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Ramadhan, le mois de tous les dangers par Abdelkader Leklek

9 août 2012

Abdelkader Leklek

Sans exorde, ni un quelconque avant-propos, dire que les dangers sont beaucoup plus imputables aux comportements des jeûneurs qu’au ramadhan lui-même, est en soi un truisme. Le danger, c’est soi-même. 

Ce sont les tentations, les attirances, les caprices et les diverses inclinations, qui conduisent certains jeûneurs et même beaucoup d’entre-deux à s’enfermer dans une incapacité à se retenir, face aux sommations de leurs désirs et à leurs penchants. En réaction aux privations alimentaires, le matériel, le physique, le chosifié, l’emporte sur le spirituel et le cultuel. L’empathie face à ceux qui endurent pendant l’année, les assauts quotidiens de la faim et les diverses formes de manques, et qui devrait faire naître, tout au long de ce mois, du moins, la compassion et la pitié. Se transforme en un égocentrisme, en un repliement et aussi en vanités, frisant la démesure. Le jeûne qui invoque la méditation et suscite la réflexion, contraint beaucoup de jeûneurs, à l’obéissance et à la soumission aux lubies. Les propensions à dépenser, avec toutes les conséquences, parfois désastreuses, induites sur les budgets familiaux, sont irrépressibles, et les envies répriment la raison. L’occasion qu’offre le jeûne à chacun pour tester et vérifier ses capacités à se mettre à la place de ceux qui souffrent, les nécessiteux, les sans-abri et de se remettre en question le temps d’un ramadhan, se transforme en crise de nombrilisme. C’est Épicure qui disait: » aucun plaisir n’est en soi un mal ; mais il est des plaisirs dont les facteurs apportent bien plus de tourments que de plaisirs ». L’incapacité de contrôler des pulsions, conjuguée à la diversité des excès commandent et dictent les conduites, parfois dangereuses. Comment justifier l’engouement et l’achat inconsidérés de liquides bizarres, et étranges. Franchement louches et douteux, vendus sous l’appellation cherbette. Ces breuvages exposés sur les bords de routes et d’autoroutes, sont conditionnés dans des sachets en plastic dont la composition chimique est inconnue. Ils subissent les fortes chaleurs de l’été, et endurent les différentes amplitudes thermiques, avec ce qui en découlent comme transformations organiques, sur le contenu et aussi sur le contenant. Aller en ces jours du mois d’août, quand le soleil est au zénith, acheter du poisson chez un vendeur occasionnel, qui n’arrête pas d’arroser sa marchandise, avec une eau turbide, pour faire plus vrai que frais, est-il sensé, quand tout dans le décor interpelle et rappelle l’insalubrité des lieux et la qualité suspecte, des produits exposés ? Qu’est ce qui donne cette assurance et cet aplomb de s’arrêter au bord d’une route pour payer au prix fort, du lait censé provenir de la ferme de chez le producteur, alors que de visu, et sans être un professionnel expert en hygiène alimentaire, tout semble indiquer le contraire ? A commencer par le vendeur, sa tenue, la propreté des ustensiles contenant le liquide, et l’emballage dans lequel il est vendu.

C’est la même chose pour le l’ben, et le rayeb, ainsi que les différentes sortes de galettes proposées. Et même les produits laitiers vendus sous marques de fabrique identifiées, et emballages normalisés, comme les boissons gazeuses et toutes les sortes d’eau minérale, sont exposés, sans aucune protection, au soleil. Par ailleurs, les dangers de la circulation routière et le taux de mortalité augmentent, ostensiblement, chaque saison de jeûne. Les comportements humains folingues et les folles pointes de vitesse imposées aux tacots et à des engins qui ressemblent à des voitures, à chaque quart d’heure, d’avant rupture de jeûne, causent des catastrophes, déciment et endeuillent chaque jour, de familles entières. Cela étant dit, il faut signaler, et avec obstination si nécessaire, que le plus grand danger depuis une vingtaine d’année durant le mois du ramadhan, demeure, sans conteste, l’organisation d’opérations de circoncision collective. Elles sont chaque année à l’origine de vrais drames, dont les conséquences sont souvent irréversibles. Cela va de la blessure charnelle, au traumatisme psychologique, en passant par le déclassement social. Les uns l’appellent la T’hara, la purification, les autres la nomment, la K’htana, ce qui veut dire : couper autour, ou bien circoncire. Dans la mémoire collective, cette opération chirurgicale procure l’hygiène au circoncis et lui attribue les caractéristiques de la virilité. Etant circoncis, le damoiseau devenait un homme. C’est un rituel qui dote tous les males d’une marque distinctive et les munit du signe de l’appartenance à la communauté musulmane. Qui en réalité n’en détient pas l’exclusivité, puisque les israélites, pratiquaient également, bien avant les musulmans, cette opération qu’ils nomment, brit milah, exécutée par le Mihal, ou bien mohel, sur les garçons, le huitième jour de la naissance. Il existe, chez les israélites une coutume pour les mohels de réaliser leur première circoncision sur leur propre fils quand cela est possible, sous la direction d’un formateur. Les deux communautés observent à peu près les mêmes rituels, notamment les musulmans maghrébins et les juifs sépharades. Ce rite commun aux deux religions trouve son origine dans ce qu’elles partagent ensemble comme descendance, d’Ibrahim, ou Abraham. D’ailleurs ne parle-t-on pas en l’espèce, de cousinage entre les deux communautés, par la fraternité d’Ismaïl ancêtre des arabes, et d’Is’haq, Issac, aïeul des hébreux. Cette institution purificatrice, s’il en est, plonge ses racines dans la nuit des temps, et s’était réalisée dans des décors bibliques.

