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Novembre des chrysanthèmes, vert blanc rouge par Abdelkader Leklek

3 novembre 2012

Abdelkader Leklek

Les plus connus des chrysanthèmes sont ceux d’automne, auxquels les Algériens, selon Farid Baba Aïssa dans son encyclopédie des plantes utiles, éditions édas, 1999, attribuent le nom de Mourara. Le nom arabe de ces fleurs est Oq’houène. 

Elles sont dédiées dans plusieurs pays d’Europe à fleurir les tombes à l’occasion de la journée des défunts.

Cet usage remonterait selon diverses sources à l’armistice de la première guerre mondiale de14/18. Il est cependant à relever que l’arrêt des hostilités lors de ce conflit est officiellement daté du 11 novembre 1914. Le chrysanthème fait partie d’une grande famille de fleurs faciles à cultiver, à entretenir et qui dans un décor dure longtemps. Il leur sied également d’agrémenter des compositions et des palettes florales simples ou compliquées, puisqu’elles peuvent présenter des pompons, être simples mais aussi exhiber des formes incurvées. Elles peuvent durer du début de l’automne jusqu’à l’entrée de l’hiver. Se sont aussi, en France, les fleurs de la toussaint, c’est-à-dire la fête de tous les saints de l’église catholique, qui est célébrée le premier novembre de chaque année depuis dit-on près de 1200 ans. C’était pour cette raison d’ailleurs que le premier novembre de l’année 1954, fut baptisé la toussaint rouge par les français, par référence à leur culturel religieux. En fait, c’est par cet euphémisme et par d’autres litotes, que ceux qui ne voulaient pas affronter la vérité, désignèrent le début de la fin de l’ère coloniale en Algérie, par le déclenchement d’une des plus grande révolution depuis le 18 èm siècle. Que la révolution et les révolutionnaires vietnamiens, en soient ici salués. La bataille de Diên Biên Phu, où les forces du viet minh humilièrent de la manière la plus avilissante les généraux français, qui perdirent 2000 hommes, et enregistrèrent 11 000 prisonniers, dura du 13 mars au 7 mai 1954. Oserai-je ce rapprochement ? Bref, laissons ce point aux historiens. Parce que sans détour historique, ni autre légitimation quelconque, la révolution du premier novembre, c’est l’enclenchement d’un mécanisme violent, visant à tout remettre en cause pour changer un ordre établi, colonialiste féroce et immonde. Un mouvement social et politico-militaire amenant, un changement brusque et en profondeur dans la structure politique et sociétale, décidé à ne plus tenir compte des lois d’un système inhumain et asservisseur selon ses caprices et ses appétences. C’est une organisation faisant table rase, d’un état de fait imposé par une colonisation de peuplement de l’Algérie spoliatrice des biens, destructrices des structures sociales, méconnaissant et déniant aux autochtones, toutes les libertés,et tous les droits dus à la personnes humaine. Un projet grandiose à échelle surhumaine, dont les premières balles ou cartouches incendiaires, seront pourtant distribuées à ceux qui avaient cru et accepté le sacrifice, avec parcimonie, mais quasiment avec une obligation de résultat, considérant la pauvreté et l’indigence de l’intendance, d’un coté et de l’autre, la pénurie de la logistique des premiers combattants de la reconquête de la liberté.

Cela se passait dans la région des Aurès au lieu dit, la Dachrat Ouled Moussa, dans l’actuelle daïra d’Ichmoul, pas loin du gros village à l’époque : Arris. Douze jours après cette date, François Mitterrand alors ministre de l’intérieur du gouvernement de Pierre Mendès France, déclarait à l’assemblée nationale : ‘’ l’Algérie, c’est la France. Et qui d’entre vous, mesdames, messieurs, hésiterait à employer tous les moyens pour préserver le France ? ». Ce même 12 novembre, il dira : ‘’ des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul parlement. C’est la constitution et c’est notre volonté ». Effectivement deux ans après donc, le 19 mars 1956, redevenu ministre de la justice, garde des sceaux, Mitterrand se défaussera de ses pouvoirs et de ses prérogatives, au profit des militaires et de leur justice d’exception. Lesquels s’acharneront à l’appliquer impitoyablement aux algériens, selon leurs méthodes et sans aucun contrôle. Cette nuit du dimanche 31 octobre, au premier novembre 54, c’est donc si Mostéfa Ben Boulaïd qui répartit les maigres munitions.

