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03 mars: Larbi, Président de l’autre Algérie par  Kamel Daoud

24 juillet 2013

Kamel Daoud

Il y a chez des Algériens la nostalgie de l’Algérie. Dans la planète du Net, on voit défiler les photos des Algériens (ennes), les premiers jours de l’Indépendance, de leurs quartiers, villes et passages piétons et rues propres. A l’heure exacte de la promesse, quand le pays était à venir, pas à mourir. Il y a aussi la nostalgie du Haïk : ce voile qui habillait la femme au lieu de la cacher comme une honte. « Autrefois, la ville était illuminée de blanc » a dit, au chroniqueur, un vieux vendeur de foulards à Oran. « Ils ont assombri la vie » conclura-t-il, en désignant du menton les barbus d’en face qui vendaient des hidjab aux couleurs affreuses. Mais il ne s’agit pas seulement d’esthétique. Il s’agit d’une nostalgie profonde, un désir, le désir d’un pays. Hier encore sur le Net, certains évoquaient ce que l’histoire algérienne dédaigne : l’anniversaire de la mort de Larbi Ben M’hidi, assassiné et accusé de s’être pendu. Les photos de l’homme ont du succès dans la tête de beaucoup d’Algériens : d’abord le sourire de l’homme qui possède le monde entre ses mains, alors que ses mains sont menottées derrière son dos. Ensuite le regard qu’aiment les Algériens : heureux, humble, modeste, mais fier, convaincu et sans violence. Etrange regard : un homme qui mène une guerre presque avec bonté. Alors que d’autres nous prêchent aujourd’hui, Dieu ou la nation, avec mépris ou colère ou haine.

Ensuite le corps de cet homme : pieds liés, en chaussettes mais curieusement avec un sens au bout du pas et de la marche. Aujourd’hui, avec tout un pays sous la chaussure, on semble tourner en rond ou espérer marcher sur la mer pour en échapper. Comme pour dire que la liberté n’a rien à voir avec l’espace. L’homme assis, regarde son geôlier avec curiosité : l’un des deux est en prison et ce n’est pas Larbi Ben M’hidi. Et les Algériens en rêvent aujourd’hui : de ce regard de jeune, de ce corps qui semble être si près du ciel et des hommes, de ce courage et de ce sens plein. Ces rares photos de l’homme, tué un 03 mars, servent d’histoire nationale mythique pour se laver un peu l’âme des Saïdani, des Belkhadem, des Khellil, des Bouteflika et de leurs fils, neveux, frères, sœurs et serviteurs.

Peut-être que si Larbi n’avait pas été tué, il aurait été comme ses faux héritiers : il aurait continué à tuer le temps pour ne pas mourir de vieillesse. Les héros sont destinés à mourir jeunes. Pourquoi les Algériens fantasment sur les photos de cet homme ? Parce qu’il a leur âge : c’est quelqu’un qui a fait la guerre dignement et qui n’est pas mort et qui continue d’être jeune et de sourire. Dans les manuels scolaires, il n’y a aucun texte digne de ce nom sur ce sourire. Que des dates, des hagiographies, des mensonges, des cris de colère et de guerre, des ratures et des postures. Que serait l’Algérie si on avait commencé sur Mandela et pas Benbella ? Si on avait retenu le sourire de Larbi Ben M’hidi, son ascèse, sa nudité au lieu des colères ?

L’homme est le contraire d’aujourd’hui : la guerre l’a appauvri et ne l’a pas enrichi, il sourit et ne menace pas, ce n’est pas un civil ni un militaire mais un Algérien, quand on le regarde, on a envie de lui ressembler pas de le fuir ou de le dénoncer au TPI, il est mort mais ne sent pas le cadavre, il sait où il va et partage son bonheur même avec son ennemi, il inspire le respect et pas pour son pétrole. Les pieds dans les chaussettes, assis sur un banc, il semble être si riche. Etrange paradoxe donc : certains étaient déjà libres avant la libération. Certains rêvent de liberté après l’Indépendance. Cet engouement des jeunes Algériens pour cet homme, l’époque première, le jour où nous étions dans le même ventre, est le signe le plus profond de notre tristesse présente.

On rêve de nos morts parce que nos vivants nous tuent ou nous dégoûtent.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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