelle mariée qui s’apprêtait à entamer une nouvelle vie, elle allait briller durant quelques heures devant une assistance féminine curieuse et critique à souhait. Oui cela devrait être ainsi. Ses robes plus belles les unes que les autres, rehausseraient son charme, et mettraient sa taille fine en valeur. Elle dansera sans se lasser et tournoiera dans les bras de son bien-aimé jusqu’à l’aube. Commencerait alors une existence des plus enviables.
La sonnerie de son portable met fin à ses illusions. Elle redescend alors sur terre, et se retrouve sur le canapé de sa chambre alors qu’on donnait des coups à la porte.
Elle court ouvrir à sa jeune sœur, avant de prendre sa communication :
-Allo, Hind, oh ! quelle surprise !
-Bonjour Nacéra, je pensais te rencontrer à l’exposition des tenues traditionnelles. Je viens d’en revenir…
-C’était prévu que je m’y rende…Un empêchement de dernière minute…Dis-moi plutôt si ton déplacement en valait la peine.
- J’ai beaucoup apprécié. Les couturières s’étaient surpassées pour présenter leurs collections, des  merveilles. Tu aurais dû y participer.
- Ce n’est pas l’envie qui manquait mais je ne pouvais honorer mes engagements, tout en préparant cette manifestation.
- Tu  n’as pas encore terminé avec les trousseaux de mariées ?
- Pas encore, ces derniers temps c’est vraiment la ruée. On dirait que toutes les filles de la ville s’étaient donné le mot pour ce marier cette année.
- Sauf certaines.
- Heu, oui, sauf moi.
- Voyons Nacéra, je suis désolée si ma remarque te touche. Mais je ne parlais pas de toi. Je parlais de nous toutes, je ne suis pas non plus mariée moi-même, et même pas sur le point de l’être.
- Tu es bien plus jeune que moi Hind…Tous les espoirs sont encore permis pour toi …Par contre pour moi…
- Ne dis pas cela…Tu n’es pas aussi vieille que ça non plus…Et puis tu as ton métier et tu aimes ce que tu fais…Tu ne dépends de personne pour gérer ton budget, et si on peut dire, tu gagnes bien ta vie.
- Grace à Dieu, de ce côté-là tout va bien. Hélas ! Il  n’ya pas que l’argent dans la vie…
- Certes, mais disons qu’il vaudrait mieux avoir sa petite bourse personnelle, que tendre la main.
- C’est certain…Enfin….Je ne vais pas trop m’étaler là-dessus…A chacun son destin dans cette vie.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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71 Réponses à “Le vent de l’été Par : Yasmine HANANE”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 51e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Sa mère porte la main à sa bouche :
    -Tu vas te marier… ?
    -Oui maman… En vérité, je n’ai pas encore donné ma réponse… Je voulais… Je voulais tout d’abord t’en parler.
    Sa mère prend une longue inspiration :
    -J’espère que tu n’inventes pas cette histoire pour me détourner de Maïssa et de sa grossesse.
    Nacéra se met à rire :
    -Mais non maman… Je sais qu’en d’autres circonstances tu aurais sauté de joie à l’idée de me voir mariée…
    -Mais… Je ne te suis pas… Pourquoi me le dire maintenant… ?
    -Eh bien parce que j’étais très occupée ces derniers temps, et mon prétendant aussi.
    -Et maintenant… Que va-t-il se passer… ? Vas-tu lui donner une réponse… ?
    -Si tu n’en vois pas d’inconvénient.
    Sa mère la regarde encore une fois d’un air affligé :
    -Oh Nacéra ! J’ai demandé tous les jours à Dieu dans mes prières de me garder en vie jusqu’au jour où je te verrais mariée… Je crois qu’Il a exaucé mon vœu… Maintenant, il n’appartient qu’à toi de le concrétiser.
    -Je dois lui donner ma réponse demain.
    -Alors fais-le… Pourquoi attendre plus longtemps… Tu n’es plus en âge de refuser… Les années passent tellement vite.
    -Je ne connais encore rien de lui maman et…
    Sa mère l’interrompt d’un geste :
    -Quand la Providence t’envoie ton mektoub, tu ne pourras pas le refuser… Je sens que cet homme te plaît Nacéra… L’instinct d’une mère ne se trompe jamais.
    Nacéra rougit :
    -Il est assez jeune, nous sommes de la même génération… Il… Il gagne bien sa vie, il est architecte… C’est lui qui m’a aidée dans l’organisation de mon défilé de mode.
    -Que peux-tu attendre de plus de la vie… ?
    -Rien de plus… Seulement, j’appréhende le jour où je devrais te quitter… Djamel veut qu’on se marie très bientôt… Maman tu vas te retrouver seule et…
    Sa mère l’attire vers elle et se met à lui caresser les cheveux :
    -Les lois de l’existence sont ainsi faites ma fille… Moi aussi j’ai quitté ma mère pour me marier avec ton père, et ma mère avait quitté la sienne, et ma grand-mère aussi… Toutes les femmes doivent quitter tôt ou tard le nid familial et se consacrer à leur foyer et à leurs enfants… Certes, je vais sentir un grand vide autour de moi… Mais je serais heureuse aussi de te savoir chez toi et comblée… Et puis… tu ne quittes pas la ville, tu pourras venir de temps en temps rendre visite à ta vieille mère.
    -Tous les jours maman.
    -Non… Je ne te le permettrais pas… Je suis encore assez solide sur mes jambes pour m’occuper de ma propre personne… Une de tes nièces pourra venir habiter avec moi, au cas où le besoin s’en ferait sentir… Toi tu devrais désormais t’occuper de ton mari et de ton foyer…
    -Tu parles bien mère… Je me sens triste tout de même à l’idée de te quitter.
    -Moi aussi ma chérie. Mais tu m’oublieras vite lorsque tu goûteras au bonheur de la vie conjugale. Allez… Ne tarde pas trop à donner ta réponse à ce jeune homme… Il doit déjà se languir.
    Nacéra sourit :
    -Il est vraiment impatient.
    -Très bien. Alors dès demain, fais-lui savoir que tu acceptes sa proposition.
    Trop lasse pour tenir davantage, Nacéra, après avoir rassuré sa mère, et une fois que cette dernière s’est retirée dans sa chambre, prend sa douche et se glisse enfin dans son lit pour dormir à poings fermés.
    Il faisait grand jour lorsqu’elle consentit enfin à ouvrir les yeux.
    Sa première pensée sera pour Djamel. Elle ébauche un sourire.
    Hier soir, si elle avait pu conjurer la colère de sa mère et lui faire avaler les erreurs de Maïssa, c’était grâce à sa proposition.
    Elle se relève sur un coude et regarde autour d’elle. Sa chambre était sens dessus dessous, mais son portable se trouvait juste à côté d’elle. Pour ne pas être dérangée dans son sommeil, elle l’avait éteint.
    Elle le rallume et forme le numéro de Djamel qui décroche à la première sonnerie :
    -Ah ! Bonjour Nacéra… Je ne voulais pas appeler, te sachant très fatiguée, et peut-être encore au lit, mais j’aimerais que tu jettes sans tarder un coup d’œil aux journaux de ce matin.
    Nacéra sourit. Il n’y avait que cet homme qui pouvait lui parler sur ce ton câlin et prendre les devants sans lui laisser le temps de réagir.
    -Je ne sais pas ce que racontent les journaux, mais par contre je devine facilement au son de ta voix que tu n’es pas indifférent à ce qui a été écrit au sujet de mon défilé.
    -Comment ça indifférent… ? Mais je suis impliqué jusqu’au cou dans cet événement… Tout ce qu’on dira ou qu’on écrira me touchera autant que toi.
    -Et qu’est-ce qu’on dit ?, demande-t-elle en étouffant un bâillement.
    -Que tu es très douée et très motivée dans le choix des modèles et des tenues traditionnelles, et que l’art de la création chez toi n’est plus à démontrer… Il y a plein de photos sur le spectacle et une photo avec ton interview… Une belle photo…

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 52e partie
    Par : Yasmine HANANE

    -C’est juste la photo qui est belle… ?
    -Cesse de me mener en bateau et passons aux choses sérieuses.
    -Lesquelles… ?
    -Veux-tu déjeuner avec moi… ? Heu… Juste pour fêter l’événement et commenter la soirée.
    -C’est tout… ?
    -Tu veux parler d’autre chose… ? Eh bien je n’y vois aucun inconvénient, d’autant plus que j’attends toujours ta réponse… Alors je passe te récupérer vers la mi-journée… ?
    Nacéra jette un coup d’œil à son réveil-matin, et constate qu’on était déjà presque à la mi-journée. Elle avait dormi comme une marmotte.
    Elle s’étire et lance d’une voix encore ensommeillée :
    -Je suis crevée pour le déjeuner, mais si tu veux, viens me récupérer vers le milieu de l’après-midi
    -Parfait… J’espère que tu ne vas pas encore trouver d’excuses.
    -à quoi… ?
    Elle l’entendit soupirer et se pince les lèvres pour ne pas éclater de rire avant de poursuivre :
    -C’est bon Djamel, je t’attendrais vers 16h…
    Le téléphone ne cessa pas de sonner chez Nacéra. Les articles de presse et le “bouche à oreille” ont fait d’elle la star du jour.
    Elle ne put répondre à toutes les demandes et à toutes les femmes qui voulaient la rencontrer et passer commande chez elle. Elle prit cependant en considération quelques propositions assez flatteuses de grandes maisons de couture et de quelques commerçants.
    Hind l’appelle en début d’après-midi pour la féliciter. Elle-même se trouvait noyée par les incessants appels téléphoniques et d’autres propositions, comme celles de réorganiser le même défilé dans un grand hôtel de la côte, ou mieux encore se préparer à concurrencer d’autres couturières lors d’un grand gala qui sera organisé durant la grande saison dans un théâtre de verdure, afin d’avoir des perspectives pour présenter ses nouveautés à l’étranger.
    à l’instar des ouvrières de l’atelier, Hind ne pouvait se résoudre à donner des réponses sans consulter Nacéra.
    Cependant, malgré son succès, Nacéra gardait la tête sur les épaules. Elle ne voulait pas être éblouie par des lumières prometteuses qui, une fois éteintes, la laisseraient dans l’ombre.
    Elle connaissait l’ivresse du succès, et cette impression d’être enfin arrivé à un objectif. Mais pour elle, cela ne suffisait pas. Elle doit penser à mieux faire et à donner plus, afin de s’affirmer davantage.
    Elle remercie Hind pour tout ce qu’elle avait fait pour elle et lui promet de l’inviter à déjeuner bientôt.
    Hind toussote à cette proposition avant de se hasarder à demander :
    -Tu devrais plutôt penser à inviter Djamel… Il s’est tenu à tes côtés la soirée durant, comme un chevalier servant.
    -Pas uniquement durant la soirée, Hind. Djamel a été depuis les débuts à mes côtés. C’est grâce à son aide fort précieuse que tout s’est bien déroulé. C’est lui qui s’est chargé de trouver la salle, de la décorer, de dresser le podium… Ensuite, nous avons entrepris ensemble d’autres préparatifs. Mais je peux t’assurer que sans son aide, je n’aurais pu régler tous les détails à temps.
    -Hum… je vois… Mais pourquoi m’as-tu caché cette relation?
    -Tout bonnement parce que je ne pensais pas qu’on pouvait aller au-delà de l’amitié…
    Hind fait claquer sa langue :
    -Je crois que depuis le premier coup d’œil dans ce restaurant, vous avez fait du chemin ensemble.
    -Hum… Pas exactement… Mais je te raconterai plus tard tous les détails… Je suis trop fatiguée pour aujourd’hui… Comme tu le devines, je n’ai pas eu le courage de me rendre même à mon atelier.
    -Et même de répondre à une invitation de Djamel…
    Nacéra lève les yeux au ciel. Mais comment donc faisait Hind pour tout deviner ?
    -Heu… peut-être que je consentirais à prendre un thé avec lui cet après-midi, si toutefois je me sens en forme.
    -Tu te sentiras en forme à coup sûr… L’amour donne des ailes, d’autant plus que ton élu est un beau séducteur…
    -Hein… ? Tu veux dire quoi… ?
    Hind se traite intérieurement de tous les noms… Qu’avait-elle donc à juger un homme qu’elle connaissait à peine. Puis elle se rappelle son sourire de la veille, et le regard qu’il lui avait lancé…
    - Je ne voulais rien dire… Djamel est un bel homme… Un homme qui ne laissera aucune femme normalement constituée indifférente… Il n’y avait qu’à voir les regards que lui lançaient tes mannequins.
    -Et lui, qui regardait-il… ?
    -Mais toi, pardi… Il n’avait d’yeux que pour toi… Allez, ne fait pas l’idiote Nacéra… Tu veux me faire encore marcher… ?

