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Signe de barbarie: brûler le feu au lieu de s’y éclairer par Kamel Daoud

12 décembre 2012

Kamel Daoud

Finalement, le peuple algérien peut être divisé en deux sous un feu rouge dans un croisement désert : ceux qui s’arrêtent et respectent. Ceux qui vous dépassent et s’en vont devant vers encore plus de désordre dans la tête et la nation. Il faudra un jour réaliser un film par caméra fixe sous le feu rouge algérien : s’y révèle autant l’échec que l’endurance. Ceux qui vous dépassent sont plusieurs genres d’ailleurs : ceux qui vous regardent comme si vous étiez le parfait idiot du village post-62. Il y a ceux qui vous insultent tout simplement en baissant la vitre et le pantalon. Il y a ceux qui vous regardent avec haine comme si vous étiez la preuve vivante de leur mort sans preuves. Le dénonciateur muet de leur manque de civisme et d’éducation. Le reflet inversé de ce qu’ils auraient pu être. Dans la catégorie, il y a même ceux qui ne vous regardent même pas. Vivants d’une autre planète qui n’a pas le temps d’être comme vous ni de jouer votre jeu. Ceux-là ont dépassé la nation, la nationalité et le nationalisme.

L’autre moitié du peuple est celle comme vous : qui s’arrête et attend. Dans l’énigmatique geste du respect de la loi sans peur de la sanction. Dans l’équilibre précaire entre devoir intime et conscience. Ceux qui s’arrêtent sont aussi plusieurs genres : ceux qui refusent d’être des sales  » arabes « . Ceux qui respectent la loi parce que dans leur tête règne encore le maître d’école de leur enfance, l’enseignant qui a planté le drapeau et la morale dans le vide de leur lune initiale. L’image des parents, du surmoi, du moi. Et il y a ceux qui le font par habitude, la bonne habitude qui se perd avec les orangerais, les vieux robinets et les arbres d’autrefois. Et il y a ceux qui respectent le feu rouge en plein désert parce qu’ils ne veulent pas s’avouer vaincus devant la part ténébreuse du peuple, la part ténébreuse de leur âme. Ceux-là qui luttent en eux-mêmes contre la tentation de l’anarchie post-62, le fatalisme et la débandade. Ceux qui respectent donc le feu rouge parce qu’il s’agit de ne pas céder à la bête en soi. On peut citer aussi ceux qui le font par respect pur et indépendant et volontaire de la loi. En souvenir des années 70 qu’ils ont vécu eux ou leurs parents. Et ceux qui ont voyagé en Occident aussi et qui sont revenus avec la volonté de respecter au moins le feu rouge. Liste close ? Non. Il y a les biens élevés vers le ciel. Il y a ceux qui s’arrêtent parce que vous vous êtes arrêtés uniquement. Ceux qui craignent qu’il y ait quand même un policier caché quelque part derrière une feuille d’arbre. Ou qui se souviennent de la présence positive de la France.

L’essentiel est que le respect du feu rouge en plein désert n’est lié ni à l’âge ni à la religion : on peut voir des barbus qui grillent le feu rouge parce que le feu rouge n’est pas cité dans le Coran. Des policiers le grillent quand ils sont en civil. Le feu rouge est lié à l’invention du feu : c’est ce qui tranche entre l’histoire et la préhistoire. Il est le lieu au fondement de la morale kantienne qui oblige la raison à tenir debout sans les béquilles de l’enfer ou de la peur. En Occident, la raison est âgée d’à peine quelques siècles. Ici on est encore dans l’animisme et la pensée magique. Les idéologies collectivistes comme l’islamisme ou le socialisme ont tendance à encourager les anonymats et donc les infractions. C’est notre cas. Des siècles après Ibn Rochd qui s’est penché sur la question (Morale fondée sur la conscience, sur le savoir ou sur la peur de la punition divine ?) le feu rouge est moins respecté que le feu de l’enfer. Ibn Rochd a échoué et il le savait dans la tristesse. La Morale n’est fondée que sur la peur. Sans l’enfer, Dieu n’aurait même pas été agréé comme concept. Ou juste toléré. Plus bas sur l’échelle, on comprend l’essentiel : tant qu’on ne respecte pas un feu rouge en plein désert, le désert s’étendra.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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