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Assis dans un puits par Kamel Daoud

24 juillet 2013

Kamel Daoud

Il pleut et il n’y a rien de plus. Pas de changements. Ni de réformes. Juste un lent glissement. Sellal a chassé les revendeurs de légumes de sur nos trottoirs. Puis l’armée a chassé les Belmokhtar (s) de In Aménas. Puis Belkhadem va revenir parce que Bouhara est mort. Puis Bouteflika reste parce que les Algériens sont morts. Comme un seul homme : on se lève le matin et on va au travail. Où pas. Puis on s’assoit tous. Ou on reste debout si on ne veut pas. Puis on songe, on regarde chacun son téléphone portable. On grimace. On palabre, puis on a faim. C’est midi. On va rentrer manger son pétrole, ou acheter un baril avec moutarde. Puis on revient et on s’assoit et on refait ce qu’on a fait le matin : le pétrole coule, le temps s’écoule. Puis on rentre. C’est le meilleur morceau du jour du « Le peuple comme un seul homme ». On boit son café extrait du pétrole et on médit ou on analyse le prix du pétrole, ses aventures, sa mauvaise répartition, sa malédiction, son œuvre.

Entre 17 et 19 heures, les Algériens développent une extraordinaire activité philosophique ou sociale. La seule activité bénévole est d’être analyste, assis chez soi, de l’OPEP et du pétrole et ses conséquences sur la psychologie collective. Puis tout se tasse. Le pétrole continue, l’Algérie s’interrompt. D’un coup. Faute de vents. Et on erre. Puis on rentre. On regarde El Jazeera. Le FCB. Ou ses enfants. Ou un film turc. Ou un mur ou le voisin par le balcon. Puis on prie son Dieu et on remercie le pétrole. Cinq fois de suite pour ceux qui ne l’ont pas fait. Ou pas. Selon ce que l’on croit. Ou ne croit plus.

Même les martyrs, dans leur éternité, doivent moins s’ennuyer que nous.

C’est dur l’indépendance quand on n’pas un métier dans les mains. Ou une guerre.

Juste du pétrole qui vous enlève l’envie et vous laisse la vie.

C’est quoi le but qu’on n’est pas Bouteflika (vouloir vivre plus longtemps que la vie) ou qu’on n’est pas Khellil (vouloir échapper) ou qu’on n’est pas Belkhadem (vouloir revenir) ?

C’est donc l’histoire de Yussef. Poussé par ses frères dans un puits de pétrole. Avec une variante sur l’ancien mythe : l’Algérien ne veut pas sortir du puits. Il s’y sent bien, ou fatigué, ou maudit. il ne voit que l’or noir et le ciel pur et il prie l’un d’eux. Tout le reste ne le concerne pas. Cela se passe ailleurs, derrière la télécommande, loin dans la vie des autres. D’où ce sentiment qu’il s’agit d’une histoire interrompue. A laquelle il manque une partie, une suite et une fin honorable. Les martyrs sont rentrés chez eux dans l’au-delà, le Père Messali est mort de tristesse et le peuple Youssef est toujours dans un puits. De pétrole.

Il pleut et il n’y a rien de plus.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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