Tous les auteurs qui se sont intéressés à la circoncision, n’évoquent des traces scripturaires s’y rapportant, que dans la bible. Noureddine Toualbi, dans son livre la circoncision, blessure narcissique ou promotion sociale, édité par la SNED, en 1975,ainsi que Tahar Gaïd, dans son dictionnaire élémentaire de l’islam, édité par l’OPU, en 1982,citent tous les deux, le livre de la Genèse c’est à dire le premier des cinq livres du Pentateuque, la Torah , la loi hébraïque et par conséquent de l’Ancien Testament. Les deux auteurs font référence au chapitre XVII, versets de 1 à 11, où il est dit à Abraham entre autres : ‘’…tous vos males seront circoncis… ». Cependant, la majorité des travaux ayant eu pour objet d’étude la circoncision, font remonter cette fondation, jusqu’aux pharaons et plus encore. Ainsi l’anthropologue, Malek Chebel, dans son dictionnaire amoureux de l’islam, édité chez Plon en 2004 rapporte ceci : »les activités sacerdotales imposaient aux prêtres, aux pharaons, et à leur entourage d’être circoncis. Voulant s’initier aux mystères orphiques, Pythagore, le philosophe grec, avait dû se circoncire pour pouvoir accéder à la partie de la bibliothèque d’Alexandrie, réservée aux membres du clerg酠».Toutefois, et pour ce qui concerne la relation de la circoncision avec la religion musulmane, Tahar Gaïd dit : » le Coran ne parle pas de la circoncision. C’est à la tradition que l’Islam doit ce rite ‘’. Avant les 20 dernières années, ce rite était de l’ordre du privé et de l’intime, du ressort de l’individuel. Et ce sont les usages, qui l’ont fait coïncider avec, le 27 ème jour du ramadhan, et l’organisation d’opérations collectives de circoncision.

Sinon, dans les familles quand il y avait un garçon à circoncire, cela faisait l’objet de préparatifs matériels, longtemps à l’avance, et aussi d’une préparation psychologique du futur circoncis, du moins, en lui parlant en l’informant. En lui faisant sentir qu’il allait être l’acteur principal, l’élément central d’un évènement familial heureux. A quelques jours de l’opération, on prenait rendez-vous, avec le Ta’har. C’était un personnage, puisqu’il excellait dans plusieurs arts, avant que les chirurgiens, pour la sécurité de tous d’ailleurs, ne le supplantent. Il était souvent coiffeur- barbier -extracteur de dents et circonciseur. Avant la chirurgie et l’emploi de bistouris thermocutters, l’instrument utilisé, pour l’ablation du prépuce était la paire de ciseaux, c’était le procédé le plus courant, sinon, le ta’har opérait à l’aide d’une lame de couteau, affûté et affilé à point. La blessure, après l’opération était traitée de plusieurs façons, selon la panacée propre à chaque région du pays. En gros, on utilisait des herbes cicatrisantes moulues en poudre. Ensuite venaient des enduits à huile d’olive, et des onguents à base de beurre fondu, pour apaiser les brûlures et faciliter la guérison. Mais malgré la blessure, le gosse circoncis avait sa propre fête, c’était une promotion sociale vers une nouvelle catégorie d’être. Entendue comme le passage d’une vie infantile à une vie adulte. Mais aussi la transition d’un état sociale restrictif vers un état social permissif et actif, nous dit Toualbi. Par contre quand l’opération et le cérémonial, sont collectifs et communs, la centralité du circoncis, se déplace, elle est mouvante et diluée. Et au final, il y a risque de frustration, pour le gosse d’être ce jour là, dépouillé de sa position, tant promise, de centre d’intérêt de toute sa famille, de son clan, de son quartier, de son douar ou bien de sa déchra. Se voir partager son auréole, voire, assister intimidé et transi à la confiscation de sa gloire d’un jour, peut se répercuter sur toute une vie. La première fois qu’une opération de circoncision collective fut pratiquée en Algérie, elle était estampillée officielle, puisqu c’est le gouvernement algérien, du lendemain de l’indépendance, qui l’organisa, pour circoncire les enfants de chouhadas. Si à l’époque cette initiative se justifiait, pour diverses raisons dont celles-ci. Au-delà de sa portée symbolique de fidélité à ceux tombés au champ d’honneur, pour l’indépendance du pays, le coté économique de cette action était manifeste. Ces garçons n’avaient plus leurs pères, pour leur assurer une circoncision, qui demeure, quoique l’on fasse onéreuse. Le gouvernement de l’époque aura réussi une opération lourde en symbole, et peut-être aussi, à moindre frais. Elle était également, par la force des choses exceptionnelles, puisque limitée dans le temps. Car à un moment donné il n’y aura plus d’enfants de chahid à circoncire.

