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Un nom et un lieu par Farouk Zahi

1 août 2013

Farouk Zahi

C’est sous cet intitulé que s’est tenu le colloque sur la vie et l’œuvre de Mostefa Lacheraf organisé le 18 mai 2013 par l’association Aissa Bisker pour la promotion de la culture de l’enfant. 

Le lieu n’est autre que Bou Saada qui a tenu à rendre, par cette rencontre, un hommage mérité à cette immense personnalité intellectuelle qui a marqué par sa pensée et son œuvre la deuxième moitié du XXè siècle. Dans ses « souvenirs d’un compagnonnage » au crépuscule d’une vie pleine de militance, Aissa Baoid qui a fait de l’acte d’éduquer un sacerdoce, revient sur les contingences qui lui fait rencontrer Mostefa Lacheraf, leur petite enfance, leur combat émancipateur jusqu’à leurs retrouvailles une fois la souveraineté nationale reconquise. « Natif de Bou Saada , j’ai fréquenté le Cours complémentaire mixte de l’école Lucien Chalon qu’avait fréquenté Mostefa Lacheraf très peu de temps avant d’être admis en classe de sixième au Lycée de Ben Aknoun qu’il évoque dans son livre « Des noms et des lieux ». Ce cours complémentaire, équivalant à un CEM actuellement, a été fréquenté également par de nombreux élèves durant les années trente comme les futurs instituteurs Bisker Aissa, El Bouti Mohamed, Abdellatif Tameur, Abdellatif Messaoud, et moi-même ; les futurs médersiens Khaled Kahloula, Kadri Abderrahmane, Benraâd Abdelkader, Boudiaf Brahim et Boudiaf Mohamed…Ce dernier, camarade de classe, partageait avec moi la même table-banc. ». Fin de citation.

C’est sûrement cette proximité socio historique qui a inspiré la génération cadette ayant fréquenté cette école mythique qui porte, actuellement le nom du saint patron de la cité en l’occurrence « Sidi Thameur », érudit et cofondateur de la cité pour organiser une rencontre scientifique à l’effet de dépoussiérer cette mémoire oublieuse des hauts faits de l’un de ses meilleurs fils. Réunir sur le même plateau, un panel de scientifiques dont certains venus de l’extérieur du territoire national pour l’occasion, était une gageure en soi. Le choix de la date du déroulement de la manifestation n’était pas aléatoire, il participait de la volonté de célébrer par ce colloque sur la vie et l’œuvre de Mostefa Lacheraf, le 57è anniversaire de la grève des cours du 19 mai 1956.

Le théâtre en fut le bel auditorium de l’Institut national spécialisé de la formation professionnelle mis gracieusement à la disposition, de la conférence qui s’est déroulée en deux séances. Entamée par une lecture de la sourate « Iqraâ » par un louveteau et l’exécution du premier couplet de l’hymne national par le reste de la troupe scout « faoudj Abdelkader Hamida » cet autre géant de la cause nationale, la rencontre se voulait didactique d’abord et subsidiairement informative. Modérée par Mohamed Abbès, journaliste et historien, la séance inaugurale débutait par « Mostefa Lacheraf, le médersien » magistrale mise en appétit de Kamel Bouchama, ancien membre du gouvernement et diplomate. Slimane Sidhoum journaliste, doctorant à Montpellier, natif aussi de Sidi Aissa eut comme contribution « Mostefa lacheraf : Sur les pas d’une vie intellectuelle exemplaire ». Mohamed Benguerna, sociologue et directeur de recherche au CREAD a, quant à lui, abordé l’influence intellectuelle du penseur par « Impact de la pensée de Lacheraf sur l’enseignement et la recherche sociologique ». En dépit de l’injure du temps, Mohamed Salem, ancien medersien et enseignant à la retraite, a tenu malgré un voyage éprouvant par une route souvent tourmentée à venir témoigner son long parcours en compagnie de l’illustre personnage. Il évoquera cette saga par un récit intitulé « Mostefa Lacheraf : De Sidi Aissa à la medersa El Thaalibia (1921-1934) ».Emue, l’audience l’écoutait religieusement. L’expérience d’un éditeur de Lacheraf a été déroulée par Mustapha Madi, sociologue, Maître de Conférence (Université Alger 2). Etayée par des faits anecdotiques, l’intervention presque libre de l’orateur décryptait la personnalité multidimensionnelle de l’auteur doublée d’un poète à ses heures. Mohamed Bakelli, traducteur attitré de Lacheraf qu’il n’a jamais rencontré d’ailleurs, n’a pu, pour des raisons personnelles, faire le déplacement. Son intervention, lue par Mohamed Houari, sociologue et professeur des lycées a mis en évidence, la difficulté de traduire l’auteur dans ses portées intellectuelle et émotionnelle constamment prégnantes. Un premier et court débat clôturait la séance à la mi- journée.

