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Azada Par : Yasmine HANANE

6 août 2013

Yasmina Hanane

Azada 1re partie

Par : Yasmine HANANEAzada  Par : Yasmine HANANE dans Yasmina Hanane 2223_200_150

L’avion venait de fouler le tarmac de l’aéroport. A leur grand bonheur, les passagers sont accueillis à leur descente par un soleil radieux.
Derrière eux, à Paris, le temps était monotone et grisâtre. Heureusement qu’ici ils peuvent humer un air plus chaleureux…
Azad s’empresse de monter dans le bus qui attendait au bas de la passerelle. Il était pressé de revoir sa ville natale, après une absence qui avait duré plus d’une dizaine d’années.
Il soupire… Que le temps passe vite !
Enfin, ces années-là, il ne les avait pas gaspillées. Il avait étudié, approfondi ses connaissances, avait réussi dans ses études, et c’est avec un diplôme en psychologie dans sa poche qu’il revient au pays.
Il avait travaillé dur… très dur. Il avait connu la faim et les privations. Il avait bossé comme un dingue afin de payer ses études. Il avait connu des hauts et des bas, des lendemains incertains et avait failli plus d’une fois de tout abandonner.
Mais, souvent, la volonté l’emporte sur le reste. Il fallait qu’il réussisse coûte que coûte. Seules ses études peuvent lui assurer un avenir décent et à l’abri du besoin.
Au bout de deux années enfin, et après une longue traversée du désert, la chance lui sourit. Il avait rencontré un ancien ami qui l’avait embauché comme caissier dans son entreprise. Le salaire était assez motivant, et Azad avait enfin pu dormir sur ses deux oreilles en louant un deux-pièces dans un immeuble assez confortable. Il travaillait jusqu’à des heures tardives, mais cela ne le gênait pas. Au contraire, il préférait le travail  à la solitude de son appartement.
Entre la faculté et son boulot, il n’avait pas assez de temps pour penser à sortir ou à s’amuser. Qu’à cela ne tienne, il pouvait du moins faire quelques économies et se permettre de courts séjours ou des week-ends dans des stations de sport d’hiver ou au bord de la mer. Cela lui suffisait pour se
requinquer.
Sa grande fierté c’étaient les notes qu’il décrochait sans trop de mal à ses examens. Ah oui ! Là, on n’avait rien à redire. Le jeune homme aimait ses études et c’est pour elles, qu’il avait tout sacrifié.
Un premier diplôme dans sa discipline lui permettra d’exercer durant quelque temps dans une école privée. Une école où les adolescents qui y étudiaient ne connaissaient encore rien de la vie, si ce n’est, souvent,  l’indifférence de leurs parents à leur égard.
Là-dessus, il en connaissait un bon bout.
Il comprenait alors amplement les préoccupations de ces jeunes, à peine sortis de l’enfance, et pas encore adultes, qui pataugeaient dans une marre de contradictions internes, développant de ce fait des complexes et des états psychologiques traumatisants.
Azad savait les écouter. Il savait être proche d’eux. Pour la simple raison, que loin de ses études, il avait lui aussi vécu ces états d’âme fort complexes. Son caractères et ses nerfs d’acier avaient pu le maintenir à flot. Mais ce n’était pas le cas des autres. Souvent, des gens mettaient fin à leur vie pour des raisons futiles, pense-t-on. Mais ne ressent les brûlures de la braise que celui qui marche dessus.
Azad se rappelait tout son périple alors qu’il sortait du hall de l’aéroport en poussant son chariot de bagages.
Il s’étire, et aspire une bonne goulée d’air. Son pays le reçoit à bras ouverts : soleil et bonne humeur.
Quelques jeunes filles passèrent à côté de lui en riant, un couple discutait gaiement, des jeunes se donnaient des tapes dans le dos. Et puis il y a cette musique qui lui rappelait son enfance : le chaâbi. Un taxi s’était arrêté à sa hauteur et son auto-radio diffusait des morceaux exquis.
Azad espérait, qu’après ses longues années d’exil, son père allait faire l’effort de venir  l’accueillir. Hélas ! ce n’était pas le cas. Il se dit qu’il était peut-être en avance, et jette un coup d’œil à sa montre-bracelet. Non… il était à l’heure. Il hausse les épaules et fait signe au taxieur, lequel descendit de son véhicule pour l’aider à entasser ses bagages dans le coffre.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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64 Réponses à “Azada Par : Yasmine HANANE”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 51e partie
    Par : Yasmine HANANE