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 53e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra pousse un soupir :
    -Tu as le don de susciter des inquiétudes Hind.
    -Alors je ne me suis donc pas trompée, tu es réellement amoureuse de lui.
    -Petite coquine… Je ne te dirais rien de plus.
    -C’est comme tu veux. Moi je sais qu’il y a anguille sous roche…
    Un conseil : ne rate pas le coche cette fois-ci.
    La jeune femme crut encore entendre sa maman.
    Elles raccrochèrent, et Nacéra eut tout juste le temps de se préparer, car l’après-midi avançait, et elle n’avait même pas encore pensé à la tenue qu’elle devait porter pour son rendez-vous avec Djamel.
    Elle opte enfin pour un simple ensemble pantalon et veste courte. Ses cheveux coiffés en boucles flottèrent alors sur ses épaules, lui donnant l’allure d’une jeune première.
    En sortant de chez elle, elle repense à Maïssa qu’elle aurait dû appeler pour la rassurer. Car elle ne doute pas que cette dernière était dans tous ses états… Elle a même dû passer une nuit blanche à se morfondre, car sa mère n’avait sûrement pas être indulgente avec elle.
    Nacéra se dit qu’après tout Maïssa était la grande fautive et méritait tous les châtiments. Cependant, considérant les choses sous un meilleur angle, elle se dit que Maïssa avait maintenant son mari et le père de son enfant à ses côtés. Peu importe ce que raconteront les mauvaises langues, à commencer par la famille de Lyès qui aurait sûrement déjà deviné les raisons réelles de ce mariage trop hâtif.
    Elle reconnut le véhicule de Djamel et le rejoint avant d’ouvrir la portière du passager et de se laisser tomber sur le siège. Il sourit et l’embrasse avant de lancer :
    -Voici notre grande star… Comment cela va-t-il… ?
    Elle reprend son souffle avant de répondre :
    -Je me sens comme quelqu’un qui vient de passer une nuit sous un rouleau compresseur. Mais vu les réactions de mon public et de la presse, je ne m’en plains pas trop.
    Il hoche la tête :
    -Je suis heureux pour toi Nacéra… Cette réussite, tu la méritais plus que tout… Tu t’es tellement déchaînée ces derniers temps que je me demandais si tu allais tenir le coup… Tout est bien qui finit bien.
    -Grâce à toi… Je n’oublierai jamais ce que tu as fais Djamel…
    Il se tourne vers elle avec une moue dubitative :
    -Alors comment vas-tu me remercier pour cela… ?
    Elle sourit :
    -Ne brûle pas les étapes Djamel, chaque chose en son temps.
    Mais… je brûle d’impatience moi… Tu ne peux pas imaginer à quel point !
    Elle sourit :
    -Alors démarre… Allons nous installer quelque part pour discuter.
    Il l’emmène dans un salon de thé très sophistiqué. Le décor traditionnel et raffiné plut tout de suite à Nacéra, qui se demandait comment cet homme s’y prenait pour découvrir des endroits de rêve, où on peut passer des heures sans se lasser.
    Ils s’installèrent à une table, et un serveur vêtu d’un sarouel et d’une chéchia vint prendre commande. Café, thé, gâteaux aux amandes et eau minérale. Djamel avait passé lui-même commande, comme à ses habitudes, sans demander son reste.
    Il revint vers Nacéra en souriant :
    -Je me sens tellement responsable de toi que je m’estime en droit de t’imposer mes goûts.
    -Pour une fois qu’on s’occupe de moi, je ne devrais pas m’en plaindre.
    -à la bonne heure… Dans ce salon, on prépare un thé sur la braise… Il a un goût du Sud, avec une pincée nostalgique de l’ancien temps… La même chose pour le café. Quant aux gâteaux, ils sont tout simplement exquis.
    Il sourit :
    -On attendant qu’on nous serve, tu peux toujours entamer le sujet.
    -Lequel…
    -Voyons… Nous ne sommes plus des écoliers… Tu devais donner une suite à ma proposition, n’est-ce pas… ?
    Elle sourit :
    -J’aimerais avant tout connaître toutes les réactions de la presse… Tu as acheté tous les journaux… ?
    -Et comment !
    Il prend sa mallette et en retire un paquet qu’il lui tendit :
    -Tu as là les revues et les quotidiens qui ont couvert l’événement… Que des éloges !
    Elle s’empresse de jeter un coup d’œil sur les articles et les photos : partout la couleur et les lumières dominaient… Ses mannequins pris sous différentes poses affichaient des sourires radieux. Les articles parlaient plus d’elle et de son atelier. Un journaliste avait brillé par une belle remarque : la couturière avait du goût… Un goût extrêmement raffiné qui ressortait dans la coupe et la confection de ses modèles. Le traditionnel surtout s’est taillé la part de lion.
    Elle repose les journaux et revint vers Djamel. On venait de déposer le thé et les gâteaux, et il était en train de la servir :
    -Alors… ? Heureuse… ?
    Elle pousse un soupir :
    -Je dois le reconnaître. Avec toi, je me sens toujours heureuse.
    -Ton défilé a eu du succès, et moi j’attends toujours ta réponse… Rends-moi donc heureux à mon tour.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 54e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle sirote son thé un moment, et prend un gâteau qu’elle goûte et trouve succulent. En redéposant sa tasse, elle remarque que Djamel ne buvait pas son thé :
    -Il va refroidir, lance-t-elle en indiquant de son index la boisson encore chaude.
    Djamel hausse les épaules :
    -Si ce n’est que le thé qui devait refroidir…
    Elle rit :
    -Allons ne fais pas cette tête. Pour commencer, je vais tout de suite t’apprendre que j’ai parlé de toi à ma mère.
    Il relève vivement les yeux vers elle :
    -C’est vrai ? Et qu’a-t-elle dit ?
    -Comme toutes les mamans, elle veut me voir casée bien sûr… Heu… j’ai parlé de ta proposition.
    -Tu as bien fait ! C’est déjà un pas vers ton approbation, n’est-ce pas ?
    -Une minute… Nous devrions tout d’abord parler un peu de nous… tu ne le penses pas ?
    Djamel se passe une main sur son
    visage :
    -De quoi donc ? Nous sommes assez vieux pour nous amuser à perdre encore du temps…Nous aurions toutes les années à venir devant nous pour nous connaître davantage.
    -C’est certain… Tout de même, abordons les sujets les plus urgents.
    -Vas-y, que veux-tu savoir ?
    -Par exemple où nous allons habiter ? Comment allons-nous nous
    organiser et…
    Il lève la main :
    -Assez… J’ai compris… Tu veux savoir si je vais habiter avec ma famille…
    Il secoue la tête :
    -Non… Je suis bien placé pour avoir mon propre appartement… En fait, je possède deux appartements : le premier me sert de bureau, tu as l’adresse sur la carte de visite, et le second me sert de logement et il se trouve à un jet de pierre de mon boulot…
    -Ah ! Tu habites seul donc ?
    -J’ai toujours préféré la solitude aux problèmes familiaux… Mes parents ne sont plus de ce monde, et il ne reste dans la maison paternelle que mes deux frères et leurs familles respectives… Je ne m’entends pas bien avec les belles-sœurs. Tu comprends… Alors dès que j’ai pu voler de mes propres ailes, j’ai quitté le toit familial pour m’installer chez moi… Heu…cela ne te froisse pas de savoir que j’ai préféré couper carrément les ponts avec la famille. Mes belles-sœurs sont de véritables diablesses.
    Nacéra hoche la tête :
    -J’en connais un bout. Les miennes non plus ne sont pas des anges.
    -Que veux-tu savoir d’autre ?
    Elle hausse les épaules :
    -Tout ce que je ne connais pas encore. Par exemple, en dehors de ton travail, comment occupes-tu ton temps ?
    -À organiser des défilés de mode (il rit)… Je travaille beaucoup… J’aime travailler et, tout comme toi, respecter mes rendez-vous. J’établis des plans pour des particuliers, des entrepreneurs et des promoteurs immobiliers, et j’ai des actions dans différentes affaires. Mon bureau d’études et d’expertise ne désemplit pas. Je suis aussi agréé auprès de certaines instances pour des expertises. Je n’ai donc pas beaucoup de temps pour me distraire. Cependant, il m’arrive de m’isoler quelque part pour un week-end ou pour des vacances… Là, je quitte carrément la ville ou même le pays. Heu… je voyage parfois pour des missions de travail et, de ce fait, je joins l’utile à l’agréable. Le seul moment de la journée où je peux m’autoriser un répit c’est l’heure du déjeuner. Je me rends alors dans ce restaurant où nous nous sommes rencontrés, et je prends tout mon temps pour manger et faire le vide en moi. L’endroit est idéal, et depuis que je t’y ai rencontrée, je l’apprécie encore mieux.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 56e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle allait tourner la poignée, lorsqu’elle entendit des voix. La porte calfeutrée ne laissait échapper que quelques bribes de conversation lorsqu’on parlait à très haute voix ou on criait. Cette fois-ci, Nacéra entendit quelqu’un élever la voix… Une voix menaçante… Une femme parlait, criait et menaçait. Djamel criait encore plus fort. Nacéra hésite… Devrait-elle entrer dans le bureau de son mari pour s’enquérir de ce qui se passait ou bien attendre sagement que cette cliente sorte… Et puis de quoi parlaient-ils tous les deux ? Pourquoi criaient-ils autant ?
    Elle ne connaissait rien à l’architecture et à l’immobilier, mais son mari lui avait expliqué que tout ce qu’il entreprenait, il le faisait d’une manière très étudiée et selon les lois en vigueur. Des contrats signés par les deux parties sont établis avant qu’il n’entreprenne les travaux. Donc il n’avait rien à se reprocher sur ce point-là.
    Nacéra se passe la main dans ses cheveux et attendit que la tempête passe. Djamel lui racontera sûrement plus tard les raisons de cette altercation.
    Une demi-heure passe avant qu’une femme ne ressorte du bureau. Elle était grande de taille, encore jeune, et avait un air hautain et arrogant. Elle passe en coup de vent devant Nacéra, sans même remarquer sa présence.
    Djamel la suit, puis voyant sa femme, il s’arrête comme foudroyé :
    -Nacéra ? Mais que fais-tu ici ?
    Surprise par le ton froid de son mari et son accueil glacial, la jeune femme se lève et prend son sac à main :
    -Je voulais te faire une surprise. Je crois que j’arrive au mauvais moment.
    Djamel baisse les yeux, puis s’approche d’elle et la prend par la taille :
    -Désolé ma chérie… Je suis lessivé… Je viens de recevoir… une… une cliente… Elle était hors d’elle parce que le plan que nous avons conçu pour elle ne lui plaisait plus. Elle voulait tout changer alors que les travaux ont déjà commencé.
    Nacéra passe une main rassurante dans les cheveux de son mari, puis lui caresse la joue :
    -Ne t’en fais donc pas mon chéri… La fatigue parfois engendre des réactions inattendues. Allez, viens… Rentrons chez nous. J’ai acheté de quoi te préparer un succulent dîner.
    Djamel la repousse doucement :
    -Rentre… Je te rejoindrai dans un petit moment… J’ai… j’ai encore quelque chose d’urgent à terminer ce soir même.
    Elle remarque le temps hésitant de Djamel, mais ne voulut pas envenimer les choses. Elle se contente donc de ramasser ses paquets et de se diriger vers la sortie. Djamel lui lance d’une voix plus calme :
    -Je sais que tu vas me préparer mon plat préféré : le poulet aux olives… J’adore ta cuisine ma chérie.
    -Ne tarde donc pas trop Djamel, sinon ce ne sera plus un dîner que tu vas prendre, mais un petit-déjeuner.
    Elle avait débité cette phrase sur un ton si désappointé que Djamel tendit le bras vers elle pour la retenir. Mais elle était déjà partie.
    Elle prépare le dîner et dresse la table sans que Djamel daigne se montrer. Elle pense l’appeler, mais se ravise. Non… il ne faut surtout pas qu’il pense qu’elle l’espionne ou le harcèle… Elle était, certes, sa femme mais elle se devait de garder ce respect mutuel entre eux.
    Elle se met donc devant la télé et tente de se concentrer sur un documentaire. En vain. Son esprit était trop préoccupé.
    Est-ce la présence de cette femme au bureau de son mari qui l’avait perturbée ? Est-ce de la jalousie ?
    Nacéra secoue la tête. Non ! Il était peu probable qu’elle soit jalouse d’une femme qu’elle ne connaissait même pas, et qui, selon Djamel, n’était là que pour le boulot… C’est ce qu’il avait dit.
    Elle se mordit les lèvres et met la main sur son plexus où s’était formée une boule. Elle connaissait trop bien cette crise qui s’emparait d’elle à chaque fois que quelque chose la préoccupait. Mais enfin… pourquoi ?
    Elle se lève et se met à marcher de long en large. Ils étaient encore au début de leur mariage. Djamel venait de reprendre son travail, et elle se devait de comprendre ses absences et ses rentrées tardives. Après tout, il avait été clair avec elle en lui spécifiant dès le début qu’il était passionné par son travail et qu’il lui arrivait rarement de quitter son bureau pour s’amuser.
    Mais lorsqu’il était célibataire, personne ne l’attendait à la maison, et il pouvait même passer la nuit au bureau sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit.
    Maintenant si ! Ils sont mariés, et elle se morfondait dans la solitude de son appartement.

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 57e partie
    Par : Yasmine HANANE

