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Azada Par : Yasmine HANANE

6 août 2013

Yasmina Hanane

Azada 1re partie

Par : Yasmine HANANEAzada  Par : Yasmine HANANE dans Yasmina Hanane 2223_200_150

L’avion venait de fouler le tarmac de l’aéroport. A leur grand bonheur, les passagers sont accueillis à leur descente par un soleil radieux.
Derrière eux, à Paris, le temps était monotone et grisâtre. Heureusement qu’ici ils peuvent humer un air plus chaleureux…
Azad s’empresse de monter dans le bus qui attendait au bas de la passerelle. Il était pressé de revoir sa ville natale, après une absence qui avait duré plus d’une dizaine d’années.
Il soupire… Que le temps passe vite !
Enfin, ces années-là, il ne les avait pas gaspillées. Il avait étudié, approfondi ses connaissances, avait réussi dans ses études, et c’est avec un diplôme en psychologie dans sa poche qu’il revient au pays.
Il avait travaillé dur… très dur. Il avait connu la faim et les privations. Il avait bossé comme un dingue afin de payer ses études. Il avait connu des hauts et des bas, des lendemains incertains et avait failli plus d’une fois de tout abandonner.
Mais, souvent, la volonté l’emporte sur le reste. Il fallait qu’il réussisse coûte que coûte. Seules ses études peuvent lui assurer un avenir décent et à l’abri du besoin.
Au bout de deux années enfin, et après une longue traversée du désert, la chance lui sourit. Il avait rencontré un ancien ami qui l’avait embauché comme caissier dans son entreprise. Le salaire était assez motivant, et Azad avait enfin pu dormir sur ses deux oreilles en louant un deux-pièces dans un immeuble assez confortable. Il travaillait jusqu’à des heures tardives, mais cela ne le gênait pas. Au contraire, il préférait le travail  à la solitude de son appartement.
Entre la faculté et son boulot, il n’avait pas assez de temps pour penser à sortir ou à s’amuser. Qu’à cela ne tienne, il pouvait du moins faire quelques économies et se permettre de courts séjours ou des week-ends dans des stations de sport d’hiver ou au bord de la mer. Cela lui suffisait pour se
requinquer.
Sa grande fierté c’étaient les notes qu’il décrochait sans trop de mal à ses examens. Ah oui ! Là, on n’avait rien à redire. Le jeune homme aimait ses études et c’est pour elles, qu’il avait tout sacrifié.
Un premier diplôme dans sa discipline lui permettra d’exercer durant quelque temps dans une école privée. Une école où les adolescents qui y étudiaient ne connaissaient encore rien de la vie, si ce n’est, souvent,  l’indifférence de leurs parents à leur égard.
Là-dessus, il en connaissait un bon bout.
Il comprenait alors amplement les préoccupations de ces jeunes, à peine sortis de l’enfance, et pas encore adultes, qui pataugeaient dans une marre de contradictions internes, développant de ce fait des complexes et des états psychologiques traumatisants.
Azad savait les écouter. Il savait être proche d’eux. Pour la simple raison, que loin de ses études, il avait lui aussi vécu ces états d’âme fort complexes. Son caractères et ses nerfs d’acier avaient pu le maintenir à flot. Mais ce n’était pas le cas des autres. Souvent, des gens mettaient fin à leur vie pour des raisons futiles, pense-t-on. Mais ne ressent les brûlures de la braise que celui qui marche dessus.
Azad se rappelait tout son périple alors qu’il sortait du hall de l’aéroport en poussant son chariot de bagages.
Il s’étire, et aspire une bonne goulée d’air. Son pays le reçoit à bras ouverts : soleil et bonne humeur.
Quelques jeunes filles passèrent à côté de lui en riant, un couple discutait gaiement, des jeunes se donnaient des tapes dans le dos. Et puis il y a cette musique qui lui rappelait son enfance : le chaâbi. Un taxi s’était arrêté à sa hauteur et son auto-radio diffusait des morceaux exquis.
Azad espérait, qu’après ses longues années d’exil, son père allait faire l’effort de venir  l’accueillir. Hélas ! ce n’était pas le cas. Il se dit qu’il était peut-être en avance, et jette un coup d’œil à sa montre-bracelet. Non… il était à l’heure. Il hausse les épaules et fait signe au taxieur, lequel descendit de son véhicule pour l’aider à entasser ses bagages dans le coffre.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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64 Réponses à “Azada Par : Yasmine HANANE”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 2e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Le long de son trajet, Azad se laisse bercer par cette musique qui lui avait tant manqué. Là-bas, il n’avait pas le temps de se laisser aller à de tels plaisirs. Certes, il pouvait de temps à autre se permettre une évasion musicale propre à son bled, le temps d’une nostalgie. Mais rien n’était comparable à ce qu’il ressentait ici dans son pays. Ici, cette musique reflétait tant de choses.
    Elle parlait. Elle racontait des récits palpables et emportait dans ses vagues son auditoire. C’était ça le chaâbi, une note, un récit, un conte d’amour que rehaussaient les relents d’un climat méditerranéen.
    - Vous êtes arrivé Monsieur.
    Le jeune homme revint sur terre.
    Il regarde autour de lui et constate qu’effectivement, il était arrivé chez lui…Heu… plutôt chez son père se dit-il en descendant du taxi tout en jetant un coup d’œil aux villas nouvellement érigées dans ce quartier huppé où sa famille avait toujours résidé.
    En dix années, les lieux avaient subi une véritable transformation. Des jardins, des parcs, des magasins luxueux, des restaurants. Et puis cet ensemble de bâtisses modernes qui de loin narguaient par leur hauteur l’ensemble des anciennes villas construites en bataille.
    Azad tente de reconnaître quelques voisins, mais il ne le put. On dirait que ces années d’absence avaient gommé jusqu’à ses derniers souvenirs.
    Il se saisit de ses bagages et s’approche du grand portail. Il hésite encore un moment.
    Quelqu’un est-il à la maison ? Son père et sa marâtre savaient qu’il allait arriver ce jour-là, mais apparemment, personne n’a estimé opportun de l’attendre à l’aéroport ou même à l’une des nombreuses fenêtres de la maison.
    Pourtant il voyait une tête, une chevelure, l’ombre d’une femme au balcon du premier étage.
    Sa belle-mère n’avait pas les cheveux longs. Non ce n’était pas elle, c’est sa demi-sœur probablement, Katia.
    Elle avait tout juste sept années lorsqu’il les avait quittées. Aujourd’hui, elle est sûrement devenue une belle jeune fille.
    Il fait tinter le carillon du portail. Quelques minutes passent avant que son père ne daigne descendre lui ouvrir.
    Il contemple Azad un moment sans prononcer un mot. Le père et le fils s’affrontèrent du regard, puis comme dans un film, l’homme ouvrit ses bras :
    -Te voilà enfin mon fils…
    Azad embrasse son père sans trop de chaleur. Il savait qu’il ne pouvait ni l’aimer ni le haïr, juste le respecter. Ce père acariâtre avait fait de lui un souffre-douleur et le bouc émissaire de ses malheurs. Jusqu’à l’adolescence, il avait subi son autorité sans broncher, puis se sentant devenir plus sûr de lui, Azad s’était forgé une personnalité. Il avait préféré l’internat d’un lycée à la maison de son enfance. Oui, c’était ça, une fuite en avant, pour oublier, pour tirer un trait sur le passé.
    -Voyons Azad, pourquoi restes-tu là, entre.
    Le jeune homme fait quelques pas puis s’arrête :
    -Tu es sûr que je ne dérange pas ?
    -Voyons bien sûr que non, tu es chez-toi fiston.
    Azad tente de retrouver dans les traits de son père un souvenir agréable, un sourire, une moue, un air amusé. Hélas !
    Ce n’était pas le cas.
    Même maintenant que l’homme avait vieilli, même maintenant que sa tignasse était devenue toute blanche, et que des rides striaient son visage, son père lui parut encore plus sévère, plus arrogant et plus distant que jamais.
    Il le précède dans le hall de l’entrée, et lui désigne le salon :
    -Ta belle-mère est sortie faire des courses, mais Katia est là. Tu te souviens d’elle n’est-ce pas ?
    Azad hoche la tête :
    -Bien sûr, elle était encore une gamine quand je suis parti.
    -Eh bien, tu ne vas pas la reconnaître !

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 3e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad lève les yeux. En haut des escaliers se tenait une jeune fille. Grande, svelte, les cheveux soyeux et longs, et les traits réguliers. Katia !
    Il eu du mal à croire que cette belle jeune fille était la petite diablesse qui déchirait ses cahiers et volait ses crayons.
    - Katia. C’est ton frère Azad. Tu le reconnais ?
    Pour toute réponse, elle se met à descendre les marches d’escalier. Arrivée en bas, elle vint embrasser Azad sur les deux joues.
    - Je savais que tu arrivais aujourd’hui. Ma mère m’avait prévenue.
    Azad lui sourit :
    - C’est gentil Katia. Je ne sais pas si tu te rappelles de moi, mais lorsque je suis parti, tu étais…
    - Une gamine, corrobore-t-elle.
    - Ah ! donc tu te rappelles de ton grand frère aussi ?
    - Bien sûr, mais je ne pouvais te reconnaître après tant d’années.
    Azad pousse un long soupir :
    - Dix années, petite sœur.
    Son père toussote :
    - Vous n’allez pas rester là au pied des escaliers. Viens Azad, installons-nous au salon. Et toi Katia sers-nous quelque chose. Je pense qu’il y a du café et des jus dans la cuisine.
    Azad suit son père. Ce dernier l’invite à s’asseoir en face de lui d’un geste et allume une cigarette :
    - Alors… Je pense que tu es rentré pour t’installer, n’est-ce pas ?
    Azad hoche la tête :
    - Oui, je veux travailler ici dans mon pays.
    - Tu es psychologue fiston !
    - Depuis déjà quelques années, mais j’ai préféré avoir plus d’expérience en exerçant mon métier là où je l’ai appris. J’ai été jusqu’à entamer des recherches dans mon domaine.
    - Parfait. Et que comptes-tu faire maintenant ?
    - Rien de sorcier. Je vais ouvrir un cabinet. Je pense que les psychologues ne courent pas les rues dans notre ville.
    - Non, je ne le crois pas. Et même si c’est le cas, c’est toujours le meilleur qui sort du lot. Avec ton expérience, tu t’en sortiras très bien.
    Il se gratte la tête avant d’ajouter :
    - Tu peux bien sûr compter sur moi pour t’aider, mais je ne suis pas le seul décideur. Tu comprends bien que ta belle-mère partage ma vie depuis bien longtemps maintenant, et qu’elle a des droits sur nos biens.
    Azad allait riposter lorsque la porte du salon s’ouvrit. Une femme très élégante et d’apparence encore jeune s’avance vers eux :
    - Tiens, tu es là, lance-t-elle d’une voix forte et autoritaire en s’adressant à Azad.
    Le jeune homme se lève et l’embrasse sur les deux joues.
    - Bonjour. Comment vas-tu ?
    - Moi, je vais bien. Enfin jusqu’à aujourd’hui. J’espère que tu ne reviens pas pour nous créer encore des ennuis, je n’ai plus l’âge de supporter tes caprices.
    Azad ouvrit la bouche pour répondre, mais son père intervient :
    - Allons Zahia. Le petit vient à peine de rentrer de son long exil, tu pourrais être un peu plus aimable quand même.
    Elle hausse les épaules et vint se mettre à côté de son mari :
    - On verra. S’il se tient tranquille je serai plus aimable, sinon…
    Azad l’interrompt :
    - Je n’ai pas du tout l’intention de m’éterniser sous votre toit.
    - Pourquoi pas ? Après tout, tu es chez ton père.
    - Pas exactement.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 4e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle le regarde d’un air hautain avant de hausser les épaules :
    -C’est comme tu veux.
    -Zahia, Zahia…
    Son père tentait de minimiser les
    dégâts :
    -Zahia, laisse le petit se reposer. Nous aurons tout le temps de discuter plus tard.
    Katia vint déposer du café et des gâteaux secs sur la petite table. Elle sert tout le monde avant de s’asseoir près de sa mère.
    Azad la trouve très mignonne dans sa robe d’intérieur. Katia était encore une adolescente, se dit-il. L’âge des rêves.
    Elle, au moins, n’aura pas à affronter les colères de son père ni les remontrances de sa mère. Elle était née pour être heureuse !
    Son père met une main protectrice sur son
    épaule :
    - Je ne sais pas quoi te dire Azad. Mais si tu comptes te lancer dans tes projets, il vaudrait mieux s’y mettre le plus tôt possible.
    - Je l’espère bien.
    - Quels projet ?
    Zahia n’aimait pas se sentir à l’écart dans les conversations. Azad la connaissait bien. Elle aimait fouiner dans la vie des autres et se sentir plus qu’indispensable.
    Contrairement à son père, sa belle-mère n’avait pas trop changé. Elle avait conservé sa vivacité, son élégance et son autorité.
    Azad s’en voulait d’avoir renoué avec sa famille. Il connaissait pourtant les sentiments que nourrissait sa belle-mère à son égard.
    Il repense à sa mère. Elle était si belle, si douce. Si attentive à ses désirs.
    Il se passe une main sur son visage. La mort était venue la faucher, alors qu’il avait encore besoin d’elle.
    -Alors Azad, tu ne vas tout de même pas rester les bras croisés.
    -Non. Bien sûr que non. Dès demain, je vais me mettre à la recherche d’un cabinet. Je vois que le quartier a bien changé. Peut-être y trouverais-je un appartement.
    - C’est possible.
    Azad lève les yeux vers sa sœur qui ébauche un sourire :
    -Il y a un immeuble tout neuf pas trop loin de mon lycée. Je sais qu’on y loue des apparts. Plusieurs de nos enseignants y habitent.
    -Merci Katia. Tu m’y accompagneras ?
    Elle hoche la tête :
    -Bien sûr.
    Son père lui donne une tape dans le dos :
    -Tu vois Azad. Même ta sœur veut
    t’aider.
    Azad garde le silence. Il sirotait son café noir, tout en regardant autour de lui. Tout avait changé dans la maison. Le salon avait été remeublé.
    Les tapis semblaient tout neufs, et les bibelots étaient luxueux. Des photos trônaient sur la bibliothèque. Il y avait celle de son père. Une autre de Katia.
    Une troisième de sa belle-mère avec un bébé dans les bras. Une photo qui a été prise à la naissance de sa sœur. Plus haut sur une autre étagère, il y avait d’autres photos de famille.
    Azad tente de reconnaître quelques visages. En vain. La famille de sa belle-mère avait repris le dessus. Il n’y avait aucune photo de lui, encore moins de sa mère. Même la photo de sa grand-mère avait disparu.
    - à quoi penses-tu ?
    Son père avait probablement suivi son regard.
    - à rien, père. Je voulais juste me remémorer quelques souvenirs de famille.
    Sa belle-mère le toise d’un air qui en disait long sur ses pensées :
    - La famille ? Tu parles ! Tu as bien passé des années de l’autre côté de la mer sans te préoccuper ni de nous ni de qui que ce soit.
    Azad sentait une boule se former dans sa gorge. S’il était parti c’était par sa faute. Il aurait tant aimé rester auprès des siens et faire ses études dans son pays. Hélas !
    Il ne pouvait plus supporter le regard accusateur de son père et les jérémiades de sa belle-mère.
    Les jeux étaient faits, le jour où son père avait ramené cette sorcière à la maison.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 5e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad se passe la main sur le visage, cela faisait presque vingt années. Il venait tout juste de boucler ses douze ans.
    L’animosité de sa marâtre envers lui n’avait d’égale que sa méchanceté. Elle était d’une arrogance et d’une perfidie inégalables.
    Une fois qu’elle avait pris possession des lieux, elle avait sommé son père de le mettre dans un internat. Elle ne voulait pas élever l’enfant d’une autre. Il devait choisir entre elle et lui.
    Son père ne s’était pas fait prier pour exécuter les ordres de celle qui, désormais, était la maîtresse de maison.
    Azad avait protesté. Il ne voulait pas quitter sa chambre ni vivre loin des lieux où sa mère avait vécu. Il avait pleuré, supplié, crié, mais son père avait tenu bon. Il avait été jusqu’à le menacer de le jeter au chien s’il s’obstinait à s’entêter.
    La mort dans l’âme, Azad avait ramassé ses affaires et quelques photos de sa mère. Il n’avait plus de place dans cette maison qui l’avait vu naître, et où il s’était senti si heureux auprès de celle qui n’avait vécu que pour lui.
    - Tu peux monter dans ta chambre si tu veux te reposer. Nous t’appellerons pour le dîner.
    Azad sursaute puis se reprend. Sa chambre ? Il avait encore sa chambre ?
    - Pas ta chambre d’enfant. C’est la chambre de Katia. Tu pourras occuper la chambre d’amis, lui lance sèchement sa marâtre.
    Azad jette un coup d’œil à son père. Son air autoritaire s’effaçait toujours devant sa femme. Il était si faible devant elle, si vulnérable.
    - Cela ne te dérange pas Azad, n’est-ce pas ?, lui demande-t-il.
    Il hausse les épaules :
    - Pas le moins du monde. C’est une question de quelques jours.
    - Tu pourras rester autant que tu voudras. Tu es chez toi tout de même.
    La marâtre ouvrit la bouche toute grande pour dire quelque chose, mais Azad la devance :
    - Non, non, je te remercie. Je vais tâcher de trouver rapidement un appartement. J’aimerais être plutôt chez moi là où je l’entends.
    Zahia se ravisa :
    - Bien pensé. Tu vois Tahar, ce jeune homme a tellement vécu ailleurs qu’il s’est imprégné des valeurs d’autrui. Il ne veut pas vivre sous le même toit que ses parents. Il veut garder son indépendance.
    Azad se lève :
    - Je me sens fatigué. Je vais monter me reposer un moment. Veux-tu m’accompagner Katia ? Je ne sais plus où se trouve la chambre d’amis.
    Sa marâtre lui jette un regard foudroyant, mais son père hoche la tête :
    - C’est vrai. Nous avons apporté quelques aménagements dans la maison. Va Katia, montre à ton frère sa chambre.
    La jeune fille se lève en souriant et indique de sa main la porte du salon :
    - La sortie est par là, grand frère.
    Amusé par la désinvolture de sa sœur, Azad sourit à son tour :
    - Je connais le chemin jusque-là, mais ensuite…
    Elle le précède dans le hall, et à peine le seuil du salon franchi, Azad entendit des éclats de voix. Son père aura fort à faire pour calmer la colère de Zahia. Cette dernière ne s’était pas gênée pour se montrer sous son vrai jour. Azad savait qu’elle ne l’aimait pas. Elle ne l’avait jamais aimé d’ailleurs. Ni le temps, ni la distance, ni son long silence n’avaient pu diminuer son animosité à son égard.
    Comme si elle lisait dans ses pensées, Katia lance d’une petite voix :
    - Je suis contente que tu sois là, moi.
    - Merci. Moi aussi je suis content de te retrouver petite sœur.
    Elle sourit, heureuse :
    - Désormais, je me sentirais moins seule.
    - Tu te sens seule ?
    - Des fois, oui.
    - Pourtant tu vis avec tes deux parents dans cette maison. Ta mère semble très proche de toi.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 6e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle secoue la tête d’un air affligé :
    - Ce n’est pas toujours le cas. Maman aime sortir, recevoir des amis, voyager, faire du shopping, etc. Le reste lui importe peu. Elle trouve que je suis trop jeune pour l’accompagner dans ses sorties mondaines. J’ai tout de même pu faire deux voyages avec elle. Le premier lorsque j’ai décroché mon passage au lycée, et le second l’année dernière.
    - Et papa ?
    Elle hausse les épaules :
    - Il suit les instructions de maman. Moi je viens en seconde phase.
    Azad sentit son cœur se serrer. Sa sœur souffre du même syndrome que lui : le manque d’affection. Et pourtant, il pensait que ce n’était pas le cas :
    - Tout à l’heure au salon, lorsque tu servais le café, je te voyais heureuse. Je me disais que… que tu devrais l’être…
    Elle s’arrête et se retourne vers lui :
    - Je ne suis pas malheureuse… enfin… je pense qu’il y a des filles qui vivent des situations plus dramatiques.
    Azad la prend par les épaules et la contemple. Elle avait les traits réguliers et un visage si innocent.
    - Maintenant je suis là petite sœur… Je veillerai sur toi.
    Elle se met à rire, heureuse et détendue.
    Ils étaient arrivés au haut de l’escalier, et elle le précède vers une chambre au fond du couloir :
    - C’est là… c’est la chambre d’amis. Maman vient de refaire la tapisserie et l’ameublement.
    Une odeur de bois frais embaumait l’atmosphère. Azad dépose ses bagages au bas du grand lit en bois qui trônait au milieu de la chambre, et jette un regard autour de lui.
    Tout était en ordre. Chaque meuble était à sa place, et une brise légère soulevait le rideau de la fenêtre restée grande ouverte.
    Il ouvrit un placard et constate qu’il y avait des cintres dans la penderie. Il ôte alors son blouson et le suspendit avant de se laisser tomber sur le lit. En face de lui trônait une commode sur laquelle on avait déposé un grand vase plein de fleurs.
    Il se retourne vers sa sœur :
    - C’est toi ?
    Elle hoche la tête en souriant :
    - Une manière de te souhaiter la bienvenue. J’espère que tu aimes les fleurs…
    - Qui n’aime pas les fleurs ?
    Il se lève et lui chatouille la joue :
    - Merci… moi aussi j’ai quelque chose pour toi.
    Elle battit des mains :
    - C’est vrai ?
    Il ouvrit son sac de voyage et en ressortit un petit écrin :
    - Je ne connais pas tes goûts, mais je crois que ça te plaira.
    Katia s’empare de la petite boîte et l’ouvrit pour découvrir une jolie chaîne fine, rehaussée d’un pendentif en perle de culture.
    Elle porte une main à sa bouche et demeure muette quelques secondes avant de s’écrier :
    - Elle est magnifique… Elle est magnifique, Azad.
    Elle lui saute au cou et il la serre contre lui. Il sentit à ce moment qu’il n’était plus seul… Il avait une sœur qui l’aimait et qu’il va sûrement adorer. Ensemble, ils sauront affronter les aléas de ce bas monde.
    Bien qu’elle soit plus jeune que lui de plusieurs années, elle pourrait être celle sur laquelle il pourra compter. Elle va grandir et devenir une belle femme. Il veillera sur elle comme sur la prunelle de ses yeux afin qu’elle soit heureuse… qu’elle ne rate pas sa vie !
    Il la repousse gentiment et lui sourit :
    - Cela me fait plaisir de constater que ce petit cadeau te plaît.
    Il lui fait un clin d’œil :
    - C’est le premier cadeau que tu reçois de moi, et je te promets que ce ne sera pas le dernier.
    - Merci… Oh ! Merci Azad.

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 7e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Pour son père, il avait fait l’effort d’acheter une montre en or, et pour sa belle-mère une bague. Il ne pouvait acheter autre chose que des bijoux, il ne connaissait ni les goût vestimentaires de ses parents, ni leurs tendances. Les bijoux peuvent passer. C’est toujours ce qu’on offre de mieux lorsqu’on a les moyens.
    - C’était comment quand tu vivais en France ?
    Il se rendit compte que sa sœur était encore là et la fait asseoir auprès de lui avant de répondre :
    - C’était dur, très dur, au début surtout mais j’ai tenu bon, j’ai bossé, j’ai traversé le désert. J’ai enfin pu décrocher mes diplômes. Je suis arrivé à mon but. Bien après, lorsque j’ai commencé à exercer comme psychologue dans un grand hôpital privé, j’ai compris que l’être humain, dans sa recherche du bonheur, demeure insatiable. Parfois, on a tout ce dont on peut rêver, mais on n’est pas heureux. Finalement c’est quoi le bonheur ?
    Elle hausse les épaules :
    - Je ne sais pas Azad.
    Il soupire :
    -Il pourra se résumer à deux choses : l’amour et une bonne santé. Ces deux facteurs sont l’essentiel dans la vie d’un être humain, le reste importe peu. Ni l’argent, ni la célébrité, ni aucune autre chose au monde ne pourra contribuer à faire de lui un être
    heureux.
    Il se passe une main dans les cheveux :
    - J’ai mis du temps pour le comprendre, mais le jour où la vérité s’est montré à moi dans toute sa nudité, j’ai su que j’avais élucidé un mystère, celui du bonheur sur terre.
    Il sourit :
    - Tu es trop jeune encore pour comprendre tout ça petite sœur mais bientôt, je t’enseignerais les notions modernes de la psychologie.Tu verras qu’il suffit de peu pour arriver à rendre un être heureux.
    - Je suis déjà heureuse de te savoir avec nous, Azad.
    - Moi aussi, mais en dehors de moi, es-tu un peu plus proche de notre père ?
    Elle baisse les yeux :
    - Pas vraiment, il est tout le temps occupé dans son bureau. Certes, il me gâte à sa manière : il me donne de l’argent pour aller m’acheter ce dont j’ai envie, il pense à mes anniversaires, m’offre des cadeaux.
    - Une façon de se disculper. Je crois qu’il n’arrivera jamais à aimer quelqu’un.
    - Pourquoi dis-tu cela ?
    - Oh, c’est un peu difficile à t’expliquer. N’oublie pas que c’est mon père à moi aussi, n’empêche qu’il ne s’est jamais inquiété de mon sort. Cela fait plus de dix années depuis que j’ai quitté la maison, il ne m’a jamais contacté ou écrit. J’ai tenté de donner de mes nouvelles de temps à autre, disons que c’était pour ne pas couper carrément les ponts.
    - Je comprends.
    - Il n’a pas l’air heureux de me revoir non plus aujourd‘hui. Je me suis senti comme cet invité qui arrive au mauvais moment chez des gens qui se sentaient dans l’obligation de le recevoir.
    Katia garde le silence. Azad avait compris qu’elle ne pouvait lui révéler certaines choses…D’ailleurs il ne voulait rien savoir. Il savait déjà tout, et puis quel vilain homme il était. Que pouvait-il donc espérer ? Que sa sœur lui rapporte les conversations de ses parents à son sujet ?
    Il lui donne une tape sur le dos :
    - Je vais tâcher de dormir un peu. Vous dînez à quelle heure?
    - Vingt-et-une heures.
    - Bien, alors tu m’appelleras.
    - Compte sur moi.
    Elle tire sur la petite chaîne en or, qu’elle avait mise autour de son cou :
    - Merci, merci encore Azad pour ce magnifique bijou.
    Elle sortit et referma la porte derrière elle.
    Azad s’allonge sur son lit et fixe le plafond un moment. Il pensait passer quelques jours sous le toit de son père. Du moins jusqu’à ce qu’il s’installe ailleurs, mais tout compte fait, il préférera dénicher un appartement le plus tôt possible afin de quitter les lieux rapidement. Pourra-t-il supporter davantage le regard désapprobateur de sa belle-mère et le mépris de son père ?
    Il se rappelle son adolescence, et le vide affectif dont il avait souffert, et qui l’avait tant marqué.
    Ce n’était pas par hasard, qu’il avait opté pour des études en psychologie…Il voulait découvrir les tréfonds fort complexes de l’âme humaine. Dieu avait voulu mettre en chaque être humain une conscience afin que ce dernier comprenne ses limites vis-à-vis de ses semblables.
    Hélas, ce n’était pas tout le monde qui ressentait les remords de la conscience, beaucoup de gens cachent leurs méfaits derrière une carapace d’ignorance. Savent-ils au moins qu’ils étaient dotés d’une conscience ?