    La jeune fille sourit :
    - Oui, je te considère déjà comme un frère.
    Azad revint sur terre :
    - Tu es une petite coquine. Je saurais bientôt si réellement je ne suis qu’un frère pour toi.
    Elle ouvrit la porte et sortit en lui faisant un signe :
    - A très bientôt, cher voisin.
    - C’est ça, chère voisine.
    Katia aidait sa maman dans la cuisine. Zahia, qui devait recevoir quelques invités pour le dîner, lui avait demandé d’éplucher des légumes.
    Elles gardèrent quelque temps le silence, puis Zahia lance d’une voix forte :
    - Tu ne vois pas ton frère aujourd’hui ?
    Katia sourit :
    - Nous nous sommes vus ce matin. Je voulais rentrer à pied avec des amies, alors j’ai demandé à Azad de ne pas me déposer comme d’habitude. J’avais envie de marcher. Cela change un peu de la routine habituelle.
    - Huu…, je…, je voulais l’inviter à se joindre à nous ce soir. Je…, je ne sais pas s’il va accepter.
    - Pourquoi n’accepterait-il pas ? Il viendra sûrement si je le lui demandais mais es-tu certaine que tes invités…
    - Quoi ?
    - Je…, je veux dire que ce serait peut-être gênant pour toi de le présenter à tes invités après toutes ces années où tu l’as ignoré.
    Zahia dépose rageusement son
    couteau :
    - C’est lui qui nous a ignorés, petite idiote. Tu crois que ton père et moi l’avions renié ? Ah ! Je comprends, c’est lui, bien sûr, qui te raconte toutes ces sornettes.
    - Il ne me raconte rien.
    - Alors d’où te viennent toutes ces fausses idées ?
    - Ce ne sont pas de fausses idées. Azad a séjourné chez nous quelques jours, c’était suffisant pour que je comprenne que tu ne l’as jamais porté dans ton cœur.
    Zahia hausse les épaules :
    - Je ne le porterais jamais dans mon cœur, cet enfant de malheur. Il y avait d’abord sa mère. Grâce à Dieu elle a su quitter les lieux à temps, mais j’ai dû hériter d’un cadeau empoisonné. Elle nous a laissé son déchet. Lorsque je me suis enfin mariée avec ton père, j’ai décidé de me débarrasser de tout ce qui pouvait entraver mon bonheur.
    - Azad n’était pas un cadeau empoisonné, maman. Tu voulais l’homme, mais pas son fils. Comme toutes les femmes qui veulent faire un choix dans la vie, il fallait en payer les conséquences.
    - Tais-toi, donc petite chipie ! Tu ne comprendras jamais les motivations d’une femme comme moi. Je voulais construire mon avenir sur des bases solides. La présence d’un enfant me gâchait l’existence.
    Katia garde le silence. Elle connaissait trop sa mère, et savait qu’elle ne pourra jamais avoir le dernier mot avec elle. Azad, qu’elle venait à peine de retrouver, était tout simplement ce rempart sur lequel elle pouvait enfin s’appuyer. Elle s’était jusque-là sentie si seule, si abandonnée… Elle regarde sa mère, une femme égoïste, une femme qui ne pensait qu’à elle et à ses caprices.
    - Alors, tu l’appelles ou pas ?
    La voix de sa mère la tire de ses méditations :
    - Je vais l’appeler,mais s’il refuse…
    Zahia hausse les épaules :
    - S’il refuse, il ne goûtera pas à mes plats. Il va rater un bon dîner et une bonne soirée.
    Katia, qui s’apprêtait à former le numéro de son frère sur son portable, suspendit son geste et se retourne vers sa mère :
    - Tu n’aimes pas Azad, maman. Pourquoi veux-tu donc l’inviter ?
    Sa mère lui jette un regard furieux :
    - C’est pour toi que je l’invite. Je ne veux pas qu’on dise que je veux te séparer de lui. Je…, je…, j’aimerais aussi qu’on sache que je ne veux pas partager la famille. Le passé n’est pas le présent, Azad connaît ses intérêts et je connais les miens.
    Katia hausse les épaules :
    - Les apparences bien sûr.
    Le dîner, quoique monotone, se passe bien. Azad, qui voulait justement discuter avec sa sœur, trouve dans l’invitation de sa belle-mère l’issue salvatrice pour se rapprocher de Katia.
    Quelques invités, le trouvant sympa et très sociable, tentèrent d’engager la conversation avec lui. Il sut garder ses distances et faire face à toute épreuve. Sa belle-mère, avec son sourire stéréotypé, gardait un œil sur lui. Il lut la peur dans ses yeux. Zahia lui avait dévoilé assez de choses sur elle, et le regrettait. Il la sentait si tendue qu’il s’excusa et se leva de table, en faisant un signe à sa sœur pour le suivre.
    Katia le précède au salon et Azad la rejoint. Il se laisse tomber sur un fauteuil, et se passe une main sur le visage avant de sourire :
    - Quelle soirée ! Le dîner n’est pas encore terminé, mais je sais que si je continue à m’efforcer de sourire et à répondre poliment, je risque de me faire déboîter la mâchoire…
    Il rit :
    - Cela arrive, tu sais petite sœur. Il suffira de sourire lorsqu’on en a pas trop envie, et hop ! une de tes mâchoire se coince, c’est ce que j’appellerais un sourire rouillé ha…ha…ha….
    Il redevint sérieux et regarda Katia, qui entortillait entre ses doigts une longue mèche de ses cheveux.
    - Katia, j’aimerais…
    - Quoi ?
    - Heu…, je ne sais pas par où commencer. J’aimerais rendre visite à Hadjira, ton prof de sciences.
    - Hadjira ?
    - Oui, ma voisine du deuxième étage, ton enseignante…
    - Oui… oui… je sais très bien de qui tu parles. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi tu veux lui rendre visite.
    - Heu…, je…, j’aimerais qu’on aille chez ses parents. Je veux…, je veux leur
    parler.
    - Mais de quoi Azad ? Sois plus clair dans tes propos, je n’arrive pas du tout à te suivre.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 52e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad se passe une main dans les cheveux. Le geste nerveux qu’il retrouvait à chaque fois qu’une situation délicate se présentait.
    Il pousse un soupir, puis lance :
    - Je veux voir Hadjira et la remercier pour tout ce qu’elle fait pour toi. Ne m’as-tu pas dit qu’elle était très gentille avec toi et qu’elle t’aidait à préparer tes examens… Qu’elle… qu’elle te passait des livres et t’orientait dans tes recherches… ?
    Katia hoche la tête :
    - Oui… Elle fait souvent la même chose avec tous ses élèves. Elle est très sympa. Nous l’aimons tous et la respectons beaucoup. C’est une brave fille.
    - Alors, je veux la remercier pour toi.
    - Mais tu pourras le faire sans avoir à rendre visite à ses parents… Il suffirait de passer au lycée ou de taper à la porte de son appartement. Je… je pourrais t’y accompagner et…
    Azad lève une main et interrompt sa sœur :
    - Je… j’ai rencontré Hadjira ce matin. Elle m’a certifié qu’elle allait passer le week-end chez sa famille.
    Katia sourit :
    - Eh bien nous attendrons qu’elle soit de retour en début de semaine et…
    Azad lève encore sa main :
    - S’il te plaît Katia, j’aimerais tant que tu m’accompagnes chez ces braves gens. Il faut… il faut que tu m’aides… Je ne veux pas que Hadjira me prenne pour un menteur.
    - Un menteur… ? Pourquoi ? Tu lui a promis quelque chose ?
    Il hoche la tête :
    - Oui, je lui ai promis de passer chez ses parents afin de discuter avec eux.
    Katia fronce les sourcils :
    - Je ne te suis plus….
    - Tu sauras tout au moment opportun Katia. Ne refuse pas de m’accompagner. Tu verras… Tu ne le regretteras pas.
    La jeune fille garde le silence un moment. Elle regarde son frère, puis hausse les épaules :
    - Si tu y tiens… Je ne veux pas te décevoir Azad… Mais je te préviens, je n’aime pas les surprises… surtout les mauvaises.
    Il sourit :
    - Celle-là ne sera pas du tout mauvaise. Tu seras même agréablement surprise.
    Le week-end arrive. Azad est impatient… Pour la première fois de sa vie, il n’arrivait pas à tenir en place.
    Après une longue séance de footing et un bon bain chaud, il se hâte de s’habiller avant d’aller acheter un beau bouquet de fleurs et quelques pâtisseries.
    Katia arrive chez lui en début d’après-midi et le taquine :
    - On dirait que tu vas demander la main d’une fille. On n’a pas idée d’acheter des fleurs et des pâtisseries juste pour aller saluer une enseignante.
    Azad lui pince la joue :
    - Que connais-tu donc à ces choses-là petite sœur ? Hein ?
    - Je connais assez sur nos traditions pour te prévenir qu’on va peut-être heurter la sensibilité de Hadjira… Elle est très susceptible.
    - Je sais… C’est le genre de femme très sentimentale, et même très romantique.
    - Je vois que tu as pu faire déjà une analyse sur son caractère. C’est le psychologue qui parle.
    - Non… c’est Azad qui parle. Je te donne mes impressions d’homme. Cette femme a souffert dans sa vie. Sa sensibilité et son grand cœur ont été heurtés par les aléas de l’existence. Tout comme chacun de nous, elle a eu à affronter des tempêtes au milieu d’un océan.
    Lorsqu’ils arrivèrent chez les parents de Hadjira, Katia prends les devants pour se présenter et présenter son frère.
    Ils furent reçus par les parents de la jeune femme comme des pachas sur leurs trônes. La mère de Hadjira vint elle-même les saluer, avant d’appeler son mari et ses deux fils.
    - Soyez les bienvenus… Nous sommes heureux de constater qu’il y a des gens comme vous qui reconnaissent les mérites de notre fille.
    - Hadjira a déployé de grands efforts dans l’accomplissement de sa tâche d’enseignante… Grâce à elle, ma sœur progresse dans ses études, et s’apprête à passer son baccalauréat sans trop de tracas.
    - Tout l’honneur est pour nous, mon fils, lance le père de Hadjira. Je vois qu’il y a des familles qui suivent de près la scolarité de leurs enfants, et s’inquiètent de leur avenir. De nos jours, les mœurs se relâchent et on ne sait plus à qui on a affaire.
    Hadjira, qui venait d’entrer au salon, vint saluer Katia et Azad :
    - Soyez les bienvenus… Je… je vois que vous avez déjà fait connaissance avec la famille.
    - Tes parents sont adorables Hadjira, lance Azad… Et tes frères ne sont pas du reste.
    - Nous sommes juste comme tout le monde, lance Fayçal, le frère aîné. Parfois je me demande, s’il y a encore des élèves qui s’intéressent aux études, et des parents qui les suivent… J’ai maintenant un exemple concret devant moi.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 53e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il sourit en regardant Azad :
    - Vous êtes un frère modèle.
    Azad lève la main :
    - Je suis juste le frère aîné. Tout comme vous… J’ai donc un droit d’aînesse qui me permet de suivre la scolarité de ma sœur et de m’enquérir sur le suivi de ses études. Elle n’a pas cessé de faire les éloges de son enseignante… qui se trouve être aussi ma voisine.
    - Hadjira nous a parlé de vous… Vous êtes psychologue… C’est ça ?
    - Oui… Je viens de rentrer d’Europe après de longues années d’exil.
    - Et comment vous sentez-vous parmi nous ?
    - Comme un poisson dans l’eau… Y a-t-il mieux que son propre pays pour s’épanouir ?
    - Bien parlé mon fils, lance le père de Hadjira.
    La jeune femme vint servir du café et dépose des gâteaux aux amandes et au miel dans les assiettes.
    Elle lance un coup d’œil en biais à Azad, et sourit à Katia :
    - Alors… tu arrives à t’organiser ? Tu es prête pour le grand plongeon ?
    Katia lui rendit son sourire :
    - Je suis prête. Grâce à Azad et à toi, je crois que j’arriverais à décrocher mon bac. J’ai obtenu des notes assez encourageantes dans toutes les matières.
    - Oui… mais cela ne veut pas dire que tu dois oublier tes révisions… On n’est jamais assez sûr de soi pour les examens. Il suffit parfois d’un petit faux pas pour que tout s’écroule.
    Azad intervient :
    - Je connais bien ma sœur. Elle a la tête sur les épaules. Ses dernières notes me laissent optimiste.
    Il sourit :
    - Enseignants et élèves. Vous êtes tous concernés par l’étape des grandes décisions. C’est l’avenir de toute une génération qui se trouve en jeu. Un pourcentage assez acceptable de réussite prouve toujours que les maîtres sont bons et que les élèves suivent bien.
    - C’est ce qu’on dit, mais, en réalité, il faut de la motivation et de la volonté. La réussite ne pourrait sourire à tout le monde. Seuls les plus hardis et les plus tenaces arrivent à décrocher les fleurs du succès.
    Hadjira s’assoit près de Katia et lui serre le bras :
    - Dans ton cas, on peut dire que tu pourras y arriver… Tu fais tellement de progrès ces derniers temps au lycée ! Est-ce la présence de ton frère qui te motive ainsi ?
    Katia sourit en lançant un regard à Azad :
    - Je dois reconnaître que depuis qu’Azad est revenu, je me sens plus sereine et plus sûre de moi. D’abord, je ne sens plus ma solitude, ensuite il déploie tellement d’efforts pour me mettre à l’aise et organiser mon temps. Je crois que j’ai le privilège d’avoir un bon soutien moral auprès de lui.
    - Et de ton enseignante… lance Azad. Tu oublies que Hadjira t’a été d’une aide précieuse.
    - Non… Je ne l’oublie pas, mais depuis que tu es là, je crois que tout marche pour le mieux.
    - A la bonne heure !, lance Hadjira en reversant du café dans les tasses.
    Ils discutèrent de tout et de rien. Puis de fil en aiguille, le père de Hadjira se met à parler de la famille et de ses préoccupations :
    - Tu vois, mon fils, dit-il à Azad, nous sommes une famille simple et unie. Nous menons une vie normale et routinière. Nous sommes assez heureux ainsi. Mes deux garçons sont mariés et déjà responsables de famille. Hadjira travaille et a préféré quitter le toit parental pour habiter dans cet appartement qu’elle juge plus confortable. Bien que cela nous blesse de la savoir seule, nous n’avons fait que nous incliner devant sa décision. Elle avait déjà tellement souffert de par le passé que nous ne voulions pas rajouter du sel sur sa plaie. Mon bonheur serait total si elle se mariait et fondait une famille.
    Il se passe la main sur son visage et reprend :
    - Tu vois, mon fils… Je me permets de te parler de ma famille car tu m’as tout de suite inspiré confiance. Ton air franc me plaît. J’aime les hommes comme toi… J’aime les gens qu’on peut aborder sans complexe aucun dès la première rencontre.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 54e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Ému, Azad répondit d’une voix franche :
    -Tout l’honneur est pour moi… si je me permets. Je crois que vous pourrez être rassuré sur Hadjira. Elle est assez grande pour prendre son destin en main. Elle occupe un poste important, possède son propre appartement et semble sûre d’elle-même.
    -Oui. C’est la première impression qu’on pourrait avoir d’elle.
    Hélas ! Parfois les erreurs surviennent lorsqu’on ne les attend pas. Nous avons pensé à son avenir, sa mère et moi. Nous aimerions tant la voir mariée et heureuse avant de quitter ce monde.
    -Elle n’a peut-être pas trouvé chaussure à son pied. Je veux dire l’homme qui comblera ses désirs.
    Hadjira qui avait suivi la conversation en silence à l’instar de ses frères et de sa mère jugea opportun de
    s’immiscer :
    -Voyons papa. Tu ennuies Azad par tes propos. Pour cette première rencontre, je crois que tu en fais trop.
    Azad lève la main pour l’interrompre :
    -Laisse-le donc. Il me fait un si grand honneur en se confiant à moi. Je n’ai jamais ressenti cette complicité avec mon propre père.
    -Merci mon fils. Je voulais juste… Oh ! Je crois que j’en fais trop. Hadjira a raison.
    Azad sourit :
    -Allons donc… Je suis toute ouïe. Si je pourrais être d’une quelconque aide psychologique, n’hésitez pas.
    -Non… Je… Voilà : Hadjira refuse de se marier.
    La maman de la jeune femme toussote pour signifier à son mari qu’il devait être plus discret dans ses propos, mais ce dernier continue sur sa lancée :
    -Nous avons jugé opportun de lui présenter des gens intéressants, qui sauraient la rendre heureuse et combler le vide dont elle souffre. Oh, bien sûr, elle ne s’en plaint pas, mais nous sommes ses parents et nous nous inquiétons pour elle.
    -Papa ! Je crois que tu as bu trop de café. Arrête donc d’ennuyer Azad et de parler de moi comme si j’étais une grande absente.
    -Je veux juste reparler de ce projet qui me tient à cœur Hadjira. Je suis déçu par ton comportement. Azad est ton voisin et il est psychologue. Il comprendra donc notre motivation à moi et à ta mère, de te voir mariée et heureuse.
    -Même si le parti proposé ne m’intéresse pas ?
    Son père secoue la tête :
    -Justement, là est le hic. Je crois que tu ne peux pas saisir l’ampleur de notre désespoir, car le prétendant en question est prêt à accepter toutes nos conditions.
    Il soupire :
    -Je ne comprendrai jamais ton obstination à refuser tous les prétendants qui se présentent.
    Hadjira se tut et jette un coup d’œil furtif à Azad. Ce dernier avale une gorgée de café avant de lancer :
    -Les temps ont changé. Les gens aujourd’hui ne se marient plus comme avant. Je veux dire qu’ils sont un peu plus libres dans leurs choix.
    -C’est ce qu’on prétend. Mais la réalité est tout autre. Les parents reconnaissent au premier coup d’œil le bon ou le mauvais parti. Ils ressentent tout de suite les intentions et les objectifs des prétendants qui ne sont attirés que par leurs intérêts. C’est pour cela que nos aïeux choisissaient eux-mêmes leurs gendres et leurs brus. Ils n’avaient pas totalement tort.
    -Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais c’était une époque aussi. Une époque où les mœurs étaient tellement rigides que seul le chef de famille avait droit aux grandes décisions. Combien de victimes n’avait-on pas faites alors ? Il y a bien eu des fugues et des bévues, parce que parfois le choix des futurs époux n’arrangeait pas les premiers concernés dans l’affaire.
    Fayçal hoche la tête :
    -C’est vrai. Notre grand-mère n’avait cessé de nous parler de ces temps, trop durs, où les couples se formaient au gré des volontés patriarcales. Il y a eu beaucoup d’eau sous les ponts. Elle même était obligée de vivre des années durant avec un mari acariâtre et une belle-mère qui la malmenait sans pitié. Ce n’est qu’après la mort de ce premier mari qu’elle a pu épouser mon grand-père, qui se trouve être son cousin germain. On l’avait traitée de stérile lors de son premier mariage, alors qu’avec son deuxième mari, elle a pu avoir cinq enfants.
    -C’était le lot de leur temps. Pourtant, d’après certains récits, il y a eu tout de même des heureux.
    -Oui, ma grand-mère s’était sentie heureuse auprès de son deuxième mari, mon grand-père. Ils ont vécu ensemble durant de longues années. Lorsque Dieu l’avait rappelé à Lui, elle n’a pas cessé de le pleurer jusqu’à son dernier souffle. C’est ce que j’appellerais une fidélité.

