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Djerdi Cherifa, du vieux elle fait du neuf Par Zaïd Zoheïr

8 septembre 2012

Contributions

Soirmagazine : C’EST MA VIE

Le recyclage au féminin dans le domaine de l’artisanat à caractère écologique est un créneau qui commence à se frayer un chemin. Djerdi Cherifa, 54 ans, retraitée de la zone industrielle de Skikda, bien que n’étant pas une pionnière en la matière, s’est offert, en dépit des contraintes établies, une place au soleil.
Le soleil des travaux manuels qui embellissent, à travers des opérations clandestines de transformation ou de reconversion d’objets, la déco des demeures ; ou encore celui des salons pompeux lors de cérémonies officielles. D’ailleurs, sa découverte est à entonner lors des journées portes ouvertes organisées conjointement par les associations El-Wouroud d’Emzedj-Edchiche et Bariq 21, les 10 et 11 juin 2011, à la maison de jeunes de la commune d’Emzedj-Edchiche, une quarantaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya. Dj.Chérifa est sortie sous les feux de la rampe il y a de cela trois ans seulement, après avoir passé 20 ans dans l’anonymat. L’anonymat artisanal s’entend. De son statut de femme au foyer, elle en a fait bon usage. Malgré la relative exiguïté des lieux, Cherifa a su en faire un atelier informel. Un espace familial avec un arrière-fond professionnel. Une recycleuse au foyer est née. Ne s’arrêtant pas à la seule satisfaction, avec doigté, de sa passion, Cherifa s’était autoproclamée formatrice. Un groupe d’enfants âgés de 8 à 11 ans est sa première promotion. La durée du cycle correspond à l’année scolaire. Il n’est pas à écarter, vu le succès remporté, que le nombre soit revu à la hausse cette année. Bouteilles en plastique et en verre, coquilles d’œufs, troncs d’arbre, vieilles bassines, tuyaux à gaz, vieilles horloges, supports audiovisuels… la liste des matériaux utilisés pour le recyclage est longue. On voit ici que tout ce qui contribue à l’insalubrité publique ou à emplir les dévidoirs d’une capacité moindre par rapport au volume des détritus est récupéré pour servir à divers usages (ustensiles de cuisine, objets de décoration, effets pour mariée…). Du bon usage du tri sélectif. Djerdi Cherifa est une bonne conteuse. La narration qu’elle fait concernant son parcours mérite que l’on s’y attarde. « Comme tous les enfants de mon époque, je faisais mes poupées en chiffons moi-même, le trousseau de la maison, comme le matelas, l’oreiller, les habits… Enfin, tout ce qui est nécessaire pour une poupée. L’armoire était faite avec une boîte d’allumettes et les pinces à linge servaient pour fabriquer la chaise. Les travaux manuels de ce genre nous permettaient de passer nos très longues vacances d’été loin des senteurs marines et de la chaleur du sable fin de nos côtes.» Sur cet épilogue, elle se rappelle sa première œuvre d’art. «Mon premier ouvrage de récupération, je l’ai réalisé en 1983. Une collègue de bureau avait ramené de la laine (je me rappelle que les bobines étaient entremêlées et de deux couleurs : le jaune et le noir). Au bout d’un moment, elle avait perdu patience et l’a jetée dans la corbeille à papier. Je l’ai récupérée et réussi à la démêler. Résultat : un petit gilet jaune avec une bordure noire au crochet a été conçu. En signe de reconnaissance, je l’ai offert à sa petite sœur. Bien avant, je savais que dans quelques foyers skikdis, les mamans et leurs filles faisaient des corbeilles à base d’alfa et sachets en plastique, qui servaient à ranger des fruits ou des légumes. C’était joli. Avec des couleurs bien étudiées, on tissait aussi des tapis avec des vieux vêtements qui étaient mis au rebus ou des tombées de tissus que l’on récupérait chez les couturières.» La carrière artisanale de Cherifa a été suspendue, à regrets, par les études et la vie conjugale. «Trop prise par mes études, le travail et puis les enfants, j’étais obligée de mettre de côté tout cela, mais avec l’espoir d’y revenir un jour. La preuve, je ne jette jamais les résidus quels qu’ils soient. Puis, c’est le déclic. Je me souviens, c’était à l’occasion de la célébration du mariage de ma nièce. J’avais besoin de petites corbeilles pour les filles d’honneur. Elles devaient précéder la mariée et parsemer le parterre de pétales de fleurs. A cette époque, il n’y en avait pas sur le marché, j’ai dû récupérer quelques petites bassines en plastique, des tuyaux à gaz pour faire l’anse, du tissu satiné, ruban et quelques fleurs, et le tour était joué ! Les bassines ont vu le jour.» Profitant de notre entrevue, Djerdi Cherifa fait un vœu : «Mon vœu le plus cher est d’avoir un atelier où exposer tous mes travaux et pouvoir sensibiliser petits et grands pour la sauvegarde de notre environnement. Comment gérer nos déchets et créer des bibelots et autres articles aussi beaux les uns que les autres figurent aussi parmi mes objectifs. Lors de mes expositions, je me rends compte que les gens sont curieux, émerveillés et avides d’apprendre. C’est dire que c’est un créneau qui a de l’avenir.» Djerdi a une fille âgée de 14 ans. Elle suit les traces de sa maman et compte prendre la relève. Pour preuve, elle a déjà à son actif plusieurs créations, entre autres une poupée qu’elle a habillée d’un costume traditionnel de Skikda. Elle a aussi érigé une maison à base de carcasses de téléphones mobiles, de boîtes de céréales, de cotons-tiges et d’allumettes. Telle mère, telle fille. La filiation artisanale est en cours. «Les musées préservent notre passé ; le recyclage préserve notre avenir.» 


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/09/08/article.php?sid=138829&cid=52

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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