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Les puits de la mort par Farouk Zahi

7 septembre 2012

Farouk Zahi

«Pour être téméraire, il ne suffit pas d’être volontaire, il faut encore être innocent jusqu’à l’ignorance.» (George Sand) 

Faut-il, toujours, déplorer ces tragiques accidents dus à l’inobservance des règles de sécurité régissant la prévention des dangers, souvent, mortels qui guettent l’individu ? L’intoxication aux gaz accumulés au fond des puits, contrairement, à l’émanation de dioxyde de carbone en période hivernale, n’a jamais fait l’objet de spots télévisuels ou radiophoniques pour sensibiliser la population, notamment rurale, sur les risques que peut présenter le simple curage d’un puits. Ces tueurs silencieux, parfois inodores, sont cause de létalité foudroyante ou dans le meilleur des cas, d’invalidité sensorielle ou physique permanente quand on y échappe miraculeusement. Issu des produits pétroliers, il peut être généré par des éléments organiques putrescibles, l’hydrogène sulfuré dégage parfois une odeur d’œuf pourri. Il est même rapporté des intoxications en dehors de milieux confinés. La littérature spécialisée, évoque l’intoxication de chevaux et de sangliers due à l’accumulation et la putréfaction d’algues marines ou de déchets organiques. L’hydrogène sulfuré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, dans le douloureux drame qui vient de frapper la périphérie de Constantine est connu pour être d’une toxicité avérée :

« Le sulfure d’hydrogène est considéré comme un poison à large spectre. Il peut donc empoisonner différents organes. L’inhalation prolongée de sulfure d’hydrogène peut causer la dégénérescence du nerf de l’odorat (rendant la détection du gaz impossible) et provoquer la mort juste après quelques mouvements respiratoires. L’inhalation du gaz, même en quantité relativement faible, peut entraîner une perte de connaissance. » (Wikipédia). Et c’est probablement là, toute la problématique. La famille Habchi qui a perdu 6 membres dont l’âge varie entre 25 et 40 ans, a payé le tribut le plus lourd en ce funeste 31 août 2012. Dans un élan solidaire, leur voisin les suivra dans leur descente mortelle. Les pompiers appelés à la rescousse, n’y pourront rien et perdront deux de leurs jeunes éléments. Saufs, mais probablement intoxiqués, cinq(5) autres sapeurs pompiers séjourneront au service de réanimation de l’hôpital militaire de Constantine. Le motif de cet « holocauste sacrificiel » car, il s’agit bien de sacrifice quand on brave le danger mortel pour venir en aide à autrui, a été une dérisoire bouteille en plastic jetée par des enfants dans le puits. Pour l’extirper, la première victime descend dans la cavité de 14 mètres de profondeur dont deux immergés, pour ne plus remonter. Et si le puits disposait d’une margelle fermée, l’objet n’y serait jamais tombé.

C’est à partir du silence prolongé de la première victime que la faucheuse, s’en prend aux 8 autres venues à l’aide. Autant de bravoure et don de soi, ne peut être que saluée. Cette caractéristique de témérité que nous connaissons à bon nombre de compatriotes, est un bien immatériel patrimonial que, nulle turpitude politique ou sociale, ne peut l’en départir. Il est bon de rappeler de véritables «faits d’armes» que des individus, ont accomplis pour sauver leurs congénères en détresse. Il nous vient à l’esprit, entre autres, ce jeune homme d’une ville de l’Ouest qui a arraché à la rame d’un train, une fillette vouée à la mort en perdant sa propre vie. Dans le cas du drame de Constantine, si pour les victimes non initiées aux risques, cette fatalité peut être admise, il n’en est pas de même pour les professionnels. L’officier de la Protection civile qui a suivi l’opération, affirme qu’il s’agissait bien d’une émanation d’hydrogène sulfuré provenant d’une moto pompe fonctionnant au carburant utilisée quelques jours avant. Est-ce à dire que les deux( 2) éléments qui ont tenté de porter secours aux victimes, étaient au fait de la présence du gaz mortel ? Et si c’est le cas, étaient-ils dotés de l’équipement idoine ? Sinon, la défaillance est à chercher dans une sorte d’insouciance appelée par les jeunes : « normal ». Cet état d’esprit, retrouvé malheureusement, dans les accidents tragiques de la route, du travail et même domestiques fait de plus en plus de victimes. Le bilan macabre, comme de coutume, est toujours accompagné de son lugubre cortège d’handicapés, de veuves et d’orphelins.

Ces bilans que la presse quotidienne rapporte dans ses colonnes, semblent devenir un bulletin informatif à l’instar de la météo ou d’une prosaïque mercuriale. On lit le fait divers, juste pour connaitre du lieu et de l’origine géographique des victimes et on s’en détourne. Une famille composée de la conductrice et de ses cinq enfants, est sauvagement décimée par un semi-remorque. Le lourd bilan physique est de six (6) morts. Le bilan moral est, incommensurable pour toute la nation. L’ainée était une brillante architecte, le puiné major de promotion de l’Ecole supérieure de journalisme, les cadettes jumelles venait juste de décrocher leur baccalauréat et le benjamin son BEM. Peut-on encore parler, sans honte, d’un fait divers ? Faut-il, encore, rappeler la récente disparition, de ces quatre (4) jeunes étudiantes âgées entre 22 et 26 ans et dont la voiture s’est encastrée dans un semi-remorque, encore un mastodonte du trépas. Elles allaient au Foyer pour enfants assistés d’Héliopolis (Guelma) pour une action caritative. Dans une récente déclaration à la presse, le DG de la Protection civile aurait rapporté l’ampleur des feux de forets à l’absence de moyens modernes adaptés à ce sinistre, il évoque, à ce titre, les canadairs et les hélicoptères à grands réservoirs d’eau.

Si, dans le registre de cet équipement, l’investissement est coûteux, il n’en est pas de même pour le petit outillage vital tel que : combinaison, masque et détecteur de gaz toxiques dont le marché est pourvu de multiples types d’appareil. Allez expliquer aux argentiers que lorsque vous achetez un véhicule neuf, il vous faut l’équivalent de deux autres en pièces de rechange et en consommable. Identifié, le danger des puits est à cerner réglementairement. Les pouvoirs publics devraient soumettre, tous travaux de puits à autorisation si ce n’est déjà fait. Il devient impératif de codifier cette activité, source de nombreuses hécatombes familiales. L’école, notamment, dans son cycle moyen peut être porteuse d’espoir en matière de vulgarisation de préceptes d’autoprotection contre les risques environnementaux, induits par un développement à l’emporte pièce. Les programmes scolaires actuels, chargés de connaissances «scientistes», sont-ils pertinents ou même opportuns pour mener l’enfant, à la réflexion sur son environnement immédiat ? La vieillotte «Leçon de choses», ne faisait-elle pas, par de simples procédés, toucher du doigt les principes de vases communicants, de dilatation des métaux, la consommation de l’air par tout être vivant ou végétal ? Les pédagogues qui ont leur mot à dire, ne manqueront certainement pas de fustiger ces propos éraillés du profane. Ils les trouveront même réactionnaires et passéistes et tant pis si les dommages collatéraux font la «Une» de la presse nationale.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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