La gestion, il en pratiquait tous les jours, il gérait les affaires familiales, constituées de l’exploitation d’une ligne de transport par autocar, entre Arris et Batna, et aussi d’un commerce de tissus, dont il présidait la corporation des commerçants de la région. Ce grand homme était né le 5 février 1917 et trouva la mort en héro martyre le 21 mars 1956, en plein cœur des Aurès, à Tafrent, dans le Djebel Lazrag. L’enregistrement de son décès sur les registres de l’état civil de la commune de Manaa, dont dépend le lieu du martyr, mentionne quant à lui la date du 23 mars. D’ailleurs c’est à cette date qu’est célébré chaque année le souvenir de sa mémoire et de son combat. En 1962 les habitants de la petite agglomération de Nara, cette bourgade rebelle, haut perchée et accrochée à la montagne, qui domine l’une des deux vallées des Aurès, celle de Oued Abdi, l’autre étant celle de Oued Labiod, avaient fait de la résistance, lorsqu’ il s’était agit de transférer la dépouille du chahid vers Alger. Ils s’opposèrent et le gardèrent dans leur cimetière des chouhadas, où il repose, avec d’autres compagnons d’armes parmi eux, depuis en paix. Des moudjahidine de la première heure, de la région, que j’ai eu l’honneur de connaître, dont le regretté, si Messaoud Nedjaï, décédé il y a quelques années et si Berrached, que son fils Tahar m’excuse pour avoir omis le prénom de son père, affirmaient jusqu’à dernièrement ceci : ‘’si mostfa avait défendu la région et sa population vivant, il continue d’y veiller après son martyre. Alors nous, nous demeurerons intraitables sur un éventuel transfert de la dépouille ». C’est dans la région quasi inexpugnable de Nara que se réfugia Ahmed Bey de Constantine après la chute de la ville en 1837. C’est là qu’il choisit le terrain pour affronter l’armée française et son général François Marcellin Certain de Canrobert. Il faut dire que le Bey du beylik de l’Est se trouvait à quelques encablures des terres de ses oncles maternelles, les Ben Gana de Biskra, dont est issue, sa mère El-Hadja Raqya. Ils étaient ses soutiens en hommes prêts au combat, disponibles pour le ravitaillement et la dotation en chevaux. C’étaient des hommes et des femmes sûrs quant à la connaissance du terrain et à la fourniture d’informations et renseignements stratégiques utiles. Ainsi, c’est lors de cette nuit des chrysanthèmes, vert blanc rouge, que l’Algérie des colons qui dormait insouciante allait être brutalement secouée. Le gouverneur général Roger Léonard est réveillé par les détonations qui font exploser dans un vacarme assourdissant, le siège de la radio, sont outil de propagande. Bousculé il convoque son conseil de guerre pour rapidement contenir les évènements. Et parce que les bombes étaient bricolées avec les moyens du bord, les dégâts furent minimes, mais comme disent nos amis d’Alger, le pigeon avait déjà pris son envole pour liberté : Tar l’hmam. De tous les coins du pays parvenaient au palais du gouvernement général à Alger, au premier étage, des informations faisant état d’attaques graves et meurtrières. L’affolement avait pris le dessus, les administratifs, les militaires et les policiers de service, mal réveillés étaient submergés de télégrammes paniqués et des coups de téléphone terrorisés. L’agitation inonda les couloires et les bureaux jusqu’à l’antichambre du grand chef. Personne ne savait où donner de la tête. Des fermes sont attaquées à Oran et des poteaux du télégraphe coupés. Un garde champêtre est tué à Draa El Mizane, et le dépôt de liège incendié. A Batna la grande caserne de la ville qui trône menaçante, à quelques mètres du centre a été attaquée. Il y a deux morts, comme c’est le cas pareillement à Khenchla, où des morts sont enregistrés. Le gros village d’Arris est assiégé et isolé du reste monde par des moudjahidine de la région. Le lendemain, tot le matin de ce lundi premier novembre 54, vers sept heures, le car assurant la liaison Arris-Biskra est intercepté, le caïd M’chounèche, qui s’y trouvait est abattu. Mais dans l’action un jeune couple d’enseignants français qui n’était visé par l’attaque, est atteint.

Le mari décède et sa femme est blessée. La réaction à cette nuit blanche vécue au palais du gouvernement général, fut coléreuse et extrêmement cruelle. Selon Henri Alleg, dans l’ouvrage, la guerre d’Algérie, élaboré sous sa direction : » la police arrête 650 algériens en trois semaines, en tirant ses fiches et en exploitant ses renseignements. Le réseau FLN d’Alger-ville est entièrement démantelé, son chef, Zoubir Bouhadjadj, tombe lui-même entre les mains des policiers le 6 novembre à cinq heures du matin. Mais Rabah Bitat échappe aux recherches ainsi que quatre autres chefs de zone ». De pareilles opérations furent engagées sur tout le territoire du pays. Et des centaines d’algériens et d’algériennes furent sommairement passés par les armes, mais que ne mentionne malheureusement aucun livre, ni aucun manuel d’histoire. Cependant ni ces tueries,ni le manque d’armes et de munitions,encore moins le mauvais état des fusils,ne viendront à bout d’une détermination qui a fait fi des impératifs logistiques, et des stratégies militaires apprises dans les grandes écoles de guerre qui forment les officiers français.

