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CHRONIQUE D’ADRAR La nuit d’un enseignant au Sahara

2 novembre 2012

Chroniques

Voxpopuli : 

Ah ! Me voici encore seul, au fond de la nuit, ma journée était très fatigante, je n’avais même pas eu le temps pour un bon déjeuner ni un dîner récompensant mes longues heures sur l’estrade qui me portait à peine. Un café noir ? Ah ! 
Ça me tente et ça me suffirait, ça va éloigner au moins le sommeil que je trouve réservé aux fainéants, aux lâches qui ont peur de la solitude car c’est dans ces moments qui s’éloignent de minuit à pas sûr et dolent que les états d’âme prennent apparence. Et on doit les affronter. Avec un air de Liszt , les grincements des portes prenaient la forme d’un violent mourant ou une cithare enfiévrée, la vieille voisine maigrichonne qui a frappé son pied contre celui du canapé avait l’air d’une clarinette rouillée qui hurlait avec un enrouement sifflotant et le ronflement lointain d’un obèse voisin était comme les jurements d’un piano abandonné car il était de trop durant le déménagement d’un apprenti sans goût. Vilain frimeur. Je tiens à vous informer qu’en écrivant ces lettres j’écoute «Pensées des morts» et il est déjà une heure après minuit, c’est désormais vendredi saint. Dois-je dormir maintenant ? Dois-je faire taire Liszt en claquant le couvercle des claviers de son piano et lui casser les doigts avec ? Il est fatigué lui aussi, il lui faut du repos mais je vais m’ennuyer seul, et alors, Beethoven ? Non ce n’est pas le bon moment. Bach ? Quelle ironie ! Comptes-tu invoquer la peur, les diables ? Laisse l’orgue pour les moments de piété. Et alors, décide-toi vite, l’insomnie ne va pas tarder à te quitter et si tu dormirais maintenant, tes rêves seront insensés car ton inconscient a toujours soif et tu dois le bourrer, vite. C’est bon, décision prise. Rachmaninov et sa sonate # 1… J’ai pris une pause de moi-même. J’écoutais Rachmaninov pendant à peu près vingt minutes, et tout au long de sa sonate, un paysage spectaculaire s’était mis à se peindre lui-même dans un désordre terrible en moi. Des nuages gris comme des souris se rassemblaient doucement au-dessus d’un lac qui fut bellement bleu, mais non plus. Le vent soufflait et sifflotais, le grand chêne en tremblait et un rayon de soleil se faufilait à travers les failles de ce moutonnement grisâtre de temps à autre pour voler un baiser innocent. La joue de la terre le tentait tant ce soleil coquet. Où est la pluie ? Où est-elle cette grâce qui met la vie en motion, et la germination en soudaine action de révolte, ah ! La voilà la première goutte pressée tomba, rieuse, pleine de vie et d’espoir, la voilà s’unifiant avec ce lac sombre qui souriait, non pas en moues voûtées comme les sourires hypocrites des humains, mais en cercles parfaits dansant et répandant sur cette étendue. Une deuxième, une troisième, une quatrième, des gouttes éparpillées çà et là, sur le chêne, sur le gazon qui borde le lac ridé, sur un nid, sur un escargot, et toute la toile que mon imagination peignait s’est mise à danser et rire. Ah ! Le mioche, le petit diablotin était entre les branches de cet arbre gigantesque, je ne le voyais que descendre en se précipitant vers un cailloux qu’il jeta avec habileté vers le lac tremblant, et les voici les ricochets qui rendaient le lac plus heureux, encore plus vivant… Voilà enfin l’arc-en-ciel…
Diodès K.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/11/01/article.php?sid=140924&cid=49

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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