Compte rendu du roman “la traversée”
J’ai choisi comme exemple Mouloud Mammeri pour produire un compte rendu de lecture. J’ai pour objectif d’informer le lecteur sur cet auteur que l’on croit connaître mais qui demeure le chantre de la culture berbère non reconnu à sa juste valeur parfois même lésé dans sa propre oeuvre. Je voudrais également apporter quelques précisions sur la littérature algérienne d’expression française notamment celle qui s’illustre dans la production romanesque. Et mon choix est focalisé sur le roman « la traversée ».
Il est nécessaire pour mieux cerner les éléments composant ce présent texte de faire ici une très brève présentation de l’auteur.
Mouloud Mammeri a joué un rôle de premier plan dans la littérature algérienne particulièrement kabyle. Il est né le 28 décembre 1917 dans un village de Kabylie, Taourirt Mimoun dans la contrée des At Yanni. Après des études primaires jusqu’à l’âge de 12 ans, il va rejoindre son oncle à Rabat, au Maroc avant de rentrer au pays quatre ans plus tard, pour s’inscrire au lycée Bugeaud actuellement lycée Emir Abdelkader. Ensuite, il part pour le lycée Louis-le-Grand pour préparer l’Ecole Normale Supérieure. Après avoir été mobilisé en 1939 au début de la seconde guerre mondiale et libéré en 1940, il s’inscrit à la faculté des lettres d’Alger. De nouveau mobilisé en 1942, il prend part aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne. En 1947, il participe à Paris à un concours pour le recrutement de professeurs de lettres. Il fut professeur à Médéa en 1947-48, puis à Alger (Ben Aknoun). Ensuite, professeur à l’université d’Alger et directeur du centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques jusqu’en 1980. Il a trouvé la mort dans un accident de voiture en 1989 à Ain Defla.
Pendant des années imbu du sentiment national et amoureux de ses origines, il parcourt espace et temps pour offrir aux lecteurs probablement ses meilleurs pages. L’université de Tizi-Ouzou porte son nom en sa mémoire. Son oeuvre est l’une des plus importantes dans le domaine berbère. Elle est variée, c’est le résultat d’un travail et d’une action de longue haleine, elle doit sa réussite aux efforts que cet homme qui devient par la suite, un mythe kabyle a toujours déployé de son vivant.
Il faut noter que l’anthropologie de Mammeri se fit avec un retour sur sa propre culture (un retour sur soi). Il part de l’étude de la culture kabyle puis des cultures berbères. Il était d’abord lié intrinsèquement à sa Kabylie qu’il fait connaître par ses écrits, qu’ils soient des romans ou des ouvrages sur la poésie par exemple « Poèmes kabyles anciens » et adopte ensuite, d’autres populations locales telles que celle du Gourara dans son ouvrage « L’ahellil du Gourara »et celle des touaregs qu’il découvre vers les années 60 et avec laquelle il se trouvait en communion. Il accordait à chacune une grande attention et le plus grand respect.
A chaque fois que Mammeri évoquait les berbérophones et les régions qu’il sillonnait, il se sentait responsable de sauvegarder les dernières bribes de la culture berbère ceci, en happant comme il le disait déjà, les plus originales paroles orales qui restaient sous formes de légendes, de contes, de musiques et de chants. Mammeri s’investit à tout moment dans une tâche qui lui permettait de découvrir des régions à l’échelle de l’Algérie et de tout le Maghreb. Des localités porteuses aussi d’une culture, d’une histoire qu’on négligeait d’enregistrer, de connaitre et de sauver. A partir de la découverte de la Berbérie plurielle mais singulière et surtout après ses contacts directs avec le Sahara, cet éminent chercheur a su qu’on ne pouvait séparer les études linguistiques et littéraires du savoir moderne qu’est l’anthropologie. D’ailleurs, il voulait doter ses propres études d’une approche anthropologique complète de la société algérienne. Hélas ce savoir nouveau, le sien propre n’était pas bien compris et lui-même avait compris comme dirait Marceau Gast « qu’une anthropologie bien comprise pouvait être une démarche libératrice en même temps qu’une science ». La découverte du Sahara était pour lui plus que révélatrice puisqu’elle a suscité et accéléré son engagement dans des recherches sur l’homme à partir de problématiques endogènes.
