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Aït-Mehdi Mohamed Amokrane évoque la bleuite et les officiers libres

11 août 2012

Histoire

Aït-Mehdi Mohamed Amokrane évoque la bleuite et les officiers libres dans Histoire culture1_1082956-173x300Culture : LE DUR ET INVRAISEMBLABLE PARCOURS D’UN COMBATTANT

Eté 1958. Alors qu’il venait de rejoindre les maquis de la Wilaya III historique, le lieutenant Aït-Mehdi Mohamed Amokrane découvrait, horrifié, les dégâts de la «bleuite» dans les rangs des moudjahidine de l’ALN… 
C’était lors de son séjour dans la forêt de l’Akfadou. Le colonel Amirouche, qui y avait établi son PC, l’avait chargé de la formation accélérée d’une compagnie de djounoud. Le stage se passait plutôt bien, sauf que circulaient des rumeurs persistantes sur la torture, les traîtres, les «retournés». Et puis, Si Mokrane fut le témoin de scènes étranges : des hommes enchaînés, d’autres subissant les pires sévices corporels. «Cela se passait au mois de juillet 1958, et je ne comprenais rien», écritil dans son livre-témoignage. Et puis vint ce triste jour d’août de la même année où, dans une clairière de la forêt, le colonel Amirouche avait rassemblé les moudjahidine. C’était, ajoute l’auteur, «pour assister à la lapidation de certains bleus qui avaient subi la torture. Au cours de ce grand rassemblement, des cadres ont été tués après avoir été torturés durant plusieurs jours». Cette fois, le lieutenant Si Mokrane en savait un peu plus sur cette fameuse bleuite qui rongeait les combattants de la Wilaya III, provoquant une hécatombe dans leurs rangs, surtout parmi les cadres et les plus instruits. En fait, la bleuite est une opération de guerre psychologique montée par le capitaine Léger et les services de l’armée française. De l’intox que toutes ces «taupes» et ces «traîtres» qui activeraient au sein de l’ALN. Mais la ruse a marché, les responsables de la Wilaya III sont tombés dans le piège… «Ces purges furent une tragédie», assène l’auteur. Dans cet ouvrage percutant, il dénonce les dérives qui ternissent la lutte armée, dont la torture et la bleuite. «La barbarie et les égorgements relèvent d’un crime et non point de l’erreur ou de l’excès de patriotisme», souligne Si Mokrane. Mais, d’abord, à qui incombe la responsabilité des purges et des tortures ? Au seul colonel Amirouche ? Tempête sous un crâne… «Je suis persuadé que personne de son entourage n’a tenté d’attirer son attention ni l’appeler à la réflexion», écrit l’auteur. Pour lui, la plus grande part de responsabilité est partagée entre l’équipe des tortionnaires et les collaborateurs du colonel (les chefs de zone). «On pourrait citer, précise-t-il, l’exemple de Mahiouz Ahcène appelé ‘’Hcène la torture’’, connu de tous et promu par la suite au grade de commandant par le colonel Mohand Oulhadj, ou encore celui du nommé Rachid Adjouad. Ceux-là détiennent une grande part de responsabilité car ils sont instruits ». Hélas, les arrestations se multipliaient, et la bleuite continuait d’emporter de nombreuses