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 8e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Le jeune homme s’étire.
    Il avait toujours pensé que le sommeil était une échappatoire à ses maux. Mais ce n’était pas le cas. Pis encore, lorsqu’il s’endormait, il touchait plus vivement la profondeur de ses blessures internes. Il faisait parfois des cauchemars qui le réveillaient en sursaut. Alors, comme il ne voulait pas user de somnifères, il tentait de calmer ses frayeurs par une fuite en avant. Souvent il trouvait refuge dans des forums sur Internet.
    C’est incroyable ce que les “inconnus” pouvaient raconter. Chacun tentait de purger sa peine en étalant ses maux sur la toile… Il y avait même certains qui tentaient de trouver des solutions à leurs situations.
    Une fois, il se le rappelle bien maintenant, une femme avait tenté de mettre fin à ses jours. Un mot dans le forum, et tous les internautes branchés ce jour-là s’étaient mis à lancer des mises en garde ou des mots apaisants. Grâce à toute cette solidarité, le message de la femme avait été capté et localisé, et les secours étaient arrivés juste à temps pour l’empêcher de se jeter dans le vide.
    Azad rouvrit les yeux. Il se relève et s’appuie sur un coude en tendant l’oreille. Des éclats de voix lui parvenaient, sa belle-mère était en train de sermonner Katia. Il entendit sa sœur sangloter. Que se passe-t-il ? Etait-il à l’origine de cette dispute ?
    Un moment plus tard, il n’entendit plus rien, le calme était revenu dans la maison. De sa fenêtre restée grande ouverte, il entendit le moteur d’un véhicule, il n’eut aucun doute : sa belle-mère était sortie.
    Il se rallonge et prend une revue qu’il se met et à feuilleter d’un air distrait. Non, il ne fera pas long feu dans cette maison où il étouffait. Il n’était plus un enfant, aujourd’hui il est adulte et responsable. Il prendra sa vie en charge et saura dévier les mauvaises intentions de sa belle-mère.
    Sans s’en rendre compte, il s’endormit. Et cette fois-ci aucun cauchemar ne vint provoquer son sommeil, il était revenu sur les “lieux du crime”.
    Il avait l’impression de planer au dessus des cieux et des montagnes, il se sentait léger et si insoucieux qu’il tentait de maintenir son équilibre en apesanteur.
    Il regarde en-dessous des nuages et remarque que les pigeons émigraient vers d’autres lieux… En fait, il ne savait même pas où il se trouvait, ni pourquoi ni comment il était arrivé à voler si haut. Mais peu lui importait, il était heureux, et c’était l’essentiel.
    Il entendit un bruit… Des coups qui résonnaient à ses oreilles. Il relève la tête pour voir d’où cela venait et ouvrit tout grand les yeux. Un plafond blanc décoré de rosaces et un lustre. Il eut du mal à se rappeler où il était. Puis la mémoire lui revint, il était dans sa chambre, et les coups venaient de la porte.
    Il se lèvre promptement et ouvrit. C’était Katia :
    - Azad, on t’attend pour le dîner, tu pourras nous rejoindre dans une dizaine de minutes.
    Il se frotte les yeux et sourit :
    - Très bien Katia, où est la salle de bain ?
    Elle tendit son bras :
    - C’est par là, tu ne te rappelles donc plus ?
    - Si, mais comme on avait tout changé dans la maison…
    Il s’empare de sa trousse de toilette et s’enferme un moment dans la salle de bains, avant de revenir dans sa chambre pour se changer et se donner un coup de peigne.
    Il remarque sur la coiffeuse les deux écrins qui comportaient les cadeaux destinés à son père et à sa belle-mère. Va-t-il les prendre avec lui et les leur offrir durant le dîner ?
    Il hésite un moment puis décide de les mettre dans la poche de son blouson…
    A pas de loup, il descendit les escaliers.
    Il entendit des voix dans la cuisine. Sa belle- mère discutait avec Katia, mais son père lisait le journal dans la salle à manger, en attendant que le dîner soit servi.
    Azad donne un léger coup à la porte de la pièce. Son père relève les yeux et lui fait signe d’avancer :
    - Alors, tu t’es reposé ?
    - Oui, assez.
    - Nous allons dîner, et puis nous irons prendre le thé au salon.
    Il lui tendit le journal :
    - Un coup d’œil sur les nouvelles du soir ?
    Pour masquer sa gêne, Azad s’empare du journal et se met à lire furtivement les grands titres. En France, il suivait régulièrement les nouvelles du pays, cela lui permettait d’être au courant de tout ce qui s’y passait. L’économie, la politique, les grands projets de l’heure, etc. Tous les évènements l’intéressaient.
    - Il n’y a rien de neuf, c’est tout juste du réchauffé.

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 9e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Son père voulait vraisemblablement trouver un sujet de conversation.
    Azad dépose le journal et lance :
    - Je trouve que le pays avance à grands pas.
    - Moi je ne trouve pas.
    - Voyons père, il y a eu un tas de projets réalisés ces dernières années.
    Son père secoue la tête :
    - Certes, mais il y a eu beaucoup d’entraves aux grandes réalisations prévues.
    - Qu’à cela ne tienne, la nouvelle génération relèvera le défi. Nous sommes mieux avisés aujourd’hui.
    - Tu crois ?
    Azad fait la moue :
    - Il y a toujours beaucoup de volonté chez nos jeunes, il suffirait de leur tendre la main.
    - Hum… Nous étions jeunes nous aussi. Personne ne nous a tendu la main. Nous nous sommes forgés tout seuls.
    - Ce n’est pas pareil. Pas pareil du tout. A chaque génération ses préoccupations et ses ambitions. Ta génération était une fierté. Vous avez pris les rênes du pays en main afin de le lancer sur la voie du développement. Nous sommes là aujourd’hui, nous la nouvelle génération, afin de continuer l’œuvre de nos aînés.
    Son père hoche la tête :
    - C’est ce que tout le monde raconte. Moi je n’en crois pas un mot.
    - Pourquoi donc ?
    - Tout simplement, parce que la jeunesse veut se propulser dans le futur sans trop de mal. Les jeunes rêvent devant les écrans de télé et sur internet. Ils pensent que tout ce qui se fait ailleurs va se faire chez eux sans qu’ils lèvent le petit doigt.
    - Excuse-moi père, mais tu te trompes. Tu te trompes complètement.
    Son père se retourne vers lui et le regarde dans les yeux :
    - Moi, je ne me trompe jamais. Jamais fiston.
    Azad se tut. Il avait compris que son père voulait lui lancer un message. Un message lourd de sens.
    C’était clair, il ne va pas lever le petit doigt pour l’aider. C’est ce qu’il insinuait à travers ces phrases maquillées qu’il savait balancer lorsqu’il sentait qu’il perdait la partie.
    La table était dressée. Katia vint déposer une soupière et la corbeille de pain.
    - Le dîner est prêt…
    Elle sourit en regardant Azad :
    - Comme tu es notre invité ce soir, je vais commencer par te servir. Allez, tends ton assiette.
    Azad s’exécute. La soupe était fumante et sentait bon les herbes fraîches.
    Il s’empare d’un morceau de pain et commence à manger. Katia s’installe en face de lui. Elle avait servi son père et rempli une autre assiette à côté d’elle pour sa mère.
    - Où est ta mère ?
    - Dans la cuisine papa, elle est en train de retirer le poisson du four.
    - Dis-lui donc de se joindre à nous.
    - Je suis là.
    Ils se retournèrent tous en même temps. Zahia vint se mettre à table et jette un regard autour d’elle :
    - Alors Azad, ma soupe te plaît ?
    - C’est vraiment bon. Cela fait des lustres que je n’en ai pas mangé pareille.
    - Hum… Je vois. Sous d’autres cieux tu te gavais de hamburgers et autres repas froids.
    - Non, pas spécialement. J’ai appris à cuisiner. Tout au début de mes études, j’ai travaillé dans un restaurant.
    -Ah ! voilà qui est bon à savoir. Donc tu as réellement galéré.
    - Oui, beaucoup même. J’ai touché un peu à tout comme tous les étudiants.
    - Pas tous les étudiants. Disons plutôt ceux qui n’avaient pas des parents aisés pour payer leurs études.
    Azad sentit la moutarde lui monter au nez. Son père était aisé et n’avait jamais voulu l’aider.
    Le jeune homme dépose sa cuillère :
    - Même les étudiants dont les parents sont aisés préfèrent l’indépendance financière. Là-bas, c’est tout le monde qui tente de gagner sa vie le plus tôt possible. Mes camarades de promo travaillaient pour la plupart et parfois dans des conditions très dures.
    - Comme toi.
    - Tout à fait. Je ne m’en plains pas. C’était une bonne école. On apprend très vite à ne compter que sur soi, puisque pour les autres on n’existait plus.
    Elle devint cramoisie :
    - Que veux-tu insinuer par là ?
    - Mais rien du tout. Je disais juste que…
    Elle donne une tape sur la table et son mari lève le bras :
    - Arrête Zahia ! Pourquoi provoques-tu le petit ?

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 10e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Pour la énième fois, son père utilisait le terme “petit”. Est-ce pour lui démontrer que pour lui, il était encore cet enfant qu’il pouvait manipuler
    à sa guise ?
    Azad l’interrompt d’une voix ferme :
    - Pardon père, je t’apprends que j’ai 32 ans. A mon âge, tu étais déjà marié à ma mère, et tu m’avais.
    - Heu…oui, c’est vrai, mais où est le problème ?
    - Je n’aime pas entendre le mot “petit”, voilà tout.
    Zahia s’insurge :
    - Tu vois Tahar, tu vois comme il est ingrat, même pas de respect pour son père. Quant à moi…
    Azad la coupe :
    - Je pense que je n’ai manqué de respect à personne. Cela fait plus de dix années que je n’ai pas remis les pieds dans cette maison, Je viens à peine d’atterrir, je n’ai donc pas eu le temps ni de manquer de respect ni de faire quoi que ce soit.
    Sa belle-mère le toise avant de se lever :
    - Je vais chercher le poisson. Katia, change les assiettes.
    La jeune fille passe derrière son frère et lui serre l’épaule affectueusement :
    - Ne fais pas trop attention à maman. Elle est comme ça, toujours sur la défensive.
    Azad lui sourit. Katia était le seul rayon de joie dans la maison. Sans elle, il n’aurait pas pu tarder davantage. D’ici demain, il avisera. Plus tôt il trouvera un appartement, et plus vite il quittera les lieux.
    Sa belle-mère revint avec le plat de poisson accompagné de tranches de pommes de terre et d’oignons.
    - Hum… Zahia, ça sent bon, ne nous fais pas donc languir davantage.
    Tahar tendit son assiette, et obtint une belle tranche de poisson et des pommes de terre arrosées de sauce.
    Azad tendit la sienne aussi, mais sa belle- mère dépose le plat sur la table et demande à Katia de servir son frère.
    Offusqué, Azad se retint de ne pas quitter la table. Il rencontre le regard suppliant de sa sœur et se ravisa en tendant son assiette.
    - Maman cuisine bien. Tu vois, elle est toujours cordon-bleu.
    - Ma mère aussi cuisinait très bien.
    Il avait débité cette phrase sans trop réfléchir. Son père s’arrête de mâcher et lui lance un regard mauvais, alors que sa belle-mère lance d’une voix aigre :
    - Comment le sais tu ? Tu te rappelles à peine ses traits.
    Azad sourit d’un air dégagé :
    - Je me rappelle très bien ma maman, j’avais tout de même plus de sept ans lorsqu’elle nous a quittés.
    Zahia regarde son mari et ce dernier juge opportun de dire :
    - Azad, ta mère a disparu voilà un quart de siècle. Pourquoi l’évoquer ce soir ?
    Le jeune homme hausse les épaules.
    Il voulait juste remettre sa marâtre à sa place.
    Son père poursuit :
    - Que Dieu ait son âme, mon fils.
    - Je n’ai rien dit de mal. Elle était elle aussi une très bonne cuisinière. Un cordon-bleu, n’est ce pas, papa ?
    Pour toute réponse son père se remet à manger. Il ne voulait pas envenimer les choses. Il avait oublié sa première femme depuis longtemps.
    Zahia se lève et revint avec une corbeille de fruits. Elle avait marqué le point. Elle ne voulait pas trop tarder à table.
    Azad termine rapidement le contenu de son assiette et prend une pomme. Son père l’imite et tous les deux demeurèrent à table, alors que Katia et Zahia débarrassaient.
    Ils terminèrent leur dessert et se retirèrent au salon. Katia vint leur servir un thé. Elle rejognit ensuite sa mère dans la cuisine pour faire la vaisselle.

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 11e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad se met à siroter sa boisson d’un air dégagé. Son père, qui s’était mis à côté de lui, chuchote :
    - Azad, tant que tu es sous mon toit, tente de bien te conduire, tu sais bien que je n’aime pas les mauvaises surprises.
    - Quelles mauvaises surprises, père ?
    Il se gratte la tête et regarde en direction de la porte avant de répondre :
    - Tu connais ta marâtre, elle n’aime pas qu’on la contrarie. Je ne t’ai pas raconté… Heu… il y a quelques années de çà, elle a frôlé une dépression.
    - Une dépression ? Pourquoi ?
    - Oh ! Moi-même, je n’ai rien compris. Elle avait eu un petit accident sur l’autoroute, et cela avait suffit pour être le facteur déclenchant de tout un marasme. Elle ne faisait que pleurer sans raison. Elle avait développé des phobies inexplicables, comme la peur de mourir, de contracter une maladie, ou de devenir folle. Cela avait pris beaucoup de temps. Des années je dirais. J’ai dû la faire suivre par un ami psychiatre qui lui avait prescrit des antidépresseurs. Une longue thérapie fut nécessaire avant qu’elle ne daigne remonter la pente.
    - Eh maintenant ?
    - Eh bien, maintenant je tente de la ménager au maximum. Elle doit s’extérioriser, se défouler si on veut. Je la laisse mener la barque à sa guise. Je… je n’aimerais pas la perdre, tu comprends ?
    Azad hoche la tête :
    - Je saisis amplement tes appréhensions père, tu as peur de te retrouver seul.
    Tahar ne répondit pas. Son fils était psychologue. Il n’avait rien à lui montrer. Afin d’éviter que le sujet ne s’éternise, il demande :
    - Crois-tu que ta marâtre est totalement sortie d’affaire ?
    Azad sourit :
    - A la voir telle qu’elle est aujourd’hui, je pense que oui. Elle a toujours été autoritaire.
    - Ce qui ne l’a pas empêchée de déprimer.
    - Tout le monde passe par une crise existentielle au moins une fois dans sa vie. L’horloge humaine a des raisons qu’on n’arrivera jamais à élucider. Il y a, comme cela, des passages à vide et sans explications.
    Il s’arrête, puis rajoute :
    - Je crois que c’est le remords…
    - Hein… ?
    - Oui. Zahia souffre de ses actes…
    Son père jette encore un regard à la porte du salon :
    - Chut… pas si fort, elle pourrait t’entendre.
    Azad sourit :
    - Et alors, je lui donne la clé de la thérapie la plus efficace qui soit : la reconnaissance de ses mauvaises actions. Elle doit tout d’abord apurer sa conscience.
    Tahar se tut. Il était à court d’arguments pour disculper sa femme. Azad le prend en pitié. Il met sa main dans la poche de son blouson et retire l’écrin en velours qu’iI tendit à son père :
    - Un petit souvenir…
    Stupéfait par ce geste inattendu, Tahar prend l’écrin en silence et l’ouvrit :
    - Oh ! Quelle merveille ! Cette montre doit coûter une petite fortune, elle est de grande marque.
    - L’argent ne compte pas quand on peut en retour recevoir un peu d’affection.
    La remarque était acerbe. Son père se pince les lèvres. L’amère réalité s’imposait aujourd’hui. Son propre fils lui reprochait sa conduite et lui démontrait ses faiblesses.
    Pour ne pas se laisser aller, il tente de prendre un air autoritaire :
    - Je ne suis pas ce que tu crois, non j’ai changé depuis longtemps.
    Azad ne voulut pas riposter. Son père a changé pour se faire mener par le bout du nez par sa femme.
    Quant à lui, il lui en avait montré de toutes les couleurs. A quoi cela servira-t-il aujourd’hui de revenir sur le passé ? Vaut mieux tourner la page et effacer les mauvais souvenirs qui empoisonnent son existence.
    Il met une main apaisante sur le bras de son père :

    - Je suis content que la montre te plaise.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 12e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle hoche la tête :
    - J’en connais un bout. L’année dernière, nous avons passé le jour de l’an à Paris moi et maman.
    - Et encore. Vous étiez sûrement dans un hôtel confortable et bien chauffé.
    - Oui, mais cela ne nous a pas empêchées de grelotter dans nos manteaux dès que nous mettions le nez dehors. Je te jure que même ma morve s’était gelée.
    Azad rit :
    - Pas autant que la mienne.
    Il pousse un soupir :
    - Un jour, j’ai travaillé jusqu’à une heure tardive dans un restaurant, où j’étais affecté tous les soirs à la corvée de vaisselle. Il était un peu plus de minuit lorsque j’ai terminé le travail. A cette heure-ci, et avec le froid qui sévissait, il n’y avait pas un chat dehors. Les rares automobilistes que je croisais passaient en trombe devant moi. Je tentais de faire de l’auto-stop afin d’arriver rapidement à la station du métro, mais personne ne daigna s’arrêter. Alors, tu imagines, j’étais obligé de faire la trotte à pied. Je ne pourrais jamais te décrire le froid piquant qui pénétrait dans mes os et gelait mon sang. Je ne sentais plus mes membres. Mes jambes devinrent si engourdies que j’étais obligé de les traîner en m’accrochant aux façades. Mes mains gantées devenaient de plus en plus insensibles, tandis mes sens ne me servaient plus à rien. Je ne voyais pas à deux mètres devant moi, mon nez était bouché par la morve qui s’était gelée dans ses narines, mes dents claquaient et mes lèvres devinrent bleues et sèches. J’ai cru que ma dernière heure était arrivée. Je me suis traîné jusqu’à une arcade et je me suis laissé tomber sur un carton. Un clochard avait allumé un feu. Il s’était mis à rire en me voyant et m’avait tendu sa bouteille de vin. Je n’avais jamais pris d’alcool. Je ne voulut pas de sa bouteille de vin, mais je lui demandais de me laisser me réchauffer devant son feu.
    C’est grâce à cette chaleur que j’ai pu réchauffer mon corps ankylosé. Je n’étais plus loin du métro. Une fois que mon sang s’était remis à circuler dans mes veines, j’ai couru plus que je n’ai marché jusqu’à la station, avant de m’y engouffrer comme un vagabond. Je suis arrivé chez moi comme une loque.Katia avait suivi la conversation sans interrompre son frère. Elle semblait captivée par son récit. Une réalité qu’elle ne connaissait pas, et qu’elle ne connaîtra probablement jamais. Ce qu’elle avait compris, c’est que son frère avait souffert. Il avait souffert, bien plus qu’il ne pouvait le raconter.
    Il avait terminé son petit-déjeuner, et pour l’empêcher de se remémorer davantage ses malheurs passés, Katia se lève :
    - Je crois qu’il est temps de partir.
    - Ton lycée est loin d’ici ?
    - Pas vraiment. Disons à trois kilomètres environ. Je prends le bus, mais quand j’ai un peu de temps devant moi, je préfère marcher.
    Azad sourit :
    - Tu es une brave fille, petite sœur. Je crois que je vais devoir louer un véhicule. Je ne pourrais pas attendre à chaque fois les bus dans une station pour me déplacer. Mon temps est trop précieux.
    - Oui. Je crois que ce serait la meilleure solution pour toi.
    - Ainsi, je pourrais te déposer à ton
    lycée.
    - Avec plaisir.
    Elle sourit :
    - Mais aujourd’hui tu vas devoir me suivre et monter dans le bus.
    - Aucun problème. Où se trouve la
    station ?
    - Juste en face.
    - Bien, allons-y alors.
    Le bus était bondé. Azad eut du mal à se frayer un chemin à travers cette foule dense et pressée. Chacun voulait monter et chacun voulait s’asseoir. Pourtant les places assises étaient déjà occupées et il y avait même de vieilles personnes et des femmes enceintes debout.
    Il pousse Katia devant lui :
    - Tiens-toi près de moi, comme ça personne ne te bousculera.
    Elle sourit :
    - Cela fait des années, grand frère, que je prends le bus pour me rendre au
    lycée.
    - Je sais, mais aujourd’hui je suis avec toi. Je suis là pour te protéger de cette foule agressive.

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 14e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle le regarde et sourit encore :
    - Je suis assez grande pour me
    protéger.
    - Pas encore assez pour deviner les intentions de quelques énergumènes.
    Il avait vu juste. Quelques petits voyous ne trouvaient rien de mieux que de se coller à des jeunes filles sans défense. Un stratagème pour leur arracher leurs bijoux ou leurs sacs à la descente. Un regard circulaire avait suffi à Azad pour comprendre ce phénomène.
    Katia suit son conseil et se tint à côté de lui. Ils arrivèrent bientôt à destination.
    Azad remarque que quelques jeunes lycéennes au portail du lycée le regardaient intensément.
    - Pourquoi me regardent-elles?
    Elles doivent penser que tu es mon petit ami. Comme tu es bel homme, je dois faire des envieuses.
    Il rit :
    - Il est vrai qu’elles ne me connaissent pas.
    - Ne t’en fais donc pas, ici les nouvelles vont vite.
    Elle tendit son index et montre un immeuble non loin du lycée :
    - Tu vois cette bâtisse à l’intersection ?
    - Tu veux dire cet immeuble à l’architecture moderne ?
    - C’est bien ça. Tu vas te présenter au rez-de-chaussée, il y a une loge. Un réceptionniste te donnera tous les renseignements dont tu as besoin et te fera peut-être aussi visiter les appartements vacants. Je crois que le promoteur a un bureau au centre-ville, mais je ne connais pas l’adresse exacte.
    Azad serre le bras de sa sœur :
    - Merci petite sœur. Tu m’as déjà assez orienté ainsi. Prends soin de toi, et surtout accroche-toi à tes études. Nous nous reverrons ce soir.
    L’immeuble sentait encore le bois et la peinture fraîche. Le portail fermé automatiquement par des portes en verre teinté ne permettait pas de voir à l’intérieur, mais Azad remarque un interphone à l’entrée.
    Il appuie sur la touche, et une voix masculine lui répondit :
    - Bonjour, que désirez-vous monsieur ?
    Azad se présente et annonce l’objet de sa visite.
    Un déclic, et le portail s’ouvre devant lui. La grande porte en verre pivote sur elle-même pour lui céder le passage.
    Il se crut dans un autre pays, en constatant la grande loge et les murs en marbre du rez- de-chaussée.
    Le réceptionniste le reçoit et lui demande une pièce d’identité.
    Azad s’exécute. En un laps de temps, il se retrouve dans un ascenseur, puis au cinquième étage, où il y avait encore deux appartements non occupés.
    Le jeune homme est vite séduit par les agencements et les décors intérieurs. Rien n’avait été oublié. Le salon, les chambres, la salle de bains, la cuisine, les balcons… tout avait été soigneusement étudié. Les architectes avaient dû faire appel à beaucoup d’imagination et de savoir-faire pour réaliser un immeuble aussi confortable et contemporain.
    Il fait quelques pas sur la véranda du salon, et un magnifique panorama s’étendit devant lui. De cette hauteur, on avait la ville à ses pieds.
    Il aspira une longue bouffée d’air frais et se détendit. C’était exactement là qu’il aimerait vivre, dans cet appartement où il se sentait déjà à l’aise.
    Sans plus hésiter, il se retourne vers son guide et demande :
    - Quand pourriez-vous m’arranger un rendez-vous avec votre patron ?
    L’homme hésite un moment et propose :
    - Il y a aussi d’autres immeubles, monsieur dans d’autres quartiers de la ville.
    Azad se frotte les mains :
    - La première impression est toujours la bonne. Si mes moyens me le permettent, je crois que je vais prendre cet appartement qui m’a séduit au premier coup d’œil.
    Lorsqu’il revint à la maison, fort tard dans la soirée, il avait pratiquement réglé tous les détails. Bientôt il sera chez lui, et à l’abri de tout commentaire.
    Zahia épluchait des légumes dans la cuisine, Tahar suivait un programme à la télé. Katia devait être en train de réviser.
    Azad s’avance vers sa marâtre :
    - Bonsoir maman.
    Elle sursaute. Non parce qu’elle ne l’a pas entendu venir, mais parce que le mot “maman” avait écorché ses sens.
    - Je ne suis pas ta mère, Azad.

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 15e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il sourit taquin.
    Sa bonne humeur allait faire des ravages ce soir. Tant pis si les réponses de Zahia sont toujours des flèches empoisonnées.
    Il fait une petite moue amusée avant de répondre :
    - Mais tu es la femme de mon père. Je ne sais plus comment t’appeler.
    - Zahia. Comme tu l’as toujours fait. Tu sais bien que je suis trop jeune pour être ta maman.
    Il rit :
    - Ma propre mère était bien plus jeune que toi, Zahia.
    Elle hausse les épaules :
    - Je n’aurais pas fait un enfant à son âge. Elle était trop pressée de pouponner.
    - Parce qu’elle aimait les enfants.
    Elle lui jette un coup d’œil plein de reproches :
    - Tu insinues que je n’aime pas les enfants ?
    Il hausse les épaules d’un air toujours amusé :
    - Tu n’as eu Katia que des années plus tard après ton mariage. L’unique enfant que tu as pu concevoir.
    Zahia laisse tomber son couteau. Elle s’avance vers lui l’air menaçant et le regard mauvais :
    - Tu veux quoi au juste, Azad ? La guerre ? On dirait qu’on t’a dopé ce soir. Pourquoi cherches-tu la pagaille ?
    Il souriait toujours :
    - Je voulais juste que tu sois ma mère pour quelques heures.
    - Pour quelques heures ? Et pourquoi donc ? Ah ! Je crois comprendre. Tu connais une fille et tu veux m’en parler pour qu’on aille demander sa main. Hein ! C’est ça ? C’est pour ça que tu veux que je sois ta mère juste ce soir ?
    Azad se met à rire. Agacée Zahia brandit son couteau :
    - Arrête de te moquer de moi.
    Arrête !
    Attirés par les cris, Tahar et Katia les rejoignent dans la cuisine :
    - Que se passe-t-il ? Pourquoi tout ce remue-ménage ?
    - Pose la question à ton fils. Il est en train de se moquer de moi.
    Tahar, qui n’avait pas revu son fils de la journée, se retourne vers lui :
    - Azad, où étais-tu donc passé toute la journée ?
    Le jeune homme fait un clin d’œil à sa sœur qui riait sous cape, avant de répondre :
    - J’ai passé une très bonne et très bénéfique journée père.
    - Où ça ?
    - Dans un immeuble pas très loin de chez vous. Pour une fois, je crois que la chance est de mon côté.
    Zahia s’insurge :
    - Oui, je crois qu’il veut se marier. Il a l’air tellement heureux et sûr de lui.
    Katia, qui avait compris que son frère avait déniché un appartement, se remet à rire de plus belle, ce qui irrita davantage sa mère.
    - Arrête donc de rire comme une idiote toi aussi. Je n’arrive plus à vous suivre tous. On dirait que vous avez décidé de mettre mes nerfs à vif. Toi aussi Tahar ! Je ne vois pas ce que tu attends pour remettre ton fils à sa place.
    Azad recule de deux pas :
    - Où est donc ma place ? Ici dans la cuisine ? Dans le couloir ? Ou bien au premier étage ? Zahia, tu vois bien que je n’ai pas de place dans cette maison.
    Voulant éviter une scène, Tahar lance d’une voix ferme :
    - Azad, ça suffit ! Je crois que tu es satisfait de ta journée, ce qui explique ta bonne humeur. Mais ceci n’est pas une raison pour contrarier ta marâtre. Elle est passée par des moments très délicats et…
    - Mais non ! Mais non ! Je ne suis pas aussi fragile que tu le penses Tahar. Je ne suis passé par aucun moment délicat. C’était juste le surmenage. Tu le sais bien.

