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Monsieur la science, au pays des rumeurs par Omar CHAALAL

25 octobre 2012

Omar Chaalal

En éducation le D8 est une méthode pédagogique mettant les participants dans une situation où chacun doit jouer un rôle pour animer la leçon. En politique le D8 est semblable au G8 sauf que dans le D8 le jeu met les participants dans un enivrement où les plus faibles éliminent le plus fort de l’organisation par une tempête de rumeurs. 

La base du D8 politique s’appuie sur les rumeurs et la sorcellerie pour maintenir les conflits de leadership en action. Le titre de ce débat traduit une rumeur scientifique diffusée par des professeurs de l’institut de physique de l’Université Houari Boumediene. Ils disent « nous avons appris à l’école qu’un cube a six faces mais un chercheur algérien a parlé devant les compétences scientifiques algériennes d’un cube à huit faces ». Peut-être que ce chercheur avait dans son esprit l’idée d’un dé à huit faces ou il voulait tout simplement dire D8. Je demande aux collègues de ce chercheur de lui rappeler des paroles de Voltaire «Les hommes se trompent et les grands hommes avouent qu’ils se sont trompés ». S’ils pensent vraiment que ce chercheur veut jouer au politicien à huit faces en utilisant la méthode du D8, ils doivent lui dire d’une manière polie que la phrase de Voltaire a son poids en politique.

L’histoire du D8 nous enseigne que les rumeurs politiques les plus horribles naissent dans un cimetière et non pas dans une université. La plus belle des rumeurs qui court les cimetières algériens ces derniers temps vient d’un algérien ancien malfaiteur nommé Kadda. Pour se faire oublier, Kadda décida de semer la rumeur de son décès. Il paya une radio sponsorisée par la fameuse firme CLC (Core Laboratory Company) pour annoncer son enterrement au Cimetière de West Norwood à Londres. Cette rumeur lui permettait d’exercer son métier de malfaiteur en Mauritanie et en Lybie en toute honnêteté loin des regards qui pouvaient le dénoncer. Les crimes économiques de Kadda furent oubliés dans son milieu avant qu’un autre malfaiteur nommé Kaddour annonça que Kadda n’est pas mort et qu’il travaille au compte d’une société britannique de pétrole spécialisée dans le pompage de l’argent liquide les puits de pétrole en Lybie. Kaddour n’a pas vu Kadda mais il a entendu un de ses amis dire que Kadda est venue présenter un papier dans une conférence de pétrolant organisée dans une zaouïa non loin de Lala Seti. Kaddour a pris au sérieux la rumeur diffusée par la société anglaise CWC qui a dépouillé la Sonatrach avec l’aide de CLC. Ne croyant pas aux paroles des morts dans une zaouïa, il rapporta aux gardes champêtres de son douar ce qu’il a entendu. Les gardes champêtres sont comme tous les algériens, ils ont toujours cru que Kadda est mort et que sa tombe est bien à Londres. Kaddour fut présenté au près d’un procureur pour avoir semé la rumeur des morts parlants. Le procureur n’a jamais entendu une pareille histoire mais il a toujours fait confiance aux gens du douar qui disaient que sur le passeport américain de Kadda on lit « les américains son intouchables à l’extérieur des Etas Unis ». Le procureur punit Kaddour pour avoir fabriqué une rumeur en se basant sur la rumeur de Kadda. Ne pouvant pas mieux faire et croyant bien faire, il condamna Kaddour pour les conséquences des faits et ferma les yeux sur les faits.

La suite de cette rumeur est aussi charmante qu’exemplaire. Un politicien, magistrat médiocre et spécialiste en droit hollandais, ami de Kadda et marié à une dame responsable de diffusion des rumeurs dans un journal peu connu, accepte de prêter son nom pour la rédaction d’un livre très exceptionnel dans la narration de notre politique contemporaine. Dans son chef-d’œuvre, il veut nous dire qu’il n’était nullement responsable de la bataille de rumeurs entre Kadda et Kaddour. Ce livre est tout simplement un style de roman politique décrivant le destin d’un jeune homme modeste qui gravit peu à peu les échelons dans une administration d’un parti fané pour devenir un homme de respect et de gloire chez les habitants les plus naïfs d’un douar perdu. Le livre est bien écrit et décrit toutes les fautes dans une Algérie volontairement perturbée par les supporteurs de Kadda et les sympathisants de Kaddour. Cependant, après une série de succès, le magistrat spécialiste des affaires de hold-up hollandais arriva à oublier qu’il n’a jamais écrit une ligne de ce livre destiné à une classe politique où personne ne lit.