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    La nouvelle de Yasmina HananeMercredi, 08 Mai 2013 09:50Facebook Imprimer Envoyer Réagir
    Azad
    Par : Yasmine HANANE

    Azad sourit :
    - Une bonne leçon de morale pour l’actuelle génération.
    Fayçal pousse un soupir :
    - Les gens deviennent matérialistes de nos jours. Malgré l’évolution des mœurs et une certaine liberté d’esprit, on ne pourrait atteindre un certain bonheur, si on se mettait à calculer ou à chercher à idéaliser une existence de faste et de luxe.
    Les sentiments n’ont plus de place dans de tels cas, et les gens se rendent compte, avec beaucoup de retard, que le bonheur aurait pu être à leur portée s’ils avaient su le saisir au bon moment.
    Hadjira lance alors d’une voix calme :
    - Mes parents pensent que les gens qui vivent à l’abri du besoin sont les plus aptes à réussir leur mariage.
    Son père hoche la tête :
    - Oui, en quelque sorte. Car ils assurent une vie décente à leur famille, et ne raclent pas les fonds de leur bourse à chaque occasion pour joindre les bouts et se permettre quelques extravagances.
    Azad toussote avant de répondre :
    - Excusez-moi, mais je ne partage pas votre avis là-dessus. L’argent fait le bonheur peut-être, mais parfois il provoque des “malédictions”.
    Un homme riche n’est pas forcément un bon parti. Je préfèrerais plutôt un homme cultivé, intelligent, qui se suffise à lui-même.
    Peut-être qu’il n’aura pas le loisir de faire des “extravagances” mais il sera heureux de retrouver chaque soir sa petite famille réunie autour de lui, et un foyer chaud où il se sentira à l’aise. C’est ça le bonheur. Et je crois que vous en êtes l’exemple le plus concret.
    Fayçal lève sa main :
    - Grâce à Dieu, nous sommes loin d’être riches, mais nous menons une vie paisible et assez heureuse.
    Il se retourne vers son père et ajoute :
    - Pourtant, tu nous a appris à nous contenter de peu.
    - Oui mon fils, mais je voulais le meilleur pour vous.
    - Le meilleur, nous l’avons atteint. Nous sommes mariés, pères de famille et heureux de vous avoir auprès de nous.
    - Je n’en disconviens pas. Cependant, votre sœur n’est pas du même avis.
    - Pourquoi donc ? s’écrie Hadjira touchée.
    - Parce que tu ne veux pas m’écouter et te marier… Le prétendant que je t’ai choisi est quelqu’un de bien, de correct et d’aisé.
    - Il a aussi le double de mon âge, est illettré, et a déjà été marié et…
    Son père lève une main :
    - Toi aussi tu as été mariée. Tu avais refusé de nous écouter, et tu as eu une bonne leçon…
    Mais je crois que cela ne t’a pas servi dans la vie.
    Hadjira baisse la tête.
    Azad avait eu le temps de remarquer les larmes dans ses yeux, et cela avait suffit pour le troubler.
    Il regarde alors le père de Hadjira et lance :
    - Et… et si c’est moi qui demande la main de votre fille, me l’accorderiez-vous ?
    Surprise, Hadjira relève vivement sa tête et regarde Azad, avant de se retourner vers son père.
    Pris au dépourvu, le vieil homme demeure muet de stupeur, tandis que Katia et le reste de la famille attendaient la suite de cette proposition impromptue.
    Le silence règne un long moment avant que le père de Hadjira ne l’interrompt :
    - C’est… c’est un honneur pour nous que cette demande mon fils. Mais… mais une telle décision ne se prend pas à la légère… Vous n’avez sûrement pas réfléchi ni préparé votre famille. Vous avez juste voulu calmer les esprits et…
    Azad lève une main :
    - J’ai longtemps réfléchi, bien au contraire. Lorsque j’ai rencontré Hadjira, j’ai tout de suite compris qu’elle était la femme de ma vie. Bien sûr, elle ne me connaissait pas.
    C’était juste la voisine rencontrée au gré du hasard dans l’ascenseur, puis j’ai appris par Katia qu’elle était aussi son enseignante. Pour être plus direct, Hadjira était venue me voir pour une consultation.
    Elle voulait “déverser” son trop-plein et récupérer sa confiance perdue.
    Un psychologue pouvait la comprendre, et elle n’avait pas hésité à venir dans mon cabinet pour me raconter son passé.
    Oui… je connais toute son histoire… Elle ne m’a rien caché.
    Je savais que cette femme portait quelque chose en elle, quelque chose qui la torturait et qu’elle n’arrivait pas à extérioriser.
    Ce que je ne savais pas par contre, c’est que j’étais épris d’elle.
    Oui… je ne m’en suis rendu compte que lorsqu’elle m’avait parlé de ce mariage que vous avez prévu pour elle.
    C’est ce jour-là que j’avais pris la décision de faire quelque chose… Je voulais tout d’abord me rapprocher de vous

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 57e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Azad garde le silence un moment avant de revenir sur le sujet :
    - Comment le sais-tu ?
    - Au lycée par exemple, elle refuse de trop s’attarder avec les enseignants et n’entretient avec eux que des relations purement professionnelles.
    - Que veux-tu qu’elle fasse d’autre ?
    - Entretenir une amitié par exemple. Discuter avec ses collègues sans trop de réticence. C’est une femme que j’ai toujours connue un peu solitaire et écartée de la grande foule. Elle préfère passer ses heures creuses dans la bibliothèque ou dans la salle des professeurs pour corriger ses copies, alors que les autres jeunes femmes sortent, s’amusent et ont des petits amis.
    Azad s’approche de sa sœur et lui pince la joue :
    - Ce que tu me racontes là petite chipie me rassure davantage. C’est un peu l’opinion que j’avais de Hadjira. Déjà qu’ici dans notre immeuble, elle ne se rend pratiquement chez personne. Je doute même qu’elle connaisse tous les voisins.
    - Bien sûr, hormis mon grand frère le psychologue, répondit Katia, d’un air ironique.
    - Oui. Je suis très fier du privilège qu’elle m’a fait, en venant se confier à moi. Je l’avais rencontrée une ou deux fois dans l’ascenseur, puis le jour où il pleuvait, quand tu m’avais demandé de la déposer, nous avons échangé des banalités, sans plus. Pourtant, le regard triste de cette femme cachait quelque chose que je n’arrivais pas à déchiffrer. Puis le jour où elle est venue dans mon cabinet, j’ai senti que je ne m’étais pas trompé. Elle avait tant besoin de s’extérioriser. Le passé la torturait, et le présent ne représentait pour elle qu’une prolongation de ses souffrances.
    - Et maintenant ?
    - Quoi maintenant ?
    - Je veux dire, que vas-tu faire ?
    - Je viens de demander sa main. Tu l’as bien vu.
    - Oui. Mais si elle refusait ?
    Azad lève la main :
    - S’il te plaît Katia. Tu es trop jeune pour comprendre certaines choses. Hadjira a besoin de quelqu’un qui lui redonnera confiance et qui l’aidera à remonter la pente. J’ai été son confident pour un moment, elle n‘oubliera pas de sitôt notre entretien.
    Il lui pince encore la joue avant de demander d’un air amusé :
    - Ton frère n’est pas assez beau pour plaire aux femmes ?
    Katia sourit :
    - Justement là est tout le problème : tu es trop beau même, et les femmes appréhendent les beaux gosses, car ils sont imbus de leur physique et ne sont jamais stables.
    - Que Dieu m’en préserve. Je ne suis pas de cette branche-là.
    Elle rit et jette un coup d’œil à sa montre-bracelet :
    - Je crois qu’il est temps pour moi de rentrer. Tu peux m’accompagner si tu veux, et en profiter pour discuter avec papa de ton projet.
    - Je vais t’accompagner, mais je préfère attendre la réponse de Hadjira avant d’en discuter avec papa. Tu vas garder le secret, j’espère ?
    Elle sourit avant d’afficher une moue dubitative.
    On était au milieu de la semaine. Azad venait de terminer un entretien avec un ancien patient. Il pensait qu’il pouvait enfin respirer après une longue journée de travail et se permettre une petite virée en ville, lorsque la sonnerie de la porte retentit. C’était Omar. L’homme qui souffrait de son passé et qui ne savait pas comment reprendre pied. Cette fois-ci, il n’avait plus cet air apeuré qu’il affichait lors de son premier entretien, et Azad en conclut qu’il avait suivi ses conseils et avait tout déballé à sa femme. Cela avait dû être un soulagement pour lui de comprendre enfin qu’il pouvait se débarrasser sans encombre de son lourd fardeau.
    Il le reçoit dans son cabinet et l’écoute raconter son récit :
    - Je ne savais pas qu’on pouvait vivre avec un tel encombrement dans sa tête des années durant, puis faire le ménage un matin et se débarrasser de tous les déchets d’une seule traite.
    Azad sourit :
    - J’en conclut que c’était le cas pour vous.
    - Effectivement. Mais c’est grâce à votre soutien et à vos conseils. Sinon je serais encore à me morfondre dans mes hésitations et mes souffrances.
    - Vous m’en voyez heureux. Comment cela s’est-il donc passé avec votre femme ?
    Omar sourit
    - Bien mieux que je ne le pensais. Elle m’avait écouté jusqu’au bout, sans m’interrompre, puis elle m’avait seulement conseillé de ne plus revoir Aimed et d’oublier ce passé douloureux.
    Azad le regarde dans les yeux :
    - C’était aussi simple que ça ?
    Omar hoche la tête :
    - Oui. Aussi simple que ça. Seulement, j’ai cru déceler de la tristesse dans sa voix. Peut-être qu’elle ne m’avait pas tout pardonné.
    Azad acquiesce :
    - Effectivement. Elle ne vous a pas pardonné vos cachotteries. Vous auriez dû la mettre au courant de vos affaires bien plus tôt.
    - Je l’ai compris. Je ne pouvais avouer mes péchés sans appréhension. J’avais la phobie de la perdre.
    - Je l’ai compris. Et maintenant qu’elle a tout appris ?
    - Eh bien, je crois qu’elle finira par accepter de partager avec moi ces secrets ténébreux.
    - C’est le cas. Mais il va falloir l’aider. Donnez-lui le temps de s’accoutumer à cette situation. Elle vous a connu et a vécu auprès de vous sans détecter le moindre indice culpabilisateur. Hélas, parfois la vérité fait très mal. Seulement dans votre cas, on peut dire que vous vous en tirez sans trop de douleur, étant donné que votre secret était des plus lourds à supporter.

