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Livres : bonjour tristesse(s) ! par Belkacem AHCENE-DJABALLAH

6 septembre 2012

Belkacem AHCENE DJABALLAH

La nouvelle littérature algérienne a de quoi foutre le «bourdon» et, bien qu’ elle «surfe» de plus en plus sur un autre registre, plus ouvert sur la modernité et l’universel, elle reste «scotchée» à une atmosphère assez «noire»,
pessimiste, faite de doutes, d’interrogations, d’ambiance mortifère ou douloureuse. Rien en elle ne prête à l’optimisme, au rire, à l’humour, ceci étant laissé aux humoristes (encore rares et souvent incompris) et au théâtre populaire qui a su, parfois, mais pas toujours, allier les sujets graves à la (auto) dérision. Il est vrai que l’histoire du pays, chargée de drames depuis la nuit des temps, n’a jamais été faite pour l’espoir en des lendemains meilleurs, les nouvelles générations (d’écrivains… et d’écrivants, en l’occurrence les journalistes… ainsi que les cinéastes) étant encore bien plus «touchées» ou «déprimées». Et, si l’on n’y prend garde dès aujourd’hui, à travers une éducation réellement moderne et optimiste, une «nouvelle école», les générations qui vont suivre seront encore plus «malades».

Sauvage…

Roman de Nina Bouraoui. Editions Barzakh, Alger 2011 (et Editions Stock, Paris, 2011), 203 pages, 600 dinars

C’est peut-être le roman de Nina Bouraoui (franco-jijelienne) qui met en scène le mieux et le plus sa personnalité. Sauvage, comme le titre, assurément bien choisi. En fait, ce n’est ni un roman au sens classique et commun du terme, ni une œuvre mémorielle et encore moins une autobiographie. Peut-être même un essai… de philo. En tout cas, un peu de tout, et surtout le portrait psychologique d’une Algérienne, une encore adolescente, à peine aux portes de la jeunesse, à la fin des années 70… vivant dans un milieu social assez aisée, mais pas riche, car vivant dans un appartement (situé, il est vrai, dans une résidence que l’on devine réservé aux membres de la nomenklatura de l’époque, dans un quartier où le peuple paraît un peu loin des soucis quotidiens). Une Algérienne «in», ni compliquée, ni complexée, mais s’interrogeant sans cesse sur sa vie, son amour «disparu de la circulation», et sur la vie de ses proches et des aînés (encore plongés dans les drames de la guerre de libération nationale) ; partagée entre la réalité d’un contexte ni dur, ni exaltant, entre les rêves de la modernité et la réalité d’une culture elle-même «éclatée», une grand-mère du «bled» et une autre (maternelle) de France… tout cela dans un pays que, l’on sent au bord de ruptures importantes… en train de vivre ses derniers moments de monde finissant et frappant aux portes pour se plonger d’on ne sait quelles drames. C’est, à travers, le drame existentiel de l’héroïne, que l’on sent tout cela, écrit avec une forte maîtrise de la langue et décrit à travers la présentation des (petits) drames de la vie au quotidien et des (petits) personnages de l’environnement proche. Françoise Sagan Algérienne ! Une erreur à signaler : Skikda est, par deux fois, confondue avec, je pense Tikjda (pp 92 et 188)… Skikda n’a jamais eu de hauteurs enneigés.

Avis : Livre au contenu lyrique, sensuel… qui fera replonger les quinquagénaires et un peu moins dans Alger des années 70. Les sexagénaires et un peu plus sauront enfin ce que valaient, ce que pensaient et ce que ressentaient alors leurs enfants… tout en regrettant de ne pas leur avoir passé le flambeau déjà à la fin des années 80.

Phrase à méditer : «Chacun tricote son histoire. Et moi, je me sens en dehors».

Confessions d’Assekrem…

Roman (traduit de l’arabe par Mehenna Hamadouche) de Azzedine Mihoubi. Casbah éditions, Alger 2010, 545 pages, 850 dinars.

Ecrivain, dramaturge, poète, mais aussi journaliste (il a été un certain moment directeur de l’Information à l’ENTV du temps de HHC), député RND (1997-2002), mais aussi Secrétaire d’Etat à la Communication (2008-2010), Azzedine Mihoubi, un natif de Ain Khadra (du côté de M’sila) aime, aussi, le football. C’est peut-être cela qui lui permet d’être à l’aise dans plusieurs postes.

