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Livres : pays perdus, amours éperdus ! par Belkacem AHCENE-DJABALLAH

7 décembre 2012

Belkacem AHCENE DJABALLAH

La meilleure façon de s’aimer. Un roman de Akli Tadjer. Apic Editions. Alger 201 (Jean-Claude Lattès, Paris, 2012). 172 pages, 600 dinars 

Une histoire d’amour bien de chez nous… mais qui se passe là-bas, bien loin du pays natal qui ne quitte pas les peaux, quoi que l’on fasse. Une histoire d’amour (maternel et filial) entre une mère et un fils, assez enfant gâté, que rien n’arrive à séparer, malgré les incompréhensions et les petites jalousies. Même pas la maladie, même pas les souffrances physiques et les souvenirs douloureux, même pas la mort. Au contraire, elle (la maladie de la mère) arrive à les faire se retrouver… avec pour seuls échanges les regards et les silences. Auparavant, habitant pourtant côte à côte, sur le même palier, ils étaient à des années-lumière l’un de l’autre. Une incommunicabilité quasi-totale… que nous vivons chaque jour.Une histoire racontée à deux voix : celle du fils, brutalement livré au chômage, se retrouvant entre une amante assez «égoïste» et celle de la maman, murée dans son silence sur un lit d’hôpital à Paris mais qui nous livre ses secrets et ses histoires d’amour bâclées, faites de violence et de trahisons… en Algérie. Avec, tout au bout de sa mémoire, au tout début de sa vie de jeune femme, encore jeune fille, une enfant, «une fille en robe jaune», très tôt «abandonnée». Avec un enfant devenu homme et qui ne cherchait qu’à avoir, dans le cœur de sa maman, «une place, une vraie, pas un strapontin».

Avis : Emotion, tendresse, et aussi, un brin d’humour (une spécialité de Akli Tadjer). Tout y est. Ajoutez-y le style fluide et l’écriture limpide, sans fioritures. Du bon Tadjer qui écrit ses romans aussi bien pour des lecteurs que pour des téléspectateurs. N’oublions pas que ses deux premiers ont déjà été adaptés à la télévision… et au cinéma («Il était une fois… peut-être pas») A lire. Mais, gare aux larmes.

Phrase à méditer: (extraite d’une interview de l’auteur in Liberté du 24 octobre) : «La meilleure façon de s’aimer, c’est de le prouver avant qu’il ne soit trop tard. La meilleure façon de s’aimer, c’est finalement de laisser à l‘autre toute sa liberté»

La salle d’attente. Un ouvrage historico-mémoriel de Fadela M’Rabet. Editions Dalimen. Alger 2012. 98 pages, 600 dinars

Elle a déjà produit plusieurs livres, jamais décevants, tant par leur style que par leur engagement total, selon le sujet abordé : la femme algérienne dans les années 60, la famille et le pays, citoyenne du monde… et, depuis la fin des années 2000, l’Algérie d’aujourd’hui. C’est certainement le livre le plus abouti. Un texte très court et d’une lisibilité quasi-facile malgré la gravité des sujets et la hauteur des propos.

Essai philosophique ? Pamphlet socio-politique ? Chronique d’une société «bloquée»? Hymne à la femme ? Procès du patriarchat? Chant d’amour pour l’Algérie ? Nostalgie d’un passé bel et bien disparu ? Appel à d’autres (vrais) révolutions ? Ecrit contre l’obscurantisme et le conservatisme ? Procès des politiques ? Un peu de tout, de tout un peu, mais surtout des sujets multiples et divers qui découlent tous d’une grande déception, en même temps que d’une fierté sans limite pour le pays. Presque du «nationalisme»… presque chauvin.

Avis : Conseillé seulement à ceux qui aiment les femmes…, la liberté et leur prochain

Phrases à méditer : Beaucoup, beaucoup trop, tout l’ouvrage est à méditer. Quelques-unes pour la «route» ! : «Les Algériens ont toujours l’impression que leur malheur n’est pas définitif dans cette vie qui n’est pas la vraie vie» (p.30), «Nous restions exposés à trois sources d’aliénation :celle du pouvoir patriarcal, celle du pouvoir colonial, celle du pouvoir postcolonial» (p.41),

«Nous attendons depuis si longtemps que nous ne savons que désespérer» (p.87), et, la meilleure à mon avis, «A la maison comme à l’école, on n’apprend plus comment vivre, mais comment se préparer à la mort» (p.96).

La Maison du Neguev.

Une histoire palestinienne.

Un recueil de souvenirs de Suzanne El Farrah El Kenz.

Apic Editions, Alger 2009, 159 pages, 400 dinars

Née à Ghazza, dix années après la naqba. Et, puis, ce fut l’itinéraire habituel des exils forcés, exils ou fuites acceptés par certains, rejetés par d’autres, exilés ou fuyards obligés de (re-)partir juste au moment où l’on croyait (enfin) pouvoir se reposer, le bonheur retrouvé, et entamer une nouvelle vie. L’Egypte, l’Arabie Saoudite, l’Algérie, La Tunisie, La France… avec le secret espoir de se fixer définitivement quelque part auprès de l’homme aimé (lui aussi, un moment traqué et obligé de fuir les barbares) et les enfants… encore qu’au fond de soi demeure cette flamme, petite certes mais toujours là, portant la chaleur du pays perdu. C’est là, en fait tout le drame de l’auteure. Elle est obsédée par sa Ghazza. Ghazza «palpite en elle et elle ne l’a jamais quittée». Il faut lire et relire et encore lire et relire les cinq pages (80, 81, 82, 83 et 84) ô combien sublimes, réalistes, douloureuses et poétiques tout à la fois, consacrées à cette passion dévorante qui l’habite depuis qu’elle a pris conscience, encore toute jeune fille, de son amour du pays natal à travers les cris de douleur de sa mère qui était revenue revoir sa maison familiale désormais «occupée».

Une douleur qui se répète et qui n’en finit pas. Plusieurs années après, elle veut revoir sa Ghazza, sa maison familiale… en emmenant (entraînant ?) cette fois-ci, avec elle, son encore jeune garçon. Un pèlerinage douloureux d’autant que l’occupation israélienne a fait tache d’huile et a bloqué toutes les issues, balayant presque tous les passés. La maison familiale est devenue une synagogue, et elle ne peut même plus y entrer. Qu’offrir donc à son fils, un Algérien qui ressent mais ne comprend pas encore ce que sa mère veut lui transmettre comme passé (un «legs empoisonné»?).

Trop tard, trop lourd, trop compliqué, trop lointain, trop sombre pour lui ? Un embrouillamini. «Un véritable casse-tête qui brouille l’existence». Réaliste et dramatique comme épilogue. La cause profonde : peut-être ces premiers départs au lieu de rester et de résister. Mais à qui la faute ? Aux Palestiniens eux-mêmes ? A leurs dirigeants ? Aux pays arabes ? A certains dirigeants de certains pays arabes ? Au terrorisme… et à l’argent sionistes ? Aux pressions des grandes puissances ?

Avis : Un livre superbement écrit. Avec le cœur. Avec les tripes. Avec les larmes au fond des yeux. Un livre qui se lit avec facilité. Qui vous fera aimer encore plus la Palestine. Qui vous fera mieux comprendre la douleur des Palestiniens, première et deuxième générations de l’exil. Un livre douloureux, mais beau ! A lire abssssssssssssssolument.

Phrase à méditer : «Je l’ai abandonnée (la Palestine) à son sort et elle m’a rendu le mien».

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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