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Un murmure du fond de la mer par Moncef Wafi

10 septembre 2012

Moncef Wafi

Ils sont toujours là malgré les tribunaux et les poissons cannibales. Malgré le silence officiel et les arrestations. Debout, scrutant l’horizon, travaillant une année pour thésauriser le prix du billet de passage. Inspectant les criques et à l’affût des meilleures opportunités. Brassant les sexes et les âges, les couches sociales et les années d’école. Une seule ambition les dévore. Un seul objectif les obnubile et ils ne vivent que pour le jour où ils pourront quitter les trottoirs défoncés de cette Algérie, si peu hospitalière. Ils sont originaires de différents points géographiques disséminés sur la carte de la misère nationale. Ils sont prêts à tout laisser, même si parfois, ce tout veut dire simplement rien. Ils n’ont rien d’autre que leur vie à sacrifier sur l’autel du chant des sirènes et des mirages de gratte-ciel. Par mer, terre ou chevauchant la fumée d’un joint de qualité douteuse, ils traversent les distances et débarquent sur l’autre rive. Celle de l’espoir de refaire, ou de commencer, pour la plupart d’entre eux, leur vie. Ils sont des milliers, toujours plus nombreux, à s’entasser, serrés comme des sardines mortes, sur des cercueils flottants, à vouloir tenter l’aventure et la mort. Partir, par tous les moyens, pour échapper à la médiocrité ambiante, aux sentiments d’exclusion, au taudis familial, aux cages d’escaliers, à la hogra institutionnalisée et au mépris d’une classe dirigeante en total décalage avec les réalités de la rue. Jouant à cache-cache avec les uniformes et bravant la mort à chaque tentative d’embarquement, ils s’inscrivent dans une logique de suicide semi-collectif non déclarée. Frontières terrestres, cargos du monde, ils s’accrochent aux plus petits détails, font et refont la traversée, mille fois avant de jeter un dernier coup d’œil à la famille. A la mère. La suite… devant le tribunal, dans un linceul, prostré dans les caniveaux d’une rue malfamée d’ailleurs. Pour ceux à qui la chance sourit, une petite place au soleil, gravé au fond de leur algérianité cet anonymat pesant. Une tête levée vers les étoiles mornes de l’exil et une nostalgie à abattre des montagnes. Pour les autres, une bouteille postale jetée à la mer en guise de testament, une eau noire et salée pour tout suaire et les larmes d’une mère éplorée pour compagnon de mort. Au fond de la Méditerranée, ils écoutent le refrain de Renaud qui chantait que la mer l’a pris lui et que les Algériens y crèvent dedans. Par temps de tempête, des marins ont juré avoir entendu des voix chantant Bab El Oued chouhada s’échapper des profondeurs marines.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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