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 16e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle s’était mise à trembler de tous ses membres et Tahar devint blême :
    - Zahia, Zahia, calme-toi donc. Il n’y a rien.
    Il lui retire le couteau des mains et la fit asseoir. Azad jette un coup d’œil en biais à sa sœur qui n’avait plus envie de rire.
    Il s’approche d’elle et murmure :
    -Je voulais juste la taquiner. Je ne voulais pas en arriver là.
    Elle hoche la tête et se pince les lèvres. Azad s’approche de son père qui lève le bras en signe de protestation :
    -Ne t’approche pas. Ta marâtre ne veut pas te voir. Tu l’as rendu malade.
    Offusqué, Azad monte dans sa chambre. Zahia ne l’avait jamais aimé. Son père le savait bien. Hélas, c’est toujours lui qui devait payer les pots cassés. Un instant, il fut tenté de quitter les lieux et d’aller passer la nuit dans un hôtel. Mais il se ravisa. Dès demain matin, il pourra obtenir les premiers papiers et procéder au paiement de son appartement. Dans le courant de la semaine, il pourra emménager chez lui.
    Il ferme les yeux un moment : “Chez lui”. Depuis le temps qu’il rêvait d’avoir un toit !
    Il repense à ses années passées sous d’autres cieux. Il avait encore sur la langue le goût amer d’une aventure, une longue aventure, dont il n’a pu voir le bout qu’après un long périple et des déboires qu’il n’était pas près d’oublier.
    Un coup à la porte de la chambre le tire de ses méditations. Katia l’avait suivi :
    -Désolée Azad. Maman n’a aucun sens de l’humour. Je sais que tu ne voulais pas la blesser.
    -Pas du tout. Je voulais juste la taquiner un peu, avant de vous annoncer à tous que j’avais pris un appartement. Un appartement dans l’immeuble vers lequel tu m’avais orienté. Grâce à toi petite sœur, je viens de tomber sur une très bonne affaire.
    -C’est vrai ?
    Il hoche la tête :
    -Oui. J’étais agréablement surpris par les dimensions et les décors intérieurs. Rien n’avait été oublié. C’est tout bonnement sublime. J’étais tellement pressé de mettre les choses au point que le promoteur n’avait pas hésité à me recevoir sans rendez-vous. Nous allons devoir nous rencontrer encore demain chez un notaire pour l’établissement de l’acte de propriété.
    -Je suis très heureuse pour toi Azad.
    Elle avait pourtant un air triste :
    Il lui relève le menton et remarque qu’elle pleurait.
    -Qu’est-ce qui t’arrive Katia. Tu t’inquiètes pour ta mère ?
    -Mais non ! Je ne m’inquiète pas pour ma mère. Nous sommes habitués maintenant à toutes ses réactions.
    -Alors que se passe-t-il ?
    Katia garde le silence un instant puis murmure :
    -Je ne voulais pas que tu nous quittes aussi vite. Je viens à peine de te retrouver grand frère, et voilà que je vais encore te perdre.
    Azad fronce les sourcils :
    -Tu vas me perdre ?
    -Oui. Puisque tu vas quitter la maison.
    -Mais je ne quitte pas la ville ni le pays. Mieux encore, je vais habiter juste à côté de ton lycée. Rien ne t’empêchera de passer me voir quand tu voudras.
    Elle acquiesce :
    -Je sais. Mais tu ne reviendras plus chez nous. Tu vas nous écarter de ta vie.
    Emu, Azad la prend dans ses bras :
    -Pourquoi as-tu de telles idées ?
    -Parce que je sais que tu n’aimes pas maman. Et peut-être même papa.
    Il la serre contre lui :
    -Je ne suis l’ennemi de personne Katia. Même après tout le mal qu’on m’a fait, je ne vais pas couper avec mes racines. Je n’ai plus personne en ce monde sauf vous trois.
    -Alors tu ne vas pas nous oublier et couper les ponts avec nous ?
    -Bien sûr que non. Mes portes seront ouvertes pour vous tous. Je ne suis tout de même pas un ogre qu’on fuit.
    Il ébauche un sourire :
    -Tu veux que je te dise ?
    -Quoi ?
    -Je vais meubler l’appartement et vous inviter tous à dîner chez moi. Cela te va ?
    Elle battit des mains :
    -Tu feras ça ?
    -Qu’en dis-tu ?
    -Mais c’est merveilleux. Nous allons visiter ton petit “chez-toi” et manger tous ensemble.
    -Nous allons pendre la crémaillère comme on dit.
    -Pendre quoi ?
    -La crémaillère. C’est comme ça qu’on appelle la cérémonie d’acquisition d’un nouvel appartement.
    Elle sourit :
    -Alors c’est bien.
    -Tu crois que ta mère acceptera de se joindre à nous ?
    Elle hoche la tête :
    -Ne t’en fais pas. Elle est trop curieuse pour rater cette occasion.
    Ils rirent et se donnèrent des tapes dans le dos.
    Un moment plus tard, Tahar les appelle pour le dîner. Il avait l’air contrarié. Zahia, prétextant une migraine, s’était retirée dans sa chambre non sans avoir lancé un coup d’œil accusateur à Azad.

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 17e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Katia se charge de servir le dîner. Elle tente de minimiser les dégâts en déclarant tout de go à son père qu’Azad allait bientôt emménager dans son propre appartement.
    Tahar suspendit sa cuillère et interroge son fils du regard. Ce dernier hoche la tête :
    -Oui, je voulais vous en parler ce soir.
    -Je ne comprends pas pourquoi tu t’en es pris à ta belle-mère alors?
    Azad pousse un soupir : Désolé, je ne savais pas que les choses allaient se corser autant. Je voulais juste la taquiner, je l’avais appelée maman, et çà l’avait contrarié.
    -Tu l’avais appelé maman?
    Azad, agacé, hausse les épaules :
    -Où est le mal? Bien au contraire, je lui ai donné beaucoup de considération, je pensais qu’en l’appelant maman, j’allais me rapprocher d’elle davantage. Je voulais qu’on enterre les ombres du passé une fois pour toutes.
    Tahar dépose sa cuillère. Il semblait peiné, mais se reprit :
    -Tu sais bien que Zahia ne t’avait jamais permis de l’appeler “maman”….
    -Oui, mais cela fait bien des années. Aujourd’hui, je parle à une femme mûre, une femme qui en réalité est bien plus âgée que ma défunte mère.
    -Chut, ne répète plus jamais çà. Si jamais elle t’entendait…
    -Elle m’a déjà entendu, je lui ai déjà certifié que ma mère était bien plus jeune qu’elle.
    Tahar lève sa main :
    -Azad, Azad s’il te plaît, je n’aimerais pas renouer avec le passé, ni parler d’une femme qui nous a quittés voilà plus de vingt ans.
    Azad se tût. Il savait au fond de lui, que même s’il voulait en parler, son père ne le pourra pas…Zahia les avait tous mis en garde le jour où elle avait mis les pieds dans la maison…Plus jamais un mot sur la défunte…Il n’y avait même plus de photos d’elle dans la maison.
    Katia lance un regard suppliant à son frère…Surtout pas un mot de plus. Zahia risque de les entendre ou de surprendre leur conversation. Elle n’aimerait pas assister à une autre scène ce soir.
    Azad lui sourit, il voulut la réconforter, la rassurer. Katia était trop jeune pour subir tout ce qu’elle subissait quotidiennement. Il imaginait aisément les crises de sa belle-mère. Cette dernière ne devrait pas se gêner chaque fois qu’une situation la dépassait pour se rouler par terre, trembler et crier sans discontinuité. Le genre de femmes hystériques qui utilisaient toutes les astuces pour arriver à leurs fins. C’est-à-dire, avoir le dernier mot.
    Un passage à vide dans la vie, est toujours surmontable…Ne dit-on pas que le temps est le plus grand guérisseur? Cela fait des années que sa belle-mère avait frôlé cette dépression, dont on lui avait parlé. Que pouvait donc rester de cette phase? Et encore, est-ce la réalité ou juste de la comédie de la part d’une femme qui savait sur quel pied danser lorsque le bal n’est pas à son avantage ?
    Il se met à éplucher une orange, et son père pose la main sur son bras :
    -Quand comptes-tu t’installer dans ton nouvel appartement?
    -Le plus tôt possible, j’ai rendez-vous demain avec le promoteur chez un notaire. Je vais signer les papiers et retirer l’acte de propriété.
    -On voit que tu as pris les devants, fiston.
    -Oui et ce n’est pas trop tôt, j’aurais dû faire des démarches avant de rentrer d’Europe.
    -Pourquoi?
    Azad jette à son père un regard accusateur :
    -Pour ne pas contrarier ma belle-mère.
    Son père toussote et reprend d’une voix plus calme :
    -Tu as l’air heureux ce soir, je crois que cet appartement te plait.
    -Oui, il est bien situé et assez spacieux.
    -Assez coûteux aussi…
    Azad hoche la tête :
    -Presque toutes mes économies mais je ne m’en plains pas. Le quartier est très calme et l’immeuble est cossu.
    -Je connais le quartier, je veux dire, si tu parles de cet immeuble non loin du lycée de Katia.
    -Oui…C’est elle-même qui m’a
    orienté.
    Il sourit :
    -Ma petite sœur prend soin de moi.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 18e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Tahar ébauche un semblant de sourire en biais. Une grimace en quelque sorte, se dit Azad.
    - Je suis content que vous vous entendiez bien toi et Katia. Je craignais que la différence d’âge entre vous ne vous joue de vilains tours.
    - Quels vilains tours ?
    - Une mauvaise entente par exemple.
    - Une différence d’âge n’a jamais été la raison d’une mésentente. Katia est adorable. Elle est gentille et très mûre pour son âge.
    Katia rougit de plaisir. Elle regarde son père, puis son frère avant de lancer :
    - Je suis tellement heureuse de te retrouver Azad. Je me sentais tellement seule ces derniers temps.
    Offusqué, Tahar fronce les sourcils :
    - Mais tu n’es pas seule. Nous sommes là. Nous sommes tes parents.
    Elle acquiesce :
    - Oui. Vous êtes là. Mais parfois j’ai du mal à vous retrouver. Vous êtes tous les deux tellement occupés, chacun de son côté, et puis le fait de vivre sous le même toit que ses parents n’est pas toujours une garantie de bonheur.
    Tahar s’insurge :
    - Mais que te manque-t-il donc ma fille ? Tu as toujours eu ce que tu voulais. Tu as toujours été gâtée et choyée. Tu possède une garde-robe qui ferait pâlir d’envie une princesse, une chambre meublée avec goût et soin, une bibliothèque, un micro-ordinateur, l’internet… Je t’ai même promis un beau véhicule, si tu décrochais ton baccalauréat.
    Katia, qui n’arrivait pas à soutenir le regard dur de son père, baisse les yeux et hausse les épaules, avant de se mettre à débarrasser la table. Elle avait préparé du café auparavant et sert les deux hommes avant de s’occuper de la vaisselle.
    Azad met du sucre dans sa tasse :
    - Tu crois qu’il suffirait d’acheter des babioles à une adolescente pour la rendre heureuse ?
    Tahar reprend son air sévère :
    - Je ne vois pas de quoi elle aurait besoin en plus de ce qu’elle possède.
    Azad hoche la tête :
    - D’affection, d’attention, d’amour. Tu crois que tout ce qu’on peut se permettre comme matériel suffirait à combler le vide affectif ?
    Tahar prend une longue inspiration :
    - Tu crois que j’ai eu moi tout ce qu’elle possède à son âge. ?
    - Non. Bien sûr que non. A ton époque, il n’y avait ni ordinateur, ni vidéo, ni garde-robe garnie. Mais tu as eu quelque chose de bien plus précieux : l’affection des tiens. Rien ne pourra remplacer l’affection d’un parent. Tu n’es pas né de la dernière pluie pour le savoir.
    Tahar dépose sa tasse :
    - On voit que tu es psychologue. Tu parles en termes scientifiques.
    Azad lève une main protestataire :
    - Loin de là. N’importe qui pourra te répéter ce que je viens de te dire. Nulle personne au monde n’est censée vivre sans affection. Le cas échéant, elle serait déséquilibrée.
    - Comme toi ?
    Azad déglutit :
    - Oui. Comme moi !
    Il prend une longue inspiration à son tour et reprend :
    - J’ai peut-être manqué d’affection auprès de toi. Mais fort heureusement, je m’en suis bien tiré. Quoique les séquelles que j’en garde ne vont pas s’effacer de sitôt.
    Il passe une main dans ses cheveux :
    - Nous parlions de Katia, et voilà que nous bifurquons vers mon cas.
    Tahar hausse les épaules :
    - C’est toi qui l’a voulu. Je pense que tu n’es pas revenu pour rien. Tu veux me faire sentir le poids du passé. Je n’aime pas ça Azad. Tu es mon fils, et je suis ton père.
    Azad sentit le fond de la pensée de son père. Ses allusions à son enfance étaient telles des flèches empoisonnées. Il savait que cela blessait l’ego de son paternel, qui, au fond de lui, savait qu’il avait manqué à son devoir de père. Pas seulement envers lui. Il y avait aussi Katia qui souffrait aujourd’hui de cette situation. Et pourtant, elle avait sa mère !
    Le jeune homme se lève :
    - Je ne veux rien te faire sentir. Le passé est derrière moi. J’aimerais seulement que tu t’intéresses un peu à la famille. Katia est encore à la fleur de l’âge. Je n’aimerais pas qu’elle souffre autant que j’ai souffert.
    Sur ces paroles, il quitte les lieux, sans laisser à son père le temps de répondre. Il connaissait ses réponses. Il les devinait.
    Il connaissait bien le caractère acariâtre de son paternel qui, en vieillissant, perdait de son assurance. Cet air autoritaire qu’il affichait cachait très mal ses faiblesses. Son père était un faible.
    Il n’avait pas trouvé mieux que son air sévère pour s’affirmer. Un cas intéressant pour les innovations scientifiques dans le domaine des progrès modernes de la psychologie.

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 19e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad remonte dans sa chambre et allume la télé… Il entendit Katia monter les marches d’escalier et tirer les rideaux du couloir. Il se faisait tard. Elle devait être fatiguée.
    Il hoche la tête : maintenant il est là et ne laissera pas sa sœur sombrer dans la dépression. Pour l’instant, certes, rien ne prévoyait un tel risque, mais à ce qu’il avait remarqué en ces quelques heures de présence dans cette maison, c’est que les erreurs du passé se reproduisaient. Les leçons n’avaient pas été retenues.
    Quelques jours plus tard, il emménageait chez lui.
    L’appartement était spacieux, le salon assez grand pour servir de cabinet de consultation. Il avait prévu d’utiliser le hall d’entrée comme salle d’attente et les deux pièces comme chambre à coucher et chambre d’amis.
    Il sourit. Pour l’instant, ici, il n’avait pas encore d’amis.
    Les siens étaient ailleurs, en Europe pour la plupart, ses camarades de promo, ses collègues, ses voisins.
    Mais cela ne veut pas dire non plus qu’il ne va pas se faire d’autres amis dans son pays. Il allait recevoir aussi des gens qui vont se livrer à lui, et lui raconter les raisons de leur malvie.
    Il va les écouter, les réconforter et les orienter dans leur quotidien, et pourquoi pas se rapprocher d’eux. Une relation entre un médecin et son patient peut toujours devenir amicale et profonde.
    Il passe en revue tous les recoins de l’appartement, puis sort sur la véranda pour admirer le soleil couchant. Katia avait proposé de l’aider à s’installer. Il avait refusé… Il ne voulait pas être une charge pour elle alors qu’elle préparait son bac. Mais pour ne pas la décevoir, il lui avait demandé de lui donner des idées sur les dispositions des meubles, des tapis, des plantes. Elle était venue visiter l’appartement dès le matin et avait apprécié son choix.
    Azad avait passé trois journées à sillonner les magasins d’ameublement et les rayons de vaisselle pour meubler le salon, sa chambre et la cuisine. Il n’était pas mécontent. Avec ce qui lui restait sur l’achat de l’appartement, il s’était permis un beau salon en cuir, un bureau en hêtre, une bibliothèque où s’alignaient déjà plusieurs encyclopédies et ouvrages, un réfrigérateur, une cuisinière et une machine à laver.
    Katia l’avait aidé à choisir la vaisselle, une table de cuisine, et les quelques accessoires requis pour démarrer.
    Azad avait commandé aussi une enseigne, qu’il compte accrocher le plus tôt possible au bas de l’immeuble. L’enseigne doit comporter son nom, sa profession, l’étage et le numéro de son appartement.
    Il s’étire. La nuit commençait à voiler la ville. Il faisait un peu frais et il dut quitter la véranda pour s’engouffrer dans le salon. La télévision diffusait un documentaire sur les animaux. Il change de chaîne et constate que les autres programmes n’étaient pas intéressants. Alors il se rendit dans la cuisine et se prépare hâtivement une omelette et une salade.
    Il avait acheté quelques fruits, des fromages, des yaourts, et même des gâteaux.
    Après le dîner, il prépare un thé, et fait la vaisselle.
    Son portable se met à vibrer. C’était Katia, elle voulait sûrement lui demander si tout allait bien.
    Il décroche et la voix de sa sœur
    l’agresse :
    - Azad, pourquoi n’es-tu pas venu pour le dîner ? On t’avait attendu.
    Il était surpris, personne ne lui avait demandé de venir dîner à la maison. Cela fait plus de trois jours que sa marâtre l’évitait, et ce matin, il avait annoncé à son père qu’il quittait la maison le jour même pour s’installer chez lui. Le vieil homme n’avait fait aucun commentaire. Ce qui voulait dire que, tout compte fait, c’était pour eux tous la meilleure solution.
    - Je suis désolé Katia, répondit-il d’une voix calme, je ne savais pas que vous m’attendiez, j’ai déjà dîné.
    - Tu as dîné ? Qui a fait la cuisine?
    - Moi-même…
    - Ah !…. tu as préparé quelque chose d’infect, je présume.
    Il sourit, sa sœur était en colère contre lui, et il aimait bien ses remontrances naïves.
    - Je ne sais pas ce que tu appelles infect, mais je t’assure que je cuisine mieux qu’une femme. J’ai vécu des années seul, ne l’oublie pas et… et je suis encore seul.
    - Mais non Azad, maintenant tu es avec nous, avec ta famille.
    - Merci ma chère sœur, mais je pense que ton avis n’est pas partagé par les autres.
    - Tu te trompes, c’est maman qui m’avait demandé de t’appeler.
    - Hein ? Que racontes-tu ?
    - La réalité, c’est maman qui a cuisiné aujourd’hui. Elle a fait un couscous, une de ses spécialités.
    - Personne ne m’avait prévenu.
    - Parce qu’on pensait que tu allais venir dîner comme d’habitude.

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 20e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad n’en croyait pas ses oreilles. Sa marâtre voulait faire un geste envers lui au moment où il quittait la maison. Voulait-elle fêter en réalité son départ de “chez elle” ?
    Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il lance :
    - C’est vraiment gentil de la part de Zahia. Tu la remercieras pour moi Katia.
    - Mais tu n’es pas très loin. Prends un taxi et viens passer la soirée avec nous. Je te vois très mal seul dans ce grand espace.
    Il rit :
    - J’ai vécu seul durant de longues années. Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui je possède un appartement.
    - Qu’à cela ne tienne Azad. Ce n’est pas une raison pour nous tourner le dos.
    - Je ne tourne le dos à personne. Tu remercieras ta maman pour moi. Son geste me touche profondément. Je ne pensais pas qu’elle…
    Il cherchait ses mots et Katia le devance :
    - Tu ne pensais pas qu’elle allait faire un geste de réconciliation envers toi ?
    - Franchement non. Mais cela me va droit au cœur. Je suis vraiment confus.
    Il hésite, avant de demander :
    - Crois-tu qu’elle acceptera mon invitation à dîner la semaine prochaine ?
    Katia rit :
    - Je pense que oui. Hé ! Et nous autres, tu ne nous invites pas ?
    Azad la taquine :
    - C’est bien elle qui ait pensé à préparer le couscous en mon honneur. N’est-ce pas ?
    - Oui. Mais je présume que tu vas inviter aussi notre père.
    - Voyons Katia, vous êtes bien entendu tous invités. Qui pourrais-je donc recevoir à part vous trois ?
    - Tu vas te faire des amis très bientôt.
    - Je l’espère bien.
    - Je vais t’aider.
    Il sourit :
    - Hé ! Dis donc toi, c’est moi le psychologue.
    - Oui, mais tu es comme le cordonnier mal chaussé.
    - Petite sœur, tu as un sens inouï de la prévoyance dans le domaine de l’amitié.
    - Heureusement pour toi que je suis là.
    - C’est vrai, sans ta présence, ce retour au bled ne m’aurait pas paru aussi attrayant.
    - Alors, tu ne fais pas l’effort ce soir pour venir à la maison ?
    - Désolé. Tu présenteras mes excuses à ta maman. Je me sens très fatigué ce soir, mais je passerai sûrement demain dans la soirée.
    Azad raccroche avec sa sœur. Il était surpris et en même temps étonné. Il ne s’attendait vraiment pas à ce geste de sa marâtre.
    Quelque chose en lui le poussait à se méfier.
    Les jours suivants ne furent pas de tout repos.
    Dès que son enseigne fut bien en vue au bas de l’immeuble, des patients commencèrent à affluer. Timidement d’abord, puis de plus en plus nombreux. Le “bouche à oreille” avait vite fait son effet.
    Azad fixait des rendez-vous afin de ne pas avoir à recevoir plusieurs personnes en même temps. La psychologie étant une science de l’âme et de ses malaises, il passait parfois plusieurs heures avec un patient.
    Il ne s’en plaignait pas bien sûr. Pour un début, ce n’était pas mal. Maintenant, il se sentait chez lui et utile. Oui. C’était le mot. Il organisait ses journées afin de ne pas avoir à se surpasser. Il connaissait bien les effets du surmenage et ne voulait pas tomber dans le piège du gain facile, en programmant des dizaines de patients par jour, alors qu’il ne pourrait en réalité en recevoir que cinq ou six.
    Cela suffisait amplement pour une journée qu’il jugeait assez chargée.
    Le premier week-end, il alla au marché et s’approvisionna en viandes, légumes et fruits. Il avait passé deux soirées consécutives chez son père. Sa marâtre avait en apparence changé son comportement envers lui. Ils avaient discuté de tout et de rien. Mais Azad avait senti que Zahia cherchait du réconfort. Etait-elle aussi mal dans sa peau qu’il l’avait supposé ?
    Pour faire bonne figure, il tint à sa promesse et avait lancé son invitation à dîner pour le vendredi soir.
    Zahia avait proposé de l’aider sans contrainte. Il avait gentiment repoussé sa proposition, arguant du fait qu’il savait cuisiner et qu’il voulait qu’on découvre ses talents culinaires.
    De ce fait, dès son retour du marché, il se met au travail sans tarder.

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 21e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il épluche des légumes, met un poulet au four, découpe des pommes de terre en rondelles, et prépare une soupe et des hors-d’œuvre. Pour terminer, il confectionne une tarte au
    citron.
    Enfin, il dresse la table dans le salon et met de la musique. Il était déjà 20h, et ses invités n’allaient pas tarder à
    arriver
    La sonnerie de l’interphone lui donne raison. Il actionne le bouton de l’ouverture magnétique du portail, et ouvrit la porte de son appartement. Deux minutes plus tard, l’ascenseur s’arrête à son niveau.
    Katia sort la première, et vient l’embrasser en lui tendant un grande gerbe de fleurs. Sa marâtre la suit et remet à Azad une grande boîte en carton qui devait contenir des gâteaux. Son père lui donne une tape dans le dos et le pousse devant lui :
    - Alors fiston, tu nous fais découvrir ta caverne ?
    Il sourit et invite son père d’un geste :
    - Avec plaisir père.
    Zahia tint à visiter chaque coin de l’appartement. Elle apprécia hautement le décor et l’agencement des meubles.
    - On voit que tu as vécu ailleurs. Tu as des goûts sûrs et précis.
    - Katia m’a aidé à choisir les meubles et la vaisselle.
    - Ma fille n’est pas encore experte en la matière, c’est toi qui as dû faire le gros boulot.
    - Je n’ai fait que suivre mon intuition.
    - C’est vraiment confortable et bien agencé. N’est-ce pas Tahar ?
    Tahar hoche la tête :
    - Pour un célibataire, c’est un coup de maître. Azad fait un clin d’œil à sa sœur qui passait devant lui, et lui chuchote à l’oreille :
    - Attends qu’elle goûte à ma cuisine.
    Katia sourit :
    - Cela sent déjà bon. J’ai l’eau
    à la bouche. Que nous as-tu donc concocté ?
    - Chut… C’est une surprise.
    La visite de l’appartement terminée, Azad invite tout le monde à prendre place autour de la table du salon.
    - Je vais t’aider à servir, propose Katia.
    Sentant qu’il risque de la choquer, il ne refusa pas son aide. Elle dépose les plats et sert la soupe. Sa mère avale une première cuillère et s’exclame :
    - C’est exquis. J’ai du mal à croire que c’est toi qui as préparé cette soupe Azad.
    - Qui d’autre aurait pu le faire ?
    - Un traiteur.
    - Mais non maman, lance Katia d’un air catégorique, Azad cuisine lui-même.
    - C’est succulent. Je sens que je vais manger deux assiettes de cette soupe sans me rassasier.
    - Tout l’honneur est pour moi si tu apprécies ma cuisine Zahia.
    - On voit que l’émigration et l’éloignement t’ont forgé, lance Tahar
    - Dans tous les domaines père.
    Un silence s’installe. Katia se lève et augmente le volume de la musique. Après les hors-d’œuvre, elle découpe le poulet, et en sert de grands morceaux à ses parents, accompagnés de pomme de terre en sauce et de
    courgettes.
    Zahia est subjuguée. Elle mange et goûte à tout sans trouver à redire.
    A la fin du repas, Azad dépose une corbeille de fruits et la tarte au citron, avant d’aller préparer du thé.
    Zahia se laisse aller sur sa chaise et passe une main sur son ventre :
    - Je sens que je ne pourrais plus rien avaler avant une semaine. Azad s’est surpassé, c’est tout bonnement délicieux ce dîner.
    Katia revint avec du thé et des biscuits fourrés, qu’elle dépose sur la petite table du salon.
    - Qui fera la vaisselle ?, demande sa mère.
    - Azad. Je vais débarrasser la table. Voulez- vous changer de place et vous mettre sur le grand fauteuil ?
    Azad revint. Il sourit à sa sœur :
    - Tu es une bonne petite ménagère
    Katia.
    - Et toi un bon cuisinier. Maman est ravie.
    Zahia fait un geste :
    - J’ai mangé comme quatre. Je n’en ai vraiment pas l’habitude, surtout lorsqu’il s’agit d’une invitation.
    Azad vint s’asseoir auprès d’eux et leur sert le thé :
    - J’espère que ce ne sera pas la dernière. Je vais vous dévoiler d’autres facettes de mes dons culinaires.
    - Je ne m’en plaindrai sûrement pas.

