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Réflexions sur une économie de l’eau

31 août 2012

Contributions

le 28.08.12 | 10h00

«Nous vous avons comblé d’eau que vous n’avez pas réservée.» Coran, sourate El Hedjr, verset 22.

Pour le commun des mortels, l’économie de l’eau évoque, la plupart du temps, le robinet qu’on a mal fermé, la voiture qu’on lave à grande eau ou les pertes dans les canalisations.
Même à des niveaux plus élevés, cette expression, quoique en vogue, ne va pas plus loin dans son sens que le goutte-à-goutte, système d’irrigation  qui n’a d’ailleurs pas que des avantages et qui permet d’éviter les déperditions, par percolation dans les profondeurs du sol ou par évaporation. En somme, dans tous les cas de figure, c’est la vision restrictive de «ne pas gaspiller» ; moralisme de l’abstention qui conçoit toujours que la vertu  consiste à ne pas faire et que seul le mal consiste à faire.

Mais à la lumière de la définition du mot économie (ensemble des activités d’une collectivité humaine, visant à la production et à la consommation des richesses), on constate qu’il n’y a pas que consommation mais aussi production et par conséquent qu’il y a une économie de l’eau aussi bien dans la consommation que dans la production. Dès lors, c’est la voie ouverte pour tous, sans exception, de participer, non pas uniquement dans l’abstention, qui est une mise à l’écart car mutilante et déresponsabilisante, mais aussi et surtout dans l’action. Une réflexion débarrassée des conformismes techniques, en adéquation avec les spécificités de l’état des ressources en eau, ainsi qu’une recherche et une promotion  des pratiques ancestrales (au Maghreb, il n’y a pas que les foggaras), se mettront à l’œuvre pour une implication de l’ensemble des utilisateurs. Dans le cas de l’eau, il y a la  production à l’amont consistant à la mise en disponibilité de la ressource, son pompage, son transport dans les canalisations jusqu’à sa distribution à des fins domestiques ou autres.

Mais avec la rareté de cette «denrée» et les enjeux qu’elle engendre à toutes les échelles, on est conduit de nos jours à parler de production à l’aval, c’est-à-dire dès sa  simple mise en disponibilité pour l’exploitation, par le biais de barrages et retenues collinaires et autres pour les eaux de surface, et reconnaissance des nappes ou de nouveaux niveaux aquifères par forage, pour les eaux souterraines. A ce niveau de production dans la nature, on rentre dans une autre échelle de l’économie de l’eau, parce qu’elle prend une autre ampleur.  Toutefois, il y a un troisième niveau dans lequel on peut économiser l’eau ; il s’agit du recyclage des eaux usées traitées pour l’irrigation, lequel a déjà fait son bonhomme de chemin, aux côté des nombreuses stations de traitement déjà en projets dans notre pays. Mais dans de nombreux cas, il faudra tenir compte de la teneur en minéraux dissous dans les eaux au départ (AEP, Alimentation en eau potable) qui donnera une teneur plus élevée à la station, ce qui la placerait à la limite de l’acceptable pour l’irrigation et pour le devenir des sols. Par ailleurs, il est des économies indirectes que d’adapter des stratégies de développement en tenant compte de la disponibilité de la ressource hydrique ainsi que des températures, en particulier en agriculture où dans les choix des cultures et des élevages, il doit être tenu compte de leur besoin. Enfin, les baisses de niveau des nappes,  pour certaines,  leur tarissement en raison surtout des demandes croissantes, ont rendu nécessaire leur recharge artificielle (ou infiltration provoquée).
De la zone de montagne
En Algérie, où d’importants réservoirs souterrains soumis à des exploitations intensives et faiblement renouvelés par les pluies commencent à traduire de sérieuses chutes dans leurs potentialités, avec les conséquences que l’on connaît, en premier lieu une montée des teneurs, prévisible, cette pratique présente une perspective incontournable en zones arides et semi-arides, d’autant que les recouvrements dunaires s’y prêtent à merveille en raison de leur capacité d’infiltration et de réserve. Les lâchers d’eau rendus obligatoires par l’envasement des barrages peuvent constituer une source  importante pour ces recharges et de ce fait seraient amortis en tant que perte. C’est dire, au passage, le gisement que cela représente en matière d’emplois pour la recherche et le suivi de ces réalimentations. La recharge artificielle des nappes ou infiltration provoquée suppose donc la disponibilité d’une ressource dans un barrage, un cours d’eau non tari, ou même les eaux d’un transfert,  pour être infiltrée et stockée dans les grands réservoirs souterrains en partie vidés.

