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Le hadj, rituel religieux ou foire d’empoigne ? par Farouk Zahi

23 novembre 2012

Farouk Zahi

Lundi 12 novembre, aéroport Houari Boumediene. Il est presque 20 heures, le temps maussade délivre un crachin continu et glacial. Le vol «Saudi Arabian Airlines» venant d’Al Madinah est annoncé pour 21h10 mn. 

Les parents des nouveaux hadjis sont «parqués» en dehors de l’enceinte de l’ancienne aérogare des lignes domestiques. Pour y arriver, il faut garer son véhicule au niveau du parking principal et parcourir la longue distance à pied. Sous la pluie, le parcours n’est pas aisé pour les personnes relativement âgées ou à mobilité limitée. Les quelques chanceux parmi le public, accéderont à l’immense hall d’embarquement où l’espace sidéral peut contenir jusqu’à cinq cents personnes. A 20 h 55, l’avion, un Airbus 330 est déjà sur le tarmac. Une porte dérobée est ouverte au public, tout le monde veut s’y engouffrer en même temps, alors que le débarquement n’avait même pas commencé. Dès l’apparition du premier hadji, une clameur s’élève de la foule, franchement, excitée. Une course effrénée, armée d’un chariot à bagages, se déclenche sans raison apparente. Un vieux hadji, apparemment, harassé regardait la scène presque désabusé. Le tapis roulant mis en branle tournait à vide en faisant un bruit de moulin à grains, ce qui n’empêchait pas certains de s’agglutiner autour pour être les premiers servis. Les clameurs et les youyou fusaient à chaque apparition de pèlerin. Le charivari atteignait son comble au sortir du dernier hadji. On s’arrachait les colis, les valises et les gros ballots. On criait à tue tête pour se faire entendre par l’accompagnateur, juché sur le tapis roulant.

Devant l’étonnement généré par la cohue, le vieux pèlerin partit d’une diatribe que seuls les aïeux peuvent asséner : «Yaou…El Balouba kheir mina !» Pour continuer : « il faut les voir à Mecca et à El Madinah. Quant l’ascenseur ne peut prendre que 10 personnes, ils montent à 15. De Mina à Arafat, il faut voir «debahdil», indisciplinés comme ils sont, ils ne prennent pas le bus qui leur est affecté et identifié par un numéro bien mis en évidence, mais ils arraisonnent d’autres bus pour y monter de force. Les conducteurs, la plupart égyptiens, souvent intimidés par les vociférations, laissent faire. Et c’est ainsi qu’ils débarquent leur cargaison, loin des campements. Certains hadjis, diminués physiquement, ont du marcher sur de longues distances sur un terrain escarpé. Ces escalades forcées ont été une rude épreuve pour l’état de santé de beaucoup d’entre eux.» Après, un assez long silence, le vieux hadji repart de plus belle dans la description du tableau de campagne. Il faut les voir à «Bir Zemzem»…ils se croient au hammam du quartier. Le plus déprimant, c’est qu’ils arborent l’emblème national comme pour dire à «Ledjnass» (nations) voilà…c’est nous les Algériens. Un membre de la mission officielle nous a même avoué que des policiers les ont délogés parce que, ils étaient justement Algériens ! Ah ces gens… ils n’arrêtent pas de porter préjudice aux bonnes manières même aux Lieux Saints. J’en suis remué mon fils par, ce que j’ai vécu là-bas. Changera-t-on, seulement, un jour ?

La cohue est maintenant à son comble. Après les bagages, c’est au tour des jerricans remplis de l’eau bénie de Zemzem. Les contenants vont de la bonbonne de 30 litres au jerrican de 10 litres, pas moins. A raison de 10 litres par hadji, l’avion aura ramené dans ses soutes, 2,5 tonnes de charge hydrique. Les chariots, hyperchargés sont présentement, lancés à vive allure pour enfin aboutir à un interminable bouchon à la sortie. D’un air bienveillant, les policiers ne peuvent qu’observer le carrousel mystique. Certains hadjis, semblaient affirmer leur nouveau statut par un accoutrement saoudien des plus excentriques. Ils faisaient tâche dans la foule. Le vieux hadji qui n’a, apparemment, perdu aucune séquence, se remet à sa «vindicte» : «Il faut voir les chambres et les sanitaires dans quel état, on les a laissés… dans un bus, un sexagénaire, a, après avoir rempli sa panse de victuailles, jeté les restes, sans vergogne, à travers la vitre ignorant superbement la petite poubelle bien mise en évidence dans la coursive» «…les membres de la mission ? Après le pointage matinal, point de «mourchid» ni d’encadreur, ils se fondent tous dans la foule. Il faut voir, ce qui se passe dans la «Raoudha» (sanctuaire du prophète QLSSL). C’est l’hystérie collective, et ça rappelle étrangement ce qui disait Aboubakr aux fidèles, lors de la disparition du Messager de Dieu : «Si vous adoriez Mohamed, Mohamed est mort…»… «La bousculade, indigne, ne tient compte ni du lieu ni de la charge spirituelle qu’il charrie. On se croirait dans un sanctuaire maraboutique où la «Hadra» fait loi.» Après un soupir dépité, le vieux hadji termine sa narration par cette note pessimiste : «Jusqu’à quand permettra-t-on à ces énergumènes de porter préjudice à toute une nation. Ne faut-il leur faire faire un stage préliminaire comme le font si bien les Asiatiques ?… Nos dirigeants n’en sont pas capables…ils n’oseront jamais ! La preuve, ils n’ont rien fait pour les hadjis qui se sont querellés à coups de couteau pour on ne sait qu’elle broutille.»… «Je ne terminerais pas sans évoquer, cette course folle vers la passerelle de l’avion, comme si celui-ci allait partir sans eux. A l’intérieur ce n’est pas le bagage à main, mais de grosse malles qui encombrent le couloir. Et ce n’est que de mauvaise grâce, que les propriétaires obtempèrent aux injonctions du personnel de bord. Voici, mon fils, comment s’est métamorphosé un rite, originellement spirituel, en une opération où beaucoup de prédateurs ont trouvé leur compte. De toute façon quelque soit le nombre de pèlerinages que l’individu effectue dans sa vie, il ne lui sera compté qu’une seule au titre du devoir. Le reste ne peut être que surérogatoire».

Le vieux hadji qui semblait attendre quelqu’un, se leva à la vue d’un jeune homme, en toute apparence, son fils. Celui-ci, portait à bout de bras une valise et un petit baluchon en bandoulière. Ils rentraient simplement chez eux. Dehors, la pluie fine a eu raison des personnes nombreuses qui attendaient patiemment. Mouillées et grelottantes, elles reprirent le chemin du retour vers le lointain parking, mais cette fois ci, lourdement chargées de bagages.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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