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 58e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Omar soupire :
    - Que pourriez-vous donc me conseiller pour rééquilibrer mon ménage ?
    - Continuez à communiquer avec votre moitié. Cela va être un peu gênant au début, mais au bout de quelques jours, tout rentrera dans l’ordre. Heu… si vous avez les moyens, pensez à organiser un voyage en famille. Une petite évasion fait toujours du bien.
    - J’y avais pensé. Cela se fera sûrement dans un proche avenir.
    Omar s’en va, et Azad demeure pensif un moment. Il était heureux de savoir qu’il avait pu aider quelqu’un dès son premier entretien. C’est insensé, se dit-il… Il y a, comme cela, des couples qui vivent ensemble des années durant sans pour autant partager leurs secrets. Ce qui finissait toujours par empoisonner leur existence et les rendre mélancoliques.
    Quelques jours passent.
    Un après-midi, alors que le jeune homme venait de terminer une consultation, on sonne à la porte.
    Il alla ouvrir et se retrouva nez à nez avec Hadjira.
    - Bonjour Azad, j’espère que je ne te dérange pas.
    Surpris, il s’efface pour la laisser entrer et répondit :
    - Tu ne me déranges jamais Hadjira, tu le sais bien… Tu es toujours la bienvenue.
    Elle semblait confuse, et il cru bon de poursuivre :
    - Détends-toi et viens prendre place au salon.
    - Tu n’as pas de consultations ?
    - Je viens de terminer une séance avec un patient…
    Il jette un coup d’œil à sa montre :
    - La journée est avancée, je ne crois pas que j’aurais d’autres patients aujourd’hui… J’aurais plutôt des rendez-vous pour demain matin.
    - Alors, je… je pense qu’on pourra discuter si tu le permets.
    - Mais bien sûr voyons…
    Elle s’installe dans un fauteuil et il se met en face d’elle. Il avait deviné qu’elle voulait discuter de sa demande en mariage et appréhendait un peu sa réaction.
    Pourtant, elle n’avait pas l’air aussi crispée que lors de leur dernier entretien dans ce même salon. Il entrevit même une certaine sérénité dans son regard, et ses gestes précis ne dénotaient d’aucun énervement.
    Elle sourit avant de lancer :
    - Je me retrouve encore une fois dans ton cabinet…
    - A la bonne heure !
    Elle sourit encore :
    - Tu sais que tu m’as surprise par ta demande en mariage ?
    - Oui… je suis navré si cela t’a choquée…
    Elle lève la main pour l’interrompre :
    - Pas du tout… Bien au contraire… Heu… j’étais agréablement surprise, surtout que c’est tombé à un moment où mes parents insistaient pour me marier à ce prétendant qui ne cessait de revenir à la charge.
    Elle se tut, et Azad, la sentant prête à donner une suite, préféra garder le silence.
    Hadjira regarde autour d’elle, puis se verse un verre d’eau et le but d’une traite avant de lâcher :
    - Tu es sûr de vouloir m’épouser Azad ou est-ce juste une ruse pour dissuader mes parents de me marier ?
    Azad répondit calmement :
    - Pourquoi dis-tu cela ?
    - Parce qu’on ne se connaît pas assez l’un et l’autre pour nous engager dans l’aventure d’un mariage.
    - Que veux-tu donc connaître de moi Hadjira ?
    Elle lui lance un regard malicieux :
    - Tout… ton passé, ta vie, tes conquêtes…
    Il pousse un soupir :
    - Tu veux inverser les rôles ?
    - Quels rôles ?
    - Je vais tout te raconter sur moi, et tu seras la psychologue qui va m’écouter jusqu’au bout pour connaître non seulement mes secrets, mais aussi ma personnalité et mes sentiments.
    - Pourquoi pas ?
    - Alors ouvre bien tes oreilles et écoute mon récit jusqu’au bout.
    Hadjira s’enfonce un peu plus dans son fauteuil et prend ses aises. Azad se verse un verre d’eau avant d’entamer son récit :
    - Comme tu vois, cela ne fait pas longtemps depuis que je suis rentré d’Europe, où j’ai effectué des études avant d’obtenir mon diplôme de psychologue. Je n’étais pas parti de gaieté de cœur… C’était un peu pour fuir ma famille… Heu… je veux dire, mon père et ma belle-mère…

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 59epartie
    Par : Yasmine HANANE

    Il poursuit.
    - Katia était encore trop jeune. Déjà, pour m’éloigner de la maison, mon père m’avait mis dans un internat pour mes études moyennes et secondaires. Pour ma belle-mère, j’étais un peu cet intrus qui ne devait pas la déranger. Elle était la maîtresse de maison attitrée et mon père la vénérait. Zahia connaissait ses faiblesses. De ce fait, tous les subterfuges étaient bons pour m’écarter. Pour elle, j’étais un souvenir amer. Un souvenir qui lui rappelait ma mère. Zahia avait connu mon père avant son mariage, mais la famille l’avait rejetée, et avait choisi une cousine éloignée pour ce fils qui, à 27 ans, voulait déjà quitter les siens pour suivre une femme. Une inconnue pour mes grands-parents qui, eux, préférèrent garder des liens familiaux unis et à l’abri de toute intrusion étrangère.
    Tahar, mon père, n’avait jamais aimé sa première femme. Il lui avait mené la vie dure. Mais comme elle avait été élevée dans la plus pure des traditions familiales, ma mère savait qu’elle ne pourrait jamais être celle qui allait diviser la famille par un divorce. La perspective lui paraissait même inconcevable. Alors elle prend son mal en patience, et lorsqu’elle fut enceinte de moi, elle espéra que la venue d’un enfant dans la maison allait rehausser son estime dans l’esprit de mon père. Hélas, ce n’était pas le cas. Mon père était révolté à l’idée d’avoir un enfant de cette femme qu’il n’avait jamais aimée. Il fut même déçu d’apprendre qu’elle lui donnait un garçon. Un héritier qui allait perpétuer le nom de la famille et assurer une longue descendance. Ce fut un choc pour ma mère, qui apprendra de la bouche de mon père qu’il refusait même de me choisir un prénom. Alors n’écoutant que son instinct, elle me serra contre elle et demanda à mon grand-père de m’inscrire sous le nom d’Azad. Un ancien prénom berbère qui veut dire “la prospérité”, un peu comme Yazid, Zayd, etc.
    - Je trouve que c’est un joli prénom, lance Hadjira.
    Il hausse les épaules :
    - C’est un prénom comme un autre.
    - Mais non, il y a des prénoms qui accrochent, d’autres pas.
    - Tant mieux si le mien te plaît.
    - Ensuite ?
    - Ensuite, ce fut une vie d’enfer pour ma mère qui savait que son mari entretenait une relation extraconjugale avec Zahia, puisque mon père n’avait même pas pris la peine de le lui cacher. Ma pauvre mère s’était alors confinée dans une vie de recluse. Elle dépérissait de jour en jour. Déçue par son mariage et par la vie, elle ne trouvait de consolation qu’auprès de moi. Elle avait reporté toute son affection sur moi. Plus je grandissais, plus son amour envers moi devenait plus fort.
    Elle passait beaucoup de temps dans ma chambre, me lisait des contes, me chantait des berceuses ou des chansons d’enfants, et me serrait dans ses bras à m’étouffer. Je la surprenais souvent en train de pleurer. Mais elle essuyait vite ses larmes pour me sourire et affichait un air serein, alors que son cœur saignait. Quand j’eus l’âge d’être scolarisé, elle m’inscrira à l’école la plus proche de la maison. C’était elle-même qui m’emmenait le matin et me ramenait l’après-midi. Mon père, je ne le voyais presque pas. Lorsqu’il m’arrivait par le plus pur des hasards de le croiser dans les escaliers ou dans la maison, il me faisait toujours peur avec son air sévère et sa façon de me regarder. J’étais l’enfant indésirable. Une calamité pour lui, qui continuait à passer la plupart de ses journées et ses nuits loin de nous. Un jour, il me demanda de le rejoindre au salon. Mes jambes tremblaient, alors que j’ouvris la porte de la pièce dans laquelle il séjournait, quand il se rappelait qu’il avait un toit et une famille. Jamais, au grand jamais, je ne l’ai vu partager la chambre de ma mère. Il avait déposé ses affaires dans une pièce du rez-de-chaussée et ne daignait même pas demander un accessoire ou un vêtement à sa propre femme. On était des étrangers qui étaient contraints de vivre sur les mêmes lieux !
    Je pris donc mon courage à deux mains pour le rejoindre au salon. Lorsque je fus devant lui, il me dévisagea d’un air autoritaire, avant de poser sa main sur mon bras et de m’attirer vers lui. Je pris peur et tentais de me sauver, mais il me retint d’une main de fer et me força à m’asseoir en face de lui sur le sofa.
    “Tu es mon fils et je suis ton père. Pourquoi me fuis-tu ?”, me demanda-t-il d’une voix forte.

