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Que reste-t-il de nos amours de Novembre ? par El Yazid Dib

3 novembre 2012

El Yazid Dib

Sont-elles fanées ? Ou bien le temps a avachi leur fragrance ? Il ne reste rien ou presque. Si, quelques souvenirs d’histoire chez certains. Une affaire occasionnelle chez d’autres. 

Contrairement aux sens que peut provoquer la lecture d’un manuel scolaire, le sentiment fouineur et extasiant de l’histoire dépasse en long et en large la simplicité d’un fait ou d’un évènement. L’histoire est donc une succession d’apparition. Tout se déterminera par l’usage que l’on voudrait faire des faits authentifiés comme tels. Ainsi l’histoire est une et unique. Elle vous pourchassera ou vous comblera. Parfois ce seront les décisions silencieuses des hommes qui auront à façonner le canevas de l’histoire, quand ce ne serait plus l’exigence circonstancielle, commandant la présence d’hommes exceptionnels ; à décrire l’homme d’histoire. Le dilemme est toujours de mise. Qui de l’histoire et de l’homme crée l’un ou l’autre ?

Dans la vie des cités, la référence demeure celle évidemment relative à l’attache ancestrale au même titre que l’individu. Le premier novembre chez nous est-il exclusivement une date particulière, une journée chômée et payée que les gouvernants tentent à chaque échéance d’en donner le maximum d’éclats par des manifestations culturelles, sportives et autres ? Ou serait –il un arrêt mémorial que l’on devait observer chacun à sa façon mais tous par la même intonation intérieure. Le vivre en silence, par pensée, résurrection, simulation, errance et voyage en arrière du temps ne suffit-il pas pour que l’on puisse en faire un menu, d’une soirée folklorique, d’un visionnage de film ou d’un tournoi footballistique ? Ce premier novembre ; la grille télévisuelle n’accrochait pas d’innombrables adeptes vers les affres scéniques de quelques documentaires sans débats sur la thématique du jour. Ainsi dans nos boulevards, nos quartiers et nos villes, un premiers novembre s’annonce par les couleurs des fanions et autres guirlandes que la mairie le plus souvent sous l’impulsion traditionaliste du wali tend à mettre en exergue. Il leur est un programme. Fêter et faire fêter le premier novembre ou toute autre « fête » nationale par sa population est devenu une mission tout aussi banale que celle d’attrouper les éternels constants invités en la circonstance.

Loin dans les méandres de la douleur algérienne, le soleil ne brillait que par touches d’espoir rattaché au bout d’un fusil ou d’un mauser subtilisé voire d’un poing nu mais décidé à briser à jamais le joug colonial. Dans les rues, dans les campagnes, les monts et les douars ; l’heure n’était qu’une question d’hommes, de circonstance et de farouche volonté. Ce novembre avait été, le recouvrement de la liberté le prouve ; un assaut final à toute les péripéties du mouvement nationaliste qui sans symbiose unitaire retardait la résolution finale d’en terminer à jamais la souffrance contraignante qui s’abattait depuis plus de cent trente années sur le peuple algérien. Avant durant et peu après ce versant décisif de l ‘épopée nationale ; la solidarité ne se limitait pas dans la gestion de diar errahma, ou maïdat ramadan. L’un fut le frère de l’autre. Le lien sanguin ou parental ne donnait pas aussi l’identité familiale. Tout fut une famille. La misère les unissait. Il ne s‘agissait pas d’une exception ou d’un excès de soutien de l’un vers l’autre. L’on pouvait partager un rien. Pourvu que l’on ait ce désir ardent de pouvoir et d’accepter de l’effectuer sans coup férir. Les qualités intrinsèques dont jouissait la population ponctuelle d’alors provenaient justement du besoin commun entretenu dans la structure mentale de chaque « citoyen ». Il n’y avait que des citoyens français. Puis franco-algériens ou musulmans. Sans savoir, sans culture sans instruction, avec toute une niaiserie, des espoirs et de fortes sensations, cette population aimait, sans la connaître la liberté, adorait sans l’avoir exercée l’indépendance. Pour rendre apte aux étapes d’une concrétisation, l’ensemble des aspirations enfouies mais consensuelles, la providence devait dégager des hommes, un commando de choc, la révolte, Ce furent l’OS, les six, les vingt deux …le CRUA, le CNRA, le GPRA…la RADP. le Conseil de la révolution… la Présidence, le HCE…le CNT, le RND…le FLN et ses redresseurs et la valse continue.

