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Le professeur Pierre Chaulet : Hommage au moudjahed et militant des droits de l’homme par Kamel Rezag Bara *

11 octobre 2012

Contributions, Pierre Chaulet

Le moudjahed, militant des droits de l’homme et des peuples, le professeur Pierre Chaulet, vient de nous quitter. 

C’est en tant que membre fondateur de la Ligue algérienne des droits de l’homme au milieu des années 1980, que j’ai, pour la première fois, approché le professeur Pierre Chaulet, dont le passé de militant de la cause algérienne et de professeur émérite de médecine était connu de tous.

Il se dégageait de lui une telle autorité morale et une telle douceur humaine que j’en ai été immédiatement subjugué.

C’est par la suite, à son contact et celui de ses nombreux amis et proches, que j’ai découvert d’où venait ce charisme et pourquoi transparaissait en lui tant de gentillesse et de prévenance.

Ce Français d’Algérie, descendant d’une famille installée depuis plusieurs générations en terre algérienne, fortement imprégnée par les valeurs sociales de la foi chrétienne, s’est engagé, dès les premières heures de la guerre de libération nationale, aux côtés du Front de Libération nationale. On lui doit, ainsi qu’à son épouse Claudine Chaulet et à leur vieille Deux-Chevaux (2 CV) Citroën, d’avoir permis de sauver Abane Ramdane et Ali Zaamoum, alors recherchés par toutes les polices coloniales.

On lui doit également d’avoir porté sur les fonts baptismaux la création à Tunis, en 1961, de l’agence Algérie Presse-Service (APS), l’organe officiel d’information du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Après l’indépendance, en tant que professeur de médecine, il s’est résolument engagé dans les politiques de santé publique, mises en œuvre dans le prolongement des plans de développement lancés dans les années 1970. A ce titre, tout le monde médical s’accorde à lui reconnaître la paternité des programmes de prévention et de lutte antituberculeuse qui ont quasi éradiqué de nos villes et de nos campagnes cette maladie contagieuse et mortelle.

Profondément outré par les actes d’arrestation arbitraires, de torture et d’usage excessif de la force armée contre les manifestants civils lors des événements d’Octobre 1988, il a activement participé à l’élaboration du rapport documenté établi par la LADH sur ces violations.

Au retour de feu le Président Mohamed Boudiaf au pays en janvier 1992, et en pleine tourmente sécuritaire, il a poursuivi son engagement en faveur des droits de l’homme en acceptant la vice-présidence de l’Observatoire national des Droits de l’homme (ONDH), la première institution nationale algérienne de promotion et de protection des droits de l’homme. Ce dont je peux témoigner, c’est qu’au cours de la cérémonie de présentation des membres du bureau de l’ONDH au Président Mohamed Boudiaf, au siège de la présidence en avril 1992, c’est vers lui que feu le Président s’est spontanément dirigé en premier, pour lui serrer chaleureusement la main et le gratifier d’un large sourire et d’une accolade, lui montrant ainsi sa satisfaction de retrouver un frère d’armes.

Au plus fort de la terrible période de terreur intégriste qu’a traversée notre pays, il nous a entourés de ses conseils et enrichis de ses analyses. Il se savait en danger et c’est pour préserver son épouse Claudine et sur la pression insistante de ses nombreux amis, dont je ne cite ici que feu le moudjahed, professeur Mahfoudh Bennoun, qu’il s’est résolu à occuper, pour quelque temps, hors l’Algérie, un poste de consultant de l’OMS.

Il nous quitte après avoir laissé un témoignage historique sous la forme d’un ouvrage que j’invite tous les Algériens des jeunes générations à lire, pour apprécier à quel point l’histoire contemporaine de notre pays aurait pu prendre une autre tournure, lui qui croyait «qu’une autre Algérie était possible».

En priant Le Tout-Puissant de lui accorder Sa Sainte Miséricorde et en ayant une très forte pensée à tous ses proches et amis et en premier lieu à son épouse Claudine et ses enfants, je me remémore cette phrase lourde de sens qu’il m’a dite à un moment où, après l’assassinat de feu Youcef Fethallah par les hordes terroristes, j’émettais un sentiment de doute profond sur la condition humaine: «Il ne faut jamais perdre espoir et garder ses repères fixes…»

*Membre fondateur de la Ligue algérienne des Droits de l’homme et ancien président de l’ONDH

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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