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Qui connaît l’adresse de l’organe de lutte contre la corruption ? par Kamel Daoud

14 novembre 2012

Kamel Daoud

Comment lutter contre la corruption en Algérie ? Ne pas lutter. Laisser l’argent volé aux voleurs et leur demander juste de le garder ici au pays, d’en faire des usines, de la richesse et de la plus-value. Solution utopique : pour les corrompus, le pays n’est pas viable, la terre n’est pas stable et le but est de traire la vache, pas d’en faire une amie. Le régime ne s’est jamais fait confiance et n’inspire pas confiance aux siens, encore moins qu’à nous le peuple qui regarde et qui grossit. 

Peut-être lutter contre la corruption, mais par le bas. Explication : un jour, le chroniqueur avait discuté avec un procureur à Oran, auteur d’une enquête sur la corruption au guichet de la mairie, auprès d’employés, pour obtenir un extrait de naissance : 200 DA la pièce. Selon ce procureur, il faut lutter contre la petite corruption qui malmène la vie quotidienne de l’Algérien. Le principe de : je commence par ce que je peux. Cela est à bénir. Mais ne peut suffire. Trop lent, trop peu, trop rien.

Peut-être lutter par «l’exemple» ? Un Français qui avait vécu en Indonésie, expliquera au chroniqueur qu’il suffit de donner deux ou trois bons exemples pour que la tendance s’inverse. «Oui, mais lesquels ?», dira le bon sens algérien. Du coup, la question, en plus d’être technique, devient philosophique. A quelle date doit commencer la Justice ? A l’Indépendance ou à partir des dernières révélations d’Algérie News ?

Peut-être par le haut, mais par qui ? Ils sont trop. Les Egyptiens et les Tunisiens avaient la chance d’avoir une famille régnante pas un règne flou. On décapite une tête. Quand il s’agit de centaines de têtes, cela s’appelle de la mauvaise herbe.

Peut-être ne rien faire et demander à Dieu la justice. Oui sauf que la corruption n’est pas une injustice esthétique mais un coût économique : cela s’indexe sur le produit que vous achetez. Cela vous coûte en temps car vous attendez une demi-journée pour un extrait de naissance là où avec 200 DA un autre prend votre place et attend une minute. Cela augmente l’autre et vous diminue. Cela lui donne de la valeur et vous vole la vôtre. Cela l’enrichit et vous appauvrit.

Peut-être écrire à l’organe national de lutte contre la corruption dont les membres ont prêté serment devant Bouteflika le 4 janvier 2011. Oui, mais qui en connaît l’adresse ? Les noms ? Les salaires ? Personne, sauf les humoristes.

Peut-être en devenant soi-même corrompu. Oui mais cela n’est pas évident : il faut être élu, désigné, gradé, informé, parrainé, protégé, délégué, poussé. Autant de métiers qui ne sont pas ouvert à tous. Un seul héros le peuple, un seul corrompu le régime. Trop d’anonymes dans l’équation post 62. Les islamistes ont même inventé la fatwa du «voler un voleur n’est pas voler».

En fin de compte, encore et toujours, la question qui se pose en Algérie depuis les bijoux du FLN pris à nos mères après l’indépendance : peut-on lutter contre la corruption en Algérie ? Etrange question car le dossier est lui-même étrange : on connaît les noms, les gens concernés, où ils habitent, le numéro de compte, la somme d’argent, le métier, l’âge, le sexe et la couleur du cheveu mais cela ne mène à rien. La raison ? Mécanique : pour lutter contre la corruption, il faut être trois : un Etat, un corrompu, un dénonciateur. Il manque l’Etat puisque le dénonciateur est le bon peuple, l’opinion assise, la presse ou la bouche. Le corrompu, chacun sait qui il est et comment il fait. Manque donc l’Etat. Et c’est donc mécaniquement pire quand le corrompu est lui-même l’Etat qui doit trancher. C’est-à-dire quand la main à trancher est elle-même la main qui coupe et qui en même temps nous fait un bras d’honneur.

Donc quand on dit qu’on a un dossier sur un corrompu, il faut trouver une poste et, surtout, une adresse pour le courrier. Là, le régime invente de temps en temps de fausses adresses : des commissions de lutte contre la corruption. Poste restante de nos vœux de blancheur. Mais on sait tous, depuis des décennies que c’est une fausse adresse pour des lettres mortes. Donc à la fin ? On est désespéré : on sent la main qui nous palpe la poche et nous vole l’argent et se fait de l’argent avec notre argent mais on ne peut rien. On connaît les noms mais cela ne sert à rien. On écrit et on révèle et cela ne sert à rien. A rien ? Peut-être au moins à dire qu’on n’est pas eux. Petite satisfaction sous forme de chewing-gum à mâcher. Pour le moment.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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