victimes innocentes. Pour donner un meilleur éclairage à son propos et aider à bien comprendre cette tragédie, Si Mokrane intègre dans son ouvrage les précieux témoignages de Mohamed Ouled Moussa (un rescapé des purges et tortures), du colonel Ali Kafi (chef de la Wilaya II) et du commandant Rabah Zerari (dit Si Azeddine). Mais les combattants de l’ALN n’étaient pas au bout de leurs peines. Après la bleuite et tout ce que cela avait généré comme suspicion, paranoïa et doutes, survient l’opération «Jumelles», une sorte de rouleau compresseur que cette stratégie mise au point par le général Challe pour réduire à néant la lutte armée. Lancée par l’ennemi le 22 juillet 1959, l’opération allait laminer les rangs des moudjahidine de la Wilaya III. La situation était intenable, d’autant plus que le colonel Amirouche, tombé au champ d’honneur le 29 mars 1959 à Djebel Thameur, n’avait pas laissé de successeur. Mohand Oulhadj ? L’auteur reste sceptique : «Un jour, il faudra certainement tirer les choses au clair. A un moment donné, la Wilaya III, sous l’autorité de Mohand Oulhadj, fut à l’abandon et livrée à l’injustice.» C’est dans un tel contexte particulièrement délétère que se tint «le congrès dit des officiers libres». Une cinquantaine d’officiers et de sousofficiers étaient réunis, ce 14 septembre 1959, «pour dénoncer et mettre fin à la dérive qui mettait en péril la poursuite de notre idéal qu’est le combat». Parmi eux Si Allaoua, Si Sadek Ferrani et Si Mokrane. Une réaction salutaire que la tenue de ce congrès qui demeure toutefois un épisode très peu connu de la glorieuse Révolution armée. Le lecteur en saura un peu plus sur cette page de l’histoire de la Wilaya III grâce à l’importante documentation (des textes d’archives authentiques, des correspondances, des photos, des témoignages…) souvent inédite et qui accompagne chacun des chapitres du livre. En plus de la consultation de ces documents d’une grande valeur historique, le lecteur pourra suivre avec intérêt le parcours de ce combattant de l’ALN depuis son enfance, sa scolarité, se formation militaire puis sa vie de maquisard et jusqu’au cessez-le-feu et l’après-indépendance. Tout cela raconté dans un style direct et sans fioritures, le langage de la vérité faisant nécessité. Pour avoir une idée sur la teneur du livre, cet exemple : la rencontre de Si Mokrane avec Mahious Ahcène après l’indépendance. Il lui fit la réflexion suivante : «Comment as-tu été capable de torturer et tuer autant de moudjahidine ?» Réponse de son vis-à-vis : «Si je ne l’avais pas fait, Si Amirouche m’aurait tué !» Ecrit avec le concours du journaliste Mustapha Aït Mouhoub, l’ouvrage est publié à titre posthume. Si Mokrane est décédé en juin 2011 à l’âge de 80 ans. Il rate de peu la célébration du cinquantenaire d’une indépendance chèrement acquise grâce surtout à tous ces martyrs anonymes auxquels il rend hommage.
Hocine T.
Aït-Mehdi Mohamed Amokrane, Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant.
Editions Rafar, juillet 2012, 258 pages, 650 DA 