L’Algérie est libre et indépendante. De qui et à l’égard de qui ? Elle est libre non pas par rapport à la France, puissance toujours coloniale en termes de nouvelle définition économique du colonialisme. Car la mondialisation est le pire des colonialismes. A vrai-dire. Cette liberté est encore l’otage d’autres considérations politiques autochtones. Faudrait-il pour cela réengager la révolution de novembre en intra-muros ? Que manque-t-il en fait pour que cette chère liberté puisse s’éclore, s’épanouir, se développer, toucher tous les cœurs, toutes les initiatives ? On n’est pas libre si l’inégalité différencie l’un et l’autre. Cette liberté arrachée vis-à-vis du roumi d’hier est encore une passion que l’on observe chaque matin en queue leu-leu auprès des consulats de la France « coloniale ». L’atmosphère aux alentours de la marge de l’histoire ou le retour furtif vers des points historiques remarqués est une humeur de générations. Sans que nul ne pense en détenir un bout soit-il de cette haute et véritable vérité. Malheureusement pour l’indépendance, qui au demeurant avec l’effet de tempérament du 11 septembre n’est qu’un petit jeu de consommation politique pour un discours intérieur et destiné à ses aborigènes. Nul à l’indépendance n’est tenu, si ce n’est par survivance ou ultime survie. Les Etats comme les êtres ou la presse n’ont d’indépendance que dans la liberté qu’ils ont de pouvoir animer et fonctionner librement leur muscles, paroles, engins et rotatives.

Alors que dire qu’après un demi siècle « d ‘indépendance » l’on ait pu faire un semblant de comparatif de l’état de l’esprit qui prévalait cependant avec celui qui prédomine en ces temps actuels. A l’époque dans chaque maison, maisonnette, chaumière ou gourbi ; l’emblème national « nedjma oua hlel » en constituait le principal et sacré ornement domestique. On le faisait brandir à chaque occasion. Ces drapeaux fusaient de partout à lors des fêtes nationales. Même dans les écoles post-indépendance l’ensemble des travaux scolaires manuels étaient conçus tel que faire des calots, des insignes et tous ce qui peut signifier clairement des signaux forts du nationalisme, exprimait ardemment et innocemment l’amour de la patrie. 2012, cet étendard semble t-il, est en passe de devenir une exclusivité de l’Etat et de ses collectivités. Pour preuve, que l’on n’a pas habitude de voir, en dehors des festivités officielles, des trucs, des jouets, des gadgets, de la nourriture, du yaourt ou du fromage made in chez nous arborer fièrement le schéma de l’emblème national. Même nos officiels, ne portent pas de cravates bariolées aux nuances des couleurs nationales. Ils préfèrent pour la chemise un bleu moins bleu que celui de la France. En France, au 14 juillet tout est à la faveur du bleu, du blanc et du rouge. Idem en ex-URSS, où la faucille et le marteau planaient au dessus de toutes les têtes. En Amérique, le 11 septembre a rassemblé les éléments dispersés par le crime, le sida et le chômage de la bannière étoilée. Ainsi seule l’équipe algérienne est apte à faire jaillir des milliers de gosiers les (1.2.3. viva l’Algérie !) Elle est l’unique force nationale, sans parti et sans idéologie qui a su faire sortir des millions d’algériens manifestant en bout de drapeau cet amour perdu et subitement retrouvé le temps d’un match.

Un appel des plus stridents se laisserait entendre par ceux là même qui ont pu embryonner la genèse de Novembre, pour exalter que le nationalisme n’est pas une profession de foi ni un engagement dressé par devant étude notariale. A la limite de la foi il n’est non plus un droit de détention d’un bout d’une CNI ou d’une attestation de participation à une guerre.

C’est un comportement, un esprit, une pieuse pensée et une profonde réflexion. On appelle ca, aujourd’hui la citoyenneté. Novembre à l’instar de tant d’attributs historiques nationaux doit être remis à qui de droit. Véritable ayant-droit, la population en ces multiples facettes de représentativité devrait récupérer la solennité des hauts faits de la nation.

Novembre n’est pas une affaire de wali. C’est l’affaire de tous. Mais faisons-nous des confidences ; si le l’administration se retire de l’organisation de ces fêtes, il n’y aurait que des jours et des jours qui se ressemblent. Le premier Novembre ou le 5 juillet, si match n’y est pas, ne serait qu’un autre temps d’un autre jour à perdre encore dans l’anonymat le plus entier de la chronologie. Donc par utilité culturelle faites-le, messieurs les organisateurs au bon endroit, à bon escient et pas à l’envers de l’objet du message. L’oubli et la désuétude.

Il ne peut y a voir de Novembre sans parler de ceux qui l’on rendu aussi prestigieux et vénéré. Ce sont « les fils de la toussaint ». Mais autrement. Les martyrs ne reviennent pas chaque veillée de Novembre. Ils sont toujours parmi nous. Chaque rue, par son appellation rappelle un nom, un groupe de noms. Si le peuple est toujours le seul héros, l’on peut dire qu’il ne peut exister un peuple sans référentiel de guidance. Benboulaid fut ainsi le façonnier de la liberté et de l’indépendance, il était aussi l’artisan de bombes, l’amoureux de l’explosif. La déflagration, la sienne ; conduisait dès 1953 vers l’insurrection armée.