    La fatigue aura raison d’elle. Elle s’allonge sur un fauteuil et ne tarde pas à sombrer dans un profond sommeil.
    Le documentaire était terminé, et un film l’avait remplacé. Djamel qui venait de rentrer éteint le poste avant de s’approcher de sa femme.
    Il la contemple un moment. Elle dormait si bien, qu’il n’eut pas le courage de la réveiller. Cependant, il avait remarqué la table dressée et les couverts. Il se dit qu’elle n’avait sûrement pas dîné. Se sentant un peu coupable, il revint vers elle, et la réveille tout doucement. Elle ouvrit les yeux, puis s’étire, avant de se redresser. Djamel s’agenouille auprès d’elle :
    -Désolée ma chérie… Je n’ai pas vu le temps passer. Nacéra le regarde un moment avant de demander :
    -Tu as déjà dîné, je suppose ?
    -Pas du tout… Je me sens coupable de t’avoir laissée seule. Et puis toi non plus tu n’as pas dîné.
    -Je n’avais pas faim… Je t’attendais.
    -Alors je suis là… Mettons-nous tout de suite à table, car mon estomac commence à crier famine.
    -Le dîner doit être froid, laisse-moi juste le temps de réchauffer les plats… Si tu as faim autant que tu le dis, tu peux commencer par le hors-d’œuvre…
    Elle s’esquive dans la cuisine, et Djamel s’empresse de se mettre à table et de se servir une pleine assiette de légumes frais qu’il arrosa de vinaigrette.
    Nacéra revint avec les plats réchauffés, et dépose le tout devant lui :
    -Voilà… J’ai pensé qu’avant d’entamer ton poulet aux olives, tu feras honneur à mon potage de légumes.
    -Ce hors-d’œuvre déjà est exquis… Tu es un véritable cordon bleu…
    Il se tut, en remarquant qu’elle ne s’était pas attablée… Il l’interroge du regard et elle hausse les épaules :
    -Je n’ai pas faim… J’ai pris un goûter en rentrant…
    -Mais tu as dressé deux couverts. Donc tu devais manger avec moi… Tu m’a attendu pour qu’on dîne ensemble, n’est-ce pas ?
    Elle hoche la tête :
    -Oui… Mais cela fait des lustres… Alors je me suis endormie… Je n’ai plus faim Djamel… Bon appétit.
    Il dépose sa fourchette et se lève pour se rapprocher d’elle :
    -Qu’est-ce qui ne va pas ?
    Elle soupire :
    -Rien… Tout va bien.
    -Ça n’en a vraiment pas l’air.
    -Je t’assure que tout va bien. Un peu de fatigue peut-être… La journée a été longue.
    -Tu n’aurais pas dû te casser la tête alors pour le dîner… J’aurais ramené quelque chose de chez mon traiteur.
    -Mais non… Tu sais bien que je n’aime pas ce que tu ramènes de l’extérieur… Je sais faire la cuisine, et j’aime préparer tes plats préférés…
    -Et cette fatigue alors ?
    Elle hausse les épaules :
    -Rien de grave… Un moment de stress…
    -Tu parles de stress… ? Voyons Nacéra…Qu’est-ce qui pourrait te stresser alors que nous venons de rentrer d’un voyage extraordinaire.
    -Heu… Je suis un peu fatiguée cet après-midi…Je suis passée à l’atelier. J’ai un tas de commandes à honorer… Les ouvrières ne sont pas toujours à jour… Parfois, il faut donner un coup de main et les exhorter à travailler plus sérieusement… Djamel reprend place devant son assiette et oblige Nacéra à s’asseoir à côté de lui avant de lui servir un peu de soupe :
    -Allez, mange un peu. Ce potage me paraît succulent… C’est léger… Même si tu n’as pas faim, fais-moi plaisir et avales-en quelques cuillerées.
    Telle une écolière à qui on impose un devoir, Nacéra lève les yeux vers son mari qui l’encourage d’un sourire. Elle prend alors sa cuillère et se met à manger sa soupe.
    Djamel revint sur le sujet :
    -Ton atelier marche bien… Heu…à part les petits contretemps habituels, je ne pense pas qu’il y ait quelque chose qui pourrait te préoccuper au point de te stresser… Tout à l’heure au bureau, tu paraissais pourtant bien plus détendue…. Est-ce la présence de cette “cliente” chez moi qui t’a incommodée ?
    Nacéra dépose précipitamment sa cuillère et prend une serviette pour s’essuyer les lèvres :
    -Tu parles de cette femme qui ressortait de ton bureau ?
    Il hoche la tête :
    -Tout à fait…
    Elle sentit une boule se former dans sa gorge…était-elle idiote au point de ressentir de la jalousie envers une cliente de son mari ?
    -Heu… Cette femme était là pour ses affaires…Je ne vois pas…
    Elle ne put terminer sa phrase, et Djamel lui prend la main :
    -Tu es jalouse Nacéra ? (Il rit)… Cela prouve que tu m’aimes… La jalousie renseigne sur les sentiments… Oh ! Ne dis plus rien, j’ai tout compris.
    Il se remet à manger, mais Nacéra avait eu le temps de remarquer le tremblement de ses mains et son air gêné, alors qu’il tentait de la rassurer.
    Il se faisait tard. Après le dîner, Nacéra exhorte Djamel à se mettre au lit, car il donnait des signes évidents de fatigue. Elle débarrasse la table et le rejoint dans leur chambre. Il s’était jeté à plat ventre sur le lit. Nacéra devine facilement que son dos le faisait encore souffrir. Il lui était déjà arrivé de se plaindre de douleurs dorsales, et à part quelques anti-inflammatoires qu’il prenait de temps à autre, il ne pouvait prétendre à un traitement miracle. Nacéra lui avait fait des massages avec des crèmes et des huiles odorantes et il s’était senti soulagé.
    Le voyant dans cet état, la jeune femme prend un flacon d’huile camphrée et y verse un peu dans la paume de sa main, avant de commencer un léger massage sur la nuque de son mari. Il se tourne vers elle, et lui sourit d’un air las, avant de se laisser aller sur ses oreillers et de se livrer aux mains expertes de sa femme.
    Il appréciait ces moments où elle s’occupait de lui… Elle le délivrait de ses douleurs, et il se sentait renaître.
    Nacéra referme le flacon d’huile et le redépose sur la table de nuit avant de demander :
    -Cela va mieux ?
    -Comme toujours lorsque tu t’occupes de moi.
    Elle ne répondit pas, et il relève la tête pour la regarder :
    -Que se passe t-il… Tu sembles moins bavarde ce soir… ? Je sais que la jalousie provoque parfois des réactions inattendues, mais ton silence n’augure rien de bon.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 58e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle fait une petite moue avant de répondre :
    -Tout comme toi, je me sens très lasse ce soir.
    -Alors donne ce flacon d’huile, je vais te faire moi aussi un massage.
    Elle fait un signe de négation de sa tête avant de répondre :
    -Non… Je n’ai pas besoin de massage… Je vais tenter de dormir un peu… Cela ira mieux après.
    Ne voulant pas la brusquer par d’autres remarques, Djamel retombe sur son oreiller et ne tarde pas à s’endormir profondément.
    Nacéra éteint la lumière et s’allonge à ses côtés. Elle n’avait pas du tout sommeil, et ses yeux grands ouverts tentaient de percer l’obscurité de sa chambre.
    Elle entendait la respiration régulière de Djamel… Il dormait…
    Elle soupire. La vie semblait pourtant très simple pour eux… Pourquoi ce poids sur son cœur et ce mauvais pressentiment qui la taraudait depuis son passage au bureau de son mari… ?
    Elle tente encore de se rassurer… Djamel dormait sans remords à côté d’elle… Que voulait-elle de plus… Les soupçons sont un poison violent qui finit toujours par détruire le couple le plus uni… Elle se rappelle les confidences de ses clientes… Leurs déboires dans un couple qui battait de l’aile pour des raisons parfois absurdes. Elle comprenait maintenant leurs hantises. Un bel homme comme Djamel ne passerait pas inaperçu, et lorsqu’elle sortait avec lui, elle remarquait souvent les regards d’envie que lui jetaient certaines femmes.
    Elle ferme les yeux et se laisse emporter par un sommeil loin d’être réparateur. Des cauchemars vinrent peupler sa nuit… Le cri d’un hibou et l’aboiement d’un chien créent une symphonie si lugubre qu’elle sursaute, se réveille, puis rabat sa couverture pour se lever tout bonnement.
    Elle se rend dans la salle de bains pour prendre un bain chaud, qui la revigore et lui redonne des couleurs. Elle se contemple un moment dans la glace et se dit qu’elle devrait passer chez son esthéticienne pour un nettoyage de peau… Et puis… Elle devrait penser à changer un peu de look… Maintenant qu’elle était mariée, elle doit se donner une allure de dame. Fini les cheveux en bataille et le visage sans maquillage et sans entretien. Djamel était très soigné et très élégant, et elle devrait en faire de même.
    Ne pouvant se rendormir, elle rejoint sa cuisine. Souvent, alors qu’elle était encore célibataire, lorsque le sommeil la fuyait, elle confectionnait des gâteaux. Ses gestes simples et réguliers avaient pour effet de la distraire et de la déstresser.
    Alors, elle prend de la farine, du beurre, des œufs, et tout qu’il faut pour préparer un cake, avant de retrousser ses manches pour travailler la pâte.
    Elle enfourne le gâteau et actionne la minuterie, avant de préparer du café.
    Le matin pointait, lorsqu’elle ressort le cake cuit à point du four et l’arrose d’un sirop avant de rajouter dessus des fruits confits.
    Une bonne odeur de vanille se mêle à celle du café frais.
    -Hum… ça sent bon… On peut dire que ces arômes m’ont fait sortir d’un bond de mon lit.
    Elle se retourne et constate que Djamel était adossé à la porte de la cuisine :
    -Ah ! Désolée Djamel… Je t’ai réveillé.
    Il s’approche d’elle et la prend par la taille :
    -Si c’est pour me faire goûter ce bon café frais et ce succulent cake, je crois que ça en valait la peine.
    Il tire une chaise et s’y laisse tomber. Nacéra lui sert un grand bol de café au lait et découpe une belle tranche de cake qu’elle dépose dans sa soucoupe :
    -J’espère que tu aimes les fruits confits… Moi j’en raffole. Mais tu n’es pas obligé de partager mes goûts culinaires.
    -Je les partagerais volontiers…
    Il goûte un bout de cake et ferme les yeux un moment, avant d’en reprendre :
    -C’est tout bonnement exquis… Tu connais encore des recettes aussi délicieuses… ?
    Elle rit :
    -Bien sûr… Et même dans le cas contraire, j’en aurais inventé, rien que pour te faire plaisir et te voir heureux.
    Il se lève et l’embrasse sur la joue :
    -Plus heureux que moi, je ne pense pas en trouver en ce moment.
    Elle ne répondit pas, et il remarque son air quelque peu abattu.
    -Tu sens bon… J’ai l’impression que tu viens de prendre un bain…
    -Oui. Je n’arrivais pas à trouver le sommeil.
    -Pourquoi… ?
    -Heu… Juste une insomnie.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 59e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il passe la main dans ses cheveux puis sur son visage :
    -Une insomnie est toujours provoquée par quelque chose… Tu n’avais pas l’air dans ton assiette, hier soir Nacéra… Que me caches-tu donc… ?
    -Rien… Je t’assure…
    -Alors pourquoi cet air triste de bon matin… ?
    -Je ne suis pas triste… Tu vois bien que j’ai pensé à préparer un petit-déjeuner un peu spécial… Je veux dire à préparer un gâteau.
    Il prend une serviette et s’essuie la bouche avant de répondre :
    -C’est très gentil à toi… Mais je n’aime pas cette ride sur ton front… Je veux te voir plus gaie Nacéra… Tu n’es pas une femme facile à démonter. Et si tu es angoissée, donnes-en-moi au moins les raisons…
    Il toussote :
    -Ne me dis pas que c’est à cause de cette femme encore… ?
    Elle se sentit honteuse tout à coup, et baissa les yeux avant de murmurer :
    -Non… Non… C’est du passé tout ça… Je suis un peu lessivée c’est tout… J’ai du mal à reprendre le boulot après notre voyage de noces.
    Il lui prend le bras et l’attire vers lui :
    -Si ce n’est que ça, je te promets d’autres surprises bien plus agréables…
    -Merci… Tu veux encore un peu de café… ?
    -Volontiers… Et même un autre morceau de ce cake si délicieux.
    Deux mois passent. Nacéra se réorganise afin de pouvoir s’occuper de son foyer et répondre aux exigences de ses clientes.
    Elle avait fait l’effort de prendre les commandes les plus urgentes chez elle, et de laisser ses ouvrières s’occuper du reste.
    Elle avait aussi changé sa coiffure et la couleur de ses cheveux. Suivant les conseils de son esthéticienne, elle se donnait la peine de se maquiller quotidiennement et portait des tenues qui la mettait en valeur.
    Djamel avait apprécié ce changement. Il trouvait qu’elle avait rajeuni et dégageait plus de charme que jamais.
    Parfois, elle rendait visite à sa mère à qui elle racontait toutes ses petites misères. Cette dernière la rassurait en lui disant que les hauts et les bas existaient dans tous les couples, quelle que soit la durée du mariage.
    Par contre, Maïssa l’inquiétait. Nacéra comprenait sa mère vis-à-vis de sa sœur, car elle-même était inquiète à son sujet.
    Lyès était perfide et arrogant, et ne ratait aucune occasion de la rabaisser devant sa famille.
    Maïssa était maintenant presque à terme. Les jours à venir renseigneront la famille sur les intentions précises de Lyès.
    Nacéra avait beau essayer de comprendre les manigances de ce dernier, elle s’était rendue à l’évidence que sans une intervention de sa part, Maïssa risquait de rater sa vie.
    Va-t-elle opter pour le divorce, au détriment de l’enfant qu’elle allait mettre au monde bientôt ?
    Et dans ce cas précis, comment fera-t-elle pour l’élever seule… ?
    Nacéra se dit que sa sœur s’était mise dans de beaux draps.
    Elle repense à Djamel… Et elle ? A-t-elle réussi son mariage ?
    Pourtant, son mari semblait toujours prévenant et prêt à la gâter et à la voir heureuse… Hélas ! Elle avait encore cette boule dans son estomac et ce mauvais pressentiment qui ne voulait plus la quitter.
    On était en fin de semaine et elle savait que, comme chaque week-end, Djamel allait lui proposer une sortie en plein air. Elle aimait bien ces déplacements loin de la ville et de ses bruits.
    Chaque fois que cela lui était possible, Djamel lui faisait découvrir des endroits féeriques, où la verdure côtoie le chant des oiseaux et l’écoulement merveilleux de l’eau sur les rochers.
    Il fut un temps où elle avait cru qu’il l’abandonnait à la solitude, car à plusieurs reprises, et prétextant du travail au bureau, il ne rentrait pas de la nuit.
    Des missions, des conférences, des déplacements professionnels…
    Elle redoutait ces absences qu’elle trouvait plutôt inutiles, car Djamel avait son équipe et pouvait charger quelqu’un de le remplacer dans ces voyages qui parfois duraient plus d’une semaine.
    Durant ces absences, Nacéra se morfondait. Elle passait quelques jours auprès de sa mère, ou rendait visite à Maïssa.
    Souvent, elle travaillait dans son atelier jusqu’à des heures impossibles. Il lui était même arrivé d’y passer la nuit, ce qu’elle n’avait jamais fait lorsqu’elle était célibataire.
    Elle avait reçu beaucoup de propositions pour ses modèles, et les futures mariées se bousculaient à sa porte pour la confection de leurs tenues de présentation.

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 60e partie
    Par : Yasmine HANANE

