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Pénurie des maths en Algérie : la Vérité tue toujours l’exactitude par Kamel Daoud

31 juillet 2013

Kamel Daoud

Jour 58,45. Mois du dernier virage. Lu ce matin d’hier, dans le journal :pénurie d’enseignants de maths et de physique. Il paraît que le sujet est vieux et la maladie ancienne : la pénurie dure depuis des années apparemment, en silence, dans l’indifférence. On ne veut pas enseigner les chiffres et les exactitudes, ni les subir, ni les apprendre. Et dix mille raisons sont déjà avancées. A cause de quoi ? C’est selon. En Algérie, à cause du pétrole, on «ne compte pas «et on dépense sans compter». Les mathématiques ne servent donc à rien. A peine la comptabilité. Selon d’autres, il y a basculement vers les idéologies : on aime apprendre et faire apprendre les «sciences idéologiques», pas les sciences exactes : l’Histoire donc (à cause des martyrs), la langue arabe, la géographie, les sciences sociales… Dans une sorte de division du monde implicite : les «sciences» sont pour l’Occident et pour nous, habitants de la planète d’Allah et des ancêtres, restent les «nuances», les rimes, les chaînes de transmission (des hadiths, pas des moteurs) et les fatwas.

Selon d’autres, le mal est plus profond: on est tellement en retard sur l’Occident qu’il vaut mieux ne plus le concurrencer. Les mathématiques et les sciences physiques ne serviront en rien dans cette course perdue vers la suprématie et la maîtrise. Autant composer des discours que de calculer le poids de l’univers. Il s’agit donc d’une conviction profonde que cela ne sert à rien, que tout a déjà été inventé par l’Occident, qu’on ne pourra jamais le rattraper et qu’il vaut mieux se consacrer à autre. D’autres avancent le pied dans la métaphysique : quand le cosmos est une énigme, naissent les mathématiques. Quand il est juste une salle d’attente avant le jugement dernier, on retombe dans l’animisme. Le déclin du chiffre est donc lié à la montée de la religion des reliques, du bigotisme, de l’islamisme, de l’exorcisme et de la Rokia et d’une vision du monde, d’avant la raison, le chiffre, l’audace et l’interrogation. Quand tout peut être expliqué par un cheikh, un verset ou un théologien, les mathématiques deviennent une corvée pas un éclairage des tréfonds de la création et une langue du monde. Mais avant, il y avait des mathématiciens et l’Islam, en même temps ? Vont crier les outrés professionnels. Oui, mais il n’y avait pas l’islamisme, l’audace était le champ de l’hérétique courageux, pas du soumis et les grands noms de «l’âge d’or» sont ceux qui ont tenu tête, qui ont réfléchi et qui ont été justement persécutés.

D’autres, plus terre à terre, parlent d’une conséquence ANSEJ sur le cerveau : l’argent étant gratuit, les mathématiques deviennent inutiles. Ou bien c’est à cause de la difficulté rébarbative : on cherche la facilité, la position assise, l’allongement sur terre, les sciences qui ne demandent pas de la concentration mais seulement un menton dans la main face à un café qui songe. Les mathématiques exigent une discipline plus grande que les ablutions et la sieste et donc cela n’attire pas grand monde. Et tout se mêle à la fin dans cette anthropologie du chiffre qui se meurt : les politiques d’orientation scolaire depuis des décennies, «Les chevaliers du Coran» comme modèle de société, l’ANSEJ, le trauma face à l’Occident, la paresse et d’autres raisons.

Et revient en mémoire le personnage fascinant de «L’œuvre au noir» de Marguerite Yourcenar. L’alchimiste né entre la fin du Moyen-Âge et la renaissance encore fragile de l’Occident. L’homme qui avoue, dans la modestie, préférer à la Vérité écrasante et insolente, son parent modeste et utile : l’exactitude. Le mal est là.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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