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VOGUE LA GALÈRE Par Farid Ghili

8 novembre 2012

Contributions

Voxpopuli : L’HISTOIRE DE KORSANI GHENNEM :

L’œuvre magistralement interprétée par El Hachemi Guerouabi ne cesse de susciter des commentaires élogieux et dithyrambiques, à juste titre au demeurant, sur la toile.
Rarement, un texte aura fait couler autant d’encre concernant sa paternité. Comme c’est souvent le cas pour les textes anciens notamment du «melhoun», puisés des terroirs du Maghreb, les auteurs sont difficiles à identifier en raison principalement du mode de transmission oral, qui a la particularité de conférer une prépondérance au texte au détriment de son auteur. Cette forme de communication ancestrale, outre les dangers d’une modification, voire d’une altération du texte originel, risque de voir le souvenir de l’auteur s’estomper petit à petit pour s’effacer à jamais de la mémoire collective. Comme la nature a horreur du vide, certains tenteront de s’approprier indûment une propriété intellectuelle tombée de facto dans le domaine public. En ce qui concerne le texte, structuré pour une narration publique, rendu célèbre par la grâce de la sublime interprétation de Guerrouabi et d’un support musical approprié (la touche de Skandrani est patente), ce n’est pas tant l’auteur (qui n’intéresse apparemment pas grand monde) qui a donné lieu à ces débats, mais bizarrement la nationalité de son auteur. Ainsi, l’auteur étant inconnu du grand public, il a été décidé (vox populi vox dei) de nationaliser le texte en décrétant d’une manière péremptoire qu’il narrait les exploits des corsaires algériens lors de la bataille de Malte. Or, une probité intellectuelle minimaliste nous contraint à restituer sa vérité à l’histoire, à savoir que ce texte fait l’apologie des corsaires de Sale (Maroc) et pas des corsaires d’Alger, même si notre orgueil national doit en souffrir. Pour la bonne compréhension, il est utile de rappeler le contexte. 
Les pirates de Bouregreg

Au XVIIe siècle, suite aux édits d’expulsion promulgués en 1609/1610 (janvier), par le roi Philippe III d’Espagne, une vague de nouveaux saletins (plus de 30 000 andalous et 10 000 hornacheros), s’installa à Sale-le-Neuf (RABAT actuellement) et sur l’autre rive de l’oued Bouregreg (d’où l’appellation des pirates de Bouregreg). Mus par un désir de vengeance à l’encontre des Espagnols, ils s’allièrent aux pirates étrangers (hollandais, portugais, anglais, mais aussi tunisiens et algériens) qui partageaient les mêmes objectifs*. Parmi ces pirates, qui deviendront pour certains des corsaires dès lors qu’ils activaient pour le compte (du moins en partie) de leurs autorités, un certain Mourad Raïs, qui deviendra le 1er gouverneur de la République (éphémère) de Sale fondée en 1627. (Mourad Raïs le jeune, Jan Janssen ou Janszon, hollandais, capturé en 1618, aux îles Canaries a été envoyé comme captif à Alger où il se convertit à l’islam. Le puits qui prit son nom musulman de Mourad Raïs serait (?) son don, à l’occasion de sa conversion, comme la coutume l’exige des renégats. Mais lassé, il revient à Alger en 1627. Capturé en 1638, par les chevaliers de Malte, il s’échappa quelques mois plus tard. La période de gloire des corsaires de Sale ne dura que 2 siècles (17e et 18e siècles), elle prit fin lorsque le sultan Mohammed III signa des traités de paix avec les puissances européennes. C’est ainsi que Sale tomba dans l’oubli. Alger, qui commença la course avant le XVe siècle, perdura dans cette activité. Cependant, à partir de la fin du XVIIIe siècle et début du XIXe siècle, cette activité s’étiolait et devenait de moins en moins lucrative pour les corsaires, eu égard aux traités de paix conclus avec les puissances de l’époque, comme le fit Sale un siècle plus tôt et l’affaiblissement progressif, voire la décadence de l’Empire ottoman. La conjonction de l’ensemble de ces événements permit aux Espagnols, Français et autres puissances européennes d’instaurer une domination sans partage de la mer Méditerranée. Durant ces siècles d’apogée, la marine saletine rayonnait sur l’Atlantique pendant que les corsaires d’Alger étendaient leur pouvoir sur la Méditerranée, ce qui n’empêcha pas des actions conjointes des deux marines, notamment en Islande.
N. B.1 : Le texte sublimement interprété par Guerrouabi a été légèrement adapté en introduisant un istikhbar puisé du domaine public et modifiant quelques strophes. Il est clair que sans la magistrale interprétation de Guerrouabi associée à un support musical fusionnel, ce texte du melhoun serait demeuré inconnu du grand public.
N. B. 2 : Les corsaires ont également joué un rôle important dans la vie économique et sociale de la cité. En effet, les butins contribuaient à la richesse de la cité grâce aux transactions de toutes natures qui ont lieu à l’arrivée et après le retour des corsaires. Ainsi, les captifs qui augmentent l’importance de la population donc le chiffre d’affaires des commerçants, apportent également une main-d’œuvre et un savoir-faire, à moindre coût, d’une part, et les marchandises de toutes natures sont soit vendues localement soit exportées, d’autre part. Toutefois, circonscrire la course dans un but purement économique serait la vider de sa substance patriotique. En effet, la pratique de la course s’apparentait également à des actions subversives sous la forme d’une guérilla maritime qui avaient l’avantage de créer une insécurité pour les puissances chrétiennes de l’époque, leur démontrant ainsi qu’elles n’avaient pas la mainmise maritime.
N. B. 3 : Ce type de récit (tel celui qui fait l’apologie du corsaire) est repris dans les places publiques par des narrateurs publics.
N. B. 4 : La digression relative à Mourad Raïs nous a conduit inévitablement à prendre un raccourci pour aboutir, trop rapidement, au puits et à la fontaine de Bir Mourad Raïs ; cette légèreté dans mon cheminement est symptomatique de l’importance accordée à un seul référant, en l’occurrence le nom (ou surnom). Or, en 1581, selon Diego Haedo, donc antérieurement au Mourad Raïs en question, on recensait à Alger pas moins de 3 Mourad Raïs : Mourad Raïs le grand (renégat albanais), Mourad Raïs Maltrapillo (renégat espagnol) et Mourad Raïs le petit (renégat grec). Attribuer la donation de la fontaine ou du puits à l’un ou à l’autre est hypothétique ; les dates supposées de cette réalisation sont trop divergentes pour être fiables et ne concordent pas, en outre, avec l’époque des faits.
N. B. 5 : C’est ce même Mourad Raïs le jeune (Hollandais) qui ira livrer batailles en Islande et à Boston (Amérique).

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/11/08/article.php?sid=141178&cid=49

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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