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Pour toi 1er partie Par : Adila KATIA

1 août 2013

Adila Katia

Mardi, 16 Avril 2013

Pour toi 1er partie

Par : Adila KATIAPour toi 1er partie  Par : Adila KATIA dans Adila Katia 2000_200_150

- Je ne veux rien savoir… Tes mots, tes larmes n’y changeront rien ! l’avertit Hamid. Ma décision est prise ! Je reprends le studio ! Trouve-toi où aller ! Tu as un mois pour quitter le studio !
Fouzia n’en revient pas. Elle regarde son cousin, tentant d’accrocher son regard.
- Je suis ta cousine, tu ne peux pas me mettre à la rue ! Ce studio est le mien !
- Non, réplique-t-il en la regardant dans les yeux. On ne veut plus de toi, ici !
-  Mon oncle m’a dit qu’il est à moi ! s’écrie-t-elle en s’interposant entre lui et la porte d’entrée. Pourquoi veux-tu me mettre à la porte ? Qu’est ce qui a changé ?
Hamid rit mais sans aucune joie. Il est étonné par tant de naïveté.
- Mais tout a changé chère cousine ! réplique-t-il. Ton oncle n’est plus là, lui rappelle-t-il. Le studio sera mis en vente ! Je te laisse un mois, pour te trouver une location ou… Débrouille-toi pour débarrasser le plancher !
- Mais où vais-je aller ? J’ai toujours vécu ici et mon oncle m’a toujours dit que c’est mon studio ! Que je n’aurais jamais à le quitter ! Je suis votre cousine et mon oncle a été un père pour moi ! Il m’a aidée et protégée… Il doit se retourner dans sa tombe !
- Ok, fais-moi passer pour un sans-cœur si cela te chante !, réplique Hamid presque méprisant. Mais prépare tes affaires ! Dans trente jours exactement, tu débarrasses le plancher !
- Mais pourquoi ? Je suis chez moi, rétorque Fouzia. Je ne partirai pas d’ici ! D’ailleurs, je vais de ce pas parler à ta mère et tes frères ! Je suis sûre qu’ils…
- Tu es bornée, ma parole ! Fais ce que tu veux mais dans un mois, ne sois pas surprise de trouver tes affaires dehors !
- Mais qu’as-tu l’intention de faire du studio ?
- Le vendre, bien sûr ! Je te souhaite une bonne journée !
Hamid sort et elle claque la porte derrière lui.
- Une bonne journée ? s’écrie-t-elle en se prenant la tête. La pire de toute ma vie ! Après celle de la mort de mes parents, je ne crois pas qu’il y en ait eu une autre !
Des larmes de rage coulent sur ses joues. Son cousin Hamid, proche de la cinquantaine, ne parle jamais pour rien. Il n’est jamais venu auparavant. Les rares fois qu’ils s’étaient vus, c’était chez son oncle lors des fêtes religieuses et autres évènements heureux dans la famille. Elle n’a jamais vraiment eu de contact avec eux. A son arrivée, elle avait tout juste 13 ans lorsque son oncle était venu la chercher après le terrible tremblement de terre d’El-Asnam où elle avait perdu ses parents.
Fouzia n’avait pas ni frère ni sœur. Son oncle hadj Abdelkader avait été bon avec elle, aussi attentionné que l’avait été son père. Elle n’avait pas pu grandir avec ses enfants, lier une relation étroite et affectueuse avec eux. Ses cousins étaient déjà mariés et habitaient ailleurs qu’au domicile familial. Elle était allée au lycée puis, après avoir échoué au bac, avait effectué un stage de secrétariat. Elle travaillait un ministère. Elle aimait beaucoup son travail.
Il y a une année, son oncle faisait une crise cardiaque. Le bruit de la tasse cassée qui se  fracassait sur le sol avait attiré l’attention de son épouse. Grâce à elle, il avait pu être sauvé d’une mort certaine sur le champ. Mais il ne s’en était jamais vraiment remis. Il avait perdu l’usage d’un bras et d’une jambe. L’usage de la parole aussi. C’était des moments très difficiles à vivre pour lui qui avait horreur de dépendre de quelqu’un, même de sa femme. Les séances de rééducation ne l’avaient pas soulagé, et comme son état ne s’était pas amélioré, il avait refusé de prendre son traitement. Fouzia se rappelle son regard désespéré. Il n’en pouvait plus. La mort le soulagera un matin où elle lui rendait visite. Depuis sa crise, il n’avait plus communiqué verbalement. Uniquement sur un grand agenda où il écrivait des mots. Parfois il hochait la tête, pour approuver ou désapprouver. Et tout en essuyant ses larmes, elle sait, et cela la réconforte un peu,  qu’il aurait piqué une colère noire s’il avait connu les intentions de son fils aîné…
(À suivre)

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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90 Réponses à “Pour toi 1er partie Par : Adila KATIA”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 2ème partie

    La vie est injuste ! Il aurait pu s’en prendre à quelqu’un d’autre ! Il sait que je n’ai nulle part où aller ! Je n’ai plus de famille !
    Fouzia réalise qu’en perdant son oncle, elle n’avait plus de famille. Ses cousins sont des étrangers pour elle. Ils ont bien leurs familles. Ils auraient pu être amis s’ils l’avaient voulu. Elle pense qu’ils l’ont toujours vue comme une intruse, même si elle n’a jamais eu à vivre chez eux.Fouzia prend sa veste et son trousseau de clefs. Elle décide d’aller voir sa tante, l’épouse du défunt.
    Elle se rend à Bab El-Oued où el hadja Zohra habitait un appartement situé au premier étage d’un vieil immeuble bien situé.
    Les arrêts de bus et de taxis sont à une vingtaine de mètres de son entrée. Le marché est à côté de chez elle.
    Elle s’y rend souvent pour faire ses achats, rencontrer les vieilles du quartier avec qui elle aime papoter de tout et de rien. Elle se plaignait souvent de ses enfants qui venaient rarement la voir et de ses belles-filles qui ne l’appelaient jamais pour prendre de ses nouvelles. Elle aurait voulu voir ses petits-enfants, les recevoir les week-ends. Mais ses belles-filles préféraient aller voir leurs familles. El hadja Zohra regrette de ne pas avoir eu de fille, persuadée que celle-ci aurait souvent pensé à elle et qu’elle lui aurait rendu visite chaque fois que le temps le lui aurait permis.
    - A chacun sa destinée !
    Elle fait son ménage sans l’aide de personne et cuisine léger. Elle ne reçoit personne. Enfin, si…
    Quand Fouzia a le temps, elle lui rend visite. Si avant c’était uniquement pour prendre de ses nouvelles, cette fois c’est pour se confier à elle.
    Dès qu’elle sonne à la porte, elle doit patienter un peu avant de la voir s’ouvrir tout doucement.
    Un sourire vient éclairer le visage de la vieille tante dont le regard est brillant de joie. Elle la reçoit dans ses bras.
    - Aaslama benti ! Comment vas-tu ?
    - Bien, et toi ?
    - Grâce à Dieu je vais bien, répond el hadja en l’attendant dans le couloir. Tu as bonne mine, ma fille !
    Fouzia retire ses chaussures et met des mules posées dans un meuble à chaussures près de l’entrée. Elle enlève sa veste et l’accroche au porte-manteau avant de la rejoindre dans le salon.
    - Je m’excuse, dit-elle, je suis venue les mains vides ! Je ne me suis pas arrêtée en route…
    - Tu auras d’autres occasions de me gâter, répond el hadja. Alors… raconte-moi ! Comment vas-tu ? Qu’as-tu fait cette semaine ? As-tu rencontré quelqu’un ?
    Fouzia rit doucement, nullement choquée par ses questions.
    El hadja a l’habitude de l’interroger sur tout. En fait, elles se sont toujours bien entendues.
    La vieille a tenté de la marier à un cousin éloigné mais Fouzia avait refusé. Elle le lui avait présenté mais le courant n’est pas passé entre eux.
    - Non, répond-elle. Personne ne m’a regardée ! Je n’intéresse personne ! Ils (les hommes) passent sans me voir !
    - Dommage ! Mais je ne comprends pas pourquoi et comment ils peuvent passer devant une belle fille comme toi et ne pas s’arrêter ?
    Fouzia sourit et la rassure, posant sa main sur la sienne.
    - Je l’ignore ma tante, répond-elle en soupirant.
    En fait, je n’y pense pas ! Je me dis que mon destin m’attend quelque part et qu’on se rencontrera un jour !
    - Inch Allah ! Dis, que veux-tu prendre, du café, du thé?
    Fouzia la retient quand elle s’apprête à se lever.
    - Non, je ne peux rien prendre, lui dit-elle. Je suis venue te parler, ma tante ! Il y a un peu plus d’une heure, Hamid est venu me voir…

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 3e partie
    Par : Adila KATIA

    El-hadja l’a écoutée jusqu’au bout sans l’interrompre. Elle ne semble pas surprise. Toutefois, elle est déçue. Elle secoue la tête et dit :
    - Hamid est calculateur ! le notaire a dû lui dire que le studio est à son nom ! Il aurait pu attendre un peu…
    - Mon oncle, qu’il repose en paix, a toujours dit que le studio est à moi, lui rappelle Fouzia.
    - Peut-être ? Mais il ne l’a pas mis sur papier, alors ! rétorque la vieille en haussant les épaules. Si le notaire a certifié que le studio est à Hamid, c’est qu’il y a un acte de donation ! Ton oncle en a peut-être parlé mais s’il n’y a pas de papier, il ne t’y laissera pas vivre !
    - Mais je n’ai pas où aller !
    - Je t’aurais bien accueillie ma fille mais même cet appartement, je vais devoir le quitter ! Mohamed l’a hérité et il veut le mettre en vente !
    - Et toi, où iras-tu ? s’inquiète Fouzia.
    - Je vivrais avec eux…
    - Tu penses pouvoir supporter ta belle-fille ? Ses manières ?
    - Ma fille, je n’ai pas le choix ! Je suis tout comme toi ! Je vais devoir faire mes valises, me séparer de choses et d’autres ! Je vais me séparer de mes amis ! Je n’aurais plus besoin de faire les achats, de dormir seule, en me demandant si je me réveillerais le lendemain ! Ma fille, je suis vieille et épuisée ! Je crois qu’Allah m’a envoyé un signe ! Mon fils n’a jamais voulu vivre avec moi ! Sa femme devait être d’accord, pour qu’il me le propose… en fait, je n’ai pas le choix, il ne me laisse pas le choix !
    - Et si elle change et te fait des misères ? Comment feras-tu ? Où iras-tu ?
    - Ma fille, s’il devait y avoir des problèmes avec eux, Inch Allah que la mort viendra me soulager !
    - On aurait pu vivre ensemble, murmure Fouzia. Mais dis-moi, as-tu des papiers de mon oncle en ta possession ? Peut-être qu’il a laissé un autre acte de donation ?
    - Tu crois ? Viens, allons dans ma chambre…
    La jeune fille suit sa tante, dans la chambre, située au fond du couloir. Elle pénètre dans la pièce recouverte de moquette beige. Un couvre-lit brodé à la main recouvre le grand lit. Sur un des coussins est posé le portrait de son défunt oncle. Elle est toute remuée de le voir sourire. Des larmes montent à ses yeux. Elle pleure sans s’en rendre compte. Comme il lui manque…
    - Prie pour qu’il repose en paix, ma fille ! dit el-hadja en remarquant qu’elle est bouleversée.
    Tu sais, j’ai vécu avec lui, plus de soixante ans… C’était un homme bon et prévenant, Allah Yarhmou !
    Elle ouvre la garde-robe et en sort une valise diplomatique qui arrache un sourire à Fouzia. Celle-ci s’essuie les yeux, les joues.
    - Il faisait des affaires, remarque-t-elle.
    - Sa librairie lui rapportait beaucoup, se rappelle la vieille en l’ouvrant avec une petite clef qu’elle a sorti d’un portemonnaie gardé dans son bustier. Tiens, fouille et tente de trouver une preuve attestant que le studio est bien à toi !
    Elle a tourné la valise vers Fouzia. Celle-ci s’est assise sur le bord du lit et elle vide la valise de son contenu. Essentiellement des papiers.
    El-hadja a tiré les rideaux pour laisser la lumière de d’extérieur pénétrer dans la pièce. Elle va s’asseoir en face de Fouzia. Elle la regarde lire les papiers un à un, les remettre dans la valise.
    - Rien d’intéressant ? lui demande-t-elle en la voyant secouer la tête.
    - Pour l’instant, je n’ai rien trouvé, répond la jeune fille. Juste des comptes rendus médicaux, des titres de propriété, des factures, des lettres d’amis… encore un compte rendu d’un spécialiste… un neurologue, un psychiatre…
    El-hadja se penche, n’en revenant pas. Son défunt mari n’a jamais consulté de psychiatre !

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 4e partie
    Par : Adila KATIA

    - Il dit quoi ce compte rendu ? demande-t-elle à sa nièce.
    - Je l’ignore, c’est illisible… Je ne me rappelle pas qu’il était suivi par un psy !
    Elle regarde la date et se rend compte qu’il a été établi un an avant sa crise cardiaque. Elle se demande s’il ne leur avait pas caché qu’il était souffrant. Elle continue les recherches et ne trouve rien d’autre qui puissent révéler qu’il ait eu une quelconque maladie. Pourtant, son oncle a rendu visite à un neurologue et un psychiatre. Pourquoi ?
    - Je me rappelle qu’il était souvent fatigué, dit el-hadja. Mais vu son âge, c’était normal ! Allah yarhmou, il avait en horreur les spécialistes et les médicaments… A chaque fois qu’il avait des traitements, il sautait les prises puis arrêtait complètement de les prendre !
    - Tu crois qu’il avait des troubles et qu’il nous les avait cachés ? C’est toujours Hamid qui le prenait chez le médecin… Je pense que mon cousin ne nous a pas tout dit ! Peut-être qu’il en a profité pour…
    - Qu’est-ce que tu veux insinuer ?
    - Rien… Je ne sais plus quoi penser ! Je découvre trop de choses… Je ne comprends pas pourquoi mon oncle n’a rien laissé !
    - Tu sais, dit la tante, ton oncle n’a peut-être pas eu le temps d’établir d’acte de donation ! Rappelle-toi ! Il a eu cette crise et il n’a jamais pu reparler et sortir… ses handicaps ne lui avaient pas permis de finir ce qu’il avait commencé ! Continue de chercher…
    - Est-ce que Hamid a déjà vu ces papiers ? l’interroge Fouzia. Est-ce qu’il est ami avec le notaire ?
    - Quand j’étais au chevet de ton oncle, je l’ai souvent envoyé prendre des affaires, se rappelle-t-elle. Mais la valise était toujours fermée… Et puis, le notaire, même s’il le connaît, je ne crois pas qu’ils soient amis !
    La jeune femme secoue la tête et se perd dans ses pensées. Et si son oncle était souffrant et prenait des médicaments qui l’avaient affaibli au point d’être influençable…? Son cousin en avait peut-être profité pour modifier les titres de propriété à son avantage. Elle se demande ce que ses autres cousins avaient hérité. Si les biens de son oncle ont été partagés de façon équitable et qu’il n’y a aucun problème entre eux, c’est que ni Hamid ni un autre n’a tenté d’en profiter. Mais comment savoir ? Elle n’a pas l’habitude de les appeler ni même de débarquer chez eux à l’improviste. Les quelquefois où elle s’était retrouvée avec eux, c’était ici, chez son oncle lors des fêtes. Maintenant que sa tante allait vivre chez Mohamed, elle ne pourra plus la voir quand elle le veut.
    - Allah yarhmek, mon oncle ! murmure-t-elle en remettant tous les papiers dans la valise avant de la refermer.
    - Mais tu n’as pas fini, remarque la vieille femme.
    - Je ne crois pas que je le trouverais ici, dit Fouzia. S’il y a une preuve, elle doit…
    Mais elle n’ose pas aller plus loin. Elle ne peut pas dire du mal de son cousin. Sa réaction ne la surprendrait pas. Même si son doute s’avère fondé, elle n’acceptera jamais de l’entendre. C’est son fils !
    - Ma tante, connais-tu le notaire ?
    - Ma fille, ton oncle ne me mêlait jamais à ses affaires ! Comme il était toujours bon et juste avec les siens, je n’ai jamais tenté d’en savoir plus ! Je lui faisais confiance, tu comprends ?
    Fouzia se lève, prête à partir. Elle est plus déçue qu’à son arrivée.
    - Tu ne te souviens pas dans quel quartier je peux le trouver ?
    El-hadja, tout en la raccompagnant, se rappelle qu’il s’y rendait à pied.
    - Ce doit être dans le quartier, lui dit-elle. Si cela peut t’aider…
    - Merci…
    Elle l’embrasse sur la joue et part. Une fois dehors, elle s’arrête pour essuyer les larmes qui l’aveuglent. S’il n’y a aucune preuve que le studio est à elle, son cousin la mettra dehors !
    Elle décide de ne pas baisser les bras. Elle doit retrouver le notaire et tenter d’en savoir plus…

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 5e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia regarde autour d’elle. Elle se demande où se renseigner. Elle marche dans la rue, sans but précis. Elle lit les plaques sur son chemin. Quant elle voit celle d’une traductrice, elle n’hésite pas à pousser sa porte. Elle salue la jeune femme assise derrière le bureau. Elle s’excuse de la déranger.
    - C’est pour un renseignement, dit-elle. on m’a dit qu’il y avait des notaires, dans le quartier.
    Je n’arrive pas à les situer ! Est-ce que vous pouvez m’aider ?
    - Ecoutez, il m’arrive de travailler avec deux d’entre eux qui sont installés un peu plus loin. Si vous voulez, je vous donne leurs adresses précises !
    - Vous êtes gentille…
    Elle la regarde ouvrir un agenda et lui noter les adresses sur un papier.
    - A votre avis, il y a combien de notaires, dans le quartier?
    La traductrice hausse les épaules.
    - Je n’en connais que deux mais il doit y en avoir d’autres.
    Fouzia la remercie, saisit le papier qu’elle lui tendait, le range dans sa poche et lui sourit.
    - Encore merci, lui dit-elle avant de sortir du bureau.
    Quant elle se retrouve dans la rue, elle se rend à la première adresse. Le bureau du notaire était fermé. Une pancarte précisait qu’il serait absent jusqu’à la fin du mois. La seconde adresse en main, elle hèle un taxi et lui donne l’adresse. Quelques minutes plus tard, il s’arrête dans une ruelle.
    - C’est ici, normalement, vous devez prendre l’escalier sur votre droite…
    Fouzia règle sa course, puis, prend les escaliers. Ils donnent sur l’entrée d’un grand hall où il y a plusieurs enseignes. Il y a un dentiste, un médecin généraliste, un cabinet d’avocats et un notaire. Il est situé au premier. Elle monte les escaliers rapidement et sonne à la grande porte en bois. La porte s’ouvre sur une secrétaire d’âge mûr.
    - Bonjour madame, dit Fouzia. Je voudrais voir le notaire…
    - C’est pour ?
    - J’ai besoin d’être conseillée. Est-il là ? Peut-il me recevoir ?
    - Il est absent. Mais si vous voulez, je peux vous arranger un rendez-vous avec lui, propose la secrétaire, sortant un agenda. Votre nom, s’il vous plaît ?
    Fouzia le lui donne ainsi que celui de son travail.
    La secrétaire la raccompagne.
    - Je vous appelle dès son retour !
    La jeune fille la remercie et part. Elle se demande si elle ne doit pas continuer à chercher d’autres notaires. Il y a une chance sur un million que son oncle ait fait appel aux services de ce dernier. Elle doit retrouver tous les autres notaires du quartier. Elle sait que cela lui prendra plusieurs jours et même qu’il lui faudra de l’aide. Elle a conscience qu’il se peut, que même en le retrouvant, elle risque de ne pas être renseignée sous prétexte de secret professionnel. Mais la peur de se retrouver à la rue ne lui laisse pas le choix. Elle doit tout tenter. Elle ne peut pas rester les bras croisés et attendre. Son cousin l’avait avertie.
    Dans un mois, il reprendrait son “bien”. Elle doit lui prouver que son oncle ne l’a pas oubliée et qu’il lui a bien laissé ce studio en héritage. Toute à ses pensées, elle ne voit pas les regards admiratifs des hommes sur son passage. Il faut que l’un d’eux siffle pour qu’elle s’en rende compte. Elle ne se retourne pas. Elle poursuit son chemin et rentre à pieds, espérant tomber sur d’autres enseignes de notaire…

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 6e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia s’arrête. Elle a mal aux pieds. Ils sont enflés, et même si elle souffre d’avoir porté ses chaussures, trop longtemps, elle ne les retire pas, sachant qu’elle ne pourrait plus les remettre ensuite. L’espoir de trouver d’autres notaires lui a permis de tenir des heures. Elle hèle un taxi qui a un client à l’avant. Il ralentit et baisse la vitre.
    - Salam alikoum, boulevard Mohammed V ? demande-t-elle.
    - Non ma fille.
    Le chauffeur redémarre sans lui préciser où il se rendait. Fouzia tente d’en héler d’autres mais ils sont tous occupés. C’est l’heure de pointe. Elle aurait dû penser à rentrer plus tôt. Elle abandonne et poursuit son chemin jusqu’à la place des Martyrs. Elle profite de l’arrêt d’un bus, pour monter. Le bus est bondé. Elle reste au fond, parmi de jeunes lycéens. Ils se moquaient de leur camarade qui s’était assoupi durant le cours de sciences naturelles. La prof lui avait tiré l’oreille pour le réveiller. Il aura moins deux s’il n’obtient pas la moyenne à la prochaine composition.
    Fouzia se rappelle le temps où elle était lycéenne. Elle voudrait leur conseiller de travailler, pour ne pas subir l’échec toute leur vie, mais il y a un homme qui la scrute depuis sa montée dans le bus. Elle se tourne face à la vitre du battant, pour éviter son regard. Elle n’est pas d’humeur.
    Elle a l’habitude de côtoyer des hommes au sein du ministère où elle travaille depuis deux ans. Elle n’a jamais eu de problèmes avec ses collègues qui se sont avérés être des frères pour elle. A plusieurs reprises, elle a dû en remettre quelques-uns à leur place quand ils ont tenté leur chance.
    Mais ils l’ont bien pris. Elle refusait d’avoir un petit ami au bureau ou même au sein du ministère.
    Elle regarde son reflet dans la vitre. Elle est belle avec ses cheveux châtains clairs qui retombent sur ses épaules. Elle a de jolis traits. Tous, hommes et femmes, la trouvent belle. En fait, tous recherchent sa compagnie au bureau. Tous la trouvent sympathique. A part ses cousins…
    Elle soupire tout en pensant en particulier à Hamid. La cinquantaine entamée, il est petit, trapu et charmant. Elle le trouvait adorable avant aujourd’hui. Même si la relation avec ses cousins n’est pas chaleureuse, elle les respectait beaucoup.
    Elle se demande si son cousin n’avait pas usé de la faiblesse de son père, pour tout s’approprier. Elle est surprise de le croire plein de bassesse.
    Il loue des locaux à une entreprise étrangère. Il est riche, possède villa avec piscine. Même ses enfants étudiants ne résident pas à la cité universitaire.
    Il leur a acheté des appartements équipés. Il n’est pas dans le besoin, alors pourquoi réclamer ce studio ? Elle ne le connaissait pas sans cœur.
    Comme quoi, les apparences sont trompeuses.
    Même si son oncle le lui a laissé, il aurait pu se montrer soucieux de son avenir. Il sait qu’elle n’a pas où aller. Son oncle doit se retourner dans sa tombe.
    Quand il lui avait dit d’aller s’installer dans le studio, c’était de façon définitive. Elle est sûre et certaine qu’il a dû tout manigancer depuis la mort de son oncle. Mais pourquoi a-t-elle envie de crier en descendant du bus à la place Audin ? Elle a encore mal aux pieds et décide de héler un taxi. Elle a de la chance. Un taxi s’arrête et veut bien la déposer au boulevard Mohamed V.
    -Avant la pompe à essence, précise-t-elle.
    Elle a hâte d’arriver chez elle. Elle a besoin de souffler, de prendre du recul. Elle doit tenter de comprendre pourquoi il voulait le studio, et surtout trouver une solution à ce problème, si elle ne voulait pas se retrouver dehors. Elle sait qu’il n’hésitera pas à le faire…

