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Les dinosaures sont encore là par El Yazid Dib

11 juillet 2013

El Yazid Dib

Avec ou sans Belkhadem, le FLN est condamné à assurer sa propre survie. Fort de ses référentiels, il est, encore une fois, abattu par ses propres ténors. 

Belayat autoproclamé coordinateur ainsi d’autres noms connus et rendus célèbres par les putschs successifs et les redressements itératifs ne sont plus politiquement aptes à représenter cette entité. Ils ont bien, au fil du temps, géré et dirigé les rouages du parti et de l’Etat, c’est à leur honneur. Pourtant suffisamment honorés et gratifiés, ils continuent, sans se soucier du devenir de la machine qui les a rendus ainsi incontournables, à tout faire pour assurer leur prédominance. Que veulent-ils en finalité ? Se faire succéder par héritage inapproprié, ils pensent avec remords à l’œuvre obligatoire de dame nature et aux effets impératifs de la biologie qui les guettent lorsqu’elles causent des dégâts irréparables dans le cours d’une vie. Kamel Bouchama, intellectuel, théoricien du parti a dû, vaillamment, se retirer de l’organe pour être toujours dans l’âme du parti. Ecrivain et nationaliste, il chante par la plume et le mot ses amours et son identité et non pas par les postes et les emplois. Voilà un exemple à suivre par les survivants à l’ère paléolithique.

Les syndromes de l’usure et du vieillissement

Toute vitrine est évaluée par les choses exposées au grand public. Elle est également appréciée ou non par la qualité des produits ou services exposés ou proposés. Quand les rides, les maladies chroniques, le sérum et parfois l’impotence physique deviennent des signes extérieurs d’usure l’on ne peut ni les cacher, ni faire en sorte que l’on est toujours en état d’éveil ou de pleine conscience. Ce ne sera pas une belle cravate sur une chemise toute neuve avec un visage bouffi, cerné, excavé que l’on peut prétendre à une force encore efficace. Ça y est messieurs ! la nature vous défie. Autrement dit, l’on acceptera philosophiquement que le vieillissement en politique peut ne pas être un état d’âge mais une capacité d’adaptation. Lénine à ce propos disait « je ne peux imaginer un révolutionnaire en pantoufles ». Mais, en somme qu’ont-ils encore de ces messieurs en 2013, des « révolutionnaires »? Un passé, oui. La nation, pour cela, les a assez célébrés et raisonnablement flattés. Qu’ils remettent les clefs de l’immeuble.

Le parti qui jusqu’ici remporta la victoire sur un plan et la perdit sur tous les autres, se trouvait coincé entre les serres d’un système qui voulut en faire un simple mécanisme de règlement de compte historique. Tantôt il prêchait la bonne parole au profit d’un pouvoir, tantôt il faisait dans l’éloge et la déification de personnes. Il était ainsi devenu, au regard des foules, le réceptacle de l’échec de toute politique. Si la libération du pays avait exigé, dans le temps, l’utilité nécessaire d’un front unique apte à pouvoir mener vers les rives de l’indépendance l’immense volonté populaire, il en serait un peu autrement après la période post-indépendance. Le parti se transformant en un appareil usuel de propagande, commençait à se faire sortir de l’option politique qui devrait tendre à réunir davantage les potentialités managériales et gestionnaires. Il faisait plus dans l’inquisition que dans la persuasion politique. L’Etat se confondait dans la rigueur qu’exerçait par fonction non élective le commissaire du parti. L’administration ne trouvait issue que dans l’application de résolutions.

C’est ainsi que l’on s’aperçoit, au fur et à mesure de l’effilement de toutes les élections, que les batailles dans le parti n’ont jamais pris l’allure de courants idéologiques contradictoires. Les conflits opposaient les personnes, les clans et les familles et non les idées ou la nature de projets sociaux.