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 60epartie
    Par : Yasmine HANANE

    Il m’avait posé cette question sur un ton qui en disait long sur ses intentions. A coup sûr, il avait un plan. Voulait-il m’éloigner de la maison ?
    Je n’en savais rien. Je venais de boucler mes sept ans, et je ne connaissais pas encore grand-chose du drame qui se tramait, sauf que cet homme qu’on disait être mon père me flanquait la trouille chaque fois que je le voyais.
    “Alors, tu me réponds ou pas ?” Insiste-t-il.
    Je n’arrivais pas à articuler un mot. Mes yeux s’embuèrent, et des larmes inondèrent mes joues.
    Il se lève et se met à arpenter la pièce de long en large, avant de reprendre :
    “Ta maman a dû te parler de moi… Elle a dû te brosser un vilain tableau… C’est pour cela que tu ne connais même pas ton propre père.”
    Comme je m’obstinais à garder le silence, il revint vers moi et reprit plus sèchement :
    “Petit vaurien, tu es comme ta mère… un ingrat. Un garçon élevé par une femme qui ne sait pas reconnaître ses bienfaiteurs.”
    Il me tire par le bras et me force à me lever :
    “Tu es son portrait craché… On dirait que la nature se moque de moi. Et en plus, tu me fuis comme si j’avais la peste. Sais-tu au moins que je suis ton père ?”
    Il continue à me secouer par le bras et à me harceler sans pitié. Je n’étais qu’un enfant. Un enfant ballotté dans une situation qui n’augurait rien de bon. Un enfant qui avait peur de son propre père !
    Tout d’un coup, la porte du salon s’ouvrit, et ma mère entra en coup de vent. Pour une fois, je la vis en colère, et prête à sauter au cou de son mari :
    “Laisse cet enfant tranquille… Tu n’es jamais à la maison, il ne te connaît même pas, et aujourd’hui, des années après sa naissance, tu viens le harceler. Tu vas le traumatiser.
    Mon père lâcha mon bras et fit volte-face. Il tendit sa main, et flanqua une gifle bruyante à ma mère, qui perdit l’équilibre et s’affala sur le sol.
    Elle tenta de se relever, mais il la repoussa d’un coup de pied.
    Elle se mit alors à crier. Il revint vers moi, et me regarda dans les yeux avant de me lancer :
    - À compter d’aujourd’hui, tu auras à faire à moi.
    Il sortit en claquant la porte, et je courus vers ma mère qui sanglotait à fendre le cœur. Elle était encore affalée sur le sol, et je tentais de l’aider à se relever. Elle me prit dans ses bras, et me serra longtemps contre elle en pleurant. Je me sentais en ce moment-là tellement vulnérable, tellement abandonné que je pensais qu’aucun enfant au monde n’était aussi malheureux que moi.
    La crise passe. Ma mère se calme, et nous remontons dans ma chambre. Elle me sert mon goûter et me fait réciter mes leçons.
    En fin de journée, elle ne se sentait pas bien. Les coups de mon père n’arrangeaient pas les choses. Ma mère avait dépéri considérablement, et supportait de moins en moins les remontrances de mon paternel.
    Elle s’alita et me demanda de me coucher auprès d’elle dans le grand lit.
    Je n’avais pas dîné. Je n’avais pas faim. Elle insista pourtant pour que je me rende dans la cuisine pour manger quelque chose.
    Je redescendis donc les escaliers, tout en épiant la porte d’entrée d’un œil apeuré. J’appréhendais tant le retour de mon père.
    La sonnerie du téléphone me fera sursauter. Je me rendis au salon pour décrocher. C’était mon grand-père maternel qui appelait pour prendre de nos nouvelles.
    Trop ébranlé pour garder mon calme, je me mets à pleurer et à lui raconter ce qui s’était passé.
    Le soir même, il vint nous chercher moi et ma mère. Il fera appel à un médecin qui diagnostiqua une anémie sévère et obligea ses parents à l’hospitaliser immédiatement.
    Ma grand-mère vint me retrouver pour me tenir compagnie, tandis que mon grand-père appelait une ambulance. On m’expliqua que ma mère était malade et qu’on allait la soigner. Quelque chose en moi me disait pourtant que je n’allais plus la revoir.
    Et ce sera la cas !

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 61e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Un jour, alors qu’il lui tenait des propos acerbes, elle tenta de s’immiscer. Mal lui en pris, car elle recevra des coups et sera hospitalisée le soir même.
    Ma mère passera plus d’une semaine dans un état semi-inconscient. Durant tout ce temps, mon père ne montra aucun signe de vie. On dirait que la terra l’avait englouti. Mon grand-père qui ne savait plus quoi faire, vint m’expliquer que je ne pouvais pas rester chez eux à l’insu de mon père. Il me promet de me ramener à la maison dès que ma mère irait mieux.
    Hélas ! Ma mère, trop faible et trop déprimée, rendra l’âme sans avoir repris réellement connaissance. J’appris plus tard qu’elle n’avait pas cessé de prononcer mon nom.
    On la pleura, puis on l’enterra. Mes grands-parents paternels vinrent présenter leurs condoléances, mais pas mon père !
    Eux non plus ne savaient pas où il se trouvait. Ils me ramenèrent à la maison et restèrent auprès de moi durant plusieurs jours. Mon grand-père m’accompagnait à l’école. Il me parlait souvent de ma mère et évoquait son souvenir avec un hochement de tête. Ne connaissant encore rien de la vie, je l’écoutais me raconter que les gens qui quittent ce monde allaient au paradis. Tout comme ma mère, ils sont plus heureux là où ils se trouvent et ne pensent plus à leur vie antérieure. Ma mère doit être plus sereine maintenant qu’elle n’est plus avec mon père.
    Mon grand-père hochait la tête d’un air désolé. Il me caressait les cheveux, me serrait contre lui, m’emmenait au jardin public et m’achetait un tas de jouets et de confiseries.
    Plusieurs jours passent ainsi, avant que mon père ne daigne se montrer.
    C’était en plein milieu de la nuit. Il venait de rentrer probablement d’un voyage et avait l’air de quelqu’un qui ignorait totalement ce qui se passait chez lui.
    En retrouvant ses parents dans la maison, il comprit que quelque chose venait d’arriver.
    Je somnolais sur les genoux de ma grand- mère, lorsqu’il fera irruption dans ma chambre.
    Il regarde sa mère d’un air curieux, puis me regarde avant de demander :
    - Quelque chose est arrivée ?
    Ma grand-mère répondit sur un ton triste :
    - Oui, mon fils, on vient d’enterrer ta femme.
    Elle avait débité cette phrase d’un air qui en disait long sur ses pensées.
    Mon père se laisse tomber sur une chaise et se prend la tête entre ses mains :
    - Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ?
    - On ne savait même pas où tu te trouvais. Tu avais disparu de la maison, et même de la ville. Où étais-tu donc passé. On commençait à s’inquiéter réellement pour toi.
    Mon père garde le silence un moment puis se lève et lance :
    - J’étais très occupé. J’avais un tas d’affaires urgentes à régler.
    - Tout de même, mon fils, pas au point d’abandonner ton foyer et d’ignorer totalement ta femme et ton fils.
    Il glisse les mains dans ses poches et se met à marcher de long en large :
    - Elle est morte de quoi ?
    - Je ne sais pas au juste. Mais on l’avait hospitalisée durant plusieurs jours.
    - Cela s’est passé quand ?
    - Il y a quelques semaines. Lorsque ton beau-père nous avait appelé pour le petit, elle n’était plus de ce monde.
    - On aurait dû m’en informer. Je n’avais tout de même pas changé de planète.
    Ma grand-mère garda le silence. Elle avait compris que mon père était chez Zahia. Peut-être même étaient-ils partis ensemble en voyage…
    A ce moment précis, mon grand-père nous rejoint. Il avait dû surprendre la dernière phrase de son fils, et c’est d’une voix chargée de colère qu’il lance :
    - Mais si… Tu avais changé de planète.
    Mon père se retourne vivement vers lui :
    - Père, je n’étais pas trop loin. J’étais…
    - Tu étais où ? Avec cette femme qui te bourre le crâne et te détourne de ta famille ?
    Mon père se tut, puis tourna les talons et sortit de la chambre sans ajouter un mot.
    Mon grand-père me tendit alors les bras, et me serra contre lui :
    - Désolé Azad, mais tu vois, les grandes personnes aussi on doit les gronder.
    - Papa a fait une bêtise, demandais-je innocemment.
    Mon grand-père sourit en hochant la tête :
    - Oui. Pas une seule bêtise. Il a fait un tas de bêtises.
    - Alors tu vas le punir ?
    - Si je le pouvais, je lui aurais déjà tordu le cou.
    Ne comprenant rien à ses remontrances, je retourne dans le giron de ma grand-mère qui se remet à me bercer.
    Azad s’arrête un moment. Les souvenirs étaient remontés de son subconscient tel un filet d’eau. Il avait alors déversé son trop-plein sans tenter de se retenir ou de cacher quoi que ce soit. Hadjira doit connaître toute la vérité sur son passé.

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 62e partie
    Par : Yasmine HANANE

