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Les raisins de la Nationale 2 par Moncef Wafi

28 août 2012

Moncef Wafi

 

A quoi joue un recalé de l’école algérienne ? A  survivre s’il a le monde et sa famille à porter sur le dos. A voler l’argent du peuple s’il a un nom de la Capitale sur sa carte d’identité.

A devenir un cadre de la Nation si son père a ses entrées à l’Université. A mourir s’il ne lui reste que la Méditerranée où nager. Victime de l’inconséquence des programmes scolaires et des apprentis-sorciers, il a tôt fait de quitter les cours de récréation, un coup de pied, disons au bas du dos, pour aller doper les chiffres de l’échec scolaire.

Que lui reste-t-il encore si ce n’est les sentiers de la déperdition qui longent la lisière de l’indépendance. Cette frontière tenue entre être et une statistique nationale n’est pas du domaine chimérique, elle existe physiquement. C’est celle qui borde l’asphalte et sépare les routes de la République du reste de l’Algérie des douars et des bergers. Cette Algérie profonde que la Capitale a du mal à accepter, ses villages perchés à flanc de montagne et ses ruraux rustres qui ne savent lire que dans le blanc des yeux.

Cette Algérie utile dont on se souvient au premier coup dur pour lui exiger davantage de sacrifices. De l’autre côté de cette frontière, des yeux avides, incrédules, fatigués et vides scrutent notre République, celle des villes et des voitures. Des deux côtés du bitume qui coupe le pays en deux parts égales de la misère, des enfants et des adolescents, debout, sous un soleil qui frappe comme un monstre, regardent passer la civilisation à quatre roues.

Ils ont le teint des ancêtres et l’odeur de la terre. Ils ont tous trente ans avant d’en avoir vingt, et des écoles, ils ne se souviennent que des copains qui les ont quittées. Alors pour vivre et faire vivre, ils vendent les raisins de la survie. Sur la RN2 comme sur la 4, la 11 ou la 9, la 69 et la 145 et un peu partout sur les routes de l’Algérie, de l’Afrique et du reste du monde, ils sont des millions d’enfants dépossédés de leurs rêves et jetés à l’orée des frontières. Naître dans un village, éloigné de l’électricité et du gaz de ville, est devenu un crime en Algérie et on en paye toute sa vie les conséquences. Si on n’a pas la chance de posséder un droit de sang dans les palais de la République, on est obligé de vendre son sang pour manger son pain. Si on n’est pas le fils d’un père qui détient les clés de l’Algérie, on tue son père et on monte au maquis résiduel.

Et si on habite une terre généreuse, loin de l’avidité et de la rapine des costards-cravates, on s’installe tranquillement sur le bord d’une nationale qui passe à côté du douar et on vend les raisins. En attendant la vendange de la colère.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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