    De ce côté-là, elle était très satisfaite. Des magasines de mode rehaussèrent de son prestige, et elle était maintenant invitée souvent à des émissions culturelles et féminines à la radio ou à la télévision. Son talent s’affirmait de jour en jour. Mais… On dirait que la providence se jouait d’elle. Avant, elle ne rêvait que de réussite et de sérénité. Elle avait, certes, envié certaines de ses clientes, qui lui parlaient de leur bonheur conjugal, mais cela lui passait, car elle plongeait corps et âme dans ses activités. Seulement, maintenant, elle était mariée et se devait de se plier à sa nouvelle vie, quelles que soient les circonstances. était-elle heureuse finalement avec son mari ?
    Elle ne pouvait se résoudre à le penser… Sans savoir pourquoi, elle sentait que quelque chose ne tournait pas rond dans son ménage.
    La sonnerie de son téléphone la tire de ses méditations. Elle décroche rapidement en reconnaissant le numéro de sa maman.
    Cette dernière lui apprendre que Maïssa venait d’être hospitalisée.
    Nacéra, qui savait que sa sœur ne devait accoucher que dans les prochains jours, est surprise. Cependant, l’inquiétude ne lui laisse pas le temps de poser des questions. Elle se saisit de son sac et sort avant de héler un taxi qui la dépose à l’hôpital. Elle se rend aux urgences et trouve sa mère et l’un de ses frères qui attendaient le médecin :
    -Qu’est-ce qui s’est passé ? Maïssa ne devait accoucher que…
    Sa mère lève la main suppliante :
    -Je n’en sais rien Nacéra… Son mari nous a appelé pour nous dire qu’il venait de la déposer aux urgences, et le médecin de service est entrain de l’examiner… Je crois qu’ils veulent provoquer l’accouchement.
    -Il y a sûrement un problème… Et où est donc Lyès… ?
    -Je n’en sais rien… Il n’est pas là… Je ne le vois nulle part, répondit sa mère d’un air affligé.
    Nacéra sentit une chaleur remonter le long de son corps. Le salaud… C’est lui qui a dû la maltraiter au point de mettre sa vie et celle de l’enfant en danger. Son frère allait répliquer en la voyant prendre son portable, mais elle lui jette un regard plein de reproches et il baisse les yeux. C’était toujours elle qui affrontait les situations familiales les plus critiques, et maintenant c’est à elle aussi de remettre les pendules à l’heure dans le couple de sa sœur. Car elle n’en doute plus, le ménage de Maïssa et Lyès, qui battait déjà de l’aile, venait de se briser à jamais.
    La sonnerie du téléphone retentit plusieurs fois sans que son beau-frère daigne décrocher. Ce qui confirma ses soupçons.
    En voyant le médecin s’avancer vers eux, elle range son portable et demande d’une voix chevrotante :
    -Alors docteur…
    Quel est votre diagnostic… ?
    -Vous êtes… ?
    -Je suis sa sœur aînée, et voici ma mère et mon frère…
    Nous sommes en famille, vous pouvez parler sans crainte.
    -Je le conçois… Mais où est son mari ? J’aimerais tout d’abord lui parler.
    Nacéra se mordit les lèvres. Comment pourra-t-elle donc justifier l’absence de ce beau-frère de malheur ? Elle reprend rapidement ses esprits et lance :
    -Mon beau-frère vient de m’appeler… Il ne va pas tarder… Il a juste un imprévu de dernière minute.
    -Un imprévu ?
    Quel imprévu peut-il avoir alors que sa femme est en danger ?
    -Ma sœur est en danger ?
    Le médecin hoche la tête d’un air grave :
    -Oui… Le travail a commencé… Votre sœur a reçu un choc traumatisant… Elle est tombée je crois… Enfin, je vous épargne les détails, car le temps presse. Il me faut rapidement la signature de son mari pour l’opérer immédiatement… Je préfère vous dire tout de suite que le bébé ne survivra pas à l’acte chirurgical, mais je crois qu’il vaudrait mieux sacrifier l’enfant que la maman. Car si nous tardons trop, c’est cette dernière qui risque de passer en l’emportant avec elle.
    Nacéra vit sa mère vaciller et son frère la retenir à temps. Elle porte la main à son cou où elle sentit les pulsations de son cœur tripler de rythme.
    Elle prend alors une longue inspiration et demande :
    -Pourrions-nous signer à la place de son mari pour gagner du temps ?
    Le médecin garde le silence quelques secondes, et on n’entendit plus que les sanglots étouffés de la vieille femme.
    Il regarde Nacéra et remarque les larmes qui brillaient dans ses yeux. Il hausse les épaules et lance enfin d’une voix déterminée :
    -Nous n’avons pas le choix. Le temps presse… Suivez-moi… Vous avez vos papiers d’identité sur vous ?
    -Bien sûr docteur.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 61e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle suit le médecin dans son bureau et se met à signer les papiers qu’il lui tendait sans même en lire le contenu.
    Maïssa était en danger… L’essentiel était de la sauver…
    Ensuite commença une longue et stressante attente. On avait emmené Maïssa dans le bloc opératoire. Deux heures plus tard, rien ne filtrait. Nacéra était anéantie devant le regard larmoyant de sa mère. Elle-même était au bord de la crise de nerfs.
    N’ayant plus la patience d’attendre sans passer à l’action, elle se lève et se dirige vers un téléphone qui se trouvait dans le couloir. Elle forme le numéro de Lyès, et, miracle ! Ce dernier répond à la première sonnerie.
    -Espèce de fripouille… Où es-tu donc alors que ta femme se trouve entre la vie et la mort ?
    Reconnaissant la voix de sa belle-sœur, Lyès raccroche sans répondre. Nacéra se dit alors qu’elle devrait prendre un taxi et aller le chercher, quitte à le ligoter et à le traîner jusqu’à l’hôpital. Mais ce n’était pas non plus une solution.
    Elle revient à la salle d’attente et se rassoit en maudissant tous les hommes de la planète, y compris son mari.
    Enfin, la porte du bloc s’ouvre, et deux infirmiers tirent sur un brancard en tenant des flacons de sang et de sérum. Nacéra accourt vers sa sœur, qui était encore inconsciente et respirait à l’aide d’un aérosol :
    -Comment va-t-elle… ?
    Les infirmiers ne répondirent pas et elle demande encore :
    -Où est donc le chirurgien… ?
    Un des infirmiers lui désigne du menton la porte du bloc, et elle remarque une seconde plus tard que le chirurgien se dirigeait justement vers elle :
    -Alors docteur… L’opération a-t-elle réussi… ? Ma sœur est-elle hors de danger… ?
    Il sourit et lui tapote l’épaule d’un air rassurant, avant de se rapprocher de sa mère et de son frère, qui guettaient le moindre indice :
    -Tout s’est bien passé… Votre fille est hors de danger… Je regrette pour le bébé… Mais on n’avait pas trop le choix.
    Sa mère se remet à pleurer, mais Nacéra se reprend pour demander :
    -Va-t-elle se réveiller rapidement… ? Devons-nous attendre … ?
    Le médecin, qui portait encore sa tenue de bloc, retire sa calotte avant de répondre :
    -Vous feriez mieux d’aller vous reposer… Tout va bien. Il n’y a plus de raisons de vous inquiéter…
    Il jette un coup d’œil à la pendule du couloir et constate que la nuit était avancée et que l’aube ne tardera pas à poindre :
    -Il se fait tard, et nous avons tous besoin de sommeil et de repos. Revenez dans quelques heures… Disons vers le milieu de la journée… Maïssa aura repris connaissance, et vous pourrez la voir et lui parler durant quelques minutes.
    -Merci docteur…, lance Nacéra d’une voix étranglée par l’émotion… Que Dieu vous garde… Nous étions si…
    Elle ne put terminer sa phrase, car les pleurs de sa mère avait couvert sa voix.
    Devant le hochement de tête compréhensif du chirurgien qui s’éloignait, elle prend sa mère par les épaules et fait signe à son frère de les suivre.
    Il lui sembla qu’elle venait à peine de fermer les yeux, que la sonnerie insistante de la porte la réveille.
    Elle jette un coup d’œil à son réveil-matin, et constate qu’il était 9h00. Qui pouvait venir si tôt? Sa mère dormait encore, et elle quitte la chambre sur la pointe des pieds pour ne pas la réveiller.
    La sonnerie insistait de plus belle et elle regarde par l’œil-de-bœuf avant d’ouvrir à la belle-mère de Maïssa. Cette dernière s’introduit tel un ouragan dans la maison en portant la main à sa gorge :
    -Pourquoi as-tu tardé à m’ouvrir… Hein… ? Qu’est-ce que vous êtes tous en train de manigancer… ? Votre sœur a mis le grappin sur mon fils et maintenant vous voulez l’accuser de maltraitance et de violence… Vous voulez l’envoyer en prison !
    Elle se tape la poitrine, et sans laisser le temps à Nacéra de réagir, elle poursuit :
    -Vous avez tout fait pour que Lyès prenne votre sœur… J’en ai compris les raisons. Mais malheureusement il était trop tard pour revenir en arrière… Maïssa voulait “raccommoder” son honneur… Elle a hérité d’un bâtard, et elle voulait l’endosser à mon fils… Non… Tant que je suis de ce monde, je ne permettrai rien de tel…
    Nacéra hausse enfin la voix pour l’interrompre :
    -Ma sœur vient de sortir du bloc après une longue opération… Elle a perdu le bébé, et elle est encore entre la vie et la mort… Ton fils est indigne d’être un mari et un père… Il n’est qu’un irresponsable et un inconscient qui, non content d’avoir frappé Maïssa jusqu’à lui provoquer une hémorragie, l’a déposée tel un paquet sale au service des urgences et est reparti sans même attendre le diagnostic du médecin, ni la suite de ses actes… Et maintenant vieille sorcière, tu viens nous réveiller de bon matin pour nous lancer ton venin à la figure !

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 62e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra tendit son index et désigne la sortie :
    - Dehors, ou j’appelle la police…
    - Tu ne peux pas faire ça…
    - Penses-tu… ?
    La vieille femme s’évente avec un mouchoir avant de hocher la tête :
    - Tu en seras bien capable toi aussi… Ta sœur a accaparé mon fils, et toi tu as pris le mari d’une autre pour enterrer ton état de vieille fille.
    Nacéra eut le souffle coupé… Sa mère, réveillée par les éclats de voix, s’était jointe à elle… En entendant la dernière phrase, elle lance sans réfléchir :
    - Ma fille n’était pas une vieille fille… Des années durant, elle a refusé des prétendants et maintenant elle est mariée et heureuse chez elle, grâce à Dieu. Quant à Maïssa, que Dieu châtie ton malade de fils qui n’a cessé de la maltraiter.
    - C’est votre fille la vaurienne, qui voulait rincer son respect… Mon pauvre Lyès est tombé dans le piège que vous lui avez tendu.
    Elle se pince le menton :
    - Mais je n’ai pas fini… Vous payerez tous pour le mal que vous nous avez fait.
    Sur ces paroles, elle tourne les talons et s’en va.
    Nacéra demeure pétrifiée. Elle avait perdu l’usage de la voix, et ses membres étaient comme paralysés.
    Sa mère la secoue par les épaules :
    - Que t’arrive-t-il Nacéra ? Cette vieille sorcière t’a sûrement démoralisée. Elle est hors d’elle, car elle sait que c’est son fils qui est dans son tort, et que si Maïssa dépose une plainte contre lui, il le paiera très cher.
    Elle se tut et regarda Nacéra :
    - Qu’as-tu donc ?
    Nacéra prend une longue inspiration avant de répondre d’une petite voix :
    - Rien, je n’ai rien maman. Je suis juste un peu secouée par ce qui nous arrive.
    à ce moment précis, elle entendit la sonnerie de son téléphone. Craignant que ce ne soit l’hôpital, elle courut dans sa chambre et se saisit de son portable. Le cœur battant, elle reconnut le numéro de Djamel.
    - Allô… Djamel ?
    - Nacéra, où es-tu donc ? Je me suis fais un sang d’encre pour toi… Je viens de rentrer. Désolé, mais j’avais un travail fou. J’étais si épuisé que je me suis endormi sur mon bureau sans m’en rendre compte. C’est ma secrétaire qui m’a réveillé ce matin.
    Nacéra pousse un soupir :
    - Moi j’ai passé une nuit d’enfer. Je suis chez ma mère. Nous étions tous à l’hôpital. Maïssa y avait été transportée d’urgence. Elle faisait une hémorragie et on a dû sacrifier le bébé.
    - Oh, je suis vraiment désolé, mais que s’est-il passé ? Tu m’avais dit qu’elle ne devait accoucher que dans les jours prochains, et tout semblait aller pour le mieux.
    Nacéra lève les yeux au ciel. Elle n’avait jamais raconté à son mari la réalité sur le mariage hâtif de sa sœur. Pensant que cela ne le concernait pas, elle avait préféré garder le secret. Deux ou trois fois, ils avaient rendu visite à Maïssa, et cette dernière de son côté leur avait rendu visite une fois, mais seule. Nacéra avait usé de toute son imagination pour expliquer à Djamel que Lyès avait des examens à l’université, et que la plupart du temps, il y passait la journée entière. Djamel ne le connaissait même pas, il ne l’avait jamais rencontré.
    - Allô, Nacéra, tu es là ?
    - Oui. Je suis… Nous sommes un peu secoués. Ma mère est déprimée.
    - Cela se comprend. Veux-tu que je vienne vous déposer à l’hôpital ?
    - Non, repose-toi. Mes deux frères viendront sûrement nous chercher. Je vais tenter de rentrer dans la journée si toutefois tout va bien. Tu peux trouver des plats cuisinés dans le frigidaire, tu n’auras qu’à les réchauffer. Il y a aussi des fruits et du café.
    - Je suis assez grand pour m’occuper de moi-même, ne te fais donc pas de soucis. Tu m’appelleras pour me donner des nouvelles de Maïssa. J’aimerais tant vous accompagner…
    - Non, pas pour aujourd’hui. Elle est encore sous l’effet de l’anesthésie. Le médecin ne nous accorde que quelques minutes pour la voir. Je t’appellerai dès mon retour de l’hôpital.
    Elle raccroche. Son cerveau lui semblait frigorifié, elle sentait des bouffées de chaleur, suivies d’ondes glaciales. Portant la main à sa tête, elle tente de mettre de l’ordre dans ses idées.
    La belle-mère de Maïssa était venue faire un scandale. Elle était furieuse et l’avait traitée de vieille fille et de voleuse d’hommes. Que voulait-elle donc insinuer en lui disant qu’elle avait pris le mari d’une autre ? Était-ce une simple méchanceté de sa part ou…

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 63e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Sa mère ouvrit la porte de la chambre :
    -J’ai préparé du café. Tu devrais venir prendre ton petit-déjeuner, tu n’as rien avalé depuis hier.
    -Je n’ai pas très faim maman. Il y a eu d’abord Maïssa, puis cette vieille sorcière qui est venue de bon matin pour un crêpage de chignon.
    -Que Dieu les punisse tous… Ils ont détruit ma fille.
    Elle se remet à pleurer, et Nacéra, oubliant ses préoccupations, la prend dans ses bras :
    -Tout ira bien maman… Maïssa s’en tirera, j’en ai la conviction. Et puis, ne dit-on pas qu’à quelque chose malheur est bon… Le bébé est mort… C’est peut-être un signe du destin pour que Maïssa reprenne sa vie en main… Elle pourra terminer ses études, et pourquoi pas se remarier.
    Sa mère hoche la tête d’un air désolé :
    -Ce vaurien l’a rendue si malheureuse que je doute fort qu’elle ait le courage de refaire l’expérience.
    -Pas tout de suite peut-être. Le plus urgent pour elle est de divorcer. Ensuite, le temps étant le grand consolateur, Maïssa finira par retrouver confiance en elle et la joie de vivre.
    Il était temps de se rendre à l’hôpital.
    Au service de réanimation, Maïssa était encore reliée à un tas de tuyaux. Derrière la vitre, Nacéra, sa mère et ses deux frères ne virent d’elle qu’un visage aux traits tirés et des yeux clos.
    Le médecin réanimateur les rassure :
    -Tout va bien… Elle est encore très faible, mais le pouls est bon et sa respiration redevient normale… Je crois qu’elle est hors de danger… D’ici peu de temps, elle reprendra connaissance et nous pourrons la transférer dans une chambre du rez-de-chaussée.
    Nacéra demande :
    -Pourrait-on attendre un peu ? Peut-être que cela la réconfortera de nous voir tous auprès d’elle lorsqu’elle ouvrira les yeux.
    -Si vous voulez, mais il va falloir vous rendre dans la salle d’attente, il est interdit à tout visiteur étranger de tarder dans ce service.
    Nacéra se mordit les lèvres devant le regard apeuré de sa mère et l’indifférence de ses frères. Ces derniers faisaient juste acte de présence. Aucun d’eux n’avait desserré les lèvres pour la rassurer.
    Elle prend sa mère par le bras et l’entraîne jusqu’à la salle d’attente, où elles se laissent toutes les deux tomber sur des chaises. Les deux hommes en firent de même, mais gardèrent le silence, comme si cette situation n’était pour eux qu’une corvée.
    Elle se met à prier pour que sa sœur s’en sorte…Il était encore tôt, et le chirurgien la veille leur avait certifié que Maïssa allait reprendre connaissance dans la journée.
    Elle n’eut d’ailleurs pas à se poser trop de questions, car le même chirurgien venait vers eux. Nacéra se lève, et sans lui laisser le temps demande :
    -Alors de docteur… Ma sœur va-t-elle rester longtemps dans cet état ?
    Il sourit :
    -Elle vient d’ouvrir les yeux… Ce qui prouve qu’elle vient de reprendre connaissance… Nous allons procéder à quelques menus examens, avant de la transférer dans une chambre…
    Il jette un coup d’œil à sa montre :
    Dans un petit quart d’heure, vous pourrez la voir et lui parler… Mais pas pour longtemps, car vous risquez de la fatiguer… Elle est encore trop faible pour tenir un discours.
    Nacéra remercie Dieu, et prend la main de sa mère :
    -Tu vois maman, tout va bien… Maïssa est sortie d’affaire.
    Sa mère hoche la tête :
    -Grâce à Dieu… Mais sait-elle pour le bébé ?
    -Probablement… Je ne sais pas dans quel état elle était quand son salopard de mari l’avait déposée à l’hôpital. Mais même si elle ne le sait pas encore, les médecins finiront par lui expliquer les risques encourus.
    Elle sentit sa gorge se nouer. Sa sœur tenait à son enfant… Comme toutes les futures mamans, elle s’était attachée à cette grossesse comme à une bouée de sauvetage.
    Quelques minutes plus tard, on les introduit dans une chambre au fond du couloir, et ils constatèrent enfin que Maïssa était réveillée et consciente.