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 22e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Tahar sourit. Il était heureux de constater que sa femme avait apprécié ce dîner. Au fond, il craignait un malentendu de dernière minute. Mais vraisemblablement, tout se déroulait parfaitement.
    - Zahia est très avare de compliments, Azad.
    Azad hoche la tête :
    - Je l’ai compris. Je suis content que mon dîner ait été apprécié.
    Zahia repasse une main sur son ventre :
    - Très apprécié. Je te félicite Azad.
    Il sourit :
    - Tout le plaisir est pour moi.
    Tahar toussote :
    - Comment vont les affaires. ?
    Azad hausse les épaules :
    - Pas mal pour un début, je crois que j’ai eu une chance inouïe de dénicher un appartement si bien situé. Mon enseigne ne passe pas inaperçue. Dès les premiers jours, j’ai pu recevoir des patients.
    - Quel genre de patients ?, demande Zahia
    - Des gens qui ont surtout besoin d’être écoutés et orientés.
    - Tu veux dire des gens qui sont mal dans leur peau…
    - Si on veut. Mais parfois, je reçois des patients d’un genre un peu particulier. Des gens qui veulent se confier. Ils ont perdu toute confiance en eux, et ne croient plus en rien.
    - Et tu peux les aider ?
    Il hoche la tête :
    - Je fais ce que je peux pour eux. Ce n’est pas facile de comprendre les états d’âme de tout un chacun. Chaque être humain transite au moins une fois dans sa vie par une crise existentielle. Je veux dire un passage à vide.
    Zahia l’interrompt :
    - Des gamineries que tout ça ! Tu crois vraiment que tous les humains passent par là ?
    - Oui. C’est un passage obligé. Mais tout comme pour les maladies physiques, il y a le degré de résistance qui diffère. Ce n’est pas tout le monde qui contracte les mêmes maladies. Il y a même des êtres qui vivent très longtemps sans souffrir du moindre mal. C’est la même chose pour les maladies de l’âme, tout dépend de la résistance de tout un chacun. Un potentiel de prédisposition génétique aussi n’est pas à négliger. Zahia garde le silence. Elle se met à siroter son thé et jette un coup d’œil autour d’elle. Azad aurait juré qu’elle voulait détourner la conversation. C’était le cas, car au bout d’un moment, elle dit : – Ton salon est spacieux. C’est là que tu reçois tes patients ? Je t’imagine derrière ce grand bureau, et faisant face à tes sujets.
    Il lève la main pour l’interrompre :
    - Tu n’y es pas. Non. Je préfère être plus près de mes patients. Je les mets à l’aise et les installe sur ce sofa, avant de me mettre à côté d’eux. Il doivent d’abord sentir ma présence, afin que je gagne leur confiance. Le premier contact est toujours le plus convaincant.
    - Et de quoi parlez-vous au début ?
    - De tout. Le patient doit se présenter, parler un peu de sa vie privée, puis petit à petit livrer ses secrets. Je détecte alors ses malaises. Parfois des complexes qui remontent à son enfance, et à la vie qu’il a menée. Le subconscient humain est toujours un mystère pour la science. Tu ne pourras jamais imaginer la capacité de refoulement d’un humain, et la force morale qu’il cache en lui- même sans s’en rendre compte. Zahia semblait intéressée par le sujet. Azad est franchement surpris. Il remarque que son père somnolait, la tête retombant en avant, et que Katia avait débarrassé la table et qu’elle devait faire la vaisselle dans la cuisine. Il revint vers sa marâtre et demande :
    - Depuis quand t’intéresses-tu à la psychologie ?
    Zahia sursaute :
    - Je ne m’y intéresse pas à vrai dire. Je voulais juste comprendre certains aspects de cette science qui, selon certains, est aussi vieille que le monde.
    Azad sourit :
    - Pas autant que ça. Les Romains et les Grecs avaient compris qu’en dehors de leurs blessures physiques, d’autres douleurs survenaient dans leur esprit. En particulier après une phase exténuante, telles que les guerres, les longs voyages et les rixes tribales. Leurs médecins les plus avisés tentèrent alors de les soigner en les rassurant d’abord moralement sur leur état, afin de les motiver et d’activer leur guérison. La motivation a donné naissance à une sorte de concentration sur soi, et de là commencèrent les premières découvertes de la psychologie.
    Des siècles plus tard, des savants appuyèrent leurs recherches dans ce domaine par l’expérience de leurs aînés, et pénétrèrent dans le monde mystérieux des tréfonds humains.
    Sigmund Freud prolongea ses recherches et parvint même à localiser les désirs enfouis, par les rêves, et les réactions involontaires. A l’exemple de Pierre Daco, d’autres chercheurs perfectionnèrent ces découvertes.

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 23e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Zahia hoche la tête avec un sourire qui se rapprochait d’une grimace :
    - J’avoue que je suis inculte dans ce domaine mais… mais est-ce que tu prescris des médicaments ?
    - Pourquoi cette question ?
    - Je veux juste savoir si le patient doit prendre des calmants ou des anti-dépresseurs au cas où son état le nécessite.
    - Seul un psychiatre pourra prescrire des antidépresseurs… mon rôle à moi consistera plutôt à remonter le moral du patient et à lui faire reprendre confiance en lui-même.
    A ce moment précis Katia revint au salon et vint se mettre tout bonnement à côté de son frère.
    Il lui entoure les épaules de son bras.
    - Tu étais en train de faire la vaisselle, je présume.
    - Oui, j’ai même remis de l’ordre dans la cuisine. Tout est à sa place. Cela t’évitera de te réveiller tôt demain pour faire le ménage.
    - Tu es un petit ange Katia.
    - Et toi mon frère aîné, celui que j’ai toujours rêvé de retrouver un jour.
    - Et maintenant que tu m’as trouvé… ?
    - J’en suis très heureuse.
    Azad sourit et regarde sa marâtre. Elle avait froncé les sourcils et suivi leur conversation sans pour autant les interrompre.
    - Vois-tu Zahia, il suffit de se savoir apprécier par quelqu’un pour que notre moral remonte. C’est aussi là un moyen de tromper ses angoisses.
    Elle pâlit puis toussote :
    - Je vois…
    Katia renchérit :
    - Maman… je suis tellement heureuse de me sentir moins seule depuis qu’Azad est parmi nous.
    - Oui… heu… oui… je comprends.
    Elle jette un coup d’œil à son mari qui dormait la tête posée sur le bras du fauteuil. Elle tendit sa main et le secoue :
    - Tahar… Tahar réveille-toi, je crois qu’il est temps de partir.
    Tahar ouvrit les yeux et parut étonné durant quelques secondes, puis il se reprend et se redresse :
    - Je… je suis désolé… La fatigue a eu raison de moi. Je me suis assoupi.
    - Rentrons… Il se fait tard, tu te reposeras à la maison.
    Tahar s’étire et se lève en jetant un coup d’œil à sa montre :
    - Tu as raison Zahia… il se fait tard. Nous aurions dû rentrer plus tôt.
    - Pourquoi… ? Vous êtes chez vous ici aussi, lance Azad.
    - Merci… mais j’ai toujours préféré mon propre toit, fiston. Je n’aime pas trop déranger et Zahia non plus.
    Zahia, qui avait enfilé sa veste et lisait les titres des ouvrages alignés dans la bibliothèque, réplique :
    - C’est le cas… mais j’avoue que chez Azad, c’est un peu comme chez nous… on se sent tellement à l’aise dans cet appartement.
    Quelques minutes plus tard, ils étaient partis. Azad se retrouva seul de nouveau. Il s’installe au salon, alluma le téléviseur et se remet à siroter son thé.
    Durant le chemin du retour, Zahia semblait furieuse.
    Tahar, qui conduisait, ne remarqua pas tout de suite l’air courroucé et froissé de sa femme. Ce n’est que lorsqu’elle éclate en sanglots qu’il se rendit compte que quelque chose ne tournait pas rond.
    Il arrête son véhicule et interroge sa fille des yeux. Cette dernière hausse les épaules de cet air impuissant qui insinuait que sa mère a toujours des réactions imprévisibles.
    - Que se passe-t-il Zahia ? Quelque chose ne va pas ?
    Pour toute réponse, sa femme relève la tête, puis la rabaisse pour pleurer de plus belle.
    Tahar met une main sur son épaule :
    - Tu ne te sens pas bien ?
    Elle se dégage et renifle d’un air rageur avant de lancer d’une voix étranglée :
    - Tu as vu… tu as vu l’appartement qu’il se permet ? Tu as vu le décor ? Les bibelots, les meubles. Ton fils vit dans le luxe… Il va bientôt nous écraser.
    Pris au dépourvu, Tahar cherche une réponse qu’il ne trouve pas. Katia vint à son secours :
    - Voyons maman… voyons… pourquoi as-tu de telles idées ? Azad a dû se serrer la ceinture et vivre comme un misérable des années durant afin d’économiser sou par sou et de rentrer s’installer dans son pays.

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 24e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Zahia se retourne vivement vers sa fille :
    - Toi, tu n’as pas intérêt à dire un mot de plus. Non seulement tu as fait la boniche toute la soirée, mais aussi, depuis que ton frère est là, tu n’a d’yeux que pour lui. On dirait que personne ne compte plus pour toi.
    Katia allait riposter, lorsque son père lève une main suppliante :
    - Que se passe-t-il Zahia ? Je n’arrive plus à te suivre. Pourtant, tu étais contente du dîner et de l’accueil. Tu as fais honneur à la cuisine d’Azad et…
    - La cuisine d’Azad ! Ah ! Ah ! Ah ! Laisse-moi rire ! Il vous a tous dupés. Tu crois vraiment que c’est lui qui a cuisiné ? Je n’en reviens toujours pas. Il vous a eus par ses airs calmes et innocents. Je suis certaine, moi, que c’est un traiteur qui a préparé les plats. Il n’avait eu qu’à les réchauffer pour nous en mettre plein la vue.
    Katia s’insurge :
    - Mais il y avait encore tous les ingrédients et les épluchures de légumes sur le potager. La tarte au citron cuisait encore au four lorsque je suis rentrée dans la cuisine à notre arrivée.
    Zahia hausse les épaules :
    - Toujours prête à le défendre. Et alors ? Même si les épices et je ne sais quoi jonchaient le potager, il se pourrait qu’un cuisinier soit venu auparavant.
    Agacé, Tahar redémarre :
    - Je ne vois pas pourquoi tu en fais tout un plat. Nous étions invités à un dîner. Pourquoi cherches-tu à compliquer les choses ?
    Elle s’écrie hors d’elle :
    - Je ne les complique pas ! C’est plutôt toi qui t’entête à t’aveugler. Ne vois-tu pas que ton fils, celui que tu as ignoré durant des années, est revenu pour autre chose ? Ce n’est pas le fait de s’installer et de travailler dans son pays qui l’a motivé à rentrer.
    - Que veux-tu dire ?
    - Je pense qu’il veut sa part d’héritage. Une partie de nos biens et de tout ce que tu possèdes.
    - C’est tout à fait légitime. Mais tu sais bien que dans le testament actuel, Azad n’est même pas cité.
    - Oui, mais il le sera d’ici peu. Ce garçon a le chic de mettre mes nerfs à vif. Il prend toujours cet air calme et serein qui me met en boule. Je ne sais pas si je pourrais résister trop longtemps à une situation qui risquera de nous dépasser tous si je ne prends pas le taureau par les cornes.
    Katia lance d’une petite voix :
    - Maman, c’est toi qui avait eu l’idée de préparer un couscous et de l’inviter à dîner, le soir où il avait emménagé chez lui. C’est de là qu’il avait eu l’idée à son tour de nous inviter.
    Zahia tendit sa main et donne une gifle à sa fille :
    - Je ne veux plus t’entendre le défendre ! Compris ? Le cas échéant tu auras affaire à moi.
    Katia porte la main à sa joue enflammée et lance d’une voix rageuse :
    - Maintenant que mon frère est là, personne ne m’empêchera de le défendre ou de me rendre chez lui. Je te rappelle, ma chère maman, que jusqu’à ces derniers temps, tu n’avais jamais jugé opportun de t’occuper de moi.
    Tahar s’écrie hors de lui :
    - Arrêtez donc toutes les deux ! Je ne sais pas ce qui vous prend ce soir, mais je crois que vous avez avalé quelque chose que vous n’arrivez pas à digérer.
    Zahia reprend son air courroucé avant de lancer :
    - Demande à ton fils. Peut-être a-t-il rajouté quelque saloperie dans sa bouffe pour disloquer la famille ? En tout état de fait, je vous ai déjà prévenus. Mon flair me trompe rarement.
    Ils étaient arrivés devant la villa, et Tahar arrête le moteur et se retourne vers sa femme :
    - Zahia s’il te plaît, ne te mets pas dans cet état.
    Elle garde le silence, mais Tahar constate que ses mains tremblaient. Elle suit son regard et tente de se dérober :
    - Je me sens très bien. Je vais bien. Ne t’inquiètes donc pas pour moi. Prend plutôt en considération l’état psychologique de ta fille. Elle devient insupportable avec moi pour défendre son demi-frère ! Et pourtant, elle ne le connaît même pas encore.
    - Je n’ai pas à connaître un frère pour l’aimer, l’apprécier. Rappelles-toi donc ! Tu ne cessais de me répéter que j’aimais jouer avec lui avant son départ en France, et que lorsqu’il était parti, j’ai pleuré des journées durant.
    - Tu étais à peine plus haute que trois pommes. Tu ne peux pas te rappeler d’un frère qui nous a quittés depuis de longues années. Plus de dix ans se sont écoulés avant qu’il ne daigne se rappeler de nous.
    - Personne non plus ne s’était soucié de lui. Il a affronté mille et une misères pour payer ses études et décrocher ses diplômes.
    Zahia s’agite et ses mains reprennent leur tremblement :
    - Tu entends ça, Tahar ? Tu entends ta fille ? Elle nous accuse. Elle nous accuse d’avoir ignoré son frère. Tu ne vas tout de même pas te taire !

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 25e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Fatigué, Tahar lève la main :
    -Je ne veux plus rien entendre. Allez, descendez toutes les deux. Je vais faire rentrer le véhicule au garage et monter tout de suite me coucher. Je me sens épuisé. Cette soirée s’était pourtant bien déroulée.
    Zahia hausse les épaules :
    -Bof ! Tu rejoins ta fille sur ce point-là. Vous vous êtes empressés de vous rendre chez Azad sans réfléchir.
    -Toi aussi. Tu n’avais pas à accepter cette invitation si tu y voyais des inconvénients.
    -Pourquoi ? Pour vous laissez médire de moi ? Non. Je sais m’éclipser lorsque cela vaut la peine, comme je sais m’imposer lorsque je sens que quelque chose ne tourne pas rond.
    -Dis plutôt que ta curiosité l’avait emporté sur le reste.
    Zahia demeure muette quelques secondes. Tahar avait touché une vérité. Elle détourne la tête et lance d’une petite voix :
    -Cela suffit pour ce soir. Allons nous reposer.
    Elle ouvrit la portière et se dirige vers la maison. Katia hésite quelques secondes, avant de la suivre.
    La jeune fille se sentait si tendue qu’elle monte directement dans sa chambre et se jette dans son lit, avant de se mettre à sangloter à fendre l’âme.
    Le lendemain, Azad ouvrit les yeux vers la mi-journée. C’était sa deuxième journée de repos, et il ne comptait pas rester à la maison trop longtemps.
    Il prend son bain et s’habille, avant de s’emparer de sa raquette de tennis. Il avait eu l’idée de s’inscrire à un club sportif sur les hauteurs de la ville, et c’est avec un plaisir non feint qu’il s’y rendait deux fois par semaine.
    Les exercices de gymnastique et la natation lui permettaient de se maintenir en forme, et le tennis lui faisait dépenser son trop-plein d’énergie morale et physique.
    Un équilibre absolument nécessaire pour son âge et sa profession.
    Il avait loué un véhicule depuis quelques semaines déjà. Il ne comptait pas s’arrêter là, car il avait commandé un autre tout neuf, qu’on allait lui livrer incessamment.
    Ainsi, il n’aura plus de souci à se faire quant à ses déplacements, et même qu’il pensera à faire quelques escapades à l’intérieur du pays. On lui avait parlé d’endroits extraordinaires, et sa curiosité piquée à vif, il ne tardera sûrement pas à ressentir le besoin de sortir et de voyager.
    L’ascenseur s’arrête au deuxième étage, et une jeune femme s’y engouffre. Azad ne l’avait jamais rencontrée auparavant, mais il comprit vite qu’elle habitait l’immeuble, car elle avait un trousseau de clés dans sa main et un panier. Ils se saluèrent, et elle ébauche un sourire :
    -Vous êtes nouveau dans notre immeuble ?
    -Oui. J’habite au cinquième.
    -Ah ! le psychologue.
    -Tout à fait madame. Je m’appelle Azad B.
    Elle souriait toujours, mais ne se présenta pas pour autant. Ils étaient arrivés au rez-de chaussée, et Azad, usant de sa galanterie, s’efface, pour la laisser passer.
    Elle s’exécute et lui fait un petit signe amical, avant de se diriger vers la
    sortie.
    Le jeune homme la suit des yeux. Il avait l’impression de l’avoir déjà rencontrée quelque part, mais ne se rappelait pas où exactement.
    La journée passe sans encombre. Il avait appelé sa sœur pour lui proposer une promenade, mais elle avait refusé. Azad l’avait sentit un peu triste, mais ne voulant pas la brusquer, il s’abstint de tout commentaire.
    Après sa séance de tennis, il s’était laissé tomber sur une longue chaise sous un parasol pour siroter un jus frais,
    lire et se reposer loin des bruits de la ville. Il ne revint chez lui qu’à la nuit tombée.
    Pour se rassurer, il rappelle Katia et demande des nouvelles de son père et de sa marâtre.
    La jeune fille semblait moins tendue. Elle discuta de tout et de rien avec lui, puis prétextant des révisions, elle s’excuse avant de raccrocher.
    Azad n’était pas convaincu. Quelque chose ne tournait pas rond. Il se dit que dès le lendemain, il rendra visite à son père et avisera. Pourtant, la veille au dîner, tout semblait aller dans le meilleur des mondes.
    Il se rappelle les compliments de sa marâtre pour le dîner, mais se dit qu’aussi sournoise et perfide qu’elle était, il ne pourra jamais croire tout ce qu’elle raconte. Et puis il y avait ces questions qu’elle avait posées quant à son travail et à sa profession. Elle voulait découvrir plus le psychologue que le fils de son mari. Pourquoi ?
    Azad l’avait sentie à maintes reprises tendue et mal dans sa peau. Son père lui avait révélé qu’elle avait déjà frôlé une dépression. Est-ce la raison de toutes les questions par lesquelles elle n’avait cessé de le harceler ?
    Il secoue la tête : Zahia cachait quelque chose. Il avait plusieurs fois constaté que ses mains tremblaient. Prenait-elle encore des antidépresseurs ?

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 26e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Si c’était le cas, elle devrait se faire suivre par un psychiatre. Pourtant, ce n’était pas ce que son père avait insinué. Zahia, selon lui, avait transité par une phase assez complexe, il y a plusieurs années.
    Azad savait que sa marâtre ne l’aimait pas et ne l’aimera jamais. Hier, elle avait dû fournir un effort surhumain pour venir chez lui et faire honneur à son dîner.
    Quelque chose lui échappait. Le jeune psychologue avait assez d’expérience pour comprendre de quoi est capable un être humain à la conscience malmenée. Zahia n’avait pas l’âme en paix. Elle souffrait. De quoi au juste ?
    Azad se promet de découvrir toute la vérité sur elle.
    Le lendemain, un soleil rayonnant inondait la ville. Azad se réveille avec l’étrange sensation que quelque chose d’important l’attendait.
    Il comprit tout de suite qu’il avait donné rendez-vous à plusieurs patients dans la matinée et se hâte de se
    préparer.
    Il travailla jusqu’à la mi-journée, puis se rappelle qu’il devait se rendre chez son père. Il se rappelle la voix triste de sa sœur au téléphone, et décide d’aller l’attendre devant son lycée. Ils iraient peut-être déjeuner ensemble quelque part. Cela la changera de sa routine, et lui fera plaisir à coup sûr.
    Il y avait foule à l’entrée de l’établissement. De nombreux véhicules étaient déjà stationnés aux alentours.
    Des parents attendaient leurs enfants. Il y avait aussi quelques policiers qui régulaient la circulation et permettaient aux élèves de traverser la route sans encombre.
    Azad se gare juste en face du lycée, afin de ne pas rater sa sœur à sa sortie. Il restait à peine une minute avant la fin des cours de la matinée. Comme on était un mardi, Katia sera libre toute l’après-midi.
    La cloche retentit. Le grand portail s’ouvrit et un flot d’élèves des trois années secondaires inonda tout de suite les trottoirs et la chaussée.
    Azad baisse la vitre de son véhicule et agite la main afin de héler sa sœur qu’il avait déjà repérée. Elle discutait joyeusement avec quelques jeunes filles, avant de prendre congé et de traverser la chaussée.
    Azad actionne son klaxon pour attirer son attention. Elle relève alors la tête, non pas pour se diriger dans sa direction, mais pour monter dans un autre véhicule stationné non loin de là.
    Surpris, Azad tendit le cou pour remarquer que sa sœur embrassait un vieil homme. Un homme qui avait bien plus que l’âge de son père.
    Azad se demanda qui ça pouvait être. A la façon dont l’homme regardait sa sœur tout en lui caressant la joue, il comprit.
    Tel un fauve, il bondit de son véhicule et se dirigea vers eux, sans prendre en considération les nombreux coups de klaxon et les crissements de pneus sur la chaussée, alors qu’il traversait.
    A coup sûr, il aurait pu se faire heurter par un véhicule venant en sens inverse et se casser le cou, n’était la vigilance du policier et la vitesse réduite à laquelle on circulait à cet endroit.
    Le jeune homme arrive juste au moment où l’homme avait remis le moteur en marche et s’apprêtait à démarrer.
    - Arrêtez ! Arrêtez !
    L’homme se retourne vers lui, et à la manière dont Azad le regardait, il comprit.
    Sans perdre de temps, il ouvrit la portière du passager et pousse d’un coup de coude Katia qui tombe tel un lourd paquet sur le trottoir. Sans plus attendre, il démarre en trombe.
    En deux enjambées, Azad fut près de sa sœur. Il lui tendit la main et l’aide à se relever, avant de tenter de repérer le véhicule qui venait de démarrer. Mais ce dernier avait trouvé le moyen de le semer, en se faufilant à travers les longues files et les petites ruelles mitoyennes.
    - Tu n’as rien ?, demande Azad à sa sœur, qui n’était pas encore revenue de son émotion.
    - Non, ça va, dit-elle en époussetant ses vêtements, avant de ramasser ses affaires.
    Azad la prend par le bras et se met à la secouer :
    - Qui était cet énergumène ?
    Elle lui jette un regard suppliant et il comprit. Elle avait peur d’un scandale au portail de son lycée. Déjà quelques passants et des élèves se retournaient et les regardaient curieusement .
    Azad se radoucit et lui prend la main avant de la pousser devant lui :
    - Allons dans ma voiture.
    Elle le suit docilement et monte à côté de lui. Il jugea plus prudent de changer de lieu et se dirigea vers un parking où il se gare à l’ombre d’un arbre.
    Il tire le frein à main et remonte les deux vitres, avant de se retourner vers sa sœur :
    - Alors qui était ce merdeux ?
    Elle se mordit les lèvres et deux longues larmes coulèrent sur ces joues.
    Impassible, Azad reprend d’une voix plus calme :
    - Katia, j’aimerais savoir qui est cet homme !
    Elle renifle :
    - Un ami.
    Azad prend une longue inspiration.
    - Un ami ? Tu connais au moins son âge ?

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 27e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle hoche la tête :
    - Je… je sais qu’il est plus âgé que moi, et je…
    - Plus âgé que toi ? Te rends-tu compte qu’il a bien plus que l’âge de notre père ? Cet homme a fait sa vie.
    Il doit avoir des enfants adultes, des enfants mariés. Il doit même avoir des petits-enfants. Tu sors avec un grand-père. Tu as dix-sept ans, dix-sept années Katia !
    Elle pleurait toujours, et il reprend doucement :
    - Tu n’as pas pu te faire des amis de ton âge ?
    Elle secoue sa tête :
    - Ce n’est pas ça, cet homme est très gentil avec moi.
    - Ah ! Nous y voilà ! Il est gentil. En échange de quoi ? De tes beaux yeux ? De ta jeunesse ? De ton innocence ?
    Katia avait rougi jusqu’à la racine des cheveux. Elle balbutie :
    - Azad, ne m’accuse pas. Je… nous n’avons rien fait de mal. Cet homme a su garder ses distances avec moi.
    - Oui, je vois. Il garde ses distances, il vient t’attendre, il t’embrasse, il te caresse la joue… et quoi encore ?
    Elle rougit davantage.
    - Ce n’est pas ce que tu crois. Je… je voulais juste avoir quelqu’un à qui me confier, quelqu’un à qui parler.
    - Et moi ? Tu ne peux pas te confier à ton frère ?
    Elle hoche la tête :
    - Cela fait à peine quelques jours depuis que tu es rentré. Je… je me sentais si seule, si délaissée…
    - Tu ne comprends donc pas, s’emporte encore Azad. Tu ne comprends donc pas que cet homme voulait abuser de ta naïveté, tu ne connais encore rien à la vie ni aux agissements de ces vieux démons, qui ne ratent aucune occasion pour tenter de revivre “une jeunesse”, de rattraper le temps perdu. Ils sont sans scrupules, ils ne pensent qu’à eux. Et tant pis pour la pauvre innocente qui sera leur victime.
    Essoufflé, il se tut et regarda Katia, qui avait baissé la tête et pleurait à chaudes larmes.
    Il eut alors pitié d’elle. Sa sœur n’avait pas sa résistance.
    Elle manquait d’affection et avait flanché devant le premier homme qui pouvait lui rappeler son père. Bien sûr, elle ne connaissait encore rien aux agissements de ce vaurien. Il aurait pu se moquer d’elle et la jeter en pâture à d’autres chiens galeux.
    Il tendit la main et lui relèva le menton :
    - Depuis quand connais-tu ce salopard ?
    Elle s’essuya les yeux et répondit d’une petite voix :
    - Depuis… depuis quelques semaines.
    - Ah ! Il a dû faire le pied de grue devant le lycée des jours durant pour repérer sa proie.
    Elle pleurait toujours, et entre deux hoquets elle lance :
    - Cela s’est passé un soir. Il pleuvait à torrents, et il a gentiment proposé de nous déposer chez nous, moi et deux de mes camarades de classe.
    - Ensuite ?
    - Ensuite, il est revenu le lendemain et m’a proposé de me déposer. J’ai refusé, je ne voulais pas monter dans sa voiture, mais il avait insisté. Il était revenu en fin de journée, et je n’ai pas su le repousser.
    - Tu es partie avec lui, iI t’a déposée à la maison. Pour lui, la chasse avait été bonne. C’était le début d’une relation. Il connaissait très bien le terrain, il lui fallait juste un peu de patience pour arriver à ses fins. J’espère que les choses ne sont pas allées plus loin.
    Elle rougit encore et secoue sa tête :
    - Non, il n’y avait rien eu entre nous, absolument rien. Il me déposait juste non loin de notre maison.
    - C’est tout ? tu es sûre?
    - Oui… heu… hier, on a fait un tour, juste un petit tour pour changer. Il avait pris un autre itinéraire.
    - Hum… il voulait tester ta réaction. Une fois… deux fois… la troisième aurait été la bonne pour lui.