Il est très utile de signaler que le concept d’exactitude et la notion de certitude ne s’appliquent ni à la rumeur de Kadda ni à celle de Kaddour. Le spécialiste de hold-up dans les grands holdings nous assure que chez nous la rumeur commence dans la lutte des clans politiques du D8 et se propage comme une maladie contagieuse dans les groupes parasites qui mangent dans tous les râteliers. Cette vérité obscurcit l’image de la nation dans le monde et donne naissance aux harcèlements politiques à tous les niveaux. Nos politiciens ne reconnaissent jamais que les harcèlements politiques sont toujours l’expression d’un échec politique non admis. Essayons de regarder la vérité en face. Cette vérité cachée que nous abordons rarement. Cessons de montrer les autres du doigt. Nous sommes tous à condamner. Soyons humains! Ne traitons pas les autres de barbares ou de criminels quand nous ignorons la vérité des clans qui appliquent la technique du D8.

La technique du D8 et les rumeurs non fondées nuisent aux grands hommes. Partant du fait que les grands hommes avouent qu’ils se sont trompés; je conclue que le président Chadli est un grand homme. Je salue son courage et j’admire sa modestie. Je respecte fortement sa lutte pour notre liberté. C’est grâce à lui que la liberté d’expression existe chez nous. Une liberté d’expression qui n’existe dans aucun pays arabe. Il faut reconnaitre que durant son premier mondât des centaines de jeunes algériens issus de familles pauvres ou moyennes ont fait des études supérieures aux Etats unis d’Amérique et en Europe. Certains sont restés en Algérie mais la majorité a plié bagages après son départ d’El Moradia.

Le slogan «pour une vie meilleure» lancé par le président Chadli s’est transformé en un autre slogan «pour une vie ailleurs» quelques années après son départ de la présidence. Une vie ailleurs par le biais du truandage ou tout simplement par le chemin de la «harka». Je suis reconnaissant. J’étais parmi ces algériens qui ont bénéficié d’une formation solide aux Etats Unis sous le règne de Chadli. Depuis son départ la formation à l’étranger est devenue un luxe imaginaire.

Je me rappelle les paroles d’un collègue, un éminent professeur polonais, qui enseignait chez nous pendant l’ère de Chadli. Il me chuchotait à l’oreille pour ne pas perturber l’auditoire et me disait avec sincérité «vous avez un président élégant, patient, calme et modeste ». Ce professeur a constaté les qualités du président Chadli durant le premier salon de l’étudiant à l’université Houari Boumediene. Monsieur Brarhi discourait durant une heure pendant que le président Chadli écoutait. Tout le monde dans l’amphithéâtre savait que Brarhi parlait pour ne rien dire. Tout le monde savait que monsieur Brarhi était un vendeur de miracles et réflecteur de mirages. Tout le monde savait que Brarhi était un démagogue de grande envergure mais Chadli l’avait laissé étaler ses mensonges scientifiques comme on étale un linge sale au balcon bien exposé. Etonné de cette sciène, à la sortie de l’amphithéâtre, le professeur polonais me dit « un président qui écoute la totalité d’un discours bidon démontre sa patience. Il m’ermite bien le respect. Un président n’est jamais responsable quand les gens de science l’orientent intentionnellement vers le chaos ». Dans la même journée, Mr. Haroubia et Mr. Gaïd, spécialiste de traitement des eaux, ont présenté au président Chadli une usine pilote pour le traitement des eaux d’Oued El Harrach…….. Une usine qui n’a jamais fonctionné ! Chadli voulait bien faire mais les gens du show business l’ont induit en erreur.