Un roman-fleuve, associant réalité et fiction. Tamanrasset durant les années 2030-2040. Tam City, ville dominée par l’Assekrem, ville attractive pour les capitaux, les touristes et les hommes d’affaires, ville ouverte… à toutes les prédictions catastrophiques, ville moderne sans tabous, ni complexes, tolérante, cosmopolite, universelle, Un roman-fleuve, associant réalité et fiction. Tamanrasset durant les années 2030-2040. Tam City, ville dominée par l’Assekrem, ville attractive pour les capitaux, les touristes et les hommes d’affaires, ville ouverte… à toutes les prédictions catastrophiques, ville moderne sans tabous, ni complexes, ville-lumières, tolérante, cosmopolite, universelle, rond-point et carrefour de toutes les histoires, de toutes les malaventures et de tous les phantasmes, ville programmée ainsi (après d’âpres négociations avec les Européens en quête de sécurité) afin de stopper l’émigration des gens du Sud vers le nord.

A travers des récits de vie (lors d’un «concours» de confessions organisées par le propriétaire d’un hôtel de luxe… un Allemand) qui se croisent, venant du passée et ne connaissant ni espace ni temps.

Comme le style d’écriture où tout est mélangé, où tous les genres se mélangent… bien souvent avec bonheur. Peut-être un peu trop de poèmes, peut-être un peu trop d’explications politiques de l’actualité… avec toujours cette foutue fixation sur «le complot impérialiste… ou impérialo-sioniste.. ou de l’extérieur…», peut-être pas assez de passions qui vont jusqu’au bout. Il est vrai que le livre a été écrit d’abord en arabe, donc destiné à un public précis, qui reste encore (pour la «forme») assez prude ; ne se livrant que rarement tout nu en public. Le traducteur est resté fidèle à l’esprit de l’auteur… peut-être un peu trop. Alors qu’en littérature, la trahison est, à mon sens, permise… au traducteur. Surtout lorsque le texte est difficile.

Avis : A lire mais attention, l’auteur va «trop vite» pour nos méninges donc possiblité de «perdre le fil» en cours de route. Une lecture difficile. Non à cause de l’intrigue et ce l’écriture labyrinthiques ainsi que de la multiplicité des genres littéraires (poésie, théâtre, philo, essai politique, romance, journalisme…), mais surtout en raison de l’épaisseur de l’ouvrage (545 pages), difficile à manipuler, d’autant que chez nous, au niveau de certains imprimeurs (et éditeurs), la facilité de lecture n’est que rarement prise en compte et le lecteur souvent ignoré.

Phrases à méditer: «J’ai épousé le silence et donné naissance à beaucoup de liberté» «Le destin des gentilles gens est de vivre comme des prophètes et de crever comme des rats».

Une balle en tête…

Roman (traduit de l’arabe par Mehaenna Hamadouche) de Samira Guebli. Casbah Editions, Alger2011

(édité en arabe, en 2008), 220 pages, 450 dinars.

Un journaliste qui a échappé par miracle à la mort, criblé de balles par un de ses proches, un «frère», un «copain» de la Casbah, durant la «décennie rouge»… mais qui se retrouve… en France (décidément, elle ne veut pas nous quitter, la Marianne), réfugié, loin du terrorisme aveugle… avec une balle dans la tête, impossible à extraire. Une histoire d’amour (qui s’arrête à un baiser très léger et rapide, presque volé, sur les lèvres) avec son médecin, une belle dame bien sous tous rapports, sorte de Médecin sans frontières, qui, elle, a perdu son fils unique dans l’attentat du 11 septembre. Anti-terroristes de tous les pays, unissez-vous !

Une écriture poétique – la poésie nostalgique, dramatique, triste à en mourir, n’est pas loin et on appréciera la superbe traduction de la chanson d’El Badji, El Maqnine Ezzine, 99) – un rythme soutenu qui ne perd pas son temps et son espace en descriptions inutiles. Une fin (à couper le souffle… On sent la journaliste derrière l’écriture et, surtout, une dame assez engagée… un peu trop peut-être dans un nationalisme parfois gênant ; mais naturel chez toute une génération de jeunes intellectuels de l’Université des années 80-90, formés par des enseignants ayant «tété» les mamelles arabo- nasséro- boumedienistes. Toujours ce mythe du passé lumineux où le nif est là, bien présent.

Avis : Conseillé à tous ceux qui ont dépassé la déprime des années 90… et à tous ceux qui veulent ne pas oublier les atrocités de l’époque. Bien sûr, il est préférable de lire l’ouvrage dans sa version originale, en arabe, tout en insistant sur le fait que la traduction en français est superbe et rend bien l’atmosphère… presque de mort… propre à bien des auteurs de langue arabe. Omar Ourtilène aurait dit, un jour, à l’auteur : «Nous vivions au milieu de la mort»… Il n’avait pas tort !

Phrase à méditer : «Certains naissent et meurent mais restent en vie. D’autres naissent et vivent mais restent sans vie».

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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