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 28e partie
    Par : Yasmine HANANE

    - Tu connais son adresse ?
    - Non. Il m’a dit qu’il habitait en ville. Il possède beaucoup de biens. C’est un grand commerçant.
    - En quoi ?
    Elle comprit l’insinuation et rabaisse les yeux en se remettant à pleurer de plus belle.
    - Cesse donc de chialer et donne-moi ses coordonnées.
    Elle hausse les épaules :
    - Je ne connais rien de lui. Il m’appelle de temps à autre…
    Il m’appelle pour me prévenir qu’il va venir m’attendre devant le lycée, parfois un peu plus loin.
    - Tu as donc son numéro de
    téléphone.
    Elle secoue encore la tête :
    - Non… il a le mien. Il utilise toujours un appel masqué.
    Azad donne un coup rageur au volant :
    - Salaud, salaud.
    Tu vois Katia, tu vois où pouvait te mener ta naïveté. On ne doit jamais donner son numéro de téléphone à un étranger. On pourrait te faire chanter ou te menacer, tu serais tombée dans un piège sans fond.
    Il eut soudain pitié d’elle :
    - Cesse de pleurer… Je n’aime pas te voir triste. Mais avoue que je suis arrivé à temps pour te sauver des griffes de ce loup.
    Elle hoche la tête :
    - C’est vrai. Je te promets de ne plus recommencer.
    - C’est ce que je voulais entendre. Donne-moi ton portable.
    - Pourquoi ?
    - Ce salopard va tenter de te recontacter plus tard. Tu dois changer ton numéro.
    Je vais transférer tes contacts sur la cartes SIM, et détruire la puce. Nous allons en acheter tout de suite une autre.
    Katia fouille dans son sac et retire son portable qu’elle tendit à son frère :
    - Voilà, tu feras ce que tu voudras, Azad… A compter de ce jour, je te mettrais au courant de toutes mes affaires. Tu connaîtras mes relations, mes occupations, mon emploi de temps, et tout le reste.
    Il sourit et fait tourner le portable dans ses mains :
    - Ce portable est un ancien modèle, sa mémoire est très limitée.
    - Oui, c’est un portable de maman. Je n’ai pas beaucoup de contacts. Elle n’a donc pas jugé opportun de m’acheter un portable plus récent.
    Azad ouvrit le portable et retira la puce.
    - Nous allons tout changer en fin de compte.
    Il tendit la main vers le siège arrière pour prendre son cartable. Il l’ouvrit et en retira une boîte qui contenait un portable tout neuf :
    - Tu aimerais avoir un portable à double puce avec toutes les options requises ?
    Katia ouvrit les yeux tous grands :
    - Oh oui ! Ce portable est magnifique !
    - Il est à toi. Je l’ai acheté justement pour te l’offrir. Heu… dans de meilleures circonstances bien sûr.
    Emue, Katia se jette à son cou :
    - Oh Azad… Azad…, je ne sais pas comment te remercier. Tu es tellement gentil, tellement proche de moi.
    - Il y a une seule manière de me remercier pour le moment.
    - Laquelle ?
    - Promets-moi de ne plus revoir ce salaud.
    - Promis, juré… Je ne veux plus le revoir. La manière dont il m’a éjectée de son véhicule tout à l’heure avait suffi pour me renseigner sur ses intentions.
    - Ah ! tu l’as compris donc ?
    Elle ne répondit pas et Azad introduit la puce dans le nouveau portable afin de copier les contacts, puis la retire pour la jeter par la fenêtre.
    - Terminé. On se débarrasse de lui à tout jamais.

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  27. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 29e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad lui offre un portable tout neuf… Elle est si heureuse avec lui !
    Il tendit l’appareil à sa sœur :
    - Voilà, on dit qu’à quelque chose malheur est bon. A la fin de cette triste aventure, tu gagnes un portable.
    Elle sourit, puis se renfrogna. Azad remarque son front plissé :
    - Qu’est-ce qui ne va pas ?
    - Heu, rien… je voulais juste te demander…
    - Oui, quoi ?
    - Je n’aimerais pas qu’on sache ce qui est arrivé.
    - Tu veux parler des parents.
    - Oui. Ma mère est capable de faire une scène et de piquer sa crise habituelle, et papa risque de m’enfermer dans ma chambre au pain sec et à l’eau des jours durant.
    - C’est la sanction habituelle qu’on t’impose ?
    - Oui, je n’aimerais pas en arriver là, s’il te plaît Azad…
    Il sourit :
    - Non, je ne vais rien dire. Ce sera notre secret à nous deux. Gare à toi si tu divulgues quoi que ce soit de cette affaire, car dans ce cas là, je deviendrais ton complice attitré.
    Elle hoche la tête :
    - Non. Je te promets que personne n’en saura mot.
    - Bien. Maintenant allons déjeuner. Je connais une auberge non loin d’ici, dont la spécialité est le poisson. Tu aimes les fruits de mer, n’est-ce pas ?
    Heureuse elle sourit :
    - Oui… bien sûr… J’en raffole !
    - Alors fini avec les émotions pour aujourd’hui. Allons nous détendre.
    Quelques jours passent. Azad avait retrouvé un train de vie régulier. Entre son travail et ses occupations quotidiennes, il allait régulièrement attendre sa sœur au lycée, et l’accompagnait jusqu’à la maison. Souvent, ils faisaient des promenades ensemble, en particulier les week-ends. Katia semblait plus épanouie depuis qu’il s’occupait d’elle, bien que cela déplaisait visiblement à Zahia.
    Mais Tahar, qui n’y voyait aucun inconvénient, était plutôt heureux de constater que ses enfants s’entendaient bien.
    Azad n’avait plus reparlé de l’incident du lycée. Pourtant à une ou deux reprises, il crut reconnaître le véhicule du vieil homme devant l’établissement. Mais, il se dit qu’après tout, c’était lui maintenant qui récupérait sa sœur à sa sortie, alors aucun danger.
    Katia travaillait bien à l’école, et il l’aidait de son mieux pour maintenir un rythme stable. Elle se sentait moins seule, donc moins abandonnée, et c’est tant mieux. Désormais, il se sentait un peu responsable d’elle et ne comptait pas faillir à sa mission.
    Un soir, alors qu’il pleuvait à torrent, et qu’il avait garé juste en face du lycée, il vit sa sœur qui discutait en gesticulant avec une femme. Un professeur sûrement, se dit-il. Elles se rapprochèrent de quelques pas, et il n’eut aucun mal à reconnaître sa voisine… la fille du deuxième !
    Sans hésiter, il descendit de son véhicule, un parapluie à la main, et va au devant d’elles. Katia sourit à son approche :
    - Azad… je voulais justement te présenter quelqu’un : mon prof de sciences naturelles, Mlle Hadjira K.
    Il tendit la main en souriant :
    - Je crois que nous nous connaissons déjà un peu… Vous êtes la voisine du deuxième.
    La jeune fille acquiesce :
    - Je vous reconnais Monsieur le psychologue, mais je ne savais pas que vous étiez le frère de Katia, elle vient tout juste de me l’apprendre.
    - Comment ça ? Elle vous parlait de moi au seuil du lycée ?
    Katia ébauche un sourire :
    - Comme Hadjira n’avait pas de parapluie, je lui ai suggéré de prendre le mien, encore mieux, te proposer de la déposer.
    Azad sourit :
    - Avec plaisir. Il fait un froid de canard, et par cette pluie et la nuit qui tombe, personne n’a envie de flâner dans les rues.
    Hadjira affiche un air hésitant :
    - Je n’aimerais pas vous déranger.
    - Vous voulez rire, vous êtes ma voisine, et tout comme vous, je dois rentrer chez-moi. Si cela ne vous dérange pas trop, nous déposerons tout d’abord
    Katia.
    Elle hésite encore une seconde puis
    lance :
    - Non, cela ne me dérange pas. Je n’ai d’ailleurs pas le choix, poursuit-elle en indiquant de sa main le talon de sa chaussure qui venait de se détacher.
    Azad rit :
    - Un signe pour vous inciter à nous obéir. Allez, venez toutes les deux, je commence à frissonner.

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 30e partie
    Par : Yasmine HANANE

    La voiture démarre dans un brouillard… On dirait que les cieux déversaient toute leur réserve d’eau. Azad allume ses phares et se met à rouler à petite vitesse. Il avait aussi allumé le chauffage, et suggéra à Hadjira de se détendre sur le siège arrière :
    - Ne soyez pas timide, jeune demoiselle, nous allons bientôt arriver, et vous serez chez vous, au chaud, dans quelques instants.
    - Merci ! Merci monsieur…
    - Appelez-moi Azad.
    Elle allait riposter lorsque Katia lance :
    - Mon frère n’aime pas le protocole. Il est très simple.
    - Je vois…
    - Puis-je savoir ce que vous voyez ?
    - Je vois que vous êtes un homme très simple et très correct.
    Azad sourit et lui lance un regard dans le rétroviseur :
    - Vous dégagez la même impression.
    - Oh ! Vous l’avez deviné sûrement. Que je suis bête… ! C’est, bien sûr, un jeu pour le psychologue.
    - Pas tout à fait. Je ne peux pas toujours deviner. Je dois au préalable discuter longuement avec une personne avant de découvrir les facettes de son caractère. Ils étaient arrivés devant la maison de ses parents, et Azad descendit de son véhicule pour accompagner sa sœur sous la pluie. Il revint deux minutes plus tard et propose à Hadjira de se mettre sur le siège avant. Elle s’exécute, mais Azad remarque la rougeur de ses joues.
    - C’est plus confortable, n’est-ce pas ?
    Il contourne le quartier, et un quart d’heure plus tard, il gare devant son immeuble.
    - Voilà, nous sommes arrivés. Attendez, je vais vous aider.
    Il ouvrit la portière et lui tendit le parapluie :
    - Je vais vous aider à atteindre l’ascenseur. Vous boitez, prenez donc mon bras.
    - Non… je… je vais me débrouiller. J’ai le parapluie et vous ? Vous serez trempé jusqu’aux os sous ces averses.
    - Oh ! Ce n’est pas grave. J’ai juste quelques mètres à traverser, et je serai à l’abri dans la cage d’escalier. Prenez mon bras et donnez-moi ce parapluie.
    N’ayant pas le choix, elle lui tendit le parapluie qu’il maintint au-dessus de sa tête, et s’accroche au bras qu’il lui tendait.
    Azad la sentit tendue. Cela allait de soi… Elle ne le connaissait pas encore assez pour se permettre une telle familiarité.
    Ils étaient enfin devant l’ascenseur.
    - Voila, chère amie, je crois que nous sommes arrivés sains et saufs.
    - Merci !, répondit-elle en prenant appui sur l’entrée de la cage. Merci beaucoup. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans vous.
    - Tu serais rentrée comme une grande chez toi. Tu permets qu’on se tutoie, n’est-ce pas ? On est, je suppose, de la même génération.
    Elle sourit :
    - Bien sûr.
    L’ascenseur s’arrête au deuxième étage, et elle hésite une seconde avant de sortir :
    - J’aimerais monter chez toi.
    - Hein ?
    - Oui… pour une consultation.
    - Oui… tout de suite, là ?
    - Mais non…
    Elle baisse la tête avant de poursuivre :
    - Je voulais venir faire une petite thérapie. Je suis un peu agitée ces derniers temps.
    - La fatigue peut-être ou le surmenage.
    - Possible, mais il y a autre chose… Quelque chose dont j’aimerais t’entretenir.
    - Ma porte t’est ouverte Hadjira… Tu viendras quand tu voudras.
    - Merci ! Merci encore pour tout … et bonne nuit.
    Elle s’en va, et le jeune homme la suit des yeux alors que la porte de l’ascenseur se refermait.
    La soirée passe sans encombre. Il avait l’impression d’avoir rencontré quelqu’un d’important, alors qu’en réalité il venait de faire connaissance avec sa voisine. Certes, elle était aussi le professeur de sa sœur, mais jusqu’à ce jour il ne le savait pas.
    Il sourit en repensant à la jeune femme. Elle était timide au fond d’elle-même. Sous ses airs de femme sûre, elle cachait une autre personnalité.
    De quoi voulait-elle donc l’entretenir ?
    De sa timidité peut-être ?
    Elle lui avait révélé qu’elle était agitée. Possible que ce soit vrai… L’anxiété prenait tout le monde au dépourvu.
    Il venait de terminer de dîner lorsque son téléphone se met à sonner. Il reconnut le numéro de sa belle-mère. Elle n’avait pourtant pas l’habitude de l’appeler. Que se passe-t-il pour qu’elle le contacte ce soir ?
    Il s’empresse de répondre, et une petite voix, presque un chuchotement, lui lance :
    - Allo ! Azad, c’est toi ?
    - Oui, Zahia ?
    - Chut ! Je parle de la cuisine, je n’aimerais pas qu’on nous entende.
    - Qu’est-ce qui se passe Zahia ? Quelque chose ne va pas ?
    - Non… (elle parlait toujours à voix basse) Non… tout va bien. Je voulais juste te demander de me recevoir dans ton cabinet demain matin.
    - Des problèmes ?

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  29. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 31e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad est inquiet. Que se passe-t-il donc ?
    Zahia chuchote encore :
    - Non. Ce n’est pas ce que tu penses.
    - Voyons Zahia, tu sais bien que tu peux venir à n’importe quel moment. Je ne pense à rien. Tu es ma belle-mère. !
    - Je n’aimerais pas te déranger.
    - Demain matin ? Tu veux passer demain matin ?
    - Oui, s’il te plaît.
    Azad n’avait jamais entendu sa belle-mère supplier qui que ce soit, ni prendre cette petite voix craintive. A coup sûr, quelque chose ne tournait pas rond.
    - Zahia, tu es sûre que tout le monde va bien ? Papa, Katia ?
    - Tout va bien, et tout le monde va bien. Je veux juste discuter avec toi. Ce n’est pas interdit, n’est-ce pas ?
    - Pas du tout, voyons ! Mais tu m’inquiètes en prenant cette voix craintive. Je ne te reconnais pas.
    - Demain tu sauras tout Azad. Demain matin je passerai chez toi. Et surtout pas un mot sur notre rendez-vous à qui que ce soit. Surtout pas à ta sœur.
    - Aucune crainte là-dessus. C’est
    promis.
    Elle raccroche, et le jeune homme demeure pensif un moment. D’abord Hadjira qui voulait le voir, puis sa belle-mère !
    - Est-ce pour la même raison ?, se demande-t-il à haute voix.
    Sa belle-mère ne semblait pas du tout sereine ce soir. Par contre, Hadjira avait peut-être un “trop-plein” à déverser.
    Cette jeune femme devait vivre seule. Pourquoi n’est-elle pas dans sa
    famille ?
    Il repense alors à sa propre situation. Il y a des circonstances qui poussent les personnes à quitter leur famille. Parfois, il faut savoir trancher. Lui-même avait dû prendre les initiatives pour mener sa propre vie. Etait- ce la même chose pour Hadjira ?
    Bientôt il le saura se dit-il, en se glissant dans son lit.
    Le lendemain matin, il est réveillé par la sonnerie insistante de la porte. Il jette un coup d’œil à son réveil, et constate qu’il était à peine 8h, et que le jour venait de se lever.
    Il quitte hâtivement son lit et alla ouvrir. Zahia se tenait au seuil de sa porte. Elle semblait agitée, pâle et surtout apeurée.
    Elle le repousse vers l’intérieur et s’introduit dans l’appartement :
    - Vite Azad, referme cette porte, quelqu’un pourrait nous voir !
    Surpris par cette visite trop matinale et le ton apeuré de sa belle-mère, Azad demeure un moment sans réagir. Certes, il attendait Zahia dans la matinée, mais pas à cette heure-ci.
    Il referme la porte et se retourne vers elle :
    - Je ne t’attendais pas si tôt Zahia. Je ne me suis même pas levé.
    Elle balaya l’air de ses mains :
    - Peu importe. Je voulais te rencontrer le plus tôt possible. Tout à l’heure, tu recevras tes patients, et je n’aimerais pas que quelqu’un me reconnaisse.
    Azad fronce les sourcils :
    - Pourquoi donc ? Tu es ma belle-mère et tu pourras passer chez moi à toute heure.
    Elle hoche la tête :
    - Oui, oui, je sais. Mais ce n’est pas ça.
    Elle tourne sur elle-même comme si elle cherchait quelqu’un, puis se figea et demande :
    - Tu es seul n’est-ce pas ?
    - Bien sûr.
    - Je vais te raconter quelque chose. Quelque chose qui me concerne personnellement. Je ne sais pas par quoi commencer.
    Azad se passe la main dans les cheveux :
    - Viens. Installe-toi au salon, je vais préparer du café et nous discuterons.
    Elle se calme et le suit.
    Le jeune homme branche sa cafetière électrique et se rendit dans la salle de bains pour une petite toilette avant de revenir vers sa belle-mère :
    - Tu me sembles agitée Zahia. Qu’as-tu au juste ?
    Elle se passe la langue sur les lèvres et lui jette un regard implorant :
    - Je ne me sens pas bien Azad. Je suis très anxieuse. Très agitée.
    Azad prend place en face d’elle :
    - Pourquoi te sens-tu anxieuse ?
    Elle hausse les épaules :
    - Je ne me sens pas bien. Je me suis fait suivre par un psychiatre il y a quelques années. J’avais… J’étais dépressive. Et maintenant je ne prends plus de médicaments.

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  30. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 32e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad remarque le tremblement de ses mains, et la bave aux commissures de ses lèvres. Sa belle-mère ne ressemblait guère, ce matin, à la femme élégante et imposante qu’il avait toujours connue.
    - Du calme Zahia… A chaque mal, il y a un remède. Tu veux un café ?
    Elle hoche la tête sans répondre et il alla verser le café chaud dans deux tasses, avant de revenir au salon.
    Il dépose une tasse devant sa belle-mère, ainsi que le sucrier.
    Zahia rajoute deux cuillères de sucre dans sa tasse, et se met à siroter nerveusement son café. Puis elle revint vers Azad :
    - Azad… toi seul pourras m’aider.
    Elle pousse un soupir et regarde ses mains qui tremblaient de plus belle :
    - Tu connais l’anxiété n’est-ce pas ? Tu es psychologue… Tu dois recevoir un tas de gens qui souffrent de ce mal.
    Azad dépose sa tasse et la regarde
    en face :
    - Si je connais l’anxiété ? Je connais tous les maux de l’âme Zahia. Non pas parce que je suis psy mais plutôt parce que je suis passé par des moments où j’ai cru réellement sombrer…
    - Ah ! Bien… Alors tu sais ce que c’est, et comment traiter tout ça ?
    Il hoche la tête :
    - Je reçois beaucoup de gens qui souffrent. Les crises existentielles passent chez tout le monde sans exception. Il faut savoir les dépasser et surmonter l’épreuve au bon moment.
    - Heu… oui mais sans l’aide d’un médecin… de médicaments…. je ne pense pas qu’on pourrait…
    Il secoue la tête et l’interrompt :
    - On peut la dépasser par n’importe quelle motivation. En s’accrochant par exemple à quelque chose qu’on aime. C’est un peu comme un noyé qui s’accroche à la bouée de sauvetage.
    Elle lève une main :
    - Non… non… ce n’est pas tout le monde qui connaît ça. Il y a, comme moi, des gens qui n’arrivent pas à s’accrocher sans aide. Lorsque je voyais régulièrement mon psychiatre, il me prescrivait des antidépresseurs… des comprimés qui me permettaient de tenir. Puis un jour, il ne voulait plus me prescrire quoi que ce soit. Il m’avait tout simplement mise à la porte de son cabinet.
    - C’est vraiment bizarre. Comment te sentais-tu à cette époque ?
    - Oh je… je ne sais trop. Cela remonte à plus de trois années. J’ai tenté de remonter la pente, mais je n’ai pas pu. Il me fallait une canne…hein… c’est comme ça que vous appelez ces anxiolytiques n’est-ce pas ?
    - Oui… mais si ton médecin avait jugé qu’il était temps pour toi d’arrêter ces prises, il fallait arrêter.
    - Je ne pouvais pas. Je devenais de plus en plus dépendante.
    - Je comprends mais l’arrêt de ces médicament se fait progressivement. Ton médecin avait dû te prévenir…
    - Oui… Oui… Je… je devais arrêter progressivement. Ce médecin n’etait finalement qu’un imbécile. Il ne comprenait rien à mon mal. Je ne pouvais plus me passer des antidépresseurs. Il le savait bien.
    - Pourquoi n’es-tu pas retournée le voir ?
    - Je suis repassée à son cabinet, mais il ne voulait pas me recevoir.
    - C’est vraiment bizarre. Tu n’as pas pensé à voir un autre médecin ?
    Elle baisse les yeux avant de répondre :
    - J’ai vu quelqu’un… Quelqu’un d’autre… Un infirmier qui travaillait dans un hôpital psychiatrique. Il… il était très gentil et me remettait des comprimés… des… des calmants. Puis un jour, il m’avait remis une sorte de poudre blanche. Une poudre qui faisait rapidement son effet.
    Azad sursaute :
    - Une poudre ? Quel genre de poudre ?
    - Je ne sais pas…
    Azad sentit sa belle-mère au bord d’une crise de nerfs. Elle avait les yeux exorbités et tentait de camoufler ses mains sous son sac :
    - Je ne sais pas Azad… A vrai dire je ne cherchais pas à le savoir. Cette poudre me faisait du bien. J’avais pris l’habitude de récupérer ma dose chaque semaine chez ce jeune homme.
    Azad écarquille les yeux :
    - Tu récupérais cette poudre à
    l’hôpital ?
    Elle secoue sa tête :
    - Non, pas à l’hôpital. C’était à chaque fois à un endroit différent. Je n’avais qu’à contacter cet homme pour qu’il me procure ce merveilleux remède.
    - Et bien sûr tu payais rubis sur l’ongle.

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  31. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 33e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle hoche la tête d’un air nerveux :
    - Peu importe, cela coûtait les yeux de la tête, mais je n’en avais cure. Je ne pouvais plus m’en passer. C’est pour cela que je viens te voir, Azad.
    Le jeune homme demeure perplexe. Sa belle-mère était devenue une toxicomane. Elle prenait de la morphine. Elle le savait d’ailleurs. Elle le savait, elle avait pris cet air naïf, pour l’amadouer et lui demander de lui procurer cette saloperie. Il se reprend et demande :
    - Tu ne vois plus cet homme ?
    - Non, il a disparu. Cela fait des jours que j’essaye de le contacter, il demeure injoignable. Je me suis même rendu à l’hôpital, mais vraisemblablement, il a quitté le pays.
    - Il ne t’a pas expliqué qu’il te remettait de la morphine ? Ces petits sachets qui contenaient de la poudre blanche et qu’il te vendait à des prix exorbitants. Tu savais que tu prenais de la drogue Zahia, tu te piquais ou tu sniffais ?
    Zahia lui jette un regard mauvais :
    - Je ne suis pas venue pour me faire juger. Je voulais que tu m’aides, que tu me procures cette poudre. Je suis prête à te payer le prix que tu voudras.
    Azad soutint son regard. Il se demande si sa belle-mère se payait sa tête, ou tentait tout simplement de l’inciter à lui obéir. Elle garde le silence et attend une réponse qui ne vient pas. Alors elle se lève :
    - Désolée, je crois que j’ai tapé à la mauvaise porte. Je pensais qu’un psychologue pouvait m’aider.
    J’ai oublié que tu es mon beau- fils, que tu ne m’as jamais supportée, moi non plus d’ailleurs. Je…
    - Assez…
    Azad avait laissé échapper un cri avant de prendre sa belle-mère par le bras :
    - Ne redis plus jamais ça, Zahia. Je ne t’ai jamais aimée ? Oui, parce que tu n’as jamais voulu de mon amitié ou de mon amour, j’étais l’indésirable….
    Il pousse un soupir et relâche son bras :
    - Je pensais que toute cette histoire faisait partie du passé. Je ne savais pas que ta haine envers moi est restée telle que je l’avais laissée dans ton cœur. Hier, quand tu m’avais appelé, j’ai cru déceler dans ta voix une supplication, tu avais besoin de mon aide. J’étais prêt à t’aider dans la mesure de mes moyens, mais je crois que tu confonds entre ma fonction et celle d’un dealer. Je n’ai pas envie de passer le reste de ma vie en prison, tu es devenue une toxicomane Zahia, ton cerveau ne peut plus se passer de morphine. Si je peux te proposer une chose, c’est de plutôt de t’aider à de désintoxiquer, sinon…
    Il écarte ses mains avant de les joindre :
    - Sinon, libre à toi de faire ce qui te
    plaira.
    Un instant, il cru que Zahia allait le gifler. Ce qui ne l’aurait pas du tout étonné. Mais elle se ravisa. Elle s’était levée et s’était emparé de son sac, avant de se diriger vers la sortie :
    - J’ai compris Azad, j’ai compris. C’est moi la gourde, c’est moi qui avais pensé que tu allais m’aider, alors que j’aurais dû me douter de ton refus. Tu es comme ton père, tu ne sais rien de la vie, mais tu imposes ton diktat…
    Elle brandit son index devant son
    visage :
    - Pas avec moi, pas avec moi Azad… Car je saurais toujours comment revenir à la rescousse. Je suis Zahia, la femme qui retombe toujours sur ses pieds. Sur ce, elle sortit en courant, et claqua la porte d’entrée d’une main rageuse derrière elle.
    Azad demeure un moment hébété. Si un jour, on lui avait appris que Zahia était une toxicomane, il n’en aurait pas cru un mot.
    Mais aujourd’hui, c’est elle-même qui est venue lui révéler cette triste réalité. Il comprend maintenant pourquoi elle avait accepté son invitation pour le dîner, et pourquoi elle avait alors posé autant de questions sur sa profession. Elle voulait tenter sa chance auprès de lui. Elle avait déployé des trésors de gentillesse pour se rapprocher et tout connaître de ses activités.
    Azad se sentit tout à coup las et triste. Il repense à son père, qui ignorait tout des agissements de sa femme. Et puis il y avait Katia. Pauvre petite sœur. Elle aussi devait ignorer cette amère réalité. Sa mère évite au maximum sa compagnie. Elle ne voulait pas qu’on découvre le pot aux roses, et avait érigé une carcasse autour d’elle.
    Rien dans ses airs hautains, ne pouvait laisser supposer quoi que ce soit. Azad avait cependant remarqué les cernes profonds sous ses yeux, et le teint jaunâtre de son visage. En temps normal, Zahia tente de camoufler ces “imperfections” par un maquillage savant. Mais ce matin, elle était elle-même… Sans artifices, elle dévoilait son véritable visage et se trahissait. Le manque de barbituriques et de morphine la faisait paraître plus malade et plus vieille. Le jeune homme se leva et alla s’habiller. Sa journée ne démarrait pas sous de bons auspices, mais il devait maintenant réintégrer son cabinet. Des patients ne vont pas tarder à arriver. Deux jours passent.
    Zahia n’avait ni réapparu ni appelé. Azad de son côté, s’était contenté de récupérer sa sœur du lycée et de la déposer à la maison, sans penser à rendre visite à son père.
    Tenant à sa promesse, il n’avait soufflé mot à personne quant à son entretien avec Zahia. Il aurait tant voulu l’aider, il aurait aimé qu’elle l’écoute et suive ses conseils pour se désintoxiquer…