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/08/11/article.php?sid=137775&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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4 Réponses à “Aït-Mehdi Mohamed Amokrane évoque la bleuite et les officiers libres”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Aït Mehdi Mohamed Amokrane : les ravages de la bleuite
    Culture : les autres articles
    Ahmed AncerEl Watan : 11 – 07 – 2012
    Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant, (Mémoires et témoignages), est un ouvrage qui va très probablement faire parler de lui si ce n’est provoquer des empoignades en soulevant de violentes polémiques.
    Ce livre-témoignage d’Aït Mehdi Mohamed Amokrane (décédé en 2011), mis en librairie ces jours-ci, traite d’événements et de faits survenus dans la Wilaya III, durant la guerre de libération. L’ancien lieutenant de l’ALN raconte ses mémoires et, plus précisément, les péripéties qui l’on mené jusqu’à sa désertion de l’armée française, en 1958, pour rejoindre, en passant par Souk Ahras via Bruxelles et Tunis, la Wilaya III où le colonel Amirouche lui confie, dans un premier temps, une compagnie à former. L’ouvrage revient surtout sur l’affaire bien connue de la bleuite, une opération de manipulation montée par le capitaine Léger des services spéciaux de l’armée coloniale pour réduire à néant les capacités de lutte de la Wilaya III historique. Les conséquences furent terribles pour cette dernière et sanglantes pour les jeunes militants instruits venus d’Alger, notamment pour s’engager dans les rangs de l’ALN.
    Le lieutenant Amokrane, un des jeunes cadres de cette dernière à l’époque, raconte dans un style dépouillé, le vécu tel qu’il avait eu à le subir avec ses compagnons lors du déroulement de ce traquenard, ainsi que les retombées très dures de l’opération Jumelles : les combats contre l’ennemi, mais aussi les conflits qui, à plusieurs reprises, ont opposé des frères d’armes. Il cite des noms, des témoignages et s’aide d’une volumineuse documentation qu’il avait gardée durant des décennies. Les témoignages du lieutenant Amokrane lui-même ainsi que les témoignages d’anciens combattants indiquent que la bleuite avait très gravement atteint le commandement de la Wilaya III, et ce dernier, diaboliquement manipulé par les services spéciaux français, mena des actions qui eurent des répercussions terribles sur la cohésion de l’ALN et son crédit.
    En effet, une cause est très gravement atteinte lorsque la direction qui la mène commence à ordonner tortures et assassinats de ses propres membres sur la base de simples soupçons. Amokrane n’hésite pas à qualifier l’équipe de cadres de l’ALN qui entourait le colonel Amirouche de «tortionnaires» (page 47). Il indiquait dans la page précédente : «On pourrait citer l’exemple de Mahiouz Ahcène dit ‘‘Hcène la torture » connu de tous et promu par la suite au grade de commandant par le colonel Mohand Oulhadj, ou encore celui du nommé Rachid Adjaoud. Ceux-là détiennent une grande part de responsabilité, car ils sont instruits.» Il précise un peu plus loin : «On pourrait citer d’autres personnes qui furent actives et qui avaient induit en erreur Si Amirouche. Ce dernier, évidemment, ne pouvait être disculpé, car une partie de ses collaborateurs était encore plus responsables dans cette grave réaction.»
    Le lieutenant Amokrane rapporte aussi ce qu’il qualifie de faits conflictuels qu’il a vécus lui-même et qui l’ont opposé à Mohand Oulhadj, qui prendra la tête de la Wilaya III à la mort du colonel Amirouche. Il relate, entre autres, l’épisode dit du «Congrès des officiers libres de la Wilaya III» qui eut lieu le 14 septembre 1959. Ce congrès serait, selon l’auteur du livre, la conséquence de la mauvaise gestion de la Wilaya III par Mohand Oulhadj et ses adjoints.
    Le livre d’Amokrane qui fait part d’autres révélations est en vente à Alger (Librairie générale d’El Biar, Kalimat à Victor Hugo, des Arts et lettres du Val d’Hydra, la Renaissance de Riadh El Feth et bientôt à Béjaïa et à Tizi Ouzou).