    La jeune femme pose la main sur son bras :
    - Pauvre Azad, je ne savais pas que tu avais tant souffert.
    - Ce n’était rien jusque-là. Le pire venait après.
    - Le pire !
    - Oui. Lorsque mes grands-parents repartirent chez eux en sommant leur fils de me garder auprès de lui et de prendre soin de moi.
    - Cela ne l’arrangeait pas bien sûr.
    - Pas du tout. J’entravais sa liberté. Il n’avait plus les coudées franches pour s’absenter et passer ses journées loin de la maison.
    - C’était là donc la punition infligée par ton grand-père.
    - En quelque sorte, mais j’étais là aussi le bouc émissaire de la situation, car mon père passait sa colère sur moi.
    - Pourquoi n’as-tu pas appelé ton grand-père maternel ?
    - Je ne le pouvais pas. On m’avait toujours rappelé que j’étais le fils de mon père, que je portais son nom de famille, et qu’en dehors de lui, personne ne pouvait se charger de mon éducation.
    - Mais il te reniait quelque part.
    - Certes. Seulement, j’étais trop jeune aussi pour réagir. Tout juste 7 ans ! Tu te rends compte !
    Hadjira, compatissante, hoche la tête :
    - Ton histoire me touche énormément Azad. Mais on dit qu’à quelque chose malheur est bon. C’est peut-être tout ce passé-là qui t’a poussé à faire des études et à décrocher des diplômes afin de t’affirmer et de prouver à toi-même que tu peux réussir dans la vie.
    Azad sourit :
    - Tu es une fine psychologue Hadjira.
    Elle hausse les épaules :
    - Le psychologue c’est toi. Moi je ne suis qu’une petite enseignante.
    Il fait un geste de la main :
    - Tu es une grande femme. Un être très sensible et très bon.
    - Comment le sais- tu ? Tu me connais à peine.
    - Il est vraiment très facile de détecter toutes ces qualités chez toi, même si, au premier abord, tu affiches cet air réservé qui fait croire que tu es très difficile à approcher.
    - Vraiment ?
    - Lors de notre première rencontre dans l’ascenseur, tu m’avais fasciné par ton air innocent et ta pureté, mais tu n’étais pas facile à aborder. Je voulais te retenir un moment, te parler, mais tu t’es enfuie telle une voleuse, sur la pointe des pieds.
    - Tu mens. Je ne me suis pas enfuie. Tu avais été assez galant pour me laisser sortir de l’ascenseur avant toi. J’ai apprécié ton geste, sans plus.
    - Hum… Qui ment alors là-dedans ? Toi ou moi ?
    Elle sourit :
    - Je t’assure que je n’invente rien.
    - Alors nous sommes quittes. Moi non plus, je n’invente rien, en te disant que tu me plaisais, au point où j’ai souhaité te revoir.
    - Et le jour où il pleuvait à torrents, lorsque ta sœur t’avait proposé de me déposer à la maison, tu avais vu ton souhait exaucé.
    - Mieux encore, mon souhait a été exaucé le jour où tu avais trouvé cette souris chez toi. C’était une bénédiction.
    - Quoi ? La souris ?
    Son air effaré le fera éclater de rire :
    - Oui. On peut le dire. C’est cette souris qui m’a permis de te revoir encore.
    Elle rit :
    - Je ne savais que tu gardais un si bon souvenir de cette journée, où j’étais dans tous mes états et pas du tout belle à voir.
    - J’ai beaucoup aimé ton air effarouché et tes efforts à pourchasser cette bête qui fuyait dans tous les coins. Une véritable partie de cache-cache.
    - Moi qui pensais que tu avais pitié de moi.
    - Mais pas du tout.
    Il rit, et Hadjira surprend son air amusé.
    - Ah ! J’ai compris. Tu voulais me voir piquer une crise de nerfs et venir te supplier de m’aider.
    - Je t’ai tout de même aidée à capturer cette souris et à t’en débarrasser.
    Il rit encore :
    - Nous avons détourné la conversation vers un sujet un peu grotesque. Tu ne trouves pas ?
    Elle secoue la tête :
    - Non. C’est venu comme ça. Dans la communication, il y a toujours des bifurcations. Mais revenons à ton sujet initial. Que s’est-il ensuite passé entre ton père et toi ?
    Azad prend une longue inspiration :
    - Il s’est passé un tas de choses. Des choses que je ne pourrais jamais oublier. Mon père, au bout de quelques mois, se lassa de la vie qu’il menait et décida d’épouser Zahia sans tambour ni fanfare.
    Sans rien dire à ses parents qui se seraient à coup sûr opposés à cette union. Il la ramène un soir et me somme de la respecter en me disant que c’était ma nouvelle maman.

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 63e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Je ne pouvais imaginer une autre maman que la mienne, et celle-ci était, non seulement, méchante et arrogante, mais mentait et jouait à la malheureuse devant mon père et tous les gens qui venaient à la maison afin de susciter leur pitié. J’étais le mauvais garnement… Un intrus dans son bonheur… Elle ne cessait de répéter à qui voulait l’entendre que je lui faisais de la peine et qu’elle voulait réellement être une seconde maman pour moi, mais que j’étais celui qui ne voulait rien savoir… J’étais le petit diable, indiscipliné et trop gâté, qui méritait plutôt des corrections de la part de mon père. Et ce dernier ne ratait jamais une occasion pour montrer son autorité envers moi et me battre à tout bout de champ et pour n’importe quel subterfuge.
    A maintes reprises, il m’enfermera dans ma chambre des journées entières sans nourriture ni eau. Dans de tels moments, je ne cessais de pleurer ma maman. Un jour, Zahia m’entendit. Elle vint me retrouver pour me dire de sa voix rauque : “Ta mère est partie… Elle est partie pour ne plus revenir… Tu ne la reverras plus jamais…”
    Cette phrase débitée haineusement par ma belle-mère me marqua à jamais.
    Plus je grandissais, plus je comprenais.
    Je venais de terminer mon cycle primaire. Mon père, loin de se réjouir de mes bonnes notes, n’y alla pas par quatre chemins pour m’inscrire dans un CEM-Lycée afin que je sois dans un internat. Il ne voulait pas contrarier sa femme qui attendait un bébé, et m’éloigna sciemment de la maison.
    Je me retrouvais loin de chez moi, dans une ville inconnue et entouré de gens que je n’avais jamais vus.
    Mais j’étais conscient de la réalité. Je ne pouvais plus rien attendre de mon père.
    Néanmoins, je me sentais plus léger et même plus heureux d’être loin de mon père et de ma marâtre. J’étais tellement traumatisé par leur comportement envers moi que cet éloignement s’avéra plutôt bénéfique pour ma personnalité.
    Je nouais des amitiés avec mes camarades de classe, dont quelques-uns étaient comme moi, des internes. Par mes bonnes notes, je me rapprochais davantage de mes enseignants, qui me prodiguèrent conseils et leçons, et m’aidèrent tout au long de mon cursus scolaire jusqu’en terminale.
    Je me suis entre-temps découvert une passion pour la lecture et je passais de longues heures dans la bibliothèque du lycée.
    Au bout de quelques années, je devins la mascotte de l’école. J’étais l’élève sur qui on pouvait compter lors des concours scolaires et des inter-écoles, comme j’étais aussi l’ami des petits cancres que j’aidais de mon mieux à assimiler leurs leçons et à faire leurs devoirs.
    J’appréhendais tout de même l’approche des vacances. A chaque fois que je devais rentrer chez moi, mes peurs me reprenaient. Cette idée m’offusquait. Je passais des nuits blanches, les tripes nouées et l’esprit instable, à échafauder des plans, afin d’échapper à ce retour à la torture.
    Cependant, au bout de la première année, mon père s’arrangera avec ses parents afin que je puisse passer les jours fériés et mes vacances chez eux.
    Cet arrangement me convenait, d’autant plus que mon grand-père paternel, qui se faisait vieux et souffrait de rhumatismes, me recevait avec plaisir. J’étais celui qui l’aidait à marcher, qui l’accompagnait à la mosquée ou au jardin, lui achetait son journal et son tabac et lui lisait son courrier.
    Je devenais ainsi le petit missionnaire, qui faisait les courses, arrosait le jardin, tenait compagnie à ma grand-mère ou portait son panier lorsqu’elle se rendait au marché.
    Et ce sera ainsi durant de longues années.
    De mon père, je ne gardais qu’un vague souvenir. De temps à autre, il rendait visite à ses parents et ramenait la petite Katia avec lui. Jamais, il n’avait osé se faire accompagner par Zahia, que mes grands-parents détestaient ouvertement.
    J’étais toujours heureux de retrouver ma petite sœur. Je l’emmenais au jardin, jouais avec elle, lui confectionnais des guirlandes, ou lui achetais des confiseries.
    Elle, de son côté, s’attacha à moi et pleurait à chaque fois qu’elle devait me quitter pour rentrer à la maison.
    Je ne savais pas que cette vie calme et sereine allait prendre fin avec le décès de mon grand-père puis de ma grand-mère. L’un après l’autre, ils quittèrent ce monde ingrat pour rejoindre ma mère dans l’au-delà. Je les pleurais amèrement. J’étais presque un adulte certes, mais ils me manquèrent terriblement. Ils s’étaient substitués à mes parents et m’avaient aimé plus que leur propre fils.
    J’étais anéanti. Encore une fois, la mort me montrait le visage hideux de la vie. Encore une fois, je me retrouvais orphelin.

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 64e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il s’arrête un moment pour reprendre son souffle et reprend d’une voix
    triste :
    - Pour surmonter mon chagrin, je me jette corps et âme dans mes études. Je n’avais aucun mal à suivre mes cours, et je continuais à décrocher les meilleures notes jusqu’à l’obtention brillante de mon baccalauréat.
    N’ayant pas les moyens de m’inscrire tout de suite à l’université, je dus trimer dur pour mettre de côté quelques économies et penser un peu à mon avenir.
    J’étais attiré par la sociologie et la psychologie.
    Un concours me permettra de décrocher une bourse d’études à l’étranger. L’aubaine pour moi, qui n’avait plus où aller.
    Mais l’étranger n’est pas chez soi. La bourse d’études me permettait à peine de subvenir à mes besoins ou de m’acheter quelques livres.
    Au bout de deux ans, je dus interrompre mes études pour chercher du travail.
    La tâche s’avéra ardue. Il fallait accepter le premier boulot qui se présentait. Faire la plonge dans les cafés ou les restos, faire du baby-sitting, faire des commissions pour les vieilles personnes, laver les vitres des véhicules ou les vitrines de magasins, etc.
    Puis je pus décrocher un petit job de coursier dans une librairie. Avec les quelques sous amassés çà et là, je dénichais aussi un gîte. C’était une mansarde glaciale et humide sous un toit qui coulait à longueur d’année, mais c’était mieux que la rue et ses affres. Plus tard, un ami me proposera un poste de caissier dans un bureau de transit… Un travail plus stable qui me permettra de reprendre espoir… Je quitte la mansarde pour habiter dans un appartement plus confortable, et je repris enfin mes études.
    Quatre années durant, je fus celui qui était l’exemple de sa promotion.
    Mon sérieux me valut les félicitations et l’amitié de mes camarades et de mes professeurs, qui ne cessaient de faire mes éloges.
    Je ne cessais de remercier Dieu de m’avoir donné le courage d’aller jusqu’au bout.
    Lorsque, enfin, je décrochais mes diplômes, je pus respirer.
    J’étais heureux comme pas un. Je détenais enfin le sésame pour lequel j’avais tant trimé. Des larmes ruisselaient sur mes joues, alors que je montais sur l’estrade pour recevoir le fameux carton qui couronnait mes efforts.
    J’étais major de promo !
    Les recommandations de mes professeurs portèrent tout de suite leurs fruits. On me reçoit sans encombre dans une grande clinique pour des stages pratiques et des formations de base.
    Je pouvais côtoyer de grands professeurs en psychologie, des chercheurs, des sociologues, des patients et tout l’entourage requis pour une nouvelle recrue comme moi qui voulait évoluer rapidement.
    Deux années plus tard, j’étais engagé comme psychologue dans cette grande clinique. Le salaire qu’on m’octroya dépassa mes espérances, et je pus enfin croire à une vie meilleure.
    Il se tut… Hadjira comprit qu’il revivait le passé et que les souvenirs l’écorchaient. Elle lui presse le bras :
    - Et ensuite ?
    - Ensuite, j’ai trimé dur… J’ai appris auprès des professeurs dans le domaine que ce n’est pas la science qui gère le subconscient, mais que ce dernier est gérable par l’être humain lui-même. Toute action qu’on fait est jaugée à sa juste valeur par notre conscience. On appel ça le tribunal. Chacun de nous est auto-jugé. Le verdict est ce qu’on pourrait appeler un remords, un réveil de conscience, une autosatisfaction, un bien-être, etc.
    Plus je m’enfonçais dans la recherche, plus je me rapprochais des patients qui souffraient de différents maux du subconscient.
    Ce dernier emmagasine tous nos actes, et tout ce que nous subissons notre vie durant. Souvent, lorsqu’une personne n’arrive pas à s’exprimer ou à s’extérioriser, nous tentons de remonter à son enfance… En psychiatrie, on utilise l’hypnose pour révéler au malade lui-même des vérités qu’il cachait en lui et qu’il ignorait, ou tentait d’ignorer. Lorsque la soupape de sécurité n’agit plus, l’être humain n’arrive plus à affronter certaines situations.
    Alors il devient vulnérable face aux événements de la vie. Souvent, il suffit de n’importe quelle “bousculade” pour qu’un facteur déclenchant ouvre le sésame des émotions internes. C’est dans de tels moments que l’intervention d’une aide extérieure est requise, afin d’aider le patient à surmonter son mal.