La traversée l’oeuvre dont il est question ici, a pour héros un jeune journaliste d’origine kabyle qui a passé sa vie à se battre pour la liberté, à se servir de sa plume pour s’exprimer sur son pays, sur une vie et une race qui ne sait pas mourir.
Déjà dans sa pensée Mourad se révélait. Il voulait que sa vie prenne le chemin de ses ambitions en faisant un retour aux sources mais hélas il était trop tard. La quête qu’il savait inachevée ne lui appartiendrait pas, non plus qu’à aucun des siens. Tout le récit est construit sur ce refus non pas du danger, de la clandestinité et de la prison mais de la censure qui mutilait (pour reprendre l’auteur) ses articles et qui le poussait à renoncer à l’essentiel. Finalement sa profession de journaliste ne lui apportait que désillusions ! Lorsque Mourad aura tragiquement pris conscience de l’inutilité de sa résistance, il sombrera dans la boisson et dans le silence qui le transportait jusqu’à son village natal où il mourut de fièvre.
Dans ce récit grave et prenant, un voyage s’impose et ce n’est pas n’importe lequel mais c’est une traversée du désert qui va s’avérer révélatrice d’un destin tragique qui l’ayant parachuté lui et ses amis au sud algérien, s’achèvera sur une plage du nord dont « le sable ne gardera même pas trace de son passage ». Le dernier reportage pour lequel il part à travers le Sahara va en même temps symboliser pour lui le repère identitaire puisque c’est vers la liberté et l’authenticité qu’il se destinait mais également lui servir de révélateur et de symbole de vérité concrète et de désenchantement à la fois.
Le désert, ses prestiges, le sable, la tente et la vie des touaregs agissent sur lui comme un amplificateur :
« Si je croyais aux signes, je trouverais cette traversée exemplaire et j’en ferais un apologue pour l’endoctrinement puéril des générations à venir. Car maintenant je suis sûr que, si le désert atavique n’est entré que tard dans ma vie, il était inscrit dans mes veines depuis toujours. Peut-être l’ai-je apporté avec moi en naissant. Un jour nous devrions nous rencontrer. L’expédition du pétrole n’a été que le révélateur. » (p.172).
En missionnaire ou en aventurier cette chance qui lui est offerte de rencontrer ses autres frères amazighs lui rappelait son attachement à sa société, à sa culture et à la vie qui provenait de la conscience, de leur mise en écart ou de l’ignorance tout court.
Tout le roman est construit sur une quête, celle de la vérité. Toute la traversée, les marches à contre-courant du héros journaliste le montre. Ce personnage dont l’origine (berbère) est connue et dont la race est celle des libres et des purs, mène un combat indépendantiste qui donne une image exacte du désenchantement des intellectuels algériens. Ceux-là à qui l’indépendance n’a rien apporté de mieux comme à tout le monde d’ailleurs, leur combat est presque vain, n’est jamais achevé. Ils passent plutôt leur vie à défricher le sol ingrat du pays légué par les ancêtres mais qui ne leur appartient pas hélas, non plus qu’à aucun des leurs. Le combat est fait d’un refus en même temps d’un constat amer : le colon et la France ne sont pas les seuls responsables des maux et fléaux de l’Algérie indépendante. Ils ne sont pas responsables non plus du problème identitaire qui demeure sans solution. Mammeri commence d’ailleurs son roman ainsi : « Ce qu’ils voulaient, c’était la grande – la grande vie pour tous et, si ce n’était possible, au moins pour eux : il fallait bien commencer par un bout. Au début ils manquaient de références. La