C’était une forme non conventionnelle de courage de ceux et celles qui avaient depuis cette nuit, les mains nues, décidé de vivre comme ils l’entendaient au lieu de subir une vie imposée par les autres. En face les officiers de l’armée française, de la légendaire bravoure, du mythique stoïcisme et du proverbial sens de l’honneur, comme ils se qualifiaient eux même, jetaient et balançaient à partir d’avions américains des fûts et des bidons de Napalm sur des populations désarmées, pauvres, déculturées et abruties par les politiques colonialistes. Mais pris dans ce fol engrenage, démontés, acculés et poussés jusqu’à avoir dos au mur, par ces jeunes qui se sent rappelés à eux le jour de la fête des morts, ces officiers des grandes écoles, firent appel, pour arrêter la déferlante, à des jeunes appelés du contingents pour en faire des soldats. Toutefois et malgré les cas d’insoumission, de désertion et d’objection de conscience, ils en firent au final des morts par paquets dont les parents iront chaque année acheter des chrysanthèmes pour fleurir et refleurir les tombes. Oui les héritiers de la chevalerie française face à 22 jeunes algériens résolus d’une part, et de l’autre, affolés et épouvantés par six d’entres eux qui prirent en mains les opérations de la toussaint rouge, avaient été pris en flagrant délit de poltronnerie, de couardise, de vilenie et de déloyauté.

Dans son dernier ouvrage le neuropsychiatre Boris Cyrulnik : ‘’sauve-toi, la vie t’appelle », paru aux éditions Odile Jacob, en septembre 2012, dit à la page 270, à propos de l’acharnement et de l’empressement, montrés par Maurice Papon avec beaucoup d’autres fonctionnaires vichystes dans l’exécution des ordres nazis, et sa tardive condamnation à 10 ans prison, ceci : »en avril 1998, date du verdict, quelques turlupins avaient changé la culture. Claude Lanzman était l’un d’eux quand, dans son film Shoah, en 1985, il dénonçait le crime d’obéissance. En donnant la parole aux criminels et aux témoins du génocide, il allait plus loin que l’énoncé des faits et la lecture des archives. Il dévoilait le monde intime des criminels de masse qui se sentent innocents. A la fin du film, j’ai pensé que se taire, c’était se faire complice de ces criminels et de leurs héritiers, les négationnistes ». Mais chez-nous depuis 1830, combien de victimes avaient emporté avec elles et à jamais les témoignages de leurs souffrances infligées par ces officiers, qui au nom de ce pervers devoir, mais en réalité crime d’obéissance se sont sentis, et demeurent encore pénétrés de ce faux et virtuel sentiment d’innocence. La plus grande masse des victimes de la colonisation de peuplement de l’Algérie et celles de ces différents soulèvements jusqu’à la guerre révolutionnaire de libération du pays, ont été et muettes et beaucoup d’autres restent silencieuses. Peut-on aider à ce qu’elles se révèlent ? C’est un chantier qui reste entreprendre, bien sur, en y mettant les compétences, les instruments et les outils appropriés. Le premier novembre 1954 a été l’aboutissement de mutations évolutives. De diverses et nombreuses démarches, d’enchaînements de combats, de répits, de réflexions, d’audace, de hardiesse, de fermeté et de résolution. Mais aussi, d’une enfilade de défaites, d’une succession de victoires, et parfois également d’un chapelet de doutes et d’hésitations. Cependant cet assemblage, somme toute, d’une aventure humaine, augurait de l’issue conclusive de la trame de tout le mouvement national. Et le résultat fut au rendez-vous: la liberté et l’indépendance du pays. Egalement, pour rester dans l’imagé, notre toussaint rouge à nous fut ce message : » résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie », porté par la dernière sentence de la déclaration du premier novembre 1954. Mais au final, ce sont, le vert, le blanc et le rouge, de tous les bouquets de la nature qui pavoisèrent notre juillet 1962. Quant au langage des fleurs et à celui de leurs couleurs….

Ce fut la bataille la plus longue, la plus furieuse, la plus meurtrière de l’après Seconde Guerre mondiale, et l’un des points culminants des guerres de décolonisation.

On peut estimer à près de 10 000 le nombre de Vietnamiens tués pendant la bataille et 2 293 morts dans les rangs l’armée française.

Une fois le cessez-le-feu signé, le décompte des prisonniers de l’Union française, valides ou blessés, capturés à Diên Biên Phu s’élève à 11 721 soldats dont 3 290 sont rendus à la France dans un état sanitaire catastrophique, squelettiques, exténués. Il en manque 7 801. Le destin exact des 3 013 prisonniers d’origine indochinoise reste toujours inconnu19. Il est probable qu’ils ont été exécutés systématiquement comme traitres.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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