Depuis rien de bien nouveau dans la politique sous le soleil du pays de la rumeur. Dès le levé de ce soleil on sent que le désire du pouvoir exhorte les ambitieux et torture les opportunistes. En autres termes, le désir du pouvoir est un désir qui ne peut jamais être satisfait parce qu’il se nourrit de lui-même. Il y a eu des grands hommes qui ont quitté le pouvoir dans la paix civile pour se retirer loin des jets de lumières des caméras. Ils ont préféré vivre dignement dans le cœur du peuple. Chadli est mort et les femmes algéroises ont lancé des youyous des balcons de la rue Didouche Mourad pour lui dire adieu. Ces youyous sont signe de respect et de reconnaissance à un grand homme trahi par son entourage le plus proche. Il y a eu aussi des hommes qui s’accrochaient au pouvoir sous les armes et dans le feu et le sang. Ces derniers n’ont aucune chance d’être aimés par le peuple. Leurs décès soulagent le peuple.

Nous avons solennellement enterré Chadli Bendjdid mais la relativité politique après son décès nous enseigne une bonne leçon «Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent». Bien que les centres de recherche n’aient pas encore achevé la carte des vents en Algérie, le vent du cimetière d’El Alia a ramené sous les feux des caméras des figures pas trop aimées par le peuple. La gamme allait des figures de la voix du bled qui informaient le peuple durant France coloniale aux harkis de l’Etat mécontents après avoir satisfait leurs appétences au pouvoir. La réapparition de certaines figures politiques me rappelle une chanson de Mc Solaar «Disparaitre pour réapparaitre». La réapparition sur un écran ne mérite pas un referendum pour devenir président mais un petit concours pour un prix intitulé «Tab djananek c’est trop tard «.Disparaitre pour réapparaitre n’est plus à la mode. Participer à une conférence ou un colloque au canada est une bonne action. Le dire dans un cimetière aux micros des journalistes et sous les éclats lumineux des cameramen traduit tout simplement l’arrogance d’une stupidité consciencieuse pour ne pas dire une aberration politique dans le royaume du ridicule. L’apparition devant les caméras et sur les pages des journaux n’est pas une information. Son timing dans un cimetière la classe dans la catégorie des rumeurs. L’absence de monsieur la science premier ministre au temps de Chadli mérite réflexion. Le temps va divulguer ses secrets.

Le plus intelligent de l’élite algérienne tombe dans le piège de la rumeur s’il n’est pas prudent quand il interprète un évènement. Ce phénomène est bien dit dans l’interprétation d’un dessin décrivant une scène dans le métro de New York et publié par Claude Rainaudi « Ce dessin représente un wagon du métro de New-York. Parmi les passagers, un Blanc et un Noir se faisaient face. Le Blanc tenait un couteau à la main. Le sujet devait regarder le dessin et le décrire à un autre sujet, qui ne l’avait pas vu. Ce dernier décrivait à son tour ce que le premier sujet lui avait dit à un troisième sujet et ainsi de suite. En moyenne, après sept relais, le couteau avait changé de main : c’était le Noir qui le tenait ».

Ce dessin peut être interprété à la manière algérienne par l’homme de la rue. Son interprétation est comme suit : Huit présidents ont gouverné l’Algérie depuis notre indépendance. Cinq présidents sont partis vers l’autre monde et trois vivent parmi nous dans le grand respect. Ils vivent avec le peuple. Que Dieu les protège. Nous sommes maintenant au huitième relais et le peuple ne supporte plus les rumeurs, la corruption et les saloperies politiques qui handicapent ce relais. Le peuple vit partagé entre un monde de politiciens egocentriques et violents qui racontent des histoires pour se moquer de lui et un sous-monde de journalistes aux mauvaises plumes qui publient des rumeurs pour l’enfoncer dans le désespoir et la haine infinie. Le métro de New York reflète la politique algérienne au huitième relais. Le wagon image ce qui se déroule actuellement dans nos partis. Le blanc américain représente un chef de parti et le noir n’est autre qu’un mécontent troublé par la lutte des places au sein de son parti. Le conducteur du train est très adroit. Il poursuit sa route puisque les contrôleurs des wagons sont en grève ou absents. Il sait que les voyageurs dans les gares refusent de prendre le train des rumeurs insensées. Son train avance et les gens de D8 parlotent dans certains compartiments.