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  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 7e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia se redresse d’un coup sur son lit. Les cris des enfants qui s’interpellent dans les escaliers et qui se rendent à l’école l’ont tirée de son sommeil. Elle cherche son réveil.
    - Oh… non ! s’écrie-t-elle. Il n’a pas sonné ou j’ai oublié d’activer l’alarme !
    Elle saute hors de son lit, et en moins d’une demi-heure, elle est prête à partir au bureau. Elle ne prend pas son café. Elle dévale beaucoup plus qu’elle ne descend les escaliers. Une fois hors du bâtiment, elle hèle un taxi. Tous les taxis passent devant le bâtiment où elle loge au dernier étage. Elle prend place à l’avant.
    Fouzia a passé une mauvaise nuit. Elle n’a pas pu s’endormir avant une heure du matin. Si les enfants des voisins n’avaient pas été bruyants, elle serait en train de dormir. Elle n’a pas cessé de penser au problème que lui pose son cousin. Elle soupire bruyamment en secouant légèrement la tête. Le chauffeur l’a entendue.
    - Cœur qui soupire n’a point ce qu’il désire, dit-il alors qu’elle consulte sa montre.
    - Je ne vous le fais pas redire ! réplique-t-elle en tentant de sourire. Je suis en retard… Ce n’est pas dans mes habitudes ! J’espère que je ne serais pas la seule à arriver en retard !
    - Vous ne serez pas la seule, la rassure-t-il. Et koul âatla fiha khir…
    C’est bon signe! Il ne faut pas vous inquiéter !
    - Cet adage n’est fait que pour ceux qui ne travaillent pas sérieusement ! J’ai l’habitude d’arriver avant les autres ! J’ai horreur d’être en retard !
    Le chauffeur rit.
    - C’est rare de trouver quelqu’un qui se soucie d’arriver à l’heure ! Vous voilà arrivée !
    Fouzia sort son porte-monnaie et règle sa course.
    - Bonne journée ! lui dit-elle avant de descendre.
    Elle se rend au ministère d’un pas pressé. Elle passe le contrôle, montrant son badge. Elle salue ses collègues qu’elle croise dans le couloir.
    - Bonjour Fouzia ! s’écrie l’agent de sécurité. Il y a un visiteur !
    - Ah… M. Ali n’a aucun rendez-vous !
    Elle ouvre son sac et sort la clef de son bureau. Elle sursaute presque en reconnaissant son cousin Hamid. Qu’est-il venu faire ici ? Cela ne lui a pas suffi de lui gâcher sa journée et sa nuit. Il veut lui gâcher la journée. Elle a le cœur serré et elle l’aurait bien envoyé au diable mais elle ne veut pas envenimer la situation.
    - Bonjour da Hamid, comment vas-tu ? demande-t-elle en remarquant que l’agent de sécurité l’a suivie et les
    écoute.
    - Grâce à Dieu, je vais bien…
    - Que me vaut cette visite matinale ?
    Il sort d’une serviette en cuir des copies agrafées et les lui tend.
    - Voici une copie du testament de mon père, lui dit-il. Tu pourras voir de tes propres yeux que le studio me revient de droit !
    Il y a l’acte de donation !
    Fouzia a l’impression que le sol se dérobe sous ses pieds. Elle se laisse choir dans son fauteuil. Les mains tremblantes, elle feuillette les documents. Elle regarde les dates, tous ont été établis après la crise cardiaque. Il avait perdu l’usage de la parole et de la moitié de son corps. Pour communiquer ce qu’il voulait, il écrit juste un mot, et c’est à celui ou celle qui était avec lui de deviner ce qu’il voulait, à force de questions. Son oncle répondait par ses gestes d’approbation ou de refus.
    Depuis sa sortie d’hôpital, il n’était plus sorti. Un masseur-kinésithérapeute venait à la maison, chaque jour, pour s’occuper de lui, dans l’espoir qu’il se rétablisse. Les séances de rééducation n’avaient rien donné.
    Même son oncle avait abandonné la partie. Quand ses enfants tardaient à lui rendre visite, pris par leur travail et leur vie familiale, il les réclamait en écrivant leurs prénoms. Elle se souvient qu’il avait demandé après elle, quand elle avait tardé à se rendre à Bab El-Oued. Elle n’avait pas trouvé de transport et avait fait un bout de chemin à pied avant de prendre un taxi. Elle avait passé la nuit chez lui pour lui faire plaisir. Elle ne peut pas accepter l’idée qu’un homme aussi généreux que lui ait distribué tous ses biens à ses enfants et des miettes à de vieux cousins établis à l’intérieur du pays et qu’il ait pu l’oublier, elle, son unique nièce rescapée d’un tremblement de terre qui lui aura tout pris…

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  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 8e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia ne s’en rend pas compte mais des larmes coulent sur ses joues. Elle a mal au cœur. Elle se lève et va aux toilettes où elle se plie en deux, de douleur. Elle vomit un peu. En rentrant hier soir, chez elle, elle était si épuisée et si déçue qu’elle n’a pas ouvert son frigo. Elle s’est mise au lit, sans rien prendre. Les nausées la font gémir. Elle se laisse aller contre le mur.
    Une femme de ménage qui finit son service, la trouve et crie à l’aide. L’agent de sécurité accourt. Il l’aide à soulever Fouzia qui peine à se redresser.
    - J’ai un nœud au ventre… Laissez-moi…
    Elle perd connaissance. L’agent la prend dans ses bras et l’emmène à l’infirmerie où le médecin venait à peine d’ouvrir la porte.
    Il s’écarte pour le laisser passer. L’agent dépose Fouzia sur la table d’auscultation. La femme de ménage arrive avec son sac.
    - Ça va mieux ? lui demande-t-elle, très inquiète avant d’ajouter pour la rassurer. J’ai fermé votre bureau…
    Fouzia cligne des yeux. Elle n’a pas la force de répondre. Elle garde les jambes pliées. Elle se mord les lèvres de douleur.
    L’agent de sécurité sort, laissant le médecin examiner la jeune fille. Il l’examine tout en lui posant des questions. Il pense à une intoxication alimentaire.
    - Je n’ai rien mangé hier… et même ce matin…
    - Alors… que s’est-il passé ? Vous avez subi un choc ? Qu’est-ce que vous n’avez pas supporté ?
    Elle secoue la tête. Elle n’a pas la force de lui raconter. Le médecin Kamel lui fait une injection.
    - Reposez-vous, lui dit-il. Avez-vous quelqu’un pour vous ramener chez vous ? Je vous mets en arrêt maladie pendant cinq jours… Je vous prescris un traitement qu’il faudra suivre pendant une semaine ! J’espère que vous irez mieux. Je vous joins mon numéro de téléphone ! N’hésitez pas à m’appeler si ça ne va pas !
    - Merci docteur, dit la femme de ménage en prenant l’ordonnance et l’arrêt de maladie. Je vais la raccompagner chez elle.
    Dr Kamel secoue la tête.
    - Elle n’est pas en état de marcher, remarque-t-il avant de retirer son tablier blanc et de prendre sa veste. Je vous raccompagne.
    - Et s’il y a d’autres urgences, s’inquiète la femme de ménage.
    - Je ne tarderais pas…
    Il les raccompagne et prend le soin de s’arrêter à une pharmacie pour acheter les médicaments. A eux d’eux, ils l’aident à monter chez elle. L’ascenseur est en panne. Ils l’aident à s’installer sur son lit encore défait.
    - Merci docteur, murmure Fouzia.
    - Ce n’est rien, je ne pouvais pas vous laisser partir alors que vous ne tenez pas debout. Prenez votre traitement et mangez léger. Inch Allah, vous vous rétablirez vite ! Je passe informer votre responsable de votre absence justifiée. Je lui remettrais votre arrêt maladie.
    - C’est gentil !
    La femme de ménage Djohar le raccompagne dehors et le remercie une nouvelle fois. Elle retourne auprès de Fouzia et lui prépare une tasse de lait. Elle la regarde la boire lentement avant de s’étendre à nouveau. Elle la laisse se reposer et va mettre de l’ordre dans le studio.
    - Il ne fallait pas, murmure la jeune fille. C’est trop, ta famille doit t’attendre.
    - Oui, je ne vais pas tarder. Veux-tu que je te prépare quelque chose avant de partir ?
    - Non. Merci pour tout…
    Djohar approche la table basse du lit, pose le téléphone, les médicaments et une bouteille d’eau. Elle lui laisse son numéro de téléphone.
    - Tu m’appelles si tu as besoin de quoi que ce soit, la prie-t-elle en lui serrant la main. Bechfa alik !
    _ Merci. Dis, l’homme qui était dans mon bureau ?
    - Il était parti. Mais il a laissé les papiers, je te les ai rangés dans ton sac à main !
    Fouzia soupire. Elle la regarde sortir et tirer la porte derrière elle. Elle a envie de dormir et d’oublier…

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  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 9e partie
    Par : Adila KATIA

    La sonnerie du téléphone la tire de son sommeil. Fouzia s’apprête à décrocher quand elle cesse brusquement. Elle porte la main au ventre. Elle a moins mal. Mais quand elle tente de se lever, elle a un malaise. Elle arrange son coussin et s’allonge sur le côté. Elle respire profondément. Elle regarde les médicaments et prend un comprimé pour calmer les crampes d’estomac, et l’avale avec une gorgée d’eau.
    Elle se demande qui a tenté de la joindre ou serait-ce une erreur ?
    Elle regarde son réveil et voit que c’est déjà le milieu de l’après-midi. Elle a dormi quelques heures. Elle se sent mieux. Un coup d’œil autour d’elle la force à se rappeler ce petit paradis qu’elle a décoré avec soin, à son goût, qui risque de ne plus lui appartenir. Lorsqu’elle en avait pris possession, il était dans un piteux état. Son oncle avait financé les travaux. Un maçon avait abattu un mur qu’il avait remplacé par des baies vitrés donnant sur une terrasse où elle avait posé une chaise longue, des plantes vertes. Un coin qu’elle aimait occuper en fin de journée, pour se détendre. C’est un coin intime car elle n’avait pas de vis-à-vis.
    Si les papiers délivrés par le notaire sont authentiques, elle ne pourra plus en profiter. Où ira-t-elle ? Elle a de nouveau mal. Elle comprend que c’est dû au stress qu’elle subit depuis que son cousin était passé hier. Elle a le sentiment de vivre un cauchemar.
    Il n’a pas le droit, pense-t-elle, de me mettre dehors. Elle ne se laissera pas faire. La sonnerie du téléphone l’interrompt dans ses pensées. Elle se redresse sur son lit et décroche. Elle est surprise d’entendre la voix du médecin qui l’a soignée et si gentiment raccompagnée.
    - Bonsoir ! J’appelle pour prendre des nouvelles, ça va mieux ?
    - Oui, le rassure-t-elle. Merci, je vais beaucoup mieux ! Comment avez-vous eu mon numéro ?
    - La standardiste me l’a remis. Alors, plus de fièvre ? Pas de malaise ? Et les crampes, elles ont disparu ?
    -Oui, je me sens encore un peu faible. Je viens de prendre un médicament…c’est gentil d’avoir appelé, ajoute Fouzia.
    -Si vous avez besoin de quelque chose, profitez-en pour me le dire…Je passerais vous l’apporter !
    Fouzia ne peut pas accepter de le recevoir même si elle est dans le besoin. Comme ce n’est pas le cas, elle refuse gentiment.
    - J’attends de vos nouvelles, lui dit-il. Prenez soin de vous…
    - Inch Allah ! Au revoir…
    Elle raccroche, surprise que le médecin de garde soit aussi soucieux de son état de santé. Son cher cousin a bien pris la poudre d’escampette alors qu’elle se sentait mal. Mais il a laissé les papiers. Fouzia prend son sac à main et les prend. Elle décide de relire les documents. Elle les relit avec une curiosité, qui, au fur et à mesure que les lignes défilaient sous ses yeux, balayaient des émotions allant de perplexité, à la surprise, à l’inquiétude et à la suspicion. Hamid allait hériter d’une grande partie des biens de son père. Elle pensait être la seule sur sa liste, à n’avoir rien obtenu. Elle réalise que ses deux autres cousins n’auraient rien. Il saute aux yeux que Hamid a tout manigancé. Sinon comment expliquer qu’un vieil homme aussi bon et soucieux des autres ait pu déshériter deux de ses enfants, alors qu’ils s’entendaient bien ? Elle reste bouche bée, en proie à un choc thermique. Elle n’a plus de fièvre, son sang s’est glacé dans toutes les parties de son corps.
    Elle relit le testament établi auprès du notaire dont elle note sur son agenda, le numéro et l’adresse. Elle prend le téléphone et compose le numéro. Elle est surprise d’entendre que le numéro n’était plus attribué. Qu’est-ce que cela cachait ? Aurait-il changé de numéro entre-temps ? Si elle était dans de meilleures conditions physiques, elle se rendrait à son bureau. Mais en voulant se lever, elle a un vertige. Elle s’étend de nouveau et tire la couverture sur son corps glacé.
    Elle a peur. Son cousin ne reculera devant rien pour atteindre ses objectifs. Il a pris en l’espace de moins de quarante-huit heures, le visage d’un monstre…

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  9. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 10e partie
    Par : Adila KATIA

    Le lendemain matin, Fouzia a moins mal au ventre, et même si le médecin lui a conseillé de se reposer, elle n’a pas eu le cœur à rester au lit. Elle avait réussi à dormir la nuit passée après la prise d’un somnifère. Elle n’a pas fait de cauchemar. Mais à son réveil, ses peurs ont repris le dessus.
    Elle n’avait pas le cœur à avaler quoi que ce soit. Après avoir rangé le studio et s’être préparée rapidement, elle a pris son sac et est sortie. C’est déjà le milieu de la matinée. Il est près de onze heures lorsque le taxi la dépose à la bonne adresse. L’enseigne précise que le bureau est au premier étage. Elle monte lentement les escaliers. Elle arrive essoufflée au palier, et quand elle cherche la porte du bureau, elle a l’impression de recevoir un coup au cœur. Une feuille était scotchée à la porte informant les clients de la fermeture du bureau. Il n’y a pas de nouvelle adresse où le suivre.
    Elle va sonner à la porte du salon de coiffure qui se trouve en face. Une jeune fille lui ouvre. Fouzia n’entre pas.
    - Salam alikum, dit-elle. Je m’excuse de vous déranger. Je voudrais savoir… le notaire en face de votre salon, où est-il allé ? où s’est-il installé ?
    La jeune coiffeuse secoue la tête.
    - Cela fait des mois qu’il est fermé. Des voisins ont dit qu’il est allé vivre à l’étranger…
    - Ce n’est pas possible ! s’écrie Fouzia. Vous en êtes sûre ?
    - Oui, absolument !
    Fouzia la remercie et redescend. Elle ne sait plus quoi penser. C’est un coup dur pour son moral. Elle espérait discuter avec le notaire, en savoir plus. Elle n’est pas plus avancée que la veille. Pourquoi est-il parti ? Y a-t-il été poussé ? se demande-t-elle.
    Quel manque de chance ! pense-t-elle.
    La jeune fille se sent perdue et abattue. Elle sort dans la rue et aperçoit un salon de thé de l’autre côté. Elle traverse et y entre. Elle s’installe près de la baie vitrée. Elle a faim et a besoin de souffler un peu. A l’intérieur du salon, il fait bon. Une musique douce est diffusée. Il y a peu de clients. Un serveur tout sourire vient lui souhaiter la bienvenue et prendre sa commande.
    - Un café au lait, deux croissants et un jus d’orange !
    Elle prend un calmant. Elle a de nouveau mal. Lorsqu’il apporte sa commande, elle le remercie d’un sourire et se met à manger les croissants avec appétit. Elle regarde les passants s’arrêter devant les devantures des boutiques, et des couples passer. Elle aurait voulu être comme eux, n’avoir aucun souci, pour prendre le temps de savourer les choses de la vie.
    Il lui semble que les jours heureux et sereins appartiennent au passé. Elle ignore de quoi sera fait l’avenir, mais ce qui est certain, c’est que son cousin se fera un plaisir de la jeter dehors.
    Une fois rassasiée et reposée, elle va règle ses consommations et quitte le salon. Elle pense à sa tante. Comment vivait-elle la situation depuis ? Elle a de la peine pour elle. Elle a toujours vécu dans cet appartement. Elle décide de retourner la voir.
    Une demi-heure plus tard, un taxi la déposait à Bab El-Oued. Lorsqu’elle sonne à la porte, sa tante ne cache pas sa surprise. El-hadja n’est pas seule. Il y a Youcef, un ami de la famille. Il sourit quand elle entre dans le salon…

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  10. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 11e partie
    Par : Adila KATIA

    Ça fait longtemps ! s’écrie Youcef qui s’est levé à son entrée. Comment
    vas-tu ?
    Il lui serre chaleureusement la main. Fouzia sourit.
    - Merci, je vais bien… Et toi ?
    - Grâce à Dieu, je vais bien, répond-il en libérant sa main. Je crois qu’on ne s’est pas vus depuis la mort de ton oncle !
    - Oui, reconnaît-elle en s’asseyant en face de lui. Comment vas-tu ma tante ?
    - Un peu fatiguée, mais ça va, répond la vieille femme en prenant place près d’elle. Youcef a eu la gentillesse de passer… Je voulais lui montrer le testament de ton oncle et les actes de donation !
    Youcef est un grand avocat, à Alger. Il a beaucoup d’expérience. Fouzia est soulagée de voir que sa tante a aussi des doutes. Si elle lui a demandé de passer, c’est pour avoir un avis objectif.
    - As-tu trouvé quelque chose ? demande-t-elle à Youcef.
    - Non, je viens de les lire et rien ne prouve qu’ils ont été retouchés, la signature de ton oncle et son empreinte font foi de sa volonté…
    - Je ne comprends pas qu’il ait déshérité Kader et Mahmoud ! Pourquoi cet appartement va à Mohamed de mon vivant ? dit el-hadja. J’ai l’impression que le vieux voulait me faire une blague ! Même Fouzia n’a rien obtenu ! Pourtant, il l’adorait ! Il l’avait envoyé habiter le studio pour préparer le terrain ! S’il était encore de ce monde, il ne le laissera pas faire ! Lorsqu’il a fait la crise cardiaque, il n’a jamais pu s’en remettre ! Sinon, il aurait laissé une trace écrite… Je doute de l’authenticité du testament et de ces actes !
    - Figure-toi ma tante que je suis passée à l’adresse du notaire ! Il a quitté le pays, il y a quelques mois ! On ne pourra jamais savoir…
    - Si on peut vérifier…
    - Pourquoi il y a ses empreintes ?
    - Sa signature ne devait pas être sûre… Sa main a peut-être tremblé, émet Youcef en haussant les sourcils. Le notaire a pensé bien faire, en y apposant ses empreintes !
    - Oui mais ce qui me chiffonne, dit la vieille femme, le notaire n’est jamais venu ici !
    - Hamid n’est jamais sorti avec lui ?
    Elle réfléchit un moment puis se rappelle qu’il le prenait pour ses contrôles médicaux. Même si elle n’a aucune preuve concrète, elle a de sérieux doutes sur son fils. Son cœur est tout remué. Des larmes brillent dans ses yeux.
    - Si ce n’est pas la volonté de son père, je ne lui pardonnerais jamais d’avoir tenté de s’approprier les biens de la famille ! Il n’est pas notre unique fils !
    - Mohamed aura cet appartement, lui rappelle Youcef en regardant Fouzia dans les yeux. Tu me parais bien pâle !
    - Peut-être, soupire Fouzia en décidant de ne rien leur raconter de sa crise d’estomac de la veille, pour ne pas inquiéter sa tante. La fatigue…
    - Comment se fait-il que tu ne sois pas au bureau aujourd’hui ? l’interroge sa tante.
    - J’ai pris une semaine de congé, ment-elle en souriant. Et puis, j’ai revu Hamid. Il m’a donné les papiers et un sursis de moins d’un mois… Si je n’ai rien pour contrecarrer son projet, je peux me considérer SDF !
    - Ne t’inquiète pas, je vais me renseigner, promet Youcef. S’il a eu trafic d’influence, je le découvrirais ! S’il y a le moindre faux, aussi ! Vous pouvez dormir tranquille !
    Il se lève pour partir. El-hadja l’invite à rester déjeuner mais il refuse. Il prend les papiers et promet de repasser quand il aura du nouveau.
    - Gardez espoir, leur dit-il. A bientôt Fouzia !
    - Incha Allah!
    El-hadja le raccompagne et ferme après son départ. Elle retourne au salon et trouve Fouzia, la tête entre les mains. Elle comprend sa peine et ses peurs. Si, elle, à 80 ans, se souciait du peu d’avenir qu’il lui reste à vivre, il ne peut pas en être autrement pour Fouzia. Elle est à l’aube de sa jeunesse et seule…

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  11. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 12e partie
    Par : Adila KATIA