Le parti vacillera d’une rive à l’autre lorsque la vantardise empêche le bon sens d’unir la saveur du mythe à la réalité de l’erreur. La présence structurelle du parti semble donner, entre deux échéances électorales, l’impression d’une simple existence d’un néant dynamique soit l’illusion de la coquille vide. Ce grand parti libérateur et rédempteur, artisan du sentiment nationaliste ne serait-il plus habité par ces élans rassembleur et unitaire de la composante patriotique ? Aurait-il subi, à l’instar d’autres corporations le syndrome de l’usure et du vieillissement méthodique et fonctionnel ? Cet anachronisme qui ne devait point sévir au sein des forces vives et centrifuges serait, pourtant, devenu une nature essentielle pour le fonctionnement de tout l’appareil tant central que local.

Un parti embourgeoiseur

L’unicité du parti n’avait rien apporté comme élément fondateur d’une nation si ce ne fut cette discipline quoique honnie, mais qualifiée d’indispensable pour éviter toute dérive. Le moindre vent de vouloir dire ou faire des choses, en dehors d’un « cadre organisé » s’assimilait de facto à un acte contre-révolutionnaire. La démocratie n’avait qu’une signification occidentale et bourgeoise au moment où, l’appropriation de l’outil de travail, la justice sociale et l’égalitarisme rimaient avec la négation des classes. L’embourgeoisement condamné, à plus d’un titre, sera, une fois la démocratie mise sur scène, un mode apte à appâter les foules et gagner, croit-on, l’estime de la populace. Les slogans d’à bas l’impérialisme et la réaction se tairont et les vociférateurs feront la chaîne devant les ambassades des pays qualifiés ainsi. Le parlement, en 1976, ne constituait qu’un regroupement de gens réunis pour la galerie tout en faisant office d’une preuve tenant lieu d’un amphithéâtre de libre expression dans le cadre d’une démocratie « responsable et organisée »

En fait de classes, elles n’avaient, certes, aucun statut juridique sauf que la réalité matérielle de certains pontes en disposait autrement. L’opulence ne signifiait pas un rang mercantile donné beaucoup plus qu’elle voulut signifier un état d’esprit. La division sociale n’était pas douée d’être perçue telle une expression justifiant l’option politique prise dans la théorie de la lutte des classes. La bourgeoisie d’alors se limitait à un affichage idéologique tacite et dissimulé, parfois contraire, dit-on aux principes de la révolution populaire. Par contre, l’on constate maintenant que c’est au parti que l’on fortifie sa fortune et que l’on s’inscrit dans l’investissement, dans les lots marginaux, au sein des zones industrielles, ou dans la promotion immobilière. L’embourgeoisement n’est plus une tare à combattre, peut être un modèle qui inspire. Avoir en son sein des propriétaires de gros sous fabriqués dans l’industrie relationnelle est un non sens idéologique.

L’édification nationale formée de tâches de grandes envergures tels que le barrage vert, la transsaharienne, le volontariat dans la campagne, devait se partager par tout un chacun, sans quoi les idéaux majeurs d’une révolution jeune et ferme n’auraient point eu les mérites dignes de la grandeur d’une nation, à peine sortie des affres séculaires de la dépendance colonialiste. Ce fut un temps où l’engagement politique ne variait nullement de l’ardeur à pouvoir continuer la révolution autrement et sur d’autres fronts. L’école, la rue, l’usine et tout espace de la vie active ne pouvaient être extraits à un militantisme qui ne cesse de déborder jusqu’aux fins de tous les rouages institutionnels.

Octobre 1988 ne fût, en d’autres termes, qu’un salut politique pour la résurrection du FLN. Jusqu’aux soupirs languissants de l’agonie organique, il lui avait permis, en fin de cheminement, un certain « ressourcement ». Bien ou mal opérée, cette nouvelle démarche dynamique n’aurait pas réussi totalement, du seul fait de l’insistance farouche et sournoise de l’ancienne garde. Manœuvrant à distance, les caciques ne lâchent pas les rênes qui les ont traînés aux zéphyrs de la gloire Du jeune Etat. Les coulisses ne sont plus utiles, pour eux, plus que ne le sont les eaux troubles de ce qu’ils qualifieront de démocratie. Cette dernière est là d’abord au service de leurs intérêts. Puis, elle aura à servir dans un proche avenir ceux de leurs relais que sont les futurs certains personnages politiques façonnés dans le côté cour de l’immeuble côté infecte de la corporation. Maintenant le « volontariat », les débats idéologiques, l’engagement, l’intégrité et la compétence se cantonnent dans les candidatures, le parrainage de celles-ci et les privilèges découlant d’un siège électif d’une assemblée ou d’une commission.

