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Le monde du travail, quels souvenirs !

3 septembre 2012

Farid Talbi

«  A ces amis que vent emporte,
   Et il ventait devant ma porte . » 
    (F.Villon ) 
Le monde du travail, quels souvenirs !
Tiens Ahmed justement. Un gentil garçon qui n’a jamais refusé de faire un travail  quel qu’il fut .    Sans pour autant avoir rédigé ensuite, un traître mot sur le sujet. Et que tu ne parvenais pas à réprimer Ahmed, passé maître qu’il était, dans l’art de se défiler derrière des excuses toujours et imparables, voire pathétiques . A t‘apitoyer grave ! Au point où tu te sentais à priori coupable,  et empli d’émotion, simplement à l’idée d’évoquer avec lui , comme d’un reproche de ce vieux travail confié,  jamais entamé .Car tu apprenais à nouveau, la larme à l‘œil ,  qu’Ahmed   orphelin de père en fils ( !! ) depuis  une vingtaine de générations, avait enterré dernièrement encore un proche : le cousin à la fille du grand’père,  à la sœur à la voisine du premier, porte bleue  . Une bonne semaine de deuil, et moral en berne mais pas en Suisse . Un truc tellement biscornu, larmes à l’appui, qui te bouleversait. Sûr qu’Ahmed n’entamera aucun travail, depuis toujours jusqu’à jamais,  par peur panique de ne plus devoir s‘arrêter. Lui, pris au piège du devoir  de  noircir du papelard pour plaire à un chef  ? . Six ans ensemble, comme çà, sans qu’il n’ait jamais cru devoir modifier, en quoi se soit , sa phobie du papelard ! . Remarquable de distinction dans ce rôle !
Au fait, Ahmed s’est toujours retrouvé au premier rang des propositions de promotions salariales .Dignement, sans compromission, uniquement en manœuvrant,  avec autant d’adresse que de sagacité, les « bourourous » de la hiérarchie. Rien que pour çà, bravo Ahmed ! Je crois aujourd’hui que ce garçon intelligent, avait déjà compris, bien avant nous tous, toute la vacuité de notre entreprise nationale nourricière. Et  prévu  ce qu’il en résulterait de voir fatalement, un jour  très prochain, la société alimentaire « avancer  vers l’avant pour descendre »,  dixit  feue la RSTA .Puis  faire comme les autres,  le fameux pas  du tango argentin ( un devant et quatre derrière), si cher à l’autre d’Ahmed allumé , qui roulait les R en verlan frontalier des reggadas Ould T’mandji  . Je redéconne encore,  sans plus  mon frère !
Grâce à Dieu,  comme toutes les relèves forcément salvatrices qui se sont succédées depuis Ahmed  notre ami de boulot , les suivantes de générations  ont  su franchir le pas une vitesse vertigineuse, les murs du çon  . Et opérer autrement dans le redressement révolutionnaire, en pente, en technicolor,  et en surmultipliée ! Quatre jours de week-end pour une entreprise à vocation internationale, durant quarante ans , des chefs inoxydables pleins de ressources consanguines , occupés en conclaves  uniquement à se positionner à perpet’ sur de sacrés postes à sacrés privilèges. Partaient en vacances, curieusement dans la même direction , nos chefs. Et s’en revenaient chaque fois par le même chemin, avec dans le bagage culturel, une expression nouvelle ou un mot nouveau importé du terroir, comme une espèce de terme de reconnaissance, un mot de passe,  utilisé le reste de l’année  seulement pour se partager le butin, entre initiés, et les bienfaits d’une société nationale devenue propriété  du douar reconstitué front de mer . Et de fait, comme d’une épicerie self service délocalisée à Alger. Une espèce d’héritage fromager qui émanait d‘une pratique de jurisprudence coutumière …et parait-il, d’une efficacité redoutable. Donc transfert d’un mot nouveau en dialectal du bled, à telle enseigne qu’au bout de quelques années, tu pratiquais au boulot vu la multitude de chefs, un parler complet totalement  farfelu, différent de celui de ton quartier, famille, ta ville ,ta mère et ta sœur réunies , de la capitale désabusée , de ses habitants rouillés de toujours. Simple, ma mère ne comprenait que dalle  au dialecte nouveau,  car pour elle ,  surchargé du  parler vocatif  littéraire  pour initiés à fossettes de la télé….Nous revoilà , en famille, réduits au langage des sourds malentendants, ya yemma  ! . Avec implicitement dans les bureaux ,déjà, grosse innovation, l’introduction de codes comportementaux et coutumes ramenés dans le double-fond habituel du couffin familial de voyage au bled, emballées dans un genre de papier imprimé,  de là-bas mais en braille autochtone  ,  appelé communément « journal » .
Donc du même voyage et village, des expressions qui allaient transformer à contre sens et en bonheur collectif , radicalement mon frère,  toutes les idées reçues et péjoratives sur l‘incompétence, l‘immoralité, l’injustice , la méchanceté, la mauvaise foi, la rancune, la duplicité, la ruse, la bêtise humaine , et j‘en passe…
Le progrès ! . Et comme les choses allaient toujours très vite dans les fourbis du genre…. .Et comme nous ne réagissions  pas en conséquence à saisir le marche – pied de la promotion interne par accointances , chaque année , une nouvelle catégorie de chefs s’ajoutait au dessus des précédentes , et au- dessus de ma pomme . Une vraie mille-feuille de comiques . Les bègues, les sourds, les chomdus, les parents abandonnés par leurs parents, comme le tsunami cet exode rurale interrompu  d‘un village perdu à 700 bornes d’Alger ,  sur ma tronche.  « Pourquoi moi ? » , comme régirait  illico Ahmed, quand tu allais le voir, avec un papier quelconque à la main . Tous cadres en puissance les bègues et consorts ,   de ces fleurons d’entreprises publiques nationales . En attendant que les spermatozoïdes ne s’affirment, les gosses du bled ne grandissent,  empilés à leur tour  du   jour au lendemain  au -dessus ma petite case organigramme tracée au crayon . Et que  des « anciens futurs ou futurs anciens »  mes chefs , le sésame des  devanciers . Comme notre  ami Salah,  notre libérateur par le peuple et pour  le peuple,  et  qui venait à peine de fêter  ses vingt ans d’âge, le même jour ou l’équipe nationale algérienne de foot battait l’Allemande, en 1982. En faisant le compte à rebours ,  çà le faisait naitre en 1960 Salah. Avec  la dernière récolte des  dernières oranges Thompson   d’origine « Boufarik ». A deux ans, en 1962, Salah   avait libéré l’Algérie à partir de Tataouine,  du fin fond du diable ,  c’est dire au moins qu’il visait  déjà bien le  mioche  . Et attention de contredire le mytho de Salah, tu risquais d’avoir sur le paletot qui tu sais ……………….
Rien à dire mon frère Halim .  Même à bosser pour d’autres,  on s’est bien  fendu  la pêche ……… !!  
Z ‘avaient rien compris,   les bougres …
Farid Talbi  . 

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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