    - Ah, te revoilà ! l’accueille sa collègue Mounia qui l’a remplacée durant son absence. Comment vas-tu ma chère ? On s’inquiétait pour toi !
    - Bonjour ! Grâce à Dieu, je vais mieux.
    Elles se font la bise puis entrent dans le bureau de Fouzia. Celle-ci ouvre la fenêtre et la laisse ouverte pour aérer. Elle retourne auprès de sa collègue qui s’est assise sur le coin du bureau.
    - Grâce à Dieu, dit Mounia.
    - Quoi de neuf ? l’interroge Fouzia en prenant place derrière son bureau.
    - Tu as reçu des appels, des amies qui voulaient de tes nouvelles ! Je t’ai noté leurs prénoms dans le bloc-notes que j’ai rangé dans le tiroir du bas !
    - Merci !
    Fouzia remarque le sourire mielleux de sa collègue qui ajoute un air de reproche dans la voix :
    - Tu ne m’avais pas dit qu’il y avait quelque chose entre toi et le Dr Kamel !
    - Non, s’écrie la jeune fille en secouant la tête. Je le connais à peine…
    - Comme si j’allais te croire ! Il est venu plusieurs fois ici, comme s’il espérait te trouver, poursuit Mounia. Djohar nous a raconté qu’il vous avait emmenées chez toi, qu’il était malade d’inquiétude !
    - Il était inquiet pour une malade, c’est tout ! Je peux te jurer, ma chère, qu’il n’y a pas de quoi faire une histoire ! Il avait eu pitié de moi. Il nous avait juste déposées ! D’ailleurs, depuis ce jour, je ne l’ai pas revu ! Inutile de plisser les yeux ! Wellah !
    Mais Mounia ne semble pas la croire.
    - Tu cachais bien ton jeu ! Il a trouvé l’excuse parfaite pour te tenir par le bras, te ramener chez toi, connaître le lieu où tu vis !
    - N’importe quoi ! s’exclame Fouzia réprimant un rire nerveux. Et puis, même si c’était le cas, qu’il s’intéresse à moi, cela tombe mal ! Ce n’est pas le moment. Je n’ai pas la tête à ça. Je te jure que je ne me rappelle même pas ses traits ! Juste qu’il est blond.
    - Mais tu es folle ! Il est beau, célibataire et il vit seul ! s’écrie Mounia. Ah, si seulement il s’intéressait à moi !
    Fouzia se détourne d’elle et vérifie l’emploi du temps de son responsable, s’il n’y a pas une réunion à préparer, des papiers, quand deux coups discrets à la porte de son bureau attirent leur attention. Dr Kamel est là.
    Il toussote un peu pour s’éclairer la voix. Mounia sourit en le voyant puis regarde sa collègue. Fouzia ne sourit pas. Elle ne veut pas être sujet des commérages dans les bureaux voisins. Elle se rend compte que sa collègue n’avait pas exagéré. Il est bel homme et il se dégage de la chaleur dans son regard. Elle comprend qu’il ait tapé dans l’œil de Mounia. Mais c’est elle qu’il regarde. Elle se sent rougir jusqu’aux oreilles.
    - Bonjour docteur ! disent-elles en même temps.
    - Bonjour, dit-il en s’approchant lentement. Je passais prendre de vos nouvelles !
    - Que c’est gentil ! susurre Mounia.
    - En effet, reprend Fouzia en fusillant sa collègue du regard. Je suis complètement rétablie, merci !
    - Content de le savoir ! Je ne vais pas vous déranger plus longtemps, dit-il en les saluant de la main avant de sortir du bureau. Bonne journée !
    Mounia se lève et le suit dans le
    couloir.
    - Docteur ! J’aurais besoin d’être conseillée, si vous avez un moment à m’accorder.
    - Bien sûr, allons à l’infirmerie !
    Fouzia n’en revient pas de son audace. Kamel est un bon parti, quelqu’un de bien avec qui n’importe quelle femme serait heureuse.
    Elle est flattée qu’il s’intéresse à elle mais elle est à un tournant de sa vie où il y a beaucoup plus de questions que de réponses. Sa tante à qui elle avait rendu visite brièvement, il y a quatre jours, ne lui avait pas caché son scepticisme. Leur vie est comme suspendue depuis qu’elles savent qu’elles risquent de perdre leurs logements. Tant qu’elles n’ont pas été rassurées elles ne pourront pas se consacrer à autre chose. En particulier Fouzia…

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  12. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 13e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia chasse le docteur de ses pensées. Elle a du travail. Elle met de l’ordre dans les papiers. Son responsable ne tarde pas à arriver, et il est bien heureux de la trouver à son poste.
    - Grâce à Dieu, vous revoilà ! En forme ? Guérie ?
    - Oui, le rassure-t-elle.
    - Bien ! Anissa, j’ai du courrier…
    Fouzia prend son bloc-notes et le suit à son bureau. Elle se consacre à son travail. Elle oublie tous ses soucis. Une fois que Si Ali a fini la dictée et qu’il lui a remis d’autres brouillons à mettre au propre, elle retourne à son bureau.
    Tout en effectuant la saisie, elle répond souvent au téléphone. Des collègues demandent après elle, heureuses de la savoir guérie.
    Lorsqu’elles parlent de déjeuner ensemble, Fouzia refuse. Elle promet de les voir plus tard. Elle ne quitte pas son bureau à la pause-déjeuner. Elle a fermé la porte. Elle profite de l’intimité pour appeler sa tante. El-hadja Zohra est heureuse de l’entendre. Elles s’échangent des nouvelles.
    Fouzia ne lui a jamais dit qu’elle était en arrêt de travail.
    - Comment ça se passe au boulot ?
    - La routine, répond Fouzia. Et toi, tu as du nouveau ?
    - Non, pas pour l’instant ! Dès que je revoie Youcef, je t’appelle !
    - Les garçons ne sont pas passés ?
    Quand Fouzia dit “les garçons”, elle veut parler de ses cousins. Elle sait qu’aux yeux de sa tante, ils restent des enfants. Quand elle parle d’eux, elle dit toujours affectueusement “drari”.
    - Non, je n’ai eu aucune visite depuis la tienne, regrette la vieille femme. Tu viendras ce week-end ?
    - J’essayerais de me libérer, promet la jeune fille. Je te souhaite un bon après-midi ! Au revoir ma tante !
    - Prends soin de toi ma fille…
    Fouzia raccroche lentement. Elle sort une pomme de son sac à main et la mange tranquillement, quand on frappe à la porte.
    - Entrez !
    Elle est surprise de voir Mounia, blanche comme un linge. Elle ne l’a pas revue depuis qu’elle est sortie après le docteur Kamel.
    - Ça ne va pas ? lui demande-t-elle en se levant pour l’accueillir. Tu es si pâle…
    - Oh quelle humiliation ! s’écrie-t-elle en se laissant choir sur le siège, en face du bureau. J’étais restée avec lui pour lui en mettre plein les yeux, et tu sais quoi ? J’ai perdu mon temps ! Je lui parlais de tout, de rien et lui ne cessait pas de m’interroger sur toi ! Si tu as de la famille ?
    Si tu as un petit ami ? Pourquoi tu vis seule ?
    - Ce qu’il peut être curieux !
    - Pourquoi vis-tu seule ? l’interroge Mounia.
    - Parce que je n’ai pas le choix… L’année passée, j’ai perdu mon oncle paternel, lui rappelle-t-elle. Et mes parents, il y a si longtemps… Tout ça, pour te dire que je suis orpheline !
    - Ah, je ne savais pas ! Excuse-moi, je ne voulais pas te rappeler de douloureux souvenirs ! s’écrie Mounia.
    Tu sais, je suis sûre que Dr Kamel est amoureux de toi !
    Fouzia secoue la tête.
    - Amoureux ou pas, il n’y aura rien entre nous ! Toi, tu en pinces pour lui ?
    Une vague de désespoir tombe sur les épaules de sa collègue.
    - Il ne me voit pas, ne m’entend pas, soupire-t-elle. tout ce qu’il a à la bouche, c’est “Fouzia, Fouzia” ! Je n’aurais aucune chance, avec lui !
    - Moi, je n’en veux pas ! J’ai assez de soucis comme ça !

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  13. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 14e partie
    Par : Adila KATIA

    - Que tu le veuilles ou pas, lui ne parle que de toi. Je suis sûre qu’il te surveille !
    Fouzia fronce les sourcils.
    - J’espère que ce n’est pas un obsédé !
    - Non, je ne crois pas, la rassure Mounia. C’est vraiment quelqu’un de bien…
    - Je l’espère ! J’ai assez de soucis comme ça ! s’écrie Fouzia en mettant de l’ordre dans son bureau.
    Elle commence à s’énerver sans s’en rendre compte au point de rougir. Lorsque le téléphone sonne, elle décroche et répond sèchement.
    - Oui ?
    La standardiste est surprise.
    - Pardon Fouzia, tu as un appel !
    - Passe-le moi ! Excuse, je suis fatiguée !
    - Mais tu viens de reprendre !
    - Il faut croire que je ne suis pas vraiment remise ! Allez, passe-moi cet appel ! lui dit-elle. Dis, qui est-ce ?
    - Un homme, répond la standardiste. Youcef !
    - Vite, passe-le moi !
    Fouzia regrette de l’avoir fait patienter. Elle s’assoit et respire profondément. Elle s’efforce à avoir une voix enjouée.
    - Bonjour Youcef !
    - Bonjour, comment vas-tu ?
    - Bien, merci… et toi ?
    - Grâce à Dieu, je vais bien, répond-il avant de lui proposer : Est-ce qu’on peut se voir demain, à midi ?
    - Oui, répond-elle avec hésitation. As-tu du nouveau ?
    - Oui, on en parle demain ! Je passe te prendre au ministère !
    - Attends-moi près des arrêts ! Prends soin de toi !
    - A demain !
    Elle raccroche lentement, en soupirant profondément. Mounia comprend qu’il se passe quelque chose dans la vie de sa collègue. Fouzia lui avait confié avoir des soucis, sans en dire plus. Elle a subitement pâli, ses sourcils s’étaient froncés et ses lèvres pincées montraient qu’elle était traversée par de sombres pensées.
    Mounia regrette d’être venue déverser toute sa déception et ses questionnements auprès d’elle. Elle a compris que ces soucis l’empêchent d’avoir des projets.
    - Qu’est-ce qui ne va pas Fouzia ? Tu es si pâle !
    Celle-ci se prend la tête entre les mains et ferme les yeux un court instant, le temps de se ressaisir. Elle serre les poings pour ne pas sentir ses doigts trembler. Elle tente de garder son calme. “Pas de panique ! Chasse ces idées noires, se raisonne-t-elle. Youcef saura quoi faire ! Il a promis de nous aider !”
    - Fouzia, veux-tu que j’appelle le médecin ?
    - Non, non, ce n’est pas nécessaire ! Si tu permets, je vais finir mon travail !
    - Tu en es sûre ?
    - Oui, sois tranquille ! Je vais bien…
    Mounia hésite à la laisser mais un agent chargé de la correspondance entre. Elle quitte le bureau après les avoir salués.
    - Content de te revoir, dit l’agent. Tu étais en congé ?
    - J’étais souffrante, répond-elle en saisissant le courrier.
    Elle signe la décharge et se remet au travail après le départ de l’agent. Il ne reste pas beaucoup de temps avant la fermeture des bureaux. Elle finit son travail, en s’efforçant de ne penser à rien d’autre. Mission impossible…

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  14. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 15e partie
    Par : Adila KATIA

    Le lendemain matin, Fouzia se rend au travail où il n’y a pas grand-chose à faire, vu que son responsable est absent. Elle a juste à répondre au téléphone. Elle ferme son bureau bien avant midi et se rend au lieu de rendez-vous.
    Youcef est déjà là. Il sourit en allant vers elle et ils échangent une chaleureuse poignée de mains avant de se diriger vers un restaurant où ils prennent place au premier. Fouzia ne veut pas rencontrer ses collègues. Elle ne veut pas être le prochain sujet des commérages au bureau. Mounia l’a déjà à l’œil depuis qu’elle sait que le Dr Kamel s’intéresse à elle.
    Fouzia est si curieuse qu’elle n’attend pas qu’il aborde le sujet de leur rencontre. Elle l’interroge.
    - Alors ? Tu as du nouveau ?
    Le visage de Youcef se ferme et bien avant qu’il n’ouvre la bouche, elle devine qu’il a de mauvaises nouvelles.
    - Le testament est authentique, et s’il n’y a aucune trace d’un acte de propriété, ton cousin pourra te mettre dehors.
    - Ce n’est pas possible !
    - Hélas si…
    - Et ma tante ?
    - Son appartement revient à son fils, je pense qu’il va emménager !
    - Mais deux de mes cousins n’ont rien obtenu !
    - Votre oncle leur avait payé les appartements dans lesquels ils vivent et laissé un peu d’argent, lui apprend l’avocat. Hamid est le seul à s’être débrouillé tout seul. Il s’en est bien sorti et il est à l’abri du besoin !
    - Cela ne l’empêche pas de réclamer le studio ! s’écrie Fouzia en larmes.
    - Son père lui a laissé des miettes par rapport aux autres, glisse Youcef avant d’ajouter : je ne prends pas sa défense mais il devait aussi hériter quelque chose de son père !
    - Je ne comprends pas mon oncle ! S’il n’avait pas l’intention de me le donner, pourquoi m’avait-il envoyée vivre là-bas ?
    Youcef hausse les épaules. Il l’ignore mais il doit lui dire ce qu’il en est vraiment.
    - Même si tu t’adresses au juge des affaires familiales, tu n’obtiendras pas gain de cause, car il n’y a pas de témoin et aucune preuve écrite de son intention de te laisser le studio !
    Fouzia porte la main à son ventre. Elle se sent mal. Elle se lève sans s’excuser. Elle prend son sac à main et se rend aux toilettes. Elle vomit son petit-déjeuner. Elle s’accroche au lavabo un moment, le temps que cela passe. Quand elle se rince le visage et se regarde, elle a envie de fondre en larmes. Mais ce n’est pas le moment. Elle ne veut pas se donner en spectacle. Lorsqu’elle sera seule, elle pourra pleurer sa malchance. Elle ne veut pas de la pitié des gens ni même de Youcef. Elle sort des mouchoirs en papier et s’essuie le visage.
    Elle n’a pas le courage de se refaire un maquillage. Elle a le cœur en deuil. Si elle perd le studio, elle n’a plus rien. Ni famille ni bien…
    Quelqu’un frappe à la porte des toilettes. Elle se rend compte avoir tardé. Fouzia ouvre la porte et sort, laissant la place à une jeune femme.
    Elle retourne auprès de Youcef qui s’inquiète.
    - Tu es si pâle. Tu penses pouvoir tenir le coup ?
    - Je n’en sais rien, répond franchement la jeune fille. Mais je voudrais savoir, qu’est-ce que je peux faire ?
    - Je peux porter l’affaire devant un juge, mais d’avance, je sais que ce ne sera que pure perte de temps, dit-il. Tu auras plus de temps pour chercher et trouver où aller !
    - C’est une cause perdue d’avance, conclut-elle dans un soupir. Adieu la paix, adieu mon chez-moi !
    Le serveur apporte les menus. Elle pose le sien. Elle ne veut rien prendre. Elle ne pourra rien avaler maintenant et même plus tard.
    - Tu m’excuses Youcef, j’étouffe ! J’ai besoin de respirer… Déjeune sans moi, le prie-t-elle en se levant, prenant son sac, prête à partir.
    Youcef accroche sa main et elle la retire brusquement.
    - Attends ! Je viens avec toi !
    Il ne peut pas la laisser partir dans cet état. Il n’en a pas le cœur!

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  15. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 16e partie
    Par : Adila KATIA

    - C’est bon, je connais le chemin, dit Fouzia. Tu peux retourner déjeuner ! Ne te prive pas à cause de moi !
    Youcef l’attrape par le bras.
    - Arrête-toi ! Fouzia ! Je veux t’aider ! Je suis là, pour toi !
    - Mais tu ne peux rien pour moi ! rétorque-t-elle en larmes. Ce toit, c’est tout ce que j’ai !
    - Non, il y a ta tante ! Et puis, je suis là, pour t’aider !
    - Tu ne peux rien pour moi, répète-t-elle en essuyant ses larmes. Personne…
    - Si tu veux, je vais parler à ton cousin, propose-t-il. On doit s’entendre…
    - Autant s’adresser à un mur, réplique-t-elle en dégageant son bras. Ne le fais pas ! Je vais chercher une location ! Youcef, pardonne-moi mais je dois y aller !
    Youcef est très peiné pour elle. Il sort une carte de visite de sa poche et la lui remet.
    - Appelle moi quand tu veux, si tu as besoin de quoi que ce soit !
    - Merci…
    - Promets-le moi !
    - Promis, répond-elle avant de partir.
    - Pars en paix, dit-il.
    - Toi de même !
    La paix, pense-t-elle en continuant son chemin. Elle ne la connaît plus depuis la visite de Hamid. Il y a tout juste dix jours, et depuis, sa vie est comme suspendue. Il va revenir la mettre à la porte. Quand elle arrive au bureau, elle se maquille un peu car sa pâleur est frappante. Les rares collègues à être rentrés de leur déjeuner semblent surpris. Elle a remarqué les regards interrogateurs. D’ailleurs, l’agent de sécurité ne tarde pas à la rejoindre dans son bureau.
    - Excuse-moi, Fouzia mais j’ai vu… J’ai vu que tu n’es pas bien, dit-il. Je t’ai saluée mais tu ne m’as pas répondu ! Aurais-tu des problèmes ?
    - Qui n’en a pas ? réplique-t-elle, touchée par sa sollicitude.
    - Je voulais te dire que si tu as des problèmes, tu n’es pas seule ! S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire, dis-le moi !
    Fouzia sourit et bat des cils pour refouler les larmes.
    - C’est très gentil, mon frère ! Mais il n’y a rien que tu puisses faire !
    - Si quelqu’un t’importune, n’hésite pas à me le dire ! Je le remettrais à sa place ! Si c’est une question d’argent, il faut me le dire !
    - Je suis très touchée, dit Fouzia en portant la main au cœur. Mais…personne ne peut rien pour moi ! À part notre Créateur…Mais je garde en mémoire ta proposition ! Merci mon frère !
    - Je me sentais interpellé en te voyant triste et lointaine ! Il fallait que je te le dise que tu peux compter sur moi ! Je te laisse travailler…
    - Tire la porte derrière toi ! le prie-t-elle en prenant place derrière son bureau.
    N’ayant rien à faire, elle prend la presse du jour et elle ne lit pas les sujets d’actualité ni l’horoscope ni les recettes de cuisine et astuce déco, elle prend note des annonces de location de studio. Elle est même prête à partir en pension même si elle n’a pas l’habitude de se mêler aux autres.
    Elle en profite pour passer des coups de fil et raye les numéros contactés. Les prix de location sont trop élevés pour elle. Les propriétaires exigent le payement d’une année de location. Elle décide de continuer ses recherches. Elle finira bien par trouver une location qui ne lui coûtera pas les yeux de la tête.
    Elle est encore en train de feuilleter les journaux quand elle reçoit un appel de Youcef. Il propose un autre rendez-vous mais elle refuse…

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  16. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 17e partie
    Par : Adila KATIA

    Elle ne comprend pas pourquoi il voulait la revoir. Elle a refusé. Elle s’est rendue compte qu’elle lui inspirait de la pitié. Elle n’en veut pas.
    Elle continue ses recherches puis une fois l’heure de fermer son bureau, elle part après avoir tout rangé. Elle ne rentre pas chez elle. Elle va faire un tour au centre-ville et s’arrête devant les agences immobilières. Elle regarde les annonces. Il y a beaucoup plus d’appartements et villas à vendre qu’à louer. Et les rares locations que ces agences proposent ce sont de grands appartements. Elle a juste besoin d’un studio.
    Elle se contentera même d’une chambre en pension. Elle rentre chez elle et là, elle se laisse aller. Elle pleure de rage et de tristesse. Elle sait que son cousin sera sans pitié avec elle si elle ne part pas. Puisque les documents prouvent que le studio lui revient, elle ne peut pas s’incruster plus longtemps. Dans moins de trois semaines, il faudra qu’elle parte.
    Elle a le cœur déchiré à l’idée qu’elle n’y remettra plus les pieds. Elle devra se séparer des meubles, les revendre, essayer d’en tirer un bon prix, si elle ne trouve pas où les laisser. Elle pense à avoir ça avec sa tante mais celle-ci allait avoir le même problème qu’elle. Si son fils emménage chez elle, il voudra apporter ses meubles. Sa tante se séparera des siens.
    Si elle ne trouve pas un studio, elle vendra les siens. Elle les proposera aux voisines en premier. Elle ne veut pas les abandonner à son cousin.
    _ Qu’est-ce que je vais devenir ? se demande-t-elle en s’asseyant sur son lit.
    Lorsque le téléphone sonne, elle ne décroche pas tout de suite. Elle essuie ses larmes, reprend son souffle avant de décrocher. Elle est surprise d’entendre Youcef. Elle a envie de raccrocher. Les larmes l’étranglent.
    - Fouzia, je sais que tu traverses un moment très difficile ! Laisse-moi t’aider, laisse-moi être là, pour toi !
    - Seul un miracle peut me sortir de là, réplique-t-elle en reniflant. Youcef, je voudrais rester seule ! Pardon…
    - Ecoute, il se peut que j’aie une solution. Je voulais t’en parler… Ta situation n’est pas si désespérée qu’elle ne paraît, dit-il avant de lui confier : j’ai un projet, je vais m’installer en Italie dans quelques mois ! J’ai un petit appartement et je comptais le vendre ou le louer ! Mais depuis que je suis au courant de tes problèmes, je pense faire une bonne action et te le laisser !
    Fouzia croit avoir mal entendu.
    - Comment ?
    - Oui, tu as bien entendu ! C’est de bon cœur que je te le propose, poursuit Youcef. Je ne veux rien en échange ! Pas d’argent, pas de faveur ! Je veux seulement t’aider car j’ai beaucoup de sympathie pour toi !
    La jeune fille a un rire nerveux. Les larmes coulent de plus belle. Elle ferme les yeux, se demandant si elle doit accepter ou refuser. Elle le sent sincère quand il dit vouloir l’aider mais s’il décide de revenir un jour, que fera-t-elle ?
    - C’est gentil, s’entend-elle répondre. Mais je préfère me débrouiller toute seule !
    - Fouzia, tu n’as rien à craindre de moi ! Tu comprends, moi je ne tarderais pas à partir et puisque tu es dans l’urgence, tu pourras l’occuper ! Ne sois pas têtue et accepte !
    - Non, non…
    La jeune fille ne veut rien lui redevoir même si elle sait et sa proposition le lui confirme, qu’il est un homme bon, sans arrière-pensée. Elle raccroche sans lui laisser l’occasion d’ajouter quoi que ce soit. Elle pense à plus tard, si ces projets tombent à l’eau et qu’il décide de rentrer, il va falloir encore plier bagage ! Elle n’a pas voulu lui parler d’échec, pour ne pas lui porter la poisse. Il l’ignore mais il vient de gagner son estime. Depuis toujours et les rares fois qu’ils s’étaient rencontrés chez son oncle, elle l’avait trouvé sympathique et attachant. Et il est bel homme. Dommage qu’il partait. Elle pense que cela aurait pu marcher entre eux. Mais là, il a juste de la pitié pour elle…

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  17. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 18e partie
    Par : Adila KATIA

    Chaque soir, Fouzia effectue des tris dans ses affaires. Elle met de côté les vêtements qu’elle offrira aux nécessiteux. Pour la vente des meubles qui sont dans un excellent état, elle a demandé à sa voisine de palier de faire circuler les photos qu’elle a prises.
    Dans sa tête, elle est prête à partir.
    Elle n’a plus sa place dans le studio. Elle regrette de s’y être installée, d’avoir déboursé jusqu’au dernier douro. Elle a manqué d’audace. Si elle avait demandé à son oncle de lui remettre l’acte de propriété, elle ne serait pas dans cette situation. Elle aurait soit eu le document ou aurait su qu’elle n’était là que provisoirement. Elle ne serait pas là à se demander si son cousin a influencé son père ou non. Mais Youcef a été catégorique. Les documents sont authentiques et la justice se rangerait du côté de son cousin. Il pourra même l’expulser du logement. Elle ne veut pas en arriver là. Elle n’en a pas la force. Le peu qui lui en reste, elle le garde pour son départ.
    Elle avait trouvé plusieurs pensions au centre-ville et à Kouba. Elle passera les visiter en fin de semaine. Entre-temps, elle se consacre au rangement. Elle a apporté des cartons. C’est difficile de se séparer de choses auxquelles elle tient. Ce lustre qu’elle a acheté sur un coup de cœur, des bibelots, ces grands tableaux qu’elle a décrochés et posés près de l’entrée.
    Elle allait devoir se séparer de tout ce qui rendait son foyer chaleureux, ce petit coin de paradis qu’elle aime tant. Elle s’est faite une raison. C’est le cœur serré qu’elle descend les cartons d’objets qu’elle ne peut pas garder. Elle paye les enfants des voisines pour les remettre à une association dont le siège n’est pas loin. Idem pour les vêtements. Elle est en train de se préparer un petit sandwich au thon quand la voisine vient voir les meubles. La garde-robe lui plaît beaucoup. Le meuble de la télévision aussi.
    Une autre voisine les rejoint et Fouzia vend au plus offrant. Elle est soulagée de les avoir vendus. Reste le meuble du coin cuisine et l’électroménager. Tout est neuf. Maniaque de la propreté, elle a toujours pris soin de tout ce qui se trouve chez elle. Elle demande à sa voisine du palier de faire circuler “l’info”. Elle espère que d’autres voisins lui épargneront de les descendre car elle est prête à les donner que de les laisser à son cousin ou même les lui vendre. Elle ne veut plus avoir à faire à lui. Une fois la voisine partie, elle retourne à la cuisine et prend son sandwich. Elle allume la télé et zappe, espérant trouver un film qui pourra l’aider à oublier ses problèmes.
    Elle arrête son choix sur une série qu’elle suivait avant que tout cela n’arrive. Même si elle avait raté plusieurs épisodes, les acteurs principaux vivaient toujours les mêmes drames, ils avaient toujours des démêlés avec la justice et leurs amis remettaient en question leur honnêteté. L’habit ne fait pas le moine. Les apparences sont tellement trompeuses. L’actrice pleure de rage, implorant ses amis de la croire. Fouzia ne s’en rend pas compte mais elle aussi pleure. Elle n’a pas touché à son sandwich. En fait, elle ne mange presque pas depuis qu’elle a eu des crampes d’estomac. Elle s’est rendue compte qu’elle flotte dans ses pantalons. Elle devra renouveler sa garde-robe à ce rythme.
    Elle est en train de ranger le sandwich dans un film alimentaire, pensant qu’elle pourra le manger plus tard si elle a faim quand on frappe à la porte.
    Elle pense que sa voisine a du nouveau pour elle.
    Elle ouvre d’un coup, spontanément, heureuse à l’idée qu’elle la soulagera des appareils électroménagers.
    - Bonsoir Fouzia !
    Elle écarquille les yeux en découvrant Dr Kamel sur le palier, visiblement
    inquiet.
    - Bonsoir, répond-elle, surprise.
    - Je voulais prendre de vos nouvelles, dit-il en entrant sans y être invité, la mettant dans la gêne.
    Elle sort la tête, regarde dans le palier et en direction des escaliers. Elle soupire de soulagement en ne voyant personne. Elle ferme doucement et se tourne vers lui.
    - Vous auriez pu appeler, lui reproche-t-elle. Que vont penser mes voisins ? Que je reçois des hommes ? Que j’ai mal tourné ? Même mes cousins ne viennent jamais ici !
    - Il fallait que je vous voie… Vous avez maigri depuis l’autre fois, remarque-t-il. Et puis, je devais vous parler seul à seul !