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  32. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 34e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hélas ! Cette femme ne semble pas prête à améliorer leur relation. Depuis leur dernière entrevue, il savait qu’il ne pouvait plus rien espérer d’elle.
    Désormais, elle le prendrait en grippe, le fuirait, lui interdirait peut-être même de venir à la maison, d’aller récupérer Katia du lycée ou de la faire sortir.
    A cette pensée, son cœur se serra. Il avait tant espéré retrouver une famille unie. Malgré l’hostilité de Zahia à son égard, il ne pouvait s’empêcher de croire à une meilleure entente avec son père et sa sœur.
    Certes, jusqu’à ce jour, il n’avait pas eu à trop s’en plaindre. Mais Zahia voudra se venger de lui à coup sûr. Oui… c’est ça… elle voudra se venger à sa manière, en l’empêchant de les approcher tous.
    La nuit étendait ses voiles et la ville commençait à s’illuminer. Il avait déposé Katia à la maison, et était allé faire quelques courses. La soirée allait être aussi solitaire que d’habitude, mais Azad ne s’en plaignait pas trop.
    Il avait une bonne bibliothèque, une vidéothèque, et il saura agréablement meubler son temps en cas d’insomnie.
    Il gare sa voiture au parking, prend ses sachets, et se dirige vers son immeuble.
    Le portail était fermé. Il prend ses clefs et ouvrit. Le réceptionniste était parti, mais l’entrée était illuminée.
    Le clignotant rouge au dessus de l’ascenseur, lui apprend que ce dernier était occupé.
    Il attendit un moment, puis décide de prendre les escaliers.
    Arrivé au premier palier, il cru entendre un cri… Une voix suppliante… Cela venait de l’étage au dessus.
    Azad se met à monter les marches quatre à quatre. Quelqu’un avait besoin d’aide.
    Il arrive au deuxième étage, et constate que la porte de l’appartement du fond était grande ouverte. C’était l’appartement de Hadjira ! Cette dernière criait et suppliait… Il l’entendit pousser des chaises, heurter des meubles, faire tomber de la vaisselle et des bibelots.
    Que se passe t-il donc ? Un cambrioleur s’était-il introduit chez-elle ?
    Cette seule idée balaya toutes les hésitations du jeune homme, qui laisse tomber ses paquets pour s’introduire en courant dans l’appartement.
    Il découvrit alors un spectacle inattendu. Hadjira courait dans tous les sens et renversait tout ce qui se trouvait sur son passage… Elle avait un balai et une serviette au bout de ses bras, et donnait des coups à droite et à gauche.
    Elle passe devant Azad puis repasse, sans même remarquer sa présence. Il comprit alors que Hadjira poursuivait une souris.
    Il lui prend alors le balai des mains, et s’introduit dans la cuisine où il pense mettre fin aux grandes frayeurs de sa voisine.
    Son instinct ne l’avait pas trompé. La souris s’était refugiée sous la cuisinière. Plusieurs tentatives furent nécessaires pour la déloger, avant qu’un coup de balai l’assomme. Azad lui écrase alors la tête et prend une pelle pour la ramasser et la mettre dans un sac en plastique.
    Il regarde Hadjira, qui encore terrifiée, avait suivi la scène sans broncher.
    - Je vais descendre la jeter dans la grande poubelle du quartier, lui dit-il en lui désignant le sac avec une moue de dégoût. Ou bien préfères-tu la garder en souvenir ?
    Elle recule et porte une main à sa bouche. Azad eut juste le temps de la retenir. La jeune fille perdit connaissance dans ses bras.
    Il s’en voulu… Il avait tenté de plaisanter pour la rassurer, mais il n’avait pas prévu sa réaction. Les nerfs de Hadjira avaient été soumis à rude épreuve.
    Il la porte et l’allonge sur le fauteuil du salon, avant d’aller chercher un verre d’eau et une serviette mouillée.
    Hadjira ouvrit les yeux et Azad lui fera boire quelques gorgées d’eau.
    - Ça va aller… Ce n’était qu’une souris, voyons, Hadjira.
    Elle avait encore un regard apeuré. Azad passe une main sur son front :
    - C’est terminé… Je l’ai tuée… Tu n’as plus rien à craindre.
    Il se lève, mais elle le retint par la main :
    - J’ai… j’ai peur. Je ne sais s’il n’y en a pas d’autres dans l’appartement.
    Azad s’agenouille devant-elle :
    - Cette souris a dû rentrer par la gouttière. Il faut fermer les fenêtres quand tu n’es pas à la maison… Cela n’arrive pas tous les jours, mais de temps à autre, les ménagères retrouvent ces bêtes dans leur cuisine. Tout comme les humains, elles recherchent de la nourriture et de la chaleur.
    Je ne crois pas qu’il y ait un rat ou une autre souris chez-toi, mais pour plus d’assurance, tu achèteras dès demain de la mort-aux-rats et tu en mettras en peu partout dans l’appartement. Utilise un bout de fromage pour plus d’efficacité…

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 35e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hadjira se relève. Elle avait les cheveux décoiffés, et la mine défaite. Elle tente de remettre un peu d’ordre dans ses vêtements, puis regarde autour d’elle.
    Le salon ressemblait à un champ de bataille. Des chaises étaient renversées, des bibelots cassés, des bouts de verre traînaient çà et là, les rideaux étaient arrachés, un vase en cuivre traînait sur le tapis etc.
    Azad suit son regard et sourit :
    - On peut dire que tu as déclaré franchement la guerre à cette pauvre souris.
    Elle le regarde et se reprend en réalisant tout à coup que sans l’aide de son voisin, elle ne serait pas encore venue à bout de cette souris.
    La frayeur était encore en elle, mais elle avait recouvré ses esprits :
    - Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi, lance t-elle d’une petite voix. Vraiment, c’est la providence qui t’envoie.
    Azad souriait toujours. Il aurait voulu la taquiner, mais il appréhendait sa réaction :
    - Ce n’est rien… Je n’ai fait que mon devoir envers une voisine en difficulté.
    - Merci, merci Azad.
    Elle l’avait appelé par son prénom, et il se sentit heureux.
    - Je vais me dépêcher de jeter cette intruse ou ce qu’il en reste à l’extérieur. Tu n’as plus peur n’est-ce pas ?
    Elle secoue sa tête :
    - Non, je crois que la crise est passée. Je vais devoir me mettre cependant à tout nettoyer. J’ai provoqué un tel désordre dans ce salon que je ne sais plus par où commencer.
    - Je pourrais revenir te donner un coup de main.
    Elle se retourne vers lui et se rendit compte alors qu’ils se trouvaient tous les deux seuls dans son appartement. Elle sentit une gêne, mais tente de prendre un air dégagé pour répondre poliment :
    - Très gentil à toi Azad, mais cela ira, je me débrouillerais.
    - A ta guise ! Et… et si jamais…
    Il ne termine pas sa phrase, car elle avait compris :
    - Oh non ! J’espère que je ne vais pas encore découvrir une autre de ces sales bêtes dans mon appartement.
    Instinctivement, elle se rapproche de lui. Azad remarque les veines de son cou qui battaient à tout rompre. Il tente de la détendre :
    - Ah les femmes ! Vous voulez égaler l’homme sur tous les terrains, mais la vue d’une bestiole vous fait fuir. Où sont donc ces droits que vous brandissez à tout bout de champ ?
    Prise au dépourvu, elle relève la tête et tente de trouver une réponse. Mais elle remarque l’air amusé d’Azad, et se met à rire :
    - C’est ça, marque des points… Accuse les femmes d’être des lâches.
    - Alors pourquoi avais-tu alarmé tout le quartier par tes cris.
    - Moi ? Mais je n’avais pas crié !
    C’était au tour d’Azad d’éclater de rire. Non seulement, Hadjira avait eu la peur de sa vie, mais elle ne s’était même pas rendu compte de ses hurlements.
    C’est ce qu’on pourrait appeler un cas désespéré !
    - Tu criais tellement que j’ai cru qu’il y avait le feu chez toi ou que quelqu’un s’y était introduit…
    Fort heureusement, je suis monté par les escaliers.
    Hadjira passe une main sur son visage.
    - Je crois que mes nerfs avaient craqué. La vue de cette souris m’avait fait perdre toute raison. Mais, reconnais-le, je ne suis tout de même pas restée sans réagir. J’ai suivi cette bête à travers l’appartement.
    - Tu la suivais, ou tu fuyais ?
    Elle lui jette un regard en biais, puis se met à rire :
    - Je le reconnais… Je fuyais… Je suis une lâche.
    Il rit :
    - Mais non ! Cela se comprend. La peur fait partie des émotions humaines. Et ce n’est pas parce que tu es une femme que tu dois te reprocher cet état de fait. Les hommes aussi ont peur… à leur manière bien sûr, mais c’est tout comme, ils ont peur… Nous sommes de faibles créatures.
    Il se dirige vers la sortie, le sac en plastique qui contenait la souris écrasée toujours à la main :
    - En tout cas, tout est bien qui finit bien. Je te souhaite bien du plaisir dans la remise en ordre de ton appartement.
    - Merci Azad… Merci pour tout.
    - Il n’y a vraiment pas de quoi. En cas de besoin, tu sais où me trouver.
    Il referme la porte de l’appartement derrière lui, et s’empresse de se débarrasser de son indésirable paquet, avant de remonter chez lui.

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 36e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Hadjira demeure un moment sans réaction. Elle se tenait toujours sur le seuil du salon et regardait la porte d’entrée. Azad venait de partir. Elle se retrouvait seule en plein milieu de son appartement qu’elle venait de mettre sens dessus-dessous.
    Elle contemple un moment les dégâts puis se met à ramasser les bibelots cassés et les débris de verre. Il aura suffi d’une souris pour que son petit chez-soi, coquet d’habitude, soit transformé en un champ de bataille.
    Elle passe en revue les dégâts, puis se retrousse les manches. Il faut tout nettoyer et remettre tout en ordre ce soir même, bien que cela va demander un temps interminable. Azad avait raison, dès demain elle achètera de la mort-aux-rats et en mettra un peu partout dans la maison. Cela lui évitera à coup sûr d’autres mauvaises surprises.
    Elle se met à laver à grande eau tout l’appartement. Elle voulait effacer toute trace du passage de la souris, et c’est avec soulagement qu’elle constate qu’hormis quelques « empreintes » dans la cuisine où la souris avait dû séjourner, le reste de l’appartement, n’était pas touché.
    Il fallait juste penser à passer la serpillière dans les chambres, le couloir et le salon, car en sentant le danger, la bête avait fui à travers toute la maison.
    La nuit était bien avancée lorsque Hadjira pu enfin respirer. Tout, autour d’elle, luisait de propreté.
    C’était un véritable plaisir que de constater que tout était à sa place, et que rien ne rappelait la mésaventure du début de la soirée.
    Elle prend une douche et dîne rapidement, avant de s’attaquer à la correction des devoirs. Elle était épuisée moralement et physiquement, mais tentait de tenir le coup, car elle avait des classes d’examen, et elle se devait d’aider ses élèves à franchir le cap du lycée vers l’université. Mais la fatigue aura raison d’elle. Sans s’en rendre compte, elle s’endormira sur ses copies.
    Azad se lève tôt et se met au balcon. Il aimait voir le soleil se lever sur la ville et contempler le panorama qui s’étendait à ses pieds.
    Il sirotait son café en repensant aux événements de la veille. Hadjira avait-elle fini de se remettre de ses émotions ? se demande-t-il. Il savait que la jeune femme n’allait pas se mettre au lit avant d’avoir tout nettoyé et remis en place. C’était le genre de femmes maniaques et méticuleuses à souhait qui n’aimait pas vivre dans le désordre et la saleté.
    Tout en elle respirait la sérénité, mais son regard éteint et son air triste ne lui avaient pas échappé.
    Azad se rappelle leur première entrevue. C’était un week-end, dans l’ascenseur.
    Ce jour-là, la jeune femme n’avait même pas daigné se présenter à lui.
    Quelque chose en elle l’avait alors frappé. Cette femme était jeune et belle, et avait tout pour réussir dans la vie. Cela se voyait … mais pour le psychologue qu’il était, les apparences étaient toujours trompeuses. Hadjira semblait plutôt préoccupée.
    Elle était pourtant mignonne, gentille, et très sympathique.
    Seulement… seulement, il sentait qu’elle avait besoin d’aide.
    Hier, alors qu’elle avait perdu connaissance dans ses bras, il avait remarqué ses traits tirés, et des cernes sous ses yeux.
    De quoi pouvait-elle donc souffrir ?
    De solitude ?
    Il se demande alors pourquoi une fille telle qu’elle était toujours célibataire ? Et pourquoi elle vivait seule, au lieu d’être auprès de sa famille, car elle devait bien avoir une famille !
    Il repense à sa propre situation. Etait-elle comme lui ? Une orpheline à la recherche d’un réconfort qu’elle ne trouvait pas encore.
    Il avale une gorgée de café et se demande s’il elle n’aurait pas encore besoin de lui pour partir à la chasse à la souris. Il se rappelle alors qu’elle devait monter le voir, comme n’importe quel patient. Un entretien avec le psy…
    Ah ! Qu’il était pressé de la revoir !
    Vers 10h, il reçu un patient qui lui révéla souffrir d’insomnie. Azad le rassure en lui disant que c’est un phénomène tout à fait naturel, et qu’il devrait revoir son emploi du temps quotidien afin de stabiliser son horloge biologique. Parfois, trop de travail provoque un surmenage, et le surmenage peut provoquer des insomnies. L’insomnie en elle-même pourrait nuire à son esprit créatif et à sa mémoire.
    L’homme, encore jeune, hoche la tête d’un air affirmatif :
    - C’est vrai, mais je n’y peux rien. Dès que je sens la fatigue me gagner, je me mets au lit et tente de m’endormir. Hélas, le sommeil me fuit… Je ne fais que tourner et me retourner dans ma couche sans pour autant trouver le repos… Ce que vous venez de me dire est cependant tout à fait juste. Je suis surmené depuis de longues années.
    Azad demande d’une voix calme :
    - Vous connaissez bien entendu les raisons de votre surmenage. Je suppose que vous avez des responsabilités, un travail contraignant et peut-être une vie familiale qui n’est pas de tout repos.

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 37e partie
    Par : Yasmine HANANE

    L’homme le regarde en hésitant un moment avant de répondre :
    - Vous… vous venez de marquer un point là-dessus… En dehors de mes responsabilités professionnelles, ma vie familiale est loin d’être celle que j’ai espérée.
    - Vous êtes marié ?
    Il hoche la tête :
    - Oui, et j’ai deux enfants qui sont ma raison de vivre. C’est pour eux que
    je suis entrain de boire le calice jusqu’à la lie.
    - Très bien, parlez-moi un peu de votre famille… de vos parents, de votre femme…
    Un autre moment de silence s’ensuivit. Cette fois-ci l’homme avait perdu de son assurance et Azad cru opportun de le relancer :
    - Vous pouvez vous confier à moi en toute confiance, je suis tenu par le secret professionnel et tout ce que vous pourrez me raconter restera confiné à jamais entre ces quatre murs.
    - Je suis certain que vous allez comprendre mon désarroi… Vous seul pourrez m’aider.
    Azad ouvrit les bras :
    - Je suis à votre disposition cher ami. Soyez confiant.
    - Je le suis. Je… je ne serais pas venu vous retrouver dans le cas contraire. Heu… je vais tout d’abord vous dire que j’ai eu une enfance assez calme. J’étais le garçon unique d’une famille de cinq enfants. Vous en convenez donc que j’étais gâté à l’extrême et qu’on ne me refusait pratiquement rien. Mon père était navigateur, et je me retrouvais souvent seul avec ma mère et mes sœurs qui me choyaient et répondaient à tous mes désirs.
    Je n’avais qu’à ouvrir la bouche pour que tout ce que je demande soit réalisé dans l’immédiat. Alors je ne me privais pas. Sorties, vêtements, jouets, jeux, friandises, etc.
    J’avais une chambre qu’on pourrait qualifier de caverne d’Ali Baba. Je possédais ce qu’aucun enfant de mon âge ne rêvait de posséder.
    Il pousse un soupir :
    - La tare venait peut-être de là. Plus je grandissais, plus on me gâtait et plus je devenais arrogant, égoïste, radin, menteur, imposteur… Et ces qualificatifs ne suffisent pas à décrire mes défauts et mon caractère acariâtre. Je malmenais mes sœurs, les frappais à la moindre incartade… Dès l’âge de dix ans, ma mère ne cessait de me répéter qu’en l’absence de mon paternel, c’était moi l’homme de la famille. Alors la prenant au mot, je devenais comme ce coq de la basse-cour qui jouait au caïd, et que les poules vénéraient.
    Il se passe une main sur le visage :
    - Je ne savais pas que j’allais à ma propre destruction morale… Je grandissais aussi couvé qu’un poussin, et bien sûr, je n’avais aucune véritable expérience de la vie et de ses affres. Ma personnalité s’en trouvera touchée au plus profond d’elle-même.
    Une fois loin de ma famille, je ne savais rien faire. Je ne savais, ni tenir une conversation, ni lier une amitié, ni répondre aux provocations et encore moins me bagarrer.
    A l’école, j’étais la mauviette qu’on ridiculisait à tout bout de champ. Les camarades de classe se moquaient de moi. Je devenais la risée de l’école. Dans la cour, alors que les garçons s’adonnaient à des jeux de leur âge, moi je préférais les jeux des filles… Je préférais le saut à la corde à un match de foot, ou les tresses d’une poupée à un affrontement entre garçons.
    J’étais détruit… Détruit et malheureux. Je ne comprenais toujours pas la société et ses dérivées, alors que chez-moi on continuait à me cajoler. Mes sœurs allaient jusqu’à intervenir pour moi dans les bagarres de quartier, alors que les garçons de mon âge se faisaient eux-mêmes justice.
    Il se tut. Azad remarque la sueur qui perlait sur son front, et lui verse un grand verre d’eau :
    - Prenez quelques gorgées d’eau et détendez-vous. Si vous vous sentez épuisé pour aller jusqu’au bout aujourd’hui ou que ces confidences sont trop pénibles pour vous, on pourrait interrompre cette séance et la reprendre demain.
    L’homme, fait un signe de négation :
    - Non… je préfère tout relater… Tout faire sortir… Je me sens étouffer en gardant tous ces souvenirs du passé en moi. Il faut que je m’en débarrasse avant que je ne perde la raison.
    Il bu un peu d’eau et se laisse aller sur le fauteuil avant de reprendre :
    - Jusqu’à mon adolescence, cela pouvait se comprendre… mais… mais l’âge adulte me surprend… La puberté sera pour moi une rude épreuve… Je n’avais personne à qui confier mes préoccupations. Personne n’avait songé à m’expliquer ce passage ingrat qui nous balance sans prévenir de l’enfance à l’âge mur. J’avais… j’avais peur. J’étais instable et prêt à éclater en sanglots à la moindre incartade.
    Ma mère tentait tant bien que mal de me soulager en passant de longues heures dans ma chambre. Elle me prenait contre elle, et me berçait jusqu’à ce que je m’endorme. J’avais 16 ans !
    Mon père, qui rentrait de temps à autre de ses voyages pour de courts séjours, n’avait jamais pensé m’entretenir sur l’adolescence et ses méfaits. Pour lui, j’étais l’héritier qui allait le remplacer un jour dans la famille. En dehors des cadeaux sous lesquels j’étais noyé, je n’avais rien appris de lui.

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 38e partie
    Par : Yasmine HANANE

    L’homme poursuit :
    - Cela dura des années. Lorsque je fus au lycée, un camarade de classe me pris sous son aile. C’était un garçon sympa et très beau… Il était issu d’une famille aisée et tout comme moi possédait tout ce dont il avait besoin et même plus. Il m’apprendra les premiers rudiments d’une éducation que j’ignorais jusque-là. Il était attentionné, serviable, me faisait des cadeaux de temps à autre, et me défendait bec et ongles lorsqu’on s’attaquait à moi.
    Je me sentais si bien en sa compagnie que je ne le quittais plus. Nous formions alors une paire si compacte qu’on nous surnomma les jumeaux. Je passais mon bac, et le décrochais haut la main. Grâce aux encouragements de mon ami, je n’eus aucun mal à obtenir de bonnes notes. Nous étions fiers alors de pouvoir entamer ensemble des études universitaires. Mais c’est à l’université que les choses se corsèrent.
    Azad l’interrompt en remarquant les perles de sueurs sur son front :
    - Je vois qu’il vous est difficile de continuer… Arrêtez-vous un moment.
    L’homme garde le silence un instant et se met à contempler le plafond, comme si dans sa contemplation il pouvait retrouver un peu d’assurance.
    Il revint vers Azad et lance :
    - Je suis navré mais… mais je dois tout vous raconter aujourd’hui. Je ne pourrais me taire plus longtemps.
    - Je vous comprends, mais allez-y doucement. Rien ne presse, je suis là pour vous écouter et vous aider.
    L’homme pousse un soupir à faire fondre les pierres, avant de poursuivre :
    - A l’université, nous avions décidé de rester ensemble. Nous avions choisi la même filière et partagions la même chambre. Vous imaginez un peu mon bonheur d’être avec cet ami fidèle qui ne me quittait pas d’une semelle. Hélas, cela ne dura pas longtemps. Une nuit, alors que je dormais à poings fermés, je fus réveillé par un bruit au-dessus de moi. J’eus juste le temps d’ouvrir les yeux et de remarquer le manège de mon ami…
    L’homme eut un hoquet… Des larmes brillèrent dans ses yeux, mais il se reprit et poursuit :
    - Je n’avais jamais cru que Aïmed, mon ami de toujours, n’était pas normal… Je n’ai jamais remarqué quelque chose d’inhabituel dans son comportement… Rien ne dénotait en lui ce côté volage qu’il afficha sans pudeur devant moi. Il… Il abusa de mon innocence et de ma naïveté, et je cru mourir de honte, en découvrant son homosexualité. Je… je ne savais pas que cela existait, et que les hommes pouvaient devenir pervers pour assouvir leurs plus bas instincts. Aïmed, était un beau jeune homme, et les filles lui couraient après. Je me suis d’ailleurs demandé à maintes reprises pourquoi il refusait à chaque fois leurs avances. Des camarades de notre promo m’avertirent sur ses comportements, mais je ne comprenais rien à leurs dires… J’étais le poussin qui venait de sortir de sa coque et que le vent pouvait emporter d’un moment à l’autre. Pour moi, Aïmed était l’ange gardien tombé du ciel à point pour me protéger… J’étais si outré, si déçu que je passais le reste de la nuit à pleurer. Il me prend alors dans ses bras et se met à me bercer comme un bébé. Cela va vous paraître bizarre, mais ce geste m’apaisa, et j’oubliais instantanément son vil comportement. Je ne savais pas alors que j’allais tomber dans son piège et le suivre dans son jeu de séduction. Je devins alors celui sur qui il pouvait compter dans ses conquêtes. J’étais son ami de toujours et, mieux encore, le véritable pilier de ses fantasmes. Cela dura des années. Je termine mon cycle universitaire, sans pour autant changer de comportement. Je n’aimais pas la compagnie féminine que je fuyais au moindre regard. Je sortais avec Aïmed, je voyageais avec Aïmed, et j’appréciais uniquement les gens que ce dernier me présentait. Je termine mes études d’architecture, et je quitte tout comme lui l’université pour me lancer dans le monde actif.
    Je tentais de l’éviter. De changer de vie, et de prendre mon destin en main. Mais il revenait sans cesse vers moi, et me harcelait. J’étais revenu dans ma famille, et je pensais qu’on retrouvant le nid douillet de mes parents, j’étais à l’abri de tout aléa. Mais le poids de la culpabilité était plus fort.
    Aïmed m’invitait à sortir, et me présentait d’autres amis.
    J’étais architecte. J’ouvris un cabinet en ville et recevait beaucoup de gens. Je me demandais alors si je n’allais pas courir à ma ruine si jamais on découvrait la facette cachée de mon passé.

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 39e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il pousse un long soupir :
    - Là, d’ailleurs, était mon point le plus faible, et Aimed savait exploiter ce côté sans remords. Un jour, ma mère, prenant le devant sur mes projets, me présenta une fille. C’était la fille d’une amie à elle que j’avais connue alors que j’étais encore au primaire. Comme nous avons partagé nos jeux ensemble, nous nous retrouvâmes avec un plaisir non feint, après toutes ces années de séparation.
    Elle était très belle, très élégante et venait de terminer ses études en biologie.
    Je fus attiré par son regard et son allure. Ma mère, qui n’attendait qu’un signe de moi, me proposa d’aller demander sa main. J’en fus heureux. Je savais que c’était la fille que j’attendais… Celle qui allait changer mon existence, et qui allait me faire sortir une fois pour toutes de mes craintes et de mon passé douloureux.
    On célébra rapidement le mariage, et je n’eus aucun mal à acquérir un appartement non loin de mon lieu de travail.
    Une année passe. Je devins l’heureux père d’un enfant. Je cru alors mon cauchemar terminé.
    Mon fils ressemblait à un ange, et j’étais très heureux dans mon ménage. Farida, ma femme, était douce, affectueuse et très attentionnée. Je ne pouvais espérer mieux de la vie alors que je n’avais jamais connu le véritable bonheur.
    Mon travail aussi marchait bien, et je ne pouvais que remercier la providence de m’avoir permis de reprendre le dessus sur une situation que je n’arrivais pas à maîtriser.
    Je ne savais pas que Aimed allait me retrouver et me faire payer le poids du passé. Aujourd’hui, je n’en peux plus. Je suis père de deux enfants, et je crains que ma femme ne découvre une réalité qui va l’ébranler. Jusqu’à ce jour, j’ai pu vivre dans le mensonge et loin des soupçons. Mais je sens que je ne pourrais pas tenir encore longtemps… Je me sens tellement coupable envers ma famille, voire envers moi-même, que j’en perds le sommeil. Je n’ai plus de vie… Plus rien ne m’attire, plus rien ne me plaît… Je déprime de jour en jour… Et je crains de perdre la raison. A la pensée que mes enfants, et ma femme découvrent une réalité qui ne va pas, à coup sûr, les réjouir, j’ai envie de me suicider.L’homme se tût, et se met à pleurer. Azad garde le silence. Il le laisse donner libre cours à son trop plein de détresse. La crise passe enfin. L’homme s’essuie les yeux et renifle avant de relever la tête pour regarder Azad dans les yeux :
    - Vous allez me prendre pour un faible… Je ne suis qu’un bon à rien… Une mauviette…
    - Mais non… mais non… rassurez-vous, nous les hommes aussi sommes soumis aux aléas de l’existence, et nous sommes tous un peu faibles et craintifs. Nous sommes des humains et non des anges. Rassurez-vous, vous n’êtes ni le premier ni le dernier à laisser couler ses larmes. C’est une bonne thérapie pour gérer un état dépressif ou un trop plein d’émotion.
    - Et alors… ?
    - Vous voulez une aide de ma part n’est-ce pas ?
    - Tout à fait. Je… j’aimerais que vous m’aidiez à voir plus clair dans mes affaires, dans ma vie. Je ne sais plus vers qui me tourner.
    - Vous voyez encore ce Aimed ?
    - De temps à autre. J’ai tendance à espacer nos rencontres…
    - Très bien… C’est déjà un premier pas de votre part. Vous vous êtes rendu compte qu’il n’était pas l’ami que vous espériez.
    - Avec beaucoup de retard et de regrets.
    - Qu’à cela ne tienne ! Vous êtes aujourd’hui plus apte à affronter une réalité, que vous refusez bien sûr, mais que vous avez du mal à gérer aussi.
    - C’est ça. Je n’arrive pas à reprendre le dessus. La peur… l’appréhension me taraudent…
    - Là n’est pas le problème exactement.
    J’aimerais juste savoir, si vous êtes prêt à changer.
    - A changer… ?
    - Oui… à oublier le passé douloureux, et à accepter votre vie familiale, qui me semble être bien paisible.
    - Mais bien entendu… Je ne veux que le bonheur de ma famille. Ma femme est adorable et mes enfants de véritables anges.
    - Alors, on peut dire que la vie a tout de même su vous gâter dans ce domaine… J’en connais qui aimeraient être à votre place.
    - Oui… mais c’est justement ce petit bonheur familial qui me fait peur.
    - Vous craignez qu’on découvre la face cachée… C’est ça ?
    - Exactement ! Je ne sais pas quelle serait la réaction de ma famille. Je n’aimerais pas faire souffrir les êtres les plus chers à mon cœur. Mes parents sont tellement fiers de moi qu’un simple soupçon de leur part à mon égard me tuerait de honte.
    Azad ébauche un sourire :
    - Ils n’auront pas honte… Non… Vous n’allez pas étaler votre passé sur les toits de la ville.
    - Alors… Que me conseillerez-vous donc ?
    Azad dépose le stylo qu’il faisait tourner entre ses doigts, et regarde l’homme en face de lui. Il était habillé avec goût et avait une allure de jeune premier. Azad se met à relire les notes qu’il avait sous les yeux, et demande quelques renseignements supplémentaires.