Cependant ces dernières années cette opération a connu une vulgarisation, voire une banalisation, dans le sens de dépersonnalisation. La circoncision a perdu de ses rituels, de ses charmes, de sa sécurisation, pour s’effectuer d’une manière présentant, dans ses nouvelles versions de potentiels dangers. Mobiliser des chirurgiens urologues, des chirurgiens généralistes, des médecins généralistes et parfois même des infirmiers pour pratiquer cette opération, relève d’une légèreté d’appréciation, des néfastes conséquences qui peuvent en découler. Charger un personnel médical hétéroclite, parfois non préparé, non formé pour, ne possédant pas les habiletés voulues, et l’assujettir quelquefois à travailler à l’attache, à l’abattage, considérant le nombre de gosses à circoncire, parfois important. Dévoile et dénote de la désinvolture et de l’imprudence blâmables. Car à l’occasion de ces kermesses, on ne peut refuser personne,même des gosses, non préparés, amenés à la dernière minute, par leurs parents,pour faire comme le voisin,relève de l’aventure,dont on ne mesure ni les aboutissements encore moins les résultats. Faire comme les autres, comme ceux de la commune, ou de la wilaya, mitoyenne, par mimétisme et pour ne pas être en reste. Accomplir des us et d’usages, nouvellement instaurés au détriment de la santé des gosses et pas seulement, en mettant en danger leur vie future d’adulte, au nom d’une prétendue tradition, devrait interpeller plus d’un, parmi les responsables. Et l’histoire est là, à titre illustratif, pour corroborer l’existence de réels dangers. Cela se passait le 30 octobre 2005, journée qui correspondait au 27e jour du Ramadhan de cette année là, à El Khroub.

Les services de la dite commune organisaient une opération collective de circoncision, dans une école ! Elle avait concerné en tout 86 gamins. Dix jours plus tard, 7 d’entre ces gosses âgés entre 2 et 7 ans, avaient été hospitalisés à l’hôpital de Mansourah, à constantine. 5 enfants présentaient des déficits de peau. Les deux autres avaient une nécrose au gland. Il s’était à l’époque dit, que l’un des médecins qui avaient officié cette soirée là, le faisait pour la première fois de sa vie de toubib. Et dans un enchaînement d’informations contradictoires, on affirma même que des instruments de douteuse qualité avaient alors été utilisés, dans l’école d’El-Khroub. L’état des mal circoncis, avait nécessité pour certains d’entre eux une prise en charge dans des services hospitaliers spécialisés, à l’étranger, pour la réparation des mutilations subies lors de cette opération, censé être festive. L’affaire avait provoqué des ondes de choc au sein des familles des gosses atteints dans leur intégrité physique. Affligés et ne sachant quoi faire, les parents des enfants écharpés, cauchemardaient. La stupeur avait envahi les populations de la commune. Et même au plan national, l’affaire avait suscité beaucoup d’émoi. Il s’en était suivi procès, jugements, condamnations, tracas et tracasseries, pour tous les protagonistes. La communauté nationale avait été secouée, en découvrant et apprenant, que lors de pareilles opérations supposées être de solidarité et conviviales. Des enfants stressés, pour cause, d’ambiance de promiscuité, de cris, de pleurs, de sang, de sueur, de vomissements, et d’odeurs, se faisaient circoncire à la chaîne. Des gosses apeurés et angoissés, chacun selon ce qu’il pouvait supporter, comme nuisance et agressions sur émotionnel, attendaient leur tour, dans un sinistre climat de terreur. Peut-il en être autrement quand des syndicats et des comités d’entreprise par le biais de leurs œuvres sociales, des établissements publics, des Assemblées Populaires Communales, et même des partis politiques, se font de la surenchère, en organisant des opérations de circoncision collective, dans des conditions prophylactiques aléatoires et hygiéniquement contestables ? Dans des lieux inappropriés qui ne présentent aucune condition de salubrité.

Ce sont des bureaux, des écoles, des centres culturels et autres locaux non appropriés, ni recommandés, qui sont réquisitionnés pour l’occasion. Ce sont ceux là, les dangers, et encore partiels, du mois de ramadhan, qui en réalité, n’a rien à voir dans ces drames humains, commis par d’autres humains. Le ramadhan entendu et pratiqué au premier degré, selon l’innéité, en une causalité, privation-abondance, et autres excès, loin de la spiritualité, dans son acception existentielle éveillée, est un mois de tous les dangers.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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