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  18. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 19e partie
    Par : Adila KATIA

    Je m’excuse Fouzia ! C’est vrai, tu as raison ! Tes voisins risquent de mal prendre ma visite… J’aurais dû passer au bureau…
    - En effet ! Vous auriez pu appeler ! C’est quoi ces manières de débouler chez les gens, surtout chez une jeune femme ? s’écrie Fouzia, énervée. Dîtes ce que vous avez à dire et partez !
    - Je voulais de vos nouvelles, répond-il, sincèrement désolé.
    - Je vais bien ! Je pourrais aller mieux ! Je me serais bien passée de ces émotions !
    - Je voulais aussi proposer d’envoyer ma famille vous demander en mariage !
    - Vous en avez de ces manières, rétorque-t-elle. Vous débarquez en soirée pour m’apprendre que vous voulez me demander en mariage ! Mais faîtes comme tout le monde ! Rencontrez-moi avant !
    Parlez-moi de vos sentiments avant ! Et pour votre information, je ne suis pas intéressée !
    - Inutile de crier ! Vous voulez ameuter les voisins ?
    La jeune fille se prend la tête entre les mains, ne voyant pas qu’il regardait l’intérieur du studio, s’attardant sur les cartons et les sacs pleins.
    - J’en ai marre ! s’écrie-t-elle. J’en ai assez ! J’ai mal à la tête ! Partez !
    - Si vous avez des problèmes, je suis là ! Je pourrais vous aider !
    - Il ne se passe rien qui vous concerne, réplique la jeune fille. Partez ! le prie-t-elle agacée.
    -Vous allez déménager ? l’interroge-t-il.
    - Oui et ne me demandez pas où j’irais car je l’ignore moi-même !
    - C’est prévu pour quand ?
    - Prochainement, répond-elle en s’approchant de la porte pour l’ouvrir. Au revoir docteur !
    - Kamel, rectifie-t-il. A partir de maintenant, appelez-moi Kamel !
    - Au revoir, Kamel !
    - On se voit au bureau demain ?
    Elle hoche la tête et ouvre. Elle regarde dans le palier et soupire de soulagement de ne trouver personne. Kamel part non sans se retourner pour la saluer de la main avant de descendre. Fouzia referme doucement la porte et va s’asseoir. La visite surprise de Kamel l’agace. Elle est au courant de ses sentiments. Mounia ne lui avait pas caché l’intérêt qu’il lui portait. Fouzia pensait qu’en l’ignorant et l’évitant, le message serait clair et qu’il se ferait à l’idée qu’elle ne veut pas de lui. Même si c’est quelqu’un de bien, elle n’a ni le temps ni la force de s’engager dans une relation au devenir incertain.Sa colère finit par tomber.
    Elle finit de ranger dans un coin du salon les cartons et les sacs. Elle se met au lit sans tarder, sans même avoir mangé. Elle passe la nuit à rêver de ses parents. Au petit matin, elle se lève en sueur. Il y a si longtemps qu’elle n’en avait pas rêvé qu’elle reste un moment les yeux fermés à vouloir rattraper leurs souvenirs. Plus que jamais ils lui manquent. Elle aurait voulu avoir une photo d’elle avec eux mais lors du tremblement de terre, il n’est rien resté de la maison et de ce qui se trouvait à l’intérieur. Un miracle qu’elle ait été jouer dehors avec ses copines.
    Elle se rappelle avoir senti un tremblement si brusque qu’elles avaient perdu l’équilibre. Il y avait eu un grondement autour d’elles. Elle ne comprenait pas ce qui se passait.
    Elle voyait des arbres secoués au point de croire qu’une force invisible le faisait et qu’elle allait les déraciner. Les cris fusaient de partout. Glacée par la peur, elle entendait un homme crier ; “Ezenzla ! Ezenzla ! Khordjou bara !”

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  19. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 20e partie
    Par : Adila KATIA

    - Ezenzla ! Eloignez-vous des murs ! Sortez des maisons !
    Fouzia s’était relevée (elle a l’impression de se voir) et s’était mise à courir vers leur maison. Ses copines, paniquées et en pleurs, firent comme elle et prirent le chemin menant chez elles. Les gens couraient dans tous les sens, choqués, perdus et apeurés.
    Fouzia se frayait un chemin parmi eux. Quand elle était arrivée devant leur jardin, elle se mit à chercher leur maison. Il lui faudra un moment pour comprendre que cet amas de pierres et de poussière étaient tout ce qu’il en restait. Il y avait des objets domestiques. Un début d’incendie s’était déclaré chez les voisins et s’est propagé aux maisons mitoyennes.
    La jeune fille se voit encore enfant, tombant à genoux, pleurant toutes les larmes de son corps. Où étaient-ils partis sans moi ? Ses parents n’étaient nulle part. Elle avait beau regarder parmi les débris, aucune trace d’eux.
    Une vieille qui passait par là, criant le prénom de son fils, s’était arrêtée à sa hauteur et l’avait forcée à se lever. Elle l’avait réconfortée, serrée longtemps contre sa poitrine. Elle voulait l’emmener, tout en récitant des versets du Coran.
    - Mes parents ! Mes parents ?
    - Allah yaatik sbar ya benti !
    Fouzia n’avait pas compris que si ses parents se trouvaient à l’intérieur de la maison lors de son effondrement, ils n’auraient eu aucune chance de s’en sortir vivants. L’incendie se propageait aux autres maisons.
    La vieille tente de l’emmener. Fouzia se revoyait vouloir rester sur place quand une secousse les fit balancer. Elle dura deux secondes mais leur sembla une éternité. Elles virent des pans de murs encore valides s’effondrer sous leurs yeux.
    - Viens, éloignons-nous ! Qu’Allah nous épargne…
    Et elle s’était remise à réciter des versets. Cela eut le don de calmer Fouzia. Elle suivait la vieille qui la tenait par la main, comme si elle craignait de la perdre.
    Des blessés étaient assis le long des rues, des cadavres étaient couverts de tissus. Des hommes, des femmes, les têtes blanchies par la poussière, les joues striées par les larmes qu’ils versaient. Ils pleuraient les membres de leurs familles, leurs voisins, leurs amis. D’autres allaient, hurlant leur foi.
    La vieille continuait à prier mais sans crier comme eux. Elle n’hésitait pas à jeter un coup d’œil sous les tissus, découvrant les cadavres, s’assurant qu’aucun d’eux n’était son fils. Il y avait des bouts de cadavres. C’était horrible à voir. La vieille cachait les yeux de Fouzia, ne voulant pas qu’elle les voie. Mais c’était trop tard…
    Epuisées, elles se sont arrêtées plus loin. Les Asnamis allaient et venaient, semblant désorientés. L’armée venait d’arriver. Elles s’étaient perdues par la suite. Fouzia était retournée devant leur maison, ou du moins ce qu’il en restait. Elle espérait que ses parents, partis à sa recherche, seraient revenus l’attendre. Mais si elle avait eu la chance de ne pas être blessée, ils n’eurent pas le temps de voir la mort venir.
    Leurs corps furent dégagés le lendemain. Fouzia était restée dans un camp de fortune, passant la nuit dehors, avec d’autres rescapés du tremblement de terre. Il y eut d’autres secousses, et tous craignaient que l’une d’elles soit aussi forte que la première, qui avait rayé la ville de la carte géographique, et qu’elle allait les engloutir cette fois.
    Le lendemain, une main passait sur son visage. Fouzia se rappelle, le cœur brisé, s’être endormie et son oncle, arrivé d’Alger, la réveillait doucement et la prenait dans ses bras. Ils avaient pleuré ensemble. Son oncle avait été un second père pour elle. Ces derniers temps, elle pensait que la mort aurait mieux fait de la soulager…
    La sonnerie du réveil la ramène au présent. Elle l’arrête d’un geste rageur. Encore une nouvelle journée. De quoi sera-t-elle faite ? Elle se rassure, elle ne pourra pas être pire que celle que ses souvenirs ont ravivée d’un coup…

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  20. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 21e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia se rend à son travail tel une automate. Elle est épuisée et elle a peur de l’avenir. Sa tante a appelé au bureau, pour prendre de ses nouvelles et lui confier que son fils et sa famille viendront s’installer chez elle.
    - Cela te fera de la compagnie, dit-elle à sa tante. Tu pourras profiter de la présence de tes petits-enfants !
    - Je suis habituée à être seule !
    Fouzia sourit.
    - Dis plutôt que tu crains de cohabiter avec ta belle-fille ! Il faut un effort de vous deux, dit-elle. Pour que tout se passe bien !
    - Je me demande ce qui s’est passé dans la tête du vieux !, lâche el hadja, agacée. Je te jure que je ne comprends pas, mais je n’ai pas le choix ! On devra se supporter !
    - En effet !
    - Youcef est passé l’autre fois ! Il m’a parlé de ses projets d’avenir, lui rapporte-t-elle. Il m’a aussi dit qu’il passerait te voir !
    - Ah !, lâche Fouzia, un peu surprise, vu qu’elle a été très froide avec lui. Il sait où me trouver !
    - Oui. Ma tante, je dois finir mon travail…
    - Quand passeras-tu à la maison ?
    - Je l’ignore mais dès que j’ai un moment de libre, je te promets de venir !
    Fouzia a remarqué que sa tante ne lui a pas demandé comment elle allait faire dans quelques jours. Cela la peine de découvrir qu’elle ne se souciait pas de son avenir.
    “Il n’y a qu’une mère qui tremble pour son enfant même s’il a cinquante ans, pense-t-elle, le cœur serré. Moi, je suis seule !”
    Elle tente de se concentrer sur son travail, mais trop de pensées se bousculent dans son esprit et elle fait des fautes que son responsable remarque dans chaque document saisi. Elle est surprise de le voir s’asseoir en face de son bureau. Il ne l’a jamais fait avant.
    - Tu n’as pas l’habitude de faire des fautes d’inattention Fouzia ! Qu’est-ce qui t’arrive ?, l’interroge-t-il.
    - Pardon, répond-elle en reprenant le document. Je vais le rectifier tout de suite !
    - Je veux savoir ce qui se passe dans votre tête au point de ne rien voir ?
    Fouzia secoue la tête.
    - Rien de grave, le rassure-t-elle.
    - Je l’espère ! S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour toi…
    - Merci, je m’en souviendrai !
    Elle se tourne vers l’écran de son PC et ressaisit le document. Son responsable est retourné dans son bureau. Le téléphone sonne à cet instant. Elle n’est pas surprise d’entendre Youcef.
    - Bonjour, ça va ?
    - Oui et toi ?, répond-elle poliment.
    - Grâce à Dieu, je vais bien ! Je voulais te voir Fouzia. On doit parler…
    - Là, j’ai du travail, s’excuse-t-elle. J’ignore quand je finirai !
    Un coup à la porte attire son attention. Dr Kamel est là et il est tout souriant.
    - Je vous appelle plus tard, promet-elle, sans avoir l’intention de le faire.
    Elle raccroche alors que Dr Kamel entre dans le bureau.
    - Bonjour, tu as le temps de prendre un café ?
    - Non, répond-elle en lui désignant la porte donnant sur le bureau de son responsable. J’ai déjà de la compagnie !, plaisante-t-elle sans rire. Une autre fois !
    - Je peux attendre…
    Mais elle secoue la tête, refusant sèchement.
    - C’est non ! Au revoir !
    - J’attendrai quand même !
    Elle se remet à saisir, tout en se demandant pourquoi ils étaient si intéressés alors qu’elle a d’autres priorités. D’ailleurs, elle doit appeler pour visiter les chambres que des propriétaires louaient aux jeunes femmes. Elle espère qu’elles sont bien situées, car elle ne veut pas vivre dans un quartier mal famé…

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  21. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 22e partie
    Par : Adila KATIA

    Les rares pensions qu’elle va visiter ne lui plaisent pas beaucoup. Elle choisit une pension à la place du 1er-Mai, non loin de l’hôpital Mustapha-Pacha. Elle a eu l’occasion de rencontrer d’autres locataires, des employées d’entreprises privés, venues de l’intérieur du pays. Les derniers jours, elle finit de vendre ce dont elle doit se séparer. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle se prépare à partir.
    La dernière nuit, elle pleure longtemps. Cette dernière semaine, elle a laissé le téléphone décroché, refusant de parler avec tout le monde. Car tout son entourage ne peut rien pour elle. Elle comprend qu’elle puisse plaire à Dr Kamel et que l’ami de la famille, Youcef, veuille l’aider, mais elle devra tourner une page de sa vie en quittant ce studio.
    Elle ignore de quoi sera fait demain. Elle ne représente rien pour sa famille, et cette nouvelle épreuve l’avait comme endurcie. Elle ne veut plus de contact avec eux. Le seul pour qui elle avait compté est son oncle. “Repose en paix, pense-t-elle. Que tu aies eu toute ta tête ou non, cela n’a plus d’importance. Il est temps que je me prenne en charge et que je donne un nouveau sens à ma vie !”
    Au petit matin, elle n’est pas surprise de voir son cousin arriver. Hautain, méprisant, il a amené un serrurier qu’il charge de poser de nouvelles serrures. Il ne semble pas étonné de trouver le studio vide.
    - Tu partiras où ?
    Elle secoue la tête.
    - Quelle question ! Pourquoi te le
    dirais-je ? l’interroge-t-elle.
    - Juste pour savoir.
    - Tu n’es rien pour moi, réplique-t-elle. Personne ne saura où je me rendrai ! Je ne veux plus te voir !
    - Si tu crois pouvoir me donner mauvaise conscience, tu te trompes ! dit Hamid.
    - Il faudrait que tu en aies une et ce n’est pas le cas, ose-t-elle lui répondre.
    - Je n’ai rien contre toi, dit-il. Je veux juste récupérer mon bien ! Grâce à Dieu, tu n’as pas fait la difficile et tu m’évites de m’amener un huissier de justice et même la police pour t’expulser d’ici ! Je t’en remercie !
    - Va au diable ! Sache que les vieux n’avaient pas tort quand ils disaient que le feu engendre des cendres ! Tu n’es pas le digne fils de ton père, mon oncle…
    Elle prend son sac et jette un dernier coup d’œil dans le studio avant de partir. Elle se rend directement à sa nouvelle demeure. Elle n’en sort pas de toute la journée. Elle n’a pas le cœur à traîner dehors.
    Elle se met à ranger ses affaires, regrettant le passé. Ses souvenirs lui tiennent compagnie, adoucissant l’avenir. Il ne pourra pas lui arriver pire.
    Elle a survécu à un tremblement de terre, à la mort de ses parents, à celle de son oncle. Elle a un travail, et même si elle a quitté le studio, elle a les moyens de louer cette petite chambre. Elle n’a pas la télévision.
    Elle se contentera d’écouter la radio en attendant des jours meilleurs. Sa situation évoluera. Une voix au fond de son cœur lui dit d’essuyer ses larmes et d’avoir la foi.
    Elle s’en sortira comme toujours. Elle ne doit pas baisser les bras. La vie est un combat de tous les jours. Elle allait le poursuivre en attendant le retour des jours heureux.
    Sa vie n’est pas finie au moment où elle a quitté le studio.
    Demain, elle se rendra à son travail, se mettra à en chercher un autre. Elle veut couper avec son passé. Le lendemain, elle n’est pas surprise de voir Dr Kamel l’attendre près de son bureau.
    Elle a envie de le renvoyer, mais en se rappelant qu’il n’est pour rien dans ses malheurs, elle s’efforce de sourire.
    Elle se rappelle sa sollicitude. Il est quelqu’un de bien. Elle n’a pas de doutes là-dessus…

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  22. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 23e partie
    Par : Adila KATIA

    - Que me vaut cette visite matinale ? l’interroge-t-elle en souriant, tout en ouvrant la porte de son bureau.
    - Je voulais de tes nouvelles… Ton sourire me rassure un peu ! Je craignais que ma visite ne t’enchante pas ! Alors, comment vas-tu ?
    - Grâce à Dieu, je vais bien !
    - Je suis content de te voir aussi sereine. L’autre fois, tu étais fâchée après moi… Dis, ça va mieux dans ta vie ?
    - Oui, répond-elle avant de plisser le front, se rappelant son audace, en lui rendant visite à une heure tardive. Tu as bien fait en ne te montrant pas ces derniers jours ! J’étais dans une humeur de chien !
    - Je suis heureux de voir que tu t’es adoucie ! plaisante-t-il. Tu ne sors pas les crocs et les griffes ! Je n’ose pas imaginer comment je me serais retrouvé… Fouzia, dis, acceptes-tu de déjeuner avec moi ?
    - Oui, pourquoi pas ? réplique-t-elle.
    Dr Kamel sourit et soupire de bonheur.
    - C’est tout ce que je rêvais d’entendre ! Je t’attendrai à la réception si tu es d’accord ?
    - Non, à côté des arrêts, dit-elle. Je ne veux pas que mes collègues jasent !
    - Comme tu voudras… Je te laisse travailler, dit-il. Si tu veux discuter, tu as mon numéro de poste !
    - Oui, je le connais !
    Mais elle n’a pas l’intention de l’appeler. Elle le regarde sortir et se met au travail. Elle est un peu surprise par sa propre réaction. Elle a accepté de le revoir, alors qu’il y a quelques jours, elle refusait. Elle sait qu’il est sensible à son charme, et après ces jours de solitude et de soucis, sa présence insistante lui remonte le moral.
    Il n’est pas au courant de ses soucis et il n’est pas en train d’abuser de la situation. Il s’intéressait à elle depuis qu’elle s’était trouvée mal, au bureau.
    Elle reçoit beaucoup d’appels et s’efforce de se concentrer. Le responsable pour lequel elle travaille a plusieurs rendez-vous et elle ne pourra pas sortir déjeuner. Dr Kamel a appelé à deux reprises pour lui rappeler leur rendez-vous.
    - Je ne peux pas, chuchote-t-elle. Tant qu’il ne sera pas sorti, je ne pourrai pas te rejoindre !
    - Je t’apporte un sandwich ? Une pizza ? Tu as une préférence ?
    - Non, je ne peux rien avaler maintenant, dit-elle.
    - On se retrouve après le boulot ?
    - Oui, promet-elle avant de raccrocher.
    La dernière réunion semble s’éterniser à son goût. Il l’appelle plusieurs fois à son bureau, lui donne du travail. Il n’a pas remarqué l’heure avancée de la journée. Des employés quittaient déjà leur bureau. Des collègues passent pour lui rappeler qu’elle a assez donné de la journée. Elle leur désigne la porte communicante avec le bureau de son responsable. Même Dr Kamel vient. Il s’impatiente et parle fort, comme pour attirer l’attention.
    - Je t’attends depuis des heures ! Tu dois être morte de faim ! Allez, prends tes affaires et partons d’ici !
    - Je ne peux pas ! Et ce n’est pas dans ses habitudes de tarder. Alors, ajoute-t-elle, je peux attendre qu’ils aient fini…
    - Appelle-le et demande-lui s’il a besoin encore de toi ! Allez, fais-le !
    Fouzia s’exécute sur-le-champ.
    - Excusez-moi monsieur, avez-vous encore besoin de moi ?
    - Non. Vous pouvez partir, dit-il. Excusez-moi de vous avoir retardée ! Je n’ai pas remarqué l’heure !
    - Ce n’est rien. Bonne fin de journée monsieur !
    Elle éteint son PC. Dr Kamel a saisi sa veste et l’aide à l’enfiler. Ils sortent ensemble. Elle est trop soulagée d’être hors du bureau pour remarquer qu’il y a encore des collègues à l’extérieur et qu’ils les voyaient ensemble…

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  23. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 24e partie
    Par : Adila KATIA

