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Mohammed Saïd et la panique de décembre 78 par Kamel Daoud

7 juillet 2013

Kamel Daoud

Le cas Bouteflika s’aggrave. Pas du point de vue médical car on n’en sait rien et il devient dangereux d’en parler comme en Corée du Nord. Ce qui est tout aussi grave, c’est le traitement du cas Hichem Aboud et de la censure (quoique l’on puisse jouer sur les mots) d’un numéro de ses deux journaux, portant sur la santé du président de la République. On laissera aux milieux d’Alger les traitements par archives sur le cas Aboud, ce qu’on lui suppose et ce qu’il représente pour certains depuis les années 90 et son ami d’autrefois et on retiendra l’essentiel : le grave amateurisme, frisant le ridicule, du ministère de la Communication. De tout temps (encore plus depuis Bouteflika fasciné par les médias) le poste de ministre de la Communication est d’un inconfort et d’une fragilité que tous on devine. Du pur CDD et un salaire provisoire et aucun pouvoir ou presque. Ni les sources, les imprimeries, les réseaux, les rédactions, l’ENTV ou le reste. Et c’est apparemment pire cette fois : Bouteflika étant occulté comme un imam caché, ses employés ne savent comment agir face à deux journaux qui en parlent autrement qu’en annonçant le retour triomphal du vieillard prodige. C’est alors que l’on revient au réflexe, à la nature policière : on «censure». Bien sûr, le directeur de ces journaux a retiré ses journaux de l’imprimerie parce qu’il ne pouvait ou ne voulait pas retirer les pages du crime, mais cela est intervenu après le coup de fil du ministère. C’est la Censure et pas autre chose.

A la fin ? Le pauvre ministre Mohammed Saïd (Saïd veut dire heureux et surtout bienheureux), sans pouvoir ni puissance, a fait obtenir ce que l’on voulait éviter : à l’Algérienne : le dossier de la santé de Bouteflika, jusque-là une affaire tiède est devenu une affaire d’Etat, une affaire internationale, un «secret». Et au lieu de consacrer l’idée que tout cela se passe bien, on a obtenu celle «tout va mal puisqu’on cherche à cacher quelque chose puisqu’on censure les journaux». Censurer un journal pour taire une maladie ou pas, est démodé depuis trois décennies dans le monde. Il reste à peine deux ou trois pays qui le font ou peuvent le faire de cette manière brutale.

On aurait pu en rester là, mais il fallait au «policier dans la tête» faire plus pour plaire à l’illustre : dépôt de plainte contre Hichem Aboud pour «« atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’unité nationale et à la stabilité et au bon fonctionnement des institutions ». Enormissime ! Même les grands chefs du Gia ne sont pas inculpés de ces charges. Disproportionné (et donc aveu de panique et de rage) dans un pays où le régime parle avec mollesse des grands dossiers de corruption et avec indulgence de ses ex-ministres soupçonnés des pires larcins du siècle.

Le chef d’inculpation est gigantesque, maladroit, stalinien : ce qui déstabilise l’Etat, l’unité nationale et porte atteinte au pays et à ses entrailles on le connait tous : celui qui vole et celui qui a vidé ce pays des institutions, hommes et bonnes volontés et même de l’envie de vivre ou d’y vivre.

La chose est d’autant plus énorme que les articles n’ont pas été publiés et que donc le délit n’existe pas ! En quoi deux papiers que personne n’a lu, qui n’ont pas été édité, portent atteinte à la sûreté de l’Etat ? Comment cela se peut-il ? comment fait-on pour juger d’un crime qui n’a pas été commis ?

Ayant donc géré la communication comme Cheb Mami a géré sa carrière et ayant créé le mystère autour du cas Bouteflika, les auteurs doivent trouver une sortie honorable et démentir les faits par des faits. Car il ne s’agit pas d’un homme mais de notre pays. On ne gère plus la santé d’un président de la République comme en décembre 78. Il faut faire un effort de sincérité et de courage. On peut aussi attenter à la dignité de l’Etat quand c’est le Quai D’Orsay qui nous «informe» que Bouteflika est encore à Paris. C’est une humiliation.

A la fin ? Deux questions : La débilité en communication est telle une maladie algérienne ? Est-elle soignable au Val-de-Grâce ?

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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