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Salubrité publique, une si longue absence… par Farouk Zahi

13 septembre 2012

Farouk Zahi

«Les peuples bien gouvernés sont en général des peuples qui pensent peu.» André Siegfried

« Il nous faut nettoyer le pays…et pour cela, il faut de l’eau ! » C’est par cette phrase parabolique que M. Sellal, le nouveau locataire du palais du Gouvernement, a entamé son mandat, lors de la passation du service à son successeur à la tête du ministère des Ressources en eau. 

Simples, mais apparemment porteuses, ces phrases sibyllines peuvent constituer à elles seules, tout un programme. Le fait de reconnaitre, à un niveau aussi haut, que nos villes et cités sont sales, c’est déjà une victoire sur le satisfecit ambiant. Il met à nu, l’ergotage qui consistait à répéter : « El madjhoudate el djabara » (Les efforts colossaux) en matière d’environnement qui ont abouti à ce résultat ». Ceci peut être dit sans vergogne devant l’objectif d’une caméra de télévision, avec en arrière plan une cité huppée de la capitale où des vaches paissent paisiblement. L’électrochoc, a, certainement, été la publication, il y a quelques mois, par « Le Monde » d’un article commis par un ancien diplomate en poste à Alger. Se peut-il qu’il faille attendre l’avis de tiers pour balayer son logis ?

Cette décadence de la salubrité publique en générale et de l’hygiène en particulier, n’est pas nouvelle. L’alerte en avait été donnée au lendemain d’octobre 1988 quand l’autorité de l’Etat, mise à mal, était remise en cause. L’Etat d’alors, était représenté par son chef d’entreprise, son maire ou son chef d’établissement hospitalier. On laissait faire la « meute » pour un lynchage en bonne et due forme des « suppôts » ou des « harkis » de l’Administration. L’anarchie prenait place à chaque fois que l’ordre reculait. De nouveaux concepts faisaient irruption dans le discours jusque là de militance révolutionnaire, on parlait dès lors des chouhada des émeutes, des militants des droits de l’Homme et des méfaits des apparatchiks. L’homme nouveau est né, remettant tout en cause, mais ne proposant rien de concret ni de cohérent.

La décennie quatre vingt dix, sonnait le glas de la modernité. La régression était bien là. Les marchés de l’informel faisaient leur apparition sous le timbre de la « Rahma » (clémence), la prosaïque djellaba et les savates faisaient une entrée tonitruante et l’hirsutisme pour raison religieuse, enjambait allégrement les règles de bonne tenue. A force d’agrémenter le discours quotidien « Ma’alich », ce vocable précédemment moyen oriental, devient un permis pour tout mal faire. Les manquements à l’hygiène générale et hospitalière deviennent une fatalité nationale à telle enseigne, qu’il leur est consacré des journées d’étude scientifiques. Plus le niveau scolaire des personnels chargés de l’entretien, est relativement élevé, plus la souillure est prégnante. D’ailleurs, il est rare de rencontrer dans les hôpitaux ou ailleurs, du personnel en tenue autre que blanche. Le personnel de surface, le cantonnier, l’éboueur que l’inconscient collectif a placés au ban des pestiférés, n’ont plus droit de cité dans la structure du prestige social. Ce sont généralement des gens dits sans qualification professionnelle, par voie de conséquence, incultes. L’autre phrase d’apparence anodine, mais assassine et qui affirme une lapalissade : « Le service public est en panne », vaut mille discours et autant de reportages télévisuels sur « El Indjazat » (Les réalisations). Sans vouloir dénier aux uns et aux autres, les énergies déployées pour améliorer le sort de la multitude, il se trouve toujours quelqu’un pour vous demander si vous avez de l’entregent à la mairie, la poste ou l’hôpital pour régler une affaire, souvent anodine. Cette panne est hélas acquise depuis, les défuntes ATU et autres syndicats d’entreprise et d’établissements publics. La discipline et la rigueur reculaient à chaque fois, que ces chevaliers du droit acquis, entonnaient leurs chants guerriers. Ils ameutaient, en premier lieu, le Commissaire du Parti qui en bonne place dans la hiérarchie locale, usait de la fibre nationaliste pour dénoncer les abus de ces « Nouveaux colons ». La chose publique était sacrifiée au nom de la cohésion sociale, tribale ou pour tout autre motif oiseux.