    - Heureusement que tu m’as écouté et que tu lui as parlé, sinon tu serais encore au bureau ! remarque-t-il. Tu dois avoir faim !
    - Je prendrais bien un lait au chocolat, répond Fouzia. Et des croissants ! Je meurs de faim…
    - On reste dans le quartier ou on se rend à la place Audin ?
    - Va pour la place Audin, dit-elle. Il y a des salons de thé où il fait bon s’attarder !
    Ils se rendent au parking où ils partent dans une belle voiture noire. Fouzia rit doucement. Ce n’est pas la première fois qu’elle la monte mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle a vu sa couleur.
    - Qu’est-ce qui te fait rire ? l’interroge Dr Kamel.
    - Je me suis rendu compte que ta voiture est noire ! L’autre fois, je ne l’avais pas vue !
    Il se rappelle qu’elle était pliée de douleurs.
    - On t’aurait emmenée à dos d’âne que tu ne l’aurais pas vu ! Tu souffrais !
    - C’est gentil de nous avoir emmenées, dit-elle.
    - C’est la moindre des choses que je pouvais faire, répond-il en lui jetant un coup d’œil. Tu vas mieux maintenant ?
    - Oui…
    Fouzia redevient pensive. Elle est passée par une période très sombre. Pendant des semaines, elle a cru devenir folle tant elle se sentait perdue, devant une impasse. Elle a renoncé à se battre contre son cousin, car aucune loi ne lui aurait permis de rester dans ce studio qu’elle aimait tant.
    Elle soupire bruyamment et tourne la tête, regardant les passants. Dr Kamel pose la main sur la sienne, comme pour la rassurer. Comme pour lui rappeler qu’il est là. Pour elle…
    Elle l’aurait retirée s’il ne l’avait pas lâchée pour passer la vitesse.
    - Tu avais des soucis que tu ne voulais pas partager, remarque-t-il. Je voudrais bien savoir… Quand j’étais venu te voir, tu avais piqué une de ces crises, ya latif ! Je m’en suis voulu de t’avoir mise dans la gêne ! Mais il y a des choses que je voudrais comprendre !
    - Par exemple ?
    - Pourquoi vis-tu seule ?
    Fouzia secoue la tête, des larmes contenues dans les yeux.
    - Je suis orpheline…
    - Ah… Je suis désolé, dit-il en posant de nouveau la main sur la sienne. Je ne savais pas !
    - Personne ne sait, soupire-t-elle. Il y a si longtemps maintenant ! J’ai perdu ma famille lors du tremblement de terre d’El-Asnam !
    - Ma chère Fouzia, je suis peiné de l’apprendre, dit-il en lui pressant la main dans la sienne. Ça a dû être terrible ! Qu’ils reposent en paix !
    - Incha Allah ! Tu sais, même si ça fait longtemps, ils me manquent beaucoup, lui confie la jeune fille. Certains jours plus que d’autres ! Ces derniers temps, j’ai souvent pensé à eux ! Je me demande comment aurait été ma vie si la malchance m’avait épargnée ! S’ils auraient pu me protéger des coups bas des gens malintentionnés ?
    - S’il est écrit le malheur, personne, pas même tes parents, n’aurait pu changer le cours du destin ! Grâce à Dieu, tu t’en es sortie ! Et puis, ajoute-t-il très grave, à partir de maintenant, si tu le veux, je serai toujours là pour toi ! J’étais sérieux quand je te parlais mariage l’autre fois ! Tu me plais, je vois en toi la femme que j’ai toujours rêvé d’avoir !
    - La femme idéale ou l’homme idéal, ça n’existe pas ! réplique Fouzia. L’amour fou aussi ! Je ne crois pas qu’un homme ou une femme puisse tout abandonner, tout sacrifier par amour !
    - Ma chère, je crois que tu n’as jamais aimé au point de tout remettre en question ! remarque Dr Kamel. Je suis la preuve vivante que par amour, on peut commettre des folies !
    - Ah bon ! Raconte un peu quel crime tu as commis par amour ! le prie-t-elle, piquée par la curiosité. Tu as comploté ? Ou trahi ta famille ? Tes amis ?
    Tu as tué ? Dis, tu n’es pas un psychopathe ?

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  24. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 25e partie
    Par : Adila KATIA

    - Psychopathe moi ? s’écrie-t-il. Non, la rassure-t-il. Mais pour toi, je suis prêt à faire des folies…
    - Par exemple ?
    Kamel ne répond pas tout de suite. Il la prend naturellement par le bras et ils entrent dans le salon de thé. Il est bondé de couples. Il leur semble que toutes les tables sont occupées, mais un serveur leur désigne une table dans le fond.
    Ils vont s’y installer. Fouzia se rend compte qu’elle est épuisée.
    - Tu es bien pâle, remarque Kamel.
    - Je suis encore à jeun, lui rappelle-t-elle. La journée a été longue et je suis avec toi… Apparemment, tu as l’habitude de faire des folies ! Tu ne m’as pas dit quel genre de folies tu as fait ?
    Kamel sourit et lui révèle l’avoir surveillée chaque jour.
    - J’étais obsédé par ton souvenir et je voulais tout savoir de toi, dit-il. Je surveillais ton arrivée le matin, tes faits et gestes toute la journée… Je te suivais en fin de journée…
    - Mais pourquoi ?
    - Je voulais tout savoir, si tu avais un ami ! Je savais que tu avais des soucis et j’imaginais un amoureux éconduit ! J’imaginais qu’il te harcelait… Je l’aurais remis à sa place !
    - S’il avait existé, dit Fouzia. Donc, tu m’as vu me démener comme un diable pour libérer rapidement le studio ! Puisque tu as passé ma vie au scanner, tu dois savoir où j’habite maintenant !
    - En effet ! Le studio n’était pas à toi ? Comment as-tu fait pour venir d’El-Asnam ? Comment as-tu fait pour t’installer à Alger ? Au fait, quel âge avais-tu quand tu les as perdus ?
    Le serveur les interrompt. Il prend note des commandes et les apporte rapidement. Tout en mangeant de bon appétit, elle lui raconte comment, le lendemain du tremblement de terre, son oncle était venu aux nouvelles et l’avait prise chez lui, après avoir découvert qu’elle était la seule rescapée. Elle ne lui cache pas avoir été une élève qui préférait la télé aux livres de mathématiques. Elle avait horreur de l’histoire et de la géographie. C’est pourquoi elle a arrêté à son échec au bac.
    Elle lui confie que son défunt oncle avait pris soin d’elle comme si elle était sa fille. Lorsqu’elle s’était mise à travailler, son oncle avait refusé qu’elle participe aux frais de la maison. Quand il lui avait proposé de vivre dans le studio, elle avait refusé, mais il insistait. Il savait qu’il pouvait lui faire confiance et qu’elle ne tournerait pas mal.
    - Il nous avait fallu des mois pour faire les travaux et acheter tout ce qu’il fallait pour qu’il devienne un petit paradis, dit-elle. Je m’y suis tout de suite plu ! Je pensais qu’il était à moi désormais… Mais je me trompais…
    Elle lui raconte alors comment, en quelques mois, sa vie a été bouleversée et pourquoi elle a été contrainte à quitter le studio. Elle avait très mal vécu ce changement. Maintenant qu’elle était installée ailleurs et qu’elle a tourné définitivement la page, elle se sent mieux.
    - Je vois qu’il t’est pénible d’en parler, remarque-t-il.
    - Non, tout ça, c’est derrière moi, dit-elle. Je suis tournée vers l’avenir. Je m’assume…
    - Ta tante ? Tes cousins ? Aucun n’a eu envie de te prendre chez lui ? l’interroge-t-il, choqué.
    - Ils sont tous mariés et ils ont une vie rangée que rien ne peut bouleverser, soupire-t-elle. Dans le fond, ils m’ont rendu service ! J’ai compris que je ne devais compter que sur moi-même !
    Kamel prend sa main.
    - Fouzia, à partir d’aujourd’hui, tu peux compter sur moi ! N’en doute jamais ! Je serai toujours là pour toi ! Bien sûr, si tu veux de moi…
    Fouzia ne répond pas mais elle ne retire pas sa main. Elle l’apprécie plus qu’elle ne le lui montre. Elle voudrait prendre son temps pour se décider. Mais à son regard qui la scrute, elle sait qu’il la veut maintenant !

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  25. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 26e partie
    Par : Adila KATIA

    - Ecoute, commence-t-elle. Je ne veux pas me marier, tu comprends ?
    - Je ne te plais pas ?
    - Si.
    - Tu ne ressens rien pour moi ? demande le médecin, visiblement inquiet.
    - Si, si, le rassure-t-elle. Je t’aime beaucoup, je le réalise maintenant, et tu comptes beaucoup pour moi ! Ce n’est pas de l’amitié, beaucoup plus que ça !
    - Mais tu ne m’aimes pas comme je t’aime ! s’écrie Kamel. Moi je suis prêt à tout pour toi ! Je veux me marier avec toi…
    - J’en suis heureuse, je te le jure ! Mais pour m’engager, je ne crois pas pouvoir le faire !
    - Incroyable ! Je n’ai jamais rencontré une femme qui refuse de se marier ! dit Kamel, n’en revenant pas. Je veux être ton mari. Pas ton ami ! Explique pourquoi tu ne veux pas te marier !
    - Pour ne pas avoir de mauvaises surprises, avoue-t-elle. Essaie de me comprendre. La vie m’en a fait voir de toutes les couleurs, elle m’a toujours pris ce qu’elle m’a donné ! J’avais une maison, des parents qu’un tremblement de terre m’a pris !
    Mon défunt oncle avait assuré la relève et la mort a fini par avoir raison de lui ! Le studio qu’il m’avait donné m’a été repris récemment ! Donc, je ne peux me fier à rien !
    Les derniers membres de ma famille m’ont tourné le dos, m’ont rayée du livret de famille ! Alors si tous ces coups bas de la vie ne m’ont pas servi de leçons, c’est que je suis une attardée mentale !
    - Mais moi, je t’offre ma vie, tu seras ma femme ! On partagera tout !
    Fouzia soupire tout en secouant la tête.
    - Tu ne comprends pas ! Aujourd’hui, tu dis m’aimer, me vouloir pour femme, mais un jour, tu ne voudras plus de moi ! Alors, il me faudra repartir et trouver où aller ! J’ai perdu confiance en tout !
    Kamel saisit ses mains et les serre.
    - Non, ça n’arrivera jamais ! Je ne suis pas comme eux ! Moi, je t’aime !
    - Je sais !
    - Alors, accepte ma demande et fais de moi l’homme le plus heureux sur terre ! dit-il. Fouzia, je t’aime ! Crois-moi, jamais je ne te trahirai !
    Crois-moi !
    - Donne-moi du temps ! le prie-t-elle. Je ne veux pas qu’on se sépare ou qu’on fasse une pause ! On se voit et l’évolution de notre relation décidera pour moi ! On sortira autant de fois que tu voudras !
    - D’accord, mais un jour, il faudra te décider ! Ma patience a des limites et j’ai de grands projets ! lui confie-t-il. Ma vie va changer et je voudrais me marier avec toi avant de m’engager professionnellement !
    - Raconte…
    Kamel ne se fait pas prier. Il lui apprend qu’il va s’associer avec un ami. Ils projettent d’ouvrir une clinique privée. Il quittera le ministère prochainement.
    Fouzia est heureuse pour lui.
    - Je vois que tu es ambitieux !
    - Oui, je pensais… je voulais me marier avec toi avant de concrétiser ce projet, poursuit-il. Mais notre mariage attendra que tu te décides ! Cet autre projet ne peut pas attendre…
    - Félicitations mon cher ! Tu forces l’admiration, dit la jeune fille en souriant. Je sais que tu réussiras ! Je suis si fière de toi !
    - C’est vrai ?
    - Je te le jure !
    Kamel a un soupir exaspéré.
    - Accepte ma demande ! la prie-t-il. Je ne peux pas me passer de toi ! Et je ne veux pas vivre dans le péché ! J’attends tant de notre relation ! Tu comprends ?
    Fouzia hoche la tête. Il est clair qu’il attend beaucoup d’elle…

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  26. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 27e partie
    Par : Adila KATIA

    - Un jour, promet-elle. Tu finiras par me convaincre d’accepter ! J’en suis sûre !
    Kamel hoche la tête, très sérieux.
    - Mon amour finira par vaincre tes peurs et on fera notre vie ensemble !
    - J’aimerais tant avoir ta confiance, dit la jeune fille. Car je n’ai jamais revu ceux que je perdais ! J’aurai toujours ces peurs ! Elles m’accompagnent depuis toujours ! Le jour où je n’en aurai plus, c’est que mon cœur aura arrêté de battre !
    - Je les vaincrai Fouzia ! Tu verras, il suffit d’ouvrir ton cœur et je te jure que plus rien ne sera comme avant !
    - Mon cœur t’est déjà ouvert ! Mais lorsque tu auras mis par terre mes peurs, n’oublie pas de me reposer la question !
    - Il faudrait que je devienne amnésique !
    Ils rient doucement. Kamel se sent plus proche d’elle. Il est si heureux d’être avec elle. Il la veut rien que pour lui.
    - Quand la clinique ouvrira, tu n’auras plus besoin de travailler !
    - Je ferais quoi de mes journées ? l’interroge-t-elle.
    - Tu m’attendras ! Je me chargerais de régler toutes tes factures ! Tu n’auras pas besoin de travailler ! Tu vivras à l’aise, comme une reine ! Tu es ma reine ! A défaut d’être ma femme !
    Mais son idée n’emballe pas Fouzia.
    - Je suis contre, lui dit-elle. Je ne veux pas me faire entretenir ! Je ne veux pas de ta charité…
    - Je veux que tu sois libre, pour moi !
    - Je ne sais pas, murmure-t-elle. Je vais y réfléchir ! J’ai l’habitude d’être indépendante, et sincèrement, je me vois mal vivre à tes crochets !
    Sa franchise ne le surprend pas.
    - Prends ton temps pour y réfléchir, dit Kamel, insistant. Mais on aura d’autres occasions d’en discuter ! Car on se verra tous les jours !
    Il en sera ainsi tous les jours que Dieu fait. Fouzia qui craignait le “qu’en dira-t-on” semble avoir changé d’un coup. Et Kamel ne se fait pas discret. Chaque midi, il vient l’emmener déjeuner. En fin de journée, ils sortent ensemble.
    Mais il est vite rattrapé par ses projets professionnels. Ils ne se verront plus durant la semaine. Kamel et son ami Mahmoud tentaient de régler les problèmes de dernière minute qui empêchaient l’ouverture de la clinique.
    Elle est située à quelques kilomètres de la capitale. Depuis deux ans, jour après jour, leurs rêves s’étaient concrétisés. Ils avaient acheté un terrain, avaient engagé un des meilleurs architectes. Ensemble, ils avaient lancé sa construction. Puis ils avaient couru d’un bureau à un autre, d’un ministère à un autre.
    Kamel n’avait plus un seul moment de libre. Il ne voyait pas Fouzia pendant la semaine. Et parfois le week-end aussi. Durant plusieurs semaines, il ne voit pas Fouzia. Le soir, ils se parlent quelques minutes au téléphone. Leur séparation renforce leur amour. Fouzia ne pense qu’à leur prochaine rencontre. Tout comme lui.
    Parfois il étouffe, il a l’impression de devenir fou. Il lui en veut d’avoir refusé sa demande en mariage. Les choses auraient été plus simples pour lui. Il serait rentré chez lui et l’aurait trouvée en train de l’attendre. Il espère qu’elle retrouvera confiance en la vie et finira par changer d’avis sur le mariage. Être ensemble et ne plus jamais être séparés…

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  27. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 28e partie
    Par : Adila KATIA

    - Bonjour ma fille…il y a si longtemps que je suis sans nouvelles de toi, dit sa tante lorsqu’elle l’appelle. Comment vas-tu ?
    - Grâce à Dieu, je vais bien. Raconte-moi, comment vas-tu ?
    - Mes vieux os ne supportent plus mon poids, j’ai des difficultés à me lever ! Parfois j’ai le tournis…
    - Il faudrait que tu penses à voir un médecin, lui conseille Fouzia, peinée de la savoir affaiblie.
    - Je serais heureuse de te recevoir, cela fait si longtemps ! s’écrie-t-elle. Que deviens-tu ? J’ignore ce que tu as fait depuis ta dernière visite !
    Fouzia soupire tout en secouant la tête.
    - Je n’ai rien fait de particulier, répond-elle. Pourquoi ?
    - Youcef voulait te parler. Il m’avait confié qu’il voulait te laisser son appartement ! Il voulait que tu le gardes en son absence, poursuit sa tante. Il m’a confié les clefs et les papiers…quand passeras-tu les récupérer ?
    - Je n’en sais rien, répond Fouzia. Un jour, ajoute-t-elle sans conviction. Ma tante tu m’excuses, j’ai du travail à rendre ! Je te rappelle ! promet-elle sans avoir aucunement l’intention de le faire. Prends soin de toi !
    Elle ne tarde pas à raccrocher et reprend son travail. Son responsable est absent et elle se permet de quitter un peu plus tôt.
    Kamel l’avait appelée le matin, pour lui proposer de se voir dans leur salon habituel. Elle arrive avant lui et tue le temps en lisant le journal du soir. Lorsqu’il la rejointe, il est tout essouflé. Il l’embrasse sur la joue avant de prendre place en face d’elle.
    - Désolé, j’étais pris dans les embouteillages !
    Fouzia lui sourit.
    - J’ai eu le temps de commander des jus et des gâteaux ! J’en ai profité pour lire les news, rien de réjouissant, dit-elle avant de lui raconter. Il y a deux jours, en fin de journée alors qu’elle devait fermer, une gynécologue reçoit en urgence une jeune femme qui feignait d’avoir une fausse couche ! Elle était accompagnée par son soi-disant mari qui en a profité pour sortir une arme et la menacer ! La pauvre spécialiste a eu la peur de sa vie ! Il l’ont assommée ! Ils en ont profité pour la soulager de son argent ! Plusieurs millions…La jeune femme lui a arraché les bijoux qu’elle portait !
    - On ne peut plus faire confiance, dit-il. C’est dommage, car la prochaine fois, elle ne fera plus les urgences et refusera les malades accompagnées de leurs maris !
    - En effet, il n’y a plus de sécurité ! Parfois, j’ai peur quand je rentre tard…
    - Tu finis tôt et il y a longtemps qu’on ne s’est pas revus ! Ne tarde pas dehors, omri ! Tu sais que je ne supporterais pas qu’il t’arrive malheur !
    Kamel lui prend la main.
    - Si on était mariés…
    Fouzia secoue la tête.
    - Non, s’il te plaît, pas maintenant ! En fait, Kamel, je voulais te faire part d’une idée que j’ai eue, lui confie-t-elle. L’équipe médicale est prête ? l’interroge-t-elle. Vous attendez juste le OK pour ouvrir ?
    - Oui, cela peut être une question de semaines, de jours ou d’heures ! Actuellement, l’équipe médicale est au chômage technique !
    - Je voudrais travailler avec vous, dit-elle. Je pense déposer ma démission demain !
    Kamel a rougi d’un coup. Son idée ne l’emballe pas. Fouzia croyait qu’il sauterait de joie et c’est loin d’être le cas !

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  28. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 29e partie
    Par : Adila KATIA

    - Tu ne veux pas te marier avec moi mais tu veux travailler, reprend-il, encore sous le coup de la surprise. Je peux savoir pourquoi ?
    - Je croyais que tu apprécierais de travailler avec moi ! réplique Fouzia, déçue.
    - Oui mais ma chère, tu n’as pas besoin de travailler, dit Kamel. Tu me donnes ton numéro de compte et je te verserai une somme qui couvrira tes dépenses et même plus ! Fouzia, tu ne seras jamais dans le besoin ! Les femmes qui travaillent pourvoient à leurs besoins ou à celui de leur famille ! Ta situation est différente !
    - Je sais, mais j’ai besoin d’être indépendante financièrement ! Je veux être bien dans ma tête ! lui explique-t-elle. Tu connais mes peurs et tu voudrais que je me fie au hasard du destin ?
    - Il faudrait que tu apprennes à faire confiance ! A me faire confiance ! précise-t-il. Je t’aime et ne veux que ton bonheur !
    - Je n’en doute pas ! Il ne s’agit pas de cela ! Et tu le sais ! lui rappelle Fouzia. Moi et la confiance, ça fait deux !
    - Alors pourquoi quitter ton poste au ministère ?
    - Je ne veux pas que ma famille me retrouve ou m’appelle ! Ils savent où me trouver et je veux que cela change ! Je ne fais plus partie de la famille ! Je leur en veux encore ! confie-t-elle. Je me découvre rancunière ! Ces moments difficiles m’ont endurcie !
    - Ne me dis pas que tu vas aussi m’en vouloir ! s’écrie Kamel.
    - Non !
    - N’oublie pas que je t’aime !
    - Alors si tu ne veux pas que je travaille avec toi, trouve-moi quelque chose ailleurs !
    - Oui, promet-il. Omri, je vais y aller ! Je dois rejoindre Mahmoud, il m’attend !
    - Mais tu n’as pas touché à ton gâteau, lui rappelle-t-elle. Prends le temps de souffler un peu !
    - Une autre fois ma belle, je dois y aller ! Je t’appelle plus tard !
    - Gare à toi si tu ne le fais pas !
    Kamel lui sourit avant de l’embrasser sur la joue.
    - Je t’appellerai ! Ne tarde pas dehors…
    Il part, se retournant pour lui faire un clin d’œil avant sortir du salon. Il lui manque déjà. Elle finit son gâteau lorsqu’un jeune homme s’approche de sa table.
    - Bonsoir, dit-il. Je peux me joindre à toi ?
    Fouzia le regarde prendre place sur la chaise où Kamel était assis quelques minutes plus tôt. Son audace lui arrache un sourire.
    - Tu es belle, je voulais te le dire !
    - Les flatteries ne mèneront nulle part, réplique-t-elle sérieusement bien que touchée par sa remarque. Mais c’est gentil !
    - J’ai attendu que ton père soit parti pour t’approcher ! Ou ton oncle, ajoute-t-il. Je ne voulais pas avoir de problème !
    - Mon père ? Mon oncle ?
    Fouzia rit de bon cœur.
    - Non, reprend-elle, c’est mon ami ! Mon petit ami…
    Le jeune homme se confond en excuses.
    - Désolé ! Je croyais… Je le voyais plus âgé que toi…
    - Agé ou pas, dit-elle, je ne suis pas libre !
    Il se lève tout rouge, visiblement déçu.
    - Il en a de la chance ! lâche-t-il.
    Fouzia se rend compte que Kamel ne lui a jamais paru vieux. Elle a bien vu qu’il était plus âgé qu’elle. Cela ne la gênait pas. En fait, elle l’aime si fort qu’elle ne s’arrête pas à ce détail. En pensant à lui, elle réalise qu’après plusieurs mois à être avec lui, elle ne sait rien de lui, de sa famille. Elle est bien au courant de son projet de clinique privée mais il n’en est rien de sa vie privée.
    Kamel l’aime, il lui a proposé le mariage. C’est la preuve qu’il est sincère avec elle. Il suffirait qu’elle dise “oui” pour devenir sa femme. Ses peurs ont toujours raison de son envie d’accepter. Elle ne parvient pas à les maîtriser. Même si l’avenir lui semble tout tracé, elle ne sait presque rien de lui, juste qu’il s’appelle Kamel, qu’il s’est associé pour ouvrir une clinique. Elle n’a pas d’adresse où le trouver. Elle ne connaît ni sa famille ni ses amis. Même si elle ne veut pas se marier, elle voudrait tout connaître de lui, jusqu’au moindre détail…

