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Territoire de Mezghenna, an 2195 Par Maâmar FARAH

16 août 2012

Maâmar FARAH

Chronique du jour : HALTES EST IVALES

maamarfarah20@yahoo.fr
Lorsqu’ils pénétrèrent dans le Forum, immeuble mythique de Sidi Abdallah — capitale du territoire de Mezghenna — construit en 2085, Kamel et ses amis étaient loin de se douter qu’ils allaient à la découverte d’un secret jalousement gardé par les templiers, ces dirigeants de l’ombre dont on ne voyait jamais les visages et qui vivaient dans la cité interdite de Mahelma. Les amis de Kamel avaient peur : si l’Autorité venait à apprendre qu’ils avaient mis les pieds dans ce sanctuaire, ils se verraient infliger de lourdes peines de prison dans la sinistre prison de Bourouba. Mais la bande voulait avoir le cœur net : le monde existait-il avant la bombe ?
L’histoire officielle s’arrêtait à une ère trouble que l’on désignait sous le vocable de «Second Moyen-âge» et qui se situait entre l’an 2000 et 2012. Tout ce qui s’était passé avant cette date était occulté et rares étaient les personnes qui possédaient quelques bribes d’informations sur le monde d’avant le XXIe siècle. Kamel avait posé la question à son professeur : «Si le monde n’existe que depuis l’an 2000, que signifie alors cette date ? Ne devrait-elle pas être l’année zéro ?» Le professeur n’avait pas répondu à la question qui triturait l’esprit de Kamel. L’endroit était humide. La bande avançait au milieu de déchets divers. Sur un mur, l’un d’eux remarqua une ouverture. Ils s’y engouffrèrent rapidement et furent surpris de découvrir une salle presque intacte avec un écran géant et un appareil de projection vidéo d’une vieille technologie : l’Ultra Haute Définition qui était totalement dépassée par les nouvelles formes d’images téléportées grâce à la physique quantique. Les éléments du groupe s’assirent sur les fauteuils demeurés miraculeusement debout de cette ancienne salle de cinéma numérique. Kamel appuya sur le bouton d’allumage du vidéoprojecteur et le film démarra. Il s’ouvrait sur la période du «Second Moyen-âge». Les images reflétaient la grande inquiétude qui s’était installée dans le monde de l’époque. Une succession d’événements internationaux avaient précipité la planète dans le chaos. Ce fut le grand désordre du 21 décembre 2012, date à laquelle le troisième conflit mondial se transforma en une véritable guerre nucléaire. Toute la planète fut pratiquement touchée et seules quelques régions avaient été épargnées. Emu, le commentateur arrivait difficilement à lire son texte sur fond de vieilles images numériques à la qualité douteuse : «Comme pour le précédent conflit mondial, personne n’avait fait attention à la folie guerrière d’un certain philosophe qui arriva à convaincre les autorités françaises d’attaquer la Syrie. Avec l’aide des Etats-Unis et d’autres puissances occidentales ainsi que de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, une importante coalition se forma contre la Syrie. L’Iran, à son tour, déclara qu’il allait envoyer des troupes en Syrie. Israël, qui attendait l’occasion, lança une attaque contre les sites nucléaires iraniens. Personne ne pensait que l’Iran possédait déjà la bombe atomique. En quelques secondes Tel-Aviv fut transformée en cendres. Les Etats-Unis lancèrent des attaques atomiques massives contre Téhéran et d’autres villes perses. La Russie et la Chine répliquèrent en envoyant des missiles à tête nucléaire sur Paris, Istanbul, Doha, Ryad, Londres et Washington. Adieu !» Ce fut bientôt le grand conflit nucléaire tant appréhendé ! La guerre, qui éclata fin 2012, fut particulièrement meurtrière. Les grandes civilisations furent rayées de la carte et l’ensemble de la population épargnée par les radiations dut se résoudre à vivre dans des abris souterrains spécialement aménagés. Après plusieurs décennies, on décida de sortir à l’air libre, se protégeant des radiations mortelles à l’aide d’immenses bulles couvrant les nouveaux territoires. Réalisées dans une nouvelle substance faite d’écrans en polymère, ces bulles avaient l’avantage de restituer, en représentation holographique 12 K, les images réelles du ciel, tel que l’avaient connu les anciens. La bulle du territoire de Mezghenna s’étendait du Spatiodrome Abdelhak Benhamouda, situé près de Dar-El-Beïda, à Tipasa. Au Nord, les autorités avaient décidé de pousser les limites vers le large, malgré les avertissements des scientifiques qui mettaient en garde contre la contamination des eaux salées de l’ancienne mer Méditerranée. Mais, on tenait à profiter des plaisirs de la plage, malgré tout. Quelques soleils artificiels installés