Le pays entier y fut entraîné. Il imaginait, je l’imagine ; la guerre comme un langage affectueux pour la paix, le fusil, comme une rose pour la gloire des libertés. 38 ans est un âge pour les héros. A cet âge il prend le rôle de catalyseur de toutes les opérations militaires. De cénacle en cénacle il défait les soucis logistiques, pourvoit au poste de commandement et organise l’exploration transfrontalière. Ce qui lui valut une reconnaissance posthume des grands symboles de la lutte internationale des peuples. Che Guevara se prosterna, en 1963 par devant « la tombe du maître » à Nara sur les flancs du « mont bleu » djebel lazrag près de Batna. Les chemins de Nara étant impraticables, le « pèlerinage de Che » se fit par hélicoptère. il était en compagnie de feu Benbella. Bouteflika les suivra quelques années plutard.

La France, ne pouvait exercer un pardon à l’égard de celui qui fut le destructeur du mythe de son invincibilité. La reconnaissance de la « tragédie » du 17 octobre par François Hollande se devait de remonter le temps. Car ce 17 n’est qu’une conséquence parmi tant d’autres de ce premier coup de salve que fut le premier novembre. L’homme qui, au nom d’un peuple, avec cran et bravoure commença à abîmer les parois de la république française et par qui la chute arrive.

Le 11 février 1955, arrêté a Ben Guerdan, à la frontière tuniso-libyenne, battu et torturé, il ne cessera point de sourire à l’avenir et de percevoir le clair qui, au loin s’annonce, sur une Algérie radieuse et étincelante.

Ses geôliers lui vouèrent, sous ses chaînes, l’honneur du chef courageux, les signes de la vaillance téméraire. Une photo le montre, prisonnier plus heureux que ne le sont, inquiets, ses séquestres. L’air qu’il y affiche traduit intensément le grand projet que son esprit vivace et son cran tenace entretiennent et soutiennent par le bruit du silence.

L’on ne défraye les chroniques, l’on ne brise les siècles que par la saga et la fable. La stature de l’homme s’assimilait à celle d’un illustre libérateur. Le lien s’est fait entre Benboulaid et Okba bnou Nafaa. « Si le compagnon du prophète (qsssl) a libéré l’Afrique du nord des romains, Benboulaid l’a libérée des français » rapporte Adjal Adjoul, l’un des compagnons de Mostefa Benboulaid en date du 03 mars 1985. Son témoignage est cité dans l’ouvrage « Mostefa Benboulaid et la révolution algérienne ». *

Et maintenant comment fête-t-on Novembre, Benboulaid et autres icones nationales ? Par la zorna et le bendir ? Allez voir, qui se trouve sur la placette publique à 00 heures de chaque nuit de ce jour qui a terrifié l’OTAN et rassemblé tout un peuple. L’on ne trouve que des officiels. Ce peuple, l’héritier de l’autre peuple dort.

Il se réveille le lendemain pour scruter le décor urbain pavoisé et guirlandé. Pas plus. Est-ce la faute au manque de « transmission de flambeau » tant prônée ? Ce flambeau devait être transmis avec ses ardeurs et ces cendres. Comme une flamme olympique, appelée à passer de relais en relais, il est vraiment temps, à peine d’extinction totale qu’il soit confié harmonieusement à cette génération qui saura le glorifier pour l’éterniser davantage.

L’exemple est donné par les festivités du cinquantenaire de l’indépendance. Fini les banderoles cousues main, les effigies peintes ou les commémorations faïencées et mal-émaillées. L’ère du laser, du Banner et du Lan ont supplanté ce mode reproductif insignifiant. Les jeunes artisans ont fêté leur cinquantenaire à leur couleur.

Nous ne sommes plus à l’heure des bilans, pour ne pas laisser loin et pas trop loin les chicaneries des uns et autres. L’histoire va bientôt se rouvrir. Voyons plutôt dans quel monde va évoluer cette Algérie novembriste. Les défis sont nombreux et diversifiés.

Une jeunesse en masse qui n’attend que l’opportunité des commandes au lieu et place des bons de commande de l’ANSEJ. Elle a sa propre perception du monde qui l’entoure. Il se peut fort bien qu’elle ne partage pas le même angle de vison de leurs ainés. Ceci n’est pas en soi une tare. Les mobiles de comparaison ne sont plus identiques notamment sur le plan économique, social ou relationnel. Sellal l’avait clairement claironné « laissons-les respirer ». Faisons leur confiance. Pourvu que cette fibre sensationnelle de tout ce qui est légende et histoire ne se lasse pas au fil des temps.

Car si l’amour réjouit les amants, il fatigue à la longue. Sauf s’il est régulièrement entretenu par cette douceur réciproque et cette mutualité de destin. A bien des égards, cette formidable jeunesse avec ses imperfections et son élite doit réinventer le premier novembre.

1- Editions dar el houda Ain M’lila. 1998. Ouvrage de 970 pages ! Initié et publié par l’association du premier Novembre que préside Ammar Mellah. Ancien moudjahid et ancien commandant de l’ALN/ANP.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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