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  29. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 30e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia reste dans le hall de la pension où elle vit. Elle ne fréquente pas les autres locataires. Elles se croisent dans le hall ou les escaliers et s’échangent des bonjours et des bonsoirs sans prendre le temps de faire connaissance.
    Elle attend le coup de fil de Kamel. Comme promis, il ne tarde pas à appeler. Elle décroche dès la première sonnerie. Elle est heureuse de l’entendre.
    - Tu n’as pas attendu trop longtemps, j’espère ?
    - Non. Tu viens de rentrer de ton rendez-vous ? l’interroge-t-elle.
    - Oui, on devait revoir certains papiers ensemble, lui raconte-t-il. Des futurs collaborateurs se sont joints à nous…
    - Et des collaboratrices ?
    Kamel rit doucement.
    - Inutile de faire une scène de jalousie. Dans l’équipe médicale, il y a des femmes ! Mais aucune ne me plaît, la rassure-t-il. Tu es unique !
    - Ça fait plaisir à entendre !
    - Fouzia, tu ne peux pas savoir combien je t’aime !
    - Moi aussi. Tu me manques, tu sais ! On ne se voit presque plus…Tu me rejoins en coup de vent, dit-elle, ne lui cachant pas sa déception. Je passe mon temps à attendre nos rendez-vous ! Je ne vis que pour ces instants ! On n’a même pas le temps de discuter…
    Kamel soupire.
    - Je voudrais tant te retrouver, te garder avec moi, soupire-t-il. Tu es le soleil qui illumine ma vie ! Je n’arrive pas à voir la vie sans toi ! Mon amour…
    - à qui as-tu volé cette expression ?
    - Non, je te dis franchement et sincèrement ce qu’il en est ! se défend-il. Moi aussi, je pense à nos rencontres, je regrette qu’elles soient brèves ! Si cela peut te rassurer, on pense ouvrir à la fin du mois ! Une fois l’affaire lancée, j’aurais plus de temps à te consacrer ! Il ne faudra plus te plaindre de m’avoir derrière le dos tout le temps ! Je suis sûr que ce sera à mon tour d’attendre que tu aies fini ! Tu n’auras plus beaucoup de temps à me consacrer !
    - On verra bien, réplique Fouzia. Je prendrais peut-être plaisir à te torturer doucement !
    Une des locataires vient de rentrer du travail et l’a saluée discrètement.
    - Tu en as pour longtemps ? l’interroge-t-elle à voix basse.
    - Non, répond-elle en couvrant le combiné avant de reprendre sa conversation avec Kamel. Omri, je dois raccrocher… On se parle demain ?
    - Promis mon ange, je t’appelle demain ! Bonne nuit mon amour !
    Fouzia raccroche et laisse sa place à la jeune femme. Elle n’a pas encore quitté le hall que le téléphone sonne. Le coup de fil est pour elle.
    Ce doit être son petit ami ou sa famille, pense-t-elle. Moi, je n’ai que lui qui peut m’appeler. Son amour la comble de bonheur. Elle ne peut plus imaginer la vie sans lui.
    Elle retourne à sa chambre. Elle ne cesse de penser à Kamel. Elle a envie de le revoir dès le lendemain. Il a promis d’appeler. Elle a envie de lui dire qu’elle est revenue sur sa décision. Elle ne supporte plus d’être séparée de lui. Elle regrette d’avoir refusé sa demande en mariage.
    Dès qu’ils se reverront, elle en profitera pour lui en parler. Mais le lendemain, Kamel n’est pas disponible. Il l’a appelée pour la prévenir d’un voyage d’affaires.
    - Je vais commander des échographes et d’autres appareillages pour la clinique. Dès que je rentre, je t’appelle ! Tu m’excuses, je dois y aller !
    Il raccroche sans lui donner le temps de lui souhaiter bon voyage. Fouzia est perturbée par ce départ inattendu. Il ne lui a jamais parlé auparavant d’un éventuel voyage d’affaires. Elle ignore même sa destination et combien de temps il restera absent. Elle tente de le rappeler à la clinique mais personne ne répond…

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  30. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 31e partie
    Par : Adila KATIA

    - Dis-moi ma fille…Est-ce qu’il y a quelqu’un dans ta vie ? Es-tu amoureuse ? l’interroge-t-elle.
    Fouzia réprime un sourire tout en évitant son regard.
    - Tu sais, il n’y a rien de mal. Tu n’as pas à en avoir honte ! Tu es en âge de fonder un foyer ! Dis-moi, la prie-t-elle. J’espère qu’il est de bonne famille !
    Fouzia hausse les épaules.
    - Je crois.
    - Depuis quand le fréquentes-tu ?
    - Quelques mois déjà, avoue-t-elle.
    - C’est donc du sérieux ?
    La jeune fille hoche la tête.
    - A-t-il parlé de toi, à sa famille ?
    - Je ne sais pas, répond-elle franchement.
    Elle subit ensuite un vrai interrogatoire. Quel âge a-t-il ? Que fait-il dans la vie ? Vit-il avec sa famille ou a-t-il son propre logement ? A-t-il l’intention de rencontrer tes cousins ?
    Si aux premières questions, elle n’a pas de réponse, à la dernière, elle réagit brusquement.
    - Mes cousins ? Mais pourquoi les rencontrerait-il ?
    - Tu ne peux pas te marier sans la présence de ta famille ! s’écrie la vieille tante. Que croira-t-il ? Et sa famille médira sur notre compte ! Tu ne sembles pas t’en rendre compte ! Mais sa famille et ces amis ne penseront que du mal de toi et de ta famille !
    - Peut-être, émet la jeune fille. Mais pour l’instant, la question ne se pose pas ! Quand il voudra faire sa demande, je l’orienterais vers toi ! Ma tante, je vais y aller, prends soin de toi !
    - Toi aussi, ma fille ! Ne tarde pas à revenir ! Tu es toujours la bienvenue !
    - C’est gentil !
    Elle l’embrasse, la serre dans ses bras et part, promettant de revenir quand elle le pourra. Elle a remarqué que sa tante ne l’a pas invitée à passer la nuit. Elle devait redouter la réaction de sa belle-fille. Même de son fils. Ces chers cousins qu’elle considère comme des étrangers depuis quelques mois. Elle ne ressent plus rien pour eux. Elle s’était endurcie. Toutefois, elle éprouve de la peine pour sa tante qui était dépassée par les évènements. Son opinion ne comptait plus. Fouzia en est persuadée, si son avis avait pesé, on lui aurait laissé le studio.
    Mais tout cela appartenait au passé, pense-t-elle. Elle était bien installée ailleurs et elle est tournée vers l’avenir. Un avenir qu’elle veut partager avec Kamel. Elle se demande s’il a tenté de la joindre au bureau. Si c’est le cas, la standardiste le lui dira. Elle décide de rentrer à sa chambre et espérait qu’il lui passerait un coup de fils, en soirée.
    Elle voudrait s’endormir après l’avoir entendu. Elle décide de rentrer, après avoir acheté des fruits. D’autres locataires étaient déjà rentrées et l’une d’elles était au téléphone. Fouzia trouve qu’elle tarde à raccrocher. Si Kamel appelle, il trouvera la ligne occupée.
    Fouzia prend le temps de troquer son tailleur contre une robe d’intérieur. Elle est retournée dans le hall, prête à demander à la locataire de ne pas tarder mais celle-ci avait raccroché et regagné sa chambre.
    Elle attend dans le hall pendant un long moment avant de retourner dans la sienne. Kamel n’a pas pensé à la joindre. Etait-il réellement occupé ou devait-elle s’inquiéter ? Elle n’a aucun numéro où appeler pour prendre de ses nouvelles. Elle réalise sans joie qu’elle ne fait pas vraiment partie de sa vie.
    Cette pensée la perturbe et trouble son sommeil. Des cauchemars la laissent le cœur battant et en sueur. Plusieurs fois elle s’est réveillée avec la sensation d’être perdue dans un endroit inconnu…

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  31. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 32e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia se rend au bureau dès la première heure. Elle veut rattraper le retard de la veille. L’agent de sécurité vient prendre de ses nouvelles.
    - Ça va mieux ?
    - Oui. Même si j’ai passé une mauvaise nuit, lui confie-t-elle. J’ai besoin d’un autre café sinon je ne tiendrais pas!
    Elle réprime un bâillement qui arrache un sourire à l’agent.
    - Je vais au café d’en face, l’informe-t-il. Thé ou café ?
    - Un bon café, bien sucré, précise-t-elle en ouvrant son sac, pour prendre des pièces mais il sort déjà.
    - Laisse ! C’est pour moi, dit-il.
    Fouzia n’a pas le temps de lui dire merci qu’il est déjà parti. Son responsable n’a laissé aucune note à son intention. Dans le programme de la journée, il a une réunion prévue à 10 h. Elle prépare le bloc- notes et patiente en jetant un coup d’œil à la presse. Après avoir survolé les gros titres, elle se rend aux annonces et offres d’emploi. Elle ne les rate jamais. Elle prend note de l’une d’elles et appelle sur-le- champ. Une entreprise privée cherche à recruter deux assistantes de direction. Une adresse était jointe, pour l’envoi des CV.
    Une standardiste la met en ligne avec le responsable des ressources humaines. Il lui donne rendez-vous, pour le lendemain.
    Elle est heureuse d’avoir pu décrocher un entretien aussi rapidement. Elle sait qu’il y aura d’autres postulants. Elle prend le temps de rédiger sa lettre de motivation.
    Lorsque l’agent revient avec son café
    et des croissants, il remarque son sourire.
    - Qu’est ce qui s’est passé entre temps ? Tu souris, c’est bon signe ! Tu as eu une bonne nouvelle ?
    - L’espoir d’avoir un nouveau job, dans le privé ! Prie pour moi ! Je tiens à partir d’ici !
    - Mais pourquoi ? Tu es bien ici ! Y aurait-il quelqu’un qui te harcèle ?
    - Non, non, le rassure-t-elle avant de goûter au croissant. Hum, il est bon !
    - Tu changes de sujet ?
    - Non…j’ai besoin de changer d’air ! Les salaires dans le privé sont plus motivants ! J’ai des tas de rêves que je tiens à réaliser ! Tu comprends ?
    - Je sais, mais sois prudente dans tes choix, lui conseille-t-il. Il faut que ce soit une boîte solide. Tu ne peux pas partir comme ça.
    - Merci mais c’est une grande entreprise privée, lui dit-elle. Si je décroche le poste, c’est mon premier rêve qui se réalisera, tu te rends compte ? J’aurais un meilleur salaire, je pourrais me permettre des choses ! Ne me dis pas que tu refuserais de quitter ton poste s’il y a mieux ?
    - Non, je suis bien ici !
    - Tant mieux pour toi, dit-elle alors que son responsable passait dans le couloir. Il est là, murmure-t-elle en rangeant les journaux, dans un coin du bureau. Merci pour tout !
    - Bon courage !
    - A toi aussi, mon frère !
    Fouzia a oublié la mauvaise nuit passée, elle ne sent plus la fatigue. Le fait d’avoir décroché cet entretien l’emplit de bonne humeur. Dans le fond de son cœur, dès qu’elle a un moment libre, elle prie pour que ce poste lui revienne. Avec un meilleur salaire, elle pourra louer un studio, voir même un appartement. Elle aura les moyens d’avoir un autre rythme de vie.
    La jeune fille a oublié, le temps de quelques heures, Kamel et son silence jusqu’au moment de rentrer en pension. Elle se demande ce qui le retient de l’appeler. Ce n’est pas dans ses habitudes. Elle prie pour qu’il n’ait pas eu d’accident ou fait une mauvaise rencontre…

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  32. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 33e partie
    Par : Adila KATIA

    - Qu’il aille au diable ! Moi aussi, je le mets aux oubliettes !
    Fouzia a conscience que s’il lui était arrivé malheur, elle l’aurait su ! Les gens parlent ! Les collègues le lui auraient appris. Tous sont au courant qu’ils étaient ensemble. Elle et Kamel n’avaient pas été discrets.
    -Je donnerais tout ce que j’ai pour savoir où il se trouve en cet instant et ce qu’il fait !
    Elle aurait voulu partager sa joie avec lui. Fouzia se rend à son rendez-vous. L’entreprise a ces bureaux dans un quartier chic de la capitale. Elle est impressionnée par la grandeur de la réception.
    Un jeune homme note son identité et lui demande de patienter. Le temps d’appeler le responsable, de confirmer le rendez-vous, il l’introduit dans un bureau à un étage supérieur. Elle constate que les employés sont déjà arrivés.
    Le responsable est un homme âgé, en surpoids, qui la jauge du haut de ses lunettes baissées sur le bout de son nez. Il sourit, satisfait de sa bonne présentation physique. Fouzia est belle et elle n’a pas eu besoin d’en faire trop pour s’affirmer. Elle porte une jolie tenue et s’est légèrement maquillée. Ses cheveux sont retenus par des barrettes.
    - Vous êtes en avance, constate-t-il en l’invitant à s’asseoir.
    - En effet. Je vous ai apporté mon CV et une lettre de motivation, dit-elle en les sortant d’une grande enveloppe afin de les lui remettre.
    Il l’interroge sur son travail actuel tout en jetant un œil à son CV, avant de la confier à l’assistante de direction, qui allait partir en retraite, pour un test de quelques minutes où Fouzia s’en sortira bien.
    - Nous avons reçu d’autres CV, mais si cela peut vous rassurer, je lui demanderais de mettre le vôtre à part, lui dit-elle. Votre expérience dans le domaine est un atout majeur !
    - Merci ! J’aime mon travail, reconnaît la jeune fille. Est-ce que je revois votre responsable ?
    - Il a d’autres rendez-vous ! Mais je vous appellerai ! Bonne journée !
    La dame la raccompagne à la réception. Il y a d’autres postulantes. Douze, compte-t-elle alors qu’elle le traverse pour sortir. Ses épaules se voûtent une fois dehors. Même si le test s’était bien passé, elle n’était pas la seule à connaître son métier et à être belle.
    Elle sait que d’autres peuvent avoir été envoyées par des connaissances, et que même si elles n’ont pas son expérience, elles pourraient obtenir le poste. Fouzia soupire. Elle a hâte de connaître leur décision.
    Elle hèle un taxi et se rend au bureau, moins gaie que la veille. Son responsable qu’elle avait prévenu d’un rendez-vous urgent n’était pas arrivé.
    Cela lui laisse le temps de souffler et de se préparer à cette journée qui lui semble ennuyeuse après cet entretien qui l’a laissée sur sa faim. Une réponse sur place l’aurait ravie. Elle a le sentiment qu’il suffit de peu pour qu’elle craque.
    Elle est gagnée par le doute. Elle est sans nouvelles de Kamel, et l’attente d’une réponse de l’entreprise privée tardait à arriver, même si elle n’en était revenue qu’il y a une heure à peine. Son responsable arrive et ils se mettent au travail.
    Fouzia assiste à la réunion et procède au procès-verbal.
    Cela lui permet de ne penser à rien d’autre pendant des heures. Mais en fin de journée, la réalité la rattrape. Alors qu’elle rentre en taxi, elle aperçoit Kamel en voiture. Il n’est pas seul…

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  33. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 34e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia se tourne pour les suivre du regard. Elle serait descendue du taxi mais Kamel est déjà loin. Avec un homme âgé, une femme d’âge mûr et deux enfants à l’arrière.
    Il est rentré de son voyage d’affaires. Il est avec sa famille ! Il ne l’a pas appelée depuis plusieurs jours.
    Elle n’en revient pas. Elle s’inquiétait pour lui, alors qu’il passe du bon temps avec les siens. Dire qu’elle avait pensé à appeler tous les hôpitaux d’Alger pour s’assurer qu’il n’a pas été victime d’un accident ou d’une bande de voyous. Elle pensait qu’il ne pourrait jamais rester loin d’elle plus de quelques heures.
    Elle s’est trompée sur lui, sur leur relation amoureuse.
    S’il peut vivre sans elle, pourquoi la demander en mariage ? Pourquoi lui avait-il consacré tant de temps ? Serait-elle juste un passe-temps pour lui ?
    Il semblait si sincère lorsqu’il lui parlait d’amour et de ses projets. D’ailleurs, qu’en est-il de ses projets ? A-t-il réellement fait un voyage d’affaires pour choisir les appareillages auprès des fournisseurs ou était-ce un prétexte pour “rester loin d’elle” sans qu’elle ne se pose trop de questions ?
    Mais voilà qu’elle l’a vu, il y a quelques minutes ! Il était en famille, et ce qu’elle lui reproche, c’est de ne pas avoir donné de nouvelles ! Il lui aurait dit qu’il devait se consacrer à sa famille, elle n’y aurait vu aucun mal !
    Pourquoi tous ces mystères ?
    Elle ne s’en est pas rendu compte, mais elle est en larmes. Elle a le sentiment d’avoir été trahie une fois de plus. Elle a une boule dans la gorge, et lorsqu’elle traverse le hall pour aller à sa chambre, elle ne peut pas répondre aux locataires qu’elle croise et qui l’ont saluée. La déception et la colère l’étranglent. Cette douleur, elle l’a déjà ressentie. à la mort de son oncle, puis lorsque son “cher” cousin est venu lui apprendre qu’elle devait quitter le studio.
    Elle jette son sac sur le lit, enlève ses chaussures puis ouvre la fenêtre de la chambre. Elle tente de reprendre son souffle, elle a encore cette sensation d’étouffer.
    Elle ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Elle aurait dû se douter, vu son âge, qu’il devait être engagé ailleurs. Même s’il ne lui en a pas parlé…
    Il lui faut un bon moment pour se ressaisir. Elle va prendre une douche, enfile une robe puis s’étend sur son lit. Même les yeux fermés, elle revoit Kamel au volant de sa voiture en train de discuter avec sa famille.
    “Il disait m’aimer ! pense-t-elle. Et je le croyais ! Pauvre idiote que je suis ! Il me racontait des histoires et voilà…”
    L’appel à la prière du maghreb la tire de sa torpeur.
    Elle se lève et va prier. Elle fait le vide dans sa tête, prie pour que la chance vienne frapper à sa porte. Si l’entreprise privée la rappelle, ce sera un nouveau départ dans sa vie. Même si elle rompt avec Kamel, elle pourrait passer à autre chose. Elle sait que ce ne sera pas facile de l’oublier. Elle l’aime tellement fort.
    Elle est encore sur son tapis de prière lorsqu’on frappe à sa porte.
    - Téléphone, lui crie-t-on. Il rappelle dans cinq minutes !
    Fouzia se redresse et plie son tapis. Son regard s’embue de larmes. Elle se fait violence et décide de ne pas descendre. Elle a encore cette boule dans la gorge. Elle ne pourra pas parler. Elle refuse d’entendre d’autres histoires. Elle n’en peut plus de souffrir, elle a eu sa dose en cette fin de journée…

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  34. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 35e partie
    Par : Adila KATIA

    “Qu’il aille au diable !” pense-t-elle en allumant la télévision.
    Elle ne veut plus l’entendre. Quant à lui parler après tout ce qu’elle a découvert, jamais ! Elle accroche un bout de papier sur la porte de sa chambre où est écrit “ne pas déranger”. Le sentiment de s’être fait avoir lui reste en travers de la gorge. Ce soir-là, elle ne dîne pas. Elle ne peut rien avaler, et pour trouver un peu de repos, elle prend un somnifère avant de régler son réveil. Elle veut oublier Kamel.
    Plusieurs fois, elle a entendu des voix. Elle pense que Kamel a rappelé et qu’on était monté la prévenir. Elle finit par s’endormir d’un sommeil sans rêve. Même si elle se réveille avec un léger mal de tête, une bonne douche et une grande tasse de café finissent par le dissiper.
    Elle se prépare à aller au bureau et elle se fige une fois dehors. Kamel est là, à l’attendre.
    - Bonjour Fouzia ! ça va ?, demande-t-il avec inquiétude, alors qu’elle tourne les talons pour emprunter un autre chemin. Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu ne me réponds pas ?, s’écrie-t-il. Arrête-toi !
    - Passe ton chemin !, réplique-t-elle. On n’a plus rien à se dire.
    - Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui se
    passe ?
    Elle s’arrête et le regarde dans les yeux.
    - Tu ne manques pas de toupet !, s’exclame-t-elle en rougissant de colère. Tu pars sans me prévenir à ton soi-disant rendez-vous d’affaires ! Alors ? As-tu acheté l’équipement qui fera le bonheur de tes spécialistes ?
    - Bien sûr !
    Fouzia éclate de rire.
    Oui, monsieur était en affaires ! Et tu étais sur la planète Mars, il n’y a pas de téléphone là-bas ! Tu n’as pas eu le temps de m’appeler ! Walou, pas un seul coup de fil ! Comme si je n’existais pas ! Comme s’il n’y avait rien entre nous !
    - Mais omri, je n’avais pas une seule minute à moi ! Je marchandais…
    - Mon œil ! Comme si j’allais te
    croire !
    - Mais pourquoi tu ne me crois pas ? Pourquoi tu cries ?
    Fouzia respire un bon coup avant de lui répliquer sèchement.
    - Je suis furieuse ! Hier soir, j’ai pris un somnifère pour dormir un peu ! Je n’arrivais pas à croire mes yeux ! Hier, tu m’as ouvert les yeux !
    - Ouvert les yeux ? Hier ?
    - Je t’ai vu accompagné de ta famille, lâche-t-elle.
    Kamel secoue la tête. Il parle tout en gesticulant.
    - Ma chère, je ne suis pas tombé du ciel ! J’ai une famille ! Je suis rentré hier soir !
    - Ok, laisse tomber ! Je ne veux plus t’entendre ! Je suis en train de perdre mon temps !, dit-elle. Je vais arriver en retard !
    - Viens, je t’emmène !, propose-t-il en voulant la prendre par le bras mais elle se dégage. On en profitera pour discuter !
    - Non, non, je peux me débrouiller toute seule !
    - Fouzia, attends !
    Un taxi s’est arrêté à leur hauteur. Un client en descend et Fouzia en profite pour s’y engouffrer.
    - Fouzia !
    Des passants se tournent vers lui. Kamel abandonne et retourne à sa voiture garée quelques ruelles plus loin. Il ne comprend toujours pas ce qui est arrivé à Fouzia durant son absence.
    Si elle croit qu’il va renoncer à elle, elle se trompe. Elle lui doit des explications…

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  35. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 36e partie
    Par : Adila KATIA

    - Grâce à Dieu, il ne m’a pas suivie ici !, s’écrie-t-elle à voix haute, alors qu’elle arrive au bureau.
    Elle enlève sa veste et allume l’ordinateur. Elle est encore toute retournée par sa rencontre matinale. Elle a beaucoup de travail, des papiers à saisir et des recherches pour son responsable. D’ailleurs, ce dernier ne tarde pas à
    arriver.
    Fouzia écarquille les yeux lorsqu’il pose des brouillons devant elle.
    - Je les veux pour midi, dit-il. Je sais que mon écriture est illisible ! Si tu as besoin de moi, je suis à côté !
    - Je suis habituée à la déchiffrer !
    Mais il laisse la porte ouverte et ne cesse d’aller et venir entre les deux bureaux. Sa présence l’empêche de penser à Kamel. Elle a pris le soin de demander à la standardiste de filtrer les appels, de refuser ceux de Kamel et ils sont nombreux.
    Ce dernier ne comprend pas ce qui se passe. Fouzia se comporte avec lui comme si elle avait des reproches muets. Elle lui en veut. Il veut des explications et il les aura.
    Il se rend au ministère et attend à l’extérieur.
    Il connaît ses habitudes. A midi, elle se rend avec une collègue à la pizzeria. Il n’attend pas qu’elles aient commandé pour les rejoindre. Il les salue. La collègue Louisa sourit en le reconnaissant. Elle les a souvent vus ensemble.
    - Bonjour docteur ! Ça va ? Il y a longtemps que je ne vous ai pas vu ! Vous étiez absent ?
    - Oui… Si vous permettez, je voudrais me joindre à vous !
    - Non, on veut déjeuner tranquillement !, glisse Fouzia, sans le regarder.
    Personne ne t’a invité !
    - Je m’impose, même si ce n’est pas
    galant !
    Louisa sent la tension entre eux et choisit de les laisser s’expliquer.
    - Je viens de me rappeler ! J’ai oublié
    de fermer mon bureau ! A bientôt
    docteur !
    Fouzia soupire bruyamment. Elle s’est prise la tête entre les mains, s’efforçant à garder son calme, pour ne pas se donner en spectacle devant les clients et autres collègues, des habitués de l’établissement.
    - Pourquoi tu ne me laisses pas tranquille ?, l’interroge-t-elle, perdant son calme. Je ne veux pas te parler !
    - Je veux savoir pourquoi ! Cette matinée m’a semblé une éternité, dit Kamel en s’asseyant en face d’elle. Je ne comprends pas !
    Explique-moi pourquoi tu ne veux plus de moi !
    - Ecoute, je t’ai vu hier ! J’ai compris que je ne suis rien ! Alors va faire ta vie ! Oublie-moi !
    -T’oublier ! Impossible, rétorque-t-il. C’est loin d’être terminé entre nous !
    - Ce n’est plus possible depuis hier ! Je me faisais un sang d’encre, je t’imaginais dans un lit d’hôpital suite à un grave accident !
    J’étais prête à appeler la gendarmerie et tous les hôpitaux ! Puis, hier, je te découvre avec ta famille ! Tu as prétexté ce voyage d’affaires pour mieux te consacrer à elle ! Pourquoi tous ces mensonges ?
    Ton silence n’aurait pas dû m’inquiéter ! Si mon amour ne m’avait pas rendue idiote et aveugle, j’aurais vite compris que je n’étais rien pour toi ! Juste une fille avec qui tu t’affiches de temps à autre !
    Kamel n’en revient pas. Il ne la reconnaît plus. Comment peut-elle douter
    de lui ?