La rumeur grecque nous enseigne qu’Archimède a pu se servir de miroirs pour concentrer la lumière du soleil et ainsi mettre le feu à des navires ennemis qui attaquaient la ville de Syracuse. De la même manière, les militants dans l’organisation D8 nous apprennent qu’ils peuvent se servir d’un haut-parleur géant pour concentrer les ondes de la rumeur. Ils espèrent et nous font croire que leur parlote magnifiée va détruire tous les navires de l’OTAN qui essayeront d’agresser la baie d’Alger. Une rumeur circule dans les laboratoires de l’université de Bab Ezzouar. Cette rumeur éclaire un projet de grande importance. Elle parle des recherches qui se poursuivent autour d’un projet très important dirigé par Kaddour. Ce projet de recherche va développer une langue pourvue d’un Laser et encastrée dans une gueule du genre «cube à huit faces». La langue laser consiste tout simplement à accumuler les ondes vocales émises par Kaddour pour bien diffuser ses combines sous forme de rumeur codée.

La première rumeur codée fut fabriquée le début de années quatre-vingt-dix par un pseudo-économiste dit la science. La science voulait transformer les structures économiques pendant le règne de Chadli. Au cours d’une conférence à l’université d’Alger, elle avait repris des divulgations de certains hauts responsables selon lesquelles la corruption représentait vingt pour cent du commerce extérieur du pays depuis l’indépendance. Elle a fait un calcul un peu bizarre concernant les importations algériennes depuis 1962, pour aboutir au chiffre magique 26 milliards de dollars. Tout le monde se rappelle qu’en période de crise cette personne avait demandé aux algériens de ne pas trop tartiner leur pain au petit déjeuner et de ne pas trop sucrer leur tasse de café. D’après son calcul, cette nouvelle méthode d’économie va réduire facture d’importation de sucre et de beurre. Drôle de tête ! Economie de spécialiste ou économie de bouts de chandelles. Une anecdote fait bien image de sa gestion. Frappée par la crise, la science demanda aux chinois de lui envoyer un bateau de blé. Les chinois lui envoient un bateau de ceintures. Elle distribua aux algériens des ceintures de taille chinoise et appliqua la politique « de serrer ceinture ». La politique de serrer ceinture et la politique du D8 furent à l’origine des émeutes d’Octobre 1988. Après son échec, la science lança la rumeur des vingt-six. Cette rumeur avait accéléré le train de la corruption qui nous a menés à une vitesse libre vers le chaos. Cette rumeur a couté chère au président Chadli mais les paroles de professeur polonais «Un président n’est jamais responsable quand les gens de science l’orientent intentionnellement vers le chaos» innocentent le président et condamnent la science.

Vingt ans après cette rumeur, en 2008, dans une interview accordée à El Khaibar dans son bureau à Londres, la science a abordé le scandale des 26 milliards de dollars. La réponse à la question «si on vous demandait de révéler ces chiffres » était trop vague et pas du tout à la hauteur d’une personne qui prétend être un académicien et économiste de grande envergure. Voici sa réponse « Je ne suis ni gendarme ni policier, et je ne possède pas les dossiers des personnes qui ont volé ».

Je conclue par les paroles d’un un jeune algérien né après 1988 qui commente cette phrase. Il s’exprime sans mâcher ses mots et dit « Martin Luther King a bien décrit ce genre de polémique. Rien au monde n’est plus dangereux que l’ignorance sincère et la stupidité consciencieuse ». Les gens qui ne sont ni gendarmes ni policiers, et qui ne possèdent pas les dossiers des personnes qui ont volé doivent fermer leurs becs et nous laisser vivre en paix.

Pr. Associé en Génie des Procédés

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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