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 64e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle leur sourit, et Nacéra se retint de justesse pour ne pas éclater en sanglots, alors que sa mère pleurait sans retenue.
    -Comme te sens-tu Maïssa ?
    -Comme quelqu’un qui vient de passer sous un train lancé en pleine vitesse.
    Nacéra s’efforce de sourire :
    -Ce n’est rien, tout s’est bien déroulé… Dans quelque jours tu sortiras d’ici, et on n’en parlera plus.
    Maïssa tendit la main vers sa mère qui l’agrippa pour la porter à ses lèvres :
    -Oh ! Ma fille ! Tu nous a fait une de ces peurs !
    Maïssa hoche la tête, puis comme mue par une force intérieure, elle porte sa main à son ventre :
    -Le bébé ! Ils m’ont opéré pour le sauver. Mais où est-il donc ?
    Une autre épreuve… un autre tracas, se dit Nacéra. Comment fera-t-elle donc pour lui annoncer que le bébé tant attendu était mort ? Elle ne pourra pas mentir à Maïssa, et cette dernière devinera facilement à son air triste que quelque chose est arrivé.
    Elle déglutit et jette un regard à sa mère qui baisse les yeux, impuissante. Elle se tint alors au chevet de sa sœur avant de murmurer :
    -Le chirurgien va t’expliquer…
    -Le chirurgien… ? Pourquoi… ?
    -écoute Maïssa… Je crois qu’il avait fallu faire un choix… Le chirurgien avait préféré sacrifier le bébé pour te sauver… Un enfant… C’est toujours récupérable… Par contre, toi…
    Maïssa lui jette un regard plein d’horreur… Elle regarde tour à tour ses frères, puis sa mère, comme pour chercher du réconfort, avant de revenir vers Nacéra :
    -Non… Je ne te crois pas… Mon bébé n’est pas mort… On finira par me le ramener… Je…
    Elle ouvrit les yeux tout grands et porta la main à sa gorge… Elle voulut pousser un cri, mais était encore trop faible… Elle referma alors les yeux et laissa sa tête rouler sur l’oreiller…
    Nacéra court chercher un infirmier qui leur confirme que Maïssa venait de perdre connaissance :
    -Que lui avez-vous donc raconté… ? Elle est encore trop faible pour les chocs…
    Il lui prend le pouls et se dépêche de prendre une seringue pour lui administrer un remontant.
    -Sortez tous de cette chambre… La visite est terminée pour aujourd’hui.
    Deux jours passent. Maïssa avait repris des couleurs, et les médecins étaient optimistes pour son état. Elle avait aussi fini par accepter la perte de son bébé, tout en gardant cet air triste qui renseignait sur ses souffrances intérieures.
    Mais comme elle savait que même si ce bébé avait vécu, son mariage n’était plus qu’un mauvais souvenir, elle s’était rendue à l’évidence que sa vie avec Lyès n’avait été que chimère. Ce dernier n’avait d’ailleurs même pas daigné téléphoner pour avoir de ses nouvelles. Nacéra lui rapporta la visite de sa belle-mère et le scandale qu’elle avait voulu provoquer. Ce qui confirma dans l’esprit de Maïssa ses soupçons vis-à-vis de sa belle-famille qui ne l’avait jamais acceptée comme bru.
    -Tu finiras par oublier tout ça, lui dit Nacéra. L’essentiel est que tu sois sortie d’affaire, et bientôt tu reprendras
    tes forces et tu y verras plus clair
    dans ta vie.
    -Je veux divorcer.
    -Il n’attend que ça… Je préfère que tu patientes un peu avant d’entamer la procédure, car il va jouer sa carte de mari délaissé et se plaindre d’un abandon de foyer… Bien entendu, il ne va pas chercher après toi… Tu vas tout simplement passer quelques jours chez maman afin de te reposer, et puis comme l’appartement est loué en ton nom, je pense qu’il va quitter les lieux sans tarder, s’il ne l’a pas déjà fait.
    -Je ne le pense pas… Il voulait… Il m’avait parlé de toi… Il m’a dit que tu avais les moyens de m’offrir un appartement, et que maintenant que tu es mariée à un homme aisé, tu pouvais aisément le faire…
    -Ah oui ! Il savait calculer… Une fois que cet appartement est à toi, il serait facile pour lui de te convaincre de le mettre en son nom, avant de penser à te mettre à la porte.
    Maïssa ferme les yeux. Ces quelques mois de mariage avaient été pour elle un vrai cauchemar… Aura-t-elle un jour le courage de refaire sa vie ?
    Nacéra lui prend la main :
    -Tout ira bien Maïssa… N’y pense plus… Le passé c’est le passé… Tu y réfléchiras désormais à deux fois avant de t’engager avec un homme.
    - Plus jamais.
    - Ne dis pas ça… Tous les hommes ne se valent pas… Le plus urgent pour toi est de reprendre une vie normale… Tu devrais penser à te réinscrire à l’université.
    -Oui. Je pense que c’est le meilleur moyen pour moi d’enterrer ce cauchemar à jamais.
    Rassurée sur l’état de sa sœur, Nacéra pense à rentrer chez elle. Elle était restée presque une semaine avec sa mère, et Djamel l’avait appelée à maintes reprises pour prendre des nouvelles de Maïssa.
    Il était en déplacement pour deux jours et ne devait rentrer que le lendemain. La jeune femme se dit qu’elle devrait rentrer avant le retour de son mari.

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 65e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle sourit à l’idée que Djamel, qui ne savait pas cuisiner, avait englouti tout ce qui se trouvait dans son frigidaire.
    Un heure plus tard, un taxi la déposera au seuil de son immeuble. La journée était belle, et le quartier était très calme à cette heure de la journée. Sans trop tarder, elle monte chez elle.
    Elle prend la clef de son appartement dans son sac et s’apprête à l’introduire dans la serrure de la porte d’entrée, lorsqu’elle entendit une voix à l’intérieur.
    Une voix qu’elle n’eut aucune peine à reconnaître. C’était Djamel… Il lui avait pourtant certifié la veille qu’il était en déplacement. Et puis avec qui parlait-il… ? Un client probablement.
    Elle sentit son estomac se nouer… Le mauvais pressentiment qu’elle avait enfoui au fond de son subconscient refit surface.
    Djamel était-il rentré dans la nuit… ? Si c’est le cas, pourquoi ne l’avait-il pas appelée ? était-il rentré trop tard pour le faire ? Ou bien ne voulait-il pas la déranger, sachant qu’elle passait de longues heures avec sa sœur à l’hôpital avant de rentrer exténuée ? Mais pourquoi ne l’avait-il pas prévenue de son retour aujourd’hui ? Selon ses dires, il était loin de la ville et ne pouvait rentrer que le surlendemain.
    Nacéra prend une longue inspiration avant d’introduire sa clef et d’ouvrir la porte de l’appartement.
    Surpris de la voir, Djamel qui parlait au téléphone interrompt sa communication et hésite quelques secondes avant de venir vers elle :
    -Nacéra… ?
    -Oui… Je suis de retour… Tu ne devais pas rentrer demain dans la journée, Djamel ?
    -Oui… Mais il se trouve que j’ai pu régler mes affaires et rentrer tout de suite après… Tu n’es pas contente de me voir ?
    Il voulait visiblement détourner la conversation, mais Nacéra revint sur le sujet :
    -Hier quand tu m’avais appelée tu n’avais pas du tout l’air de quelqu’un qui s’apprêtait à rentrer… Bien au contraire, tu disais que tu n’avais pas encore rencontré le chef du projet en question, et que ton déplacement était nécessaire dans cette ville de l’Est, car tu devais rencontrer des promoteurs aujourd’hui même.
    Djamel avait l’air mal à l’aise. Il se détourne d’elle avant de répondre :
    -Exact… Je devais rencontrer ces promoteurs aujourd’hui… Mais j’ai tout annulé… J’ai décidé de rentrer ce matin de très bonne heure, car on m’avait appelé pour une affaire très urgente au bureau.
    -Ah !… Je ne sais plus quoi te dire.
    -Pourquoi… Tu ne me crois pas ?
    Nacéra se débarrasse de son sac à main qu’elle dépose sur la console du couloir, avant de se diriger vers sa chambre. Djamel la suit :
    -Tu ne me crois pas Nacéra ?
    Elle hausse les épaules
    -Je ne sais plus qui croire ni quoi croire. Je suis épuisée et je n’arrive plus à réfléchir logiquement… Je ne vois pas les raisons de ton comportement ces derniers temps… Nous sommes mariés depuis quelques mois, et j’ai l’impression de ne rien connaître encore de toi Djamel.
    -Ma chérie, je…
    Elle lève la main :
    -S’il te plaît, épargne-moi tes balivernes… Je vais mettre un peu d’ordre dans la maison… Si ce n’est pas trop te demander, descends faire quelques courses : du pain, du lait, du café, de l’eau minérale, des fruits et légumes et un peu de viande… .
    Djamel, de plus en plus gêné, s’en va, puis revint vers Nacéra :
    -Je n’aimerais pas que le doute s’immisce dans notre couple.
    -Le doute… ? Qui te parle de doute ?
    Il pousse un soupir :
    -Tu refuses de m’écouter et de croire ce que je te raconte.
    -Parfaitement… Ce lit est défait et les couvertures sont encore chaudes… Tu as dormi ici hier soir Djamel… Je me trompe… ?
    Il baisse les yeux puis les relève vers elle :
    - Non… Je n’ai pas passé la nuit entière à la maison, je suis rentré à l’aube.
    - Et tu étais où ?
    Il lève les mains et les laisse retomber sur ses hanches :
    -Mais où veux-tu donc en venir… ?
    -Je te repose la question, Djamel.
    -Mais je ne te demande rien moi… Tu es restée chez ta famille plusieurs jours… Tu as dis que c’était pour tenir compagnie à ta mère, et que Maïssa venait de passer un mauvais quart d’heure… J’ai essayé d’être compréhensif… Mais… Mais je n’ai jamais douté de toi…
    -Moi je ne t’ai dit que la vérité… Tu peux vérifier bien sûr… Ma pauvre sœur est encore sur son lit d’hôpital.
    -Mais non… Que vas-tu chercher là Nacéra ? Je ne suis pas un monstre tout de même.
    -Alors… Explique-toi…

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 66e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il baisse les yeux et répondit d’une voix lasse :
    - Il n’y a absolument rien à expliquer… Je devais me déplacer dans cette ville de l’Est… Je voulais dire que je me suis déplacé pour régler certains problèmes, et puis je suis revenu en urgence pour une affaire qui ne pouvait pas attendre… D’ailleurs… (il prend son portable et le brandit telle une pièce à conviction) Tu as bien entendu… J’étais en communication.
    - Oui… J’ai entendu… J-e t’ai entendu discuter… Mais avec qui… ?
    Il rougit, puis se reprend :
    - Je ne te reconnais plus Nacéra.
    - Moi non plus, figure-toi.
    Il se mordit les lèvres comme pour cacher leur tremblement, et va chercher un panier dans la cuisine.
    -Je ferais mieux de sortir faire les courses, j’espère te retrouver plus calme et plus détendue à mon retour.
    Sans lui laisser le temps de protester, il sort en claquant la porte derrière lui.
    Nacéra se laisse tomber sur son lit. Elle prend un oreiller et le serre contre elle avant de se mettre à sangloter à fendre l’âme.
    Lorsque Djamel revint, il la retrouve plus calme. Elle avait fait le ménage et prit un bain avant de s’occuper du déjeuner.
    Pour pallier ce qui manquait, elle s’était contentée de préparer des frites, une omelette, une salade de riz et quelques grillades.
    Djamel dépose son panier et lance :
    -Voilà, j’ai apporté ce que tu as demandé…
    Il regarde autour de lui avant de poursuivre :
    -Je vois que tu as déjà préparé le déjeuner, même s’il ne restait presque rien au frigidaire.
    Nacéra hoche la tête :
    - Je voulais qu’on déjeune ensemble…
    - Oui… Bien sûr…
    Son ton hésitant ne lui avait pas échappé. Elle ravale sa salive et découpe le pain frais avant de le mettre dans une corbeille :
    - Je n’ai pu faire mieux, mais je pense que ce repas te permettra de tenir jusqu’au dîner.
    - C’est très bien ainsi… J’adore les frites, et cette omelette me semble délicieuse…
    Il tire une chaise et s’attable. Nacéra le sert avant de s’asseoir et de se servir. Ils mangèrent un moment en silence, puis elle l’interrompt :
    -Maïssa sortira demain de l’hôpital.
    -Ah ! Enfin une bonne nouvelle.
    -Je ne sais pas ce que tu peux appeler une bonne nouvelle, mais je t’apprends que son mariage est fini, elle va demander le divorce.
    Il dépose sa fourchette et la regarde avant de demander :
    -Cela va aussi mal que ça dans son ménage ?
    -Oui… Bien plus mal que nous le pensions… Lyès n’est pas le mari idéal… J’ai tout fait pour les aider, mais cela n’a pas marché…
    -Avant de penser à divorcer, ne feraient-ils pas mieux de revoir un peu leur comportement l’un envers l’autre ?
    -Il n’y a plus rien à faire Djamel… Lyès a battu Maïssa… Et je crois que ce n’est pas la première fois qu’il le fait… Mais cette fois-ci, la dose a été trop forte… Tu vois où ça l’a menée ? à une hémorragie interne, qui a failli l’emporter… Pour la sauver, on a dû sacrifier le bébé.
    Djamel demeure muet devant les révélations de Nacéra. Il repousse son assiette :
    -Tu ne m’as jamais beaucoup parlé d’eux… Je ne les connais pas assez… Lyès je ne le connais qu’à travers tes récits, et je n’ai rencontré qu’occasionnellement Maïssa… Je suis encore un nouveau débarqué dans la famille.
    Elle hoche la tête :
    -Oui. Je sais… Il y a aussi des choses que tu ignores sur leur mariage… Maïssa était tombée enceinte, et j’ai dû faire des pieds et des mains pour régulariser la situation… Lyès est un salaud… Un vrai maître chanteur… Il ne voulait ni reconnaître le bébé ni épouser ma sœur…
    Elle passe la main sur son visage. Des larmes brillaient dans ses yeux. Djamel lui prend la main :
    -Tout ça c’est du passé Nacéra… Tu as dis qu’elle voulait divorcer… Si c’est la seule solution plausible, il ne faut pas lésiner pour l’aider à dépasser ce cap.
    -Nous sommes tous pour ce divorce. Maïssa est jeune… Elle devrait penser à reprendre ses études et à refaire sa vie.
    -Oui… Je comprends fort bien son désarroi. L’épreuve n’a pas dû être facile pour elle.
    -Aucunement…