Les travaux qui reprenaient l’après midi à 15h eurent droit à la visite de Abdallah Benmansour, wali de la wilaya de M’Sila accompagné de quelques personnalités civiles et militaires locales. Il a tenu à assister à une ou deux interventions. Les organisateurs de l’événement voulaient, avant la reprise de la séance, lui faire dévoiler une œuvre picturale de Toufik Lebcir artiste peintre du cru. Fidèle portrait de Lacheraf, elle témoigne de la reconnaissance de la cité dans laquelle cet ancien « Adel de la Mahkama» (Tribunal de droit musulman) y a séjourné deux ans durant. Et c’est, assurément, lors de ce séjour que ce jeune auxiliaire judiciaire a eu à se familiariser avec la population autant citadine que paysanne de l’oasis. Il en dit, dans « Des noms et des lieux » ceci : « J’avais alors vingt cinq ans et j’étais en appétit par les facteurs cités plus haut et, mieux encore, le contact direct avec les profondeurs du pays réel en quittant Alger. Bou Saada se distinguait alors – à l’égal d’autres oasis comme Ghardaia ou Laghouat – par l’existence d’une élite lettrée, à la fois traditionaliste dans le bon sens et très moderniste, aussi bien dans le commerce du gros, les affaires, certains secteurs de la vie quotidienne dans sa vision du monde. Même ses instituteurs, tous originaires de cette ville et sortis de l’Ecole normale de la Bouzaréah, préservaient jalousement dans leur façon de vivre, de s’habiller, de parler et de se conduire, un indéniable cachet algérien, à l’instar de la Kabylie de l’époque où les maitres d’école dans les villages portaient le costume national et vivaient au rythme d’une existence simple et laborieuse commune à tous. L’élite lettrée de Bou Saada et la classe moyenne des commerçants et artisans ou petits fonctionnaires, même s’ils appartenaient, de par leurs gouts, habitudes, genres de vie et niveau culturel et de savoir-faire à la citadinité spécifique d’une vieille ville du Sud, ne se démarquaient pas volontairement et d’une manière condescendante des habitants de la périphérie tribale en grande partie bédouine ou petits cultivateurs, quand ils n’étaient pas toujours nomades ou transhumants saisonniers ». Fin de citation. Lahcène Moussaoui, modérateur de la tribune, donnait la parole à Mohamed Abbès, journaliste et historien de la Guerre de libération nationale. L’intervenant, déroulait l’époque où le binôme Sahli et Lacheraf développaient leur activisme nationaliste précurseur. Omar Lardjane, sociologue, Chargé de cours (Université Alger 2) et dont l’intitulé de la communication était « Le réalisme historique de Mostefa Lacheraf » a du élevé le ton quand l’un des participants a avancé une contre vérité lors du débat. Les pendules furent remises à l’heure par l’argumentaire indémontable du scientifique. « La relecture critique « Des noms et des lieux », fleuron de l’auteur, était l’œuvre de Daho Djerbal, historien, Maitre de Conférence ( Université Alger 2) et clôturait ainsi, une halte momentanée dans cette ancienne médina, jadis, foyer lumineux et subjuguée, contre son gré, par la déshérence socio culturelle. Lahcène Moussaoui, intimement attaché au défunt pour l’avoir accompagné assez longtemps et jusqu’à sa dernière demeure, en parle comme s’il s’agissait de son propre ascendant. Rendre justice à cette sommité qu’est Mostefa Lacheraf participerait de l’acte de foi. Ceux qui font de manière malhonnête, une lecture biaisée du propos de Lacheraf, notamment religieux ou idéologique méconnaissent l’œuvre, encore moins le personnage dans son épaisseur socio culturelle et intellectuelle. La principale recommandation du colloque et de l’avis unanime de l’auditoire, serait d’institutionnaliser cette rencontre pour la rendre annuelle ou biennale. L’exposition vente de livres de l’auteur et de certains conférenciers, organisée dans le hall d’entrée a, rapidement, épuisé ses stocks sous la forte demande d’un lectorat en manque.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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