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Jour 4 : trente jours de nuit par Kamel Daoud

13 juillet 2013

Kamel Daoud

Jour quatre : C’est toujours le week-end. Un immense vendredi du Golfe à l’Océan. De l’orteil à l’oreille. Le mois du jeûne a commencé le mercredi, jumelé avec le jeudi-vendredi (jours de repos des conservateurs) et le vendredi-samedi (jours de repos légaux).
De la semaine qui reste, ne restent donc que quatre jours. Deux jours seront consacrés à s’adapter à l’affaissement biologique. Les deux autres jours à s’organiser entre le panier et le travail et les quatre jours qui restent à geindre. Cela dépasse le total des quatre jours ? Qu’importe : on ne compte ni le temps, ni la dépense, durant ce mois. C’est un mois long qui ressemble à la journée du Destin dans le calendrier mystique : un jour chez Dieu équivaut à mille jours terrestres. Et un jour «arabe» ? C’est le temps qui s’écoule depuis la Révélation jusqu’au jugement dernier. Une sorte de temps vacant pour géographie de transit. Long, étendu, semblable à celui des salles d’attente où on tue le temps en regardant ses ongles, les chaussures du voisin, on se grattant le cou et en relisant le même vieux journal avec la conscience de ne savoir que faire du corps et de ses positions encombrantes. Donc au quatrième jour, rien de neuf, personne n’arrive, nous sommes tous assis au même endroit, parfois quelqu’un se lève et jure avoir vu un Colon qui rampe pour nous voler le pays ou le Prophète qui, lui, aurait dit de faire passer un message. Puis le temps roule, un autre appelle à la prière et un autre prend la mer sous son aisselle et tire sa chaloupe en laisse, puis une femme se retourne dans sa tombe et un enfant joue avec son prénom. Tout les «arabes», de souche ou de colonisation d’arabes, sont enfermés dans le même désert. Il les suit et ils le suivent. Mais seul le désert avance car les «arabes» reculent dit un vieux poème méchant face à un moteur allemand importé. Les deux peuvent aussi s’asseoir et regarder les étoiles ou de la viande ou la trace de leur pas qui reculent. De temps à autre, un vent se lève et emporte le sable. Ou une révolte, ou une guerre ou rien du tout. Et chez nous ? La frontière c’est la peau, le reste ne m’importe pas. L’avez-vous remarqué ? En Algérie on s’installe dans une position étrange : rien n’arrive, le pays est immobile, on mange mieux qu’autrefois, il n’y pas de cataclysme et on est un pays stable, assis dans un endroit vide. On s’ennuie et c’est alors que l’on rame vers le nord ou que l’on prie avec les gestes d’un homme qui veut fuser vers le ciel ou se déchausser de toutes les terres possibles. Jour Quatre : personne n’est mort, personne n’est vivant, personne n’a encore jeté la première pierre mais tous ont des cailloux dans les mains. C’est faux ? Qu’est-ce que l’exactitude pour un mois qui commence avec un doute et qui finit avec un doute ?

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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