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  36. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 37e partie
    Par : Adila KATIA

    - Mais tu fais partie de ma vie ! Je voulais même me marier avec toi, lui rappelle-t-il. Tu as refusé !
    - Tu ne voulais pas que je travaille dans “ta clinique” ! Je comprends mieux pourquoi ! Tu voulais me garder éloignée de toutes tes connaissances ! Je ne connais même pas ton associé ! En général, quand on n’a rien à cacher, on n’a pas peur de s’afficher, de présenter son amie, à ses connaissances, à sa famille ! Ce Mahmoud, je ne le connais pas !
    - C’est mon associé et il fait aussi partie de la famille, dit-il. Fouzia, je t’aime ! Je ne t’ai jamais menti ! Je suis bien parti à l’étranger, j’ai fait trois capitales au lieu d’une et je suis rentré hier matin !
    Pour le lui prouver, il sort son passeport et l’ouvre aux pages de visa. Fouzia devient blême. Elle n’entend plus les bruits de conversations et la musique diffusée. Elle ne voie que les dates d’entrée et de sortie.
    - Tu étais à Paris, à Berlin puis…
    - Oui, puis en Italie ! J’ai encore d’autres preuves. Tu veux les voir ?
    - Non, non ! dit-elle en passant les mains sur son visage.
    Fouzia se sent bête. Elle lui a fait toute une scène alors qu’il était réellement en voyage d’affaires. Elle a douté de lui au point de vouloir en finir avec leur relation.
    - Excuse-moi… Ton silence ne me rassurait pas, dit-elle sans oser affronter son regard. Il faut me comprendre… Je…
    - Tu tiens à moi ! Je comprends… Ce matin, j’étais perdu ! Je ne savais plus quoi penser ! Tu refusais de prendre mes appels ! J’étais monté te parler mais l’agent de sécurité m’avait dit que tu travaillais avec ton responsable !
    - Oui…
    Kamel prend sa main tremblante et la serre.
    - Fouzia, je t’aime ! Jamais je ne te mentirais…
    - J’ai réalisé que je ne savais pas grand-chose de toi, de ta vie familiale, de ton passé, dit-elle. J’ignore tout du Kamel d’avant notre rencontre ! Alors, pour redémarrer notre relation, je voudrais tout savoir ! Si tu as été marié, si tu as des enfants ! La femme et les enfants qui étaient dans ta voiture, que sont-ils pour toi ?
    Fouzia voit un changement subit en lui. De la surprise est passée dans son regard. Il a libéré sa main puis regardé ailleurs. Il ne répond pas tout de suite, semblant hésiter ou cherche-t-il les mots, pour ne pas la choquer ou la blesser. Alors, elle insiste.
    - Je veux connaître tout de ton passé !
    - Tout, reprend-il. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre… Car j’ai un passé plutôt chargé, la prévient-il avant de la rassurer. Mais ce Kamel-là appartient au passé ! C’était avant que je ne fasse ta connaissance ! Tu comprends ?
    Fouzia hoche la tête mais elle a l’impression de recevoir une douche froide. Un serveur vient prendre leurs commandes, donnant le temps à Kamel de réfléchir à ce qu’il lui dévoilera…

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  37. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 38e partie
    Par : Adila KATIA

    - Pourquoi ai-je l’impression que tu caches des cadavres dans ton placard ?
    Kamel fait la moue.
    - Des cadavres, non, répond-il. Je ne suis pas un criminel mais j’étais un bourreau des cœurs. J’ai connu beaucoup de filles, au lycée, à la fac. Je les ai aimées et abandonnées. L’une d’elles était jalouse au point d’avoir tenté de me tuer ! Je crois qu’elle doit encore m’en vouloir ! Si je suis découvert mort, empoisonné, n’oublie pas d’en parler à la police !, ajoute-t-il, voulant plaisanter, mais Fouzia ne se déride pas. Une autre de Jijel n’avait pas hésité à parler à un cousin jaloux de notre relation ! Il m’était tombé dessus et je m’étais retrouvé avec deux côtes cassées et autres bleus ! Je suis resté à la maison pendant des semaines ! Ma mère avait failli en mourir de rage !
    - La pauvre ! Ensuite…
    Kamel soupire.
    - Ma chère, j’ai été terrible ! Mes parents ont eu des cheveux blancs à cause de moi ! Lorsque j’étais à la fac et après mes études, je m’absentais des semaines. On n’avait pas le téléphone, et les rares fois que je leur écrivais, c’était d’une ville puis d’une autre ! Une fois, je suis resté quatre mois sans donner signe de vie ! Mon père était allé voir un ami, dans la police, pour me retrouver ! Son ami lui avait dit : “Il y a quatre mois, il était à Tunis, un mois après, à Constantine, quinze jours après à Laghouat ! Je te conseille d’attendre, il fera par revenir vivant ou mort !”
    - Comme tu étais vivant, tu as fini par rentrer à la maison !
    - Oui, j’étais fauché aussi ! Je m’étais fâché avec mon ami, parce que j’avais dragué sa sœur, lui confie-t-il.
    Alors je suis rentré ! Mes parents étaient heureux et soulagés, car ils craignaient pour ma vie ! Ils étaient persuadés que j’étais avec une bande de voyous, de criminels !
    - Mais tu n’avais pas mal tourné !, conclut-elle, alors que le serveur apportait des pizzas sorties tout droit du four. Merci. Kamel lui suggère de manger tant que c’est chaud.
    En fait, même si Fouzia mourrait de faim, car la veille elle s’était mise au lit le ventre vide, là, avec toutes les confidences entendues, elle n’a qu’une envie : connaître la suite. Elle sent qu’il ne lui a pas dit le plus important.
    - Vas-y ! Continue, le prie-t-elle. Je peux manger et t’écouter !
    - J’ai peur que tu t’étouffes !, réplique-t-il très sérieux.
    - Gare à toi, sinon ce couteau fera l’affaire ! Je crois que je pourrais être plus cruelle que tes ex !
    Je n’enverrai pas mes cousins !, dit-elle en riant doucement. Allez, vide ton sac, n’oublie pas que je reprends dans une demi-heure !
    - Si tu veux, on déjeune maintenant, propose Kamel. Je reprendrai mes confessions plus tard !
    Fouzia lève le couteau.
    - Tu veux me mettre à l’épreuve ?
    - Non. Ecoute, quand je te disais que j’avais dragué la sœur de mon ami, en fait j’avais été plus loin avec elle, trop loin. Après mon retour, Mahmoud était venu ! Il savait où j’habitais, connaissait mes parents. Il avait appris que moi et sa sœur on avait dépassé les limites ! Il avait demandé réparation, et mes parents, très à cheval sur les principes et les valeurs, avaient accepté de nous marier pour éviter les scandales et les médisances !
    Fouzia, qui a une bouchée de pizza dans la bouche, peine à avaler. Elle prend une gorgée d’eau et respire profondément. Elle a du mal à assimiler ce qu’elle a entendu.
    “Ils ont été trop loin ! Des parents très à cheval sur les valeurs ! Ils voulaient éviter les scandales !”
    - Si je comprends bien, vous étiez passés à l’acte ?
    - Oui, on s’est mariés, on a deux garçons et une fille, lâche-t-il d’un coup.
    - Mon Dieu ! Tu es marié !, s’écrie-t-elle en se levant. On se fréquente depuis des mois et c’est aujourd’hui que tu me l’apprends ! Si je ne t’avais pas vu hier en compagnie de ta famille, je ne l’aurais jamais su !
    Fouzia se lève, prend son sac, dégoûtée. Kamel ne tente pas de la retenir, car elle ne se serait pas retenue de crier après lui. Elle sent ses jambes trembler. Une fois dehors, elle s’appuie à un poteau. Les nouvelles l’ont vidée. Hier, elle avait de sérieux doutes qu’il avait confirmés. Elle réalise qu’il ne sera jamais à elle. Tout ce qu’elle touche appartient aux autres.

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  38. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 39e partie
    Par : Adila KATIA

    - Fouzia, il me faut ces papiers dans une heure !
    - Je m’y mets tout de suite !, promet-elle en prenant place derrière son bureau.
    Il a déposé d’autres brouillons. Quand les a-t-il rédigés ? Durant la pause déjeuner ?
    Elle se met au travail sans perdre une seconde. Elle a besoin de s’occuper l’esprit. Elle ne cesse de respirer à fond, tentant de ravaler les larmes qui lui brûlent les yeux. Ses doigts sont hésitants et parfois elle doit ressaisir les mots. Elle a hâte de finir. Depuis quelques jours, elle se sent mal.
    Elle voudrait tant retrouver sa tranquillité d’esprit. Pouvoir se consacrer à son travail, pouvoir dormir sans être réveillée par ses sombres pensées.
    “Kamel ! a-t-elle envie de crier avec rage. Pourquoi m’as-tu trompée depuis le début ?”
    Malgré tous les efforts qu’elle faits pour rester concentrée sur son travail, ses pensées la ramènent à lui. Elle lui en veut de ne lui avoir rien dit. En fait, elle réalise qu’il ne lui a jamais menti, sauf par omission.
    Elle ne lui a jamais posé de questions. Il n’a jamais esquivé. Quand ils étaient ensemble, rien d’autre n’existait que leur amour. Sa vie après lui ne comptait pas. Celle de Kamel aussi.
    Elle regrette sa naïveté et sa confiance aveugle. Elle était persuadée de son amour, et rien d’autre ne l’avait intéressée ni inquiétée. Mais il aurait pu être franc avec elle et la prévenir qu’il avait déjà une famille. Ce n’est pas rien un mariage ! Il a des enfants. Elle les a aperçus de loin et elle les trouve beaux.
    Pourquoi s’est-il intéressé à elle, puisqu’il avait tout ce qu’un homme peut souhaiter, une vie familiale bien remplie ?
    - Fais un effort s’il te plaît ! J’ai rendez-vous et je dois les prendre avec moi !, dit son responsable en la voyant pensive.
    - Oui, pardon !
    Elle se ressaisit et poursuit son travail. Une fois ce dernier fini, elle va le lui remettre, alors qu’il vient de recevoir un ami. Fouzia tire la porte derrière elle, alors que le téléphone sonne dans son bureau. La standardiste lui passe un appel qu’elle n’attendait plus.
    - Fouzia, je tenais à vous apprendre que vous avez été sélectionnée parmi les postulantes ! Quand pouvez-vous passer pour remplir le formulaire et prendre la liste des papiers à fournir pour préparer le dossier ?
    - Comme je suis contente !, s’écrie-t-elle, mais sans ressentir de réelle joie. Je peux noter et tenter d’apporter les papiers le jour où je viendrais remplir votre formulaire !
    - Oui. Vous avez de quoi noter ?
    - Oui…
    Fouzia écrit rapidement tout ce qu’elle devra fournir et la remercie.
    - Vous commencerez dans un mois !
    - Oui, même avant, si vous voulez, répond-elle spontanément, impatiente de quitter son poste actuel où sa famille et Kamel peuvent la retrouver.
    - Non, pas avant hélas…
    Fouzia raccroche en soupirant de déception. Mais un sourire vient vite détendre les traits de son visage. Ce mois passerait et elle a le temps de préparer son départ.
    Son responsable et son invité ne tardent pas à partir ensemble. Elle leur souhaite une bonne fin de journée et se met à ranger son bureau dès qu’ils sont partis. La mairie est encore ouverte et n’est pas très loin. Si elle se presse, elle pourra établir les papiers dont elle a besoin pour son nouvel employeur.
    Elle ferme son bureau, salue les collègues qu’elle croise. Alors qu’elle sourit aux agents de sécurité du poste de police, l’un d’eux lui fait signe d’approcher. Après l’avoir saluée, il l’interroge.
    - Tu es au courant pour Kamel ?
    Fouzia pâlit d’un coup. Elle pince les lèvres avant de répondre :
    - Pour sa famille, oui…
    - Non, je ne parle pas de sa famille, dit l’agent. As-tu eu des nouvelles de Kamel depuis midi ?
    - Je ne veux plus en avoir ! Inutile de plaider sa cause !
    - Sa cause ? Mais…
    L’agent vient de comprendre qu’elle est toujours remontée contre lui. Elle n’est pas au courant. Il hésite à lui apprendre la nouvelle.
    - Viens t’asseoir à l’intérieur… Il faut que je te parle…

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  39. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 40e partie
    Par : Adila KATIA

    - On m’a dit que vous vous étiez querellés, dit l’agent. Pourquoi ? Que s’est-il passé pour que vous vous querelliez publiquement ? Et puis, comment était-il quand tu l’as laissé ?
    Fouzia hausse les épaules. Elle est agacée par les questions.
    - Je sais que ton travail de policier prend le pas sur le personnel, mais je n’ai pas à subir ton interrogatoire ! Je le prends très mal !
    L’agent Riad s’assoie en face d’elle.
    - Je m’excuse, je ne voulais pas être désagréable ! C’est juste que je suis curieux… Je vous connais tous les deux depuis longtemps ! C’est pourquoi
    je me suis permis de te poser des questions !
    - Quand même…
    Fouzia s’apprête à se lever pour sortir, mais il la retient.
    - Non, non, reste ! Si j’ai posé ces questions, c’est parce que Kamel est à
    l’hôpital !
    - Kamel à l’hôpital ? Ce n’est pas
    possible !
    - Si, même les médecins ont des problèmes de santé, lui dit Riad. Mais si cela peut te rassurer, sa vie est hors de danger !
    - Tu es sérieux ? Mais qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?
    - Après votre dispute, il a fait un malaise, lui apprend-il. Heureusement, un client a vite réagi et il a appelé les urgences ! Il a repris connaissance et ils le gardent à l’hôpital en observation !
    - Quel hôpital ?
    - Mustapha-Pacha, l’informe-t-il. Mais si c’est pour lui crier après, je préfère que tu ne t’y rendes pas ! Il n’a pas besoin d’être stressé !
    - Non, non, le rassure-t-elle. Je veux juste m’assurer qu’il va bien !
    - Je vois que ta colère est tombée ! remarque Riad. Si tu veux, j’arrête un taxi ! Tu le trouveras aux urgences !
    - Merci mais je me débrouillerai ! A demain…
    Elle se rend aux arrêts de bus et de taxis. Elle est morte d’inquiétude, même si l’agent Riad l’a rassurée. Si on le garde en observation, c’est qu’il court toujours un danger. Est-ce sa tension ? Son cœur ?
    Il est trop jeune pour avoir ces problèmes de santé, pense-t-elle. C’est peut-être dû au stress ? Le fait d’avoir été forcé de raconter ses vérités a-t-il eu raison de son cœur ?
    Il ne s’attendait sûrement pas à être découvert. Si elle ne les avait jamais vus, si elle ne lui avait jamais posé de questions, elle n’aurait jamais connu la
    vérité.
    Ce n’est pas de sa faute. Il aurait dû lui dire la vérité depuis le début. Mais quel homme sensé dirait qu’il est déjà marié et père à celle qu’il veut fréquenter ? Il n’aurait aucune chance avec elle. Elle n’aurait jamais accepté d’avoir une relation avec un homme marié.
    Elle réalise sans joie qu’après tout ce qu’elle a découvert, elle se faisait un sang d’encre pour lui. Elle prie pour que cela ne soit pas grave. Car malgré tout, elle l’aime encore.
    Quand elle arrive aux urgences, elle se renseigne auprès des infirmiers. On finit par l’orienter vers le service des réanimations. Il y a du monde dans le couloir. Des familles inquiètes attendent d’avoir des nouvelles, d’autres restent pour surveiller l’évolution de leurs malades.
    Parmi eux, Fouzia reconnaît la femme et le père de Kamel. Ils sont tous les deux pâles. Elle voit les yeux rougis de sa femme quand le médecin sort de la salle après avoir examiné Kamel. Elle se dirige vers lui pour l’interroger.
    - Dites-moi docteur, sa tension a
    baissé ?
    - Elle est encore élevée. Il lui faut du repos et éviter tout stress… Rentrez chez vous et revenez demain ! Le fait de vous voir angoissés ne l’aidera pas à se remettre, bien au contraire ! Rentrez chez vous…
    -Y a-t-il un numéro où vous joindre ?, demande le père.
    - Non, hélas, mais l’équipe médicale qui prendra la relève s’y connaît ! Il est entre de bonnes mains ! Demain, Incha Allah, vous pourrez même le voir ! Ce que vous ne pouvez pas faire maintenant, puisque vous ne pouvez pas l’approcher !
    - Oui docteur, vous avez raison, à demain !
    Fouzia les regarde lui faire un signe d’au revoir puis partir avec regret. Elle est soulagée de pouvoir s’approcher de la salle de réanimation.
    Des larmes lui montent aux yeux en le voyant branché à tous ces appareils. Kamel a les yeux fermés. Dort-il ou se repose-t-il seulement ? Pour en avoir le cœur net, elle frappe à la vitre…

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  40. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 41e partie
    Par : Adila KATIA

    - Ouvre les yeux ! murmure-t-elle en tapant doucement du bout des doigts sur la vitre. Regarde-moi ! Je suis là pour toi !
    Mais il ne semble pas entendre les coups. Quant à ses prières, impossible. Le médecin qui passait par là, par contre, les entend.
    - Il dort, on lui a administré un calmant, et sa tension est relevée tous les quarts d’heure ! Je passe le voir toutes les dix minutes ! Comme vous le voyez, les mémoires des appareillages sont activées… S’il a de nouveau un pic ou s’il y a une autre anomalie, je le saurai et mes confrères aussi !
    - Ça me rassure, dit Fouzia. Je… suis sa secrétaire médicale, ment-elle. Je voulais le voir, m’assurer qu’il va bien ! Puis-je entrer une minute ?
    - Non, ce n’est pas possible ! Il doit se reposer. Il a failli faire un infarctus, lui rappelle-t-il. On doit lui éviter tout stress !
    Fouzia soupire, contrainte à le regarder, sans qu’il la voie, sans qu’il sache qu’elle est là pour lui. Elle l’aime tant. Même s’il a déjà une femme, des enfants. Une vie toute faite où il n’y a pas de place pour elle. Elle en a conscience plus que jamais.
    - Prenez bien soin de lui ! lui dit-elle en le regardant une dernière fois avant de partir.
    Elle pleure de soulagement. Il a failli mourir.
    “Qu’Allah le garde pour moi et sa famille ! Je ne supporterai pas de le voir souffrir et encore moins de le perdre !”
    Elle quitte l’hôpital, toute retournée. Les souvenirs de son défunt oncle lui sont revenus.
    Celui-ci était âgé et avait bien vécu sa vie. Kamel ne s’était pas encore accompli. Il lui reste tant de projets à réaliser. A réaliser leur rêve : être ensemble.
    Elle ne demande rien d’autre. Elle essuie ses larmes et se ressaisit. Pour l’instant, elle ne peut rien faire à part prier et patienter.
    Les raisons qui l’avaient poussée à quitter le bureau, une heure plus tôt, lui reviennent, mais c’est trop tard. La mairie est fermée. Elle s’y rendra le lendemain, après avoir rendu visite à Kamel, car il reste sa priorité.
    Elle n’a aucune envie de rentrer et de se retrouver seule. Elle va au salon où ils s’étaient vus avant qu’il ne parte en voyage d’affaires.
    Elle s’assoie à la même table et s’imagine avec lui. Elle commande les mêmes boissons et feint d’attendre Kamel. Elle se surprend à sourire. Elle jure au fond de son cœur d’y revenir avec lui. Il s’en remettra. Il est jeune et fort.
    Ce n’est que l’ombre d’un orage dans un ciel d’été.
    S’il le lui permet, elle prendra soin de lui. Elle ne consomme pas les boissons. Elle ne peut rien avaler. Elle est encore angoissée malgré les propos rassurants du médecin. Malgré sa foi…
    Fouzia laisse un billet sur le verre, fait signe au serveur avant de prendre son sac et de partir.
    Elle rentre dans sa chambre. Dans le fond, elle n’a qu’une hâte, qu’une envie : que le temps file, être déjà demain et auprès de Kamel…

