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«Bungalow 33» et les républiques locales par Kamel Daoud

11 décembre 2012

Kamel Daoud

A Beni-Saf, dans l’ouest de l’Algérie, on l’appelle l’affaire du « Bungalow 33 ». Des juges, des magistrats, un cadre de la wilaya sont arrêtés dans le bungalow en question et inculpés pour création de lieu de débauche, séduction de mineurs, folies et orgies. L’affaire fera boum dans le ciel et dans les bureaux du ministère de la Justice qui y enverra un inspecteur. Sauf que quelques semaines après, elle est tout simplement réduite à une blague : l’affaire est requalifiée lors du procès qui eut lieu cette semaine, puis ses suites abandonnées pour vice de procédure. Les gendarmes n’ayant pas à faire cette perquisition selon le tribunal, on cherche maintenant celui qui a dénoncé les fêtards et le procureur a abandonné les charges contre les prévenus qui ne se sont même pas présentés au procès. La justice algérienne est souveraine mais on peut s’asseoir dans un café comme le faisaient tous les Algériens durant la colonisation, et commenter l’injustice et le destin et gémir. Il est rare que le représentant de l’Etat, dans un tribunal, fasse un aussi exact virage à 180°. Cela mérite la grimace. On sent presque une sorte de solidarité de corporation dans l’atmosphère de ce procès qui aurait dû être filmé pour servir de pédagogie. Vice de procédure et annulation des poursuites sont un don du ciel dont n’a pas bénéficié un militant des droits de l’homme, Zaïd Yacine arrêté à Ouargla pour avoir frappé la main d’un policier avec son visage. Le procès du « Bungalow 33 » est un magnifique morceau qu’il faut méditer.

La raison de cet intérêt éditorial ? Anthropologie du politique : en Algérie, il est vrai que la dictature est molle. Le pays n’est pas un royaume de Moubarak mais surtout l’expression d’un curieux mélange technique : un Bouteflika au sommet enfermé dans un miroir, entouré de Bouteflikistes attentifs à son règne qui les nourrit. Des ministres qui « ministrent » et des corps constitués qui surveillent. Où est la dictature en Algérie ? Elle n’est pas, à proprement parler, à Alger mais dans l’Algérie qui l’entoure. La décennie 90 a enfanté une culture et des générations de potentats locaux qui fonctionnent parfois par alliances : un wali, avec son délégué de sécurité, les chefs des corps, des hommes d’affaires, des intermédiaires : une sorte de « main» qui fera et osera ce que Alger ne fait pas et n’ose pas. Un chef dans un village est plus dictateur, en Algérie, qu’un ministre ou un Général, à Alger. Les dictatures en Algériesont locales : elles s’entretiennent, se soutiennent, organisent l’omerta et la complicité. L’affaire du « Bungalow 33 » est presque impossible à ficeler ouvertement à Alger, c’est une pirouette dans les wilayas profondes et les petites daïras. Les dictatures locales s’organisent dans un rapport de servilité mais aussi d’autonomisation vis-à-vis d’Alger et du pouvoir central. Au ministre ou à l’inspecteur qui se déplace dans le baronnât local, on lui sert ce qu’il veut et peut entendre.

Après son départ, la confrérie s’organise selon ses intérêts, en attendant la prochaine «visite d’inspection et de travail». La fraude électorale s’explique aussi, en Algérie, par ce système de dictatures locales qui veillent au choix des maires affidés, plus que par une instruction centrale directe. Le plus grave est cependant, que ces confréries exercent maintenant presque ouvertement : dans un rapport d’égalité avec le «Centre». Avec la force de corporations fortes et solidaires avec lesquelles le Centre devra négocier. Que d’affaires de Fils de… et d’amis de… étouffées dans les petites villes. De véritables chroniques sur des dictatures locales avec père du peuple, coup d’Etat, vols, agressions, menaces et fraudes et monarchies réelles. Le Benalisme (avec femme et enfants et détournements) n’est pas une réalité nationale en Algérie. C’est une réalité locale, en mosaïques, décentralisée. C’est plusieurs bungalows, partout dans le pays.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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