sous la voûte, tout au long du rivage, permettaient même aux accros du bronzage de dorer leur peau à n’importe quel mois de l’année. «Et le vrai soleil ?», allez-vous nous dire. Depuis près de deux siècles, il était pratiquement invisible à partir de la terre ! Certes, sa chaleur était toujours là, sinon l’espèce humaine aurait été totalement décimée. Mais les tonnes de nuages soulevés par l’explosion le masquaient à la vue des hommes et cela pouvait durer des siècles encore. Pour l’observer, il suffisait de grimper au-delà de l’atmosphère terrestre et, heureusement, que cela était possible grâce aux fusées de l’Agence spatiale mezghennie. La lumière, revenue soudainement, fit mal aux yeux de Kamel qui, instinctivement, s’en protégea d’un geste de la main. Quand ses yeux s’habituèrent à la forte luminosité des lampes, Kamel aperçut, dans une espèce de bibliothèque murale, un dossier avec la mention «Très secret». Il proposa aux autres membres du groupe de voir ce qu’il contenait. Il y avait des papiers et un film qui fut aussitôt projeté. C’était un documentaire de l’armée. On y voyait des barbus armés exécuter des gendarmes dans de beaux décors verdoyants. Ensuite, les bandits brûlèrent les véhicules de la gendarmerie. Dans la scène suivante, on pouvait voir les barbus jeter sans ménagement les corps sans vie des militaires qu’ils piétinèrent de toutes leurs forces. Les scènes devenaient insupportables. Kamel arrêta la projection. C’était l’horreur. Interloqués, les membres de la bande ne comprenaient plus rien. Que veut dire tout cela ? Kamel tira un papier du dossier «Très Secret» et lut le petit texte écrit dans un vieil arabe : «Ceci est le témoignage de quelques gendarmes, de ceux qui refusent d’oublier, ceux qui ont juré de faire parvenir aux générations futures la véritable image de la barbarie intégriste afin qu’ils sachent que leur pays était peuplé de héros qui sauvèrent l’Algérie et le Maghreb de la terreur talibane. Un jour, les enfants de l’Algérie découvriront ce témoignage et sauront que tout ce qu’on leur racontera dans les siècles futurs sur ce qui s’est réellement passé est un tissu de mensonges. Nous avons juré de témoigner. Au moment où le monde va s’écrouler sous les bombes atomiques, nous avons eu peur que l’histoire de ce pays soit travestie et avons décidé de laisser ces traces. Alger, le 20 décembre 2012, 21h30.» Le film s’achevait sur l’hymne national. L’ancien, bien entendu. Kamel et ses amis n’avaient jamais écouté «Kassaman» mais ils se levèrent aux premiers battements des tambours qui, telles des rafales d’armes automatiques, retentirent dans le silence profond des lieux. Mais ils ne comprenaient plus rien : qu’est-ce que l’Algérie ? Ils connaissaient le territoire de Mezghenna et n’avaient jamais entendu parler d’un territoire nommé Algérie. Quant à la barbarie d’avant la bombe, ils n’en savaient rien. Mais, enfants de ces mêmes vallons qui surplombent Sidi Abdallah, ils étaient fiers des gendarmes d’avant le «Second Moyen-âge». Algérie ? Un joli nom. Al-gé-rie : debout devant l’écran lumineux, Kamel et ses amis s’étaient mis au garde-à-vous en scandant Algé-rie ! Désormais, ils savaient que des héros avaient sauvé ce pays. Al-gé-rie, tu peux être fière de tes baroudeurs, de tes intellectuels et de tous tes hommes libres ! Kamel et ses amis étaient satisfaits de leur visite au Forum de Sidi Abdallah. Désormais, tout le monde saura ce qui s’était réellement passé sur le territoire de Mezghenna qui s’appelait jadis Algérie. Al-gé-rie : un joli nom… Maintenant, il fallait chercher les tombes de ces héros et bâtir des cimetières de martyrs, élever des statues partout… Mais l’Autorité les laissera-t-elle faire sans broncher ? Ces vieux dirigeants qu’on ne voyait jamais et qui vivaient dans le luxe derrière les murs de la cité interdite de Mahelma pourront-ils ouvrir le dossier de ces années de martyre et d’héroïsme ? Ce n’était pas sûr. Un dur combat en perspective surtout que les habitants du territoire de Mezghenna s’en f… de l’histoire et de ses héros. Ils avaient des bagnoles de toutes les couleurs pour s’amuser sur les pistes du circuit de Magtaâ Kheïra, ultime zone avant le territoire interdit qui s’étendait, à n’en plus finir, au-delà de la bulle. Ils avaient aussi des gadgets de toutes sortes et semblaient heureux. A chaque discours des chefs suprêmes (on ne les voyait jamais), c’était le délire : le peuple sortait dans la rue pour dire sa joie et sa reconnaissance… Comment le réveiller ? Kamel savait que la tâche sera ardue…
M. F.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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