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 67e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle repense à la visite matinale de la mère de Lyès et à ses propos acerbes. “Tu as pris le mari d’une autre…”, lui avait-elle balancé au visage en guise d’épilogue.
    Elle lance un coup d’œil à Djamel. Il avait l’air calme et s’était remis à manger sa salade.
    Était-il le mari idéal dont elle avait toujours rêvé ?
    La vie est si pleine de surprises…
    Devrait-elle discuter avec lui de ce mauvais pressentiment qui la taraudait ; devrait-elle l’affronter et mettre fin à ses doutes ? Va-t-il lui répondre ?
    - Pourquoi ne manges-tu pas ?
    Elle relève la tête :
    -Je… je réfléchissais…
    -À Maïssa bien sûr… (Il secoue la tête)… Ne sois pas pessimiste… Ta sœur est encore jeune… Personne d’ailleurs n’est à l’abri des aléas de ce monde… Remercie plutôt le Créateur qu’elle soit encore en vie.
    -Grâce à Dieu… Je ne sais pas ce que ma mère serait devenue s’il lui était arrivé quelque chose…
    -Je suis désolé Nacéra… Je suis désolé pour Maïssa et pour le reste… Si tu veux rester encore quelques jours chez ta mère, je ne m’y opposerai pas.
    Nacéra allait riposter, mais elle se
    ravisa :
    -C’est gentil à toi… Mais figure-toi que c’est justement ma mère qui m’avait pressée de rentrer… Elle ne voulait pas que je quitte mon foyer et mon mari, alors que je suis encore au début de mon mariage.
    -Bien…
    Il dépose sa serviette et se lève :
    -Je dois reprendre le travail… Je vais me rendre au bureau…
    -Ne pourrais-tu pas t’arrêter une journée après ta mission.
    -Heu… Je devais encore être en mission, mais tu vois bien que je suis rentré, alors autant m’occuper de ce qui m’attend au bureau.
    -J’aimerais tant qu’on passe le reste de la journée ensemble, Djamel…
    -Moi aussi ma chérie… Mais je crois qu’il va falloir attendre le week-end… Ce n’est vraiment pas possible pour aujourd’hui…
    Elle se sentit encore une fois frustrée et malheureuse. Mais elle se garde de le montrer.
    Djamel était allé se changer. Elle débarrasse la table tout en l’entendant chantonner dans la salle de bains.
    Il revint au bout d’un quart d’heure, habillé, coiffé, sentant bon l’eau de toilette. Nacéra pousse un soupir en se rendant compte qu’elle était follement amoureuse de son mari…
    Djamel était toujours ce bel homme dont elle était tombée sous le charme au premier coup d’œil.
    Il vint l’embrasser sur le front et passe une main dans ses cheveux :
    -Tu n’as besoin de rien ?
    Elle relève les yeux vers lui :
    -J’ai besoin de te savoir à mes côtés… Tu m’as tellement manqué ces derniers jours.
    Il sourit :
    -Et à moi donc… !
    -Ça n’en a vraiment pas l’air…
    -Chut… Pas de bêtises Nacéra… Tu sais bien que je tiens à toi plus qu’à la prunelle de mes yeux… Je t’aime tant ma chérie… La maison était vide sans toi…
    Elle soupire :
    -D’accord… Je ne vais pas insister… J’espère que tu rentreras assez tôt pour le dîner.
    -Promis… Nous allons passer une agréable soirée. Il prend son cartable et lui fait un signe de la main avant de quitter les lieux.
    Une semaine passe. Maïssa était sortie de l’hôpital et se remettait péniblement de ses blessures physiques et morales. Nacéra lui rendait visite tous les jours et l’appelait très souvent.
    Elle avait aussi demandé à Djamel de contacter un avocat et avait fait changer les serrures de l’appartement qu’elle avait elle-même loué pour le couple. Ainsi, Lyès ne pourra plus disposer de ce qui ne lui appartient pas.
    Ce dernier n’avait pas donné signe de vie, mais Nacéra savait que ce n’était qu’une stratégie de sa part.
    Il voulait se faire passer pour la victime. Pour un mari que sa femme avait quitté, et qui se morfondait dans la solitude. Mais les certificats médicaux étaient là ! Rien ne pourra plus les faire reculer.
    La décision de Maïssa était formelle : elle ne reverra plus cet homme, si ce n’est à la barre du tribunal.
    Prise dans l’engrenage de toute cette affaire, Nacéra ne faisait plus attention aux retards ou aux absences de son mari. Elle rentrait, parfois elle aussi, à des heures tardives, et souvent elle se contentait d’un dîner frugal afin de se mettre au lit au plus tôt et de se
    reposer.
    Parfois, il lui arrivait de trouver Djamel à la maison. Jamais il ne lui avait reproché ses sorties prolongées ou ses absences.
    Il se contentait souvent d’un repas rapide et se remettait au travail.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  17. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 68e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra sentait que son silence n’augurait rien de bon. Là aussi, elle aurait voulu qu’il lui reproche ses absences ou ses retards. Mais ce n’était pas le cas. Une fois, il l’avait lui-même accompagnée chez sa mère pour prendre des nouvelles de Maïssa… Il lui avait aussi recommandé de ne pas la laisser seule, car elle n’était pas aussi forte qu’elle voulait le montrer. La perte d’un enfant suivie d’un divorce ne pouvaient qu’engendrer un état psychique instable.
    Touchée par tant de sollicitude, Nacéra lui en sera reconnaissante. Mais le doute persistait…
    D’autres mois passent. La procédure de divorce entamée, Maïssa devint plus sereine. Elle avait fini par se réinscrire à l’université et sortait souvent avec Nacéra faire des courses. Ses sautes d’humeur et ses crises de mélancolie s’étaient dissipées, au grand bonheur de la famille.
    Comme elle s’y attendait, Lyès avait rejeté la demande de divorce, mais devant les certificats médicaux et les peines qu’il encourait, il ne put que se résigner.
    Le verdict, prévu dans quelques jours, n’était plus qu’une formalité. Maïssa était bel et bien divorcée et libre de reprendre sa vie en main.
    Nacéra pousse un long soupir de soulagement. Enfin, elle aussi pourra reprendre une vie normale auprès de son mari, et renouer avec ses activités.
    Son atelier de couture marchait bien, et ses ouvrières connaissant ses préoccupations avaient redoublé d’ardeur, pour respecter toutes les commandes et les livrer dans les délais requis, au grand bonheur des clientes.
    Là-dessus, Nacéra pouvait dormir sur ses deux oreilles. Grâce à Dieu, ses affaires marchaient bien. Elle repense à Djamel et se promet de remettre les pendules à l’heure, maintenant qu’elle est rassurée sur le cas de sa sœur.
    La journée était radieuse. L’été tirait à sa fin, et on sentait les prémices de l’automne dans l’air. La jeune femme hume à pleins poumons l’air vivifiant de la nature. Cela faisait du bien de libérer ses poumons et de se sentir plus légère après des jours d’angoisse et de stress.
    Elle rentre chez elle et se met à tout nettoyer. Elle avait acheté un grand et beau bouquet de fleurs et l’avait déposé sur la table du salon. La maison sentait bon, et elle se dit que Djamel aimerait trouver un bon dîner à son retour du travail. Elle avait fait quelques courses et acheté des fruits et des confiseries.
    Après le dîner, elle préparera un thé, et ils pourront passer une agréable soirée ensemble.
    La nuit commençait à envahir les lieux. Elle allume la télé et revient dans la cuisine pour vérifier la cuisson des mets qu’elle avait prévus.
    Tout est à point. Heureuse, elle se rend dans sa chambre pour se donner un coup de peigne et se changer.
    Le reflet que lui renvoie le miroir lui rendit sa bonne humeur. Elle avait une mine radieuse, et ses yeux pétillaient.
    Quelques gouttes de parfum complétèrent le tout. Elle se sourit à elle-même. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas pensé à s’occuper de sa petite personne… Oui… Depuis… que Maïssa avait été hospitalisée.
    Elle jette un coup d’œil à sa montre et remarque qu’il était tard… Va-t-elle appeler Djamel pour lui apprendre qu’elle était rentrée et qu’elle l’attendait ?
    Elle hésite un moment, puis prend son mobile et forme le numéro de son mari. La sonnerie retentit plusieurs fois, mais Djamel ne décroche pas.
    Nacéra se dit qu’il devait recevoir des clients, et qu’il avait dû mettre son portable sur vibreur.
    Elle attendit quelques minutes, puis refait le numéro. En vain… La sonnerie avait retenti dans le vide.
    Elle revint au salon et se laisse tomber sur un fauteuil… Son cœur palpitait… Elle sentit l’angoisse s’emparer de tout son être. Pourtant, ce n’était pas la première fois que son mari tardait au bureau, et ce n’était pas la première fois non plus qu’elle l’appelle sans recevoir de réponse.
    Mais son angoisse persistait… Quelque chose n’allait pas… Djamel n’était pas au bureau, elle en était sûre.
    Le sommeil finira par alourdir ses paupières… Elle était épuisée par tous les événements de ces derniers temps… Elle était fatiguée, usée, et sans forces… Un tourbillon l’emporte loin des rivages de la réalité… Elle se retrouve dans un monde irréel… Elle était assise au bord d’une rivière, et sur l’autre rive elle distinguait une silhouette… Une silhouette qu’elle connaissait… C’était celle de Djamel…

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 69e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle tendit la main vers lui, mais il ne semblait pas l’entendre ou la reconnaître… Il marchait le long de cette rivière vers une destination inconnue… Des feuilles de vigne jonchaient le sol, et il s’amusait à les balayer de son pied… Un vent se lève… Un vent d’été chaud et humide… Elle avait envie de crier… Elle ouvre la bouche, mais le cri refuse de sortir, et Djamel s’éloignait de plus en plus jusqu’à disparaître de sa vue… Elle tendit la main et touche quelque chose… Elle sursaute et se réveille en se rendant compte qu’elle tentait de prendre son portable sur la petite table du salon… La sonnerie l’avait réveillée.
    Elle regarde l’heure. La nuit était très avancée. Le numéro qui s’affichait sur l’écran lui était inconnu. Qui pouvait l’appeler à cette heure-ci ?
    Elle décroche et entendit une voix d’homme… Une voix qu’elle ne connaissait pas.
    -Allô… Madame Nacéra N… ?
    Son cœur triple ses pulsations, et elle sentit la boule se reformer dans son estomac, tandis que ses intestins se nouaient.
    -Oui… Elle-même… Qui êtes-vous… ?
    -Je suis… Je suis un policier madame… Désolée de vous déranger si tard, mais il fallait que je vous appelle, car votre numéro était le dernier qui s’affichait sur l’écran du portable de votre mari… Je pense que vous êtes bien l’épouse de Djamel N…
    Nacéra ne put répondre tout de suite. Les mots s’étranglaient dans sa gorge et elle tremblait de tous ses membres… Son mauvais pressentiments reprenait le dessus… Djamel ! Un malheur était arrivé à son mari…
    -Allô… Madame…Vous êtes là… ?
    Elle reprend le dessus et répondit :
    -Oui… Je suis là… Qu’est-il arrivé à mon mari… ?
    -Je préfère que vous passiez au poste… Un policier va venir vous chercher… Nous aimerions vous interroger…
    -Mais sur quoi ? Je ne comprends pas…
    -Désolé encore madame, mais je ne pourrais rien vous dire au téléphone… L’affaire est trop sérieuse… Dans un moment, un de mes collègues passera chez vous…
    -Vous connaissez mon adresse… ?
    -Bien sûr… Nous avons tous les renseignements vous concernant… Des formalités routinières dans des affaires comme celle-ci…
    -Quelle affaire… ? Mon Dieu ! Je perds la tête…
    Elle raccroche et attend. Un quart d’heure plus tard, un policier sonne à sa porte et elle le suit, le cœur battant.
    Un véhicule attendait au bas de l’immeuble, et elle s’engouffre dedans sans demander son reste.
    Des questions… Des tas de questions se posaient à elle… Elle n’arrivait plus à ordonner ses idées tant son esprit était en ébullition.
    La nuit était belle et étoilée. Tout comme dans son rêve, elle sentit un vent chaud pénétrer par la fenêtre du véhicule… Le vent de l’été, se dit-elle… Le vent de l’été…
    Le commissaire la reçoit dans son bureau. Il avait les traits tirés, et son air épuisé dénotait d’une nuit agitée.
    -Madame… Je suis vraiment navré… Mais les affaires n’attendent pas… Votre mari vous a-t-il parlé de quelques-unes de ses relations ?
    -Des relations… ? Mon mari est entrepreneur… Il est architecte de formation… C’est un homme stable qui travaille beaucoup…
    -Nous le savons… Mais… Il se trouve qu’il est mêlé à des affaires louches… Des affaires de détournement et d’escroquerie… Savez-vous qu’il avait divorcé de son ex-femme pour cette raison… ?
    Nacéra sentit le vertige la prendre… Avait-elle bien entendu… ? Djamel était marié… Il avait divorcé de sa première femme… Sa première femme…
    -Je ne vous suis pas commissaire… Djamel était célibataire lorsque nous nous sommes rencontrés… Il ne m’a jamais parlé d’un mariage ou d’un divorce…
    -Eh bien… Il était bien cachottier…
    Il pousse un long soupir :
    -Je crois que vous êtes la dernière sur la liste…
    Elle sursaute :
    -Quelle liste… ?
    -La liste de ses nombreux mariages…
    -Des mariages… ?
    Elle se prend la tête :
    -Commissaire… Si c’est une plaisanterie…, je la trouve de mauvais goût…
    -Je n’ai pas du tout envie de plaisanter à cette heure tardive. Je suis fatigué et j’aurais aimé rentrer chez moi prendre quelques heures de repos… Mais cette affaire tombe tel un cheveu sur la soupe… Alors… Je dois mettre les choses au clair… Vous devriez m’aider, madame…
    -S’il vous plaît… Dites-moi tout… Dites-moi de quoi il s’agit… Je ne comprends rien à toute cette tragédie…
    -Vous l’avez bien dit… Une tragédie…
    Il pousse un soupir :
    -Votre mari n’est pas aussi honnête qu’il veut le montrer… Pis encore, il escroquait ses victimes d’une manière si subtile que nous avons eu du mal à le filer… à chaque soupçon, il nous déroutait… Il avait fallu qu’une femme dépose plainte avec preuves à l’appui… Sa propre femme… Son ex-femme… Celle avec qui il venait de divorcer juste avant de vous épouser… Il avait détourné tous les biens de cette malheureuse et mis la grappin sur sa fortune…