Deux principales méthodes sont utilisées de par le monde ; il s’agit du lagunage grâce à de grands bassins d’infiltration et de la méthode d’injection par forage (dit ouvrage d’injection). Il y a dans ce sens une autre option qui consiste à agir localement pour collecter les eaux de ruissellement, les  stocker et les infiltrer dans le sous-sol. C’est sur cette manière de faire que je vais mettre l’accent, car outre ses retombées positives en tant que gestion intégrée, elle permettra la participation de tous. J’aborderai ce qu’on peut faire en milieu rural, en séparant la zone de montagne et le domaine forestier du réseau routier, et des collines et plaines en tant que terres agricoles, pour finir avec une gestion intégrée des eaux pluviales en milieu urbain. En zone de montagne, une économie de l’eau ne peut se faire en-dehors du cadre de la lutte contre l’érosion, le transport solide et la déforestation, tant le lien entre ces trois facteurs est étroit.  Qui ignore en effet la fameuse relation de cause à effet : déforestation, érosion, perte en infiltration qui génère à son tour la déforestation et c’est le cercle vicieux, aggravé par le changement dans le régime des pluies (sécheresses suivies de pluies diluviennes) ainsi que les écarts de températures grandissants.

A lui seul, ce problème est un vrai défi. Les forestiers ont de tout temps relevé l’importance des plantes et des espèces en général qui résistent aux différents milieux. Comme ils ont tout récemment montré du doigt l’effet néfaste de l’homme tel que les carrières mal gérées sur ce plan, la non-remise en l’état des chantiers de tout genre… Personnellement, ce qui me séduit le plus, et c’est également dans les programmes des forestiers (El Watan du 20 juin 2012), ce sont les corrections torrentielles. Ces murets ou petits barrages au niveau des talwegs, réalisables par des matériaux locaux, peuvent, pour peu qu’ils soient bien ancrés pour durer, engendrer en se remplissant de sédiments, de petits foyers de verdures humides et des microaquifères permettant une alimentation par percolation des niveaux de base éventuellement fissurés ou poreux. Dès qu’ils seront complètement comblés et que l’écoulement aura changé de lit, on continuera de créer d’autres dispositifs de ce genre,  ce qui fera étendre ces îlots de verdure jusqu’à l’inversion totale du cercle vicieux de l’érosion/déforestation.
Des routes et autoroutes
Les infrastructures routières couvrent des surfaces considérables de sol, imperméabilisées par l’asphalte.
Ce sont donc des étendues de terre perdues pour l’infiltration et un énorme manque à gagner pour les aquifères en tant qu’entrées potentielles. Cependant,  nous pouvons transformer leur bordure en zone d’infiltration forte en créant des fossés absorbants ; cela permettra de récupérer plus qu’il n’est programmé par la nature. Un petit bémol cependant : les pics de pollution lors des pluies torrentielles après un long étiage sont à envisager. Pour y pallier, il faudra  éviter de tels équipements dans les zones proches des champs captant pour l’eau potable (AEP) et pour des routes riveraines aux zones industrielles. De plus, des recherches en traçabilité peuvent  définir les zones d’alimentation de ces champs captant l’eau potable et rendront la délimitation plus précise des zones à protéger par des mesures plus strictes.

Ne négligeons pas pour le moment le pouvoir épurateur du sol, des matériaux et des plantes choisis spécialement pour ces fossés absorbant cette eau de ruissellement qui peut momentanément contenir des phénols et des métaux lourds. La sensibilisation des riverains de voirie et des usagers de la route, du danger à rejeter certains produits dans l’environnement (détergent, huiles de vidange…), ainsi que le rôle de la police des eaux sont un autre chapitre non négligeable dans la protection contre ce risque.
Le fellah, premier utilisateur, premier acteur
L’agriculture et plus précisément l’irrigation est de loin la plus grande consommatrice en eau, un hectare d’abricotiers nécessite près de 0.5l/s (0.5l/s/ha), soit l’équivalent d’une pluie annuelle de 1500mm/an ou  de quoi alimenter 432 personnes à raison de 100l/jour/habitant. L’olivier exige 0.2l/s/ha, soit 600 mm/an. Les choix des cultures très demandeuses en eau par rapport aux rendements des aquifères et à la pluviométrie a contribué à de fortes baisses des niveaux dans les eaux souterraines dans plusieurs régions du pays. Or, la faisabilité d’un barrage nécessite des critères, notamment, un site favorable du point de vue géologique et topographique, souvent absent dans tout un bassin versant. Comme il est de notoriété que cette activité occupe  les plus grandes surfaces réceptrices de pluie, elle doit par conséquent constituer le niveau à cibler en priorité en faisant du fellah un premier acteur pour l’économie de l’eau, particulièrement dans le captage des eaux de ruissellement.

