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Apprendre à lire pour apprendre à penser

7 septembre 2012

Kaddour M'HAMSADJI

LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L’ÉTÉ 2012 (VI ET FIN)

Mercredi 05 Septembre 2012

Par Kaddour M’HAMSADJI

«Je lis et je pense»

Aujourd’hui, on ne sait plus lire; le lecteur souffre de devoir lire, et le livre se meurt de rester fermé là où l’on devrait l’ouvrir.

L’apprentissage de la lecture c’est lire en permanence; la pensée s’ouvre peu à peu, évolue de même et se forme pareillement. Il n’est pas de pensée sans apprentissage de la lecture. Il ne s’agit pas de marmonner les mots, syllabe après syllabe, – ça qui ne sait le faire? Il faut entrer dans le texte, comprendre le sens qu’il révèle dans le silence de l’acte de lire. Il ne suffirait pas de l’attention, de la propension à aimer lire, à tenir en main un livre, à faire part à l’entourage que l’on tient un livre par jour: il est urgent de confesser à sa conscience la médiocrité de sa raison. De fait, ce que nous en faisons du livre, il en fera de nous: ami ou ennemi!…
En conséquence, notre Petite bibliothèque de l’été 2012 continue de proposer quelques titres d’ouvrages déjà présentés dans notre rubrique hebdomadaire Le Temps de lire:
- LA MER VINEUSE (DISAIT L’AVEUGLE), de Abderrahmane Djelfaoui, édit. L. de Minuit, Alger, 2012, 93 pages: «En lisant soigneusement, La Mer vineuse (disait l’aveugle), on tombe sous le charme d’une poésie pleine d’émotions et de brillantes réflexions. La mer, si peu connue chez nous et pourtant si proche, frange notre beau pays de ses mouvements, reflets de nos colères et de nos espérances. Mais notre Mer a été, comme toujours notre protectrice, car notre Cité, El Qaçba, zemân, pour avoir succombé, en 1830, aux coups meurtriers du corps expéditionnaire français, a été cette fois-là attaquée par le dos! Cette souffrance nous remonte, meurtrissures terriblement douloureuses, en mémoire. Et l’on entend, comme des souvenirs au passé-présent tous les tumultes de la mer. Rêvons.»
- LE CHOIX DE L’ALGÉRIE, Deux voix, une mémoire de Pierre et Claudine Chaulet, éditions barzakh, Alger, 2012, 502 pages: «L’oeuvre magnifique de Pierre et Claudine Chaulet est un immense enseignement pour les hommes de conscience en quelque lieu qu’ils se trouvent empêchés de vivre libres. La substance de leur choix est encore dans ces lignes qui sonnent comme de puissants échos d’un duo de voix: «À aucun moment, nous n’avons éprouvé la sensation ni la capacité de changer le monde. Mais nous étions convaincus de participer à notre place à une phase historique de bouleversement de la société algérienne, sortant de la dépendance coloniale pour se trouver plongée dans les nouveaux rapports mondiaux. Nous étions pris, et le sommes encore, par une histoire qui nous dépasse, au sein de laquelle nous avons essayé de garder lucidité, fidélité, espoir et humour.»
- LE MONDE COMME JE LE VOIS de Chems Eddine Chitour, Casbah-Éditions et L’Expression-Le Quotidien, Alger, 2012, 407 pages: «La libre réflexion du professeur Chems Eddine Chitour mérite méditation: après tout, ce qu’il voit, peut-être le voyons-nous également. Cela va sans dire, sans doute, mais cela va mieux en le disant. Et d’autant qu’il y a une différence d’attitude entre «Le monde comme je le vois» et «Comment je vois le monde». Si l’on veut vivre algérien, il faut lire cet ouvrage de Chems Eddine Chitour; il est écrit avec intelligence; c’est un plaidoyer patient et méthodique où foisonnent des thèmes forts, des interrogations pertinentes et des humeurs politiques brillantes.»
- LES CHANTS CANNIBALES de Yasmina Khadra, Casbah Éditions, Alger, 2012, 208 pages: «Cette inscription de l’histoire réelle, insérée dans une histoire fictive et dans une histoire mythique, se révèle parfaitement éducative et instructive dans une oeuvre littéraire qui se donne pour mission d’inventer et même surtout de réinventer le vivre humain. Pour ce faire, si l’on a conscience qu’aucun écrivain n’est assez grand, on ne peut a contrario douter que son art ne l’oblige spontanément, par sensibilité et par devoir, à reconstituer, point par point, les difficultés, les rancoeurs et les espérances de ceux qui, pour une seule petite seconde de vie hypothétique, tiennent