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 70e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Le commissaire poursuit :
    - Le jeu était simple pour lui, car il choisissait ses victimes… Les femmes qu’il épousait n’étaient pas jeunes, et avaient perdu pour la plupart l’espoir de se marier un jour. Comme il était bel homme et beau parleur, il savait les attirer dans son piège et accaparer leurs capitaux avant de disparaître… Vous êtes sa dernière victime si j’ose dire.
    Nacéra sentit une frilosité la gagner. Elle déglutit avant de lancer :
    -Mais ce n’était pas le cas pour moi… Djamel m’aimait… Il ne m’a jamais rien demandé… Je… Je suis couturière…
    -Et vous possédez un atelier de confection qui marche très bien… À la force de vos bras, vous avez amassé une petite fortune. Djamel ne se trompe que rarement dans ses investigations…
    Comme dans un rêve, Nacéra se revoit avec Hind au restaurant, et avec cet homme en face d’elle, qu’elle avait elle-même provoqué.
    -Lorsque j’ai rencontré Djamel, il ne connaissait rien de moi… C’était juste le hasard qui nous avait mis l’un en face de l’autre.
    -Peut-être… Mais ensuite, cet homme a dû faire sa petite enquête… Il a dû vous supplier de devenir sa femme, avant de passer au second acte… Jusqu’à ce jour, il n’a vécu que de ces fortunes amassées par des moyens loin d’être honnêtes.
    Nacéra se retint au bureau. Non… C’était incroyable… Djamel ne pouvait pas être un escroc… Il était si beau… si prévenant… si gentil…
    -Vous m’en voyez navré madame… Mais c’est la triste réalité… Cet après-midi, il a eu un accident… Une femme a essayé de le tuer… Sa voiture a dérapé…
    -Oh ! Mon Dieu…
    Elle se lève, puis vacille.
    Le commissaire la retint juste à temps. Elle venait de perdre connaissance.
    On appelle une policière pour s’occuper d’elle. Nacéra sentit le monde noircir devant ses yeux. Elle tente de reprendre une respiration normale, et de se dominer.
    Elle boit un grand verre d’eau, puis se calme avant de demander :
    -Il est mort ?
    -Non… Juste blessé… Il se trouve dans un hôpital pour des soins… Nous le surveillons de près, car il risque de nous échapper… Il tend à s’éloigner trop souvent de la ville ces derniers temps…
    Elle repense à ses absences, puis demande :
    -Et cette femme… Cette femme qui voulait le tuer… Où est-elle… ?
    -Ici, chez nous… On vient de l’arrêter, et elle a tout avoué… Grâce au concours d’un automobiliste qui avait assisté à toute la scène, nous avons pu la localiser… Elle a craqué durant l’interrogatoire… C’est une femme qui a été délestée de tous ses biens jusqu’au dernier sou.
    -Que faisait-elle dans la vie ?
    -Elle était commerçante… Elle possédait des magasins et avait des biens dans les plus grandes villes du pays… Lorsqu’elle a rencontré Djamel il y a quelques années, elle était veuve, et était bien plus âgée que lui… Mais il n’en avait cure… Son but était clair : l’escroquer puis la quitter… Cette malheureuse avait alors frôlé une dépression et s’est fait suivre durant de longs mois par un psychiatre. Lorsqu’elle a pu reprendre pied, elle est allée le retrouver pour récupérer ses biens…. À maintes reprises, il l’a rabrouée sans pitié tout en la menaçant de la tuer… Alors, elle avait décidé de passer elle-même à l’action…
    Nacéra ne savait plus si elle devait croire l’homme assis en face d’elle, ou se pincer très fort pour vérifier si elle ne rêvait pas.
    Mais la migraine qui la taraudait était justement là pour lui prouver qu’elle ne vivait que la réalité… Aussi amère soit-elle, elle doit l’accepter et la prendre en considération.
    Elle repense à Djamel et sursaute avant de demander :
    -Est-il dans un état grave… ?
    Le commissaire hausse les épaules :
    -Quelques fractures et des contusions…
    -Pourrais-je lui rendre visite à l’hôpital ?
    -Si vous voulez…
    Elle se lève et prend son sac :
    -Je ne sais quoi vous dire commissaire, mais toute cette histoire me paraît…
    -Incroyable… Je le conçois madame… Mais la réalité est souvent difficile à admettre. Croyez-moi, il m’arrive de détester mon métier, car souvent il m’est intolérable de mettre les gens devant certaines vérités qui les blessent.

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 71e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle garde le silence, et il poursuit :
    - Nous pouvons dire que vous avez eu une chance inouïe. Djamel n’a pas eu le temps de vous escroquer.
    - Nous sommes mariés depuis quelques mois à peine.
    - Nous le savons… Mais cet homme, aussi rusé qu’il est, ne perd pas son temps. N’avez-vous pas été contrainte de quitter votre foyer ces derniers temps ?
    Maissa traverse les pensées de Nacéra. Oui…Grâce aux aléas de sa sœur, elle avait dû s’absenter de chez elle et s’éloigner de Djamel.
    Elle ferme un moment les yeux… Djamel… Djamel… Il était si amoureux d’elle… Pourquoi veut-on lui démontrer le contraire… Elle sentait qu’il l’aimait. Son instinct ne pouvait pas la tromper là-dessus.
    Elle pousse un soupir :
    - Commissaire, j’ai encore du mal à admettre ce que vous venez de me dévoiler.
    - Je vous comprends fort bien, petite dame… Vous êtes si entichée de votre mari… Hélas ! Je ne vous ai rapporté que la triste réalité.
    Il passe une main sur son visage avant d’appeler un subalterne à qui il ordonnera de déposer Nacéra à l’hôpital. Puis il revint vers elle et lui recommande :
    - Surtout pas de faiblesse… Cet homme risque de jouer avec vos sentiments… Ne le croyez pas, il n’est pas né de la dernière pluie et nous connaissons trop ses véritables intentions.
    Nacéra hoche la tête :
    - Je veux le voir… Je veux tout d’abord m’assurer que c’est bien de lui qu’il s’agit.
    Elle secoue sa tête :
    - Convenez-en commissaire, il est trop difficile pour moi de croire à vos dires. Djamel est tellement…
    Le commissaire lève une main et l’interrompt :
    -Tout au long de ma carrière, j’ai entendu un tas de phrases de ce genre. Les apparences sont souvent trompeuses. Allez donc lui rendre visite. Si vraiment il est aussi amoureux de vous que vous le pensez, il lèvera lui-même le voile sur son passé et sur ses intentions.
    À ce moment précis, une femme escortée d’un policier passe devant eux. Nacéra reconnut la femme qu’elle avait aperçue dans les locaux de Djamel au début de leur mariage.
    Elle tendit l’index vers elle et le commissaire la devance :
    - C’est cette femme qui a tenté de tuer votre mari… C’est aussi son ex-femme… Celle avec qui il avait vécu avant de vous épouser.
    Nacéra est de plus en plus perplexe. Est-ce réellement la réalité qu’elle venait d’apprendre ?
    Si Djamel voulait son argent, il aurait pu l’avoir…Mais elle n’était pas aussi riche qu’on le pensait. Il savait bien qu’elle avait dépensé une grande somme pour louer cet appartement à sa sœur, et assurer son confort. Puis elle avait dû payer des avocats pour son divorce. Et puis, Djamel lui-même gagnait bien sa vie et se permettait même des extravagances. Elle se rappelle de ce voyage en Italie qui a coûté une fortune, et des cadeaux fabuleux qui lui avait offerts.
    Il aurait pu aussi lui extorquer de l’argent lorsqu’il l’avait aidée à organiser ce défilé de mode.
    Le commissaire met une main sur son épaule :
    - Je vous conseillerais d’aller le voir… Lui seul saura répondre à toutes vos questions.
    On était presque à l’aube lorsque le véhicule de police pénètre dans l’enceinte de l’hôpital.
    Escortée de son policier, Nacéra est orientée vers une chambre au fond du couloir.
    Elle hésite quelques secondes, avant de tourner la poignée et de pénétrer dans la pièce éclairée par une lampe de chevet.
    Djamel semblait dormir. Elle s’approche de son lit à pas de loup et constate que ses deux jambes et son bras gauche étaient plâtrés. Son visage était contusionné et des pansements sur plusieurs endroits de son corps témoignaient de l’accident dont il a échappé par miracle.
    Elle porte une main à sa bouche et étouffe un sanglot. Djamel s’agite. Il ouvre les yeux et les referme aussitôt. Il semblait épuisé. Un infirmier s’approche de Nacéra :
    - Il est sous sédatif… Je vous conseillerais de repasser dans la matinée.
    Nacéra secoue sa tête :
    - Non… je… je préfère rester auprès de lui… Je ne veux pas le quitter… C’est mon mari.

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 72e partie
    Par : Yasmine HANANE

    L’infirmier hausse les épaules :
    -C’est comme vous voulez madame… Seulement je vous préviens que l’attente risque d’être longue et épuisante pour vous.
    -Je ne pourrais pas le quitter alors qu’il est aussi mal en point…
    L’infirmier pousse alors une chaise vers elle :
    -Prenez place… Voulez-vous un peu de café ?
    -Non. Je vous remercie pour votre sollicitude…
    L’infirmier quitte les lieux, et Nacéra se laisse choir sur la chaise qu’elle avait rapprochée du lit sur lequel son mari gisait dans un état semi-inconscient.
    Il avait encore tenté d’ouvrir les yeux, en vain. Elle avait pris sa main et l’avait gardée dans la sienne.
    Personne ne pourra lui faire admettre que cet homme qu’elle aimait par-dessus tout était un escroc.
    Pourquoi le destin s’acharnait-il donc sur elle ? Elle avait cru au bonheur, l’avait même goûté auprès de ce mari qu’elle n’espérait plus.
    Et maintenant, voici qu’elle découvrait qu’elle était l’épouse légitime, et peut-être furtive, d’un homme qui escroquait les femmes…
    Elle pousse un soupir : que la vie est compliquée !
    Lassée par tous les événements de cette nuit qui n’en finissait pas, Nacéra repose sa tête sur le siège de la chaise et se laisse emporter par le sommeil.
    Elle avait l’impression d’émerger d’un lac profond, et qu’une main tentait de la tirer vers la rive.
    Elle ouvrit les yeux et constate qu’effectivement quelqu’un tenait fermement sa main. Djamel avait repris connaissance. Elle se redresse sur sa chaise et constate que le jour s’était levé.
    -Heu… Djamel…
    -Nacéra… Tu as passé la nuit ici ?
    Elle secoue la tête :
    -Non… En fait, on m’avait appelée du commissariat où j’ai dû répondre à un tas de questions, avant qu’on m’apprenne que tu avais eu un accident.
    Elle met ses deux mains devant son visage et se met à pleurer :
    -Dis-moi que ce n’est pas vrai Djamel…
    -Qu’est-ce qui n’est pas vrai…, demande-t-il d’une voix émue… L’accident… ?
    -Non… Pas l’accident… Cette… cette tentative d’assassinat…
    Djamel pousse un soupir, puis un cri de douleur lui échappe. Nacéra se lève :
    -Tu as mal… ? Veux-tu que j’appelle un médecin… ?
    Il secoue la tête :
    -Non… On va encore me droguer… Je souffre le martyre, mais je préfère rester conscient…
    -Alors dis-moi… Dis-moi que tu n’es pas l’escroc qui épouse des femmes pour accaparer leur fortune… Jure-moi que tu ne m’as pas épousée pour mon argent…
    Il referme les yeux et pousse encore un soupir :
    -Non Nacéra… Je ne t’ai pas épousée pour ton argent… Toi… Je t’ai réellement aimée… Je t’aime et je t’aimerais toujours.
    Nacéra sentit sa gorge se nouer. Djamel poursuit :
    -Quoi qu’on ait pu te raconter, je jure sur ce qui m’est le plus cher dans ce monde que je t’aime… Tu es mon épouse légitime, et je n’aimerais pas que notre mariage soit brisé par toutes ces futilités qu’on a déballées.
    -Alors, raconte-moi la vérité Djamel… Pourquoi as-tu épousé ces femmes si ce n’est pour les arnaquer ?
    -Je ne les ai pas épousées à proprement parler… Elles étaient toutes des femmes qui cherchaient à s’acheter un mari… Un mari jeune, beau, instruit et intelligent… Au début, cela m’avait amusé de savoir que je plaisais à des femmes qui pouvaient m’entretenir… Mais ensuite le jeu devint lassant… Tous les hommes sont comme ça Nacéra… Ils aiment plaire, se sentir admirés et recherchés par des femmes.
    -Mais toi tu choisissais des femmes riches et pas trop jeunes…