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  41. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 42e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia n’a pas dormi de toute la nuit. Juste après la prière d’el-fedjr, elle se prépare et part à l’hôpital. Il n’est pas encore sept heures quand elle arrive à la salle de réanimation. Comme elle, il y a des parents, des frères, des sœurs venus voir leurs malades.
    Elle est heureuse de ne pas trouver la famille de Kamel. Elle s’en va trouver le médecin de garde.
    - Bonjour, je m’excuse… Dr Kamel, comment va-t-il ? A-t-il eu une nuit paisible ? Ou a-t-il fait d’autres pics de tension ?
    - Non, la rassure-t-il. Sa tension est stable, mais le moindre stress peut la troubler. S’il garde son calme, se repose et suit son traitement, il devrait aller mieux !
    - Vous voulez dire qu’il va tarder ici ?
    - On le garde en observation, dit le médecin. On ne peut pas prendre de risque…
    - Je voudrais lui dire bonjour avant d’aller à mon travail ! Puis-je entrer et lui dire bonjour ?
    - Je pense qu’il dort encore !
    - Et s’il est réveillé ?, demande-t-elle.
    - Juste une minute…
    - Merci docteur !
    Fouzia ne veut pas repartir sans l’avoir vu. Elle a besoin de lui dire combien elle tient à lui. Elle doit lui dire qu’elle sera toujours là pour lui… s’il tient toujours à elle.
    Elle entre sans faire de bruit dans la salle, jette un coup d’œil aux autres patients, prie pour qu’ils s’en sortent et s’approche du lit de Kamel. Il dort encore. Elle regarde les appareils. La tension et le rythme cardiaque sont normaux. Elle soupire de soulagement. Elle prend doucement sa main et l’embrasse.
    - Omri, je suis là… Je prie pour que tu te rétablisses vite ! Je n’aime pas te voir dans ce lit d’hôpital ! Je veux retrouver l’homme que j’aime et qui a ensoleillé ma vie… Kamel, je t’aime… J’ignore si tu m’entends mais je t’aime !
    - Fouzia…
    Kamel l’a entendue et ouvre péniblement les yeux. Elle presse fort sa main, heureuse de ne pas avoir à repartir sans l’avoir vu.
    - Grâce à Dieu, tu vas bien… Je n’ai pas pu m’empêcher d’entrer ! Je n’ai pas cessé de penser à toi… Je regrette notre querelle !, lui confie-t-elle.
    Si j’avais su…
    - Chut !, murmure-t-il.
    Un léger coup attire son attention. Le médecin lui fait signe de sortir.
    - Je reviendrai omri, promet-elle en se penchant pour l’embrasser sur le front. Repose-toi ! Je t’aime…
    Un dernier baiser et elle sort de la salle de réanimation. Elle tombe sur sa famille venue aux nouvelles. Son père est en train de discuter avec le médecin de garde. Fouzia se demande s’ils viennent d’arriver et s’ils l’ont vue avec Kamel. Elle détourne légèrement la tête quand elle passe près d’eux mais la femme de Kamel la suit.
    - Excusez-moi… Je vous ai vue près de mon mari, dit-elle. Qui êtes-vous ?
    - La sœur d’un confrère, ment-elle. Mon frère m’a demandé de prendre de ses nouvelles !
    - Comment s’appelle votre frère ? Je connais tous ses confrères et tous ses amis…
    Fouzia donne un nom qui lui traverse l’esprit. La femme accroche son regard, un semblant de suspicion au fond des yeux.
    - Vous lui avez parlé ?
    - Non, ment-elle. Il dort encore… Excusez-moi, je dois y aller !, prétexte Fouzia.
    - Merci d’avoir pris de ses nouvelles ! Je lui dirai que vous êtes passée !
    Fouzia fait un geste amical de la main au reste de la famille et part rapidement. Elle a conscience d’être de trop. Elle n’a pas sa place ici…

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  42. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 43e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia soupire de soulagement. Elle a conscience d’y avoir échappé belle. Si la famille était arrivée une minute plus tôt, elle l’aurait vue l’embrasser. Sa femme lui aurait fait un scandale. Elle aurait été dans son droit. Personne ne le lui aurait reproché.
    Ses mensonges n’auraient servi à rien. Heureusement qu’ils étaient pressés de voir Kamel.
    Fouzia souhaite ne plus jamais les revoir. En particulier elle, la femme de Kamel. Elle s’était sentie mal à l’aise en face d’elle, contrainte de lui mentir. Des mensonges innocents pour cacher la vérité.
    “Je dois éviter sa famille, pense-t-elle. Kamel risque de faire des complications !” Car, si sa femme l’avait prise en flagrant délit, ses cris auraient alerté Kamel et réveillé tout le service. Sa tension et son cœur auraient fait des leurs. Les médecins n’avaient pas cessé de leur conseiller d’y aller doucement avec lui. De lui éviter stress, soucis et fortes émotions.
    Fouzia reconnaît qu’elle a pris un gros risque d’être surprise, en l’embrassant. Certes, c’était sur le front mais ça restait un baiser affectueux. Elle l’aime tant. Vivement midi. Malgré ce qui vient de se passer, elle pense déjà à le revoir. C’est plus fort qu’elle…
    Elle prend un taxi pour se rendre au bureau. Elle est surprise de trouver son responsable déjà là. A-t-il fait aussi une insomnie ?
    - Bonjour… Vous avez des rendez-vous ?
    - Oui, mais à l’extérieur, la rassure-t-il. Je serai absent durant deux heures… Je reviendrai vers 11h !
    Fouzia décide d’en profiter.
    - Monsieur, puis-je aussi m’absenter, une petite heure, précise-t-elle. Je dois me rendre à la mairie… si vous le permettez ?
    - Oui bien sûr ! Mais en quoi est-ce urgent ?
    Elle décide de lui apprendre la nouvelle.
    - Je dois préparer un dossier car j’ai postulé dans une entreprise privée et j’ai été sélectionnée… Je commence dans un mois !
    - Tu vas m’abandonner !, s’écrie son responsable. On travaille depuis si longtemps ensemble !
    - Je sais. Sachez que je vais vous regretter, lui confie-t-elle.
    - Mais pourquoi partir ? Tu n’es pas bien ici ?
    - Cela n’a rien à voir ! J’ai besoin de changement ! Je ne me vois pas faire carrière ici !, répond Fouzia sincèrement. Mais je passerai vous voir à chaque occasion !
    - Je l’espère bien ! Dans un mois… D’ici là, il faudra trouver quelqu’un d’aussi compétent que toi !
    - Bien sûr ! Vous avez quelqu’un en vue ?
    - Non, je vais en parler au responsable des ressources humaines, décide-t-il. A tout à l’heure !
    Elle le regarde partir puis ne tarde pas à se rendre à la mairie. Elle connaît une des agents qui lui facilite la tâche, en s’occupant d’elle tout de suite. Moins d’un quart d’heure après, elle ressortait avec les papiers dont elle a besoin. Elle passe chez un photographe, car elle a aussi besoin de photos d’identité. Elle a beau se maquiller légèrement, les traces de fatigue sont frappantes. Elle fait une photocopie de son diplôme, range tout dans une grande chemise qu’elle a apportée du bureau.
    Voyant qu’elle a encore du temps, elle se rend chez son futur employeur. La secrétaire la reçoit chaleureusement et la félicite de vive voix.
    - Bienvenue parmi l’équipe !
    Elle lui remet un formulaire à remplir sur-le-champ après avoir vérifié les documents que Fouzia avait apportés. Elle la met au courant des horaires, de son salaire et des primes qu’elle aura quand elle commencera à travailler. Son salaire allait être multiplié par trois.
    Fouzia quitte l’entreprise d’un pas léger. Elle est heureuse. Kamel va mieux. Elle a hâte de le voir et de lui apprendre la nouvelle…

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  43. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 44e partie
    Par : Adila KATIA

    Après son retour au bureau, Fouzia s’est concentrée sur son travail. Elle a pensé à retourner à l’hôpital, mais elle sait que Kamel est entouré de sa famille. Elle ne pourra pas l’approcher sans éveiller les soupçons. Elle ne veut pas qu’on la reconnaisse.
    Elle est un peu surprise lorsque des collègues viennent la voir, pour prendre des nouvelles de Kamel. Tous étaient au courant de leur relation. Ils ne s’étaient jamais cachés. Kamel n’avait jamais craint de tomber sur sa famille ou sur des connaissances. Il n’avait jamais caché son amour.
    - On m’a dit que votre querelle serait la cause de son malaise, dit une des collègues. Pourquoi vous êtes-vous querellés ?
    - Pour des futilités, répond Fouzia. Je regrette de m’être emportée ! Je le lui ai dit ce matin avant de venir au
    bureau !
    - Mais pourquoi ne vas-tu pas le voir maintenant ?
    - Toute sa famille est à l’hôpital et ses amis, répond-elle. Je le verrai en fin de journée !
    - Ah, je comprends mieux… Tu viens déjeuner avec nous ?
    - J’ai apporté de quoi déjeuner ! Une autre fois, leur dit-elle.
    Lorsqu’elles partent, Fouzia ferme la porte de son bureau et déjeune tranquillement. Elle a acheté deux pommes et un laitage.
    Son responsable arrive à la fin de sa pause.
    - Ça s’est bien passé à la mairie ?
    - Oui, j’en ai profité pour déposer mon dossier, dit-elle.
    - Bien. Dans quelques minutes, je reçois des collègues. Prévois du thé et des gâteaux orientaux !
    - Tout sera prêt à leur arrivée !
    Elle sort le service à thé, va le rincer puis envoie l’agent de sécurité acheter des gâteaux et du thé du salon de thé, situé en face du ministère. Les collègues ne tardent pas à arriver.
    Fouzia apporte le tout sur un beau plateau et retourne à son bureau. Elle a du travail et n’a pas le temps de s’ennuyer ni même de penser à autre chose.
    Un coup à la porte attire son attention. Louisa entre, surprise de la trouver encore là.
    - Les bureaux commencent à se vider et tu es encore devant le PC !, s’écrie-t-elle.
    - Je n’ai pas vu le temps filer, répond-elle avant de s’étirer. Et ils sont encore en train de discuter !
    - Oui, mais toi tu n’es pas obligée de rester ! Tu vas voir Kamel ?
    - Oui, bien sûr !
    Louisa fait la moue.
    - Après la querelle d’hier, on croyait tous que c’était fini entre vous, remarque-t-elle.
    - Ce n’était qu’une querelle, répond Fouzia en éteignant son PC. Elle se met à ranger son bureau et enfile sa veste. Elle réalise qu’elle est épuisée.
    Depuis l’interphone, elle demande à son responsable s’il a encore besoin d’elle.
    - Non, non, vous pouvez partir ! Au revoir !
    - Au revoir…
    Elle sort du bureau avec Louisa. Celle-ci veut l’accompagner à l’hôpital. Mais Fouzia n’aspire qu’à se retrouver seule avec Kamel.
    - Tu sais, il est encore en salle de réanimation, lui dit-elle. Il ne reçoit pas de visite… Quand il ira mieux…
    - Oui, tu as raison. Passe-lui le bonjour de ma part ! Incha Allah qu’il s’en remettra vite…
    - Incha Allah ! à demain !
    Fouzia se rend directement à l’hôpital. Au service de réanimation, comme la veille, il y a du monde. Elle n’est pas surprise de voir le père de Kamel à son chevet. Kamel semble endormi. Son père lit le Coran à voix basse. Elle soupire en pensant qu’ils sont nombreux à prier pour lui. Elle se dirige vers le bureau du médecin de garde pour savoir comment va son bien-aimé…

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  44. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 45e partie
    Par : Adila KATIA

    Sa visite ne le surprend pas. Il se rappelle d’elle. Il sourit comme s’il se doutait de quelque chose, mais Fouzia feint de ne rien remarquer.
    - Comment va-t-il docteur ? Est-ce que son état s’est stabilisé ?
    - Hélas, non… Il a eu un nouveau pic de tension, lui confie-t-il. Je l’ai mis sous régime sans sel et il faut impérativement qu’il se repose et évite tout stress ! Je sais que je me répète, dit-il avec regret. Mais s’il ne cesse pas de se soucier ou de s’énerver, ce n’est pas bon pour lui !
    - Il a reçu beaucoup des visites ?
    - Sa famille et des proches collaborateurs, répond-il avant de préciser. Mais j’ai renvoyé ce beau monde… Tant qu’il ne se sera pas remis
    complètement, je lui interdirai toute
    visite !
    - Oh non, s’écrie-t-elle, très déçue. Je ne peux pas repartir sans l’avoir vu ! J’ai patienté toute la journée.
    Je suis sûre que ma visite lui fera beaucoup de bien !
    - Je n’en doute pas une seule seconde, dit le médecin. Dès que son père sera sorti, vous pourrez entrer le voir, mais vous ne tarderez pas ! Juste une
    minute !
    - Pourquoi vous faites une exception ?
    - Dr Kamel me l’a demandé et je ne peux pas lui refuser votre visite, mais vous ne resterez pas longtemps avec lui, la prévient-il. Il doit se reposer…
    - Je promets de faire vite… Mais si je ne lui parle pas, je ne le touche pas, est-ce que je pourrais tarder ?
    - Non. Mais pour que les autres visiteurs ne viennent pas se plaindre de votre présence, car je leur refuse d’approcher leurs parents malades, je vous propose de mettre un tablier blanc ! Ils vous prendront pour une infirmière !
    - Oh merci !
    Fouzia le regarde sortir un tablier blanc et le lui tendre. Elle retire sa veste et l’enfile. Elle lui confie son sac à main et sa veste avant d’aller à la salle de réanimation. Le médecin de garde prie le vieil homme de sortir. Fouzia a de la peine, en le voyant si soucieux. Ces yeux sont larmoyants. Elle ne peut s’empêcher de lui dire.
    - Ne vous inquiétez pas, il s’en sortira !
    - Incha Allah ma fille !
    Elle attend qu’il se soit éloigné pour entrer dans la salle de réanimation. Kamel a la tête tournée vers le mur. Elle pense qu’il dort et reste debout, n’ose plus faire de bruit. Elle ne veut pas le réveiller même si elle est bouleversée. Kamel voulait la voir. Il l’aime. Si elle était persuadée de la force de son amour, les doutes qu’elle avait quant aux réels sentiments qu’il éprouvait pour elle se sont envolés. Car en étant sur un lit d’hôpital, on ne demande que ceux qu’on aime.
    Elle le regarde bouger la tête, mais il n’ouvre pas les yeux. Il respire profondément et finit par battre des paupières.
    - J’avais reconnu ton parfum, dit-il doucement.
    - Bonjour toi, dit-elle affectueusement, se retenant de l’embrasser. Comment te sens-tu ?
    - J’ai l’impression d’être sur un nuage, dans du coton…
    Elle s’efforce à sourire. Elle voudrait le toucher, prendre sa main. Mais depuis le couloir, on peut les voir.
    - Je t’aime, murmure-t-elle. Guéris vite, je t’en prie ! Je ne supporte pas l’odeur des hôpitaux !
    - Fouzia… Il faut que je te dise, commence-t-il, mais elle l’interrompt, refusant d’aborder un sujet qu’ils ne finiront pas, car le médecin de garde vient de lui faire signe.
    - Non, non, on aura d’autres occasions de discuter, dit-elle. Je t’aime et je serai toujours là pour toi !
    - Mais je dois t’expliquer…
    - Omri, je dois y aller ! Je reviendrai demain ! Je prie pour que tu te remettes vite sur pied ! Repose-toi…
    Kamel la regarde partir avec regret. Elle se tourne et le regarde une dernière fois avant d’aller troquer le tablier contre sa veste. Elle prend son sac tout en remerciant le médecin.
    - Merci du fond du cœur, lui dit-elle. Je pense qu’il ira mieux… A demain !
    - Incha Allah, s’il passe une bonne nuit, il sera transféré dans un autre service, la prévient-il. Il ne faudra pas paniquer si vous ne le trouvez pas ici !
    Fouzia le remercie et quitte l’hôpital. Elle rentre directement dans sa chambre. Elle se sent à bout physiquement. Elle aurait aimé être hospitalisée avec Kamel. Elle a mal pour lui. Il lui tarde de le voir debout et en bonne santé. Comme avant leur querelle…

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  45. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 46e partie
    Par : Adila KATIA

    Fouzia s’est rendue chaque jour au chevet de Kamel, au moment où sa famille n’était pas avec lui. Elle restait des petits quarts d’heure auprès de lui. Le traitement et le repos forcé avaient fini par donner des résultats.
    Au bout de quelques jours d’observation, le neurologue qui l’avait suivi avait accepté de le laisser sortir à condition qu’il se ménage et qu’il revienne pour un contrôle régulier.
    - D’accord ! Depuis que je suis ici, j’ai oublié que je suis médecin !
    - Alors prenez soin de vous !, insiste le neurologue. S’il y a quoi que ce soit, passez me voir !
    - C’est promis !
    Ils échangent une poignée de mains. Kamel a hâte de quitter l’hôpital. Le billet de sortie signé, il peut enfin partir.
    Il a demandé à sa famille de ne pas se déplacer. Son beau-frère Mahmoud est venu le chercher. Kamel, avant de rentrer à la maison, lui demande de le déposer au ministère où Fouzia travaille encore.
    Il ne monte pas à son bureau. La standardiste l’a prévenue d’une visite et Fouzia se rend à la réception. Le sourire qui éclaire le visage lorsqu’elle arrive lui met du baume au cœur. Depuis quelque temps, le rose a fini par chasser le noir de sa vie.
    - Alors, comme ça, ils t’ont libéré !, plaisante-t-elle en pensant au fait qu’il avait l’impression d’être en prison depuis son hospitalisation.
    - Avec sursis, répond-il. La moindre faiblesse, j’y retourne !
    - Il faut y aller doucement, lui conseille-t-elle. Et puis tu seras bien entouré… Ta famille, ton beau-frère prendront soin de toi ! Moi, je ne pourrai pas le faire !
    - Tu as été le meilleur des remèdes durant mon hospitalisation ! Et il faut qu’on continue de se voir ! Sinon je serai malheureux et je retomberai
    malade !
    Fouzia sourit.
    - On se voit quand tu veux… Sauf qu’à partir de la semaine prochaine, je commencerai à 9h30 et finirai à 18h, lui rappelle-t-elle. J’aurais une heure de pause, à 13h !
    - J’espère que tu te plairas dans ton nouveau job ! Le bonheur te va si bien !
    - Allez, file chez toi ! Ils t’attendent, lui dit-elle.
    - Je t’appelle ce soir !, promet-il avant de partir.
    Fouzia ne tient pas compte de cette promesse. Elle sait que sa famille l’attend. Il allait recevoir beaucoup de visites et elle se l’imagine mal se rappeler son existence et l’appeler. S’il le fait, tant mieux, sinon elle ne lui en tiendra pas rigueur.
    Elle le regarde partir, heureuse qu’il se soit rétabli. Elle remarque qu’il a un peu maigri. Le fait qu’il soit passé la voir avant de rentrer chez lui la conforte dans l’idée d’avoir une place particulière dans son cœur.
    Elle retourne à son bureau où elle avait commencé à faire du rangement.
    Une nouvelle assistante avait été embauchée, et toute la semaine passée, elle l’avait mise au courant des habitudes de son responsable et de la façon qu’il voulait que le travail soit fait.
    Jeudi, elle fait ses adieux à ses collègues et autres employés du ministère.
    Elle promet de revenir un jour quand elle se sera stabilisée dans son nouvel emploi.
    Chez son nouvel employeur, elle a vite trouvé ses marques. Elle est très motivée. Parfois elle restait finir son travail mais le transport mis à la disposition des employés n’attend pas. Elle est soulagée de ne plus avoir à prendre de taxis ou les transports en commun. Elle a commencé depuis une semaine, lorsqu’un soir Kamel l’appelle pour lui donner rendez-vous pour le lendemain. Il lui propose une sortie au bord de la mer. Il passera la prendre à 9h. Fouzia se prépare avec soin. Il y a si longtemps qu’ils ne sont pas sortis ensemble…

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  46. Artisans de l'ombre Dit :

    Pour toi 47e partie
    Par : Adila KATIA

    - Que tu es belle en rose !
    Fouzia porte un chemisier rose et un pantalon noir. Elle est passée chez la coiffeuse, de bonne heure et s’est fait couper les cheveux. Elle a attendu près des arrêts de taxi. On est vendredi. Il n’y a pas beaucoup de monde dehors. Kamel ne tarde pas à arriver. Elle monte dans sa voiture et ils se font la bise. Kamel la complimente.
    - Le rose te va à ravir, dit-il. alors, comment vas-tu ?
    - Je vais bien. Et toi ? Tu continues à prendre ton traitement ? Tu suis toujours ton régime sans sel ?
    - Non, demi-sel, rectifie-t-il. Je prends toujours le traitement. J’en ai encore pour deux mois ! Si je n’ai aucun problème durant tout ce temps, il diminuera les doses…
    - Incha Allah que tous ces soucis de santé appartiendront au passé, dit Fouzia.
    - Je l’espère aussi ! Allez, raconte-moi comment ça se passe au boulot ! Tu t’y plais ?
    - Et comment ! s’écrie-t-elle. J’ai un bureau à moi toute seule ! Le patron est un vieux grincheux mais sa fille est adorable ! Et toi, la clinique ? Vous l’avez ouverte ou pas ?
    - Mahmoud a obtenu toutes les autorisations, lui apprend-il. La clinique a été inspectée, ils ont même jeté un coup d’œil, sur les dossiers des employés ! Si tout se passe bien, lundi, en présence d’invités de marque, on l’ouvrira officiellement !
    - Félicitations ! Il était temps ! Tu y travailleras régulièrement toi aussi ?
    - Bien sûr ! Mais on trouvera toujours du temps, pour se voir ! On a du temps, à rattraper ! On partira souvent en week-end, là où tu veux !
    Fouzia espère l’entendre parler de mariage mais ce n’est pas le cas. Kamel lui offre une parure en or. Il lui remet aussi un chéquier qu’elle peut utiliser pour ces achats. Elle n’a pas l’intention de l’utiliser.
    Alors qu’ils sont assis à l’ombre d’un parasol, Kamel se penche vers elle et lui parle de sa famille.
    - L’autre fois, tu ne m’avais pas laissé finir ! à propos de mon mariage, de ma femme…
    - Non, non, je ne veux plus savoir !
    - Il faut que je te dise tout. Il y avait des tas de problèmes après le mariage… Je me suis retrouvé père trois fois alors que ça n’allait plus entre nous ! On est ensemble sans rien partager. Tu sais, je pensais au divorce mais je ne voulais pas que les enfants souffrent… Je suis resté pour eux, pour qu’ils ne manquent pas d’affection et je tenais à être à leurs côtés, dans la joie et dans la peine !
    - C’est bien ! Tu es un bon père, dit-elle.
    - J’aurais voulu te rencontrer avant, soupire-t-il. J’aurais voulu avoir le pouvoir d’écrire mon propre destin !
    - Tu n’es pas Allah que je sache ! Juste un homme…et moi, je suis amoureuse d’un homme marié ! Je sais que je ne devrais pas mais c’est plus fort que moi ! Une épreuve de plus à subir dans ce bas monde !
    - Je serais toujours là, pour toi ! promet-il.
    Elle n’en doute pas. Mais il ne parle pas de mariage. Elle n’ose pas lui dire qu’elle voudrait passer à l’acte alors qu’il y a quelques mois, c’était elle qui refusait. Leur vie se rythme à travailler la semaine et à partir en week-end. Kamel l’emmène à Annaba, Mostaganem, Béjaïa et au sud du pays. Ils se sont rendus plusieurs fois en Tunisie. Quand il l’invite à partir en Italie, elle accepte avec joie. Pour la première fois, ils ne se séparent pas pendant deux semaines. C’est le Bonheur avec un B majuscule. L’amour qu’ils se portent. Là où ils vont, on les prend pour un couple marié. Malgré leur différence d’âge…

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

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