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Quand la santé publique se portait mieux par Farouk Zahi

30 juillet 2013

Farouk Zahi

« Chère consoeur, je n’ai pas pour habitude de dépister des pathologies que je ne peux pas, encore, prendre en charge » (Dr A.Benattalah) 

Tel a été l’arrêt sentencieux du médecin de campagne appelé Ahmed Benattalah, directeur de la santé de la wilaya de Médéa de 1972 à 1982.Cette réplique venait en réponse à une praticienne de la coopération bulgare chargée du service de la Protection maternelle et infantile qui était à ses premiers balbutiements. Nous étions en 1974, à peine quelques centres de PMI, 2 ou 3 sages-femmes diplômées et une poignée d’accoucheuses rurales. Dr Damianova, tel était son nom, proposait avec insistance à son supérieur hiérarchique le lancement du dépistage du cancer du col utérin chez toute femme se présentant en PMI. La réponse que l’on ne peut qualifier que d’absurde, n’en était pas moins implacablement logique. Le souci de l’époque était plus prosaïque que ce que proposait la coopérante ; il fallait surtout éviter les décès de la femme par suite de couches, lutter contre la mortalité infantile par les vaccinations contre les maladies tueuses d’enfants (coqueluche, diphtérie) – faisant partie du spectre, la rougeole était inévitable, son vaccin ne fut mis en route qu’en 1978- ou invalidantes (tuberculose, rachitisme, poliomyélite). Les séquelles de la longue nuit coloniale et de la guerre totale faite à la population, ne s’étaient pas encore estompées. Il fallait tout faire : amener la route, l’école, le dispensaire, l’eau et l’électricité. D’ailleurs, ce vaste territoire qu’était la wilaya du Titteri ne permettait pas beaucoup d’ambitions et, ce n’est justement qu’en 1974 que la réorganisation territoriale, en cédait une partie aux wilayas naissantes de Bouira, Djelfa , M’Sila et à l’ancienne wilaya de Tiaret. Recentrée, la compétence territoriale donnait plus de chance aux programmes sanitaires lancés tous azimuts. Le dénuement patent des services de santé en ressources, aussi bien humaines que matérielles, était allègrement éludé par on ne sait quel énergie qui relevait du mystique. On y croyait, tout simplement.

Seule exception à la règle, l’hôpital de 600 lits érigé au chef lieu. Un géant au pied d’argile. Point de centres de santé normalisés, encore moins de polycliniques, la première qui ouvrait ses portes était celle de Ksar El Boukhari de conception égyptienne se rapprochant architecturalement plus du souk, que d’une structure sanitaire conventionnelle. Encadré par une mission médicale chinoise, cet hôpital régional, œuvre du défunt Plan de Constantine était incongru au vu de l’embryonnaire réseau de structures sanitaires périphériques. L’institution sanitaire reposait sur le trépied suivant : médecin coopérant, accoucheuse rurale, aide soignant. Ce dernier corps était presque issu des infirmiers de l’Armée de libération nationale (A.L.N). Les accoucheuses rurales de niveau primaire ou moyen, qui subissaient une formation accélérée d’une année, étaient jetées en pâture à une forte demande en soins.

Le médecin, le plus souvent coopérant ou de droit commun quand il existait, ne faisait qu’une tournée hebdomadaire ou bimensuelle dans les profondeurs campagnardes par insuffisance d’effectifs ou moyens de mobilité. Les communes, elles mêmes déshéritées, suppléaient souvent au famélique parc roulant des services de santé en assurant le transport du médecin ou des équipes vaccinatrices. La décennie 1972/82, fut consacrée essentiellement à la densification du réseau des salles de soins par l’apport des Plans communaux de développement (P.C.D) et la formation paramédicale. Dr Benattalah, a fait de ces deux axes les deux mamelles de l’acte de santé. Son trait de génie a été dans la prospective ; il planifiait selon le bassin de population à couvrir. Pour cela, il eut recours à la cartographie de la lutte contre le paludisme pour identifier les groupements humains sédentaires et les doter de salles de soins.

C’est ainsi que la wilaya de Médéa qui détient le haut du pavé en infrastructures de base, est devenue leader en matière de soins de proximité bien avant la consécration de cette appellation en 2008. Dirigée et sélective, la formation paramédicale se faisait à la carte. On ne pouvait former que pour un besoin dûment identifié et localisé. Autoritariste d’apparence, la démarche impliquait les élus locaux qui identifiaient les potentielles candidates en assurant les parents du retour de leurs filles à leurs postes résidentiels. L’implication du « Cheikh El Baladia » était la caution la plus crédible aux yeux de la communauté rurale, encore suspicieuse de tout ce qui est citadin. Le logement attenant au dispensaire était en lui-même un attrait incitatif, rémunérateur socialement et garant de la pérennité du service.

Le premier arrivage massif d’appareillages de radiodiagnostic et de dentisterie se faisait à l’orée des années 80, les pays d’Europe de l’Est, contractaient probablement pour la première fois, cette inespérée transaction. Le Mur de Berlin tombait 1989, la suite est connue de tous. L’échographie, faisait une timide entrée au milieu de la même décennie, malheureusement sans l’expertise praticienne. Beaucoup de ces équipements tomberont dans l’obsolescence sans la moindre utilisation. Cette course effrénée pour l’acquisition d’équipements de plus en plus sophistiqués, n’a malheureusement pas été suivie par des qualifications spécifiques en matière diagnostique et thérapeutique. La transition épidémiologique annoncée depuis plus d’une vingtaine d’années, n’a suscité aucune prise de décision majeure. On se contente de la brandir comme un trophée de guerre. On rattachait le pays, précédemment inscrit au Bureau régional OMS/ Europe, à la région OMS/ Afrique francophone, comme s’il s’agissait d’une appartenance identitaire à affirmer. Le profil épidémiologique, selon les experts, est, actuellement, beaucoup plus euro-méditerranéen que sahélien, c’est dire l’erreur d’appréciation imputable aux humeurs du moment. Que pouvions-nous espérer d’une densification de la population médicale, d’un renchérissement dans la réponse diagnostique, concomitants avec des services spécialisés hyper-centralisés dans les 3 principaux pôles sanitaires du pays ? Les résultats, malheureusement chiffrés, font état de 25.000 cas de cancers diagnostiqués en attente d’une prise en charge thérapeutique. Faut-il reprocher, dans ce cas, au prescripteur d’avoir diagnostiqué ou au planificateur d’avoir failli ? Là, est toute la question !

Alger ne pourra donner de rendez-vous de radiothérapie qu’en juin 2013, Oran un an plus tard, quant à Constantine, probablement, jamais au regard de la saturation de ses capacités installées. Un oncologue connu sur la place d’Alger suggère le transfert des malades vers d’autres pays voisins ou de culture voisine. Ne serait-il pas plus judicieux de lancer un appel à concurrence pour la location d’hôpitaux-flottants spécialisés en chirurgie oncologique et radiothérapie à amarrer au niveau des principaux ports du pays évitant, ainsi, le déracinement à une tranche de la population rendue vulnérable par le mal qui la ronge et amoindrie psychologiquement ? Nous avons bien confié la gestion de l’aéroport, du métro et de l’eau à des firmes étrangères pourquoi pas cette pathologie dont le pronostic est toujours engagé et dont la prise en charge est de haute technicité ? Abordant le sujet, lors de sa visite au Centre anti cancer de Batna, le Premier ministre a envisagé, si nécessaire, le recours à l’expertise extranationale.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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