grande vie c’est quoi ? Puis les plus vieux se rappelèrent celle que jadis ils voyaient mener aux européens, les plus jeunes préfèrent apprendre dans les films ou à la télé. Danser, boire, manier de grands jouets, faire semblant de n’être pas jaloux de sa femme. Parce que la grande vie c’était bien, mais ils ne pouvaient la mener avec les paysannes boueuses et analphabètes, qui leur avaient servi jusque là d’épouses et d’exutoires. Alors après la guerre, les uns après les autres, ils avaient divorcé. Ils avaient épousé des bourgeoises ripolinées, avec des cheveux eau-oxygénés, plein de bijoux et qui parlaient français en grasseyant les « r » ; les plus chanceux, ou les plus inconscients, avaient épousé des européennes au cours des nombreux voyages qu’ils avaient effectués à travers le monde pour l’organisation. L’ennui bien sûr c’étaient les autres, ceux du dehors, qui n’avaient ni whisky ni épouses blondes et grasseyantes ni jeux de société. Comme on leur avait répété que le paradis était pour tous ils y avaient cru et ils pressaient sur les portes si fort qu’un de ces quat’ elles allaient céder. Les salauds !ils font exprès ou quoi ? Peut-être qu’ils ne se rendent même pas compte, ils ne voient pas que s’ils continuent à pousser, elles vont craquer les portes, et le paradis sera ravagé. Et qu’est-ce qu’ils auront gagné, ces imbéciles, une fois qu’ils auront ravagé le paradis ? De toute façon ils ne peuvent pas y entrer tous, l’espace est mesuré et eux font des enfants comme ils respirent. De temps en temps les élus entrouvraient la porte, par calcul. Ils en laissaient passer une pincée, mais – comme c’étaient toujours les plus malins- eux y gagnaient, parce que les nouveaux promus devenaient ensuite les plus féroces défenseurs de la porte. Quelque fois aussi par erreur, c’était un cave du genre de Mourad qui entrait. » (pp.7-8).
Dans sa traversée du désert, Mouloud Mammeri fabrique un héros qui vit dans la frousse de voir un jour à cause des méchants séparatistes mourir l’idéal qu’il se fait de l’Algérie et qui cherche à propager son effroi. Il côtoie d’ailleurs d’autres personnages du roman, ce sont ses compagnons de traversée dont les projets et parfois les mentalités sont différents. De Serge à Amalia deux journalistes européens, à Boualem l’intégriste musulman jusqu’à Ba Salem, le sage et le dernier représentant d’une culture qui se perd, enfin à la mère et à Tamazouzt qu’il retrouve lors du retour aux sources à Tasga, les souvenirs qui vont dans la continuité entre Taâssast, Tasga et le Sahara prolongent le drame et la dérision qui se trouvaient dans tout le pays.
Même les touaregs qui paraissent mener une vie simple, amoureux de la liberté, l’auteur les présente comme des êtres inspirant plus de pitié car leur désarroi est profond et dépassait un peu plus celui des autres. Et c’est pourquoi ils résistent farouchement à toute nouveauté et puis d’ailleurs, ils expriment leur hostilité envers toute intégration quelle qu’elle soit et ses instruments comme à l’école :
« … dans les reste de l’Algérie les parents font des pieds et des mains pour que leurs enfants entrent à l’école. Ici il a fallu leur envoyer les gendarmes …la semaine dernière les enfants se sont sauvé de l’internat. Nous avons repéré la direction qu’ils ont prise : c’est probablement celle de leur campement. Nous avons envoyé les gendarmes les récupérer. S’ils ne les ont pas retrouvés d’ici deux ou trois jours, les enfants vont mourir de soif…D’une façon générale ils n’aiment pas l’école ». (pp. 82-83).