Les mêmes et éternelles candidatures

Il reste édifiant encore de pouvoir constater avec lassitude que même avec la survenance, d’ailleurs salutaire d’autres associations politiques, le FLN tient à contrario du discours à imposer une caste au nom d’une légitimité, non plus historique mais militantiste. L’opportunisme est confectionné grâce à l’octroi d’une carte ou le renouvellement d’une autre. La lutte n’apparaît qu’autour de l’échéance de vote qui fera, croit-on toujours savoir, des hommes publics pour ceux qui ne sont que de quelconques noms usuels.

Les éventuels candidats dont les portraits, lacérés et en déchets, pavoisent toujours les arcades des grandes avenues et des petits douars, n’ont de cure que la magouille des coulisses, le beni-amiss politique et la hargne inégale d’occuper le confort d’un bureau qu’ils n’auraient pu avoir par diplôme ou qualification professionnelle.

Le sens éveilleur de ceux qui ne vivent que par la légende, les rapports et la carte du parti, ne sera certainement pas capable d’entraîner, dans un élan enthousiaste, l’électorat comme fut le cas, lors des dernières législatives. Comment une population locale qui ne connaît de certains noms que l’habitude de les voir ressurgir, aux moments opportuns, puisse croire le discours redondant tendant à faire du renouveau et du rajeunissement un credo sacro-saint du parti nouvelle-version alors que le plateau candidatural qui lui serait présenté n’offre que du réchauffé (sàbah) ? Qu’ont-ils fait ces éternels candidats, ratés à tout métier, retraités précoces en perpétuelle attente de meilleures opportunités électorales ? Ils pensent avoir sous la main les instances élues alors qu’ils n’arrivent point à faire l’unanimité dans leur quartier ! Parfois dans la famille !

Avec un personnel des années du parti unique, le FLN n’ira pas vers le fond philosophique de la démarche qu’il semble préconiser. Il demeurera otage des caciques et de groupes corporatistes, fort jaloux envers toute « pénétration » étrangère. Faisant dans une nébuleuse volonté, sa propension de changement, il n’arbore qu’une démocratie de bavardage dénuée de toute logique propre à un parti où le centralisme démocratique est une règle d’or. La défection collective de militants, les démissions successives de chefs de kasma désavoués par la commission de wilaya, dans l’établissement de listes n’ont cessé de mettre à jour le souci révolutionnaire flniste qui vient déranger les opportunistes, les attentistes et les profiteurs sans idéologie ni conscience et dont l’unique but n’est autre que de continuer à se positionner dans un confort matériel singulier. Il aura, le futur patron du FLN à s’intéresser un peu plus et sans affinité aucune, à réveiller l’ardeur de ses militants.

Par principe, par coutume « boulitique » il échoit au simple citoyen de juger, juste à la lumière du mandat électif en cours, les prouesses passives et actives des auteurs élus, qui ont causé l’érosion au crédit-confiance accordé aléatoirement au FLN. Ainsi à travers le menu offert aux électeurs, la diversité des profils présentait une indigence accrue en matière de valeur politique. Le plateau électoral dévoilé lors des précédentes joutes, avait été d’un goût insipide, fade et amer, tant les éléments le composant, plus ou moins, furent extraits des archives mouillées pour s’introniser dans les accointances clanales ou parentales.

La fin du monopole de la légitimité historique

Supplanté par ses arrière-gardes, le FLN n’entend pas se refaire selon la norme mondiale d’un parti moderne et politique. Il ne devait ce respect, quelquefois intact, que par le mythe qu’il tente d’entretenir au moyen de recours itératif et sans cesse rabâché à la légitimité historique. Mais en réalité que lui reste t-il de tout cela ? Il n’est plus le représentant du mouvement national quoique s’essayant de s’inscrire dans une mouvance de démocratie et de modernisme. Développant un double discours, il tressaute tel un appareil en manque d’énergie et apporte jusqu’aux fonds du ridicule la preuve de la contradiction et de la discorde. L’on a l’impression que chez ce parti tout fonctionne comme avant avec une certitude, en bout, qu’il ne faut pas le dire ou l’écrire. La cajolerie exercée envers les militants ne sera pas de la même conviction qu’exigerait un lectorat vif et vivace. Les plus grincheux des militants ne pouvaient soutenir des listes imposées.