L’enjeu est de pouvoir arrêter le ruissellement des pluies à forte intensité,  lesquelles ont augmenté en fréquence avec le changement climatique,  et qui  se perdent en grande partie vers les chotts ou vers la mer. Le fellah aurait tout à gagner s’il pratiquait des travaux de rétention des pluies, adaptés en fonction de la topographie de son terrain ; en d’autres termes, réguler l’écoulement. A ce propos, l’expérience qui mérite d’être relatée est celle d’un collègue chauffeur qui a fait creuser sur une plantation familiale, en terrain penté sur les collines près du pôle universitaire de M’sila, un réseau de tranchées bien larges qui font communiquer les réceptacles des eaux, également à grand diamètre, pour l’irrigation de jeunes plants d’oliviers. Depuis, il n’a plus eu recours au camion citerne, et la méthode a fait tache d’huile dans le voisinage. La rétention des eaux de pluies présente un double avantage ; celui de maintenir le sol mouillé pendant une bonne période après la pluie et de gagner en infiltration dans les niveaux aquifères, avec en prime la qualité de l’eau qui s’améliorera. Bonus : l’allègement des crues dévastatrices et leur lot de pertes, la lutte contre l’érosion et la sédimentation.

Par ailleurs, les recherches sur les pratiques ancestrales pour le captage des eaux de ruissellement peuvent permettre de les promouvoir, de les adapter à d’autres régions ou même les généraliser, à l’exemple de la région de Sousse en Tunisie, (pluviométrie de seulement 300 mm/an) où une pratique ancienne, les mescats, des casiers topographiques communicants, ont permis dans une synergie entre agriculteurs,  une oléiculture des plus remarquables (voir Google Earth). Nos  agriculteurs ont aussi à travers l’histoire fait preuve d’esprit collectif, et les exemples ne manquent pas, pour ne citer que le génie hérité des anciens dans la gestion des crues dans la région du M’zab, malheureusement en voie de disparition. Et voilà donc notre fellah investi dans la recharge artificielle des nappes (version première méthode), par endroit il en est même précurseur, et pour couronner ce dernier dans ce rôle, on peut  lui confier la seconde méthode, celle de l’injection.

Si, en effet, tous les fellahs d’une wilaya moyenne de la zone steppique (pluviométrie annuelle moyenne de 200 mm/an) entreprennent de raccorder leur gouttière à leur forage ou dans un puits à créer même de faible profondeur (le résultat sera le même car les nappes s’interalimentent) pour injecter l’eau des toitures dans la nappe, on pourra alors  bénéficier d’une quantité de 80 000 m3/an, soit d’un débit de 2.5l/s,  équivalent à une capacité  d’une retenue collinaire. Bonus : l’eau ainsi économisée est quasi-distillée, c’est donc un véritable traitement par dilution.  Plutôt que de laisser ces eaux au profit des crues et des torrents charriant des boues et, attendre les teneurs des matières toxiques monter dans les nappes, l’eau des toitures devient un vrai traite ment par dilution.  Cette pratique a l’autre avantage que d’entretenir le forage (purgeage) par l’inversion de l’écoulement entre la crépine et l’aquifère, qui repousserait les particules fines obturantes.

Au niveau de la Mitidja où il tombe entre 750mm/an, il suffit d’une surface de terrasse de un million de m2, soit l’équivalent de 5000 bâtisses de 200 m2, pour atteindre un gain annuel de l’ordre du million de mètres cubes, soit l’équivalent d’un petit barrage. Et que dire des alluvions, de la Seybouse, des nappes phréatiques du Sud où les alluvions le disputent aux dunes non moins avides. Que dire de la Soummam où la surface bâtie est considérable en milieu rural et contenant deux chefs-lieux de wilaya, Bouira et Béjaïa (cette dernière n’est pas entièrement sur les alluvions aquifères mais sur des terrains fissurés probablement alimentant ces alluvions). Et là, nous sommes déjà en milieu urbain.
Économie de l’eau en milieu urbain
L’expansion urbaine avec l’ampleur qu’elle prend  ces derniers temps, en sus des besoins et de la consommation qu’elle engendre participe directement à la diminution des volumes des eaux souterraines. C’est en effet une imperméabilisation des sols à chaque fois qu’on construit, qu’on bétonne un trottoir, qu’on réalise une route ; c’est toujours un déficit dans les entrées vers les aquifères quand on empêche l’infiltration des eaux que ce soit par le béton, par le bitume ou autre matériau colmatant. Outre cette conséquence d’une moindre infiltration, les retombées négatives dans les eaux de surface sont diverses : un changement dans le régime d’écoulement avec d’une part  des pics plus violents lors des crues, et des étiages plus longs à cause notamment du tarissement des nappes phréatiques alimentant les oueds. Une plus forte érosion et donc des transports de boues grossissant les crues avec leur lot de conséquences considérables.