le pari de s’offrir au péril. Partagé par leur douleur et leur vérité, l’écrivain responsable ne peut qu’essayer de les comprendre, de les ramener à l’espoir, non de les juger… En rapport avec ce qui nous intéresse ici, c’est un aspect fort de l’intention de l’écrivain qui est tout tracé dans l’épigraphe que Yasmina Khadra a placée en tête de son oeuvre: «Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir (Frantz Fanon, Les Damnés de la terre). Ce dur exercice de la conscience d’écrivain, nous le retrouvons de nouveau dans ces «douze nouvelles» [...] L’Incompris, de la dernière nouvelle des Chants cannibales, conçoit enfin une espérance ouverte, une contemplation émerveillée d’une beauté à venir, une promesse de bonheur formé à la certitude du verbe de l’intelligence, de l’esthétique et de l’action. Là même est, à mon sens, «toute la raison d’être» de l’oeuvre de Yasmina Khadra.»
- MÉMOIRES D’UN UNIVERSITAIRE ÉCRIVAIN, Vers une culture ouverte de Chikh Bouamrane, Thala Éditions, Alger, 2012, 373 pages: «Un ouvrage franc sur des émotions personnelles hautement éducatives. On y découvre un témoignage auquel nous succombons aisément dans la mesure où la sincérité de l’auteur invite, à chaque page, au raisonnement. Ah! si tous les Algériens, en ce cinquantième anniversaire de l’Indépendance, voulaient, pouvaient,… lire leur histoire, leur culture, leur civilisation et se les assimiler, qu’ils seraient beaux, car authentiques, paisibles et libres!»
- VOYAGE AU BOUT DU DÉLIRE de Zoubeïda Mameria, éditions Alpha, Alger, 2011, 145 pages: «[Ce roman] constitue une juste illustration de ce dont souffrent la plupart des jeunes algériens, garçons et filles, trop tôt livrés à eux-mêmes, encore adolescents, encore jeunes gens se cherchant un idéal ou déjà adultes se trouvant aux prises avec des problèmes difficiles de la vie courante, privés d’un bonheur plein d’être libres de vivre leurs rêves, d’accomplir dans l’enthousiasme des prouesses d’adultes, – en somme, de se créer pour leur pays. [...] Voilà, je pense, une direction lumineuse que pourrait suivre notre littérature: éveiller les esprits, peut-être même éduquer et instruire, autrement dit introduire un peu de pédagogie dans l’art d’écrire pour aider à faire apprendre l’art de lire, de savoir et de comprendre. Aujourd’hui, l’auteur algérien, je dis bien «l’auteur algérien» (écrivain, romancier, dramaturge, poète, historien, journaliste, enseignant,…) est, à mon avis, chargé d’une mission à caractère multiple, sauf de n’être qu’un amuseur et si, par un malheureux hasard, il l’est tout de même, il subira l’autre mépris, plus terrible pour lui-même, quand son amour-propre en sera secoué, le mépris de soi… À quoi sert d’écrire, que veut dire écrire, sinon à communiquer? Et ça, je le sais d’expérience, est un autre sujet de débat.»
- L’EXIL FÉCOND, de Kamel Bouchama, éditions Juba, Alger, 2011, 241 pages: «Tout y dérange: l’écriture, le code d’écriture, la forme, la langue et ses principes, et surtout nos habitudes prises (ou apprises) du constant B.A.-BA. et aussi la crainte de perdre nos sommeils de gens paisibles. Toutefois que de thèmes sociaux et politiques, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, sont abordés avec une pensée juste et engageante! Croyez-le si vous voulez, chers lecteurs, mais l’auteur vous aura quand même avertis dès son «Il était une fois…, une gazelle» par sa toute première phrase: «Commençons comme on commence le récit d’une véritable fable.» Quelle véritable fable? Quelle fable véritable?… La réalité des faits court sur toutes les pages et sur toutes les pages, plus fort que les ailes de la Mouche, vibre la voix ample, sûre et vindicative de l’auteur qui, à aucun moment, ne manque d’arguments!… [...] Et c’est à l’homme d’esprit de comprendre et à l’homme de coeur d’être généreux!»
Nous voilà arrivés au moment de fermer La Petite bibliothèque de l’été 2012 qui nous a permis de rappeler quelques titres d’ouvrages présentés au cours de la saison 2011-2012. Nous reprendrons le cours de notre chronique hebdomadaire Le Temps de lire, consacrée à la présentation de nouveaux livres de 2012-2013, dès mercredi prochain.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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