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 66e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il rit :
    - Me croirais-tu si je te disais qu’en dehors des liens d’amitié, je n’ai jamais voulu approfondir une relation féminine.
    - Pourquoi donc ?
    - Tout simplement parce que je voulais retrouver un peu de ma mère dans la femme qui sera mienne, et qui deviendra un jour la mère de mes enfants. Je ne suis pas un coureur d’aventure, ni un homme qui voit en chaque jupon un bon moment à passer. Je n’aime ni souffrir ni faire souffrir. Pour moi, l’amour est un sentiment noble qu’il ne faut jamais piétiner.
    Surprise par tant de sincérité dans sa voix, Hadjira demeure bouche bée devant les révélations de son interlocuteur. Elle est de plus en plus admirative de cet homme qui a su la subjuguer, en lui ouvrant son cœur et en lui confiant ses secrets.
    Au bout d’un moment, elle prononce d’une petite voix :
    - Azad, je suis confuse devant la largesse de ton esprit, ta sagesse et la profondeur de tes connaissances. Tu es non seulement quelqu’un de bon et de juste, mais tu es un homme accompli, un homme que toutes les femmes convoiteraient sans retenue.
    Il sourit :
    - Ne t’emballe pas trop vite. Je suis comme tous les humains. Un peu jaloux, un peu envieux, un peu mesquin, et…
    Il s’approche d’elle :
    - Je suis aussi très amoureux d’une femme qui est venue me demander des comptes suite à une demande en mariage que j’avais projeté de faire depuis le jour où je l’ai rencontrée.
    Hadjira toussote pour dissiper son embarras.
    Elle regarde autour d’elle comme pour chercher une réplique à Azad, qui la regardait d’un air qui balayait toutes ses hésitations. En venant chez lui, elle avait cru le mettre au pied du mur et lui donner une leçon sur sa demande en mariage brusque et inattendue. Mais ce qu’elle vient de découvrir avait non seulement effacé ses doutes, mais aussi remonté cet homme dans son estime. Estime ? Elle se mordit les lèvres en se rendant compte qu’elle était plutôt amoureuse ! Oui c’était le cas !
    Depuis quand ? se demande-t-elle.
    Est-ce depuis leur dernière rencontre chez ses parents, ou est-ce avant ?
    Elle repense à leur rencontre dans l’ascenseur. L’homme lui avait paru galant et bien éduqué. Puis le jour où il était venu l’aider à pourchasser cette souris. Ah oui ! Elle se rappelle de son air amusé et de sa manière de la regarder au fond des yeux, qui lui avait donné des frissons. Pourquoi ? Etait-elle déjà éprise ?
    - Alors Hadjira, tu ne dis rien. Tu as perdu ta langue ?
    Elle sursaute. La voix d’Azad la ramène sur terre, et à la réalité de l’instant. Elle devrait donner une réponse à cet homme que la Providence lui envoyait au moment où elle s’y attendait le moins.
    Prudente, elle préféra sourire et répondre calmement :
    - Non, je n’ai pas perdu ma langue. Je voulais juste te faire languir.
    - Alors c’est déjà fait. Je brûle d’envie de connaître ta décision, maintenant que tout mon passé ne t’est plus inconnu.
    - Hum… Je n’en suis pas si sûre.
    - De quoi ?
    - Je ne suis pas sûre de connaître tout ton passé. Tu ne m’as raconté que ce que tu voulais. Crois-tu donc que je vais adhérer à tout ce que tu viens de déballer ?
    Azad prend un air courroucé :
    - Je te jure sur tout ce qui m’est cher que je ne t’ai raconté que la stricte vérité sur moi. Pourquoi vais-je inventer ces réalités que j’ai réellement vécues, et pourquoi vais-je te mentir, alors que la vérité est telle une lanterne qui finira par s’allumer devant toi un jour.
    - Je n’arriverai pas à croire surtout à ta vie sentimentale. Jusque-là, tu donnes l’impression de n’être jamais sorti avec une femme, de n’avoir jamais eu d’aventure…
    Azad vint s’asseoir près d’elle et la regarda dans les yeux :
    - Si tu veux t’en assurer, donne tout d’abord une suite à ma proposition.
    Elle baisse les yeux et regardz ses mains :
    - Si vite ?
    - Pourquoi attendre lorsque le destin se manifeste sous de bons auspices ?
    Il garde le silence un moment puis poursuit :
    - Si tu trouves que je ne suis pas l’homme qu’il te faut, ne te gênes surtout pas pour le dire. Tu n’es pas obligée de partager mes sentiments pour toi, et le cœur a des raisons que…
    - La raison elle-même ne connaît pas.
    Elle avait terminé sa phrase sans se détourner de son regard. Il lui prend la main et la porte à ses lèvres. Elle ne chercha pas à la retirer, mais garde les yeux baissés et lance dans un souffle :
    - Je t’aime Azad.
    Il lâche sa main et demande d’une petite voix :
    - Redis-le encore ?

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 67e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Elle sourit et ses joues prirent une couleur pourpre :
    - Tu es un petit voyou.
    - Ce n’est pas ce que je voulais entendre.
    Il lui relève le menton :
    - Ma chérie… J’ai tant attendu ce moment…
    - Hein… ?
    - Oui… j’ai attendu longtemps que quelqu’un m’aime… Que quelqu’un m’apprécie pour ce que je suis : un homme simple et aimant…
    - Et surtout trop entreprenant…
    - Si tu le veux… Mais le jour où tu es venue m’annoncer que tu allais te marier, j’ai cru que le monde s’écroulait… Alors ne sachant que faire, je t’ai proposé de venir voir tes parents… J’avoue qu’en ce moment-là, déjà, j’espérais gagner la partie… J’étais prêt à faire n’importe quoi pour arriver à ton cœur.
    - Et tu as réussi Azad. Grâce à ta patience et à ton abnégation, tu as su gagner mon cœur, mon âme et tout mon être.
    - Tu veux dire que tu acceptes de devenir ma femme devant Dieu et ses êtres.
    - Si jamais tu changes d’avis, je suis prête à me suicider ici même.
    Il sourit et la serre dans ses bras :
    - Moi, je suis prêt à te porter devant la porte de tes parents et à les supplier de m’accorder ta main.
    - Tu n’en auras pas besoin. Tu les a déjà conquis.
    - Alors il ne me reste plus qu’une chose à faire.
    - Laquelle ?
    - Informer mes parents.
    - C’est déjà fait…
    La voix qui provenait du couloir les fait se retourner tous les deux en même temps. Surpris, ils se retrouvèrent face à Katia qui s’approcha d’eux :
    - Je suis là depuis une dizaine de minutes, dit-elle dans un rire joyeux. Au début, j’ai cru qu tu étais en consultation Azad, puis j’ai reconnu la voix de Hadjira… Alors c’est pour quand le mariage ?
    Azad se lève et prend sa sœur par les épaules :
    - Le jour où tu décrocheras ton bac nous fêterons les deux événements en même temps.
    - Alors vous pourrez commencez les préparatifs, car papa a déjà pris la décision de vous organiser un mariage grandiose.
    - Papa ?
    - Oui, papa, Azad… Que crois-tu donc… ?
    Comme il ne disait rien, elle poursuit :
    - Tu sais bien que les liens du sang finissent toujours par rapprocher les personnes. Lorsque je lui ai appris que tu voulais te marier et que ton choix était des meilleurs, il a versé des larmes. Je ne sais pas si c’est le regret ou la joie qui a provoqué en lui une telle émotion, mais je peux te jurer que jusqu’à ce jour je ne l’ai jamais vu pleurer… C’est pour t’annoncer cette nouvelle que je suis venue…
    Elle sourit en regardant son frère qui s’était rapproché de Hadjira et lui avait pris la main :
    - Je crois que je tombe mal…
    Hadjira rougit en retirant sa main, et Azad s’approcha de sa sœur pour lui pincer la joue :
    - Allons petite chipie. Il est vrai que tu nous surprends, mais tout compte fait, tu as bien fais de venir. Tu m’évites une sacrée corvée en prenant les devants pour annoncer notre mariage à papa.
    Dans la grande maison familiale, Tahar regardait les cartes d’invitation disposées sur la petite table du salon et passa une main caressante sur l’écriture. Il n’en revenait pas. Son fils va se marier dans quelques jours, et Katia qui avait décroché brillamment son baccalauréat venait de s’inscrire à l’université. Elle avait opté pour la médecine et il en était tout fier. Comme les années passent vite ! Hier encore, elle n’était qu’une petite gamine qui venait lui chatouiller les joues et lui ébouriffer les cheveux. Et Azad ? Il pousse un long soupir. Cet enfant prodigue était aujourd’hui prêt à fonder une famille !
    Zahia vint le rejoindre et s’assit près de lui :
    - Il se fait tard, que fais-tu encore au salon tout seul ?
    Il ne répondit pas, et elle remarqua les cartes entre ses mains :
    - Encore ces invitations… Combien de fois vas-tu encore les retirer pour les relire ?
    - Autant de fois que cela m’enchante Zahia.
    - Ah ! Tu es heureux de cet événement qui va à coup sûr faire de nous un vieux couple.
    - Tu ne vas porter que ton âge Zahia… La nature nous donne des tranches de vie pour chaque portion de notre existence… On devrait donc accepter la vieillesse et la mort.
    - Non !
    - Mais si.
    - Je ne veux pas vieillir… Je ne veux pas mourir… Je… j’ai encore bien de choses à faire. Je… veux voyager, découvrir le monde, voir d’autres gens…
    - Nous avons fait tout ça ma chère… Et si nous pouvons nous le permettre encore, nous le ferons à coup sûr.
    Elle se tut et regarda son mari qui tenait toujours les cartes d’invitation dans sa main :
    - Qui va distribuer les invitations ?
    - Nous deux.
    - Pas moi !
    - Pourquoi ?
    - Euh… Azad m’en veut à mort… Je n’ai pas été la belle-mère exemplaire.
    - Tu le reconnais enfin.
    Elle se redresse furieuse :
    - Toi non plus, tu n’as pas été le père exemplaire.