Une tendance à l’augmentation des températures de l’eau et même de l’atmosphère à cause du déficit des réserves régulatrices. Quoi faire pour remédier à cette retombée négative du développement ? Sûrement pas ne pas construire. L’extension urbaine, ce mal nécessaire est de nos jours malheureusement plus pressant que jamais. Ce qu’on peut faire, par contre, c’est capter les eaux de ces surfaces devenues étanches pour alimenter les nappes. Il s’agira de revoir en partie la conception de l’aménagement urbanistique dans le sens d’une gestion intégrée des eaux de pluie à l’échelle locale, ceci en partant de la parcelle, le quartier,  jusqu’à la zone d’aménagement (ZAC…). C’est par la pratique en effet d’une rétention des eaux pluviales et de leur infiltration qu’on ferait des localités un lieu pour économiser et augmenter les entrées dans les aquifères, compenser ces pertes dues à ces imperméabilisations et peut-être même faire plus.

En quelque sorte, il s’agit de rendre à la nature au moins ce qu’on lui a pris. Pourquoi justement jusqu’à l’heure actuelle, continue-t-on de pratiquer le 100% tout à l’égout ou réseau unitaire pour des villes où la pluviométrie moyenne annuelle n’excède pas les 150mm/ an ?  Serait-ce un conformisme calqué sur le système colonial quand il a réalisé l’assainissement des villes côtières pluviales. Pourtant, les héritiers du  MaximaCloaca romain (grand égout collecteur à Rome destiné avant tout à dessécher les bas-fonds marécageux) eux-mêmes ont vérifié ses limites chez eux à leurs dépens, quand ils l’ont redécouvert 2000 ans après. Et que dire de nous, qui en 2012, laissons encore fuir les eaux de pluies aussi sporadiques soient-elles, pour ensuite irriguer les arbres et les espaces verts avec les eaux des camions-citernes,  chargées en sels ou du moins de moindre qualité physico-chimique.

Pourquoi faire comme les Romains quand on n’est ni à Rome ni  dans la même situation ? Dans notre pays, ce sont plutôt les conditions pour la pratique localisée de la gestion des eaux de pluie qui sont vraiment favorables, en particulier pour les villes dans les zones steppiques et sahariennes spacieuses et à grands espaces verts  et parkings en abondance. Un terrain plat aidant à la rétention et l’infiltration. Des matériaux géologiques disponibles partout pour tapisser et  rendre perméables les dispositifs absorbants. De plus, la plupart des localités sont situées sur des aquifères ou sur des niveaux géologiques alimentant des aquifères. Un niveau statique largement rabattu à cause de la surexploitation (quand ce n’est pas un tarissement), permettant une filtration en évitant les risques de pollution. Combien de communes, de daïras et de chefs-lieux de wilayas, bref de localités répondant à ces critères ! On serait plutôt tenté de compter celles qui ne les remplissent pas… Le plus beau, c’est que ces dispositifs pour ce faire ne sont pas du tout coûteux, que ce soit en réalisation ou en entretien.

Que coûte en effet un puits filtrant de quelques mètres par rapport à un regard, un jardin filtrant ou un bassin d’infiltration par rapport à un espace vert ? On peut descendre au plus élémentaire : qu’est-ce que cela coûte de donner à l’arbre le réceptacle qu’il mérite pour à la fois recevoir l’eau de pluie et lui éviter le dépérissement à la base par étranglement. Pourquoi pas carrément des bandes vertes piégeant les eaux pluviales des grands trottoirs pentés spécialement. Que coûterait enfin un fossé absorbant pour la récupération des eaux des chaussées de certains quartiers semi-urbains à l’écart des activités polluantes (industrie) ? Et encore n’évalue-t-on pas les économies réalisées globalement pour l’environnement, l’arrosage des arbres avec les camions-citernes par une eau de moindre qualité, la prévention des dégâts éventuels, les colmatages dans les canalisations, les stations de traitement inondées, les travaux hydrauliques sur les cours d’eau qui s’imposent.