    Aït Mehdi Mohamed Amokrane : Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant (Mémoires et témoignages), Editions Rafar, juin 2012, 255 pages, 650 DA.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Parution du livre-récit d’Ait Mehdi Mohamed Amokrane
    «LE DUR ET INVRAISEMBLABLE PARCOURS D’UN COMBATTANT», (MÉMOIRES ET TÉMOIGNAGE) D’AÏT MEHDI MOHAMED AMOKRANE SUR LA GUERRE DE LIBÉRATION NATIONALE VIENT DE PARAITRE AUX ÉDITIONS RAFAR. RÉCIT D’UN ACTEUR DE LA LUTTE ARMÉE POUR L’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE ÉCRIT AVEC LE CONCOURS DE NOTRE CONFRÈRE AÏT MOUHOUB MUSTAPHA.

    Le témoignage du lieutenant de l’Armée de libération nationale (ALN), Mokrane Aït Mehdi constitue, lit-on dans le prologue d’Aït Mouhoub «un instrument d’une importance inestimable». D’abord pour «les historiens avides de sources fiables pour approcher la vérité des faits historiques» dont celle ayant trait à la wilaya III, région qui a abrité le Congrès de la Soummam. La sortie du livre coïncidant avec la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie rappelle pertinemment l’importance de la sauvegarde et la transmission de la mémoire par l’écriture des acteurs et actrices de l’histoire du mouvement de Libération nationale. Le témoignage d’Aït M Mohamed Amokrane, dans un des chapîtres sur la traversée de la ligne Morice, illustre la valeur historique du récit de Si Mokrane. Il est question de la nuit du 28 au 29 avril 1958, plus connu par «La bataille de Souk Ahras» au cours de laquelle «620 moudjahidine trouvèrent la mort, dont 120 sur les 150 affectés à la wilaya III». Durant cette même nuit, cette unité de l’ALN, que le sous-lieutenant Ben Messabih, originaire de Mascara, compagnon de Si Mokrane «trouva la mort». Aussi c’est au cours de cette nuit qualifiée par Aït Mouhoub «de véritable boucherie» que «les deux officiers déserteurs de l’armée française ont émis le vœu de rentrer en Algérie et de participer à l’effort de de la guerre menée par le peuple algérien en wilaya III» en prenant connaissance des pratiques barbares perpétrées par l’armée française, à l’intérieur du pays et «d’une guerre disproportionnée, menée par les Algériens contre la quatrième puissance militaire de l’Otan», souligne-t-on. Si Mokrane est natif de Draâ El Mizan le 23 mars 1931. Il fut arrêté le 14 septembre 1957 dans ce qui est connu «l’Affaire des officiers algériens», et incarcéré à la Maison d’arrêt de Fresnes à Paris jusqu’à janvier 1958. Après qu’il ait regagné la Tunisie après sa deuxième évasion en mars 1958, Si Mokrane a pris part à la Bataille de Souk Ahras. Après l’indépendance, Si Mokrane intégra les rangs de la Gendarmerie nationale.Il fut le fondateur de l’école de la Gendarmerie nationale de Sidi Bel-Abbès, baptisée au nom du martyr Ben Messabih. Il a été notamment commandant du groupement régional de l’Est, Constantine. Décédé en juin 2011, Si Mokrane, en étant un valeureux combattant durant la guerre de libération a contribué à l’édification de l’Algérie indépendante. Par son récit contenu dans le livre en question, le défunt Si Mokrane a apporté aussi son édifice dans la sauvegarde de la mémoire collective pour mieux appréhender nos lendemains.

    KARIMA BENNOUR

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Mémoires et témoignage d’un moudjahid de la wilaya III historique : “Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant”, de Aït Mehdi
    Contribuant à sa manière à l’écriture de l’histoire de la glorieuse Révolution de Novembre, le défunt moudjahid Aït Mehdi Mohamed Amokrane (1931-2011), plus connu sous le pseudonyme «Si Mokrane», dans les maquis de la Wilaya III historique, vient de publier ses Mémoires aux éditions Rafar d’Alger, sous le titre : «Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant»

    PUBLIE LE : 17-07-2012 | 0:00
    Contribuant à sa manière à l’écriture de l’histoire de la glorieuse Révolution de Novembre, le défunt moudjahid Aït Mehdi Mohamed Amokrane (1931-2011), plus connu sous le pseudonyme «Si Mokrane», dans les maquis de la Wilaya III historique, vient de publier ses Mémoires aux éditions Rafar d’Alger, sous le titre : «Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant».
    Ecrit en collaboration avec notre confrère et ami Mustapha Aït Mouhoub, l’ouvrage a été présenté dimanche dernier au Club du moudjahid, sis square Port Saïd d’Alger, au cours d’une conférence-débat organisée par l’association culturelle et historique Machaâl Echahid, avec la participation de nombre de personnalités nationales, de moudjahidine et des proches du défunt.
    Illustré par des photos de chouhada et de moudjahidine, accompagné de témoignages, rapports et correspondances adressés aux divers responsables de la Révolution, l’ouvrage de 271 pages se présente en 8 chapitres légers mais fort intéressants, dans lesquels l’auteur retrace son parcours de lutte singulier, en déplorant par- ticulièrement les faits et événements qui se sont produits dans les maquis de la Wilaya III historique durant cette période, s’agissant des complots ourdis par les services secrets français contre la Révolution de Novembre, notamment «la bleuite».
    L’ancien officier de l’ALN s’est fait connaître au maquis par son courage, son sens de l’organisation et ses hautes qualités morales.
    Dans ce contexte, le défunt moudjahid a tenu à rappeler le déluge de feu auquel fut soumise la Wilaya III historique, suite au déclenchement de «l’opération Jumelles» par les forces d’occupation, et la résistance héroïque des moudjahidine durant cette période sensible de l’histoire de la Révolution. Il reste à signaler qu’à travers cet ouvrage, dont les droits d’auteur — c’est le vœu du défunt — seront reversés à SOS village d’enfants en Algérie (Draria), un vibrant hommage aux chouhada et moudjahidine anonymes de la Wilaya III historique leur a été rendu.
    Quant aux compagnons de lutte de Si Mokrane, présents à cette rencontre, ils ont été interpellés par les nombreux participants à l’écriture de leurs mémoires et témoignages sur l’histoire de la glorieuse Révolution de Novembre. Afin que nul n’oublie.
    Mourad A.

