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Jusqu’où peut aller la démesure ? par Farouk Zahi

4 octobre 2012

Farouk Zahi

« La liberté n’est pas au commencement, mais à la fin. La liberté est le fruit du bon ordre ». Pierre de Gaxotte (Académicien français) 

Dans le propos, la démesure s’est déjà confortablement installée. Le geste a vite rejoint la parole ; les voies de fait sont légion à telle enseigne qu’ils se banalisent, pour ne plus constituer l’exception. La dispute, vieille comme le monde, s’est spécialisée en bataille rangée urbaine ou suburbaine, en rixe tribale ou familiale, en échauffourée contre l’ordre établi, contre le nouveau commissariat ou la nouvelle brigade de gendarmerie et contre ses propres géniteurs. Le collégien, n’est plus cet enfant que la maitresse sermonnait sans lendemain. Au sortir de l’enceinte scolaire, il faudrait qu’elle prenne garde à sa propre intégrité physique ; la réprimande répressive est vite actionnée. Ils ne se comptent plus les cas de chefs d’établissements ou de gestionnaires, livrés à la vindicte familiale pour des motifs le plus souvent, puériles sinon irresponsables. La rue est devenue cette jungle où la loi du plus fort a raison de toute civilité. Cette dernière est définie par le dictionnaire comme : « … l’ensemble des règles et des comportements de la vie en communauté tels que la politesse, la courtoisie, le savoir-vivre. La civilité est l’affichage du caractère pacifique d’une personne dans ses relations à autrui, notamment dans la façon d’entrer en contact, et du respect que l’on a pour son interlocuteur. Elle montre également l’appartenance à une même communauté, communauté humaine au minimum. Le mot civilité est cependant peu utilisé, tandis que son contraire, incivilité, est de nos jours d’un usage beaucoup plus fréquent. ».

Il se trouve aujourd’hui, et quelque soit le milieu où l’on évolue, que les règles de politesse, de courtoisie ou de bienséance sont foulées au pied et sans état d’âme. L’incivilité se niche dans des strates sociétales insoupçonnées. L’université, ce haut lieu supposé du savoir, n’échappe pas à la déchéance. L’administration, cette citadelle, jadis, de la discipline et de la rigueur est présentement mitée par la rustrerie. Le gobelet de café dans la main, on s’interpelle à tue tête au vu et au su du maitre de céans. L’état repoussant des lieux, surtout des sanitaires, s’ils existent, font désespérer les plus optimistes d’entre tous. L’hirsutisme, les tignasses, les cols de chemises douteux et les tenues disparates font songer au souk, plutôt qu’à un service public. La courtoisie de rigueur qui accordait, jadis, une place de choix à la femme, à l’enfant, à la personne âgée ou invalide n’a plus droit de cité. La femme à qui on manifeste un zeste de courtoisie ou de galanterie n’en revient pas. Elle le manifeste souvent par une certaine surprise crispée d’abord, puis par un sourire franchement reconnaissant. Il est des situations où c’est justement la femme qui ose vous doubler à droite en vous faisant des signes d’impatience. Et dans c’est dans une sorte de défi à la gente masculine, qu’elle se permet, parfois, des comportements outranciers allant jusqu’au geste obscène.

Il devient presque honteux de s’excuser ou de respecter l’ordre d’arrivée dans un lieu public. On vous regarde avec des yeux de merlan fris ; manière comme une autre, de signifier votre non appartenance à la communauté ambiante. Observons un peu ce qui peut se passer devant un guichet de poste ou dans une pharmacie. Le quidam qui rentre en dernier, commence souvent par interpeller le préposé par son prénom et engage la discussion tout en enclenchant le processus du service demandé. Observant le manège, le reste du public regardera ailleurs, ou manifestera une molle désapprobation dans le meilleur des cas. Il craint les inévitables représailles du guichetier. Un droit accordé, n’est souvent jamais réclamé et c’est cet état de fait, qui après le ras le bol, génère l’émeute. Dans une sorte de gâterie collective, on déclenche l’émeute pour n’importe quel motif fut-il pour un accident du travail, un accident de la route ou tout autre chose. La presse rapportera, après la tempête, que suite à l’intervention des sages, une plateforme de revendications a été présentée aux autorités locales qui en prirent acte. Les dégâts occasionnés au mobilier urbain, dépassent souvent et de loin, le cout de l’objet convoité. Ne faut-il pas installer des observatoires constitués des mêmes sages pour anticiper ces pulsions dévastatrices de la foule ?

Il faut dire aussi que les vecteurs de médiation représentés par la presse, notamment écrite, et les récents canaux TV sous la tyrannie de la liberté d’expression, ont perdu peu à peu le rôle modérateur qui était le leur. Franchement partisan ou voilé à peine, leur alignement ambivalent autorise les excès. Leur micro ou leur plume sont beaucoup plus prêtés à une partie qu’à une autre. On suscite volontiers le débat aux « Trois Horloges » ou à « Ali Mellah », où il est certain que le chaudron de mécontentement est le plus bouillonnant. Il peut se trouver et dans la même gazette, un article qui rapporte les désagréments occasionnés aux riverains par un marché informel. La duplicité du langage ne peut être suspectée que de tendancieuse et irresponsable. En vis-à-vis, l’objet du litige est cette administration impersonnelle qui égrène une lassante cadence de métronome qui, par sa litanie, devient un supplice inquisitif. Elle ne réussit pas à installer des attentes confortables avec chauffage et conditionnement d’air ; encore moins une fontaine fraiche. Elle n’offre toujours pas d’accès, sauf dans de rares exceptions, aux invalides. Elle ne chuchote par encore les noms des usagers en attente d’un service, elle les énonce par la criée. Il arrive aux responsables de rang intermédiaire de recevoir le public en groupe. Il est même, des médecins spécialistes qui « examinent », à la manière des maquignons, des patients groupés.

Toutes ces petites distorsions à la bienséance cumulées et mises bout à bout, constituent le levain par lequel la colère prend des disproportions insoupçonnées. Le paradoxe national fait que le responsable dans sa tour d’ivoire-bunker, devient vite abordable sur un talus de hameau au lendemain de la jacquerie. N’étant pas benêt, l’émeutier, conforté dans son bon droit par la reptation officielle, se revendique de la représentation populaire et fait des émules ici et là. Un cadre local, a, avoué en aparté, qu’il fut contraint par sa tutelle de négocier avec des personnes cagoulées. Heureux que celles-ci croient, encore à d’éventuelles représailles institutionnelles. Entre l’agent de l’ordre public excessif et celui qui négocie sa présence physique dans le quartier, le vide est d’ordre citoyen.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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