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 40e partie
    Par : Yasmine HANANE

    L’homme se prête à ses questions avec bienveillance. Il avait tout juste quarante-deux ans et aimait le sport, la musique, le cinéma.
    Des distractions saines pour un universitaire et père de famille consciencieux. En dehors de ses occupations professionnelles et familiales, il lisait beaucoup. Sa lecture préférée allait vers le social et le sentimental.
    Il s’appelait Omar… C’était le prénom de son défunt grand-père paternel, et il en était très fier.
    Azad revint enfin vers lui :
    - Je vais vous poser une simple question Omar…
    - Oui… ?
    - Vous avez pensé à vous suicider par dépit et par appréhension. Mais jamais vous n’avez pensé à aborder le sujet qui vous préoccupe avec votre femme.
    Omar porte la main à sa bouche :
    - Vous n’y pensez-pas…
    - Pourquoi ? Pourquoi avez-vous peur d’aborder ce sujet avec votre moitié ? Vous dites qu’elle est gentille, adorable, compréhensive, etc.
    - Mais c’est pour cela que je n’aimerais pas froisser ses sentiments envers moi, ni la blesser.
    - Et comment réagira-t-elle à votre avis, si un jour elle découvre tous ces secrets ?
    - Oh mon Dieu, non ! Je n’aimerais pas qu’elle découvre quoi que ce soit…
    - Alors mon cher ami, si vous voulez vous en sortir, il va falloir trancher : où vous mettez votre femme au courant de votre passé, ou vous continuerez à vous torturer.
    Il porte une main à son front cette fois-ci avant de fermer les yeux comme s’il réfléchissait. Au bout de quelques minutes, il lance :
    - Vous croyez que c’est la meilleure solution ?
    - J’en suis persuadé… Faites le premier pas et vous verrez.
    - Et… et si jamais elle prend mal les choses ?
    - Eh bien, j’en conclurais qu’elle n’est pas du tout la femme que vous venez de décrire, et qu’elle ne vous aime pas au point de partager vos souffrances.
    - Je sais qu’elle m’aime… Elle m’aime plus que tout au monde. Je suis son mari, et le père de ses enfants. Elle ne cesse de me remercier pour le petit bonheur que je lui donne tous les jours.
    - Alors… un peu de courage. Racontez-lui tout. Votre enfance, le lycée, l’université, Aimed, etc. Vous serez non seulement soulagé, mais en plus, et surtout, Aimed ne pourra plus vous faire chanter. Désormais, vous prendrez à jamais votre vie en main.
    - Vous pensez que…
    - J’en suis certain… Heu, excusez-moi… Je suis certes psychologue, mais j’ai aussi tâté de la sociologie… un complément indispensable dans ma profession pour me rapprocher de mes patients. Si je peux me permettre une confidence avec vous, je vous dirais que vos aléas actuels remontent à votre enfance et à votre éducation. Vos parents ne vous ont pas rendu un grand service en vous gâtant de la sorte. Vous aviez besoin d’affection et non d’étouffement.
    Le fait de répondre à tous vos besoins, et de vous gâter, a fini par faire de vous un faible. Vous n’aviez pas pu construire votre personnalité, ni affronter les aléas de la vie comme tout un chacun. Un enfant trop couvé ne devient jamais un homme accompli. Désolé si cette réalité vous blesse mais je dois vous dire, qu’aujourd’hui, vous êtes en train de corriger le tir. Vous voulez être vous-même et affronter l’avenir… C’est un énorme progrès que vous accomplissez. Vous avez juste besoin d’un petit coup de pouce pour sortir de l’impasse. Allez-y. Tentez l’expérience avec votre femme. Allez, un peu de courage ! Rappelez-vous que vous êtes un homme accompli et prêt à affronter les difficultés de la vie.
    Omar garde le silence, puis se lève. Il était encore hésitant, mais dans son regard il y avait un éclat qu’Azad n’avait pas encore remarqué. Il luttait, certes, contre lui-même mais savait aussi qu’il pouvait gagner.
    Il tendit la main à Azad qui la serre dans la sienne :
    - Vous êtes convaincu Omar ?
    - Oui… oui… je vais suivre vos conseils. Je crois que vous avez raison. Je n’ai plus ni le droit de penser au suicide et de laisser des orphelins, ni celui d’être faible et de gâcher ma vie. Vous m’avez aidé à voir plus clair dans mon existence.
    - Pas encore Omar… Pas encore… J’aimerais vous revoir. Je voudrais connaître l’aboutissement de cet entretien que vous devrez tenir avec votre femme dès ce soir.
    - Heu… oui… bien sûr… Je vais prendre mon courage à deux mains pour discuter avec ma femme.
    - Ce soir Omar… Pas plus tard…
    - D’accord, c’est promis !
    - Très bien ! Rappelez-vous notre séance d’aujourd’hui… Cela vous a fait du bien de pouvoir dévoiler vos secrets en toute liberté, n’est-ce pas ?
    - Oh oui… Beaucoup de bien. Je ne pensais pas que j’allais pouvoir discuter de mon passé avec autant de confiance.
    - Je suis là pour vous écouter et vous aider. Revenez dès que vous sentirez le besoin de vous confier. Tentez aussi de faire disparaître ce poids que vous traînez tel un boulet à vos pieds.
    - Merci monsieur Azad, je vais tâcher de suivre vos conseils à la lettre. Grâce à vous, je sens que j’irais jusqu’au bout.

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 40e partie
    Par : Yasmine HANANE

    L’homme se prête à ses questions avec bienveillance. Il avait tout juste quarante-deux ans et aimait le sport, la musique, le cinéma.
    Des distractions saines pour un universitaire et père de famille consciencieux. En dehors de ses occupations professionnelles et familiales, il lisait beaucoup. Sa lecture préférée allait vers le social et le sentimental.
    Il s’appelait Omar… C’était le prénom de son défunt grand-père paternel, et il en était très fier.
    Azad revint enfin vers lui :
    - Je vais vous poser une simple question Omar…
    - Oui… ?
    - Vous avez pensé à vous suicider par dépit et par appréhension. Mais jamais vous n’avez pensé à aborder le sujet qui vous préoccupe avec votre femme.
    Omar porte la main à sa bouche :
    - Vous n’y pensez-pas…
    - Pourquoi ? Pourquoi avez-vous peur d’aborder ce sujet avec votre moitié ? Vous dites qu’elle est gentille, adorable, compréhensive, etc.
    - Mais c’est pour cela que je n’aimerais pas froisser ses sentiments envers moi, ni la blesser.
    - Et comment réagira-t-elle à votre avis, si un jour elle découvre tous ces secrets ?
    - Oh mon Dieu, non ! Je n’aimerais pas qu’elle découvre quoi que ce soit…
    - Alors mon cher ami, si vous voulez vous en sortir, il va falloir trancher : où vous mettez votre femme au courant de votre passé, ou vous continuerez à vous torturer.
    Il porte une main à son front cette fois-ci avant de fermer les yeux comme s’il réfléchissait. Au bout de quelques minutes, il lance :
    - Vous croyez que c’est la meilleure solution ?
    - J’en suis persuadé… Faites le premier pas et vous verrez.
    - Et… et si jamais elle prend mal les choses ?
    - Eh bien, j’en conclurais qu’elle n’est pas du tout la femme que vous venez de décrire, et qu’elle ne vous aime pas au point de partager vos souffrances.
    - Je sais qu’elle m’aime… Elle m’aime plus que tout au monde. Je suis son mari, et le père de ses enfants. Elle ne cesse de me remercier pour le petit bonheur que je lui donne tous les jours.
    - Alors… un peu de courage. Racontez-lui tout. Votre enfance, le lycée, l’université, Aimed, etc. Vous serez non seulement soulagé, mais en plus, et surtout, Aimed ne pourra plus vous faire chanter. Désormais, vous prendrez à jamais votre vie en main.
    - Vous pensez que…
    - J’en suis certain… Heu, excusez-moi… Je suis certes psychologue, mais j’ai aussi tâté de la sociologie… un complément indispensable dans ma profession pour me rapprocher de mes patients. Si je peux me permettre une confidence avec vous, je vous dirais que vos aléas actuels remontent à votre enfance et à votre éducation. Vos parents ne vous ont pas rendu un grand service en vous gâtant de la sorte. Vous aviez besoin d’affection et non d’étouffement.
    Le fait de répondre à tous vos besoins, et de vous gâter, a fini par faire de vous un faible. Vous n’aviez pas pu construire votre personnalité, ni affronter les aléas de la vie comme tout un chacun. Un enfant trop couvé ne devient jamais un homme accompli. Désolé si cette réalité vous blesse mais je dois vous dire, qu’aujourd’hui, vous êtes en train de corriger le tir. Vous voulez être vous-même et affronter l’avenir… C’est un énorme progrès que vous accomplissez. Vous avez juste besoin d’un petit coup de pouce pour sortir de l’impasse. Allez-y. Tentez l’expérience avec votre femme. Allez, un peu de courage ! Rappelez-vous que vous êtes un homme accompli et prêt à affronter les difficultés de la vie.
    Omar garde le silence, puis se lève. Il était encore hésitant, mais dans son regard il y avait un éclat qu’Azad n’avait pas encore remarqué. Il luttait, certes, contre lui-même mais savait aussi qu’il pouvait gagner.
    Il tendit la main à Azad qui la serre dans la sienne :
    - Vous êtes convaincu Omar ?
    - Oui… oui… je vais suivre vos conseils. Je crois que vous avez raison. Je n’ai plus ni le droit de penser au suicide et de laisser des orphelins, ni celui d’être faible et de gâcher ma vie. Vous m’avez aidé à voir plus clair dans mon existence.
    - Pas encore Omar… Pas encore… J’aimerais vous revoir. Je voudrais connaître l’aboutissement de cet entretien que vous devrez tenir avec votre femme dès ce soir.
    - Heu… oui… bien sûr… Je vais prendre mon courage à deux mains pour discuter avec ma femme.
    - Ce soir Omar… Pas plus tard…
    - D’accord, c’est promis !
    - Très bien ! Rappelez-vous notre séance d’aujourd’hui… Cela vous a fait du bien de pouvoir dévoiler vos secrets en toute liberté, n’est-ce pas ?
    - Oh oui… Beaucoup de bien. Je ne pensais pas que j’allais pouvoir discuter de mon passé avec autant de confiance.
    - Je suis là pour vous écouter et vous aider. Revenez dès que vous sentirez le besoin de vous confier. Tentez aussi de faire disparaître ce poids que vous traînez tel un boulet à vos pieds.
    - Merci monsieur Azad, je vais tâcher de suivre vos conseils à la lettre. Grâce à vous, je sens que j’irais jusqu’au bout.

    Azad 41e partie
    Par : Yasmine HANANE

    RésumÉ : Azad propose à son patient de confier ses préoccupations à sa propre femme. Seule cette issue lui permettra d’effacer à jamais ses maux et de reprendre confiance en lui. L’homme hésite, mais Azad insiste sur le fait que le passé ressurgira toujours, et qu’il vaudrait mieux le devancer afin d’éviter ses répercussions sur sa propre famille.

    Azad accompagne son patient jusqu’à la porte puis retourne dans son bureau.
    Il lui avait fallu plus de deux heures pour écouter et orienter cet homme qui, en fait, souffrait finalement d’un manque affectif.
    Eh oui ! Trop de gens autour de lui, toujours en alerte, et prêts à satisfaire ses ambitions, n’était pas pour arranger les choses.
    Le petit garçon couvé tel un poussin ne pouvait devenir un homme accompli.
    Il avait cru trouver de la compréhension auprès d’un camarade de classe qui s’est joué de son innocence et de sa naïveté. Conclusion dans cette affaire : Omar était devenu un faible…
    La société le répugnait, et lui faisait peur…
    Si peur qu’il ne savait pas se défendre. Heureusement qu’il était tombé sur une femme aimante, et avait des enfants. Seule sa petite famille pourra le réconforter et l’aider à sortir de cette impasse où il s’était engouffré.
    La sonnerie de la porte met fin à sa concentration.
    Il avait rédigé une fiche complète sur “le cas” afin de pouvoir suivre l’évolution de sa thérapie.
    Il se lève et alla ouvrir. Surpris, puis méfiant, il reçut sa belle-mère :
    - Salut, Azad, je peux entrer ?
    Il s’efface devant elle et lui fait un signe de la tête :
    - Bien sûr… tu n’as pas à le demander.
    Cette fois-ci, elle se dirige vers le salon et s’installe sans hésitation devant le bureau de son beau-fils :
    - Je viens en tant que patiente cette-fois-ci… Tu me reçois sans rendez-vous ?
    Azad pousse un soupir et se met en face d’elle :
    - Les patients que je reçois sur rendez-vous sont des étrangers.
    - Et moi donc ?
    - Voyons Zahia… Où veux-tu en venir ? La dernière fois, tu étais partie très en colère, et maintenant tu te présentes en patiente qui aurait besoin de mes services.
    Elle le regarde un moment sans rien dire, et il remarque une certaine assurance chez elle. Cette fois-ci, ses mains ne tremblaient pas, et elle avait l’air plus sereine.
    - Pourquoi ne viens-tu plus à la maison ?
    - Mais je viens tous les jours récupérer Katia.
    - Certes, mais tu ne rentres plus. Tu te contentes de garer devant le portail.
    Il hausse les épaules :
    - J’avais peur de ta réaction…
    - C’est vrai ?
    - Oui… je n’aime pas les problèmes, et je ne voulais pas que mon père soupçonne quoi que ce soit.
    - Tu ne voulais pas que ton père apprenne que je prends cette poudre.
    - De la morphine, Zahia… Tu ne peux pas imaginer le désastre de ce poison sur l’organisme humain.
    - Ne t’en fais donc pas… J’en connais un bout.
    - Ah ! Et que veux-tu donc chez-moi cette-fois-ci ?
    Elle pousse un soupir avant d’ouvrir son sac et prendre une cigarette :
    - Tu permets ? C’est juste du tabac.
    Il hausse les épaules :
    - Je fume moi aussi, bien que cela nuise à la santé.
    Elle allume sa cigarette et en aspire une bouffée avant d’en rejeter la fumée :
    - Tout est nocif pour la santé Azad… même l’air qu’on respire est pollué. Alors autant profiter du reste.
    Elle rejette encore un nuage de fumée, puis dépose sa cigarette dans un cendrier :
    - Je ne fume jamais devant Katia ou ton père. Ils ne savent même pas que je fume.
    - Et pour autre chose ?
    - Non plus. Je t’avais prévenu la dernière fois. Heu… je veux dire que “le secret” devait rester entre nous… Hum… je vois que tu es un bon garçon… Tu n’as pas vendu la mèche et c’est pour cela que j’ai suivi ton conseil.
    - Quel conseil ?
    - Eh bien, figure-toi que j’ai opté pour la désintoxication. J’en suis à ma deuxième séance cette semaine.
    Azad n’en revenait pas. A-t-il bien entendu ?
    - Tu te fais traiter dans une clinique ?
    - Oui… tu dois connaître la clinique D…
    - Oui… je connais même certains médecins qui y travaillent.
    - Alors mon cher Azad, me voici contrainte de subir de véritables séances de torture. On m’a certifié que mon cas n’était pas désespéré, mais que je devrais tenir bon afin de ne pas retomber dans le piège.
    - Bien… Très bien Zahia… Tu es une femme très courageuse finalement.
    - Je l’ai toujours été, et je le serais toujours mon cher.
    Mais… mais est-ce que ces séances ne vont pas nuire à mon physique. Je ne veux pas qu’on me prenne pour une vieille mémère..

    Azad 42e partie
    Par : Yasmine HANANE

    - C’est la drogue qui aurait nuit à ton physique. Je te conseillerais de suivre tes séances de désintoxication jusqu’à la fin. Je sais que c’est contraignant. L’accoutumance provoque le manque, et les neurones du cerveau sont soumises à rude épreuve…
    L’agressivité, les troubles de la mémoire, les hallucinations… et tout le tableau noir des dérives narcotiques. Je n’ai plus qu’à saluer ton initiative d’avoir pensé à suivre une thérapie.
    - Elle écrase sa cigarette dans le cendrier et sourit :
    - La première séance a été bien pénible, j’ai cru devenir folle…
    - On ne t’a pas demandé de séjourner dans cette clinique ?
    - Si, mais j’ai refusé… Je n’aimerais pas qu’on le sache. Tu le conçois.
    - Mais j’aurais pu t’aider… J’aurais tout simplement raconté que tu devais subir une thérapie de relaxation suite à ton ancienne dépression.
    Elle hausse les épaules :
    - Non. Je préfère rentrer tous les soirs à la maison. Quand je ne suis pas là, ton père fait des siennes.
    - Je ne te suis pas.
    - Tu n’as donc pas compris que c’est moi qui gère tous ses biens ?
    - Ça je le sais… Tu ne m’apprends rien là-dessus. Mais ta santé passe avant tout. Tu ne penses pas ?
    Elle le regarde dans les yeux et lance froidement :
    - C’est ce que tu aurais trouvé comme subterfuge pour m’éloigner de la maison, et reprendre les rênes du pouvoir.
    Azad demeure sidéré un moment. Zahia voulait-elle lui parler des biens de son père ? Le mettait-elle en garde contre une éventuelle intrusion de sa part ?
    Il relève la tête et lui dit d’une voix
    calme :
    - Je ne suis pas un intrus, Zahia… Que tu le veuilles ou pas je suis le fils de mon père…
    Jusqu’à présent, et malgré toutes les souffrances du passé, je n’ai pas pensé une seule seconde à lui demander de l’aide.
    Je crois que tu as compris aussi que je voulais être indépendant.
    - C’est une bonne chose pour toi l’indépendance.
    Tu as appris à te débrouiller seul et sans l’aide de qui que ce soit. Par contre Katia n’est pas encore en mesure de voler de ses propres ailes.
    - Pas encore. Elle le fera un jour, c’est certain. En attendant, je suis là pour veiller sur elle.
    - Hum… Sur elle ou sur ses biens.
    Azad sentit la moutarde monter à
    son nez :
    - Je ne sais pas ce que tu veux au juste Zahia, mais ne va pas croire que j’utilise ma propre sœur pour arriver à certains desseins qui n’existent que dans ta cervelle. Elle hausse les épaules d’un air placide :
    - Je voulais juste m’en assurer. Je ne veux que le bonheur de ma fille.
    - Et le tien, bien sûr.
    Elle hausse encore les épaules :
    - Si tu le dis…
    Elle se lève et récupère son sac.
    - Je crois que la séance est terminée pour aujourd’hui.
    Azad se lève aussi et l’escorte jusqu’au couloir :
    - Zahia… je pensais te connaître, mais je crois que je te découvre chaque jour un peu plus.
    - C’est le psychologue qui parle, bien sûr.
    - Non… Je ne crois pas que tu aies besoin de mes services…
    Du moins pour le but de ta visite…
    Tu sais prendre toi-même tes décisions et les initiatives requises pour tes intérêts.
    - Oui… Et heureusement que je suis là pour sauver la face.
    Sinon le bateau aurait coulé depuis très longtemps.

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 43e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle passe une main sur sa joue :
    - Azad, tu es un bel homme, et bientôt une nana te mettra le grappin dessus… Alors… Dieu seul sait ce qui pourrait nous arriver. Les femmes sont tellement machiavéliques.
    A ce moment précis quelqu’un sonne à la porte et Azad s’empresse d’ouvrir. C’était Hadjira ! Du coup, il ne sut quoi dire. Elle le devance alors pour lancer :
    - Oh ! excusez-moi… je pensais que tu étais seul Azad… je… je reviendrai une autre fois.
    Trop heureux pour la laisser partir, Azad la retint par le bras :
    - Sois la bienvenue Hadjira… Je viens juste de terminer une séance avec ma belle-mère, mais elle est sur le point de partir.
    Il jette un regard interrogateur à Zahia, qui toisait la jeune femme d’un air hautain :
    - Ah ! voilà… Je crois que j’ai donné un coup de pied dans la fourmilière. Je ne pensais pas que…
    - Zahia ! s’écrie Azad, à bout de nerfs, je crois que notre entretien est terminé. Hadjira est ma voisine du deuxième étage.
    - Bien… je pense que les voisines, de nos jours, sont bien plus audacieuses qu’autrefois.
    Sa remarque acerbe fait monter le sang aux joues de Hadjira. Elle allait riposter, mais Azad lance :
    - Hadjira, pour ton information, est le prof de sciences naturelles de Katia.
    - De mieux en mieux. Je vois que cette jeune femme connaît déjà la famille. Mais tant pis… tu l’auras voulu, mon cher beau-fils. Rappelle-toi mes dires et n’oublie pas que je veille au grain.
    Elle ouvrit la porte et sortit avec cet air arrogant qu’elle aimait tant afficher devant les étrangers.
    Azad était gêné… Il se tordait les mains et regarda Hadjira qui semblait aussi gênée que lui :
    - Heu… je suis heureux que tu te sois enfin décidée à venir. Désolé pour l’accueil, je ne pouvais prévoir…
    - Non… l’interrompt Hadjira, tu n’es pas tenu de me recevoir aujourd’hui. J’aurais dû demander un rendez-vous comme tous tes patients.
    - Tu n’es pas comme les autres, Hadjira, tu es ma voisine, et le professeur de ma sœur.
    - Je… je crois que ta belle-mère n’est pas du tout de ton avis. Elle a raison… Arriver ainsi à l’improviste chez les gens n’est pas du tout correct.
    - Voyons Hadjira. Je t’avais pourtant autorisée à monter me voir sans protocole. Allons, ne restons pas plantés là, viens !
    Il lui indique la porte du salon :
    - C’est le salon, et mon bureau en même temps. Je crois qu’on y sera plus à l’aise.
    Elle le suit, et il l’invite à s’asseoir sur le divan, avant d’aller préparer du thé dans la cuisine. Il revint, avec la boisson chaude, les tasses et quelques gâteaux secs :
    - Je n’ai pas eu le temps de déjeuner, et j’ai un creux… Je vais nous servir un peu de thé… Tu le veux avec du sucre et du citron tout comme moi ?
    Elle sourit :
    - Ai-je le choix ?
    Tu as déjà tout prévu.
    - J’aime le thé. J’ai passé des nuits entières en France à grelotter de froid. C’est le thé qui me tenait au chaud lorsque mon chauffage rendait l’âme. Je ne pouvais pas toujours honorer ma facture de gaz et d’électricité. Alors, comme à Rome…
    - Faisons comme les Romains… Ah !… Ah !… je connais la suite, tu vois.
    Elle reprend d’une voix plus calme :
    - Tu as dû souffrir mille et une fois avant de décrocher ton diplôme.
    - Tu peux le dire. Sans ma volonté et mon abnégation, j’aurais craqué.
    - Mais tu as réussi, et cela vaut tous les sacrifices.
    - Lorsqu’on arrive au but, on oublie le reste.
    Il se met à siroter son thé et elle en fit de même. Azad la sentait timide. Elle avait baissé les yeux et contemplait le plancher. Ses cheveux noirs coupés au carré la faisaient ressembler à une madone, et ses yeux de couleur noisette, surmontés de sourcils arqués, lui donnaient un air romantique et mélancolique en même temps. Azad dépose son verre :
    - Je suis à ton service Hadjira…
    Elle relève promptement la tête :
    - Heu… oui… Je… je suis venue pour une séance… une… une thérapie.
    - Avec plaisir, ma chère voisine. Je suis tout ouïe. De quoi peux-tu donc souffrir ? De solitude ? De mélancolie ? Si c’est le cas, je te rassure tout de suite, nous passons tous par des phases de déprime. Avec le temps tout rentre dans l’ordre. Elle esquisse un sourire :
    - Heu… je ne sais par où commencer… Je suis tellement confuse.
    - Prends ton temps et mets-toi à l’aise… Nous sommes seuls pour le moment.
    Il jette un coup d’œil à sa montre :
    - Je crois que tu seras ma dernière patiente pour cette journée. Nous avons donc tout le reste de l’après-midi devant nous.
    Elle dépose son verre, et prend une longue inspiration avant de lancer :
    - Azad, je… je vais me marier.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  41. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 44e partie
    Par : Yasmine HANANE

    - Pardon ?
    - Je dois me marier dans les jours prochains.
    - Et… Où est le problème ?
    - Mes parents ont décidé pour moi… Je… Je dois épouser l’homme de leur choix. Un quinquagénaire du bled. Je… Je ne sais plus…
    Les sanglots lui nouèrent la gorge et elle se prend la tête entre les mains :
    - Oh, Azad !… Tu ne peux pas savoir à quel point je suis malheureuse…
    Elle pleurait maintenant ouvertement. De longues larmes ruisselaient sur ses joues, et son visage en fut vite inondé. Azad sentit son cœur se serrer. Hadjira semblait bien malheureuse.
    Il s’approche d’elle et met une main sur son épaule :
    - Ne sois pas triste. A chaque problème sa solution…
    Elle hoche la tête :
    - Oh, Azad ! Je vais me suicider !
    - Hein… Toi aussi… ?
    - Comment ça moi aussi ? demande-t-elle en s’essuyant les yeux du revers de sa manche et en le regardant dans les yeux.
    Il sourit : – Je voulais juste te taquiner… En fait… Il y avait un patient chez-moi ce matin, qui avait aussi pensé au suicide. Crois-moi, cet acte, si prohibé par notre religion, ne règle pas les problèmes… La vie comporte des hauts et des bas, mais c’est ça qui nous permet de l’apprécier à sa juste valeur.
    Elle baisse les yeux et se met à jouer nerveusement avec ses doigts.
    Azad reprend :
    - J’aimerais tout connaître Hadjira… Tu sembles tellement sereine avec ton visage aux traits si réguliers qu’on a du mal à te savoir malheureuse. Mais je suis bien placé pour comprendre que derrière les apparences se cachent tant de tragédies.
    - Hélas, c’est la réalité Azad. Je suis malheureuse…
    Si malheureuse que je ne sais plus ni réfléchir ni faire quoi que ce soit.
    - Pour commencer, parle-moi un peu de toi.
    - Tu veux connaître quoi au juste ?
    - Tout… Ton enfance, ton adolescence, tes études, tes penchants artistiques, etc. Elle relève une mèche sur son front et pousse un long soupir :
    - Ma vie n’avait pas été aussi torturée auparavant…
    J’étais une jeune fille heureuse au milieu de ma famille. J’ai deux frères, qui sont mariés et déjà responsables de famille… Et puis il y a mes parents qui avaient tout fait pour me voir heureuse. Je garde un bon souvenir de mon enfance et de mon adolescence.
    - Continue…
    - Le drame chez-moi est qu’un jour je voulais prendre mon indépendance. J’en avais marre du cocon familial. Je voulais vivre à ma guise, sortir, voyager, m’amuser.
    - C’est tout à fait légitime pour une jeune femme, instruite et cultivée.
    - Oui… Je venais de terminer mes études et j’avais déjà pu décrocher un poste de professeur dans un lycée. Ma première année dans l’enseignement sera très riche. J’allais de découverte en découverte. Je fignolais mes connaissances et parachevais mon cursus scolaire. Dans ma profession, c’était le grand bonheur. Je suis toujours passionnée par l’école, les élèves, les cours et les examens. J’ai toujours aimé l’enseignement, d’autant plus que la matière que j’enseigne m’attire chaque jour comme un aimant. J’adore la science sous toutes ses formes. Mais les sciences naturelles sont pour moi quelque chose de merveilleux. Tout ce que la nature fait est fabuleux. J’aime susciter la curiosité intellectuelle chez mes élèves et les sentir suspendus à mes lèvres alors que je divulgue mes leçons. C’était captivant au début ! Elle soupire et Azad demande :
    -Et maintenant… ?
    -Maintenant ? Je ne sais pas… Mon esprit est trop encombré… Je ne sais plus quoi faire. Je vais tous les jours à l’école, mais je n’ai plus le cœur à faire quoi que soit. Mes leçons sont devenues tellement routinières que parfois je ne ressens plus la satisfaction du devoir accompli.
    - Et tout cela est dû à cette proposition de mariage ou à autre chose ?
    Elle hoche la tête :
    - Bien sûr… Je ne suis pas à l’aise parce qu’il y’a aussi ce problème.
    - Aussi ?
    - Oui. Avant cela il y avait eu une autre crise.
    - Une crise de quoi ?