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 68e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Il pâlit :
    -Je le reconnais… Je n’ai jamais été à la hauteur… J’ai abandonné mon fils à l’âge où il avait besoin de mon affection et de ma présence auprès de lui. Je m’en veux à mort aujourd’hui… Heureusement qu’il a su prendre son destin en main et assurer son avenir… Il a souffert, mais il a tenu bon. Je suis un père ignoble… Je ne sais pas s’il va me pardonner un jour, mais même dans le cas contraire, je ne lui en voudrai pas… Il a toutes les raisons de me mépriser.
    Zahia dont les lèvres tremblaient lance d’une voix hésitante :
    -Ne… crois-tu pas qu’il est revenu vers toi juste pour l’héritage ?
    Tahar devient rouge de colère :
    -L’héritage ! Tu n’as que ce mot à la bouche… On dirait que tu ne vois rien d’autre que ce que je pourrais laisser après ma mort… Heureusement que j’ai modifié le testament.
    -Tu as quoi… !?
    -Tu l’as bien entendu… J’ai modifié le testament. Azad est mon fils et je n’ai pas le droit de l’exclure de l’héritage familial…
    Il pousse un long soupir :
    - La vie nous surprend des fois à un âge où on ne peut plus reculer.
    Zahia demeure stupéfaite :
    -Tu n’as pas fait ça Tahar !
    - Zahia, Azad est mon fils ! Ne crois-tu pas que nous l’avons assez ignoré ? Jusque-là, notre comportement envers lui a été indigne et je ne veux pas l’avoir sur la conscience… Le remords nous tuera Zahia, il nous tuera, et nous serons damnés à jamais si nous ne prenons pas les devants.
    Zahia s’approche de lui :
    -Et Katia ? Tu as pensé à elle… ?
    -Bien sûr… Elle aura sa part dans tout ce que je lègue.
    -Et moi dans toute cette affaire ?
    -Quoi, toi ?
    -Heu… Je veux dire qu’auparavant, tu avais prévu de me léguer la totalité de tes biens, mais maintenant…
    Il lève une main suppliante :
    -Je ne suis pas encore mort Zahia et je ne vais pas revenir là-dessus. J’ai fait ce qu’il faut pour tout le monde…
    -Tu veux dire que…
    - Oui… Que j’ai fait le partage équitablement. Ainsi je n’aurai rien à regretter désormais.
    Zahia garde le silence un moment avant de revenir sur le sujet :
    -Ce n’était pas ce qui était prévu Tahar.
    Il s’emporte :
    -Tu ne vas donc jamais comprendre !?
    Il la prend par les épaules et se met à la secouer brutalement :
    -C’est par ta faute que j’ai abandonné mon fils… Tu voulais tout pour toi. La maison, les biens, l’argent, tout… Je me suis plié à tes caprices et j’ai oublié totalement mon propre fils. Même sa mère a eu à en pâtir de notre relation…
    -Là, là, là… Attends un peu… Tu parles de ta première femme Tahar… C’est toi le coupable et pas moi… Je sais qu’on t’avait un peu forcé la main, mais ne m’accuse pas d’avoir été à l’origine des malheurs de la défunte…
    Il hausse les épaules :
    -Nous en sommes tous un peu coupables… Mes parents, moi, toi… Personne n’avait pensé que cette malheureuse n’avait pas non plus choisi son destin. A elle aussi on avait forcé la main…
    Zahia fronce les sourcils :
    -Tu ne faisais pas ses éloges dans le temps…
    Il hoche la tête tristement :
    -Je l’ai méprisée… Je n’avais aucun respect pour elle. Même le jour où elle avait accouché de notre fils, je n’étais pas présent… Une honte. N’importe quel père aurait été heureux de prendre son premier enfant dans ses bras. Moi j’étais ailleurs… Je ne voulais rien savoir… Nous étions ensemble… Tu te rappelles… Nous faisions des projets de vacances.
    Il s’approche de la bibliothèque et se met à contempler quelques photos sur les étagères :
    -Tu vois… Nous avons même fait disparaître les portraits où elle figurait avec Azad.
    Il pousse un long soupir :
    -L’âge nous rattrape, et la vie nous rend des comptes. Nous ne récoltons que ce que nous avons semé. A mon âge, je me sens de plus en plus indigne d’être le père d’un fils aussi brillant qu’Azad… Je ne l’ai pas élevé, je ne l’ai pas assisté, et pourtant il a réussi.

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 69e partie
    Par : Yasmine HANANE

    Zahia hausse les épaules :
    -Cesse donc de te torturer ainsi… Nous sommes des humains, pas des anges.
    -Non… Nous sommes des diables dans notre genre. Nous croyons que la jeunesse est éternelle, et que la vie allait nous offrir ce qu’il y a de meilleur…

    Il se retourne vers elle et la toise un moment :
    -Tu ne sembles pas convaincue Zahia…
    -Par ce que tu viens de débiter ? Non, moi je suis cartésienne. Je sais prendre la vie du bon côté et faire face à ses aléas. Je crois que j’ai un caractère bien plus résistant que le tien.
    -Ah oui ?
    -Tu en doutes ?
    Il ébauche un sourire triste :
    -Zahia, tu as fais une dépression, il n’y a pas longtemps.
    -Oui, et alors ? Tu veux mettre une petite faiblesse passagère en exergue ?
    Il prend un air plus sérieux :
    -Une faiblesse passagère ? Tu appelles tes crises d’hystérie une faiblesse passagère ?
    Elle se mord les lèvres et tente de fuir son regard avant de lâcher :
    -Je ne suis pas hystérique. J’étais seulement surmenée, à bout de nerfs. Et je ne me contrôlais plus.
    -Et maintenant ?
    -Heu… maintenant je me sens bien. Je maîtrise mieux mes émotions. Tu n’as pas remarqué que ces derniers temps je deviens un peu plus… calme ?
    Il hoche la tête :
    -Tu as terminé ta désintoxication ?
    Elle relève la tête promptement et se met à trembler. C’est d’une voix hachée qu’elle demande :
    -Comment ? Comment ?
    -Comment je le sais ?
    Il sourit d’un air triste :
    -Zahia, ne me prends pas pour un imbécile.
    Elle redevint plus confiante et lance :
    -C’est Azad qui te l’a dit ?
    -Azad ? Que vient-il faire là-dedans ?
    -Je me suis confiée à lui à un moment où je n’arrivais plus à ordonner mes idées.
    Il l’interrompt :
    -Alors là, tu marques un point, car la dernière personne à laquelle j’aurais pu penser pour tes confidences, c’est bien Azad.
    Elle se tordit les mains et demande d’une petite voix :
    -Comment as-tu donc découvert le pot aux roses Tahar ?
    Il pousse encore un soupir :
    -Je t’avais surprise certains soirs. Tu te levais parfois en pleine nuit pour te rendre dans la salle de bains et te piquer…
    -Tu n’en avais jamais parlé.
    -Je n’avais pas deviné que c’était de la poudre… Je pensais que c’était des tranquillisants… Cela n’avait d’ailleurs pas duré longtemps… Mais tu as compensé par des boîtes de comprimés…
    Elle hoche la tête :
    -Je pensais retrouver un peu de sérénité, un peu de bonheur… Hélas ce n’était pas le cas. Moi aussi j’étais torturée par les remords.
    - Et tu viens me parler d’une force de caractère et d’une maîtrise de soi.
    Zahia baisse la tête et laisse couler deux longues larmes sur ses joues. Elle se laisse tomber sur une chaise et Tahar s’approche d’elle :
    -Je sais que tu continues tes séances de désintoxication. Tu es très courageuse Zahia. Tu as pris le taureau par les cornes pour attaquer le mal à la racine.
    Elle essuie ses yeux et demande :
    -Comment tu as su pour ça aussi ?
    -C’est très simple… Je t’ai entendu parler au téléphone avec ton médecin. J’ai décidé de ne pas t’en parler, jugeant que tu avais pris la bonne décision.

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    Azad 70e partie et fin
    Par : Yasmine HANANE

    Elle hoche la tête :
    -J’avais hâte d’en terminer… J’avais si peur que tu ne découvres ce secret qui m’empoisonnait.
    -Il ne t’empoisonnera plus, maintenant que nous avons discuté et mis les choses au clair.
    Il sourit :
    -Quand je pense que c’est Azad qui nous rapproche ainsi.
    Elle hoche la tête :
    -Oui, je me rends compte aussi, que c’est grâce à ses conseils que je n’ai pas dérapé. J’aurais pu continuer dans la drogue et devenir une loque ambulante mais il a su freiner mes élans et me rappeler à l’ordre, alors que j’ai été odieuse ingrate et égoïste.
    Elle se lève et se passe une main dans les cheveux :
    -Tahar, je quitterais cette maison si tu le veux, car je serais indigne d’être la grand-mère de tes petits-enfants. Je n’ai rien fait pour mériter une telle considération.
    Tahar sourit :
    -Il y a à peine un instant, tu disais avoir peur de vieillir, et maintenant tu parles de nos petits-enfants.
    Elle se mouche et lance :
    -En vérité, ce n’est pas la vieillesse que j’appréhende. C’est, c’est…
    Elle ne peut terminer sa phrase et éclate en sanglots. Tahar la prend dans ses bras :
    -C’est terminé ma chérie, le passé nous hante, mais Azad nous pardonne. Que demander de plus à la providence, que de voir nos petits-enfants gambader autour de nous et racheter notre mauvaise conscience, en les adorant et en reportant tout notre amour sur eux.
    Elle hoche la tête et demande :
    -Tu me pardonnes Tahar ?
    Il lui caresse les cheveux :
    -Mais de quoi donc ? De la piètre attitude que nous avons affichée envers notre fils ?
    -Notre fils ? Azad est ton fils… Moi, je ne suis que cette belle mère acariâtre qui n’a su ni le garder ni faire son bonheur.
    -Azad t’a déjà pardonné. Que tu le veuilles ou pas, ce garçon est un ange tombé tout droit du ciel, une leçon de moralité pour nous. Allons Zahia, sèche donc tes larmes et faisons un tour en ville, cela nous changera les idées. Heu…et puis, si cela pourra te faire plaisir, je voulais t’en faire la surprise, mais tant pis, je lâche le morceau : que dirais-tu d’un petit voyage?
    -Un voyage ?
    -Oui, j’avais prévu d’offrir une petite croisière autour de la Méditerranée aux jeunes mariés. Si tu ne trouves pas d’inconvénient, nous pourrons faire de notre côté un petit voyage, qui nous changera de la monotonie de ces dernières années. Bien entendu, Katia partagera cette évasion. Ce sera aussi mon petit cadeau pour sa brillante réussite au baccalauréat.
    Emue, Zahia ne peut répondre, mais ébauche un beau sourire à travers ses larmes. Tahar la garde serrée contre lui. Un temps, une époque, des évènements… tout passe, tout trépasse, demeurent les souvenirs.
    Comme prévu, le mariage d’Azad et de Hadjer sera grandiose. Après une longue tempête et une longue traversée du désert, un beau soleil illuminera leur vie et leur fera oublier le spectre du passé. Désormais, le bonheur est à leur portée et ils pourront rêver d’un avenir meilleur.

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