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 73e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il déglutit :
    -La coïncidence du début était justement une femme bien plus âgée que moi. Elle était mon professeur à l’université, et me faisait une cour assidue. Un jour, elle est venue dans ma chambre pour me proposer de l’argent, afin que je l’accompagne à une réception. Elle me disait qu’elle avait été déçue par la vie et voulait savoir ce qu’on ressentait lorsqu’on est avec un homme plus jeune que soi.
    -Et tu avais accepté de lui servir de cavalier…
    Il hausse les épaules :
    -Je voulais me faire un peu d’argent. J’étais encore étudiant et je manquais de moyens pour l’achat de livres, de maquettes, et même parfois d’un sandwich. Alors j’ai tenté l’expérience avec elle et, ma foi, je n’étais pas du tout mécontent. Non seulement elle m’offrait le gîte et le couvert, mais me remettait aussi des sommes d’argent qui faisaient rêver. Cela dura un temps.
    À la fin de mes études, je décidais de changer de ville. Le travail manquait, et je devais trouver le moyen de gagner ma vie. Je rencontre alors un ancien ami de mon père qui, justement, était architecte et cherchait un assistant. Il me proposera de travailler pour lui afin de l’aider et en même temps acquérir de l’expérience. “Les études, me dit-il, sont faites juste pour donner un avant-goût. On apprend tous les jours dans mon métier, et chaque fois qu’il y a des nouveautés, nous nous retrouvons comme des novices dans le domaine.”
    Pour cela, il me proposera aussi de l’accompagner dans ses voyages à l’étranger afin d’approfondir mes connaissances et d’apprendre toujours plus. C’était la meilleure façon de s’affirmer. Je peux dire que j’ai eu de la chance de le rencontrer au bon moment. Je travaillais d’arrache-pied. Il fallait se sacrifier pour atteindre l’objectif désigné. Mon patron était content de mon rendement et m’encourageait en m’offrant d’autres stages dans des pays qui étaient non seulement plus développés que le nôtre, mais qui offraient d’autres opportunités dans le domaine de l’architecture, de la décoration et dans l’art en général. L’architecture est pour eux un art à proprement parler.
    Un art où ils excellaient et innovaient tous les jours.
    J’étais comblé… Mais ayant toujours vécu comme un orphelin, je me suis mis à chercher de la compagnie… Je préférais bien sûr les femmes aux hommes. J’étais jeune et beau, et je séduisais par mon allure et mon sourire. La gent féminine n’était pas insensible à mon charme. Alors je décidais de tenter ma chance et de me faire un peu d’argent. Je tombais facilement sur des femmes mûres et prêtes à offrir leur fortune pour revivre un peu leur jeunesse. Elle voyaient en moi le Don Juan qui allait les combler, elles n’hésitaient pas à me faire elles-mêmes des propositions galantes. Tu ne vas pas le croire : j’avais un agenda bien garni… (Il rit).
    Chaque jour, c’était une nouvelle conquête… J’en faisais même des jalouses que je m’amusais à taquiner. Elles tombaient toutes alors dans le piège de la séduction et payaient le prix fort pour me garder le plus longtemps possible auprès d’elles.
    Des années passèrent ainsi. Je songeais à me marier, mais je n’avais pas rencontré encore celle qui ferait battre mon cœur… Je t’assure que c’est la vérité, Nacéra… Je croyais en l’amour, et ce sentiment pour moi était sacré. En dehors de mes aventures galantes, je ne suis pas un homme dépourvu de sentiments…Hélas ! Je ne savais pas que j’allais à ma destruction en fréquentant ces femmes qui me payaient pour “m’acheter”, car c’était le cas. Je me vendais pour quelques heures.
    Fatigué d’errer dans des pays étrangers, je décidais de rentrer au pays. J’avais assez d’argent pour m’installer à mon compte et repartir à zéro. Je rêvais d’avoir un foyer, une femme et des enfants.
    Je travaillais bien et gagnais suffisamment pour me permettre une vie de faste. Je pouvais voyager lorsque j’en ressentais le besoin, manger dans de grands restaurants, m’acheter des vêtements à la page et m’offrir ce dont j’avais envie sans trop de mal. Hélas ! Ici encore je ressentais le vide affectif. Mes parents n’étaient plus de ce monde, et le reste de la famille me tournait le dos.
    Un jour, une femme vint me retrouver pour me demander de lui construire une villa. Je propose à l’un de mes assistants de dessiner un plan. Puis je me mets à l’étudier avec lui afin de relever certains détails avant de le signer… La même femme revint le jour même pour me proposer de l’accompagner : Où ? Chez elle…

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 74e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il pousse un soupir et poursuit :
    - Elle voulait que je construise sa villa dans un style bien déterminé, un style ancien. Je lui suggèrais de se faire accompagner par mon assistant, mais elle refusera, arguant du fait que j’étais le patron, et que par contre, je devrais avoir toutes les latitudes avant d’entamer la construction…J’étais déjà un petit entrepreneur, qui construisait, achetait, vendait, échangeait, et négociait dans le bâtiment, sans complexe. Loin s’en faut, j’étais passé maître dans l’art de donner une touche propre à mon style de construction qui plaisait à tous mes clients.
    La femme en question voulait juste me faire une proposition…Elle était veuve, avait de l’argent, mais se sentait trop seule.
    Elle possédait déjà une belle villa de style colonial et voulait la vendre. Avant cela, elle voulait se construire une autre villa, un peu plus petite, mais mieux agencée. “Je pense à mes vieux jours”, me dit-elle… “Chez moi, les escaliers sont trop hauts, et les chambres trop spacieuses et glaciales, alors je vous demanderais de prendre en considération ces détails afin de construire des escaliers moins hauts, et des chambres plus petites.”
    J’étais à l’intérieur de la maison. Le décor était sublime. Cette femme possédait une fortune colossale. Elle n’avait pas de parents, pas d’enfants, mais avait de quoi se permettre tout ce qui lui passait par la tête, y compris un homme. Je lui plaisais..Cela se voyait…Notre différence d’âge ne la gênait pas. Pour elle, j’étais la jeunesse qu’elle recherchait et qu’elle voulait revivre.
    Elle me proposera des sommes inimaginables afin que je consente à rester avec elle ou du moins à lui tenir compagnie quelquefois le soir. Je refusais…Je n’étais plus à vendre. Mes aventures d’outre-mer avaient pris fin depuis mon retour au bled…Maintenant je voulais me stabiliser. Alors sans hésitation, elle me proposera le mariage. Je tombais des nues…Le mariage ! Avec cette femme qui aurait pu être ma mère ! Nous avions au moins une vingtaine d’années de différence !
    Je refusais encore cette proposition saugrenue…Mais elle reviendra à la charge des jours plus tard, et me fera miroiter les avantages d’une union avec elle…Une union qui se fera uniquement sur papier, ainsi je deviendrais l’héritier légitime de tous ses biens. Mais quand… ? Lorsqu’elle quittera ce monde… ? Elle était encore assez jeune et en bonne santé pour vivre de longues années…Et puis la mort ne choisit pas, on meurt à toute âge….Personne n’est à l’abri de la faucheuse….Je pourrais mourir avant elle.
    Je refusais encore. Alors, elle jouera une dernière carte, et m’entraînera devant un notaire avant de me faire signer les papiers qui faisaient de moi le propriétaire légitime de tous ses biens. Je n’en revenais pas. Cette femme mettait sa fortune à mes pieds…Elle voulait juste un papier.
    Harcelé, je mordis à l’hameçon et consentis à l’épouser pour un temps. Je ne sais pas encore aujourd’hui pourquoi j’ai fait une telle chose. J’avais de quoi vivre à l’aise sans avoir à malmener ma conscience. Mais j’étais engagé. La femme m’emmène dans un long voyage puis nous rentrâmes pour habiter dans sa villa. Je donne mon cabinet en gérance, et je passais des journées à jouer au tennis, à nager, à lire, ou à la pêche. Elle semblait heureuse de m’avoir à ses côtés.
    Cela dura un temps. Mais la lassitude me rattrape très vite. Je n’en pouvais plus. Alors sans remords aucun, je demandais le divorce. Elle pleura, se lamenta, se griffa le visage, mais je demeurai inflexible dans ma décision..Je ne pouvais mener une vie de marionnettes dans une vitrine. Pour être en paix avec moi-même, je lui proposais de lui rendre ses biens. Mais voyant là une manière de couper définitivement les ponts, elle refusera.
    La villa était à mon nom. Mais je ne pouvais tout de même pas mettre cette folle dans la rue. Malgré mes défauts, je ne suis pas un sans cœur.
    Je la quitte un matin en emportant toutes mes affaires. Deux jours plus tard, un policier se pointe à mon bureau pour m’apprendre que ma “femme” s’était suicidée.
    Ce fut un grand choc pour moi. Je savais que c’était le désespoir qui avait déclenché ce geste fatidique chez elle…Je m’en voulus un peu. Ne pouvant plus rien pour elle, je l’enterrais dans la dignité et le respect tout en priant Dieu tout puissant de lui pardonner son geste.

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 75e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Nacéra n’en revenait pas. Au fur et à mesure que Djamel parlait, elle découvrait en lui la face cachée qui avait engendré en elle cette angoisse qu’elle n’arrivait plus à maîtriser.
    Elle prend une longue goulée d’air, avant de demander d’une petite voix :
    -Mais tu ne t’es pas arrêté là, Djamel, n’est-ce pas ?
    Il hoche la tête :
    -Oh ! J’ai eu d’autres aventures… Des aventures plus ou moins passagères… J’ai connu d’autres femmes… Mais aucune n’avait compté pour moi autant que toi.
    Nacéra lève la main :
    -Mais ces femmes, tu les a épousées aussi… Combien de fois donc t’es-tu marié Djamel ?
    Il pousse un soupir :
    -Le seul mariage qui a compté dans ma vie, c’est le nôtre Nacéra.
    -N’essaye pas de me faire marcher… Tu as bien épousé des femmes riches, pas trop jeunes, à qui tu as subtilisé de l’argent. Sinon pourquoi cette femme aurait-elle tenté de t’assassiner… ?
    Djamel tente de s’asseoir, mais pousse un cri… Ses jambes plâtrées le faisaient atrocement souffrir. Il tend son bras et tente de toucher le visage de sa femme. Mais Nacéra recule :
    -Ne me touche pas… Tu es un vrai monstre… Je ne pensais pas qu’en t’épousant, j’allais commettre la plus grande erreur de ma vie.
    -Ne dis pas ça, ma chérie… Avec toi c’était différent… Je t’ai vraiment aimée… Mes sentiments étaient très sincères.
    La jeune femme se met à pleurer :
    -Pourquoi as-tu détruit notre bonheur Djamel ? Je sentais que tu me cachais des choses… J’ai douté de toi… Mais j’étais loin de deviner que tu escroquais de pauvres malheureuses, victimes de leur solitude et d’un manque affectif.
    -C’était plus fort que moi… Plus je plaisais, plus le succès me grisait… Je sais que cela va te paraître bizarre, mais le jeu m’attirait… J’aimais le risque que j’encourais à chaque fois que je rencontrais une femme aisée qui s’intéressait à moi. J’en ressentais une grande fierté et un plaisir inouï… Je suis peut-être un psychopathe Nacéra, mais toi je t’ai aimée… C’était le coup de foudre… Je m’étais alors juré d’arrêter si je t’épousais… J’ai essayé de tirer un trait sur mon passé et de commencer une nouvelle vie à tes côtés… Mais le passé m’a rattrapé… J’ai ressenti tes doutes… J’appréhendais tes réactions. À chacun de tes passages au bureau, je craignais que tu ne découvres la réalité… Je savais que tu vivais dans l’incertitude et j’ai essayé de reprendre pied… Tu t’es occupée de Maïssa, et durant ce temps, j’ai voulu remettre les pendules à l’heure pour couper les ponts avec mes anciennes relations. Mais cette marche arrière s’est avérée bien plus périlleuse. Je craignais tant que ces femmes ne se présentent à la maison pour te dévoiler cette amère réalité, et j’ai tenté de reprendre le dessus par des promesses que je n’ai pu tenir. Je ne pouvais rembourser toutes ces malheureuses, ni les épouser en secondes noces… Alors je m’éloignais souvent de la ville et de mon boulot afin de détourner leur attention… Hier, la femme qui a tenté d’attenter à mes jours était mon ex-femme… Nous étions mariés durant quelques mois, il y a plus de trois ans… J’avais divorcé et repris une vie normale, mais elle n’était pas satisfaite. Elle voulait son argent et bien plus… Un nom… J’ai riposté que je pouvais lui rendre son argent, mais que maintenant j’étais marié et que je ne pouvais plus reculer. Alors, elle a joué la double victime qu’on a arnaquée et qui a été contrainte de m’épouser avant d’être rejetée.

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vent de l’été 76e partie et fin
    Par : Yasmine HANANE

    Djamel souffrait le martyre. Sont-ce ses blessures physiques qui le torturaient ou est-ce sa conscience. Il regardait Nacéra, alors que la sueur perlait sur son front.
    -Je ne t’ai jamais rien demandé Nacéra… Toi non plus d’ailleurs… Je parle des finances bien sûr… Lorsqu’on s’était rencontrés, je sentais que tu étais la femme de mes rêves, mais je ne savais pas que mes sentiments allaient se développer si vite… Je me suis promis alors de me stabiliser et j’ai fait le vœu de vivre auprès de toi pour le restant de mes jours… Pardonne-moi si je t’ai blessée ma chérie, aucun être humain dans ce bas monde n’est exempt d’erreur…
    -Assez… !
    Le cri était remonté des tréfonds de l’âme en détresse d’une femme qui avait cru au bonheur, alors que les meilleures années de sa vie étaient derrière elle.
    Elle se remet à sangloter. Plus jamais elle ne pourra vivre avec cet homme. Plus jamais elle ne pourra lui faire confiance. Plus jamais elle n’osera le regarder dans les yeux au risque de découvrir l’image hideuse de ses actes.
    Elle se lève et lance d’une voix où perçaient la colère et la déception :
    -Tu l’as dit… Aucun être humain n’est exempt d’erreur… C’est vrai… Car j’ai moi-même commis l’erreur la plus ignoble et l’acte le plus inconscient de mon existence. Je t’ai aimé plus que tout au monde. Je pensais que cet amour allait compenser toutes mes souffrances passées… Hélas !
    C’était juste une illusion… Des chimères… J’ai brisé mon existence à jamais… Tu fais de moi, Djamel, une énième victime… Car moi ce n’est pas l’argent que tu m’as subtilisé… Mais ma confiance et ma vie… Je ne pourrais plus jamais vivre en paix ni connaître la sérénité, rien qu’à penser d’avoir un jour vécu avec un monstre de ton espèce… Tel le vent de l’été qui réchauffe les pierres, tu as su toucher une corde sensible en moi, ensuite tu t’es joué de mes sentiments pour m’attirer dans ton piège… Je ne veux plus jamais te revoir ni entendre parler de toi… Je vais demander le divorce… Et… Et si tu as ne serait-ce qu’une once de fierté ou de dignité, accorde-le-moi sans tarder.
    Sans lui laisser le temps de riposter, elle quitte les lieux et sort en claquant la porte derrière elle.
    Dehors, le ciel était bas. Quelques gouttes de pluie commençaient à tomber et un vent chaud se lève.
    Le vent de l’été… Le vent de l’été… répète Nacéra, en relevant la tête pour scruter les nuages qui s’accumulaient au-dessus de sa tête. Puis elle se remet à marcher alors que les larmes inondaient son visage.

    Fin
    Y. H.

    http://www.liberte-algerie.com/la-nouvelle-de-yasmina-hanane/le-vent-de-l-ete-76e-partie-et-fin-206886

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