La tentative du moins déclarée d’opérer la décantation menant vers un assainissement progressif des rangs tenus en tête par les vieux randonneurs du FLN, n’aura certainement pas lieu. Hélas pour ce mouvement de premières heures. Patrimoine immatériel sans démenti, il est la propriété morale de tous les Algériens. Il ne peut demeurer une possession de quelques autoproclamés éternels détenteurs.

La restitution de ces trois initiales confisquées sournoisement par des potentats ou des néo-dinosaures est à réclamer par tous au nom de l’histoire, des martyrs et des profondes fibres de la nation. Il restera, tout de même, ce parti d’avant-garde qui a su galvaniser à un certain moment le sentiment national. Il aura été contre vents et marées le catalyseur des efforts libérateurs et de l’emploi rédempteur pour le recouvrement de l’Indépendance nationale. Comme il aura l’avantage du mérite de pouvoir continuer sa trajectoire non sans faire ablation de tous les microbes qui le gangrènent et faire table rase des méthodes inquisitoires qui l’abîment, des clans qui le minent et de la fourberie immorale qui gravite comme un essaim autour de son noyau dur.

Les coulisses du dernier quart d’heure

Les remous qui viennent de chambouler l’ordre des choses, à l’Assemblée nationale, ne sont pas indemnes de tout reproche. Le conflit intestinal agitant la profondeur du parti a été importé dans l’hémicycle.

La présidence du groupe parlementaire, les présidents de commissions et autres fonctions périphériques semblent être commandées par l’extérieur. Par un organe que les antagonistes qualifient d’illégal. Pour quels motifs « le coordinateur du parti » s’empresse-t-il à provoquer un changement dans une assemblée nationale élue ? A-t-il ainsi le droit de pouvoir aussi faire la même chose dans une assemblée communale, aux confins de M’sila ou de Ain El khadra? Il devrait, contre vents et marées, connaissant son obstination, faire sortir le parti de la situation précaire et lui redonner rapidement la légitimité des instances qui gouvernent. La perte de temps depuis janvier est-elle un facteur positif au profit de qui ? Le contraire, sera aux dépens de qui ? Ce n’est pas à la faveur d’une gestion transitoire que l’on attribue des postes ou des titres définitifs. Le provisoire ne doit jamais tenir en l’état le légal.

Le FLN gagnerait à faire taire ses dissidences et à éviter de privilégier le copinage sur la compétence, le lien familial sur l’intérêt général. L’on ne peut imaginer, en 2013, qu’un président de groupe ou un président de commission ne puisse maîtriser les langues étrangères, l’informatique, les codes juridiques, les sciences politiques au sens académique. Car bon nombre maîtrisent à merveille autres choses. Le code de la route, le boulitique et elkawaliss.

Pour un projet hissé par de nouvelles énergies

L’angoisse du prochain conclave, qui ne veut plus se tenir encore, devant designer ou même plébisciter le futur patron n’atteint plus tout le corps social. Seuls les plus intéressés par les privilèges continueront à se lamenter sur le sort à faire subir à ce prestigieux étendard. Et s’ils venaient à le quitter tous, pour le laisser, à défaut de musée, entre de mains juvéniles et compétentes. L’on sait que de nouvelles énergies, jeunes et vigoureuses épaulent dans son soubassement ce vieux parti. Mais hélas le commandement semble bien leur échapper, pour cause, que le réflexe d’appropriation subsiste encore dans la moelle sèche d’os poliomyélitiques. Encore que, à la faveur des printemps arabes, des NTIC, du Facebook, de l’handicap managérial des tenants et aboutissants ; ces jeunes militants auront à penser, dès à présent, à initier un novembre-bis, la ré-appropriation politiquement partisane n’est-elle pas une revendication légitime ? une nouvelle force FLN.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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