    Publié dans : 50e anniversaire de l’indépendance

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Le dur et invraisemblable parcours d’un combattant d’Aït-Mehdi Mohamed Amokrane
    Écrit par web
    Mardi, 10 Juillet 2012 18:23
    Quand la mémoire se met à l’œuvre
    Sorti il y a quelques jours aux éditions RAFAR, le livre d’Aït-Mehdi Mohamed Amokrane, édité post mortem, est sans aucun doute l’un des plus «osés» témoignages de ces dernières années. Sans concession aucune ni complaisance, cet officier de l’ALN relate des faits ayant marqué la Wilaya III et qui continuent de soulever des polémiques, à l’image de la Bleuite.

    Si certains portent un doigt accusateur sur Amirouche et que d’autres le lavent de tout soupçon, Aït-Mehdi renvoie les deux parties dos à dos en relatant avec force détail la manière dont les responsables de l’ALN dans cette région ont été manipulés par le capitaine Léger, comment ils sont tombés dans le piège et enfin le nombre ahurissant de djounoud ayant été exécutés dans cette opération «d’épuration» des rangs de l’ALN. Il ne se prive pas non plus de citer nommément ceux qui ont eu à charge d’opérer ces exécutions, une tâche noire dans l’histoire de la guerre de libération. Plongé dans les méandres de sa mémoire, l’auteur remonte le temps jusqu’à sa tendre enfance.
    Il déroule ainsi la bobine de son film en marquant évidemment un temps d’arrêt à l’année 1931, date où il a vu le jour à Draâ El-Mizan. Une deuxième escale, sa jeunesse, se résume aux études jusqu’à l’obtention du baccalauréat et son enrôlement dans l’armée française qui le ménera à l’école des officiers de Saint Maixent. C’est là que débuteront ses pérégrinations mémorielles jonchées de drames, de pertes de valeureux combattants et de joie, le jour du triomphe. Aït-Mehdi passe au peigne fin un parcours révolutionnaire qui débutera lors de son arrestation dans l’affaire des officiers algériens incarcérés à la prison de Fresnes pour atteinte à la sûreté de l’Etat.
    De cette même prison, ces officiers s’évadent pour rejoindre la Tunisie puis le maquis, une autre
    étape à rebondissements, notamment quand il est muté à la Wilaya III. Dès son entrée dans le territoire national en avril 1958, il est pris dans l’engrenage de la guerre. La bataille de Souk-Ahras lui montre le visage odieux du colonialisme auquel il échappe de justesse pour rejoindre sa région.
    Son livre Le dur et invraisemblabe parcours d’un combattant fourmille de souvenirs, les uns amers et les autres aussi bons que les héroïques batailles victorieusement menées par les combattants de l’ALN. Au maquis, Aït-Mehdi s’attarde longuement sur les hauts faits d’armes en citant nommément leurs auteurs, sur l’ambiance qui régnait dans la Wilaya III et la loyauté des hommes toujours prêts au sacrifice pour libérer le pays du joug colonial.
    La Bleuite est différemment relatée par cet officier de l’ALN, promu chef de région. Un témoignage emprunt d’émouvants souvenirs bien ancrés dans sa mémoire et qui, avant sa mort en juin 2011, a tenu à les laisser pour la

    postérité. Il pimentera son témoignage par une information jamais rapportée jusque-là, y compris par les historiens les plus avérés : la réunion des officiers de la Wilaya III en 1959, au temps de Mohand Oulhadj et Abderrahamane Mira, pour dénoncer l’anarchie qui y régnait et, évidemment, dans l’intention de mettre de l’ordre dans la maison.
    Aït-Mehdi, l’un des pionniers de la Gendarmerie nationale post-indépendance, est décédé avec la ferme conviction du devoir accompli, autant durant la Révolution qu’après l’indépendance, pour avoir légué aux futures générations un témoignage digne d’en être un.
    Zoubir Khelaïfia

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