Le touareg tient à sa liberté. Et les enfants qui refusent l’école veulent tous devenir chauffeurs pour justement réaliser cet idéal de liberté :
« …chauffeur, bon, dit le maître, mais expliquez-vous, pourquoi chauffeur ? Ahitaghel leva le doigt. Oui toi dit le maître. Parce qu’on va où on veut… » (p.86)
Qui lirait ce roman aimerait et vivrait lui aussi la traversée et voudrait découvrir le monde isolé du sable, des couleurs, des bruits, de la nature sauvage mais éblouissante animée par l’Ahals des uns et la Sbiba des autres qui prenait tout le monde dans son piège. La symbolique du sud et la création d’un monde d’images associant optimisme et délire qu’évoquait la vie nocturne du campement où le héros et ses compagnons se réfugiaient :
« L’horizon avala le soleil et tout de suite l’air se mit à brûler la peau comme une lame d’acier froide. C’était leur dernier campement en plein air. Comparée à celles qu’ils venaient de parcourir jusque-là, la piste d’In Salah était une promenade d’agrément. Le lendemain, si tout allait bien, ils seraient à Timimoune, dans la maison de Ba Salem, où Meryem leur servirait du petit lait acide et frais…Les étoiles jaillissaient du ciel par poignées. Un morceau de lune rouge écorcha l’horizon et, à mesure qu’il montait, les éteignait autour de lui. Les lits de camp étaient éparpillés sur le fond plat de l’oued, auquel les bagages jetés au hasard donnaient une allure de souk… . D’entre les cailloux du chemin de minces filets d’eau se mirent à sourdre. Ils luisaient dans un grand silence blanc. A mesure que Mourad montait, ils devenaient plus nombreux, ils se fondaient les uns dans les autres. De temps à autre fusaient des rires, que des baisers rapides étouffaient. Puis, dans une cuvette bleue, le lac étala sa surface lisse. Au- dessus se balançait le morceau de fer rouillé de la lune. Quelquefois la montagne le cachait, on ne voyait que les lueurs d’incendie qui éclairaient les rochers par derrière. Puis les ruisseaux se turent et le lac, au moment où les pieds en feu de Mourad allaient y plonger, se mua en un champ de cristaux de sel bleu pâle. Il ne restait que les rires et les baisers, qui glougloutaient derrière la montagne. Mourad alla vers eux, quoi qu’il suit que les rires et les baisers allaient disparaître, comme d’eau du lac et les filets argentés, et devenir à son approche le bruit du vent sur les arêtes aiguës des rochers. »
Le caractère du roman nous pousse à parler du style. Nous sommes ici en face d’un maître de l’écriture. Celui qui fait la jonction entre le roman et la poésie. Il faut dire que l’auteur se sert de son imaginaire propre pour bien s’exprimer par le biais de la métaphore poétique et l’utilisation abondante des mots que lui offre la langue de l’autre, le français. Sa maîtrise de cette langue, la beauté des métaphores, les images et l’élégance de la phrase font vite prendre conscience au lecteur que Mouloud Mammeri vit davantage dans l’univers de la poésie que dans celui de la fiction romanesque. Il échappe ainsi aux normes du roman traditionnel plutôt universel car connaissant bien sûr ce dernier, il nous livre une autre écriture, un genre nouveau dans une autre manière de concevoir des rapports véritables, inexorables dans l’histoire et c’est ça son roman à lui. Un roman réaliste, peut-être régionaliste dirait certains où la concrétisation du drame trouve refuge.
Il se distingue donc quelque part avec une écriture romanesque où l’on croirait qu’il voulait réhabiliter les réalités identitaires algériennes, les richesses culturelles et leur vérité afin de leur donner plein droit d’entrée dans la langue littéraire. Et l’intrigue se résume surtout à l’essentiel du drame qui se passe dans l’âme du héros « Mourad ». Aucun grand événement ne va se produire où il jouera un rôle de premier plan. Il n’en est rien : la lutte du journaliste pareille à celle de l’intellectuel, du citoyen ordinaire se livre dans le vide, ce n’est pas une faiblesse que marque l’auteur mais tout est dans la place qu’occupe le héros victime de la vérité qu’il cherche à laquelle il accède. Tout s’exprime dans cette fin naturelle ou subite qui l’arrache jeune et seul à son pays aux siens et à l’authenticité à laquelle il aspirait :
«Mais à quoi bon tricher ? Cela devait arriver, je veux dire : comme cela. Il aimait les marches à contre-courant. Ça cavalait partout autour de lui, lui s’est muré dans un rêve absurde. » (p. 183).
L’oeuvre de Mammeri toute entière s’offre à nous comme un réceptacle où le nord, le sud, l’eau, le sable, Tam1* et Tasga sont présents et révèlent une description d’un univers peuplé par les héros et leurs compagnons ; ces figures symboliquement crées dans l’unique but de décrire un paradis à la fois artificiel et éphémère pour ne pas dire perdu. Certains penseurs ou individus ordinaires diraient que Mouloud Mammeri impose son authenticité, d’aucuns verront que même s’il utilisait son écriture comme lieu de confession, il ne fait que s’élever par la puissante voix de l’écriture contre les ravages de l’idéologie néolibérale et la civilisation inconsciente.