Le terrorisme pseudo syndical a été derrière l’élimination ou l’emprisonnement de beaucoup de victimes expiatoires parmi des responsables qui n’ont fait, que ce qu’ils estimaient être de leur devoir. Il fut un temps, où un gestionnaire hospitalier ne pouvait pas adresser un questionnaire à un médecin pour manquement à ses obligations. Certains conseils médicaux, par essence scientifiques, prirent une dérive préjudiciable à l’intérêt du service en faisait du lobbying corporatif. Les conventions non écrites et les compromis font qu’actuellement, certains médecins spécialistes n’assurent que deux consultations spécialisées par semaine pour s’évaporer, le reste du temps, dans la nature. Les deux motifs invoqués sont l’inexistence ou de l’hébergement ou du service hospitalier.

Quant à la ponctualité et l’assiduité, ces deux mamelles du service public, il y a bien longtemps qu’elles se sont inscrites dans la ringardise. Hormis l’école qui en fait encore un sacerdoce, le reste des services est livré au bon vouloir du personnel. Le temps réglementaire du travail, est observé différemment d’un lieu à un autre. L’absence irrégulière, couverte par le certificat médical de complaisance, est concensuellement admise et vogue la galère. Evoquer la qualité du service, cette arlésienne, il ne faut surtout pas s’y attendre de si tôt quand la formation et la mise à niveau ne sont pas dans les tablettes des managers, tout en admettant que le vocable est très fort dans le contexte. La plupart des gestionnaires se plaignent, sans recours, des réunions formelles et le plus souvent informelles qu’organise la hiérarchique. Ces regroupements, sous des motifs d’urgences ou d’injonctions verticales, entament dans le crédit de la discipline et de la pérennité du service public. La cadence effrénée des briefings, ne laisse que peu de temps pour permettre l’exécution des tâches édictées dans l’intervalle. En s’agitant, on pense candidement, que la machine est en branle, loin s’en faut.

Un adage du classicisme arabe restitue, pertinemment, cet état de chose : « Les contractions de la montagne n’ont abouti qu’à la naissance d’une souris ». Pour revenir à l’insalubrité de notre tissu urbain et de nos campagnes dont le mode de vie s’est urbanisé sous l’effet d’un développement socio économique indéniable, il lui faut un arsenal, d’abord humain correctement formé, matériel adapté et une réglementation plus coercitive. Moderniser ensuite les concepts du ramassage primaire des déchets solides domestiques, en dotant toute nouvelle construction collective par des vides ordures à deux gaines : L’une pour les déchets biologiques, l’autre pour les déchets inertes pouvant faire l’objet de recyclage. Dans ce dernier chapitre, les pertes sèches enregistrées dans le manque à gagner s’élèveraient à 4 milliards USD par an. Il nous semble que le maillage actuel du réseau de collecte et d’enlèvement des ordures ménagères, est amputé d’un maillon et non des moindres ; c’est la petite collecte au niveau du quartier ou de la cité. La coutume voulait que les déchets générés au cours de la journée soient déposés, à la nuit tombée au pas de la porte. L’extension urbaine induite par l’expansion démographique, le mode de consommation d’abord suscité par les superettes, ensuite par les supermarchés, concourent tous à rendre la tache, déjà rebutante, plus contraignante que jamais. La benne tasseuse, onéreuse et de configuration volumineuse ne peut plus se permettre de faire du porte à porte à un rythme d’escargot. La petite benne tractée par le motoculteur, peut avantageusement, faire le travail de fourmi en collectant continuellement pour un dépôt intermédiaire. Ce n’est probablement qu’à ce prix, que le spectre des déchets sera définitivement réduit ou du moins atténué.

La configuration du cabinet de M.Sellal, est en soi, un fait nouveau par rapport aux anciens cabinets constitués de cadres de dimension internationale mais qui, à l’épreuve, ne « cadraient » pas avec les prosaïques préoccupations du citoyen lambda. Les envolées et les analyses pointues sur le démantèlement tarifaire, l’OMC, l’OCDE et autres acronymes aussi illisibles les uns que les autres, ne sont, décidemment, pas la tasse de thé de la multitude. C’est, probablement, pour la première fois que la vox populi s’empare de ce fait politique et disserte sur des lendemains meilleurs. Joignant le geste à la parole, M. Sellal vient d’intimer l’ordre aux walis de la République à la tête de cinq (5) gros chefs lieux de superviser, personnellement, les opérations de réhabilitation de leurs tissus urbains. Le résidant anonyme des circonscriptions territoriales où le Premier Ministre a exercé, tantôt en qualité de Chef de daira, tantôt comme Wali, ressent une légitime fierté quant au choix fait par le Chef de l’Etat. La preuve en a été, récemment, administrée par la population d’une localité reculée de Laghouat, qui forte de sa conviction d’être familière au Premier Ministre, l’interpelle pour attirer son attention sur le sort qui est le sien.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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