Sans oublier que les équipements classiques vieillissent et qu’il faudra  bien les changer un jour. Un exemple simple de traitement local des eaux pluviales, c’est l’utilisation des pluies tombées sur les toitures et les parcs des quelques directions de l’exécutif dans un chef-lieu de wilaya (pluie annuelle moyenne de 250mm/an). Les eaux peuvent être acheminées d’abord vers un puits filtrant à créer pour l’infiltration dans le sous-sol, et lors des précipitations exceptionnellement intenses, un dispositif de trop-plein permettra l’écoulement des eaux vers un avaloir du réseau d’assainissement. Dans une ville moyenne de la zone pré-saharienne, on pourra économiser un volume annuel de 15 000 m3, soit près de 0.5l/s, de quoi irriguer 2 ha de jardin.

En conclusion, lorsqu’une éducation du respect de l’eau est entièrement et uniquement basée sur l’abstention, ne nous étonnons pas de la  tentation de l’insouciance, voire du gaspillage qui en résultera, pour donner à l’individu au moins une occasion d’agir. Telle est la triste rançon d’un moralisme du tout interdit et de la mise à l’écart.  Par contre, le jour où le citoyen aura en tant qu’élève vu comment dans une leçon de choses, son directeur réserver les eaux des toitures de l’école, le procédé par lequel il fait infiltrer le surplus dans le sous-sol, et qu’il aura arrosé l’arbre par ces cuves, il lui sera difficile de passer à des actes contraires. Participer à redonner au sous-sol ce qu’on lui a enlevé : l’infiltration, chacun comme il a pu, qui directement dans son puits, qui en arrosant un arbre d’un reste de pluie dans une flaque, c’est à la fois une communion et la plus belle communication avec les mystérieuses profondeurs de la terre.

Celle-ci nous le rendra bien, rien que par la fraîcheur de la verdure ou simplement des seules réserves dans la nappe, ou encore d’un sol resté humide en saison sèche. Le bruit berçant d’une forte pluie piégée par une gouttière dans le puits, la nuit, vous comble d’un profond sentiment du devoir accompli. Et quelle capacité d’ingestion du sous-sol lors des longs épisodes pluvieux ! Et puis, lorsque se forme une auréole ou un panache d’eau quasi-distillée dans la nappe aux environs de ce puits, ce sont tous les bénéfices d’une eau douce, savonneuse et détartrante pour les conduites, les chauffe-eau et chauffages centraux. Par ailleurs, une agriculture qui se veut durable doit pouvoir et savoir faire une halte, et reculer le cas échéant. L’arboriculture vorace en eau tel l’abricotier et le pommier qui exigent jusqu’à 1500mm/an, soit 0.5l/s/ha, doit laisser place progressivement à d’autres pratiques tel l’olivier et avec modération, car sous une pluviométrie de 200mm/an, même complètement arrêtée, et des vents desséchants, cette pratique nécessiterait un appoint pas toujours possible par les eaux souterraines.

Le retour aux céréales et au palmier serait donc judicieux dans beaucoup de cas.
Enfin, la gestion des eaux de pluie des villes ne peut être une technique immuable, et ceci est valable et dans le temps et dans l’espace. Elle doit s’adapter avec les spécificités entre autres du climat, des eaux de surface et de l’état des aquifères ;  trois critères désormais changeants.  Nos jeunes ingénieurs sont condamnés à réussir le défi de prendre des eaux de ruissellement le maximum pour réserver et infiltrer, et inventer à chaque cas des dispositifs pour les surverses et leur évacuation. Ainsi domestiquées, les pluies les plus intenses et les grandes crues qui en résultent avec leurs effets sur l’érosion et autres, tomberont en partie entre nos mains.
Bibliographie :

Les eaux pluviales – Gestion intégrée. Jérôme Chaïb.
El Watan du 12 octobre 2008. La crue  du 10/10/2008 à Ghardaïa. Boualeme Remini
Le meskat, un système hydraulique de production oléicole. Ezzeddine Houimli et Pierre Donadieu.

Grine Rachid. Doctorant en géologie à l’USTHB

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “Réflexions sur une économie de l’eau”

  1. grine Dit :

    c’est aux universitaires d’emmettre leur avis. seraient-ils encore en vaccance où feraient-ils le ramadhan des sabirine?

  2. grine Dit :

    Non sans insinuation aucune, j’entend par universitaires ceux du domaine, toute spécialités confondues (hydraulique, hydrologie, hydrogéologie…). C’est une contribution à dominace technique, leurs avis sont donc indispensables. Pour cette raison également je souhaite leur tolérance vis à vis de certaines erreurs et maladresses dans la langue de Molière. Mais ceci n’écarte pas également le grand public du débat.
    Economiser 1 million de m3/an d’eau à la Mitidja,vaut la peine d’un débat.
    Merci à tous

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