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 46e partie
    Par : Yasmine HANANE

    - J’en fus atterrée… Quoi ? Un avortement ? Avais-je bien entendu ? Je m’attendais à tout, sauf à ça !
    Mon mari passe une nuit agitée, et aux premières lueurs de l’aube, il me réveille pour me sommer de m’habiller et de le suivre. Je tente de résister, mais il me tire par les cheveux et me pousse devant lui :
    - Tu feras ce que je te dirais, c’est moi qui décide. Je n’ai pas à te demander conseil. Tu vas avorter, et dans l’immédiat.
    Je me mets à pleurer et le menace d’appeler mes parents. Il me rit au nez tout en me rappelant que j’avais volontairement quitté le toit paternel et couru après lui. Que j’avais moi-même planifié notre mariage, et que maintenant j’étais à sa merci.
    Je n’en revenais pas… ! Qu’ai-je fais de ma vie ? J’ai sacrifié mes parents et ma famille pour cet homme qui s’avère finalement faux et hypocrite.
    Pourquoi ? Pour quelle raison donc m’avait-il épousée ? Pourquoi insistait-il pour me faire avorter ? Que se cache-t-il derrière toute cette tragédie ?
    Nous étions dans la rue, et il me tenait fermement le bras, tel un animal mal apprivoisé qu’on tente de dompter.
    J’avais mal, et très froid, car j’étais à peine habillée. Ma chemise de nuit collait à mon corps, et le manteau que j’avais hâtivement jeté sur mes épaules ne suffisait pas à me réchauffer.
    Nous arrivons devant un immeuble qui se trouvait à trois quartiers du nôtre. Mon mari, qui semblait bien connaître les lieux, m’entraîne à l’intérieur de la cage d’escalier et me pousse vers une porte du rez-de-chaussée, avant d’appuyer sur la sonnette.
    Une minute plus tard, une femme, qui venait vraisemblablement d’être tirée de son sommeil, entrouvrit la porte et nous regarde quelques secondes avant de lancer :
    - Encore une autre ?
    Mon mari ébauche un sourire
    mauvais :
    - Oui… Elle n’est ni la première ni la dernière. Je crois que tu en connais les raisons aussi bien que moi ?
    Elle hoche la tête et ouvrit la porte toute grande. Mon mari, qui me tenait toujours par le bras, me pousse d’un coup de pied à l’intérieur de l’appartement avant d’ouvrir la porte d’une chambre et de me jeter sur un lit :
    - Tu vas suivre à la lettre les instructions qu’on te donnera, n’est-ce pas ? Sinon…
    Il brandit son poing et sorti de la pièce en maugréant.
    La femme revint. Elle avait enfilé une blouse blanche, et tenait une grande trousse dans ses bras :
    - Je ne suis pas d’humeur à procéder à un avortement aujourd’hui… J’ai passé une nuit d’enfer avec mes rhumatismes, dit-elle, mais comme ton bonhomme paye bien…
    Elle fait claquer sa langue :
    - Allons-y chère petite dame… Je vais te débarrasser de ton indésirable fardeau en quelques minutes. Allez, déshabille-toi.
    Je serre mon manteau contre mon corps, et tente de ramener mes jambes vers moi. Mais elle m’écarte les mains et m’enlève le manteau, avant de me tapoter la joue :
    - Là… On reste sage, et tout se passera bien… Tu l’as bien entendu. Tu ne seras ni la première ni la dernière.
    Malgré ma frayeur, je tente de garder mon sang-froid. Non… Je suis en train de faire un cauchemar, ne cessais-je de me répéter.
    La femme avait préparé une seringue et imbibé un coton d’alcool. Elle m’ordonne de soulever la manche de ma chemise de nuit :
    - Je vais t’injecter quelque chose qui te permettra de tenir le coup.
    Je me retire tout au fond du lit en tentant de me protéger avec un oreiller. Mais elle m’arrache brutalement le coussin d’un geste brusque et le jette par terre :
    - Pas de chichi avec moi. Je n’aime pas utiliser la force. Mais si tu ne te tiens pas tranquille, je serais obligée de te ligoter.
    - Je ne veux pas avorter, me suis-je mise à crier. Non… Je ne veux pas avorter, c’est illégal. Je veux garder l’enfant. C’est mon bébé.
    - Ah… Ah… Ah… Elles disent toutes ça ! Mais ma chère, si tu as consenti à vivre avec ce bougre, il fallait t’attendre à “l’illégal” puisqu’il ne vit que de ça.
    - Hein… ?
    - Comment ? Tu ne le sais donc pas ?
    - Non… Je… je suis mariée religieusement…
    Il est venu demander ma main officiellement à mes parents et…
    - Oui. Je connais la chanson…
    Elle hoche la tête et tente encore de prendre mon bras pour me piquer. Je retins sa main :
    - Quelle chanson ? Je ne sais pas ce qui se trame, mais…
    Elle m’interrompt d’un geste brusque :
    - Allez, finissons-en, je n’ai pas l’intention de passer la journée à te supplier, laisse-moi t’administrer cette injection, et ôte ce chiffon que tu portes.
    Je ne sais comment j’ai pu sauter au bas du lit, courir vers la porte et sortir dans le couloir, avant de m’engouffrer dans une chambre dans laquelle je m’enferme à clé.
    Etant donné qu’on se trouvait au rez-de-chaussée, je n’eus aucun mal à repérer une fenêtre et à l’ouvrir. J’entendais les cris de la femme qui frappait la porte de ses poings…
    Je saute alors par la fenêtre et me retrouve dans la rue.

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 47e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je grelottais de froid et de peur, et mes jambes tremblaient tellement fort que je ne les sentais plus. Ma frayeur reprenant le dessus, je tentais de courir, mais je trébuchais à maintes reprises avant de tomber la tête la première. Un véhicule s’arrêtera à mon niveau. Une jeune femme en descendit. Elle m’aide à me relever et me regarde curieusement :
    - Que faites-vous dehors par ce froid et dans cette tenue ? Vous semblez malade… Je vous dépose à l’hôpital ?
    Je ne pouvais pas répondre, ma langue collait à mon palais, et ma vue devenait de plus en plus floue.
    J’acquiesce d’un signe de tête. Je ne savais pas où me rendre et, à l’hôpital, mon mari ne saura pas où je suis.
    C’est peut-être la providence qui m’avait envoyé cette jeune femme. Je monte sur le siège du passager et me couvre avec mon manteau. Le véhicule était, certes, chauffé, mais pas assez pour moi, qui n’était pas assez habillée.
    Je grelottais de plus en plus, sans savoir si c’était de peur ou de froid.
    La dame me serre le bras :
    - Patience, nous arriverons dans un moment. Avec cette circulation matinale, conduire n’est pas très aisé, surtout par ces journées pluvieuses.
    Je ferme les yeux. Je n’en revenais toujours pas… Est-ce vrai que mon mari utilisait des femmes ? C’est ce que j’ai cru comprendre d’après les dires “camouflés” et les œillades de cette vieille femme qui devait provoquer l’avortement.
    L’homme que j’avais épousé, contre la volonté de mes parents, devait être un monstre. Sinon, pourquoi s’était-il conduit de cette façon ignoble
    avec moi, alors que j’avais tout sacrifié pour lui.
    A l’hôpital, je fus tout de suite prise en charge par une équipe. On me prend la tension, puis on procède à des examens approfondis avant de m’installer dans une chambre où on m’administra un sédatif.
    Je dus dormir longtemps, car à mon réveil, on était déjà au crépuscule. Une infirmière entrouvrit la porte de ma chambre et sourit :
    - Enfin, vous êtes réveillée…
    - Où suis-je ?
    - Vous ne vous rappelez pas ? On vous a ramenée ce matin dans cet hôpital. Les médecins ont jugé nécessaire de vous garder en observation car vous souffriez d’une hypothermie… Comme vous êtes enceinte, on craignait pour votre santé et celle du bébé.
    Tout me revint d’une traite. Je revois la scène de ce matin chez la vieille matrone, et je fus tout de suite saisie de frissons.
    L’infirmière s’approche de moi et tâte mon pouls :
    - Comment vous sentez-vous ?
    - Assez-bien… Je… j’ai froid.
    - Je vais augmenter le chauffage… Ne craignez rien, vous êtes hors de danger. Voulez-vous contacter quelqu’un ?
    A ces mots, je me rappelle de mes parents. De ma mère surtout, et de sa douceur… Des larmes inondèrent mon visage.
    - Allons… allons, me lance l’infirmière d’une voix douce, vous êtes jeune et en bonne santé, pourquoi tant d’affliction.
    - Je… je veux revoir maman.
    - Qu’à cela ne tienne… Voici mon portable, appelez-là tout de suite.
    Je forme le numéro du fixe et une voix me répondit. C’était mon père… Je garde le silence quelques secondes avant de murmurer :
    - Pa… papa…
    - Hadjira !
    Il avait chuchoté lui aussi mon nom. Je ressentis sa déception et son chagrin. Il y avait tant de souffrance dans sa voix.
    - Hadjira… Où es-tu donc ma fille ? Nous n’avons pas cessé d’implorer Dieu pour te retrouver saine et sauve…
    - Je suis à l’hôpital H…
    - A l’hôpital ? Que se passe-t-il ?
    - Rien… Je… je vais tout vous raconter… Mais ne me laissez pas seule. Venez me chercher, sinon je ne saurais vous dire ce qui pourrait m’arriver.
    J’entendis un déclic. Mon père avait raccroché. Quelques instants plus tard, toute la famille était à mon chevet. Ma mère me pris dans ses bras et se met à me bercer comme un bébé… Je retrouvais tant de tendresse, tant d’affection dans ses gestes. Pourquoi avais-je donc suivi les pulsations de mon cœur et quitté le foyer chaud de mes parents ?
    Je me remets à pleurer et ma mère se met à me caresser les cheveux :
    - Là… là… c’est fini ma grande… Je suis là maintenant.
    Mes frères s’étaient renseignés auprès du médecin de service à mon sujet, et ce dernier, s’il les avait rassurés sur mon état général, n’a pas omis de leur annoncer, bien entendu, ma grossesse, tout en leur recommandant de me garder au repos au moins quelques semaines.
    Choqués par la nouvelle, mes frères ne réagirent pas tout de suite. Je suis sûre qu’ils se demandaient si j’étais consciente de mon acte.
    L’aîné revint me voir après la première visite, et me demanda des explications.
    Je lui rapporte alors tous les faits. J’étais la seule coupable dans l’affaire, lui dis-je, et si quelqu’un doit payer, c’est bien moi.
    “Non… me dit-il. Non… ce n’est pas à toi de payer les pots cassés. Si quelqu’un doit payer, c’est ce salopard qui a badiné avec tes sentiments.”

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 48e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je ne sais pas ce qui s’était réellement passé, mais deux jours plus tard, et à ma sortie de l’hôpital, ma mère m’apprit que mes frères avaient déposé une plainte pour agression, abus de confiance et tentative d’avortement contre mon mari. Je ne sais pas comment ils l’avaient retrouvé. Mis au courant de toute l’affaire, mon père jura de lui casser la figure. Il ne cessera de me reprocher ma naïveté et mon inconscience. “J’ai fait de vieux os dans ce monde, me dit-il. On n’apprend pas à un vieux singe comme moi à faire la grimace. Si j’ai refusé d’accorder ta main à ce chenapan, c’est qu’au premier abord déjà, il ne me plaisait pas. Et maintenant ? Et maintenant qu’allons-nous faire ?”
    Je déglutis avant de répondre d’une petite voix craintive :
    - Je vais demander le divorce.
    - De quelle manière ?
    - Heu, je ne sais pas. J’ai même peur de le revoir.
    - Allons, ma fille. Ne sois pas têtue et laisse-nous faire ce qu’il faut.
    Ma mère vint me retrouver et je lui raconte toute l’histoire. Elle en sera effarée : “Ma fille, tu viens d’échapper au diable. C’est insensé, tu viens de vivre un cauchemar.”
    Quelques jours plus tard, et suite à la plainte de mes frères, mon mari sera arrêté. Je fus sidérée, lorsqu’au commissariat où j’avais été convoquée, on m’apprend qu’il était recherché par la police pour proxénétisme, trafic de drogue, abus de confiance, etc. Pour faire passer sa marchandise, il utilisait souvent des femmes, à qui il n’hésitait pas à promettre le mariage. Prises dans son filet, plusieurs de ses conquêtes furent arrêtées en flagrant délit. Je repense à sa demande en mariage ! Etait-ce là aussi une comédie pour gagner ma confiance ? Sans doute me dis-je. Voici ce qui explique son refus d’enfanter, et son comportement envers moi. Et comme l’avait sous-entendu l’infirmière, je n’étais ni la première ni la dernière victime.
    Je revins chez moi plus morte que vive. En larmes, je demande pardon à mes parents. Affligé, mon père s’alita. Il acceptait mal ma situation, d’autant plus que j’étais enceinte.
    Une calamité pour ma famille ! Le mariage religieux n’étant pas enregistré, ma mère me demanda comment j’allais faire valoir les droits civiques de mon enfant. Mon mari étant emprisonné, nous ne pourrions pas non plus compter sur lui pour régulariser le mariage, et donner un nom au futur bébé. D’ailleurs, tel que je venais de le découvrir, il m’aurait plutôt fait chanter, et traîner sans pour autant penser ni à mon avenir ni à celui de l’enfant.
    Plus je découvrais ces réalités, plus je me rendais compte de mes erreurs.
    J’étais cette damnée qui ne voulait pas écouter ses parents !
    La phrase revenait telle un leitmotiv. Je me sentais coupable, non seulement envers eux, mais aussi envers moi-même, et envers le bébé qui allait naître. Je n’en pouvais plus. J’étais devenu si distraite, et si absente, qu’on me surveillait de près. Je couvais une dépression. Ma belle-sœur m’emmène consulter un psychologue, puis un psychiatre. Le premier tenta de me réconforter, mais n’y parvint pas. Quant au second, il se contentera de me prescrire quelques médicaments.
    Je ne sortais plus, ne mangeais plus, ne dormais plus… J’étais devenue une véritable loque ambulante.
    Ma mère, qui me voyait dépérir tous les jours un peu plus, ne cessait de prier Dieu de nous venir en aide.
    Une nuit, je suis réveillée par des douleurs atroces dans mon ventre. Je tente de me relever pour chercher de l’aide, et je constate que mes vêtements et mes draps étaient pleins de sang. Je pousse un cri qui réveilla toute la maison, avant de perdre connaissance. A quelque chose malheur est bon, dit-on. Dans mon état c’était le cas. Les calmants prescrits par le psychiatre avaient provoqué une fausse couche.
    Une semaine durant, je fus maintenue en observation dans un hôpital. J’avais perdu le bébé, et on craignait pour ma santé car j’étais trop faible. Je n’avais pas senti un quelconque regret. Quelque chose en moi s’était détachée. Une partie de moi-même était partie. Mon bébé ne verra jamais le jour. Devrais-je m’en réjouir ? Je n’en savais rien. Sur-le-champ, je ne souhaitais qu’une chose : reprendre une vie normale. En quelques jours, j’avais changé le cours de mon existence. D’une existence sereine et sans problèmes, je suis passée à une vie agitée et loin de tout repos. J’étais perturbée dans mon âme et ma conscience. A ma sortie de l’hôpital, je fus heureuse de constater que mon père avait repris des forces et n’était plus affligé comme avant. Certes, il était encore inquiet pour moi, mais il tenta de prendre un air détaché pour me rassurer.“Tout rentrera dans l’ordre, si Dieu le veut, me dit-il…Nous allons consulter un homme de culte, qui nous indiquera le moyen de te libérer de cet homme. Après tout, ce mariage n’était qu’un mauvais passage dans ta vie.” Quelques jours plus tard, on vint me retrouver pour me dire, que moyennant une somme d’argent, mon mari consentira à prononcer la formule “Tu es répudiée” trois fois, afin de me libérer une fois pour toutes.
    Je n’en croyais pas mes oreilles lorsque mon frère aîné vint m’annoncer la nouvelle. J’étais enfin “libérée” de ce passé si récent, mais si profond.
    Je ne savais pas si je devais en rire ou en pleurer. Ma mère me rassura.
    Le temps finira par colmater les blessures, et je pourrais reprendre un jour ma vie. Mais je savais que les séquelles de cette aventure ne s’effaceront pas de sitôt.

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 49e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Loin de m’offusquer pourtant, je repris mon travail et mes habitudes. Je riais et jouais avec mes neveux, échangeais des idées avec mes collègues, faisais la cuisine avec ma mère ou mes belles-sœurs, et surtout reprenais goût à la vie.
    Je recommençais à revoir mes amies, à sortir, à m’amuser, à m’acheter de belles affaires, etc.
    Mieux encore, je voulais voyager et découvrir le monde…
    Durant les vacances qui suivirent, je fus prise d’une frénétique envie de partir en voyage. Quelques enseignantes qui s’étaient inscrites pour un voyage en Turquie me demandèrent de me joindre à elles.
    J’en fus heureuse. Le voyage fut agréable et très instructif.
    A mon retour à la maison, je parvins à convaincre mes parents pour l’achat d’un appartement. Ils furent, certes, surpris et un peu déçus par ma décision, mais comprirent que ma précédente aventure m’avait tellement marquée que je ne pourrais jamais enterrer le passé si je demeurais sous leur toit.
    Et voilà comment j’ai fini par acquérir l’appartement du deuxième étage dans cet immeuble qu’on venait à peine d’achever.
    Elle se tut, puis reprend son souffle tout en jetant un regard implorant à Azad.
    Ce dernier sourit et lui tapote la main :
    - Tu es passée par l’enfer… C’est vrai qu’il serait difficile pour toi d’oublier ce passé douloureux, mais rien n’est impossible dans la vie… Tu es encore jeune, belle et attirante… L’avenir est encore devant toi.
    - C’est ce qu’on ne cesse de me ressasser. Je pourrais reprendre le dessus si on m’en laissait le temps… Hélas, mes parents, qui pensent œuvrer pour mon bien, me proposent ce mariage qui ne me tente pas vraiment.
    - Parce que tu ne connais pas cet homme ?
    - Pas seulement… Cet homme est bien plus âgé que moi, et est illettré. Je comprends la réaction de mes parents… Je sais qu’ils veulent me caser afin de tirer un trait définitif sur le passé. Ils pensent qu’un homme tel que celui qu’ils me proposent fermera les yeux sur toutes mes erreurs. C’est quelqu’un qui a déjà sa vie derrière lui…
    - Je n’aime pas l’expression que tu viens d’employer…
    - Laquelle ?
    - Tu disais que l’homme qui se propose pour t’épouser “fermera les yeux sur tes erreurs”
    - Oui… J’ai commis des erreurs, je dois le reconnaître et en assumer les conséquences.
    - Mais ma chère, quel est l’être humain qui n’en commet pas ? Nous sommes tous exposés aux erreurs et aux aléas de l’existence.
    - Tu crois… ?
    - Je ne le crois pas. J’en suis certain. Je reçois tous les jours des “cas” les uns plus dramatiques que les autres.
    - Je ne sais pas quoi penser… mais je me sens toujours coupable de ce passé qui m’empoisonne encore.
    - Je te comprends ma chère voisine… Je crois que tu devrais discuter avec tes parents… Leur expliquer que tu es maintenant assez mûre, après ta triste expérience, pour prendre en charge ton avenir.
    Hadjira porte une main à sa bouche :
    - Non !
    - Pourquoi non ?
    Elle hésite avant de répondre :
    - J’ai déjà le passé sur la conscience. J’ai honte de moi-même, honte de ne pas avoir écouté mes parents. Je ne veux pas refaire la même bêtise.
    - Il n’y a pas de bêtise à refaire là-dessus… Tes parents pensent bien faire en te proposant le mariage… Bien que ce prétendant ne semble pas être de ton goût, je peux t’assurer que ta famille pense plus à ton avenir qu’à autre chose.
    Elle pousse un soupir :
    - C’est ça qui me fait mal justement… Je ne veux pas les décevoir. A force d’y penser, je perds le sommeil et
    l’appétit.
    Azad sourit :
    - Je suis là pour t’écouter… Tu peux venir me retrouver pour discuter et demander conseil… En attendant, je crois qu’il va falloir trouver une issue à ta situation.
    Elle hoche la tête :
    - Effectivement. Je ne vais tout de même pas épouser un homme que je n’aime pas.
    Elle rougit et se mordit les lèvres avant de balbutier :
    - Je suis une romantique jusqu’au bout des ongles… Heu… tu vas me prendre pour une idiote sentimentale, mais c’est la réalité.

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  46. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 50e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad souriait toujours. Il prend une cigarette et l’allume avant de répondre :
    - L’amour est un sentiment noble quand il est partagé. Je suis sentimental moi aussi. La preuve, je n’ai pas encore déniché la femme qui fera battre mon cœur… enfin… pas jusqu’à ces derniers temps.
    - C’est vrai ?
    - Bien sûr. Mais il ne faut pas mélanger les aléas de l’existence aux sentiments. Chacun de nous mène sa barque à sa façon. Parfois la houle emporte l’embarcation. Nous ne savons pas vers quel destination au juste. Mais quand le sentiment est sincère, le port d’attache pourra s’avérer proche et serein. Sinon… c’est la descente aux enfers.
    - C’est donc mon cas ?
    - Mais non… Tu es encore jeune Hadjira. Et tout l’avenir t’appartient.
    Il soupire et lui lance un regard interrogateur :
    - Tu… tu n’aimerais pas que je vienne discuter avec tes parents ?
    Surprise par les propos de Azad, Hadjira écarquille les yeux :
    - Pardon ?
    - Je viendrais discuter avec tes parents. Tu n’auras qu’à m’indiquer leur
    adresse.
    - Mais… Mais…
    Il hoche la tête :
    - Je sais… tu vas me demander de quel droit.
    Il sourit :
    - Je vais venir avec Katia… Tu es bien son enseignante ?
    - Oui.
    - Eh bien… disons que nous allons élaborer une stratégie afin de venir te rendre visite chez tes parents, le week-end prochain… Cela te va ?
    - Oui… mais comment vas-tu te présenter ?
    - Je vais tout simplement accompagner ma sœur qui aimerait te remercier pour les efforts que tu déploies pour l’aider à préparer ses examens.
    - Heu… Bien… Mais… pour le reste ?
    - Tout vient à point pour qui sait attendre… Patience, le moment venu, les choses iront d’elles-mêmes.
    Hadjira garde le silence un moment avant de sourire :
    - Je ne sais pas si ton idée est bonne, mais mes parents seront heureux de te recevoir. Pour cela, ils sont très accueillants même envers des étrangers.
    - Je ne le serais peut-être pas d’ici quelque temps…
    Elle sourit encore :
    - J’en suis certaine.
    - Alors… Tu es satisfaite pour cette première séance ?
    - Oui… Oh oui… C’est toujours de cette manière que tu reçois tes patients ?
    - Pas exactement… Disons, qu’avec toi c’était un peu différent… Nous sommes déjà un peu amis, donc nous avions discuté comme deux bons vieux compagnons.
    Elle rit :
    - Aussi vieux que ça ?
    Il hausse les épaules :
    - Une façon de nous qualifier. Nous sommes bien restés à discuter sagement durant plus d’une heure.
    Elle se lève :
    - Et cela m’a fait énormément de bien.
    - Tu m’en vois heureux.
    - Tu es gentil Azad… Et je crois que je suis chanceuse de t’avoir comme voisin… En vérité, je n’aurais jamais osé confier mes préoccupations au premier venu.
    - C’est tout à fait normal. Nous nous méfions même de notre ombre.
    Il l’accompagne jusqu’à la sortie, et elle se retourne pour lancer :
    - Heu… j’aimerais juste que tu saches que cela fait des lustres que je ne me suis pas sentie aussi sereine et légère. Tu… tu es vraiment un psychologue de choix.
    - Pas un psychologue, un ami, Hadjira… Tu oublies trop vite.
    - Non… je n’osais pas…
    - Quoi ? Parler d’amitié ?
    - Non… Je… je crois que c’est un peu plus que ça.
    Azad sentit les veines de son cou battre la chamade :
    - Plus que ça ? murmure-t-il.

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