Toutefois, que l’on parle de conscience personnelle, de vision pessimiste ou autre, l’essentiel est que Mammeri émerge dans un climat qu’il recherchait depuis toujours. Imposant son langage personnel ou vivant dans la mystique de l’échec de ses écrits, il savait pertinemment ce que c’est que le destin d’une histoire d’un peuple et de sa culture. A travers, Aâzi, Mourad Tamaâzouzt ou Ba Salem, Meryem et Amayas, il produisait une littérature du réel et de l’irréel et savait dirait-il déjà « que sous chaque ciel du monde la tragédie éclorait d’elle-même et n’y avait même pas besoin de forcer avec les mots : la réalité passait les phrases de si loin » (l’Opium et le Bâton). On croirait que dans ce dernier roman Mouloud Mammeri assumait son despremier « la colline oubliée » qui a été contesté, mais il le reprend. Et la continuité s’observe dans le rappel de ses personnages par le titre ou même par le héros qui retourne dans cette colline oubliée et y meurt :
Dans ce village oublié au haut d’une colline que la montagne ne protège plus des sauterelles ni du sirocco (il y a partout la route, l’électricité, le percepteur et le transistor) je me présenterai demain les mains nues, couvert du burnous ancestral, comme l’un des hommes qui l’ont fait durer jusqu’ici pour me distinguer de l’un d’eux, il faudra qu’ils y regardent de près. Ici j’ai vu le jour. Mon destin s’est inséré ici dans le monde. C’est ici que je le poursuivais désormais… »
Aussi par la voix de Mourad Mammeri évoque encore une fois tous les personnages de la colline oubliée: « La nuit était celle des sehdjas anciennes , et devant les yeux éblouis de Mourad se dressa tasga, le vrai, celui de Mokrane, de Mouh, de Menach et d’Aazi …. Mokrane et Mouh étaient morts, morts Raveh et son tambourin, Ouali avait été tué dès le début de la guerre sous prétexte qu’il était berbériste. Menach avait épousé Aazi, mais était-ce encore Aazi que cette femme qui lorsqu’elle revenait à Tasga, traînait dans les venelles sa silhouette exsangue ? Meddour et Davda habitaient Alger. Seule Sekoura, la mère de Tamazouzt, restait encore au village… » (p.51)
Revendiquer cette colline et ce premier roman est peut-être une façon de répondre au lecteur non averti de la littérature et de son oeuvre et de la façon dont il faut les aborder. Ceci dit en final Mouloud Mammeri a bien su réalisé le voyage de la vie par l’intermédiaire de son héros Mourad lequel, à son tour a su choisir le mot qui convient à son texte journalistique : « Une traversée, c’est le mot. Mea Culpa ! Je fais amende honorable. Il avait trouvé le mot. Ce texte qu’il écrit pour le journal était prémonitoire et c’est nous qui n’y avons rien vu. Nous nous croyions embarqués avec lui dans la même nef, pour la durée de nos vies. C’était une erreur. Il n’était, lui, qu’un compagnon de traversée. » (p. 186).
Mais après Mourad, après Mammeri, le soleil d’Algérie, du Sahara ou de la Kabylie n’a pas terni. Et si Mourad le héros de cette traversée est retourné aux sources pour mourir en silence et c’est lui qui disait : « Je n’ai pas encore mérité le divin néant, mais, quand après des millénaires mon âme demandera à revenir, je choisirai une autre planète de la galaxie, c’est sûr, car pour celle-ci, merci, je l’ai assez vue comme cela.» (p.173).
Et bien Mammeri qui meurt à Ain Defla a bien mérité ce divin et il faudrait mieux le connaître plutôt lire son oeuvre pour le juger, le contester et le critiquer. Qui est donc mieux placé que lui pour nous renvoyer à notre authenticité et l’harmonie humaine. C’est l’un des meilleurs rassembleurs des berbères et des humains. Il peut être vu comme l’homme du passé mais c’est celui-là qui reste lisons donc bien son oeuvre.
Hassina Kherdouci
Docteur en littérature et art
Département de langue
et culture amazighes






22 février 2013
Mouloud Mammeri